Si la mort au berceau n’avait tranché tes jours,Tu serais, à ma sœur, de deux ans mon aînée,Déjà, sous le soleil des chrétiennes amours,Évoluerait, ma sœur, ta simple destinée.Je t’imagine avec une robe bleu-paonQu’un piquet d’œillets soufre à la ceinture éclaire ;Ton chignon, relevé de quelque blanc ruban,Sombre, rappellerait celui de notre mère.Hélas ! je n’ai de toi qu’un portrait si flétriQu’à peine y peut-on voir un semblant de figure :C’est celui d’une enfant qui légèrement ritEn tenant son pied nu dans sa menotte obscure.
Si la mort au berceau n’avait tranché tes jours,
Tu serais, à ma sœur, de deux ans mon aînée,
Déjà, sous le soleil des chrétiennes amours,
Évoluerait, ma sœur, ta simple destinée.
Je t’imagine avec une robe bleu-paon
Qu’un piquet d’œillets soufre à la ceinture éclaire ;
Ton chignon, relevé de quelque blanc ruban,
Sombre, rappellerait celui de notre mère.
Hélas ! je n’ai de toi qu’un portrait si flétri
Qu’à peine y peut-on voir un semblant de figure :
C’est celui d’une enfant qui légèrement rit
En tenant son pied nu dans sa menotte obscure.