SOMMAIRE.

Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.Prix de chaque N°, 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr.Ab. pour l'Étranger. --   10       --     20       --    40N° 0056. Vol. III.--SAMEDI 23 MARS, 1844.Réimprimé.--Bureaux, rue Richelieu, 60.SOMMAIRE.Exposition des Produits de l'Industrie de 1844.Vue extérieure des bâtiments.--Histoire de la Semaine.--La Couronne, romance de M. E. de Lonlay, musique de madame Pauline Duchambge.--Chemins de Fer.Carte des chemins de fer de France.--Courrier de Paris.--Les Plaisirs du Malheureux, imité de Lever.Une Gravure.--Ouverture du Musée de l'hôtel de Cluny et du Palais des Thermes.Triptique en bois doré et sculpté; Entrée de l'Hôtel de Cluny; Verre à boire; Vue de la Cour de l'Hôtel de Cluny; les Thermes de Julien.--Académie des Sciences. Compte rendu.--Petites Industries en plein vent.Sept Gravures.--Bulletin bibliographique.--Lettre d'un Abonné de Concarneau.--Caricature.Un Bal de Chiens.--Le Ballon de cuivre.Une Gravure.--Rébus.Exposition des Produits de l'Industrie de 1844.Une grande solennité industrielle se prépare à Paris, solennité à laquelle doivent assister et concourir tous les départements de France, tout ce que l'industrie compte d'adeptes, tous ceux enfin que l'industrie a élevés, enrichis, distingués. Une exposition des produits de l'industrie doit s'ouvrir le 1er mai prochain, et durera deux mois.--Nous avons applaudi sans restriction au passage d'une circulaire du ministre du commerce relative à l'exposition des produits de l'industrie de 1844, où, après avoir donné aux préfets diverses instructions sur la formation et les travaux des jurys départementaux, il ajoute: «Les jurys, je n'en doute pas, seront heureux de pouvoir signaler les noms des industriels, chefs d'atelier ou simples ouvriers qui, par des perfectionnements ou des procédés ingénieux, auraient rendu des services à l'industrie. Ce sont là des titres honorables à la reconnaissance du pays, et le gouvernement, sur le rapport du jury central, saisira avec empressement l'occasion de mettre ces titres sous les yeux du roi.» Voilà une bonne pensée dont les chefs de l'industrie s'empresseront, il faut le souhaiter, de réaliser l'application. Nous avons trouvé un exemple frappant de cette honorable association du maître et de l'ouvrier dans le compte rendu de l'exposition de 1806. On y remarquait un envoi de fer préparé dans la Haute-Marne. Cet envoi était fait par trois personnes qui prenaient les désignations suivantes: M. Robin, propriétaire de la forge; Mathieu, fermier; Puichard, forgeron affineur qui a préparé le fer.Cette exposition est la dixième à laquelle l'industrie ait été conviée depuis 1798, époque de la première; et l'on nous croira facilement, quand nous dirons que chaque exposition a présenté un progrès sensible sur la précédente, et que ce progrès a surtout été remarquable depuis la dernière qui ait eu lieu sous la restauration.Nous allons présenter rapidement l'aperçu historique de ces expositions successives, nous réservant de signaler plus tard la marche générale de l'industrie en France, les améliorations de chacune de ses branches, les causes de ses progrès, les entraves qui s'opposent encore à son développement plein et entier, et les chances d'avenir qu'elle doit trouver dans un système plus perfectionné de douanes d'une part, et de moyens de transport de l'autre.Vue des bâtiments construits pour l'Exposition del'Industrie de 1844, dans le Grand-Carré des Champs-Élysées.Nous ne discuterons pas ici à fond l'utilité de ces expositions. Nous savons que quelques esprits se sont vivement élevés contre ces exhibitions périodiques, prétendant que là ne naît pas la véritable émulation, et citant pour exemple l'industrie anglaise, qui est arrivée à un si haut point de prospérité sans jamais avoir eu recours au stimulant des expositions. La meilleure réponse à faire en ce cas, est de raconter ce qui existe. Certes on admettra que les meilleurs juges, en cette matière, sont ceux mêmes qui partent de tous les points de la France, pour venir concourir aux expositions. Eh bien! le nombre de ceux-là a toujours été en augmentant, comme on le verra par les chiffres que nous donnerons tout à l'heure. Depuis que les expositions ont commencé en France, plusieurs chefs-lieu de département ont suivi l'exemple de la capitale. Les étrangers eux-mêmes ont prouvé qu'ils comprenaient les avantages de cette institution féconde. Il y a maintenant des expositions à Bruxelles, à Vienne, à Naples, à Berlin, en Suède, en Russie, en Espagne même, et partout on en a reconnu l'heureuse ressource, de grands perfectionnements se sont introduits dans les procédés de fabrication, et tout a concouru à amener, en même temps que l'amélioration des produits, des baisses de prix remarquables, qui ont fait descendre, jusque dans les classes inférieures, les bienfaits de la civilisation.Il ne faut pas se le dissimuler d'ailleurs, dans l'ordre matériel comme dans l'ordre intellectuel et politique, la publicité change et bouleverse toutes les bases économiques. La liberté d'examen et de discussion amène avec elle le progrès, à quelque branche de connaissances humaines qu'elle s'applique, et tous ces propres sujets parallèles. Les connaissances théoriques et pratiques se répandent bien vite dans les masses et viennent rapidement augmenter leur bien-être, quand on leur permet de voir, d'examiner et de juger. C'est encore là, nous devons le dire, un des immenses services de la presse. Il n'est plus, heureusement, le temps où tout homme possesseur d'un secret, d'une amélioration, tenait le plus longtemps possible la lumière sous le boisseau; et en cela il ne faisait envers les autres que ce que les autres faisaient envers lui-même. Funestes représailles qui ont aujourd'hui disparu. Aujourd'hui les progrès de l'un servent à tous, et le consommateur en profite; aujourd'hui, avec les expositions quinquennales, chaque industriel sort de sa fabrique et vient montrer à tous les fruits de son intelligence, les produits de son travail; à ses concurrents, comment et en quoi il les surpasse; aux consommateurs, par quels moyens il peut livrer à bas prix de bonnes productions; car tout le progrès est dans le prix que le producteur demande de sa chose. On n'admet pas à l'exposition le chef-d'œuvre, la pièce exceptionnelle faite pour la circonstance, et pour laquelle il n'y a pas de cours; mais une fabrication bonne et continue, qui ressort à un prix constant, pendant, comme après l'exposition.Un dernier mot enfin sur l'utilité des expositions, au point de vue de l'instruction industrielle du consommateur. Croit-on qu'il n'y ait pas un résultat positif d'éducation obtenu quand, pendant deux mois, chacun a pu visiter en détail ces vastes salles où toutes les industries, sans exception, ont leurs représentants; où, après le coup d'œil d'ensemble, on peut étudier les détails, où la fabrication dévoile tous ses secrets, où tout est apparent, outils, matières premières, manipulations, produits, tout, excepté l'ouvrier? Le goût ne doit-il pas se former quand, par exemple, pour les meubles, pour les bronzes, on voit réunis, dans un petit espace, des spécimens de tous les styles, de toutes les époques, la chaise rustique et le fauteuil pompadour, l'acajou uni et le palissandre incrusté, le simple pavé (pendule de cabinet) et les formes les plus capricieuses, les plus maniérées du siècle de Louis XV? Oui, sans doute, en sortant de là, on a vu et on sait; on a appris de la manière la plus agréable et la moins fatigante.La première exposition, nous l'avons dit plus haut, a eu lieu en 1798. La campagne d'Italie venait de finir, et, à cet instant de calme où la république,comme le soleil, prouvait elle-même son existence, il semblait qu'une ère de paix, de force et de richesse dût enfin se lever pour la France. Il fut décidé qu'on célébrerait par une fête splendide l'anniversaire de la république, et François de Neufchâteau eut l'heureuse idée de consacrer cet anniversaire par une exposition des produits de l'industrie; c'était inaugurer dignement la paix; et, cependant, nous devons le dire, cette exposition imprévue, il est vrai, mais venue après des années orageuses, quand les hommes de cœur et d'intelligence étaient sous les drapeaux, et défendaient la patrie aux frontières avant de la servir à l'intérieur, cette exposition ne fut pas brillante. On en rehaussa l'éclat par les cérémonies imposantes de son ouverture. Ce fut vraiment une fête nationale, à laquelle le peuple s'associa avec enthousiasme: il y voyait la réhabilitation du travail et la possibilité de s'élever, dans le champ paisible de l'industrie, aux mêmes honneurs, à la même importance sociale que ceux de ses frères, qui arrosaient de leur sang les champs de bataille.Cette exposition dura trois jours, et rien ne peut rendre l'aspect animé que présenta pendant ces trois joursle temple de l'Industrie(style de l'époque). Le gouvernement avait demandé que le jury lui désignât les douze exposants des produits les plus remarquables; le choix du jury s'arrêta sur les noms suivants, que nos lecteurs reconnaîtront, car depuis cette époque, quelques-uns ont encore grandi; c'étaient MM. Bréguet, horlogerie; Lenoir, instruments de mathématiques; Didot et Herman, typographie; Clouet, acier; Dilh et Guérard, tableaux en porcelaine; Desarnon, cheminées; Conté, crayons; Gremont et Barré, toiles peintes; Potter, faïence; Paye fils, Deharme, tôle vernie; Julien, coton filé à la mécanique.Le ministre de l'intérieur, en rendant compte de cette exposition, disait; «L'exposition n'a pas été très-nombreuse; mais c'est une première campagne, et cette campagne a été désastreuse pour l'industrie anglaise. Nos manufactures sont les arsenaux d'où doivent sortir les armes les plus funestes à la puissance britannique.» Telle était en effet la tendance de l'époque; et n'est-ce pas ce qu'on pense, ce qu'on cherche, ce qu'on désire encore aujourd'hui?La seconde et la troisième exposition eurent lieu en 1801 et 1802, sous le ministère de Chaptal. Ou sentait déjà renaître l'industrie; le nombre des exposants a doublé en 1801, et quintuplé en 1802. Presque toutes les branches y sont représentées, et, si l'on entrevoit la possibilité de résultats plus beaux, on peut du moins déjà se rendre compte du progrès amené par trois années de calme. A l'exposition de 1801, on décerna douze médailles d'or, vingt médailles d'argent, et trente, médailles de bronze. Ternaux, Mongolfier eurent la médaille d'or. Mais un fait bien caractéristique et qui prouve combien peu encore à cette époque on savait apprécier le travail des machines et les résultats qu'on pouvait en espérer, c'est que Jacquart, l'immortel Jacquart reçut une médaille de bronze, «pour un mécanisme, dit le rapport du jury, qui supprime, dans la fabrication des étoffes brochées, l'ouvrier appelé tireurde lacs.» Tout le monde sait aujourd'hui ce qu'est le métier de Jacquart, et a pu apprécier l'immense révolution que son adoption a causée dans la fabrication lyonnaise principalement.L'exposition de 1806 fut beaucoup plus brillante. Ce que l'on y remarqua surtout, ce furent les châles imités de Cachemire, industrie qui a toujours été en se perfectionnant depuis, et qui est arrivée aujourd'hui à un degré tel qu'il faut une grande attention, et nous dirons presque des connaissances spéciales, pour distinguer un tissu français d'un tissu indien.L'exposition de 1806 fut la quatrième; elle dura dix jours, et réunit 1,422 exposants. Les tissus de toute espèce furent la partie vraiment importante de cette exposition. La laine, les draperies, les soieries, les colonnades y prirent un développement prodigieux. On avait acclimaté en France les moutons mérinos; Lyon, qui avait pu enfin, à l'ombre de la paix, réparer les désastres que lui avaient causés la révolution, Lyon arrivait avec les produits de sa fabrication; Tarare et Saint-Quentin présentaient des mousselines d'une beauté et d'une perfection incomparables; Mulhouse, qui est encore aujourd'hui une des premières villes industrielles du royaume, exposait ses toiles peintes et ses cotonnades. De tous côtés l'industrie avançait d'un pas rapide; les encouragements ne lui manquaient pas; l'homme qui tint pendant quinze ans le sceptre de la France avait compris qu'en même temps qu'il faisait respecter la patrie au dehors par la force des armes, il devait établir sa suprématie industrielle au dedans; aussi, sous son impulsion magique, les arts se perfectionnèrent, les inventeurs étaient distingués, la lutte avec l'Angleterre se faisait plus acharnée et avec plus de succès, et quand il tomba, l'élan était donné et ne devait plus être arrêté. La France était désormais assez riche pour ne pas ralentir sa fabrication, tout en payant plusieurs milliards de contributions de guerre et d'indemnités; elle pouvait racheter son passé, ce passé brillant et glorieux, dont on voulut un jour lui faire honte, et acquérir le droit de continuer son œuvre pacifique et de devenir grande dans la paix comme elle l'avait été dans la guerre.Un intervalle de treize ans sépare la quatrième et la cinquième exposition. Cette dernière eut lieu en 1819 sous le ministère Decazes. Le nombre des exposants s'élevait à 1,662. La restauration avait décidé que les expositions se succéderaient à des intervalles inégaux, mais qui n'excéderaient pas quatre ans. Celle de 1819 dura un mois. Les produits qui attirèrent plus spécialement l'attention du public furent les lainages. Les économistes purent constater d'immenses progrès, qui tous convergeaient vers l'amélioration du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Les bonnes étoffes de drap et leur bas prix les mettaient à la portée de tous, et l'un pouvait entrevoir le moment où le paysan le plus pauvre aurait toujours dans son bahut un vêtement de rechange, et sa ménagère des robes solides et propres.Les châles témoignèrent aussi de la perfection des procédés mécaniques employés pour les confectionner. La production et le travail de la soie, arrivés à un grand développement, assuraient à Lyon le marché général des tissus de soie.Les expositions de 1825 et de 1827, qui muent lieu sous le ministère Villèle, furent tout ce qu'avait promis celle de 1819; les arts métallurgiques et chimiques s'y distinguèrent par la variété, la solidité et le bon goût de leurs produits.De 1827 à 1831, l'industrie eut à traverser une époque de crise, qui ne lui permit pas de venir étaler ses produits. Cependant il était impossible de renoncer à une institution qui avait déjà amené avec elle tant d'utiles résultats. Aussi, dès que le gouvernement nouveau, maître enfin de sa position, reconnu par les gouvernements étrangers, tranquille sur l'extérieur, voulut se rendre compte de l'étal industriel de la France, il convoqua les fabricants à une exposition solennelle qui devait durer deux mois; 2,447 exposants répondirent à cet appel. Le président du jury disait dans son discours au roi, en lui présentant ceux sur lesquels le jury appelait les récompenses: «C'est surtout, dans les sept années qui viennent ne s'écouter, que l'industrie française s'est avancée à grands pas. Nos usines se sont multipliées et agrandies; nos machines se sont perfectionnées; notre fabrication, en s'améliorant, s'est faite à plus bas prix; nos relations se sont étendues; des arts nouveaux même ont pris naissance. Aussi l'exposition de 1834 remportera-t-elle de beaucoup sur celles qui l'ont précédée, et laissera-t-elle de profondes traces, de longs et féconds souvenirs dans les esprits.» Il aurait pu ajouter: «La marche de l'industrie en France depuis cinquante ans, et l'histoire des expositions qui se sont succédé depuis 1798, nous donnent la conviction que la prochaine exposition présentera encore un aspect plus remarquable.»C'est en effet ce qui eut lieu. L'exposition de 1839 fut la plus brillante de toutes. Toutes les espérances qu'avaient fait naître les expositions précédentes, celle-là les réalise. Cinquante usines construisent des machines à vapeur; on voit les machines à papier continu, le métier à la Jacquart perfectionné, d'excellents chronomètres; tout s'améliore, la fabrication des aiguilles, les bougies stéariques, les glaces, les cristaux, la lithographie, la soudure du plomb, la galvanisation du fer, etc. Que sera donc l'exposition de 1844? Tout fait espérer qu'elle sera digue de ses devancières, en les surpassant.Voici quelques chiffres qui donnent l'histoire statistique de ces expositions.Année      Expositions.      Nombre            Médaillesdes Exposants.      accordées.1798           1re               110              261801           2e                220              691802           3e                510             1191806           4e              1,122             1191819           5e              1,662             3601823           6e              1,618             4701827           7e              1,795             4251834           8e              2,117             6971839           9e              3,381             805En 1839, le département de la Seine, seul complaît 2,619 exposants. Cette année, le nombre s'en élève à près de 3,000.La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars, cet emplacement révolutionnaire, qui a vu tant de fêtes nationales; la seconde et la troisième, dans la cour du Louvre; la quatrième, sur la place des invalides. Celles de 1819, 1823 et 1827, dans la cour et dans la partie des bâtiments du Louvre qui avoisinent la colonnade. Celle de 1834 eut lieu sur la place de la Concorde, dans quatre bâtiments séparés. Mais le nombre des exposants augmentant toujours, on sentit le besoin d'avoir un emplacement plus vaste, et on construisit un édition temporaire dans le grand carré dis Champs Élysées. C'est là qu'eut lieu l'exposition de 1839. C'est encore là que cette année l'industrie aura sa fête.Le palais de l'industrie forme un quadrilatère, composé de quatre galeries ayant ensemble 16,000 mètres carrés de superficie; la cour intérieure a elle-même 6,000 mètres carrés, et cette année, par une heureuse amélioration, on a décidé qu'elle serait couverte comme les galeries. Les exposants auront donc 22,000 mètres carrés à couvrir de leurs produits. La construction coûtera environ 600,000 francs. Ce chiffre seul répond à ceux qui demandent pourquoi ne pas élever un édifice permanent pour l'industrie. Un bâtiment convenable et assez spacieux coûterait de 4 à 5 millions, et ne servirait qu'une fois tous les cinq ans. Qu'en ferait-on dans l'intervalle? Avec une destination aussi spéciale, il serait difficile de l'utiliser, et l'intérêt du capital de construction serait bien supérieur à la somme qui est nécessaire tous les cinq ans.Un mot sur la manière dontl'Illustrationdoit aborder l'exposition des produits de l'industrie de 1844. On n'attend pas de nous un compte rendu très-détaillé des divers produits. C'est la tâche des journaux spéciaux qui sont créés pour cette solennité. Notre cadre d'ailleurs ne se prêterait pas à cette vaste entreprise. Mais nous donnerons à nos lecteurs des aperçus historiques sur chacune des branches de l'industrie et des dessins aussi nombreux que possible, accompagnés d'un texte descriptif et explicatif, en ayant soin de choisir les appareils les plus ingénieux et les produits les plus remarquables. Les français, d'ailleurs, ont à un haut degré le génie de l'art du dessin; ils brillent par le bon goût, et à ce point de vue, les dessinateurs del'Illustrationauront une ample moisson à recueillir, et nos lecteurs verront passer sous leurs yeux les modèles les plus riches et les plus perfectionnés de tout ce qui constitue lecomfort, de tout ce qui, sous une forme agréable, a un but utile.Histoire de la Semaine.Cette semaine a vu épuiser la série des discussions prévues qui devaient nécessairement faire poser de nouveau la question de cabinet. Le ministère a franchi ces obstacles, résiste à ces épreuves avec l'aide d'une majorité qui, tout en le laissant vivre, ne s'est montrée ni assez forte ni assez résolue pour lui pouvoir donner la garantie que le bail nouveau qu'elle lui accorde sera bien long, et que dans telle circonstance, imprévue sans doute, mais prochaine peut-être, elle ne disposera pas du banc ministériel en faveur de tel autre prétendant qui lui est au fond plus sympathique. La première question qui s'est présentée a été celle que faisait naître la proposition de M. Combarel de Leyval sur le vote par division. Combattue dès l'abord par les organes ministériels, elle n'avait obtenu les honneurs de la lecture publique qu'à la minorité stricte de trois bureaux sur neuf, et encore, dans ces trois bureaux, n'avait-elle vu ses partisans remporter qu'à une ou deux voix sur ses adversaires. Samedi dernier, développée en séance publique par son auteur, qui a fait preuve de modération et de convenance, elle a conquis un assez bon nombre de partisans nouveaux: deux épreuves ont été déclarées douteuses par les secrétaires, et le scrutin secret, auquel on a été forcé de recourir, a donné pour résultat 174 boules blanches contre 181 boules noires. Or, si l'on veut bien tenir compte de la persuasion où étaient plusieurs des votants que si cette proposition n'était pas une cousine des dernières appréciations du bureau de la Chambre, elle pouvait du moins être interprétée ainsi par le publie; si on veut remarquer qu'elle était comprise de cette manière par un des honorables secrétaires, qui avait annoncé d'avance qu'il déposerait sa démission entre les mains du président de la Chambre si la proposition était prise en considération, on reconnaîtra que la majorité de quatre voix a tenu à peu de chose. Et cependant des membres du centre gauche qui ont personnellement le courage de leurs opinions, mais qui savent combien certaines consciences sont timides, tout en se montrant fort désireux que le vote pût toujours être sûrement constaté, avaient fait ressortir les inconvénients qu'à leurs yeux ce mode présentait dans la pratique. La division, disaient-ils, est une opération d'une extrême lenteur, et dont l'exactitude, quant aux résultats numériques, a été elle-même plus d'une fois contestée dans le parlement anglais. Elle exerce d'ailleurs, par la solennité même de l'épreuve qu'impose l'obligation d'aller se réunir de sa personne à ses adversaires habituels, un effet d'intimidation qui laisserait peu de liberté aux caractères faibles, et qui les contraindrait presque toujours, même contrairement aux inspirations de leur conscience, à ne pas quitter le gros du parti auquel ils appartiennent. Il faut bien moins de courage pour se lever un instant de sa place que pour passer dans un autre camp avec un grand éclat. Imposer une pareille obligation chez nous, c'est ne pas mesurer les lois aux tempéraments et aux mœurs. Malgré tout, on a vu combien peu s'en est fallu que cette proposition ne fût prise en considération. Nous devons dire aussi que si elle a pu trouver quelques censeurs, non de son esprit, mais de sa forme, parmi les amis de son auteur, elle a été appuyée par quelques-uns de ses consciencieux adversaires, qui tiennent, dans un sage esprit, à la dignité du parlement, et qui veulent, comme l'un d'eux, M. Denis, l'a dit avec originalité à la tribune, que 2 et 2 fassent toujours 4 et ne puissent jamais faire 5 sous l'influence et la pression d'une majorité dominatrice. Il est donc bien évident pour nous, il l'est, nous le croyons, pour tout le monde, qu'il y a dans la Chambre une immense majorité qui appelle de ses vœux un mode sûr et irrécusable de constater les votes. Ce n'est point sur cette nécessité qu'on a voté l'autre jour, mais encore sur une question devenue ministérielle par la force des choses.Deux jours après, lundi dernier, la lice était ouverte de nouveau, mais cette fois il n'y a point eu engagement. M. Lac rosse est venu développer la proposition dont certains faits de corruption électorale, certaines lacunes dans notre Code pénal, et aussi des entraves, le plus souvent insurmontables, à la poursuite, l'avaient, ainsi que ses collègues MM. Gustave de Beaumont et Leyrand, déterminé à saisir la Chambre. Le système des auteurs de la proportion est celui-ci: faculté pour tout électeur inscrit de poursuivre, en se portant partie civile et sans autorisation préalable du conseil d'État, le fonctionnaire contre lequel il croira avoir à fournir des preuves de corruption, et par contre, pénalité sévère, amende considérable contre tout plaignant dont la dénonciation n'aura pas été admise par le tribunal saisi. Le ministère a dit qu'il ne s'opposait nullement à la prise en considération de cette proposition; mais que plus lard, et lors de la discussion définitive, il se réservait, tout en adoptant la dernière mesure, de combattre la première, c'est-à-dire la dispense d'obtenir, préalablement à toute poursuite, une autorisation du conseil d'État. M. de Beaumont a fait observer que la proposition ainsi amendée amènerait un résultat tout contraire à celui que doivent poursuivre les hommes de bonne foi, et rendrait, sans compensation aucune, les poursuites encore plus rares, puisqu'elles deviendraient plus périlleuses sans devenir plus possibles. La discussion en est demeurée là; chacun a voté la prise en considération de la proposition, ses partisans dans l'espoir de la faire triompher, ses adversaires dans la pensée qu'il était moins embarrassant de la faire avorter plus lard que de la combattre dès l'abord ouvertement.Dans cette même séance a commencé la discussion sur le crédit demandé pour complément de fonds secrets. Chaque année c'est là un vote sur le résultat duquel les chefs de l'opposition portent toute leur attention et concentrent tous leurs efforts; cette fois aucun d'eux n'a cru même devoir monter à la tribune; MM. Odilon Barrot et Thiers sont restés à leurs bancs comme M. Berryer était demeuré, à Marseille. La tribune a été occupée le premier jour par M. Ferdinand Barrot, qui, avocat distingué, orateur exercé, a eu le bon goût de demeurer dix-huit mois à la Chambre, de la bien étudier avant de venir à la tribune lui demander des applaudissements qu'un homme de talent a d'autant plus de chances de recueillir qu'il a montré moins d'impatience à courir après. La Chambre l'a écouté avec une grande attention et avec une faveur qui ne s'est pas manifestée seulement sur les bancs où siège l'orateur. Son nom lui imposait des obligations auxquelles il s'est montré en mesure de faire honneur.--Après lui est venu M. Ledru-Rollin, qui a reproduit une thèse développée déjà à la tribune avec plus de ménagements peut-être par son prédécesseur à la députation du Mans, Garnier-Pagès, et dans la presse par M. de Lamartine. Personne n'a oublié un remarquable article publié cet été dansle Bien public, dans lequel le député de Macon, passant en revue les ministères qui se sont succédé, faisait voir en eux des marionnettes qu'une même main avait conduites, qu'un même fil caché ou un même système avait, à leur insu, malgré eux, fait mouvoir. M. Ledru-Rollin a développé à la tribune ce même thème, non sans être fréquemment interrompu et sans être rappelé, par M. le président, dans les limites parlementaires. M. Ledru-Rollin devait s'attendre à ces interruptions et à ces admonestations; mais ce qui a paru le surprendre, ç'a été d'entendre M. de Lamartine, lui succédant, déclarer qu'il ne le suivrait pas sur ce terraininconstitutionnel. Du reste M. Ledru-Rollin n'a bientôt eu rien à envier à personne: chaque fraction de la chambre et de l'opinion publique a successivement passé sous les verges de l'illustre orateur. La gauche, le centre gauche, l'opinion conservatrice, ont tour à tour été l'objet de sa censure éloquente, et comme il s'est exclusivement attaché à blâmer la conduite tenue par chacun, sans toutefois laisser entrevoir celle qu'il voudrait qu'on suivit, il en est résulté que, quand il a dit en terminant: «Jusqu'à l'avènement de nos principes, nous resterons sur la réserve,» personne au centre, personne aux extrémités n'a su se rendre bien compte, ni de l'époque vraisemblable de cet avènement, ni de la nature de ces principes, ni de la durée probable de cette réserve. Le ministère, pour la première fois peut-être, a pensé qu'il pouvait sans inconvénient laisser un discours de M. de Lamartine sans réponse, car on ne saurait donner ce nom à quelques phrases assez dédaigneuses que M. Guizot a prononcées de son banc et qui n'avaient évidemment pour but que d'encadrer celle-ci, sur laquelle il a particulièrement pesé: «L'honorable préposant, au moment où le cabinet du 24 octobre s'est formé, ne pensait pas qu'il fût impropre à l'œuvre dont il s'était chargé; car pendant deux ans l'honorable préposant lui a prêté son appui.»--Le lendemain, M. Isambert a appelé la discussion et provoqué les explications du ministère sur certains actes, sur certaines publications dont un grand nombre de prélats se sont tout récemment rendus auteurs. Nous avons déjà parlé du mémoire adressé au roi par MM. les archevêques et évêques de la province de Paris et de la promotion postérieure de l'un des signataires, M. l'évêque de Versailles, au siège archiépiscopal de Rouen. Les circonstances rapprochées ont été le texte de reproches adressés à M. le ministre des cultes. L'orateur a signalé également deux nouveaux mémoires rédigés, l'un par les prélats de la province de Tours, l'autre par les prélats de la province de Lyon, nonobstant la déclaration d'illégalité publiée dansle Moniteurà l'occasion du premier mémoire. Dans toutes ces protestations, c'est, a-t-on dit, le même oubli des prescription de la loi, la même absence de modération, la même violation de toutes les convenances et de celles surtout que devraient imposer à des évêques la religion bien comprise, la charité bien entendue. L'orateur a vu, dans la conduite du gouvernement, une sorte d'encouragement, involontaire sans doute, mais dangereux, à une persistance déplorable de la part du haut clergé dans la voie où il s'est engagé. M. Martin (du Nord), que sa qualité de ministre des cultes appelait inévitablement à la tribune, n'était pas malheureusement l'homme que réclamait la situation. Il a sans doute cherché à justifier quelques actes que M. Isambert avait pu présenter comme imprudents et faibles; mais il fallait surtout faire entendre de nobles et fermes paroles qui traçassent la limite de leurs droits et les exigences de leurs devoirs aux hommes, quoique élevés qu'ils soient, qui seraient tentés de les dépasser et de les méconnaître. M. Martin (du Nord) n'y a pas réussi; mais M. Dupin aîné, montant après lui à la tribune, a largement suppléé à cette insuffisance, et a prononcé un discours dont la mesure, la convenance, l'élévation et la fermeté, ont concilié à l'orateur les suffrages de l'assemblée tout entière et ont provoqué les applaudissements à maintes reprises. Il a fait entendre de nobles plaintes contre la croisade dont un prince de l'Église, M. le cardinal-archevêque de Lyon, a le premier donné le signal, contre la flétrissure que M. l'évêque de Châlons avait voulu infliger à un arrêt de la justice, dans une lettre adressée à un abbé condamné par elle, M. Combalot; il a dit que, dans d'autres temps, le clergé avait pu menacer les rois, mais qu'aujourd'hui il va plus loin encore, en menaçant l'enfance elle-même, à laquelle il veut retirer les aumôniers.«Les évêques, a-t-il dit en terminant, n'auront point raison, par la violence, d'un gouvernement qu'on ne confesse pas, et il faudra bien qu'eux-mêmes, s'ils laissent en oubli les devoirs de la religion, se soumettent du moins comme tous les citoyens aux lois de l'État.»--M. de Carné est venu développer cette pensée, que toutes les lois qui réglaient autrefois les rapports du clergé avec l'État avaient été abrogées par nos grandes rénovations politiques; que le droit de l'ancien régime, le droit parlementaire, avait succombé avec la monarchie de Louis XVI; que la loi de germinal an X ne pouvait plus être invoquée après la révolution 1830, et qu'il était temps qu'une législation nouvelle vint régler, dans un nouvel esprit, ces rapports, et faire entrer le prêtre, suivant son expression, dans la communion constitutionnelle. Nous ne savons si cette thèse, avec les conséquences qu'elle entraînerait, serait bien du goût et de l'intérêt du clergé catholique. La première conséquence serait nécessairement que le clergé cesserait d'être un corps de fonctionnaires publics, et par conséquent d'être salarié par l'État; que la liberté sans limites qui lui serait laissée entraînerait par contre la liberté illimitée des cultes comme la liberté de conscience; ce qui implique non-seulement la liberté des cultes que la charte appelle reconnus, mais de tous les cultes qu'il plairait à la croyance de chacun de reconnaître et d'inventer. A coup sûr, sous ce régime, un déiste ne serait plus condamné, comme on l'a vu récemment, en cour d'assises, à un long emprisonnement et à une lourde amende; mais nous répugnons à croire que la somme des avantages égalât celle des inconvénients, et nous sommes surtout portés à penser, nous le répétons, que les intérêts du culte catholique recevraient, une rude atteinte de ce principe largement et sincèrement appliqué. La Chambre a écouté M. de Carné avec une attention scrupuleuse, mais sans manifester la moindre adhésion à sa pensée,--Il y avait loin de ces discussions à celle des fonds de police. La Chambre aussi n'a pu y revenir, malgré les efforts de M. Jules de Lasteryrie qui est monté à la tribune pour motiver, et qui l'a fait avec talent, un amendement proposé par lui et réduisant le crédit demandé de 50,000 fr. Le débat n'a pu se réengager; mais au vote la lutte a été la même, et l'amendement n'a été rejeté, par assis et levé, qu'à une très-faible majorité. Au scrutin sur l'ensemble de la loi il s'est trouvé 225 voix contre 169; mais il faut une opposition bien tranchée pour refuser tout complément de fonds secrets, et bon nombre de partisans de l'amendement ont, après son rejet, cru devoir accorder le crédit demandé.La situation qu'a mise en lumière le discours de M. Dupin, et qui depuis ce jour-là même semble s'être aggravée encore, rend peut-être plus difficile et rend à coup sûr plus urgente la loi sur l'enseignement. La commission de la chambre des pairs chargée de l'examen du projet a nommé pour son rapporteur M. le duc de Broglie. Le choix est une garantie que ce travail dont la Chambre recevra prochainement la communication sera en rapport avec l'importance de la question soumise à ses délibérations.Quant à la chambre des députés, elle a quitté les lois et les propositions purement politiques pour aborder une loi d'organisation militaire, la loi du recrutement. Déjà examinée par elle 1841, mais qui lui revient après les changements que la chambre des pairs a proposé d'y introduire en 1843. La question a été examinée récemment dans ce journal. Après le vote, nous dirons le parti que la chambre des députés a définitivement adopté sur les points principaux de la matière; sur les moyens de réglementer le remplacement, de parer à ses abus, et d'organiser une réserve réelle et puissante.--Ajoutons, pour en finir avec les débats parlementaires, qu'un député, M. Chapuys de Montlaville, vient de déposer une proposition tendant à faire exempter de tout droit de timbre les journaux et feuilles périodiques.On a reçu d'Espagne la confirmation de la mise à mort du colonel Bonet et de vingt-quatre officiers de l'armée et de la police ayant fait partie de son corps. Ces malheureux ont été fusillés par derrière, par l'ordre de ce Roncali que nous avons déjà vu faire procéder à une pareille boucherie, et qui ne laisse pas échapper une occasion de prouver qu'il n'était qu'un imposteur hypocrite quand, défendant Diego Leon, il disait qu'il ne pouvait comprendre la nécessité de verser le sang pour cause politique. Ce même homme sert aujourd'hui de bourreau en Espagne, et la fumée des fusillades qu'il commande, semble, dans sa pensée, devoir être comme un encens agréable à la reine Christine. Il lui fait injure, nous n'en pouvons douter. Les députés progressistes, arrêtés en flagrant délit de conspiration, disait-on, attendent toujours en prison qu'on ait trouvé des preuves contre eux ou qu'on ait prononcé leur élargissement.--Un des griefs de l'Espagne contre le Maroc est la mise à mort d'un consul espagnol exécuté par ordre de Nadji-Murad, gouverneur de Maraguon, une des provinces de l'empire.Le Correspondantnous apprend que ce consul était français d'origine, né à Marseille, nommé Victor Darmon, et âgé de vingt-huit ans. Ce journal reproche au consul de France à Tanger, M. de Nion, d'avoir refusé d'intervenir pour son compatriote autrement que par une représentation collective signée de tous les consuls européens. Ces assertions ont besoin d'être vérifiées, car il serait étonnant, comme on l'a déjà fait observer, de voir organiser des missions pour l'affranchissement des noirs dans le Maroc, et d'y montrer tant d'indifférence à l'égard des blancs.Le ministère grec est en dissolution à la suite d'un vote de l'assemblée nationale, qui a repoussé, par les inspirations des ambassadeurs de France et d'Angleterre, le principe de l'élection des sénateurs. A un premier vote, sur la question savoir s'ils seraient élus par la nation ou nommés par le roi, les forces s'étaient exactement balancées, et il s'était trouvé 98 voix d'un côté et 98 de l'autre. Après un ajournement, un nouveau scrutin a donné 112 voix à la nomination royale; l'élection n'a plus compté que 92 partisans. La même majorité a décidé que les sénateurs seraient nommés à vie et non pas pour dix années seulement. Ce résultat a amené la démission de M. Metaxa, président du cabinet et ministre des affaires étrangères, et de M. Shynas, ministre des affaires ecclésiastiques. Du reste, ce déchirement n'est rien auprès des difficultés que va soulever l'article 39 de la constitution voté à l'unanimité par l'assemblée, et ainsi connu: «Tout successeur au trône doit nécessairement professer la religion orientale du Christ.» Cet article, en contradiction manifeste avec le traité de 1832, constitutif du royaume de Grèce, place les frères du roi Othon dans l'alternative, ou d'apostasier, ou de perdre les droits éventuels qui leur sont assurés parles trois puissances protectrices.Washington vient d'être témoin d'une épouvantable catastrophe. Le capitaine Stockton avait invité deux cents gentlemen et deux cents ladies à une fête qu'il leur avait préparée à bord du magnifique steamer qu'il commande,le Princeton. Le président et sa famille, les ministres, plusieurs ambassadeurs étrangers, des sénateurs et des députés s'étaient rendus à cette invitation le 28 février. Chacun se promettait une journée délicieuse; à une heure on était passé à bord du bâtiment. Après un salut de vingt et un coups de canon, tiré avec les petites pièces, on chargea la grosse pièce pour faire voir aux dames le mouvement d'un boulet deux cent trente livres sur l'eau. Elles étaient toutes sur le pont et au premier rang. Un fit feu, et le boulet parcourut la distance en exécutant une douzaine de ricochets sur la mer. On descendit ensuite dans la cabine, on but du champagne; la gaieté régnait partout. Comme le vaisseau retournait à terre, le ministre de la marine demanda qu'on fit charger de nouveau la grosse pièce. On monta sur le pont, et on fit un cercle autour du canon pour voir les préparatifs. La pièce chargée, on fit feu; la pièce éclata par la culasse, et MM. Upshur, ministre de l'intérieur; Giliner, ministre de la marine; Maxey, député du Maryland, et quelques autres, tombèrent morts sans avoir proféré un seul cri. Il y eut aussi plusieurs autres hommes gravement blessés. Aucune femme n'a été victime de cet effroyable événement. Au moment où il portait la mort sur le pont, plusieurs personnes demeurées dans la cabine y faisaient entendre des chants et, comme l'explosion eut lieu précisément au moment où le motWashingtonétait prononcé, trois salves d'applaudissement retentirent, et des cris de joie se marièrent aux cris de mort.La banque de France vient d'adopter une mesure sans profit sans doute pour elle, mais qui offrira des facilités réelles au public: c'est la création de billets de 250 francs. Cet établissement a compris que le privilège dont il jouit, les avantages qui lui sont assurés, lui imposent la condition de ne pas toujours envisager uniquement ses intérêts, mais de tenir compte aussi des besoins et des convenances du commerce et des citoyens. On a beaucoup parlé de l'abaissement du taux de ses escomptes. On s'occupe beaucoup aujourd'hui de la nécessité de réduire l'intérêt de la rente 5 pour 100. Ces deux mesures seront-elles prises en même temps et doivent-elles être prochaines?L'Académie des Sciences n'avait pas, elle, comme sa sœur l'Académie française, à disposer de deux fauteuils, mais seulement de deux brevets de membres correspondants, l'un dans la section de zoologie, l'autre dans la section de chirurgie. M. Charles Bonaparte, prince de Canino, a été élu dans la première; M. Brodie, de Londres, dans la seconde.L'ouverture du cours de M. Quinet a eu lieu mercredi dernier, au Collège de France, en présence d'un auditoire plus nombreux que l'amphithéâtre ne pouvait le contenir. Ceux qui ont pu assister à cette leçon de l'excellent professeur ont été témoins aujourd'hui du plus grand succès que la pœsie ait jamais obtenue dans une assemblée.Le 8 de ce mois, le roi de Suède, Bernadotte dontl'Illustrationa tout récemment donné un article, a succombé à l'attaque apoplectique contre les effets de laquelle sa vigoureuse organisation a lutté pendant six semaines. Son fils a immédiatement pris les rênes du gouvernement.--Plusieurs journaux ont annoncé la mort de M. Pradt à l'âge de quatre-vingt sept ans. Ils auraient pu ajouter pour épargner toute confusion à leurs lecteurs que le défunt était l'oncle du fameux abbé de Pradt, ancien archevêque de Malmes, mort lui-même en 1837.--La tombe s'est également fermée sur le lieutenant-général Papol dont la vie militaire a été éclatante et bien remplie, et sur un des plus braves de l'empire, sur un des cœurs les plus pourvus de nobles et généreux sentiments, le colonel de Rocqueville, qui s'est éteint, épuisé par les souffrance que de profondes blessures lui avaient léguées. Que sa mémoire reçoive aujourd'hui nos regrets! Mais nous rendrons un autre hommage à ces deux vieux débris d'une époque de gloire.(Agrandissement)Riches broderiesN'égaleraient pasL'herbe des prairiesQue foulent mes pas.Couronne de reineCache bien des pleurs.Je garde sans peineCouronne de fleursJe garde sans peineLa couronne de fleurs.2e COUPLETJe suis sans noblesseSans fief sans trésorMais j'ai la jeunesseQui vaut mieux encor.Couronne de reineCache bien des pleursJe garde sans peineCouronne de fleursJe garde sans peineLa couronne de fleurs.3e COUPLETNoble demoisellePâlit nuit et jourA l'ombre cruelleD'un royal amour.Couronne de reineCache bien des pleursJe garde sans peineCouronne de fleurs.Je garde ans peineLa couronne de fleurs.Procédés d'E. Duverger.Chemins de Fer.Nous avons donné l'année dernière (page 123, tome 1er) aux lecteurs del'Illustrationun aperçu de la loi du 11 juin 1842, qui a été comme l'inauguration de la construction des chemins de fer en France, ou qui, tout au moins, a servi à dégager la question de ces grandes voies de communication des nuages qui l'obscurcissaient. Elle a fixé les esprits indécis et a mis un terme aux doléances et aux exagérations des partisans exclusifs, soit de l'État, soit des compagnies. On se rappelle le principe et le mécanisme de cette loi, que nous avions résumés ainsi: «Cession des terrains par les communes, construction par l'État, exploitation par les compagnies; fortune locale, fortune générale, fort une privée: tels sont les trois éléments mis en jeu pour arriver à la réalisation d'une des plus grandes œuvres des temps modernes.» Telles étaient, du moins à l'époque où nous écrivions ces lignes, les conséquences, acceptées à peu près par tous, de la loi du 11 juin. L'administration des ponts et chaussées trouvait à appliquer son personnel, le corps le plus savant et le plus habile constructeur de l'Europe; et l'industrie privée arrivait, avec ses capitaux et son génie commercial, imprimer la vie et le mouvement à ces grandes constructions. Dans ce temps-là, l'esprit public paraissait satisfait, on était généralement content de la part faite à chacun; il semblait sage et utile à la plupart que l'industrie ne fût pas livrée à ses propres forces, que l'administration ne se mêlât pas à l'exploitation autrement que pour la réglementer. L'intérêt du public qui voyage paraissait suffisamment sauvegardé. En un mot, cette loi comme toutes les lois de transactions venues après de longs débats, avait calmé les esprits et fait naître de grandes espérances; et nous devons avouer que, pour notre part, nous vous été un des plus chauds partisans de cette transaction, et nous l'avons regardée comme le commencement d'une ère nouvelle, pour la prospérité industrielle et commerciale de la France.Aujourd'hui la question est encore une fois pendante; les agitations renaissent, les discussions s'enveniment, le principe consacré par la loi du 11 juin est violemment battu en brèche, et sera probablement renversé. Pourquoi? que s'est-il donc passé depuis un an qui ait pu ainsi agir sur l'opinion? quels faits nouveaux se sont révélés? quels dangers ont été signalés? comment l'administration a-t-elle regagné tout le terrain qu'elle avait perdu depuis son échec devant les Chambres en 1838? La question des canaux est-elle vidée? l'exploitation des petits chemins de fer de Lille et de Valenciennes a-t-elle donné des résultats bien remarquables?Non, mais un mois après notre article, deux lignes nouvelles, celles d'Orléans et de Rouen, ont été mises en exploitation; six mois après, les actionnaires des compagnies d'Orléans et de Rouen étaient assurés de la bonté des produits nets, et espéraient tirer 7 à 8 pour 100 de leur argent.Ainsi, c'est l'industrie qui a fourni des armes contre elle-même; elle s'est suicidée. D'un autre côté, les frais de traction sont devenus moindres: le perfectionnement des locomotives, la régularité du service, la sécurité des voyageurs, tout a concouru à diminuer les dépenses, à augmenter les recettes. On avait cru jusqu'alors que 60 à 70 pour 100 de la recette brute étaient à peine suffisants pour couvrir les frais d'exploitation; et grâce aux améliorations successives, au plus haut degré d'instruction pratique des exploitants, à centralisation du pouvoir moteur, ou en est arrivé à ne relever, pour cet usage, que 10 à 15 pour 100 sur les recettes, passant ainsi 55 à 60 pour 100 aux actionnaires.(Agrandissement)Il est curieux, du reste, d'examiner le jeu de bascule qui, dans l'opinion publique, a tour à tour exalté et abaissé l'industrie et l'administration des ponts et chaussées, et de voir à quels degrés insensibles, l'industrie a perdu sa position élevée pour ne plus être qu'un instrument, entre les mains de l'administration.Le premier chemin de fer important concédé à une compagnie, celui de Saint-Étienne à Lyon, l'a été à perpétuité. On était trop heureux, à ce prix-là, d'inaugurer en France les nouvelles voies, qui déjà, en Angleterre, promettaient des merveilles. Puis sont venues les concessions à temps, de quatre-vingt-dix-neuf ans, de soixante-dix ans. Les produits n'étaient pas beaux, de vives craintes agitaient les bailleurs de fonds. Des compagnies sont venues prier l'État de les secourir; prêt, subvention, garanties d'intérêts, toutes les formes de crédit ont été demandées; l'État a tout accordé, mais il s'est dit: Puisque l'industrie ne peut rien sans mon aide, je dois en principe l'aider avant qu'elle le demande. De là la loi du 11 juin 1842. La conséquence évidente de l'aide apportée par l'État se résumait en des concessions plus courtes: elles furent réduites à quarante et trente-cinq ans dans les trois projets de loi présentés aux chambres en 1843, projets dont deux ont été, ou abandonnés, ou implicitement rejetés. Une autre conséquence, c'était que, l'État faisant la dépense de la construction, il devait venir en partage dans les bénéfices; il demanda le partage au delà d'un certain chiffre, représentant l'intérêt et l'amortissement des fonds dépensés par la compagnie exploitante. Les lois n'ayant pas été votées, et dans l'intervalle qui sépara les deux sessions, les compagnies de Rouen et d'Orléans ayant réalisé de beaux bénéfices, les prétentions de l'État augmentèrent avec juste raison, et dans la loi présentée à la chambre des députés le 29 février dernier, loi dont nous entretiendrons tout à l'heure nos lecteurs, les concessions descendent à vingt-huit ans dans le cas où la compagnie fournira la voie et le matériel, et à douze ans si elle ne fournit que le matériel.Ainsi, en moins de vingt aimées, les concessions perpétuelles sont devenues des fermes de douze ans, et cela peut être attribué, d'une part, à l'impuissance des compagnies à construire avec leurs propres deniers, et, d'autre part, aux perfectionnements successifs de leur mode d'exploitation.Quoi qu'il en soit, on trouvera, nous en avons la conviction, des compagnies fermières pour des baux de douze ans, comme on en a trouvé pour des concessions perpétuelles; car l'industrie a cela d'admirable, qu'elle se plie à toutes les exigence, qu'elle est, de sa nature, flexible et peu facile à rebuter, et que partout où elle espère faire des bénéfices, elle se présente.Dans tout ce qui précède, nous avons évité d'entrer dans le vif de la question, dans la discussion des raisonnements pour ou contre l'exploitation par l'État ou par les compagnies; nous nous sommes bornés au rôle d'historien. Un jour peut-être nous pourrons dire toute notre pensée; quant à présent, nous n'avons voulu que constater et enregistrer des faits.La carte que nous donnons aujourd'hui à nos lecteurs est plus complète et plus détaillée que celle qui accompagnait notre article de l'année dernière. On se rappelle qu'à ce moment plusieurs tracés de chemins de fer, notamment ceux de Paris au littoral de la Manche, de Paris à Lyon et de Paris à Strasbourg, étaient encore indécis. Nous devons dire que pour ces deux derniers chemins, l'indécision est encore la même; cependant le chemin de Lyon a déjà obtenu un vote du conseil général des ponts et chaussées et de la commission supérieure des chemins de fer. M. le comte Daru a fait sur cette question un rapport excessivement remarquable, comme tout ce qui sort de sa plume. Il est probable que dans le courant de la session, les chambres seront saisies d'un projet de loi à cet égard, et nous nous réservons d'en entretenir nos lecteurs à cette époque. Quant au chemin de Paris A Strasbourg, les différents tracés en litige viennent d'être envoyés aux enquêtes, et nous prévoyons que la session se passera sans qu'il en soit parlé aux chambres. Nous examinerons toutefois, en parlant du chemin de Lyon, la grande question des troncs communs qui a déjà été traitée par M. Daru et par M. Edmond Teisserene, chacun dans un sens différent.Les projets de lois apportés par le ministre des travaux publics à la chambre des députés, le 29 février dernier, embrassent plusieurs chemins. Les questions soulevées et résolues par ces projets ont une immense gravité; d'un côté, en effet, il s'agit du tracé du chemin qui doit aboutir au littoral de la Manche, de l'autre des conditions imposées par les cahiers de charges aux compagnies qui se présenteront pour exploiter, soit le chemin du nord et de l'Angleterre, soit les chemins de Montpellier à Nîmes et d'Orléans à Vierzon. Ces projets, en acceptant les conséquences de la loi du 11 juin quant à la pose de la voie et à l'exploitation, prévoient cependant, et avec raison suivant nous, le cas où, dans un délai donné, il ne se présenterait pas de compagnies fermières.Nous avons donc trois points à examiner, d'abord le tracé adopté par le gouvernement pour toucher les côtes de la Manche, ensuite les conditions générales imposées aux compagnies et enfin le mode d'établissement des tarifs.La question relative à la détermination du tracé est, dans le cas qui nous occupe, une des plus importantes dont le ministre ait à proposer la solution aux chambres. En effet, deux ports depuis longtemps rivaux se disputent le passage des voyageurs de France en Angleterre; Boulogne et Calais, ces deux villes qui semblent destinées, au point de vue maritime, à se compléter l'une l'autre, arrivent toutes deux années de documents statistiques nombreux: l'une prouve que depuis vingt ans sa prospérité a toujours été croissante, que sa population a presque doublé dans ce laps de temps, que ses droits d'octroi ont passé de 160,000 à 684,000 fr., et les droits de douanes de 196,000 fr. à 2,190 000 fr.; que le nombre des passagers, qui en 1819, était de 7,695, est arrivé au chiffre de 57 000 en 1843; elle en conclut que ce serait lui enlever cette prospérité, lui donner un coup mortel, que de la priver d'une voie de communication rapide vers Paris; l'Angleterre passe dans ses murs d'ailleurs pour aller dans le midi de la France, en Italie, en Piémont.Calais au contraire argue de la décroissance de sa prospérité depuis qu'un service de paquebots à vapeur s'est établi à Boulogne, elle montre ses murs abandonnés, son commerce qui languit et s'éteint, le mouvement des voyageurs de passage qui, de 44,504 en 1834, est descendu 19,079 en 1843, et elle demande avec effroi ce qu'elle deviendra si on lui refuse le chemin de fer de Paris à Londres. Elle a encore, il est vrai, le service des dépêches; mais si le chemin de Paris aboutit à Boulogne, ce service lui échappera encore. Ainsi Boulogne au nom de sa prospérité croissante, Calais au nom de l'abandon successif dans lequel elle tombe, réclament toutes deux et avec de graves motifs, on le voit, d'être choisies pour tête de ligne.Enfin, à l'extrémité de notre frontière de mer, non loin d'Ostende, se trouve un autre port qui, dans tous les cas, doit être desservi. C'est en effet notre cinquième port commercial, c'est un des marchés les plus importants, c'est le grenier d'approvisionnement de Lille et de toute cette partie du Nord. Ce port, c'est Dunkerque; son intérêt évident est d'être le plus près possible de Lille, de Turcoing et de Roubaix; c'est là, nous dirons plus, son seul intérêt: peu lui importe la distance qui le séparera de Paris; ce n'est pas là qu'est son débouché, quoi qu'on en ait dit. En effet, sur 200,000 tonnes de marchandises arrivées à Dunkerque l'année dernière, 96,000 ont été dirigées vers l'intérieur, savoir 40,000 A Lille et 56,000 vers différents points du Nord, dont 1,000 seulement vers Paris. Ajoutons que, d'après des documents statistiques émanés des ingénieurs, la circulation entre Lille et Dunkerque paraît analogue à celle qui a lieu entre Liverpool et Manchester. Le gouvernement avait du reste si bien senti l'importance d'une communication rapide età peu de fraisentre ces deux villes, que, par une dérogation extraordinaire à l'assiette des tarifs, il avait proposé, l'année dernière, de ne faire payer qu'une partie du tarif aux voyageurs et aux marchandises auxquels, par un certain tracé, on imposait un parcours plus long.Voici donc trois intérêts en présence, trois puissantes cités dont l'avenir dépend de la solution qui va être donnée à la question qui nous occupe. Comment doit-on et peut-on leur donner satisfaction. Doit-on et peut-on faire aboutir trois chemins à la mer? et si on ne le doit pas, quels seront les points privilégiés, et quels motifs peuvent faire préférer l'un de ces ports à l'autre?Disons d'abord que, dans tous les cas, Dunkerque sera rattaché à Lille, et que pour lui toute la question se réduit à un plus ou moins long parcours. Mais il n'en est pas de même pour Boulogne et Calais. A notre avis un chemin dirigé d'un de ces ports sur Paris exclut l'autre, à moins que l'on ne veuille renouveler la ruineuse folie des deux chemins de Fer de Versailles; et cependant nous pensons que ces deux ports doivent avoir chacun leur chemin, l'un partant de Boulogne pour se diriger sur Paris, l'autre allant de Calais en Belgique par Lille. Il serait trop long de donner à nos lecteurs le détail des différents projets étudiés, et il serait d'ailleurs très-difficile de le faire sans une carte plus développée que celle que nous leur offrons aujourd'hui. Nous nous contenterons de les résumer en peu de mots.La ligne de Paris en Belgique passe par Amiens, Arras, Douai, Ostricourt et Lille. C'est sur cette ligue que viennent s'embrancher les différents projets des chemins d'Angleterre Celui de Boulogne part d'Amiens et passe par Abbeville et Etaples; celui de Calais, ou plutôt l'un des tracés de Calais part d'Arras et passe par Béthune, Aire, Saint-Omer et Watten. C'est de ce dernier point que part la branche de Dunkerque. L'autre tracé part d'Ostricourt, situé entre Douai et Lille, et passe ou par Saint-Omer, ou par Hazebrouck. Un autre tracé partant d'Amiens côtoierait la mer et desservirait successivement Etaples, Boulogne, Calais et Dunkerque. Hâtons-nous de dire que ce tracé circulaire a peu de partisans. De son côté Dunkerque a présenté son tracé, qui est connu sous le nom de tracé à station centrale. Dans ce système, Hazebrouck serait le point où viendraient se couper deux lignes presque droites, l'une de Dunkerque à Arras, l'autre de Calais à Lille. Nous avouons que ce système est séduisant et a trouvé de nombreux partisans.Le parti auquel le gouvernement s'est arrêté est le suivant; il décide en principe le ligne d'Amiens à Boulogne; seulement l'insuffisance des fonds le force à en retarder l'exécution, et il propose de détacher la ligne d'Angleterre de la ligne de Belgique à Ostricourt. De ce point la ligne sur Calais se dirigera par Hazebrouck et Saint-Omer, et la ligne sur Dunkerque par Hazebrouck et l'ouest de Cassel. «Cette combinaison intermédiaire, dit l'exposé des motifs, comme toutes les transactions, ne satisfait pas complètement les divers intérêts engagés dans la question, si on les considère isolément, mais tient entre eux une balance égale, et leur assure une somme d'avantages suffisants.» Nous ne partageons pas sur ce dernier point, nous l'avouons, les convictions du ministre des travaux publics, et nos raisons, les voici; la première faille, comme le tait remarquer M. le comte Daru dans son rapport, a été de faire passer le tracé d'Amiens à Lille par Douai, et de lui imposer ainsi un allongement considérable. Douai avait forcément le passage du chemin d'Amiens à Valenciennes; le tracé naturel d'Amiens à Lille était par Hénin-Liétard, d'où se seraient détachés deux embranchements, l'un vers Valenciennes, l'autre vers Calais; mais cette faute une fois commise, pourquoi l'aggraver en imposant aux voyageurs d'Angleterre un allongement de parcours, en les éloignant de Paris pour les y ramener ensuite, en augmentant et la durée du trajet, et les frais du voyage? Pourquoi imposer aux produits de Dunkerque la nécessité d'aller à Ostricourt pour se replier ensuite sur Lille? Est-ce la question d'économie? Mais il y a à peu près la même distance entre Calais et Ostricourt qu'entre Calais et Lille, entre Dunkerque et Ostricourt qu'entre Dunkerque et Lille; seulement le commerce de Dunkerque sera grevé à tout jamais du parcours supplémentaire d'Ostricourt A Lille. Rien d'ailleurs ne force le gouvernement à exiger deux voies, soit entre Amiens et Boulogne, soit entre Hazebrouk et Calais. Il y aurait là une immense économie à réaliser. Il paraît d'ailleurs certain que la circulation entre la France et l'Angleterre n'est pas de nature à alimenter deux chemins. Si donc on construit aujourd'hui l'un des deux, l'autre ne s'exécutera jamais; tandis que dans le système que nous proposons, Boulogne conserve les relations anglo-françaises, les cent mille voyageurs qu'elle partage aujourd'hui avec Calais. L'immense commerce qui a lieu entre Amiens et Abbeville vient alimenter son chemin, et Paris n'est plus qu'à deux heures de Londres. Calais conserve le transit des hommes et des choses d'Angleterre vers la Belgique et vers le Nord; son port prend une importance relative au mouvement commercial que cette voie peut y faire naître, et Dunkerque arrive par la voie la plus prompte au centre de ses affaires et de son industrie.Du reste, en ce moment, la commission de la chambre des députés discute la question, et nous espérons que de ses délibérations résultera une proposition qui conciliera un peu mieux tous les intérêts. Quant à nous, les bornes de cet article ne nous permettent pas de nous étendre plus longuement sur l'importante question de ces tracés.Les conditions principales du cahier des charges de la compagnie fermière sont les suivantes, et si on se rappelle celles qu'on avait faites l'année dernière à la compagnie Rothschild, on verra quelles immenses améliorations on y a apportées cette année. Ce cahier de charges semble, du reste, destiné à servir de modèle à tous les baux que l'État serait appelé à passer dans l'avenir pour l'exploitation des chemins de fer.La durée de la jouissance pour le chemin de Belgique et d'Angleterre a été réduite de quarante ans à vingt-huit ans. Au delà de 8 pour 100, l'excédant des revenus est partagé entre l'État et la compagnie. La voie de fer devient, au bout des vingt-huit ans, la propriété de l'État, sans remboursement. Les tarifs des marchandises sont diminuées de 2 centimes par classe, et les tarifs de voyageurs sont de 10 centimes, 7 centimes et demi et 5 centimes et demi. Les voitures de troisième classe doivent être couvertes et fermées de rideaux; enfin l'État se reserve la faculté du rachat de la concession à toute époque, au bout d'un période de douze années d'exploitation.Nous n'avons qu'une approbation sincère à donner à la plupart de ces différentes conditions que nous venons d'énumérer, et nous ne pensons pas que les partisans tes plus exclusifs de l'exploitation des chemins de fer par l'État puissent les attaquer, si toutefois ils veulent bien convenir que l'opinion n'est pas encore mure à l'égard de leur système.Si, dans un espace de deux mois après la promulgation de la loi proposée, il ne s'est pas présenté de compagnie pour l'exploitation de la ligne de Belgique et d'Angleterre, le ministre des travaux publics demande à être autorisé à poser la voie de fer, en un mot, à achever complètement le chemin, moins le matériel d'exploitation, et à le donner à ferme pour douze ans au plus. Il est bon, en effet, que le gouvernement ne soit pas à la merci de l'avidité des spéculateurs. La marche qui a été suivie cette année lui en donne les moyens et lui impose le droit et le devoir de mettre avant peu d'années, n'importe pour quel système, la Belgique et l'Angleterre en relations rapides avec la France.Quant aux tarifs, nous avons dit plus haut comment ils avaient été fixés: 10 centimes, 7 centimes et demi et 5 centimes et demi. Nous savons que quelques personnes les trouveront encore trop élevés; pour ces personnes, le bon marché absolu, indépendamment de l'économie de temps que procurent les nouvelles voies de communication, est une idée fixe; si elles désirent que l'État exploite les chemins de fer, c'est pour arriver à des tarifs très bas, et elles ne réfléchissent pas que, si un tarif n'est pas rémunérateur, il est assis sur des bases fausses; que, ne pas couvrir les frais d'exploitation, et l'intérêt des sommes dépensées pour la construction, c'est pour l'État, comme pour les particuliers, une déplorable dilapidation de deniers; qu'en définitif, si un impôt doit être prélevé, il doit peser sur ceux qui voyagent et non sur la masse entière des contribuables, et que d'ailleurs faire exploiter à perte par l'état, c'est lui ôter les moyens d'achever le réseau des chemins de fer, c'est sacrifier aux contrées riches et populeuses les contrées pauvres et privées de voies de communication. L'État, s'il exploite, doit, comme une compagnie, être indemnisé de ses dépenses; et quand nous entendons préconiser le système belge, dans lequel le transport des marchandises à 8 centimes par tonne et par kilomètre couvre à peine les frais de traction, et qui, pour le transport total, ne donne que 5 pour 100 à peu près des frais de construction, nous nous demandons si la France est tellement riche qu'elle puisse s'imposer les sacrifices énormes qu'on réclame d'elle? si sa dette est amortie, si ses découverts sont comblés, et enfin et surtout s'il serait moral et juste de dégrever d'impôts ceux qui voyagent, ceux qui se servent de la chose, et s'il n'y a pas d'autres impôts, plus mal assis, qui pèsent principalement sur la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, et qu'il serait possible de diminuer en en retrouvant l'équivalent dans l'impôt de circulation. Le gouvernement, nous le pensons, a sagement agi en ne diminuant pas maintenant les tarifs; il a également bien fait en imposant le partage des bénéfices au delà de 8 pour 100. Si des améliorations nouvelles viennent réaliser de grandes économies dans les frais d'exploitation, n'a-t-il pas inséré la clause de rachat à toute époque au bout de douze années, et l'intérêt public n'est-il pas suffisamment satisfait par cette clause?Le projet de loi élève d'un demi-centime la dernière classe, et c'est là le seul reproche que nous ayons à faire aux tarifs; c'est en effet une question d'humanité, qui a été résolue aux dépens du malheureux; nous pensons qu'on pourrait, au prix de 5 centimes, exiger que les wagons fussent couverts. Nous rappellerons d'ailleurs que la compagnie d'Orléans a proposé l'année dernière ce que décide aujourd'hui la loi, et qu'on a rejeté ses propositions. Pourquoi? Nous n'en savons rien: la question est la même, et nous ne comprenons pas comment la solution peut en être différente.Nous regardons comme un devoir d'appeler l'attention publique sur un moyen plus économique, mais plus lent, de faire voyager à bon marché la classe pauvre. On sait que les locomotives employées au transport des voyageurs, à une vitesse d'au moins 52 kilomètres à l'heure, n'utilisent jamais toute leur puissance, parce qu'à cette vitesse, elles n'auraient pas assez de force pour franchir les rampes à pleine charge. Il n'en est pas de même des locomotives appliquées au transport des marchandises: elles travaillent généralement à pleine charge, et leur vitesse est moitié moindre: tout est utilisé, les roues sont couplées et leur adhérence est au maximum. Nous voudrions que, dans les convois de marchandises, il y eût des voitures de 3e classe dont les prix seraient réduits de moitié et qui permettraient aux pauvres d'aller encore aussi vite que la malle-poste et à raison de 2 à 3 centimes par kilomètre. Une compagnie formée pour l'exploitation de chemin de fer de Lyon a, nous le savons, proposé ce mode à l'administration; nous espérons voir se réaliser un jour cette idée si éminemment philanthropique.Les deux autres projets de loi présentés à la chambre par le ministre des travaux publics ont rapport à l'exploitation des chemins de fer d'Orléans à Vierzon d'une part, et de Montpellier à Nîmes de l'autre.Pour le chemin d'Orléans à Vierzon, les conditions sont à peu près les mêmes que pour le chemin de Belgique; seulement la durée de la concession est portée à trente-cinq ans, et cela est justifié par la raison que les produits de ce chemin doivent être moindres que ceux du chemin de Belgique.Quant au chemin de Montpellier à Nîmes, il a été entièrement construit par l'État, qui a même acheté sept locomotives et environ quarante voitures. Aussi la compagnie fermière, dont le bail ne doit avoir que dix ans, n'aura de capital social à constituer que pour compléter le matériel et se former un fonds de roulement. Les conditions de tarifs sont celles que nous avons examinées plus haut. Il y a urgence pour ce dernier chemin, qui est presque complètement achevé, et dont l'exploitation pourrait commencer au mois de juin, si l'adjudication avait lieu dans un bref délai. C'est à la commission de la Chambre à presser son travail. Nous espérons qu'avant peu elle l'aura terminé, et nous pourrons enfin assister à la première application du système des baux à court terme, qui compte encore tant d'ennemis.

Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.Prix de chaque N°, 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.Ab. pour les Dép.--3 mois, 9 fr.--6 mois, 17 fr.--Un an, 32 fr.Ab. pour l'Étranger. --   10       --     20       --    40N° 0056. Vol. III.--SAMEDI 23 MARS, 1844.Réimprimé.--Bureaux, rue Richelieu, 60.

Exposition des Produits de l'Industrie de 1844.Vue extérieure des bâtiments.--Histoire de la Semaine.--La Couronne, romance de M. E. de Lonlay, musique de madame Pauline Duchambge.--Chemins de Fer.Carte des chemins de fer de France.--Courrier de Paris.--Les Plaisirs du Malheureux, imité de Lever.Une Gravure.--Ouverture du Musée de l'hôtel de Cluny et du Palais des Thermes.Triptique en bois doré et sculpté; Entrée de l'Hôtel de Cluny; Verre à boire; Vue de la Cour de l'Hôtel de Cluny; les Thermes de Julien.--Académie des Sciences. Compte rendu.--Petites Industries en plein vent.Sept Gravures.--Bulletin bibliographique.--Lettre d'un Abonné de Concarneau.--Caricature.Un Bal de Chiens.--Le Ballon de cuivre.Une Gravure.--Rébus.

Une grande solennité industrielle se prépare à Paris, solennité à laquelle doivent assister et concourir tous les départements de France, tout ce que l'industrie compte d'adeptes, tous ceux enfin que l'industrie a élevés, enrichis, distingués. Une exposition des produits de l'industrie doit s'ouvrir le 1er mai prochain, et durera deux mois.--Nous avons applaudi sans restriction au passage d'une circulaire du ministre du commerce relative à l'exposition des produits de l'industrie de 1844, où, après avoir donné aux préfets diverses instructions sur la formation et les travaux des jurys départementaux, il ajoute: «Les jurys, je n'en doute pas, seront heureux de pouvoir signaler les noms des industriels, chefs d'atelier ou simples ouvriers qui, par des perfectionnements ou des procédés ingénieux, auraient rendu des services à l'industrie. Ce sont là des titres honorables à la reconnaissance du pays, et le gouvernement, sur le rapport du jury central, saisira avec empressement l'occasion de mettre ces titres sous les yeux du roi.» Voilà une bonne pensée dont les chefs de l'industrie s'empresseront, il faut le souhaiter, de réaliser l'application. Nous avons trouvé un exemple frappant de cette honorable association du maître et de l'ouvrier dans le compte rendu de l'exposition de 1806. On y remarquait un envoi de fer préparé dans la Haute-Marne. Cet envoi était fait par trois personnes qui prenaient les désignations suivantes: M. Robin, propriétaire de la forge; Mathieu, fermier; Puichard, forgeron affineur qui a préparé le fer.

Cette exposition est la dixième à laquelle l'industrie ait été conviée depuis 1798, époque de la première; et l'on nous croira facilement, quand nous dirons que chaque exposition a présenté un progrès sensible sur la précédente, et que ce progrès a surtout été remarquable depuis la dernière qui ait eu lieu sous la restauration.

Nous allons présenter rapidement l'aperçu historique de ces expositions successives, nous réservant de signaler plus tard la marche générale de l'industrie en France, les améliorations de chacune de ses branches, les causes de ses progrès, les entraves qui s'opposent encore à son développement plein et entier, et les chances d'avenir qu'elle doit trouver dans un système plus perfectionné de douanes d'une part, et de moyens de transport de l'autre.

Vue des bâtiments construits pour l'Exposition del'Industrie de 1844, dans le Grand-Carré des Champs-Élysées.

Nous ne discuterons pas ici à fond l'utilité de ces expositions. Nous savons que quelques esprits se sont vivement élevés contre ces exhibitions périodiques, prétendant que là ne naît pas la véritable émulation, et citant pour exemple l'industrie anglaise, qui est arrivée à un si haut point de prospérité sans jamais avoir eu recours au stimulant des expositions. La meilleure réponse à faire en ce cas, est de raconter ce qui existe. Certes on admettra que les meilleurs juges, en cette matière, sont ceux mêmes qui partent de tous les points de la France, pour venir concourir aux expositions. Eh bien! le nombre de ceux-là a toujours été en augmentant, comme on le verra par les chiffres que nous donnerons tout à l'heure. Depuis que les expositions ont commencé en France, plusieurs chefs-lieu de département ont suivi l'exemple de la capitale. Les étrangers eux-mêmes ont prouvé qu'ils comprenaient les avantages de cette institution féconde. Il y a maintenant des expositions à Bruxelles, à Vienne, à Naples, à Berlin, en Suède, en Russie, en Espagne même, et partout on en a reconnu l'heureuse ressource, de grands perfectionnements se sont introduits dans les procédés de fabrication, et tout a concouru à amener, en même temps que l'amélioration des produits, des baisses de prix remarquables, qui ont fait descendre, jusque dans les classes inférieures, les bienfaits de la civilisation.

Il ne faut pas se le dissimuler d'ailleurs, dans l'ordre matériel comme dans l'ordre intellectuel et politique, la publicité change et bouleverse toutes les bases économiques. La liberté d'examen et de discussion amène avec elle le progrès, à quelque branche de connaissances humaines qu'elle s'applique, et tous ces propres sujets parallèles. Les connaissances théoriques et pratiques se répandent bien vite dans les masses et viennent rapidement augmenter leur bien-être, quand on leur permet de voir, d'examiner et de juger. C'est encore là, nous devons le dire, un des immenses services de la presse. Il n'est plus, heureusement, le temps où tout homme possesseur d'un secret, d'une amélioration, tenait le plus longtemps possible la lumière sous le boisseau; et en cela il ne faisait envers les autres que ce que les autres faisaient envers lui-même. Funestes représailles qui ont aujourd'hui disparu. Aujourd'hui les progrès de l'un servent à tous, et le consommateur en profite; aujourd'hui, avec les expositions quinquennales, chaque industriel sort de sa fabrique et vient montrer à tous les fruits de son intelligence, les produits de son travail; à ses concurrents, comment et en quoi il les surpasse; aux consommateurs, par quels moyens il peut livrer à bas prix de bonnes productions; car tout le progrès est dans le prix que le producteur demande de sa chose. On n'admet pas à l'exposition le chef-d'œuvre, la pièce exceptionnelle faite pour la circonstance, et pour laquelle il n'y a pas de cours; mais une fabrication bonne et continue, qui ressort à un prix constant, pendant, comme après l'exposition.

Un dernier mot enfin sur l'utilité des expositions, au point de vue de l'instruction industrielle du consommateur. Croit-on qu'il n'y ait pas un résultat positif d'éducation obtenu quand, pendant deux mois, chacun a pu visiter en détail ces vastes salles où toutes les industries, sans exception, ont leurs représentants; où, après le coup d'œil d'ensemble, on peut étudier les détails, où la fabrication dévoile tous ses secrets, où tout est apparent, outils, matières premières, manipulations, produits, tout, excepté l'ouvrier? Le goût ne doit-il pas se former quand, par exemple, pour les meubles, pour les bronzes, on voit réunis, dans un petit espace, des spécimens de tous les styles, de toutes les époques, la chaise rustique et le fauteuil pompadour, l'acajou uni et le palissandre incrusté, le simple pavé (pendule de cabinet) et les formes les plus capricieuses, les plus maniérées du siècle de Louis XV? Oui, sans doute, en sortant de là, on a vu et on sait; on a appris de la manière la plus agréable et la moins fatigante.

La première exposition, nous l'avons dit plus haut, a eu lieu en 1798. La campagne d'Italie venait de finir, et, à cet instant de calme où la république,comme le soleil, prouvait elle-même son existence, il semblait qu'une ère de paix, de force et de richesse dût enfin se lever pour la France. Il fut décidé qu'on célébrerait par une fête splendide l'anniversaire de la république, et François de Neufchâteau eut l'heureuse idée de consacrer cet anniversaire par une exposition des produits de l'industrie; c'était inaugurer dignement la paix; et, cependant, nous devons le dire, cette exposition imprévue, il est vrai, mais venue après des années orageuses, quand les hommes de cœur et d'intelligence étaient sous les drapeaux, et défendaient la patrie aux frontières avant de la servir à l'intérieur, cette exposition ne fut pas brillante. On en rehaussa l'éclat par les cérémonies imposantes de son ouverture. Ce fut vraiment une fête nationale, à laquelle le peuple s'associa avec enthousiasme: il y voyait la réhabilitation du travail et la possibilité de s'élever, dans le champ paisible de l'industrie, aux mêmes honneurs, à la même importance sociale que ceux de ses frères, qui arrosaient de leur sang les champs de bataille.

Cette exposition dura trois jours, et rien ne peut rendre l'aspect animé que présenta pendant ces trois joursle temple de l'Industrie(style de l'époque). Le gouvernement avait demandé que le jury lui désignât les douze exposants des produits les plus remarquables; le choix du jury s'arrêta sur les noms suivants, que nos lecteurs reconnaîtront, car depuis cette époque, quelques-uns ont encore grandi; c'étaient MM. Bréguet, horlogerie; Lenoir, instruments de mathématiques; Didot et Herman, typographie; Clouet, acier; Dilh et Guérard, tableaux en porcelaine; Desarnon, cheminées; Conté, crayons; Gremont et Barré, toiles peintes; Potter, faïence; Paye fils, Deharme, tôle vernie; Julien, coton filé à la mécanique.

Le ministre de l'intérieur, en rendant compte de cette exposition, disait; «L'exposition n'a pas été très-nombreuse; mais c'est une première campagne, et cette campagne a été désastreuse pour l'industrie anglaise. Nos manufactures sont les arsenaux d'où doivent sortir les armes les plus funestes à la puissance britannique.» Telle était en effet la tendance de l'époque; et n'est-ce pas ce qu'on pense, ce qu'on cherche, ce qu'on désire encore aujourd'hui?

La seconde et la troisième exposition eurent lieu en 1801 et 1802, sous le ministère de Chaptal. Ou sentait déjà renaître l'industrie; le nombre des exposants a doublé en 1801, et quintuplé en 1802. Presque toutes les branches y sont représentées, et, si l'on entrevoit la possibilité de résultats plus beaux, on peut du moins déjà se rendre compte du progrès amené par trois années de calme. A l'exposition de 1801, on décerna douze médailles d'or, vingt médailles d'argent, et trente, médailles de bronze. Ternaux, Mongolfier eurent la médaille d'or. Mais un fait bien caractéristique et qui prouve combien peu encore à cette époque on savait apprécier le travail des machines et les résultats qu'on pouvait en espérer, c'est que Jacquart, l'immortel Jacquart reçut une médaille de bronze, «pour un mécanisme, dit le rapport du jury, qui supprime, dans la fabrication des étoffes brochées, l'ouvrier appelé tireurde lacs.» Tout le monde sait aujourd'hui ce qu'est le métier de Jacquart, et a pu apprécier l'immense révolution que son adoption a causée dans la fabrication lyonnaise principalement.

L'exposition de 1806 fut beaucoup plus brillante. Ce que l'on y remarqua surtout, ce furent les châles imités de Cachemire, industrie qui a toujours été en se perfectionnant depuis, et qui est arrivée aujourd'hui à un degré tel qu'il faut une grande attention, et nous dirons presque des connaissances spéciales, pour distinguer un tissu français d'un tissu indien.

L'exposition de 1806 fut la quatrième; elle dura dix jours, et réunit 1,422 exposants. Les tissus de toute espèce furent la partie vraiment importante de cette exposition. La laine, les draperies, les soieries, les colonnades y prirent un développement prodigieux. On avait acclimaté en France les moutons mérinos; Lyon, qui avait pu enfin, à l'ombre de la paix, réparer les désastres que lui avaient causés la révolution, Lyon arrivait avec les produits de sa fabrication; Tarare et Saint-Quentin présentaient des mousselines d'une beauté et d'une perfection incomparables; Mulhouse, qui est encore aujourd'hui une des premières villes industrielles du royaume, exposait ses toiles peintes et ses cotonnades. De tous côtés l'industrie avançait d'un pas rapide; les encouragements ne lui manquaient pas; l'homme qui tint pendant quinze ans le sceptre de la France avait compris qu'en même temps qu'il faisait respecter la patrie au dehors par la force des armes, il devait établir sa suprématie industrielle au dedans; aussi, sous son impulsion magique, les arts se perfectionnèrent, les inventeurs étaient distingués, la lutte avec l'Angleterre se faisait plus acharnée et avec plus de succès, et quand il tomba, l'élan était donné et ne devait plus être arrêté. La France était désormais assez riche pour ne pas ralentir sa fabrication, tout en payant plusieurs milliards de contributions de guerre et d'indemnités; elle pouvait racheter son passé, ce passé brillant et glorieux, dont on voulut un jour lui faire honte, et acquérir le droit de continuer son œuvre pacifique et de devenir grande dans la paix comme elle l'avait été dans la guerre.

Un intervalle de treize ans sépare la quatrième et la cinquième exposition. Cette dernière eut lieu en 1819 sous le ministère Decazes. Le nombre des exposants s'élevait à 1,662. La restauration avait décidé que les expositions se succéderaient à des intervalles inégaux, mais qui n'excéderaient pas quatre ans. Celle de 1819 dura un mois. Les produits qui attirèrent plus spécialement l'attention du public furent les lainages. Les économistes purent constater d'immenses progrès, qui tous convergeaient vers l'amélioration du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre. Les bonnes étoffes de drap et leur bas prix les mettaient à la portée de tous, et l'un pouvait entrevoir le moment où le paysan le plus pauvre aurait toujours dans son bahut un vêtement de rechange, et sa ménagère des robes solides et propres.

Les châles témoignèrent aussi de la perfection des procédés mécaniques employés pour les confectionner. La production et le travail de la soie, arrivés à un grand développement, assuraient à Lyon le marché général des tissus de soie.

Les expositions de 1825 et de 1827, qui muent lieu sous le ministère Villèle, furent tout ce qu'avait promis celle de 1819; les arts métallurgiques et chimiques s'y distinguèrent par la variété, la solidité et le bon goût de leurs produits.

De 1827 à 1831, l'industrie eut à traverser une époque de crise, qui ne lui permit pas de venir étaler ses produits. Cependant il était impossible de renoncer à une institution qui avait déjà amené avec elle tant d'utiles résultats. Aussi, dès que le gouvernement nouveau, maître enfin de sa position, reconnu par les gouvernements étrangers, tranquille sur l'extérieur, voulut se rendre compte de l'étal industriel de la France, il convoqua les fabricants à une exposition solennelle qui devait durer deux mois; 2,447 exposants répondirent à cet appel. Le président du jury disait dans son discours au roi, en lui présentant ceux sur lesquels le jury appelait les récompenses: «C'est surtout, dans les sept années qui viennent ne s'écouter, que l'industrie française s'est avancée à grands pas. Nos usines se sont multipliées et agrandies; nos machines se sont perfectionnées; notre fabrication, en s'améliorant, s'est faite à plus bas prix; nos relations se sont étendues; des arts nouveaux même ont pris naissance. Aussi l'exposition de 1834 remportera-t-elle de beaucoup sur celles qui l'ont précédée, et laissera-t-elle de profondes traces, de longs et féconds souvenirs dans les esprits.» Il aurait pu ajouter: «La marche de l'industrie en France depuis cinquante ans, et l'histoire des expositions qui se sont succédé depuis 1798, nous donnent la conviction que la prochaine exposition présentera encore un aspect plus remarquable.»

C'est en effet ce qui eut lieu. L'exposition de 1839 fut la plus brillante de toutes. Toutes les espérances qu'avaient fait naître les expositions précédentes, celle-là les réalise. Cinquante usines construisent des machines à vapeur; on voit les machines à papier continu, le métier à la Jacquart perfectionné, d'excellents chronomètres; tout s'améliore, la fabrication des aiguilles, les bougies stéariques, les glaces, les cristaux, la lithographie, la soudure du plomb, la galvanisation du fer, etc. Que sera donc l'exposition de 1844? Tout fait espérer qu'elle sera digue de ses devancières, en les surpassant.

Voici quelques chiffres qui donnent l'histoire statistique de ces expositions.

Année      Expositions.      Nombre            Médaillesdes Exposants.      accordées.1798           1re               110              261801           2e                220              691802           3e                510             1191806           4e              1,122             1191819           5e              1,662             3601823           6e              1,618             4701827           7e              1,795             4251834           8e              2,117             6971839           9e              3,381             805

En 1839, le département de la Seine, seul complaît 2,619 exposants. Cette année, le nombre s'en élève à près de 3,000.

La première exposition eut lieu au Champ-de-Mars, cet emplacement révolutionnaire, qui a vu tant de fêtes nationales; la seconde et la troisième, dans la cour du Louvre; la quatrième, sur la place des invalides. Celles de 1819, 1823 et 1827, dans la cour et dans la partie des bâtiments du Louvre qui avoisinent la colonnade. Celle de 1834 eut lieu sur la place de la Concorde, dans quatre bâtiments séparés. Mais le nombre des exposants augmentant toujours, on sentit le besoin d'avoir un emplacement plus vaste, et on construisit un édition temporaire dans le grand carré dis Champs Élysées. C'est là qu'eut lieu l'exposition de 1839. C'est encore là que cette année l'industrie aura sa fête.

Le palais de l'industrie forme un quadrilatère, composé de quatre galeries ayant ensemble 16,000 mètres carrés de superficie; la cour intérieure a elle-même 6,000 mètres carrés, et cette année, par une heureuse amélioration, on a décidé qu'elle serait couverte comme les galeries. Les exposants auront donc 22,000 mètres carrés à couvrir de leurs produits. La construction coûtera environ 600,000 francs. Ce chiffre seul répond à ceux qui demandent pourquoi ne pas élever un édifice permanent pour l'industrie. Un bâtiment convenable et assez spacieux coûterait de 4 à 5 millions, et ne servirait qu'une fois tous les cinq ans. Qu'en ferait-on dans l'intervalle? Avec une destination aussi spéciale, il serait difficile de l'utiliser, et l'intérêt du capital de construction serait bien supérieur à la somme qui est nécessaire tous les cinq ans.

Un mot sur la manière dontl'Illustrationdoit aborder l'exposition des produits de l'industrie de 1844. On n'attend pas de nous un compte rendu très-détaillé des divers produits. C'est la tâche des journaux spéciaux qui sont créés pour cette solennité. Notre cadre d'ailleurs ne se prêterait pas à cette vaste entreprise. Mais nous donnerons à nos lecteurs des aperçus historiques sur chacune des branches de l'industrie et des dessins aussi nombreux que possible, accompagnés d'un texte descriptif et explicatif, en ayant soin de choisir les appareils les plus ingénieux et les produits les plus remarquables. Les français, d'ailleurs, ont à un haut degré le génie de l'art du dessin; ils brillent par le bon goût, et à ce point de vue, les dessinateurs del'Illustrationauront une ample moisson à recueillir, et nos lecteurs verront passer sous leurs yeux les modèles les plus riches et les plus perfectionnés de tout ce qui constitue lecomfort, de tout ce qui, sous une forme agréable, a un but utile.

Cette semaine a vu épuiser la série des discussions prévues qui devaient nécessairement faire poser de nouveau la question de cabinet. Le ministère a franchi ces obstacles, résiste à ces épreuves avec l'aide d'une majorité qui, tout en le laissant vivre, ne s'est montrée ni assez forte ni assez résolue pour lui pouvoir donner la garantie que le bail nouveau qu'elle lui accorde sera bien long, et que dans telle circonstance, imprévue sans doute, mais prochaine peut-être, elle ne disposera pas du banc ministériel en faveur de tel autre prétendant qui lui est au fond plus sympathique. La première question qui s'est présentée a été celle que faisait naître la proposition de M. Combarel de Leyval sur le vote par division. Combattue dès l'abord par les organes ministériels, elle n'avait obtenu les honneurs de la lecture publique qu'à la minorité stricte de trois bureaux sur neuf, et encore, dans ces trois bureaux, n'avait-elle vu ses partisans remporter qu'à une ou deux voix sur ses adversaires. Samedi dernier, développée en séance publique par son auteur, qui a fait preuve de modération et de convenance, elle a conquis un assez bon nombre de partisans nouveaux: deux épreuves ont été déclarées douteuses par les secrétaires, et le scrutin secret, auquel on a été forcé de recourir, a donné pour résultat 174 boules blanches contre 181 boules noires. Or, si l'on veut bien tenir compte de la persuasion où étaient plusieurs des votants que si cette proposition n'était pas une cousine des dernières appréciations du bureau de la Chambre, elle pouvait du moins être interprétée ainsi par le publie; si on veut remarquer qu'elle était comprise de cette manière par un des honorables secrétaires, qui avait annoncé d'avance qu'il déposerait sa démission entre les mains du président de la Chambre si la proposition était prise en considération, on reconnaîtra que la majorité de quatre voix a tenu à peu de chose. Et cependant des membres du centre gauche qui ont personnellement le courage de leurs opinions, mais qui savent combien certaines consciences sont timides, tout en se montrant fort désireux que le vote pût toujours être sûrement constaté, avaient fait ressortir les inconvénients qu'à leurs yeux ce mode présentait dans la pratique. La division, disaient-ils, est une opération d'une extrême lenteur, et dont l'exactitude, quant aux résultats numériques, a été elle-même plus d'une fois contestée dans le parlement anglais. Elle exerce d'ailleurs, par la solennité même de l'épreuve qu'impose l'obligation d'aller se réunir de sa personne à ses adversaires habituels, un effet d'intimidation qui laisserait peu de liberté aux caractères faibles, et qui les contraindrait presque toujours, même contrairement aux inspirations de leur conscience, à ne pas quitter le gros du parti auquel ils appartiennent. Il faut bien moins de courage pour se lever un instant de sa place que pour passer dans un autre camp avec un grand éclat. Imposer une pareille obligation chez nous, c'est ne pas mesurer les lois aux tempéraments et aux mœurs. Malgré tout, on a vu combien peu s'en est fallu que cette proposition ne fût prise en considération. Nous devons dire aussi que si elle a pu trouver quelques censeurs, non de son esprit, mais de sa forme, parmi les amis de son auteur, elle a été appuyée par quelques-uns de ses consciencieux adversaires, qui tiennent, dans un sage esprit, à la dignité du parlement, et qui veulent, comme l'un d'eux, M. Denis, l'a dit avec originalité à la tribune, que 2 et 2 fassent toujours 4 et ne puissent jamais faire 5 sous l'influence et la pression d'une majorité dominatrice. Il est donc bien évident pour nous, il l'est, nous le croyons, pour tout le monde, qu'il y a dans la Chambre une immense majorité qui appelle de ses vœux un mode sûr et irrécusable de constater les votes. Ce n'est point sur cette nécessité qu'on a voté l'autre jour, mais encore sur une question devenue ministérielle par la force des choses.

Deux jours après, lundi dernier, la lice était ouverte de nouveau, mais cette fois il n'y a point eu engagement. M. Lac rosse est venu développer la proposition dont certains faits de corruption électorale, certaines lacunes dans notre Code pénal, et aussi des entraves, le plus souvent insurmontables, à la poursuite, l'avaient, ainsi que ses collègues MM. Gustave de Beaumont et Leyrand, déterminé à saisir la Chambre. Le système des auteurs de la proportion est celui-ci: faculté pour tout électeur inscrit de poursuivre, en se portant partie civile et sans autorisation préalable du conseil d'État, le fonctionnaire contre lequel il croira avoir à fournir des preuves de corruption, et par contre, pénalité sévère, amende considérable contre tout plaignant dont la dénonciation n'aura pas été admise par le tribunal saisi. Le ministère a dit qu'il ne s'opposait nullement à la prise en considération de cette proposition; mais que plus lard, et lors de la discussion définitive, il se réservait, tout en adoptant la dernière mesure, de combattre la première, c'est-à-dire la dispense d'obtenir, préalablement à toute poursuite, une autorisation du conseil d'État. M. de Beaumont a fait observer que la proposition ainsi amendée amènerait un résultat tout contraire à celui que doivent poursuivre les hommes de bonne foi, et rendrait, sans compensation aucune, les poursuites encore plus rares, puisqu'elles deviendraient plus périlleuses sans devenir plus possibles. La discussion en est demeurée là; chacun a voté la prise en considération de la proposition, ses partisans dans l'espoir de la faire triompher, ses adversaires dans la pensée qu'il était moins embarrassant de la faire avorter plus lard que de la combattre dès l'abord ouvertement.

Dans cette même séance a commencé la discussion sur le crédit demandé pour complément de fonds secrets. Chaque année c'est là un vote sur le résultat duquel les chefs de l'opposition portent toute leur attention et concentrent tous leurs efforts; cette fois aucun d'eux n'a cru même devoir monter à la tribune; MM. Odilon Barrot et Thiers sont restés à leurs bancs comme M. Berryer était demeuré, à Marseille. La tribune a été occupée le premier jour par M. Ferdinand Barrot, qui, avocat distingué, orateur exercé, a eu le bon goût de demeurer dix-huit mois à la Chambre, de la bien étudier avant de venir à la tribune lui demander des applaudissements qu'un homme de talent a d'autant plus de chances de recueillir qu'il a montré moins d'impatience à courir après. La Chambre l'a écouté avec une grande attention et avec une faveur qui ne s'est pas manifestée seulement sur les bancs où siège l'orateur. Son nom lui imposait des obligations auxquelles il s'est montré en mesure de faire honneur.--Après lui est venu M. Ledru-Rollin, qui a reproduit une thèse développée déjà à la tribune avec plus de ménagements peut-être par son prédécesseur à la députation du Mans, Garnier-Pagès, et dans la presse par M. de Lamartine. Personne n'a oublié un remarquable article publié cet été dansle Bien public, dans lequel le député de Macon, passant en revue les ministères qui se sont succédé, faisait voir en eux des marionnettes qu'une même main avait conduites, qu'un même fil caché ou un même système avait, à leur insu, malgré eux, fait mouvoir. M. Ledru-Rollin a développé à la tribune ce même thème, non sans être fréquemment interrompu et sans être rappelé, par M. le président, dans les limites parlementaires. M. Ledru-Rollin devait s'attendre à ces interruptions et à ces admonestations; mais ce qui a paru le surprendre, ç'a été d'entendre M. de Lamartine, lui succédant, déclarer qu'il ne le suivrait pas sur ce terraininconstitutionnel. Du reste M. Ledru-Rollin n'a bientôt eu rien à envier à personne: chaque fraction de la chambre et de l'opinion publique a successivement passé sous les verges de l'illustre orateur. La gauche, le centre gauche, l'opinion conservatrice, ont tour à tour été l'objet de sa censure éloquente, et comme il s'est exclusivement attaché à blâmer la conduite tenue par chacun, sans toutefois laisser entrevoir celle qu'il voudrait qu'on suivit, il en est résulté que, quand il a dit en terminant: «Jusqu'à l'avènement de nos principes, nous resterons sur la réserve,» personne au centre, personne aux extrémités n'a su se rendre bien compte, ni de l'époque vraisemblable de cet avènement, ni de la nature de ces principes, ni de la durée probable de cette réserve. Le ministère, pour la première fois peut-être, a pensé qu'il pouvait sans inconvénient laisser un discours de M. de Lamartine sans réponse, car on ne saurait donner ce nom à quelques phrases assez dédaigneuses que M. Guizot a prononcées de son banc et qui n'avaient évidemment pour but que d'encadrer celle-ci, sur laquelle il a particulièrement pesé: «L'honorable préposant, au moment où le cabinet du 24 octobre s'est formé, ne pensait pas qu'il fût impropre à l'œuvre dont il s'était chargé; car pendant deux ans l'honorable préposant lui a prêté son appui.»--Le lendemain, M. Isambert a appelé la discussion et provoqué les explications du ministère sur certains actes, sur certaines publications dont un grand nombre de prélats se sont tout récemment rendus auteurs. Nous avons déjà parlé du mémoire adressé au roi par MM. les archevêques et évêques de la province de Paris et de la promotion postérieure de l'un des signataires, M. l'évêque de Versailles, au siège archiépiscopal de Rouen. Les circonstances rapprochées ont été le texte de reproches adressés à M. le ministre des cultes. L'orateur a signalé également deux nouveaux mémoires rédigés, l'un par les prélats de la province de Tours, l'autre par les prélats de la province de Lyon, nonobstant la déclaration d'illégalité publiée dansle Moniteurà l'occasion du premier mémoire. Dans toutes ces protestations, c'est, a-t-on dit, le même oubli des prescription de la loi, la même absence de modération, la même violation de toutes les convenances et de celles surtout que devraient imposer à des évêques la religion bien comprise, la charité bien entendue. L'orateur a vu, dans la conduite du gouvernement, une sorte d'encouragement, involontaire sans doute, mais dangereux, à une persistance déplorable de la part du haut clergé dans la voie où il s'est engagé. M. Martin (du Nord), que sa qualité de ministre des cultes appelait inévitablement à la tribune, n'était pas malheureusement l'homme que réclamait la situation. Il a sans doute cherché à justifier quelques actes que M. Isambert avait pu présenter comme imprudents et faibles; mais il fallait surtout faire entendre de nobles et fermes paroles qui traçassent la limite de leurs droits et les exigences de leurs devoirs aux hommes, quoique élevés qu'ils soient, qui seraient tentés de les dépasser et de les méconnaître. M. Martin (du Nord) n'y a pas réussi; mais M. Dupin aîné, montant après lui à la tribune, a largement suppléé à cette insuffisance, et a prononcé un discours dont la mesure, la convenance, l'élévation et la fermeté, ont concilié à l'orateur les suffrages de l'assemblée tout entière et ont provoqué les applaudissements à maintes reprises. Il a fait entendre de nobles plaintes contre la croisade dont un prince de l'Église, M. le cardinal-archevêque de Lyon, a le premier donné le signal, contre la flétrissure que M. l'évêque de Châlons avait voulu infliger à un arrêt de la justice, dans une lettre adressée à un abbé condamné par elle, M. Combalot; il a dit que, dans d'autres temps, le clergé avait pu menacer les rois, mais qu'aujourd'hui il va plus loin encore, en menaçant l'enfance elle-même, à laquelle il veut retirer les aumôniers.

«Les évêques, a-t-il dit en terminant, n'auront point raison, par la violence, d'un gouvernement qu'on ne confesse pas, et il faudra bien qu'eux-mêmes, s'ils laissent en oubli les devoirs de la religion, se soumettent du moins comme tous les citoyens aux lois de l'État.»--M. de Carné est venu développer cette pensée, que toutes les lois qui réglaient autrefois les rapports du clergé avec l'État avaient été abrogées par nos grandes rénovations politiques; que le droit de l'ancien régime, le droit parlementaire, avait succombé avec la monarchie de Louis XVI; que la loi de germinal an X ne pouvait plus être invoquée après la révolution 1830, et qu'il était temps qu'une législation nouvelle vint régler, dans un nouvel esprit, ces rapports, et faire entrer le prêtre, suivant son expression, dans la communion constitutionnelle. Nous ne savons si cette thèse, avec les conséquences qu'elle entraînerait, serait bien du goût et de l'intérêt du clergé catholique. La première conséquence serait nécessairement que le clergé cesserait d'être un corps de fonctionnaires publics, et par conséquent d'être salarié par l'État; que la liberté sans limites qui lui serait laissée entraînerait par contre la liberté illimitée des cultes comme la liberté de conscience; ce qui implique non-seulement la liberté des cultes que la charte appelle reconnus, mais de tous les cultes qu'il plairait à la croyance de chacun de reconnaître et d'inventer. A coup sûr, sous ce régime, un déiste ne serait plus condamné, comme on l'a vu récemment, en cour d'assises, à un long emprisonnement et à une lourde amende; mais nous répugnons à croire que la somme des avantages égalât celle des inconvénients, et nous sommes surtout portés à penser, nous le répétons, que les intérêts du culte catholique recevraient, une rude atteinte de ce principe largement et sincèrement appliqué. La Chambre a écouté M. de Carné avec une attention scrupuleuse, mais sans manifester la moindre adhésion à sa pensée,--Il y avait loin de ces discussions à celle des fonds de police. La Chambre aussi n'a pu y revenir, malgré les efforts de M. Jules de Lasteryrie qui est monté à la tribune pour motiver, et qui l'a fait avec talent, un amendement proposé par lui et réduisant le crédit demandé de 50,000 fr. Le débat n'a pu se réengager; mais au vote la lutte a été la même, et l'amendement n'a été rejeté, par assis et levé, qu'à une très-faible majorité. Au scrutin sur l'ensemble de la loi il s'est trouvé 225 voix contre 169; mais il faut une opposition bien tranchée pour refuser tout complément de fonds secrets, et bon nombre de partisans de l'amendement ont, après son rejet, cru devoir accorder le crédit demandé.

La situation qu'a mise en lumière le discours de M. Dupin, et qui depuis ce jour-là même semble s'être aggravée encore, rend peut-être plus difficile et rend à coup sûr plus urgente la loi sur l'enseignement. La commission de la chambre des pairs chargée de l'examen du projet a nommé pour son rapporteur M. le duc de Broglie. Le choix est une garantie que ce travail dont la Chambre recevra prochainement la communication sera en rapport avec l'importance de la question soumise à ses délibérations.

Quant à la chambre des députés, elle a quitté les lois et les propositions purement politiques pour aborder une loi d'organisation militaire, la loi du recrutement. Déjà examinée par elle 1841, mais qui lui revient après les changements que la chambre des pairs a proposé d'y introduire en 1843. La question a été examinée récemment dans ce journal. Après le vote, nous dirons le parti que la chambre des députés a définitivement adopté sur les points principaux de la matière; sur les moyens de réglementer le remplacement, de parer à ses abus, et d'organiser une réserve réelle et puissante.--Ajoutons, pour en finir avec les débats parlementaires, qu'un député, M. Chapuys de Montlaville, vient de déposer une proposition tendant à faire exempter de tout droit de timbre les journaux et feuilles périodiques.

On a reçu d'Espagne la confirmation de la mise à mort du colonel Bonet et de vingt-quatre officiers de l'armée et de la police ayant fait partie de son corps. Ces malheureux ont été fusillés par derrière, par l'ordre de ce Roncali que nous avons déjà vu faire procéder à une pareille boucherie, et qui ne laisse pas échapper une occasion de prouver qu'il n'était qu'un imposteur hypocrite quand, défendant Diego Leon, il disait qu'il ne pouvait comprendre la nécessité de verser le sang pour cause politique. Ce même homme sert aujourd'hui de bourreau en Espagne, et la fumée des fusillades qu'il commande, semble, dans sa pensée, devoir être comme un encens agréable à la reine Christine. Il lui fait injure, nous n'en pouvons douter. Les députés progressistes, arrêtés en flagrant délit de conspiration, disait-on, attendent toujours en prison qu'on ait trouvé des preuves contre eux ou qu'on ait prononcé leur élargissement.--Un des griefs de l'Espagne contre le Maroc est la mise à mort d'un consul espagnol exécuté par ordre de Nadji-Murad, gouverneur de Maraguon, une des provinces de l'empire.Le Correspondantnous apprend que ce consul était français d'origine, né à Marseille, nommé Victor Darmon, et âgé de vingt-huit ans. Ce journal reproche au consul de France à Tanger, M. de Nion, d'avoir refusé d'intervenir pour son compatriote autrement que par une représentation collective signée de tous les consuls européens. Ces assertions ont besoin d'être vérifiées, car il serait étonnant, comme on l'a déjà fait observer, de voir organiser des missions pour l'affranchissement des noirs dans le Maroc, et d'y montrer tant d'indifférence à l'égard des blancs.

Le ministère grec est en dissolution à la suite d'un vote de l'assemblée nationale, qui a repoussé, par les inspirations des ambassadeurs de France et d'Angleterre, le principe de l'élection des sénateurs. A un premier vote, sur la question savoir s'ils seraient élus par la nation ou nommés par le roi, les forces s'étaient exactement balancées, et il s'était trouvé 98 voix d'un côté et 98 de l'autre. Après un ajournement, un nouveau scrutin a donné 112 voix à la nomination royale; l'élection n'a plus compté que 92 partisans. La même majorité a décidé que les sénateurs seraient nommés à vie et non pas pour dix années seulement. Ce résultat a amené la démission de M. Metaxa, président du cabinet et ministre des affaires étrangères, et de M. Shynas, ministre des affaires ecclésiastiques. Du reste, ce déchirement n'est rien auprès des difficultés que va soulever l'article 39 de la constitution voté à l'unanimité par l'assemblée, et ainsi connu: «Tout successeur au trône doit nécessairement professer la religion orientale du Christ.» Cet article, en contradiction manifeste avec le traité de 1832, constitutif du royaume de Grèce, place les frères du roi Othon dans l'alternative, ou d'apostasier, ou de perdre les droits éventuels qui leur sont assurés parles trois puissances protectrices.

Washington vient d'être témoin d'une épouvantable catastrophe. Le capitaine Stockton avait invité deux cents gentlemen et deux cents ladies à une fête qu'il leur avait préparée à bord du magnifique steamer qu'il commande,le Princeton. Le président et sa famille, les ministres, plusieurs ambassadeurs étrangers, des sénateurs et des députés s'étaient rendus à cette invitation le 28 février. Chacun se promettait une journée délicieuse; à une heure on était passé à bord du bâtiment. Après un salut de vingt et un coups de canon, tiré avec les petites pièces, on chargea la grosse pièce pour faire voir aux dames le mouvement d'un boulet deux cent trente livres sur l'eau. Elles étaient toutes sur le pont et au premier rang. Un fit feu, et le boulet parcourut la distance en exécutant une douzaine de ricochets sur la mer. On descendit ensuite dans la cabine, on but du champagne; la gaieté régnait partout. Comme le vaisseau retournait à terre, le ministre de la marine demanda qu'on fit charger de nouveau la grosse pièce. On monta sur le pont, et on fit un cercle autour du canon pour voir les préparatifs. La pièce chargée, on fit feu; la pièce éclata par la culasse, et MM. Upshur, ministre de l'intérieur; Giliner, ministre de la marine; Maxey, député du Maryland, et quelques autres, tombèrent morts sans avoir proféré un seul cri. Il y eut aussi plusieurs autres hommes gravement blessés. Aucune femme n'a été victime de cet effroyable événement. Au moment où il portait la mort sur le pont, plusieurs personnes demeurées dans la cabine y faisaient entendre des chants et, comme l'explosion eut lieu précisément au moment où le motWashingtonétait prononcé, trois salves d'applaudissement retentirent, et des cris de joie se marièrent aux cris de mort.

La banque de France vient d'adopter une mesure sans profit sans doute pour elle, mais qui offrira des facilités réelles au public: c'est la création de billets de 250 francs. Cet établissement a compris que le privilège dont il jouit, les avantages qui lui sont assurés, lui imposent la condition de ne pas toujours envisager uniquement ses intérêts, mais de tenir compte aussi des besoins et des convenances du commerce et des citoyens. On a beaucoup parlé de l'abaissement du taux de ses escomptes. On s'occupe beaucoup aujourd'hui de la nécessité de réduire l'intérêt de la rente 5 pour 100. Ces deux mesures seront-elles prises en même temps et doivent-elles être prochaines?

L'Académie des Sciences n'avait pas, elle, comme sa sœur l'Académie française, à disposer de deux fauteuils, mais seulement de deux brevets de membres correspondants, l'un dans la section de zoologie, l'autre dans la section de chirurgie. M. Charles Bonaparte, prince de Canino, a été élu dans la première; M. Brodie, de Londres, dans la seconde.

L'ouverture du cours de M. Quinet a eu lieu mercredi dernier, au Collège de France, en présence d'un auditoire plus nombreux que l'amphithéâtre ne pouvait le contenir. Ceux qui ont pu assister à cette leçon de l'excellent professeur ont été témoins aujourd'hui du plus grand succès que la pœsie ait jamais obtenue dans une assemblée.

Le 8 de ce mois, le roi de Suède, Bernadotte dontl'Illustrationa tout récemment donné un article, a succombé à l'attaque apoplectique contre les effets de laquelle sa vigoureuse organisation a lutté pendant six semaines. Son fils a immédiatement pris les rênes du gouvernement.--Plusieurs journaux ont annoncé la mort de M. Pradt à l'âge de quatre-vingt sept ans. Ils auraient pu ajouter pour épargner toute confusion à leurs lecteurs que le défunt était l'oncle du fameux abbé de Pradt, ancien archevêque de Malmes, mort lui-même en 1837.--La tombe s'est également fermée sur le lieutenant-général Papol dont la vie militaire a été éclatante et bien remplie, et sur un des plus braves de l'empire, sur un des cœurs les plus pourvus de nobles et généreux sentiments, le colonel de Rocqueville, qui s'est éteint, épuisé par les souffrance que de profondes blessures lui avaient léguées. Que sa mémoire reçoive aujourd'hui nos regrets! Mais nous rendrons un autre hommage à ces deux vieux débris d'une époque de gloire.

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Riches broderiesN'égaleraient pasL'herbe des prairiesQue foulent mes pas.Couronne de reineCache bien des pleurs.Je garde sans peineCouronne de fleursJe garde sans peineLa couronne de fleurs.2e COUPLETJe suis sans noblesseSans fief sans trésorMais j'ai la jeunesseQui vaut mieux encor.Couronne de reineCache bien des pleursJe garde sans peineCouronne de fleursJe garde sans peineLa couronne de fleurs.3e COUPLETNoble demoisellePâlit nuit et jourA l'ombre cruelleD'un royal amour.Couronne de reineCache bien des pleursJe garde sans peineCouronne de fleurs.Je garde ans peineLa couronne de fleurs.Procédés d'E. Duverger.

Nous avons donné l'année dernière (page 123, tome 1er) aux lecteurs del'Illustrationun aperçu de la loi du 11 juin 1842, qui a été comme l'inauguration de la construction des chemins de fer en France, ou qui, tout au moins, a servi à dégager la question de ces grandes voies de communication des nuages qui l'obscurcissaient. Elle a fixé les esprits indécis et a mis un terme aux doléances et aux exagérations des partisans exclusifs, soit de l'État, soit des compagnies. On se rappelle le principe et le mécanisme de cette loi, que nous avions résumés ainsi: «Cession des terrains par les communes, construction par l'État, exploitation par les compagnies; fortune locale, fortune générale, fort une privée: tels sont les trois éléments mis en jeu pour arriver à la réalisation d'une des plus grandes œuvres des temps modernes.» Telles étaient, du moins à l'époque où nous écrivions ces lignes, les conséquences, acceptées à peu près par tous, de la loi du 11 juin. L'administration des ponts et chaussées trouvait à appliquer son personnel, le corps le plus savant et le plus habile constructeur de l'Europe; et l'industrie privée arrivait, avec ses capitaux et son génie commercial, imprimer la vie et le mouvement à ces grandes constructions. Dans ce temps-là, l'esprit public paraissait satisfait, on était généralement content de la part faite à chacun; il semblait sage et utile à la plupart que l'industrie ne fût pas livrée à ses propres forces, que l'administration ne se mêlât pas à l'exploitation autrement que pour la réglementer. L'intérêt du public qui voyage paraissait suffisamment sauvegardé. En un mot, cette loi comme toutes les lois de transactions venues après de longs débats, avait calmé les esprits et fait naître de grandes espérances; et nous devons avouer que, pour notre part, nous vous été un des plus chauds partisans de cette transaction, et nous l'avons regardée comme le commencement d'une ère nouvelle, pour la prospérité industrielle et commerciale de la France.

Aujourd'hui la question est encore une fois pendante; les agitations renaissent, les discussions s'enveniment, le principe consacré par la loi du 11 juin est violemment battu en brèche, et sera probablement renversé. Pourquoi? que s'est-il donc passé depuis un an qui ait pu ainsi agir sur l'opinion? quels faits nouveaux se sont révélés? quels dangers ont été signalés? comment l'administration a-t-elle regagné tout le terrain qu'elle avait perdu depuis son échec devant les Chambres en 1838? La question des canaux est-elle vidée? l'exploitation des petits chemins de fer de Lille et de Valenciennes a-t-elle donné des résultats bien remarquables?

Non, mais un mois après notre article, deux lignes nouvelles, celles d'Orléans et de Rouen, ont été mises en exploitation; six mois après, les actionnaires des compagnies d'Orléans et de Rouen étaient assurés de la bonté des produits nets, et espéraient tirer 7 à 8 pour 100 de leur argent.

Ainsi, c'est l'industrie qui a fourni des armes contre elle-même; elle s'est suicidée. D'un autre côté, les frais de traction sont devenus moindres: le perfectionnement des locomotives, la régularité du service, la sécurité des voyageurs, tout a concouru à diminuer les dépenses, à augmenter les recettes. On avait cru jusqu'alors que 60 à 70 pour 100 de la recette brute étaient à peine suffisants pour couvrir les frais d'exploitation; et grâce aux améliorations successives, au plus haut degré d'instruction pratique des exploitants, à centralisation du pouvoir moteur, ou en est arrivé à ne relever, pour cet usage, que 10 à 15 pour 100 sur les recettes, passant ainsi 55 à 60 pour 100 aux actionnaires.

(Agrandissement)

Il est curieux, du reste, d'examiner le jeu de bascule qui, dans l'opinion publique, a tour à tour exalté et abaissé l'industrie et l'administration des ponts et chaussées, et de voir à quels degrés insensibles, l'industrie a perdu sa position élevée pour ne plus être qu'un instrument, entre les mains de l'administration.

Le premier chemin de fer important concédé à une compagnie, celui de Saint-Étienne à Lyon, l'a été à perpétuité. On était trop heureux, à ce prix-là, d'inaugurer en France les nouvelles voies, qui déjà, en Angleterre, promettaient des merveilles. Puis sont venues les concessions à temps, de quatre-vingt-dix-neuf ans, de soixante-dix ans. Les produits n'étaient pas beaux, de vives craintes agitaient les bailleurs de fonds. Des compagnies sont venues prier l'État de les secourir; prêt, subvention, garanties d'intérêts, toutes les formes de crédit ont été demandées; l'État a tout accordé, mais il s'est dit: Puisque l'industrie ne peut rien sans mon aide, je dois en principe l'aider avant qu'elle le demande. De là la loi du 11 juin 1842. La conséquence évidente de l'aide apportée par l'État se résumait en des concessions plus courtes: elles furent réduites à quarante et trente-cinq ans dans les trois projets de loi présentés aux chambres en 1843, projets dont deux ont été, ou abandonnés, ou implicitement rejetés. Une autre conséquence, c'était que, l'État faisant la dépense de la construction, il devait venir en partage dans les bénéfices; il demanda le partage au delà d'un certain chiffre, représentant l'intérêt et l'amortissement des fonds dépensés par la compagnie exploitante. Les lois n'ayant pas été votées, et dans l'intervalle qui sépara les deux sessions, les compagnies de Rouen et d'Orléans ayant réalisé de beaux bénéfices, les prétentions de l'État augmentèrent avec juste raison, et dans la loi présentée à la chambre des députés le 29 février dernier, loi dont nous entretiendrons tout à l'heure nos lecteurs, les concessions descendent à vingt-huit ans dans le cas où la compagnie fournira la voie et le matériel, et à douze ans si elle ne fournit que le matériel.

Ainsi, en moins de vingt aimées, les concessions perpétuelles sont devenues des fermes de douze ans, et cela peut être attribué, d'une part, à l'impuissance des compagnies à construire avec leurs propres deniers, et, d'autre part, aux perfectionnements successifs de leur mode d'exploitation.

Quoi qu'il en soit, on trouvera, nous en avons la conviction, des compagnies fermières pour des baux de douze ans, comme on en a trouvé pour des concessions perpétuelles; car l'industrie a cela d'admirable, qu'elle se plie à toutes les exigence, qu'elle est, de sa nature, flexible et peu facile à rebuter, et que partout où elle espère faire des bénéfices, elle se présente.

Dans tout ce qui précède, nous avons évité d'entrer dans le vif de la question, dans la discussion des raisonnements pour ou contre l'exploitation par l'État ou par les compagnies; nous nous sommes bornés au rôle d'historien. Un jour peut-être nous pourrons dire toute notre pensée; quant à présent, nous n'avons voulu que constater et enregistrer des faits.

La carte que nous donnons aujourd'hui à nos lecteurs est plus complète et plus détaillée que celle qui accompagnait notre article de l'année dernière. On se rappelle qu'à ce moment plusieurs tracés de chemins de fer, notamment ceux de Paris au littoral de la Manche, de Paris à Lyon et de Paris à Strasbourg, étaient encore indécis. Nous devons dire que pour ces deux derniers chemins, l'indécision est encore la même; cependant le chemin de Lyon a déjà obtenu un vote du conseil général des ponts et chaussées et de la commission supérieure des chemins de fer. M. le comte Daru a fait sur cette question un rapport excessivement remarquable, comme tout ce qui sort de sa plume. Il est probable que dans le courant de la session, les chambres seront saisies d'un projet de loi à cet égard, et nous nous réservons d'en entretenir nos lecteurs à cette époque. Quant au chemin de Paris A Strasbourg, les différents tracés en litige viennent d'être envoyés aux enquêtes, et nous prévoyons que la session se passera sans qu'il en soit parlé aux chambres. Nous examinerons toutefois, en parlant du chemin de Lyon, la grande question des troncs communs qui a déjà été traitée par M. Daru et par M. Edmond Teisserene, chacun dans un sens différent.

Les projets de lois apportés par le ministre des travaux publics à la chambre des députés, le 29 février dernier, embrassent plusieurs chemins. Les questions soulevées et résolues par ces projets ont une immense gravité; d'un côté, en effet, il s'agit du tracé du chemin qui doit aboutir au littoral de la Manche, de l'autre des conditions imposées par les cahiers de charges aux compagnies qui se présenteront pour exploiter, soit le chemin du nord et de l'Angleterre, soit les chemins de Montpellier à Nîmes et d'Orléans à Vierzon. Ces projets, en acceptant les conséquences de la loi du 11 juin quant à la pose de la voie et à l'exploitation, prévoient cependant, et avec raison suivant nous, le cas où, dans un délai donné, il ne se présenterait pas de compagnies fermières.

Nous avons donc trois points à examiner, d'abord le tracé adopté par le gouvernement pour toucher les côtes de la Manche, ensuite les conditions générales imposées aux compagnies et enfin le mode d'établissement des tarifs.

La question relative à la détermination du tracé est, dans le cas qui nous occupe, une des plus importantes dont le ministre ait à proposer la solution aux chambres. En effet, deux ports depuis longtemps rivaux se disputent le passage des voyageurs de France en Angleterre; Boulogne et Calais, ces deux villes qui semblent destinées, au point de vue maritime, à se compléter l'une l'autre, arrivent toutes deux années de documents statistiques nombreux: l'une prouve que depuis vingt ans sa prospérité a toujours été croissante, que sa population a presque doublé dans ce laps de temps, que ses droits d'octroi ont passé de 160,000 à 684,000 fr., et les droits de douanes de 196,000 fr. à 2,190 000 fr.; que le nombre des passagers, qui en 1819, était de 7,695, est arrivé au chiffre de 57 000 en 1843; elle en conclut que ce serait lui enlever cette prospérité, lui donner un coup mortel, que de la priver d'une voie de communication rapide vers Paris; l'Angleterre passe dans ses murs d'ailleurs pour aller dans le midi de la France, en Italie, en Piémont.

Calais au contraire argue de la décroissance de sa prospérité depuis qu'un service de paquebots à vapeur s'est établi à Boulogne, elle montre ses murs abandonnés, son commerce qui languit et s'éteint, le mouvement des voyageurs de passage qui, de 44,504 en 1834, est descendu 19,079 en 1843, et elle demande avec effroi ce qu'elle deviendra si on lui refuse le chemin de fer de Paris à Londres. Elle a encore, il est vrai, le service des dépêches; mais si le chemin de Paris aboutit à Boulogne, ce service lui échappera encore. Ainsi Boulogne au nom de sa prospérité croissante, Calais au nom de l'abandon successif dans lequel elle tombe, réclament toutes deux et avec de graves motifs, on le voit, d'être choisies pour tête de ligne.

Enfin, à l'extrémité de notre frontière de mer, non loin d'Ostende, se trouve un autre port qui, dans tous les cas, doit être desservi. C'est en effet notre cinquième port commercial, c'est un des marchés les plus importants, c'est le grenier d'approvisionnement de Lille et de toute cette partie du Nord. Ce port, c'est Dunkerque; son intérêt évident est d'être le plus près possible de Lille, de Turcoing et de Roubaix; c'est là, nous dirons plus, son seul intérêt: peu lui importe la distance qui le séparera de Paris; ce n'est pas là qu'est son débouché, quoi qu'on en ait dit. En effet, sur 200,000 tonnes de marchandises arrivées à Dunkerque l'année dernière, 96,000 ont été dirigées vers l'intérieur, savoir 40,000 A Lille et 56,000 vers différents points du Nord, dont 1,000 seulement vers Paris. Ajoutons que, d'après des documents statistiques émanés des ingénieurs, la circulation entre Lille et Dunkerque paraît analogue à celle qui a lieu entre Liverpool et Manchester. Le gouvernement avait du reste si bien senti l'importance d'une communication rapide età peu de fraisentre ces deux villes, que, par une dérogation extraordinaire à l'assiette des tarifs, il avait proposé, l'année dernière, de ne faire payer qu'une partie du tarif aux voyageurs et aux marchandises auxquels, par un certain tracé, on imposait un parcours plus long.

Voici donc trois intérêts en présence, trois puissantes cités dont l'avenir dépend de la solution qui va être donnée à la question qui nous occupe. Comment doit-on et peut-on leur donner satisfaction. Doit-on et peut-on faire aboutir trois chemins à la mer? et si on ne le doit pas, quels seront les points privilégiés, et quels motifs peuvent faire préférer l'un de ces ports à l'autre?

Disons d'abord que, dans tous les cas, Dunkerque sera rattaché à Lille, et que pour lui toute la question se réduit à un plus ou moins long parcours. Mais il n'en est pas de même pour Boulogne et Calais. A notre avis un chemin dirigé d'un de ces ports sur Paris exclut l'autre, à moins que l'on ne veuille renouveler la ruineuse folie des deux chemins de Fer de Versailles; et cependant nous pensons que ces deux ports doivent avoir chacun leur chemin, l'un partant de Boulogne pour se diriger sur Paris, l'autre allant de Calais en Belgique par Lille. Il serait trop long de donner à nos lecteurs le détail des différents projets étudiés, et il serait d'ailleurs très-difficile de le faire sans une carte plus développée que celle que nous leur offrons aujourd'hui. Nous nous contenterons de les résumer en peu de mots.

La ligne de Paris en Belgique passe par Amiens, Arras, Douai, Ostricourt et Lille. C'est sur cette ligue que viennent s'embrancher les différents projets des chemins d'Angleterre Celui de Boulogne part d'Amiens et passe par Abbeville et Etaples; celui de Calais, ou plutôt l'un des tracés de Calais part d'Arras et passe par Béthune, Aire, Saint-Omer et Watten. C'est de ce dernier point que part la branche de Dunkerque. L'autre tracé part d'Ostricourt, situé entre Douai et Lille, et passe ou par Saint-Omer, ou par Hazebrouck. Un autre tracé partant d'Amiens côtoierait la mer et desservirait successivement Etaples, Boulogne, Calais et Dunkerque. Hâtons-nous de dire que ce tracé circulaire a peu de partisans. De son côté Dunkerque a présenté son tracé, qui est connu sous le nom de tracé à station centrale. Dans ce système, Hazebrouck serait le point où viendraient se couper deux lignes presque droites, l'une de Dunkerque à Arras, l'autre de Calais à Lille. Nous avouons que ce système est séduisant et a trouvé de nombreux partisans.

Le parti auquel le gouvernement s'est arrêté est le suivant; il décide en principe le ligne d'Amiens à Boulogne; seulement l'insuffisance des fonds le force à en retarder l'exécution, et il propose de détacher la ligne d'Angleterre de la ligne de Belgique à Ostricourt. De ce point la ligne sur Calais se dirigera par Hazebrouck et Saint-Omer, et la ligne sur Dunkerque par Hazebrouck et l'ouest de Cassel. «Cette combinaison intermédiaire, dit l'exposé des motifs, comme toutes les transactions, ne satisfait pas complètement les divers intérêts engagés dans la question, si on les considère isolément, mais tient entre eux une balance égale, et leur assure une somme d'avantages suffisants.» Nous ne partageons pas sur ce dernier point, nous l'avouons, les convictions du ministre des travaux publics, et nos raisons, les voici; la première faille, comme le tait remarquer M. le comte Daru dans son rapport, a été de faire passer le tracé d'Amiens à Lille par Douai, et de lui imposer ainsi un allongement considérable. Douai avait forcément le passage du chemin d'Amiens à Valenciennes; le tracé naturel d'Amiens à Lille était par Hénin-Liétard, d'où se seraient détachés deux embranchements, l'un vers Valenciennes, l'autre vers Calais; mais cette faute une fois commise, pourquoi l'aggraver en imposant aux voyageurs d'Angleterre un allongement de parcours, en les éloignant de Paris pour les y ramener ensuite, en augmentant et la durée du trajet, et les frais du voyage? Pourquoi imposer aux produits de Dunkerque la nécessité d'aller à Ostricourt pour se replier ensuite sur Lille? Est-ce la question d'économie? Mais il y a à peu près la même distance entre Calais et Ostricourt qu'entre Calais et Lille, entre Dunkerque et Ostricourt qu'entre Dunkerque et Lille; seulement le commerce de Dunkerque sera grevé à tout jamais du parcours supplémentaire d'Ostricourt A Lille. Rien d'ailleurs ne force le gouvernement à exiger deux voies, soit entre Amiens et Boulogne, soit entre Hazebrouk et Calais. Il y aurait là une immense économie à réaliser. Il paraît d'ailleurs certain que la circulation entre la France et l'Angleterre n'est pas de nature à alimenter deux chemins. Si donc on construit aujourd'hui l'un des deux, l'autre ne s'exécutera jamais; tandis que dans le système que nous proposons, Boulogne conserve les relations anglo-françaises, les cent mille voyageurs qu'elle partage aujourd'hui avec Calais. L'immense commerce qui a lieu entre Amiens et Abbeville vient alimenter son chemin, et Paris n'est plus qu'à deux heures de Londres. Calais conserve le transit des hommes et des choses d'Angleterre vers la Belgique et vers le Nord; son port prend une importance relative au mouvement commercial que cette voie peut y faire naître, et Dunkerque arrive par la voie la plus prompte au centre de ses affaires et de son industrie.

Du reste, en ce moment, la commission de la chambre des députés discute la question, et nous espérons que de ses délibérations résultera une proposition qui conciliera un peu mieux tous les intérêts. Quant à nous, les bornes de cet article ne nous permettent pas de nous étendre plus longuement sur l'importante question de ces tracés.

Les conditions principales du cahier des charges de la compagnie fermière sont les suivantes, et si on se rappelle celles qu'on avait faites l'année dernière à la compagnie Rothschild, on verra quelles immenses améliorations on y a apportées cette année. Ce cahier de charges semble, du reste, destiné à servir de modèle à tous les baux que l'État serait appelé à passer dans l'avenir pour l'exploitation des chemins de fer.

La durée de la jouissance pour le chemin de Belgique et d'Angleterre a été réduite de quarante ans à vingt-huit ans. Au delà de 8 pour 100, l'excédant des revenus est partagé entre l'État et la compagnie. La voie de fer devient, au bout des vingt-huit ans, la propriété de l'État, sans remboursement. Les tarifs des marchandises sont diminuées de 2 centimes par classe, et les tarifs de voyageurs sont de 10 centimes, 7 centimes et demi et 5 centimes et demi. Les voitures de troisième classe doivent être couvertes et fermées de rideaux; enfin l'État se reserve la faculté du rachat de la concession à toute époque, au bout d'un période de douze années d'exploitation.

Nous n'avons qu'une approbation sincère à donner à la plupart de ces différentes conditions que nous venons d'énumérer, et nous ne pensons pas que les partisans tes plus exclusifs de l'exploitation des chemins de fer par l'État puissent les attaquer, si toutefois ils veulent bien convenir que l'opinion n'est pas encore mure à l'égard de leur système.

Si, dans un espace de deux mois après la promulgation de la loi proposée, il ne s'est pas présenté de compagnie pour l'exploitation de la ligne de Belgique et d'Angleterre, le ministre des travaux publics demande à être autorisé à poser la voie de fer, en un mot, à achever complètement le chemin, moins le matériel d'exploitation, et à le donner à ferme pour douze ans au plus. Il est bon, en effet, que le gouvernement ne soit pas à la merci de l'avidité des spéculateurs. La marche qui a été suivie cette année lui en donne les moyens et lui impose le droit et le devoir de mettre avant peu d'années, n'importe pour quel système, la Belgique et l'Angleterre en relations rapides avec la France.

Quant aux tarifs, nous avons dit plus haut comment ils avaient été fixés: 10 centimes, 7 centimes et demi et 5 centimes et demi. Nous savons que quelques personnes les trouveront encore trop élevés; pour ces personnes, le bon marché absolu, indépendamment de l'économie de temps que procurent les nouvelles voies de communication, est une idée fixe; si elles désirent que l'État exploite les chemins de fer, c'est pour arriver à des tarifs très bas, et elles ne réfléchissent pas que, si un tarif n'est pas rémunérateur, il est assis sur des bases fausses; que, ne pas couvrir les frais d'exploitation, et l'intérêt des sommes dépensées pour la construction, c'est pour l'État, comme pour les particuliers, une déplorable dilapidation de deniers; qu'en définitif, si un impôt doit être prélevé, il doit peser sur ceux qui voyagent et non sur la masse entière des contribuables, et que d'ailleurs faire exploiter à perte par l'état, c'est lui ôter les moyens d'achever le réseau des chemins de fer, c'est sacrifier aux contrées riches et populeuses les contrées pauvres et privées de voies de communication. L'État, s'il exploite, doit, comme une compagnie, être indemnisé de ses dépenses; et quand nous entendons préconiser le système belge, dans lequel le transport des marchandises à 8 centimes par tonne et par kilomètre couvre à peine les frais de traction, et qui, pour le transport total, ne donne que 5 pour 100 à peu près des frais de construction, nous nous demandons si la France est tellement riche qu'elle puisse s'imposer les sacrifices énormes qu'on réclame d'elle? si sa dette est amortie, si ses découverts sont comblés, et enfin et surtout s'il serait moral et juste de dégrever d'impôts ceux qui voyagent, ceux qui se servent de la chose, et s'il n'y a pas d'autres impôts, plus mal assis, qui pèsent principalement sur la classe la plus nombreuse et la plus pauvre, et qu'il serait possible de diminuer en en retrouvant l'équivalent dans l'impôt de circulation. Le gouvernement, nous le pensons, a sagement agi en ne diminuant pas maintenant les tarifs; il a également bien fait en imposant le partage des bénéfices au delà de 8 pour 100. Si des améliorations nouvelles viennent réaliser de grandes économies dans les frais d'exploitation, n'a-t-il pas inséré la clause de rachat à toute époque au bout de douze années, et l'intérêt public n'est-il pas suffisamment satisfait par cette clause?

Le projet de loi élève d'un demi-centime la dernière classe, et c'est là le seul reproche que nous ayons à faire aux tarifs; c'est en effet une question d'humanité, qui a été résolue aux dépens du malheureux; nous pensons qu'on pourrait, au prix de 5 centimes, exiger que les wagons fussent couverts. Nous rappellerons d'ailleurs que la compagnie d'Orléans a proposé l'année dernière ce que décide aujourd'hui la loi, et qu'on a rejeté ses propositions. Pourquoi? Nous n'en savons rien: la question est la même, et nous ne comprenons pas comment la solution peut en être différente.

Nous regardons comme un devoir d'appeler l'attention publique sur un moyen plus économique, mais plus lent, de faire voyager à bon marché la classe pauvre. On sait que les locomotives employées au transport des voyageurs, à une vitesse d'au moins 52 kilomètres à l'heure, n'utilisent jamais toute leur puissance, parce qu'à cette vitesse, elles n'auraient pas assez de force pour franchir les rampes à pleine charge. Il n'en est pas de même des locomotives appliquées au transport des marchandises: elles travaillent généralement à pleine charge, et leur vitesse est moitié moindre: tout est utilisé, les roues sont couplées et leur adhérence est au maximum. Nous voudrions que, dans les convois de marchandises, il y eût des voitures de 3e classe dont les prix seraient réduits de moitié et qui permettraient aux pauvres d'aller encore aussi vite que la malle-poste et à raison de 2 à 3 centimes par kilomètre. Une compagnie formée pour l'exploitation de chemin de fer de Lyon a, nous le savons, proposé ce mode à l'administration; nous espérons voir se réaliser un jour cette idée si éminemment philanthropique.

Les deux autres projets de loi présentés à la chambre par le ministre des travaux publics ont rapport à l'exploitation des chemins de fer d'Orléans à Vierzon d'une part, et de Montpellier à Nîmes de l'autre.

Pour le chemin d'Orléans à Vierzon, les conditions sont à peu près les mêmes que pour le chemin de Belgique; seulement la durée de la concession est portée à trente-cinq ans, et cela est justifié par la raison que les produits de ce chemin doivent être moindres que ceux du chemin de Belgique.

Quant au chemin de Montpellier à Nîmes, il a été entièrement construit par l'État, qui a même acheté sept locomotives et environ quarante voitures. Aussi la compagnie fermière, dont le bail ne doit avoir que dix ans, n'aura de capital social à constituer que pour compléter le matériel et se former un fonds de roulement. Les conditions de tarifs sont celles que nous avons examinées plus haut. Il y a urgence pour ce dernier chemin, qui est presque complètement achevé, et dont l'exploitation pourrait commencer au mois de juin, si l'adjudication avait lieu dans un bref délai. C'est à la commission de la Chambre à presser son travail. Nous espérons qu'avant peu elle l'aura terminé, et nous pourrons enfin assister à la première application du système des baux à court terme, qui compte encore tant d'ennemis.


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