Chapter 12

«Monseigneur, j’arrivai ici le 6 au soir. J’en serais parti, si j’avais trouvé des voitures. La poste d’Espagne ne traîne point de chaises, et il ne m’est pas possible de changer cette voiture, ma jambe pouvant avecpeine même la supporter; elle est, à peu de chose près, au même état que lorsque je partis de Versailles. Je prends demain la route de Saint-Jean-Pied-de-Port, à la suite de l’artillerie, où il a passé d’autres chaises. Je me rendrai à Pampelune pour y joindre quelque régiment de cavalerie pour me rendre auprès du roi d’Espagne. J’étais déterminé de m’en aller par Burgos, pour y faire la révérence à la reine; mais M. Ory, avec lequel j’ai eu des conférences, m’en a détourné pour m’engager de me rendre auprès de Sa Majesté et pour continuer la route pour Cadix, que je trouve impossible, aucun voiturier ne voulant l’entreprendre.»«Je ne prévois pas que je puisse rendre aucun service en Espagne, et j’ose croire que dans la situation présente je pourrais vous être de quelque utilité, et quoique vous ayez eu la bonté de m’écrire à Toulon que je pouvais rester, si je ne croyais pas pouvoir être utile en Espagne, je vous avouerai avec liberté que je ne le prévois que trop clairement, mais que la vergogne me surmonte. L’on pourrait croire que j’ai saigné du nez... J’attends vos ordres.»

«Monseigneur, j’arrivai ici le 6 au soir. J’en serais parti, si j’avais trouvé des voitures. La poste d’Espagne ne traîne point de chaises, et il ne m’est pas possible de changer cette voiture, ma jambe pouvant avecpeine même la supporter; elle est, à peu de chose près, au même état que lorsque je partis de Versailles. Je prends demain la route de Saint-Jean-Pied-de-Port, à la suite de l’artillerie, où il a passé d’autres chaises. Je me rendrai à Pampelune pour y joindre quelque régiment de cavalerie pour me rendre auprès du roi d’Espagne. J’étais déterminé de m’en aller par Burgos, pour y faire la révérence à la reine; mais M. Ory, avec lequel j’ai eu des conférences, m’en a détourné pour m’engager de me rendre auprès de Sa Majesté et pour continuer la route pour Cadix, que je trouve impossible, aucun voiturier ne voulant l’entreprendre.»

«Je ne prévois pas que je puisse rendre aucun service en Espagne, et j’ose croire que dans la situation présente je pourrais vous être de quelque utilité, et quoique vous ayez eu la bonté de m’écrire à Toulon que je pouvais rester, si je ne croyais pas pouvoir être utile en Espagne, je vous avouerai avec liberté que je ne le prévois que trop clairement, mais que la vergogne me surmonte. L’on pourrait croire que j’ai saigné du nez... J’attends vos ordres.»

Des secours étant arrivés au roi d’Espagne,il prit l’offensive; secondé par l’habile et intrépide Berwick, en très-peu de temps il reprit aux alliés tout ce dont ils s’étaient emparés, excepté Barcelone. Du Casse l’avait joint, et l’aidait de ses conseils. Il était auprès de ce prince à sa rentrée triomphale au mois de septembre dans Madrid, aux acclamations enthousiastes du peuple.

Du Casse trouva à Madrid des lettres de la cour de Versailles l’informant qu’il allait recevoir le commandement d’une escadre de vaisseaux français appareillant de Brest, pour conduire en Amérique la flotte de Cadix et en ramener les galions chargés des impôts perçus, au nom du roi catholique, dans le nouveau monde.

Du Casse redoutait cette mission et aurait volontiers décliné l’honneur qui lui était fait. Sa santé était si mauvaise qu’il écrivit le 28 septembre 1706 à Pontchartrain:

«Je vous prie de me permettre de passer l’hiver en mon pays, pour me trouver en état de profiter de la première saison de Bagnères. J’en ai besoin, sans dissimulation, autant pour mon pied et ma jambe que pour la sciatique qui me veut dépêcher.»

«Je vous prie de me permettre de passer l’hiver en mon pays, pour me trouver en état de profiter de la première saison de Bagnères. J’en ai besoin, sans dissimulation, autant pour mon pied et ma jambe que pour la sciatique qui me veut dépêcher.»

En réponse à cette demande, du Casse obtint un congé d’un mois pour aller respirer, au pays natal, l’air pur des Pyrénées. A la fin d’octobre 1706, il quitta Madrid pour venir chez son neveu, à Bayonne, où il arriva le 4 novembre. Il y était à peine qu’il reçut de Pontchartrain l’avis qu’on lui expédiait ses lettres de service pour le commandement qui lui était destiné. Il écrivit au ministre:

«J’arrivai avant-hier en cette ville (Bayonne), à dix heures du soir par un temps affreux. J’ai trouvé la lettre que vous me faisiez l’honneur de m’écrire à Madrid du 10 d’octobre, qui m’a été renvoyée par M. Daubanton. Je n’avais garde, Monseigneur, de dormir. Lorsque j’ai eu l’honneur de vous écrire que je fusse destiné pour commander l’escadre de Brest, j’ai pris la liberté de vous dire que j’aurais bien souhaité d’en être dispensé; mais, Monseigneur, il me paraît que vous n’entrez pas dans mes raisons et que vous désirez que ce soit moi qui en sois chargé. Je prendrai la liberté de vous dire que je ferai ce qu’il vous plaira. Il n’y a rien de pressé. Je puis savoir de vous vos intentions. Je me rendraià la cour incessamment. Il serait inutile que j’allasse à Brest, les ordres pour l’escadre n’étant pas encore envoyés de Madrid, le courrier n’ayant apporté que ceux pour les navires de la mer du Sud, et pour le sieur de la Rigaudière, et pour un aviso pour la Nouvelle-Espagne, qui ont été laissés à Saint-Sébastien, d’où il partira au premier beau temps et auquel j’envoyerai les ordres pour la route qu’il doit tenir, lui étant ordonné de les recevoir de moi. M. de la Rigaudière partira au premier vent favorable. Les dépêches sont arrivées. Je joindrai aux instructions du Roi ce qui me paraîtra convenir par la navigation allant et venant.»«Je vous envoie, Monseigneur, les paquets qui contiennent les ordres pour la mer du Sud; il n’y a que ce départ qui presse pour profiter de la saison pour entrer dans la mer du Sud. A l’égard des autres vaisseaux pour Carthagène, Porto-Bello et la Havane, pour attendre la flotte de la Nouvelle-Espagne, pourveu qu’ils partent à la fin de janvier, ce sera encore assez tôt, et j’oserais assurer qu’ils auront encore du temps inutile, les uns à attendre les galions et les autres la flotte, et à juger par les apparences,les uns ni les autres ne seront pas prêts. Le temps est très-différent du passé où les flottes allaient à coup sûr. Le pays étant dégarni de marchandises, il était naturel que les flottes fussent expédiées à un temps réglé, mais à présent tout est dérangé en ce pays-là par la quantité de vaisseaux qui ont fourni les royaumes de marchandises.«Il n’y a personne qui puisse déterminer l’expédition de ces vaisseaux, et je vous avouerai que je serai plus surpris que personne, si les vaisseaux que vous destinez pour convoyer les deux flottes en ramènent aucune, ne pouvant me persuader qu’elles puissent être prêtes, et les vaisseaux du roi n’ayant des vivres que pour rester trois ou quatre mois pour les attendre. Que feront-ils, s’ils ne sont pas prêts? La prudence ni la capacité des chefs qui les doivent ramener n’y sauront contribuer, et à leur retour ils seront l’opprobre du public.«L’obstacle des ennemis est moindre; mais il ne laissera pas d’être considérable. C’est la raison qui me fait craindre ma destination. Si j’avais été auprès de vous, Monseigneur, lorsqu’ona projeté cet envoi, j’aurais pris la liberté de vous faire mes observations, et peut-être aurais-je pu vous persuader à ne pas envoyer les escadres jusqu’à ce que j’aie eu la certitude de l’état où étaient les galions et la flotte, et à régler le départ avec quelque fondement, au lieu qu’à présent vous envoyez les escadres sans savoir si les vaisseaux espagnols pourront profiter de leur escorte. Je ne prise pas mes opinions et je peux personnellement me tromper. Je le serai très-fort, si elles ramènent aucun vaisseau. A l’égard de ceux de la mer du Sud, il faut profiter de la saison. C’est elle qui détermine l’envoi, et je trouve, Monseigneur, que vous faites très-bien. Cet envoi n’est pas du goût des Espagnols, mais vos raisons ne sont que les leurs. Il n’y a que deux vaisseaux dans les ordres. Cette réserve de deux à trois est faite par prudence.«Le courrier m’a remis une lettre du roi catholique pour le Roi. J’aurais peur qu’elle ne tardât trop, si je la retenais. Je prends la liberté de vous l’envoyer. Sa Majesté catholique me paraît assez contente de moi. En prenant congé d’elle à Ségovie, elle me dit qu’elle en écriraitau roi, et peut-être que c’est une lettre en ma faveur.»

«J’arrivai avant-hier en cette ville (Bayonne), à dix heures du soir par un temps affreux. J’ai trouvé la lettre que vous me faisiez l’honneur de m’écrire à Madrid du 10 d’octobre, qui m’a été renvoyée par M. Daubanton. Je n’avais garde, Monseigneur, de dormir. Lorsque j’ai eu l’honneur de vous écrire que je fusse destiné pour commander l’escadre de Brest, j’ai pris la liberté de vous dire que j’aurais bien souhaité d’en être dispensé; mais, Monseigneur, il me paraît que vous n’entrez pas dans mes raisons et que vous désirez que ce soit moi qui en sois chargé. Je prendrai la liberté de vous dire que je ferai ce qu’il vous plaira. Il n’y a rien de pressé. Je puis savoir de vous vos intentions. Je me rendraià la cour incessamment. Il serait inutile que j’allasse à Brest, les ordres pour l’escadre n’étant pas encore envoyés de Madrid, le courrier n’ayant apporté que ceux pour les navires de la mer du Sud, et pour le sieur de la Rigaudière, et pour un aviso pour la Nouvelle-Espagne, qui ont été laissés à Saint-Sébastien, d’où il partira au premier beau temps et auquel j’envoyerai les ordres pour la route qu’il doit tenir, lui étant ordonné de les recevoir de moi. M. de la Rigaudière partira au premier vent favorable. Les dépêches sont arrivées. Je joindrai aux instructions du Roi ce qui me paraîtra convenir par la navigation allant et venant.»

«Je vous envoie, Monseigneur, les paquets qui contiennent les ordres pour la mer du Sud; il n’y a que ce départ qui presse pour profiter de la saison pour entrer dans la mer du Sud. A l’égard des autres vaisseaux pour Carthagène, Porto-Bello et la Havane, pour attendre la flotte de la Nouvelle-Espagne, pourveu qu’ils partent à la fin de janvier, ce sera encore assez tôt, et j’oserais assurer qu’ils auront encore du temps inutile, les uns à attendre les galions et les autres la flotte, et à juger par les apparences,les uns ni les autres ne seront pas prêts. Le temps est très-différent du passé où les flottes allaient à coup sûr. Le pays étant dégarni de marchandises, il était naturel que les flottes fussent expédiées à un temps réglé, mais à présent tout est dérangé en ce pays-là par la quantité de vaisseaux qui ont fourni les royaumes de marchandises.

«Il n’y a personne qui puisse déterminer l’expédition de ces vaisseaux, et je vous avouerai que je serai plus surpris que personne, si les vaisseaux que vous destinez pour convoyer les deux flottes en ramènent aucune, ne pouvant me persuader qu’elles puissent être prêtes, et les vaisseaux du roi n’ayant des vivres que pour rester trois ou quatre mois pour les attendre. Que feront-ils, s’ils ne sont pas prêts? La prudence ni la capacité des chefs qui les doivent ramener n’y sauront contribuer, et à leur retour ils seront l’opprobre du public.

«L’obstacle des ennemis est moindre; mais il ne laissera pas d’être considérable. C’est la raison qui me fait craindre ma destination. Si j’avais été auprès de vous, Monseigneur, lorsqu’ona projeté cet envoi, j’aurais pris la liberté de vous faire mes observations, et peut-être aurais-je pu vous persuader à ne pas envoyer les escadres jusqu’à ce que j’aie eu la certitude de l’état où étaient les galions et la flotte, et à régler le départ avec quelque fondement, au lieu qu’à présent vous envoyez les escadres sans savoir si les vaisseaux espagnols pourront profiter de leur escorte. Je ne prise pas mes opinions et je peux personnellement me tromper. Je le serai très-fort, si elles ramènent aucun vaisseau. A l’égard de ceux de la mer du Sud, il faut profiter de la saison. C’est elle qui détermine l’envoi, et je trouve, Monseigneur, que vous faites très-bien. Cet envoi n’est pas du goût des Espagnols, mais vos raisons ne sont que les leurs. Il n’y a que deux vaisseaux dans les ordres. Cette réserve de deux à trois est faite par prudence.

«Le courrier m’a remis une lettre du roi catholique pour le Roi. J’aurais peur qu’elle ne tardât trop, si je la retenais. Je prends la liberté de vous l’envoyer. Sa Majesté catholique me paraît assez contente de moi. En prenant congé d’elle à Ségovie, elle me dit qu’elle en écriraitau roi, et peut-être que c’est une lettre en ma faveur.»

L’escadre dont il est question dans toutes les lettres précédentes devait être armée à la requête du roi d’Espagne. Au mois d’août, alors que du Casse était auprès de lui, ce prince avait fait demander à la cour de France deux escadres, une de sept vaisseaux de guerre destinée à aller chercher et à ramener la flotte de la Nouvelle-Espagne, qui était au Mexique chargée de richesses, et une autre de huit, qui devait mener à Carthagène des galions renfermant des marchandises d’Europe et en ramener d’autres, sur lesquels se trouvaient les trésors d’Amérique. Sur ces huit vaisseaux deux iraient au Pérou porter les ordres de Philippe V.

Le roi catholique offrait de couvrir toutes les dépenses qui seraient faites par le gouvernement français; les richesses rapportées d’Amérique garantissaient le remboursement.

D’après une lettre qu’il reçut à Bayonne de Pontchartrain, du Casse s’empressa d’écrire à Philippe V que le roi de France avait accédé à ses désirs, et que l’ordre avait été donnépour que les quinze vaisseaux, demandés par Sa Majesté espagnole, appareillassent à Brest dans le plus bref délai.

Aussitôt après avoir reçu la missive de du Casse et l’avoir communiquée à ses ministres, ainsi qu’au Conseil des Indes, le roi d’Espagne rendit un décret, daté du 26 novembre 1706, par lequel Sa Majesté catholique ordonnait: «qu’il serait pris sur les effets de la flotte la somme de 413,528 piastres pour le remboursement de la dépense des sept navires qui devraient composer l’escadre pour le Mexique, et 469,642 piastres pour celle des huit vaisseaux destinés pour l’escorte des galions et pour le Pérou.»

Immédiatement les deux escadres furent formées, mais, les préparatifs terminés, du Casse représentait au ministre qu’il ne pouvait se charger au cœur de l’hiver, par des vents contraires, de se rendre en Amérique. La nouvelle vint en même temps que les richesses du Pérou n’étaient pas encore à Panama, et que par conséquent il faudrait rester là longtemps pour les attendre.

Sur les observations faites par du Casse, ladestination de ces quinze vaisseaux fut changée et le commandement en fut donné à du Quesne-Monnier. Cet officier, sorti de Brest au mois de mars, rencontra quinze bâtiments de commerce anglais dont il s’empara. Ils étaient justement chargés de poudre, de fusils, de selles, brides, harnachements de toutes sortes, en un mot des choses qui étaient nécessaires aux troupes britanniques faisant alors campagne dans la péninsule espagnole et dénuées de tout.


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