Plus brillant que bengaliEn ce cadre d’or joliEt de forme surannée,Celui-ci connut la CourEt sept ans vécut autourDe la reine infortunée.Son front a, poli, bénin,L’éclat d’un front fémininEt sa neigeuse perruque,A chaque tempe ondoyant,Par un grand nœud chatoyantSe termine sur la nuque.Inintelligent et doux,Son œil, entre des cils roux,Tout chargé d’azur, vous touche ;Son sourire est indiscret,Son teint rose, l’on voudraitPrès de sa lèvre une mouche.Un bel habit de drap blancMoule son buste troublantTel celui d’un androgyne :Sous le plastron bleu-de-roi,Fière Espit, tendre Belloy,Quelle était donc sa poitrine ?La taille est ronde, le gantSoutient d’un geste élégantLa coquille de l’épée ;Riche d’ornements divers,L’étroite botte à reversD’un pied mince est occupée.Au bord du cadre, un blasonVient rappeler la maisonDe cette ombre occidentale :Une merlette s’enfuit,Un massacre de cerf luitSous la couronne comtale.
Plus brillant que bengali
En ce cadre d’or joli
Et de forme surannée,
Celui-ci connut la Cour
Et sept ans vécut autour
De la reine infortunée.
Son front a, poli, bénin,
L’éclat d’un front féminin
Et sa neigeuse perruque,
A chaque tempe ondoyant,
Par un grand nœud chatoyant
Se termine sur la nuque.
Inintelligent et doux,
Son œil, entre des cils roux,
Tout chargé d’azur, vous touche ;
Son sourire est indiscret,
Son teint rose, l’on voudrait
Près de sa lèvre une mouche.
Un bel habit de drap blanc
Moule son buste troublant
Tel celui d’un androgyne :
Sous le plastron bleu-de-roi,
Fière Espit, tendre Belloy,
Quelle était donc sa poitrine ?
La taille est ronde, le gant
Soutient d’un geste élégant
La coquille de l’épée ;
Riche d’ornements divers,
L’étroite botte à revers
D’un pied mince est occupée.
Au bord du cadre, un blason
Vient rappeler la maison
De cette ombre occidentale :
Une merlette s’enfuit,
Un massacre de cerf luit
Sous la couronne comtale.
Traits menus, prunelle en fleur,Bouche à la fraîche couleur,Menton troué de fossettes,Dans les brocarts, les satins,Visage aimé des catinsEt chéri des marquisettes,De ces fabuleux excèsOù le plus beau sang françaisHonora la guillotine,Le souvenir n’a-t-il pasAltéré jusqu’au trépasVotre expression mutine ?Avez-vous pu sans pâlirVoir une hache abolirLes jours dorés de LamballeEt la vive DubarryTendre au bourreau, sans un cri,Sa tête presque royale ;Mille galants freluquets,A pas pressés et coquets,Gravir l’échafaud sinistre ;Cent abbés, se relayant,Chanter l’office effrayantDont Samson fut le ministre ?Put-elle ouïr un autre bruit,Cette oreille au ton de fruitOù vibra la sourde antienne ?Et n’est-ce pas, beaux yeux sots,Devant les affreux sursautsQu’eut en mourant l’AutrichienneQue, pour la première fois,Discernant au front des roisL’astre glacé des misères,Vous avez, dans le linonBrodé d’un mouchoir mignon,Versé des larmes sincères ?
Traits menus, prunelle en fleur,
Bouche à la fraîche couleur,
Menton troué de fossettes,
Dans les brocarts, les satins,
Visage aimé des catins
Et chéri des marquisettes,
De ces fabuleux excès
Où le plus beau sang français
Honora la guillotine,
Le souvenir n’a-t-il pas
Altéré jusqu’au trépas
Votre expression mutine ?
Avez-vous pu sans pâlir
Voir une hache abolir
Les jours dorés de Lamballe
Et la vive Dubarry
Tendre au bourreau, sans un cri,
Sa tête presque royale ;
Mille galants freluquets,
A pas pressés et coquets,
Gravir l’échafaud sinistre ;
Cent abbés, se relayant,
Chanter l’office effrayant
Dont Samson fut le ministre ?
Put-elle ouïr un autre bruit,
Cette oreille au ton de fruit
Où vibra la sourde antienne ?
Et n’est-ce pas, beaux yeux sots,
Devant les affreux sursauts
Qu’eut en mourant l’Autrichienne
Que, pour la première fois,
Discernant au front des rois
L’astre glacé des misères,
Vous avez, dans le linon
Brodé d’un mouchoir mignon,
Versé des larmes sincères ?