LE BONHEUR PRUDENT

L’eau dormante en filigranePorte l’ombre d’un roseau :Notre vie est aussi plane,Aussi calme que cette eau.Rien de gai ne nous arriveEt rien de triste non plus,Aucun désir ne raviveEn nous des maux superflus.Nous errons dans les soirs roses,Nous goûtons l’odeur du vent,Ou bien tu cueilles des rosesEt moi je fume en rêvant.Va, le destin nous oublie,Tenons-nous muets et cois :Ce serait grande folieQue de tenter son carquois !

L’eau dormante en filigrane

Porte l’ombre d’un roseau :

Notre vie est aussi plane,

Aussi calme que cette eau.

Rien de gai ne nous arrive

Et rien de triste non plus,

Aucun désir ne ravive

En nous des maux superflus.

Nous errons dans les soirs roses,

Nous goûtons l’odeur du vent,

Ou bien tu cueilles des roses

Et moi je fume en rêvant.

Va, le destin nous oublie,

Tenons-nous muets et cois :

Ce serait grande folie

Que de tenter son carquois !


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