[Image]En Basse-Auvergne.
Le papier timbré! Voici la pâte que l’on verse sur de fines claies, des moules, comme pour des crêpes, des gaufres...
Ah! malheur à ceux qui en mangeront de ces minces feuilles amères par lesquelles la Durolle propage chacune de ses gouttes mieux que par une inondation qui couvrirait le monde...
Par le papier timbré, par ce papier aux terribles et puissants filigranes, la Durolle court partout, il n’est pas de sommets qu’elle n’escalade, d’abîmes où elle ne plonge, de citoyens à qui elle ne parvienne; non, l’héroïque Durolle ne saura jamais le cours formidable de ses «exploits»!
[Image]A Thiers.
Mais ces réflexions devant la feuille naissante, en train de se figer, de se condenser, de se solidifier de ce côté de la fabrique, comme elles peuvent se multiplier, gagner en intensité dans la partie où s’entassent les piles prêtes, qui n’attendent plus que d’être expédiées... C’en est des montagnes, aux épouvantables avalanches, qui vous avancent sur les yeux, comme font les glaciers, lorsqu’on les découvre soudain, qui semblent, en marche, descendre vers vous: quel aveuglement subit à toute cette blancheur, à cette imprévue caverne de linge pâle et de lys dans les fumées, les caves des fonds de ce ravin! Une grotte fantastique, une crypte de neige où les ouvriers sont comme des demoiselles d’un Sacré-Cœur candide, aux préparatifs d’un «Mois de Marie», parmi des amoncellements féeriques de nappes d’autel, de surplis, de voiles,—des rangements de blanc sur blanc à l’infini, où ne se précise que la statue de la Vierge, comme une petite chapelle au bout de la galerie, à la muraille... Et ce n’est rien, aujourd’hui, nous dit-on..., morte-saison, par cette Durolle récalcitrante...
Ce n’est rien, tout cela qui se dresse en piliers de marbre jusqu’aux plafonds, les colonnes de la société... timbre... enregistrement... il commence de vous bourdonner les mots sinistres aux oreilles...
Mais si la Durolle cessait longtemps? Oh! ce ne serait pas la suppression des huissiers, on ne serait pas surpris ou dépourvu... Lorsqu’une nouvelle marque de tabac réussit, la fabrication se trouve à court, parfois, et le consommateur doit patienter... Mais, pour le timbre, il n’en va pas de même, et si la Durolle, où fonctionne cette fabrique unique en France, se dérobait, on aurait le temps de rechercher une autre rivière complaisante: une provision réglementaire est exigée!
Mais, peu à peu, de ce papier, il monte à la gorge une odeur de charnier et d’hôpital; de toute cette blancheur, il naît je ne sais quels livides aspects de cadavres, de squelettes; je suis en proie au cauchemar, des armées d’hommes noirs traversent en courant cette halle effroyable du papier maudit, en emportent des ballots gigantesques sous leurs bras,dans des serviettes vastes comme des malles, et la montagne n’en est pas diminuée, toujours le même bloc fabuleux, des Alpes à perte de vue, avec des carrières inépuisables de sommations, commandements, etc., une chaîne de volcans blancs, crachant, par cent cratères, de blanches scories, une éruption sans trêve sur le monde...
[Image]Carte de l’Auvergne.
Jamais, au fond des puits les plus lugubres, où le mineur abat le charbon, dans le voisinage du grisou, sous la menace des éboulements, où le drame et la terreur suintent aux voûtes, je n’éprouvai telle impression que dans cette claire papeterie, si réjouissante à l’œil de prime abord, lorsqu’on y descend, écœuré de la saleté flagrante sur tous les autres points de la ville haute et de la ville basse... car Thiers ne se compose point que de ce site industriel farouchement agrippé aux aspérités du ravin; au bord du plateau s’étale plus commodément la ville, dont ces usines ne seraient que le faubourg, «une ville bariolée de couleurs tendres et riantes, que les voyageurs comparent à une ville d’Italie, une ville quasi neuve, avec des fontaines, des édifices, des routes», dit encore George Sand, peut-être excessivement; «une ville qui semblait peinte sur le penchant de la colline», a écrit La Bruyère.
[Image]En Basse-Auvergne.
Cependant, lorsqu’après avoir côtoyé la rivière, s’être arrêté aux cascatelles du Creux-Saillant, à l’église du Moutier, l’on s’évade du gouffre, la ville haute n’est plus seulement la ville haute, mais une cité paradisiaque, de délice et de rêve; je comprends que les groupes sans travail, qui, à l’ombre des murs, par cette torpeur d’août, sur des meules à plat en guise de tables à jouer, faisaient au piquet ou à la manille, ou allaient au devant épiant siellevenait, l’eau espérée..., en musique, avec des pistons et des accordéons: je comprends que les polisseurs, les frappeurs, les limeurs, les dresseurs, les monteurs des coutelleries et les plieuses et les étendeuses de la papeterie «dont les peaux de lait, auprès des faces enfumées des forgerons, forment un tableau qui rappelle Vénus condamnée à vivre près de Vulcain»; je comprends qu’hommes et femmes des usines ne lèvent point le regard sans quelque envie vers les maisons des marchands, des hôteliers, des rentiers, qui sont, pour ceux d’en bas, dans le ciel (lorsqu’elles ne s’écroulent point, comme le toit à peine posé du marché, en 1885, et la même année, l’escalier du Palais de Justice, accident où périrent unetrentaine de personnes, et pendant lequel le président du tribunal, aujourd’hui sénateur, M. Baduel, gagna sa médaille de sauvetage...)
Et les chiens, aussi, reclus dans ces sortes de silos thiernois, doivent projeter de se syndiquer, de réclamer la journée de huit heures, dans l’inertie de ces interminables stations sur l’envers des genoux de leurs maîtresses, doivent souhaiter parfois quelque exode des fosses, des in-pace où ils sont confinés, vers le pays au-dessus...
Certes, le Piroux, et de vieilles façades de bois, de briques, de pisé, avec pignons et encorbellements, consoles sculptées, escaliers en tourelles, ne sont pas sans attraits. Et il n’y a pas que des êtres privés d’horizon, accoutumés à voir des lambeaux de nuages ou d’azur comme d’une citerne, qui puissent s’émerveiller des larges perspectives qui s’offrent de la terrasse du Rempart sur la Limagne, la chaîne des Dômes, les monts Dore, ou du plateau de la Margeride sur les monts du Livradois, le spectacle peut ravir les spectateurs les plus difficiles.
Mais, l’étendue a beau disperser au loin mille merveilles, la pensée hantée, la vue ne se détachent pas des profondeurs où gémit la Durolle...
Quant à elle, lorsqu’elle a pu fuir ces parages d’enfer, je me la représente assez comme une personne enchaînée autour de laquelle des jongleurs, comme dans les exercices des cirques, auraient fait voler et planté des milliards de couteaux, et qui serait relâchée, les yeux intacts...
Bien sûr, longtemps, longtemps après que les lances et les pointes ont fini d’étinceler, de luire, et de grincer, et de siffler à son passage, elle doit délirer, continuer de frémir et de se contracter aux moindres brins d’herbe, comme à des glaives cruels!
[Image]Aux environs de Thiers.
[Image]Mauzun.
Icy fust Yssoire.—Icy fust...—Montaigut-le-Blanc, Mercœur; Sanatorium de Bonmorin; Léotoing; Nonette; Vodable; Busséol; Coppel; Mauzun; Buron; Dieu-y-soit; Las; Mirefleurs.—Vic-le-Comte; la Statue d’un cadavre.—Billom; le sang du Christ; Charlemagne pour Saint-Cerneuf; les Jésuites; processions de la Passion à Billom; Viverois, Saint-Anthème.—Ambert.—Saint-Nectaire-le-Haut; Saint-Nectaire-le-Bas.—Le dolmen; les rocs de la vallée de Chaudefour; les ruines de Murols.
[Image]
Icifust Yssoire, qui est encore, mais pas le même, un Issoire qui a tout perdu de son passé... jusqu’à son Y: Issoire, maintenant...
Icy fust Yssoire, comme portait l’inscription de la colonne dressée par le duc d’Alençon sur les décombres de la ville, en 1577...
Ici fut l’Yssoire évangélisé par saint Austremoine, dont le martyre dans ces parages ne préserva pas «la ville sur les eaux»—sur la Couze, Pavin etprès de l’Allier—des pires dévastations «des Germains, des Vandales, des Alains, des Burgondes, des Huns, des Wisigoths, des Franks Mérovingiens, des Saxons», énumère une monographie.
[Image]La plaine d’Issoire.—L’Allier au pont de Parentignat.
Ici fut l’Yssoire qu’auraient traversé Charlemagne, saint Louis, Philippe le Bel, Philippe V, François Ier, y dînant, pour aller coucher au château de Villeneuve-Lembron.
[Image]Le puy de Corent.
Yssoire—les guerres religieuses en Auvergne!
Ici fut l’Yssoire où, demandantla passade, l’aumône, un moine luthérien d’Allemagne s’arrête, gagne les consuls, obtient de prêcher le Carême, crée «une petite Genève» en pleine Auvergne catholique, avec des martyrs comme Jehan Brugière, dont le courage parmi les flammes du bûcher valut au protestantisme tous ceux qui résistaient encore aux prédications; au seuil de la mort, il refuse d’adorer le crucifix: «Poures gens, je n’adresse point mon hommage à chose faite de main d’homme; j’adore le vrai Dieu en esprit et en vérité.» Iltend la main au bourreau qui tombe: «Courage Monsieur Pouchet, ne vous êtes-vous point blessé?»
[Image]La vallée de l’Allier entre Brioude et Issoire.—Nonette.
A la tête des novateurs, les muletiers: «Lorsqu’à la fin de l’automne, ils descendaient en troupe de leurs montagnes pour aller dans la plaine acheter les provisions nécessaires pour l’hiver, c’était surtout dans Issoire, ville riche et calviniste qu’ils chargeaient leurs mulets des blés et des vins de la Limagne; et quand ils se délassaient de leurs travaux de la journée dans le repas du soir, accoudés entre les brocs, sur la table de noyer, ils écoutaient leur hôte, bavard huguenot, apôtre improvisé, devisant des choses du temps, des dogmes religieux, des doctrines protestantes, et peu à peu se pénétraient de ses récits et de ses prédications; ou quelquefois, conduits par lui, ils s’en allaient visiter le lieu du supplice de Jehan Brugière, le martyr de la Réforme, dont la lamentable histoire leur était racontée, ou bien assister au prêche, à d’obscurs conventicules dont le spectacle troublait leurs esprits et pervertissait leurs cœurs...»
Des religieux du monastère de Saint-Austremoine, un cellerier, un chantre se convertissent à la Réforme, et tous les autres, peu à peu, suivront leur exemple. Les persécutions ne font qu’exalter les néophytes; un ministre protestant est pendu, un autre le remplace tout de suite.Yssoire, «boulevard de la Foy nouvelle», passe des catholiques aux religionnaires, est prise et reprise, défendue par les hardis huguenots, le marquis de Chavagnac, le fameux capitaine Merle, ce fils de tisserand qui fut aux guerres de religion ce qu’avait été Aimerigot-Marchés à la guerre de Cent Ans—de tous les assauts, de tous les sacs, de tous les pillages, de toutes les rapines, de tous les incendies. «Le capitaine Merle avait une taille moyenne, un corps épais et renforcé. Sa barbe et ses cheveux étaient blonds. Semblables à deux dents de sanglier, il portait de grandes moustaches retroussées en haut. Ses yeux vifs et gris s’enfonçaient dans sa tête; son nez était large et camus; une expression de finesse distinguait ses traits, il boitait d’une jambe, sa force était pourtant prodigieuse... c’est de lui que le duc de Montpensier écrivait: nous aurons Merle, il est un peu délabré d’hommes, mais avec lui j’attaquerais l’enfer, fût-il plein de cinquante mille diables... Les cruautés dont la troupe de Merle se souilla envers les prêtres font dresser les cheveux. Aux uns, on serrait le front avec des cordes mouillées, jusqu’à ce que les yeux sortissent de leurs orbites. Aux autres, on enfonçait dans le fondement une cheville aiguë, on les asseyait sur une table entourée de soldats et de forcenés, et chacun saisissait les patients par un pied en les faisant tourner jusqu’à ce que, couverts de sang, la figure sillonnée d’effroyables convulsions, ils expirassent dans des tortures inouïes.»
[Image]A Issoire.
Cela n’allait pas sans représailles.
[Image]L’église d’Issoire et le marché aux échalas.
Dans la paix de 1576, Yssoire est laissé en gage aux huguenots, et, tout d’un coup, au mépris des traités, assaillipar dix-sept mille hommes sous le duc d’Alençon, envahi alors que l’on parlementait pour se rendre, dévasté, brûlé, toute la population égorgée: «on trouva des femmes qui étaient en travail d’enfant pendant le feu à demi rôties, aussi bien que leurs enfants dans le ventre, on n’entendait que hurlements, chutes de maisons, bourdonnement de feu... les premières femmes entraînées au camp furent ensuite pourchassées dans la campagne toutes nues... On voyait des femmes de toutes conditions traînées au milieu des rues, les cheveux épars, les vêtements en lambeaux, dans la direction du camp qui retentissait d’éclats de rire confondus avec les criset les inutiles prières des infortunées... Dans les premiers moments, point de prisonniers, du sang... Spoliations, viol, incendie, assassinat, voilà le spectacle que présente Issoire occupé par l’armée royale... ce fut une effroyable et sanglante orgie, dans laquelle toutes les abominations, tous les crimes furent commis par une soldatesque déchaînée, ivre de sang et de vin. Un immense incendie de la ville entière vint combler la mesure, et de ses grandes lueurs livides éclairer cette scène d’horreur sans nom. Pendant cinquante-six heures l’humanité fut jetée aux gémonies.»
[Image]L’Allier entre Issoire et Coudes.
De Monsieur, la miséricordeC’est le feu, le sang, la corde...
De Monsieur, la miséricordeC’est le feu, le sang, la corde...
De Monsieur, la miséricorde
C’est le feu, le sang, la corde...
écrivit-on de celui qui, sur cet anéantissement, faisait planter le poteau avec:Icy fust Yssoire!
Pourtant, à force d’énergies, tandis que les villes voisines et rivales se partageaient les dépouilles, se hâtant d’intriguer pour obtenir les prérogatives et privilèges de la cité détruite, une autre Yssoire se réédifia, «où les uns bâtissaient sans mortier, les autres de boue comme l’hirondelle», assez important toutefois pour redevenir la citadelle du protestantisme, et avoir à se défendre contre la Ligue!... «Elle fut tour à tour assiégée par les royalistes et par les ligueurs, jusqu’au moment où la bataille de Cros-Roland la plaça définitivement sous l’autorité royale. C’est pendant ces dernières luttes que le marquisYves d’Allègre, gouverneur d’Yssoire, fut massacré par les Yssoiriens révoltés.
«Ce meurtre eut lieu pendant la nuit.
«Le gouverneur se reposait, ayant auprès de lui sa maîtresse, la marquise d’Estrées, mère de la fameuse Gabrielle et femme renommée pour ses aventures galantes, lorsque les conjurés envahirent son hôtel et le surprirent endormi.
[Image]Montaigut-le-Blanc.
«Réveillé par le bruit de la porte de sa chambre volant en éclats, le marquis, homme très courageux, saisit une large épée qu’il tenait constamment placée à son chevet et se précipita sur les assaillants qu’il fit reculer un instant; mais, accablé par le nombre, il ne tarda pas à succomber; la marquise d’Estrées périt avec lui.»
Icy fust Yssoire...
Cependant, la basilique de Saint-Austremoine, que le capitaine Merle ne put faire sauter, a été épargnée; elle est demeurée toujours la même,dans ces Yssoires successives, dépouillée de ses richesses, mais debout, comme l’un des monuments les plus parfaits du roman auvergnat.
Une avenue, de la gare mène tout de suite à la basilique, qui rappelle celle de Saint-Julien, de Brioude et de Notre-Dame-du-Port, de Clermont-Ferrand. La basilique... et, après cela, rien, rien autour, rien dans la ville...
[Image]Le donjon de Champeix.
Le désarroi est grand chez le curieux qui, en vérité, pouvait espérer autre chose...
MaisIcy fust... hélas!
Cependant, la Couze, qui vient du terrible Pavin, et qui a vu aux flancs des montagnes les grottes de Jonas creusées dans le tuf, ces tanières percées par la misère ou la peur, tanières invraisemblables, effarantesqui furent habitées, ou, en approchant d’Yssoire, au-dessus des vignes, les caveaux percés dans legorgue, la Couze doit se sentir assez heureuse d’être arrivée ici, à Issoire aux maisons blanches, aux rues régulières;
A Yssoire, bon vin à boire,Bon pain à manger et belle fille à voir...
A Yssoire, bon vin à boire,Bon pain à manger et belle fille à voir...
A Yssoire, bon vin à boire,
Bon pain à manger et belle fille à voir...
[Image]Verrières et la Roche-Longue.
Car la vie continue là où les hommes firent tant pour la tuer; la vie, dont un historien d’Issoire veut trouver un témoignage dans les capios, des échaudés spéciaux à la ville en vague forme de phallus...
Icy fust... ce poteau pourrait se dresser en bien des points de cette région de l’Allier, de l’Alagnon et des Couzes, que l’on explore commodément d’Issoire.
Ici fut Montaigut-le-Blanc, quelques débris au haut de son roc abrupt, vers Champeix, où naquit le savant Grimoald Monnet, vers Neschers et Verrières à la Roche-Longue, l’un des plus extraordinaires de ces jets de scories qui hérissent les versants du défilé des Couzes.
Ici fut Mercœur (l’un des trois duchés particuliers de l’Auvergne), ses ruines près d’Ardes-sur-Couzes, où s’installe un sanatorium pour deux cents phtisiques, premier établissement de ce genre en France—à millemètres d’altitude sur le mont Bonmorin, dominant la Limagne, face aux monts du Forez, dans un site digne de la Suisse: établissement modèle, que l’on se propose d’inaugurer en mai 1897, avec toutes les exigences de l’hygiène moderne, et le plus large confort; création d’un caractèrephilanthropiqued’un admirable exemple qu’il faut souhaiter de voir imiter, et qui va porter un coup sensible aux sanatoria étrangers, sans concurrence jusqu’à présent...
Ici fut Léotoing, silhouette énorme encore sur cette base que rongent les eaux de l’Alagnon.
[Image]Le Saut-du-Loup.—Au confluent de l’Allier et de l’Alagnon.
Ici fut Nonette, ainsi appelée du viol et de la mort d’une jeune religieuse par Amblard, Comptour d’Apchon.
Ici fut Vodable, où se montrent quelques pierres, les bases des tours, Vodable, chef-lieu du Dauphiné d’Auvergne, où le dauphin accueillait les troubadours Perdigon, Pierre d’Auvergne, Hugues de Peyrols, avec lesquels rivalisaient Claire d’Anduze et dona Castelloza.
Ici fut Busséol:
Je suis Busséol près de Bilhon;Je vois des pays largement:Je vois Ravel, Joze, BulhonEt Vertaizon; pareillementMontmorin, Mozun, Clairemont,Mercurol, Couppeilh, et Buron,Le Crest aussi semblablementEt le chastel de Mont-Reddont.
Je suis Busséol près de Bilhon;Je vois des pays largement:Je vois Ravel, Joze, BulhonEt Vertaizon; pareillementMontmorin, Mozun, Clairemont,Mercurol, Couppeilh, et Buron,Le Crest aussi semblablementEt le chastel de Mont-Reddont.
Je suis Busséol près de Bilhon;
Je vois des pays largement:
Je vois Ravel, Joze, Bulhon
Et Vertaizon; pareillement
Montmorin, Mozun, Clairemont,
Mercurol, Couppeilh, et Buron,
Le Crest aussi semblablement
Et le chastel de Mont-Reddont.
[Image]Montmorin.
Ici furent tous ceux-ci, Mauzun avec ses dix-neuf tours, et le château de Seymier—restauré celui-ci, près de l’étang du Fayet et de Saint-Dier sur la Miaulde,—et le château de Saint-Julien de Coppel:
Je suis Coupeilh dessus BilhonAssis en une bonne terre;Le roy Godefroy de BulhonMe fist faire au temps de la guerre;Plusieurs m’ont bien voulu conquierre,Je me suis toujours deffenduEt ay reçu mainct coupz de pierreQui ne m’ont cassé ni fendu...
Je suis Coupeilh dessus BilhonAssis en une bonne terre;Le roy Godefroy de BulhonMe fist faire au temps de la guerre;Plusieurs m’ont bien voulu conquierre,Je me suis toujours deffenduEt ay reçu mainct coupz de pierreQui ne m’ont cassé ni fendu...
Je suis Coupeilh dessus Bilhon
Assis en une bonne terre;
Le roy Godefroy de Bulhon
Me fist faire au temps de la guerre;
Plusieurs m’ont bien voulu conquierre,
Je me suis toujours deffendu
Et ay reçu mainct coupz de pierre
Qui ne m’ont cassé ni fendu...
[Image]Buron.
et Buron, dans le cratère même d’un volcan:
Je suis Buron, rocher bien hault;Poinct ne doute la baterge,Pas n’ay paour d’estre prins d’assault;Semblablement par mynerieJe ne craingts point l’artillerie,Coupts de canons ne de bombardeTant suis d’une maçonnerieQue de canonyers je n’ay garde.
Je suis Buron, rocher bien hault;Poinct ne doute la baterge,Pas n’ay paour d’estre prins d’assault;Semblablement par mynerieJe ne craingts point l’artillerie,Coupts de canons ne de bombardeTant suis d’une maçonnerieQue de canonyers je n’ay garde.
Je suis Buron, rocher bien hault;
Poinct ne doute la baterge,
Pas n’ay paour d’estre prins d’assault;
Semblablement par mynerie
Je ne craingts point l’artillerie,
Coupts de canons ne de bombarde
Tant suis d’une maçonnerie
Que de canonyers je n’ay garde.
et Dieu-y-Soit:
J’ay (Dieu-y-soit), j’ay ma garenne,J’ay mes beaulx prez, j’ay mon molin,J’ay ma chevance, j’ay mon domagne,J’ay des vignes, j’ay de bon vin,Ou poissons fraicts soir et matin,Grant logis dans un bon villaigeEt enverons la sainct MartinForce d’argent de mon herbaige.
J’ay (Dieu-y-soit), j’ay ma garenne,J’ay mes beaulx prez, j’ay mon molin,J’ay ma chevance, j’ay mon domagne,J’ay des vignes, j’ay de bon vin,Ou poissons fraicts soir et matin,Grant logis dans un bon villaigeEt enverons la sainct MartinForce d’argent de mon herbaige.
J’ay (Dieu-y-soit), j’ay ma garenne,
J’ay mes beaulx prez, j’ay mon molin,
J’ay ma chevance, j’ay mon domagne,
J’ay des vignes, j’ay de bon vin,
Ou poissons fraicts soir et matin,
Grant logis dans un bon villaige
Et enverons la sainct Martin
Force d’argent de mon herbaige.
et Las, dont les vers que lui applique le manuscrit de l’Arsenal, d’où sont tirées ces descriptions rimées, auraient pu servir pour mille autres châtellenies écroulées:
Je suis Las près du grand chemyn,Mal réparé dont j’en ay honte;Dame Jacquette du PeschinMe mist du nombre et du comte.Os terres du très puissant comteJ’ai mestier de réparacionEt si on n’en tient autre comteJe m’en veays en démollicions...
Je suis Las près du grand chemyn,Mal réparé dont j’en ay honte;Dame Jacquette du PeschinMe mist du nombre et du comte.Os terres du très puissant comteJ’ai mestier de réparacionEt si on n’en tient autre comteJe m’en veays en démollicions...
Je suis Las près du grand chemyn,
Mal réparé dont j’en ay honte;
Dame Jacquette du Peschin
Me mist du nombre et du comte.
Os terres du très puissant comte
J’ai mestier de réparacion
Et si on n’en tient autre comte
Je m’en veays en démollicions...
et Mirefleurs:
Appeler me faictz Mirefleur,Justice de peu d’étendueDe la Comté je suis la fleur,Petit chasteau de grant vallue;Je suis assis en belle veue,De tous biens doibtz estre contemps:J’ay mon beau parcq, grant bon fruicsEt des bestes pour passer temps.
Appeler me faictz Mirefleur,Justice de peu d’étendueDe la Comté je suis la fleur,Petit chasteau de grant vallue;Je suis assis en belle veue,De tous biens doibtz estre contemps:J’ay mon beau parcq, grant bon fruicsEt des bestes pour passer temps.
Appeler me faictz Mirefleur,
Justice de peu d’étendue
De la Comté je suis la fleur,
Petit chasteau de grant vallue;
Je suis assis en belle veue,
De tous biens doibtz estre contemps:
J’ay mon beau parcq, grant bon fruics
Et des bestes pour passer temps.
[Image]Mirefleurs.
Ailleurs, par les Martres de Veyre, le Puy de Monton, au-dessus du village gaulois, où les noces allaient danser autour de la pierre des fées, à la place de la Vierge monumentale d’aujourd’hui, pour rendre la future mère bonne nourrice, par le Puy de Corent, qui est une mine d’antiquités, par Saint-Saturnin aux beaux restes de moyen âge, voici Vic-le-Comte, calme chef-lieu de canton aujourd’hui, jadis chef-lieu de la comté d’Auvergne, l’une des treize bonnes villes de la province.
[Image]A Vic-le-Comte.Les restes du château.
Dans la chapelle du couvent des Cordeliers, on voyait autrefois le tombeau de Jeanne de Bourbon, une Jeanne de Bourbon qui, à son troisième mariage, avait épousé son maître d’hôtel La Pause. Elle mourut pendant une absence de son mari. De retour, ce veuf épris fait ouvrir la tombe, où le cadavre est putréfié aux vers. C’est ainsi qu’il veut en conserver le souvenir: il commande une statue la représentant telle: «La statue existe, et je doute que nulle part on voie rien de plus hideux et de plus dégoûtant. Sur la tête de Jeanne est un suaire qui, tombant desdeux côtés du corps, vient se croiser au bas de l’aine et qui laisse le buste entièrement nu. On la voit avec ses yeux creux et ses joues enfoncées. Des vers sont représentés sur le corps; déjà le sternum est percé; une des mamelles et le bras droit sont rongés en partie, des intestins...» La description du visiteur ne s’étend pas davantage. Vic-le-Comte n’a point été épargné par les guerres religieuses; sans y avoir péri, comme Issoire, il y a laissé la plupart de son passé. Ailleurs, Billom, dominée par le Grand et par le petit Turluron, qui s’intitulait capitale de la Limagne et première fille de l’évêché de Clermont, qui fabriqua de la monnaie, posséda une université dont la direction passa auXVIesiècle aux Jésuites, après avoir tenu un rôle puissant, n’a conservé que son importance manufacturière et commerciale, des minoteries, des huileries, des tuileries, des fabriques de toile, de sucre, de poterie, etc.; cependant elle peut s’enorgueillir encore de son église Saint-Cerneuf où, pour ajouter du faste à leurs célèbres processions, les moines faisaient trôner, comme étant l’image du saint, un buste de Charlemagne, plus riche, don de l’empereur au chapitre. Le jeudi saint, s’organisait encore naguère la procession des Pénitents noirs, aux flambeaux, supprimée, à cause des querelles quecela suscitait dans le pays, et qui dégénéraient en rixes et coups. A Viverols, à Saint-Anthème, à la lueur des torches, les processions n’ont point cessé, en défilés de la Passion, où figurent Jésus-Christ, la Vierge en coiffe d’Auvergne,Barabbaset Judas, que l’on invective et qui reçoivent maints projectiles, pierres et trognons de choux; c’est à qui ne sera pas Judas, dans ces représentations, où l’on porte aussi tous les accessoires de la Passion... Nulle ville d’Auvergne ni de l’univers, hors la Terre-Sainte, ne pouvait se vanter d’être aussi favorisée en reliques.
[Image]Billom.—Place du vieux Marché au chanvre.
Entre autres, Billom se glorifiait de posséder, dans «un vaisseau d’étain», une cuillerée de sang de Jésus-Christ, apportée par les deux chanoines Albanelli et Balesta. Comme ils cherchaient le moyen de ne pas égarer ou se laisser dérober ce précieux dépôt, l’un d’eux imagina de le cacher dans les muscles de sa jambe; à peine ce projet formé, sa jambe s’ouvrit miraculeusement, reçut le vaisseau d’étain, se referma, pour ne se rouvrir et restituer qu’à l’arrivée à Saint-Cerneuf...
[Image]Le Grand Turluron.
Mais plus que tout cela, c’est d’être un foyer de propagande des Jésuites qui valut à Billom le plus de retentissement dans le monde. «Cefut à l’époque de leur destruction qu’on trouva dans la chapelle de leur collège ce tableau ridicule dont on a fait tant de bruit et qui méritait si peu d’en faire. Ce n’était qu’une peinture allégorique et mystique de l’état religieux représenté par un vaisseau qui quitte le monde et qui vogue à pleines voiles vers le port du salut et le séjour céleste. Des diables et des hérétiques l’attaquent en vain; leurs insultes sont repoussées. Plusieurs personnes, conduites par un ange, viennent dans une nacelle pour y entrer. Deux autres bâtiments, chargés de prêtres, d’évêques, de laïcs, de rois, etc., s’en approchent pour demander des armes spirituelles, et on leur distribue des arcs, des carquois, des flèches. Quelques apostats ont voulu en sortir; mais ils sont tombés dans la mer, et un monstre marin les engloutit. Enfin, sur le pont, on voit les instituteurs d’ermites et de chanoines réguliers et les fondateurs d’ordres religieux. Tous sont rangés sur une même ligne et selon leur ordre d’ancienneté, en commençant par saint Antoine et finissant par saint Ignace, fondateur des Jésuites.» Saint Ignace était placé près du grand mât, comme pour marquer qu’il conduisait le vaisseau de l’Église. Le Parlement condamna ce tableau, dès lors gravé et tiré à des milliers d’exemplaires: Billom apparut comme une formidable «Jésuitière».
[Image]A la procession de Saint-Anthème.Les accessoires de la Passion.
Ailleurs, Ambert, qui, avec Issoire et Vic-le-Comte, s’écroula aux guerres religieuses, toutes trois relevées en leurs paysages divers de sol, d’eaux, de cultures, d’industries, d’exploitations, mais pareillement découronnées de leurs châteaux féodaux: Ambert, que de hautes murailles d’enceinte entouraient de toutes parts. «Les entrées étaient couronnéesde pieux finement aiguisés et ferrés, et défendues par des coulevrines correspondant aux meurtrières tournantes des remparts surmontés, à hauteurs calculées, de petites lucarnes flamandes, d’où l’on pouvait tirer à couvert. A l’intérieur, un vaste château, enfermé dans de triples murailles, s’ouvrait pour contenir une nombreuse garnison, tandis que les portes Chicot, Pascal et de Lyon étaient protégées par d’épaisses tours. Des cloaques, des fossés fangeux et profonds rendaient les approches difficiles à l’ennemi.» Ambert, à la fière devise: «Fais que deura, aduiegne que porra», Ambert, capitale du Livradois, qui paya de la destruction de ses fabriques, de ses teintureries et de ses moulins à papier, une surprise nocturne, l’occupation du capitaine Merle. Saint-Hérem, un gouverneur, qui s’honora en refusant d’exécuter en Auvergne les ordres royaux pour le massacre de la Saint-Barthélemy, tenta de délivrer Ambert; vainement, et pendant un long siège, ses troupes commirent autour de la place autant de déprédations qu’il s’en accomplissait au dedans!
On a disserté curieusement sur les étymologies du Livradois:liberatus abaquis, délivré des eaux: le Livradois, entre les monts du Forez et du Livradois, aurait été un lac; pour d’autres, Livradois serait né d’une délivrance de services féodaux, d’une exemption de dîmes d’impôts et de corvées... Enfin, Ambert aurait été fondé par Ambertus, un chef de Phocéens.
A l’appui de ces origines maritimes d’une cité qui vivote sèchement sur les rives de la Dore, aujourd’hui, on cite la coutume d’accrocher aux fenêtres, pour les processions de la Fête-Dieu, de ces petits vaisseaux que les marins portent dans leurs cérémonies et qui sont suspendus dans les chapelles, sur les côtes,—et l’industrie d’Ambert, d’étamines, de flammes, de banderoles, de toiles à voilures, pour la navigation...
[Image]L’église d’Ambert.
Icy fut, toujours...
Icy fut l’Ambert, dont les papeteries fournissaient le papier de la belle édition des œuvres de Molière, de 1731...
[Image]Saint-Nectaire.
Icy fut l’Ambert protestant où ce sont de vieilles catholiques à présent, vers Valcivières et Pierre-sur-Haute, qui bercent les enfants en fredonnantdes paroles auxquelles sans doute elles n’attachent point de sens, fragments des chansons de ces luttes abominables:
Disa mé grand nigaud,Chirias tu tant foutraudQue de v’ou poudi creireQue le meïstre de toutChage diens un croustout?L’y auria be ty par reïre!
Disa mé grand nigaud,Chirias tu tant foutraudQue de v’ou poudi creireQue le meïstre de toutChage diens un croustout?L’y auria be ty par reïre!
Disa mé grand nigaud,
Chirias tu tant foutraud
Que de v’ou poudi creire
Que le meïstre de tout
Chage diens un croustout?
L’y auria be ty par reïre!
«Dis-moi, grand nigaud—Serais-tu si simple,—Que de pouvoir croire—Que le maître de toute chose—Soit dans un croûton?—Il y aurait bien là pour rire!»
[Image]La tour de Montpeyroux.
Il le croyait, et n’en riait pas, le compagnon de saint Austremoine, saint Nectaire, qui fut l’apôtre de la contrée avec lui, vers le mont Cornadore où une église assez bien conservée et restaurée redit dans ses chapiteaux, entre d’autres scènes, le miracle des pains, de ce pain où les protestants ne veulent pas accepter la présence de Dieu; la Tentation dans le désert: Si vous êtes le fils de Dieu, semble dire Satan, commandez que ces pierres deviennent des pains! Dans un bas-relief est figurée la légendedu patron de l’église, comment, miraculeusement, au moment d’entrer dans une barque, il reconnaît le diable dans le nautonier, et se fait passer quand même, sans accident. Dans la sacristie, un saint Baudime, en chêne recouvert de cuivre doré et ciselé, avec des yeux d’émail, qui bougent...
[Image]Entrée de la vallée de Chaudefour.
Ici l’église de Saint-Nectaire-le-Haut—établissement thermal, au-dessus du hameau de Saint-Nectaire-le-Bas, autre établissement thermal; là,entre de nombreux vestiges de monuments mégalithiques, le dolmen le plus remarquable de la région; granite de l’âge de la pierre polie, évoquant un lointain auprès de quoi les huit siècles de l’église du mont Cornadore sont un court espace; mais que ces dolmens, dont nous savons tout juste qu’ils sont des dolmens, se font jeunes auprès de ces patriarches étranges, aux visages effacés, toutes ces roches énigmatiques, sculptées ou naturelles, on ne sait pas trop, qui se dressent si fantastiquement dans cette vallée de Chaudefour, en mystérieuses apparitions d’éternité... élancées en flèches de cathédrales, étalées comme des tombeaux, ou ramassées comme des sphinx.
[Image]La vallée de Chaudefour.
Icy fust... encore et toujours!
Qu’il fut de choses depuis ces dolmens et menhirs grisâtres épars sur la montagne! sur les pentes rugueuses ou dans les pacages, parmi l’arnica, l’aconit, les réglisses, les mauves, les ancolies bleues. Et qu’il en fut, depuis le cratère, les ténèbres et les incendies du chaos, jusqu’à ces tables druidiques. Réflexions bien banales! Inévitable banalité! Mais quoi de mieux, tout de même, que de s’y abandonner pour prendre la mesure, que nous perdons sans cesse, de notre néant d’être, de l’incommensurable, et de l’infini; c’est en cela que sont efficaces les pérégrinations auxruines, pour la tristesse dont elles abreuvent ceux mêmes qui ne sentent guère de curiosité de leurs débris et de leur poussière!
Par cette vallée de Chaudefour, aux hallucinations de pierre, aux spectres gigantesques surgissant des bois de sapins et de chênes, muets au-dessus des ruisseaux tapageurs, fauves, blancs, noirs, parmi la végétation abondante et les fleurs de ce vallon gardé de hauts pics, par les rives de la Couze-Chambon, gagnons le château de Murols, dont le squelette considérable encore de bête féodale se dresse à une altitude de mille mètres presque, comme fascinant ces étendues brûlées, «couvertes de lave rouge vomie par le Tartaret, semées çà et là de monticules rapprochés et torréfiés qui ressemblent à des volcans en miniature», des espaces convulsés de décombres volcaniques, qu’on croirait à peine refroidis, de temps où les temps n’étaient pas encore!
Ici fust...
[Image]Busséol
[Image]Vue générale du Mont-Dore.
Les monts Dore.—Les anciens bains; fin de saison.—Le Sancy las de porter sa croix; le pic du Capucin; les Cascades.—La Bourboule.
[Image]
Lasaison est courte pour explorer cette région, la plus haute du massif central avec le Puy de Sancy, à 1,886 mètres.
Excursions et séjours dangereux, où il ne faut point se rire des précautions, avec les voltes de la température! «Dans tous les pays qui ont des sources minérales, la saison des eaux est bornée; mais du moins elle y dure environ les trois mois d’été. Au Mont-Dore, elle n’a guère que cinq à sixsemaines, depuis la mi-juillet jusque vers la fin d’août. Le 25 août, les malades commencent à se retirer; dans les premiers jours de septembre, il n’y a plus personne, ni médecin ni malades: le climat alors devient trop froid, et les eaux n’ont plus la même vertu. L’air du Mont-Dore est pur, mais il est très vif. Au reste, pour te donner une idée de sa température, je n’ai besoin que de te citer un fait dont j’ai été témoin à mon premier voyage; c’est que, le 10 août, il y avait encore, sur les montagnes voisines des bains, de la neige qui n’était pas fondue...»
[Image]Au Mont-Dore.—L’hôtel Sarciron-Rainaldy.
Du moins, en cas de froids trop brusques, désormais, des abris sérieux sont offerts aux baigneurs surpris; dans des hôtels comme l’hôtel Sarciron-Rainaldy, luxueux et plantureux, aux appartements du meilleur goût et du plus grand confort, aux mets savoureux, aux vins sincères, à la clientèle triée,—tous avantages fort appréciables, surtout en Auvergne où la négligence et l’incurie matérielles tombent souvent aux extrêmes limites. Là, du moins, on peut préparer avec tranquillité le siège du Capucin,l’assaut du Sancy, assuré que si l’on doit battre en retraite, à quelque menace du ciel, on pourra se replier en bon ordre, espérer gaiement l’occasion propice. Dans des hôtels comme celui-ci, on peut affronter lerisque d’une cure, même à la débâcle du beau temps, et prolonger impunément la saison...
[Image]Le Creux d’Enfer.
[Image]Le puy de Cliergue.
La station fréquentée des phtisiques, en effet, ne ressemble plus en rien à celle qui se présentait au voyageur du siècle dernier: «... Si les eaux du Mont-Dore ont quelque renommée, il faut avouer qu’elles n’en sont guère redevables qu’à elles-mêmes. Malgré l’harmonie de leur nom, on ne les trouve célébrées par aucun de nos poètes; pas un seul écrivain de mérite ne les a vantées. Peut-être même n’en est-il pas, dans toute la république, de plus rebutantes par tout ce qui les entoure. Bâtiment horrible, nourriture très chère; logements dégoûtants, sans cour, sans remises, sans commodité aucune; écuries sans litière; village sale et boueux, voilà ce qu’on y trouve; mais elles guérissent, et, malgré les désagréments qui les environnent, on y accourt...»
Tout cela a changé,—sauf les distances et le ciel!
De Clermont, c’est encore quarante-cinq, et de Laqueuille quinze kilomètres de voiture...
Quant au climat, il continue de sévir; fréquemment, le thermomètre, «marquant dans la journée 25° centigrades, tombe le soir à 12 ou 15°».