LA COLOMBE

La jeunesse française est morte et sur sa tombeUn timide arbrisseau refuse de verdir ;Une feuille, ô laurier, qu’on verrait resplendirJustifierait, dit-on, l’effroyable hécatombe !Pour moi qui sous la haine et le chagrin succombe,Tu peux tout aussi bien prospérer et grandir,Devenir un bois mort, te rompre ou te raidir :Seul ce tombeau m’occupe où gémit la colombe.Dans la plainte qu’exhale en expirant l’oiseau,J’entends, mêlée au vent, au murmure de l’eau,L’innocence de l’homme injustement frappée.Que m’importent dès lors, arbre, et ton lendemain,Et le mauvais honneur que peut valoir l’épée ?Le malheur qui vient d’elle a seul un sens humain.

La jeunesse française est morte et sur sa tombe

Un timide arbrisseau refuse de verdir ;

Une feuille, ô laurier, qu’on verrait resplendir

Justifierait, dit-on, l’effroyable hécatombe !

Pour moi qui sous la haine et le chagrin succombe,

Tu peux tout aussi bien prospérer et grandir,

Devenir un bois mort, te rompre ou te raidir :

Seul ce tombeau m’occupe où gémit la colombe.

Dans la plainte qu’exhale en expirant l’oiseau,

J’entends, mêlée au vent, au murmure de l’eau,

L’innocence de l’homme injustement frappée.

Que m’importent dès lors, arbre, et ton lendemain,

Et le mauvais honneur que peut valoir l’épée ?

Le malheur qui vient d’elle a seul un sens humain.


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