LIVRE VII

LIVRE VII

De 1707 à 1715.

LA MARTINIQUE. LES GALIONS. BARCELONE.

Du Casse part pour l’Amérique (12 octobre 1707).—Son arrivée à la Martinique et à Saint-Domingue.—A Carthagène (mars).—Il part pour la Havane avec les galions.—Là, il reçoit des instructions apportées par le marquis d’Ars.—Du Casse nommé lieutenant général des armées navales de France (27 décembre 1707).—L’escadre et du Casse quittent la Havane le 1erjuillet 1708.—Rencontre et prise de six vaisseaux anglais richement chargés.—L’amiral entre au port du Passage près Bilbao avec sa capture et les galions (28 août 1708).—Instructions en date du 2 juin 1708 remises à du Casse, pour le paiement intégral des frais de l’expédition.—Lettre du comte de Toulouse à du Casse.—En juillet 1710, il reçoit l’ordre de se rendre de nouveau à Panama pour ramener d’autres galions menacés par les escadres anglo-hollandaises.—Histoire de cette nouvelle et importante mission entreprise pour sauver la monarchie espagnole.—Départ de Brest, en mars 1711, de du Casse et de son escadre; ses sages instructions à ses capitaines.—Il apaise en passant à Saint-Domingue une émeute populaire.—Rapport sur cette affaire.—Du Casse se rend à Carthagène le 2 juin ety trouve les galions.—Il fait mettre les trésors sur ses vaisseaux.—Sa ruse pour tromper l’escadre ennemie.—Il sort du port de Carthagène (3 août).—Il atterrit au port de Paix (26 août).—Lettre de Charitte, gouverneur de l’île.—L’amiral reçoit les provisions de commandeur de Saint-Louis.—Lettre de Berthomier (18 septembre) sur l’escadre de du Casse.—Violente tempête.—Relâche à la Martinique; on ne peut partir qu’au commencement de décembre.—Lettre de Charitte à Pontchartrain (25 novembre).—Entrée au port de la Corogne en avril 1712.—Le comte de Durtal envoyé par du Casse à Philippe V.—Grande joie à la Cour et dans toute l’Espagne à la nouvelle de l’arrivée des galions qui sauvent la monarchie.—Du Casse nommé chevalier de la Toison-d’Or (24 avril 1712).—L’amiral reçoit l’investiture de la main du roi à Madrid (23 mai).—Lettres relatives à la mission si heureusement et si habilement accomplie par du Casse.—Une page de Saint-Simon; le duc est jaloux de du Casse.—L’amiral du Casse de retour à Paris et nommé commandant en chef de l’armée navale devant Barcelone (1713).—Louis XIV désire que du Casse se rende à Toulon pour activer les préparatifs.—La santé de l’amiral le retient quelque temps à Paris.—Son voyage.—Il est forcé de s’arrêter à Moulins et à Bourbon-l’Archambault.—Lettres de Pontchartrain et de Louis XIV.—La santé de du Casse le contraint à quitter le siége et à se rendre à Bourbon avec son gendre.—Sa mort (25 juillet 1715).

Du Casse part pour l’Amérique (12 octobre 1707).—Son arrivée à la Martinique et à Saint-Domingue.—A Carthagène (mars).—Il part pour la Havane avec les galions.—Là, il reçoit des instructions apportées par le marquis d’Ars.—Du Casse nommé lieutenant général des armées navales de France (27 décembre 1707).—L’escadre et du Casse quittent la Havane le 1erjuillet 1708.—Rencontre et prise de six vaisseaux anglais richement chargés.—L’amiral entre au port du Passage près Bilbao avec sa capture et les galions (28 août 1708).—Instructions en date du 2 juin 1708 remises à du Casse, pour le paiement intégral des frais de l’expédition.—Lettre du comte de Toulouse à du Casse.—En juillet 1710, il reçoit l’ordre de se rendre de nouveau à Panama pour ramener d’autres galions menacés par les escadres anglo-hollandaises.—Histoire de cette nouvelle et importante mission entreprise pour sauver la monarchie espagnole.—Départ de Brest, en mars 1711, de du Casse et de son escadre; ses sages instructions à ses capitaines.—Il apaise en passant à Saint-Domingue une émeute populaire.—Rapport sur cette affaire.—Du Casse se rend à Carthagène le 2 juin ety trouve les galions.—Il fait mettre les trésors sur ses vaisseaux.—Sa ruse pour tromper l’escadre ennemie.—Il sort du port de Carthagène (3 août).—Il atterrit au port de Paix (26 août).—Lettre de Charitte, gouverneur de l’île.—L’amiral reçoit les provisions de commandeur de Saint-Louis.—Lettre de Berthomier (18 septembre) sur l’escadre de du Casse.—Violente tempête.—Relâche à la Martinique; on ne peut partir qu’au commencement de décembre.—Lettre de Charitte à Pontchartrain (25 novembre).—Entrée au port de la Corogne en avril 1712.—Le comte de Durtal envoyé par du Casse à Philippe V.—Grande joie à la Cour et dans toute l’Espagne à la nouvelle de l’arrivée des galions qui sauvent la monarchie.—Du Casse nommé chevalier de la Toison-d’Or (24 avril 1712).—L’amiral reçoit l’investiture de la main du roi à Madrid (23 mai).—Lettres relatives à la mission si heureusement et si habilement accomplie par du Casse.—Une page de Saint-Simon; le duc est jaloux de du Casse.—L’amiral du Casse de retour à Paris et nommé commandant en chef de l’armée navale devant Barcelone (1713).—Louis XIV désire que du Casse se rende à Toulon pour activer les préparatifs.—La santé de l’amiral le retient quelque temps à Paris.—Son voyage.—Il est forcé de s’arrêter à Moulins et à Bourbon-l’Archambault.—Lettres de Pontchartrain et de Louis XIV.—La santé de du Casse le contraint à quitter le siége et à se rendre à Bourbon avec son gendre.—Sa mort (25 juillet 1715).

Au mois de septembre 1707, laNymphe, frégate de vingt canons, commandée par le chevalier de la Fayette, fut envoyée au Mexique annoncer l’arrivée prochaine de l’escadre de du Casse, afin que le vice-roi fît mettre la flotte en état d’appareiller.

En effet, un mois plus tard, le 12 octobre 1707, du Casse partit de Brest avec cinq vaisseaux et une frégate: leMagnanime, sur lequel il avait arboré son pavillon, leGrandmonté par M. de Serquigny, l’Elisabethpar M. de Champmeslin, leGlorieuxpar M. de Poudens, l’Herculepar M. de Chavagnac, laThétispar M. de Villiers de l’Isle-Adam; ilfut joint en mer, à peu de distance du port, par deux frégates, venues du Havre: laDianecommandée par M. de Laiguillette, et l’Atalantepar le chevalier de Rancé.

Du Casse fit route jusqu’à la Martinique sans rencontrer d’ennemi. De cette île, il se rendit à Saint-Domingue. Obligé de faire séjour dans ces deux colonies, il envoya trois navires de faible tonnage au gouverneur et au général des galions, avec mission de les engager à tout préparer pour qu’il pût repartir avec les galions qu’il était venu chercher; ayant même su que la flotte se trouvait dépourvue de beaucoup de choses, il la fit ravitailler par la frégate marchande leduc de Bourgogne.

A Carthagène se trouvait un gouverneur qui aurait servi plus volontiers l’archiduc que Philippe de France et qui faisait subir mille vexations aux Français. Il avait fait mettre le séquestre sur plusieurs navires appartenant à des particuliers de notre nation et avait causé la ruine à peu près complète d’un sieur de Valeille. Lorsque du Casse arriva à Carthagène vers le milieu du mois de mars, Valeille lui exposa ses griefs. L’amiral le prit de fort hautavec les autorités espagnoles, qui, effrayées, se hâtèrent de réparer leurs actes iniques; justice fut faite.

Du Casse passa peu de temps sur le continent d’Amérique et s’en fut avec les galions à la Havane. Là il trouva une frégate française, leLudlow, sur laquelle était le capitaine de vaisseau Louis de Brémond, marquis d’Ars. Cet officier apportait à du Casse des instructions. Au mois de février 1708, le marquis de Brémond d’Ars avait reçu celles qui suivent:

«Sa Majesté ayant résolu d’envoyer par une frégate exprès un paquet de conséquence au sieur du Casse, lieutenant général de ses armées navales qui commande l’escadre qui est à présent en Amérique, elle a fait choix pour ce service de la frégate leLudlow, que le dit sieur marquis d’Ars commande, étant persuadée qu’il s’acquittera de l’exécution de cet ordre avec toute l’exactitude possible. Pour cet effet elle donne ordre au sieur de Begon, intendant à Rochefort, de lui donner des vivres autant que cette frégate en pourra porter, afin qu’elle en ait pour tout le temps que durera son voyage. L’intention de Sa Majesté estqu’aussitôt que le vent lui permettra de mettre à la voile, il appareille et qu’il fasse voile en toute diligence pour le Cap-Français de Saint-Domingue, où il pourra apprendre des nouvelles certaines de l’endroit où sera ledit sieur du Casse. Si le sieur de Charitte ne pouvait lui en donner, parce que le dit sieur du Casse a abordé par la bande du sud, il enverra un exprès par les terres au comte de Choiseul, au comte d’Eslandes, par lequel il sera informé du temps du départ du sieur du Casse et de la route qu’il aura faite, et pour ne point perdre de temps, en attendant le retour de cet exprès, il prendra les rafraîchissements dont il pourra avoir besoin et demandera au sieur de Charitte un pilote qui le mènera par le vieux canal à la Havane, où le dit sieur du Casse doit être suivant ses ordres, et s’il ne se trouve pas en ce port, il faut qu’il l’aille chercher où il sera et qu’il fasse toute la diligence qui pourra dépendre de lui pour le joindre, et après il aura soin d’exécuter les ordres que ledit sieur du Casse lui donnera; mais en cas qu’à son arrivée à la Havane il le trouvât parti pour revenir en Europe, l’intention de Sa Majesté est qu’il tâche de prendreun fret audit port de la Havane pour gagner la dépense de son voyage et qu’il revienne ensuite le plus diligemment possible aux rades de la Rochelle.»

«Sa Majesté ayant résolu d’envoyer par une frégate exprès un paquet de conséquence au sieur du Casse, lieutenant général de ses armées navales qui commande l’escadre qui est à présent en Amérique, elle a fait choix pour ce service de la frégate leLudlow, que le dit sieur marquis d’Ars commande, étant persuadée qu’il s’acquittera de l’exécution de cet ordre avec toute l’exactitude possible. Pour cet effet elle donne ordre au sieur de Begon, intendant à Rochefort, de lui donner des vivres autant que cette frégate en pourra porter, afin qu’elle en ait pour tout le temps que durera son voyage. L’intention de Sa Majesté estqu’aussitôt que le vent lui permettra de mettre à la voile, il appareille et qu’il fasse voile en toute diligence pour le Cap-Français de Saint-Domingue, où il pourra apprendre des nouvelles certaines de l’endroit où sera ledit sieur du Casse. Si le sieur de Charitte ne pouvait lui en donner, parce que le dit sieur du Casse a abordé par la bande du sud, il enverra un exprès par les terres au comte de Choiseul, au comte d’Eslandes, par lequel il sera informé du temps du départ du sieur du Casse et de la route qu’il aura faite, et pour ne point perdre de temps, en attendant le retour de cet exprès, il prendra les rafraîchissements dont il pourra avoir besoin et demandera au sieur de Charitte un pilote qui le mènera par le vieux canal à la Havane, où le dit sieur du Casse doit être suivant ses ordres, et s’il ne se trouve pas en ce port, il faut qu’il l’aille chercher où il sera et qu’il fasse toute la diligence qui pourra dépendre de lui pour le joindre, et après il aura soin d’exécuter les ordres que ledit sieur du Casse lui donnera; mais en cas qu’à son arrivée à la Havane il le trouvât parti pour revenir en Europe, l’intention de Sa Majesté est qu’il tâche de prendreun fret audit port de la Havane pour gagner la dépense de son voyage et qu’il revienne ensuite le plus diligemment possible aux rades de la Rochelle.»

Le marquis de Brémond d’Ars remit à du Casse les provisions de lieutenant général des armées navales, vice-amiral de France. Le 27 décembre 1707, tandis qu’il faisait campagne, ses services lui avaient obtenu cette haute distinction, aux applaudissements de tous. Saint-Simon, si peu bienveillant d’ordinaire pour du Casse, enregistre dans ses Mémoires cette nomination, en disant: «Il y eut deux lieutenants généraux, le mérite fit du Casse, la faveur fit d’O.»

Le 1erjuillet 1708, l’escadre française partit de la Havane. Quelques jours après, six vaisseaux anglais furent signalés. La chasse leur fut donnée. Ils furent pris. On y trouva un chargement considérable. Aucun autre incident n’étant venu retarder sa marche, du Casse fit le 28 août son entrée dans lePort-du-Passageprès Bilbao, avec sa riche capture, ayant rempli sa mission sans avoir subi aucune perte; «du Casse, dit Saint-Simon,qui étaitallé chercher les galions dont on avait si grand besoin, les ramena riches de cinquante millions en argent et de dix millions de fruits. Il arriva au Port du Passage le 27 août.»

Il y trouva des instructions pour faire opérer le remboursement des frais de l’expédition, entre autres des lettres patentes signées de la main même de Louis XIV et datées du 18 avril.

Outre ces lettres patentes, l’ambassadeur de famille, d’Aubenton, fit remettre à du Casse, des instructions, datées du 2 juin de la même année (1708), que nous croyons devoir reproduire ici. L’insistance que met Louis XIV à ce que les frais de l’expédition soient payés exactement, sans réclamer un centime de plus que le dû légitime, jette un jour curieux sur l’honnêteté avec laquelle se faisaient sous ce règne les opérations financières.

«De par le Roy:«Sa Majesté a fait armer dans les ports de Brest et du Havre une escadre de sept vaisseaux de guerre et de deux frégates sous le commandement du sieur du Casse, lieutenant général de ses armées navales, pour aller prendre auMexique, sous son escorte, la flotte de la Nouvelle-Espagne. Sur l’offre qui en a été faite par le roy catholique d’en faire payer la dépense sur le produit des effets de cette flotte, et étant nécessaire de commettre quelque personne de confiance et entendue dans le commerce d’Espagne pour liquider, si n’a été, les sommes qui doivent revenir à Sa Majesté pour son remboursement de cette dépense et la faire remettre à ses ordres, de même que de ce qui peut regarder et concerner l’exécution du décret de Sa Majesté catholique du 26 novembre 1706 et les intérêts des négociants français dans ladite flotte, elle a fait choix du sieur du Casse pour travailler, avec le commissaire ou les commissaires qui seront nommés par Sa Majesté catholique, à la liquidation de ce qui lui doit revenir, lui donnant pouvoir de prendre connaissance de tout ce qui est en cela de son service, d’en arrêter les comptes conjointement avec lesdits commissaires de S. M. Catholique, d’empêcher qu’il ne soit débarqué en fraude aucun effet de ceux qui auront été chargés dans les vaisseaux de Sa Majesté, de les faire reconnaître et visiter en présence des commissairesà la répartition des sommes concernant ladite dépense et les droits du roi d’Espagne, afin que les effets qui appartiennent aux sujets de Sa Majesté ne soient pas plus surchargés que ceux des Espagnols.»«Fait à Versailles, 2 juin 1708.»

«De par le Roy:

«Sa Majesté a fait armer dans les ports de Brest et du Havre une escadre de sept vaisseaux de guerre et de deux frégates sous le commandement du sieur du Casse, lieutenant général de ses armées navales, pour aller prendre auMexique, sous son escorte, la flotte de la Nouvelle-Espagne. Sur l’offre qui en a été faite par le roy catholique d’en faire payer la dépense sur le produit des effets de cette flotte, et étant nécessaire de commettre quelque personne de confiance et entendue dans le commerce d’Espagne pour liquider, si n’a été, les sommes qui doivent revenir à Sa Majesté pour son remboursement de cette dépense et la faire remettre à ses ordres, de même que de ce qui peut regarder et concerner l’exécution du décret de Sa Majesté catholique du 26 novembre 1706 et les intérêts des négociants français dans ladite flotte, elle a fait choix du sieur du Casse pour travailler, avec le commissaire ou les commissaires qui seront nommés par Sa Majesté catholique, à la liquidation de ce qui lui doit revenir, lui donnant pouvoir de prendre connaissance de tout ce qui est en cela de son service, d’en arrêter les comptes conjointement avec lesdits commissaires de S. M. Catholique, d’empêcher qu’il ne soit débarqué en fraude aucun effet de ceux qui auront été chargés dans les vaisseaux de Sa Majesté, de les faire reconnaître et visiter en présence des commissairesà la répartition des sommes concernant ladite dépense et les droits du roi d’Espagne, afin que les effets qui appartiennent aux sujets de Sa Majesté ne soient pas plus surchargés que ceux des Espagnols.»

«Fait à Versailles, 2 juin 1708.»

Du Casse fut retenu quelque temps en Espagne par les règlements de comptes; il montra beaucoup de dextérité et se tira, à son honneur, de cette ennuyeuse mission. Il acquit même une réputation d’habileté dans l’art de mener à bien ce genre de négociations, et un an plus tard, à la fin de l’année 1709, Philippe VI ayant cru devoir apporter des modifications, très-fâcheuses pour les armateurs français, aux conventions qui réglaient le sort des prises amenées par ceux-ci dans les ports d’Espagne, M. le comte de Toulouse consulta du Casse sur ce qu’il y aurait à faire à cet égard, par une lettre qu’il lui écrivit le 24 janvier 1710.

«Je ne doute pas, Monsieur, que vous n’ayez été informé des changements que le roi d’Espagne vient de faire au sujet des prises, qui sont menées dans ses ports par des armateurs françaiset qui consistent à révoquer l’exemption qu’il avait accordée pour les effets de ces prises qui se rendent en Espagne, et à ordonner aux conseils de ne plus faire aucune procédure sur les prises, mais de les laisser faire aux officiers de justice espagnols.«A l’égard de la révocation de l’exemption, il est aisé de comprendre quel préjudice elle cause à la course; il se peut que l’on demande actuellement à Cadix 20,000 fr. de droits pour une prise, qui n’a été vendue que 60,000 fr. L’article des procédures est encore plus précieux; car, outre que celles qui sont faites par les juges espagnols sont chargées d’une infinité de papiers inutiles et où il est impossible de rien connaître, comme je l’ai éprouvé plusieurs fois, cela jettera les armateurs dans des frais et des longueurs qui les abîmeront, sans compter que les Espagnols étant de mauvaise humeur comme ils le paraissent à présent, il n’y aura point de juges à qui pour cent pistoles un Hollandais ne fasse faire la procédure, de telle sorte qu’il sera impossible de n’en pas prononcer la main levée. Il est très-important, pour le bien de la course qui n’est déjàque trop ruinée par d’autres endroits, qu’il plaise au Roi de prendre des résolutions à cet égard.«Le roi d’Espagne a fait un état par lequel il ordonne à tous ses armateurs de ramener leurs prises dans le lieu de leur armement, sans pouvoir s’en dispenser sous quelque prétexte que ce puisse être. Je ne sais s’il ne serait pas à propos d’ordonner la même chose à nos corsaires français et je suis persuadé que, nonobstant le risque qu’il y a à courir de la part des ennemis, tous ceux qui ont intérêt dans les armements seraient fort aises de voir cet ordre donné, parce que la facilité que l’on a eue de permettre aux Français de mener leurs prises en Espagne, n’a servi à autre chose qu’à donner lieu à beaucoup de friponneries, car les conducteurs, sous prétexte de les faire vendre, se les font adjuger pour le tiers ou pour la moitié de leur juste valeur, et ensuite les ramènent en France, où ils les revendent ce qu’elles valent, à la vue même des intéressés à l’armement, qui voient le tort qu’on leur fait sans y pouvoir donner ordre.»«Versailles, 24 janvier 1710. Signé: Louis Antoine deBourbon.»

«Je ne doute pas, Monsieur, que vous n’ayez été informé des changements que le roi d’Espagne vient de faire au sujet des prises, qui sont menées dans ses ports par des armateurs françaiset qui consistent à révoquer l’exemption qu’il avait accordée pour les effets de ces prises qui se rendent en Espagne, et à ordonner aux conseils de ne plus faire aucune procédure sur les prises, mais de les laisser faire aux officiers de justice espagnols.

«A l’égard de la révocation de l’exemption, il est aisé de comprendre quel préjudice elle cause à la course; il se peut que l’on demande actuellement à Cadix 20,000 fr. de droits pour une prise, qui n’a été vendue que 60,000 fr. L’article des procédures est encore plus précieux; car, outre que celles qui sont faites par les juges espagnols sont chargées d’une infinité de papiers inutiles et où il est impossible de rien connaître, comme je l’ai éprouvé plusieurs fois, cela jettera les armateurs dans des frais et des longueurs qui les abîmeront, sans compter que les Espagnols étant de mauvaise humeur comme ils le paraissent à présent, il n’y aura point de juges à qui pour cent pistoles un Hollandais ne fasse faire la procédure, de telle sorte qu’il sera impossible de n’en pas prononcer la main levée. Il est très-important, pour le bien de la course qui n’est déjàque trop ruinée par d’autres endroits, qu’il plaise au Roi de prendre des résolutions à cet égard.

«Le roi d’Espagne a fait un état par lequel il ordonne à tous ses armateurs de ramener leurs prises dans le lieu de leur armement, sans pouvoir s’en dispenser sous quelque prétexte que ce puisse être. Je ne sais s’il ne serait pas à propos d’ordonner la même chose à nos corsaires français et je suis persuadé que, nonobstant le risque qu’il y a à courir de la part des ennemis, tous ceux qui ont intérêt dans les armements seraient fort aises de voir cet ordre donné, parce que la facilité que l’on a eue de permettre aux Français de mener leurs prises en Espagne, n’a servi à autre chose qu’à donner lieu à beaucoup de friponneries, car les conducteurs, sous prétexte de les faire vendre, se les font adjuger pour le tiers ou pour la moitié de leur juste valeur, et ensuite les ramènent en France, où ils les revendent ce qu’elles valent, à la vue même des intéressés à l’armement, qui voient le tort qu’on leur fait sans y pouvoir donner ordre.»

«Versailles, 24 janvier 1710. Signé: Louis Antoine deBourbon.»

Si du Casse méritait que le grand amiral de France eût ainsi recours à ses lumières pour s’éclairer sur une question fort importante, comme a pu en faire juger la lettre que l’on vient de lire, il avait encore bien davantage l’estime et l’admiration générales par l’adresse avec laquelle il avait su, l’année précédente, ramener sans encombre les richesses des galions. Au milieu de l’année 1710, on sut que d’autres galions, bien plus richement chargés encore, étaient réunis à Panama. On apprit aussi que les armées navales de Hollande et d’Angleterre avaient reçu l’ordre de prendre la mer et de surveiller leur départ, pour s’en emparer coûte que coûte. Seul, du Casse fut jugé digne et capable du commandement de l’escadre français mise à la disposition du roi d’Espagne. Malgré la confiance qu’inspirait du Casse, le cabinet de Versailles hésita avant d’accorder les vaisseaux que demandait Philippe V. En présence des armées navales ennemies, véritablement formidables, qui tenaient la mer, il parut imprudent d’entreprendre une pareille expédition. Mais le cabinet de l’Escurial représenta avec force qu’il n’y avait plus d’argentdans les coffres du trésor royal, qu’on ne pouvait entretenir les troupes plus longtemps, et que s’il ne pouvait avoir les richesses du Nouveau-Monde, le fils de France, qui occupait le trône de Charles-Quint, allait être obligé de manquer à ses engagements et de faire banqueroute. Louis XIV céda.

Du Casse fut donc chargé de la glorieuse et difficile mission de sauver l’honneur de la monarchie espagnole.

Dès les premiers jours du mois de janvier 1711, l’amiral se rendit à Brest. Le 11, il arrêta, avec l’assentiment du ministre, la liste des officiers devant servir sur les vaisseaux qu’on armait. LeSaint-Michelfut désigné comme vaisseau amiral, et les ordres suivants donnés:

26 janvier.«Ordre du roi qui enjoint au sieur Chaze, commissaire de la marine, de servir à la suite de l’escadre des vaisseaux que Sa Majesté fait armer au port de Brest, sous le commandement du sieur du Casse, et de s’embarquer sur leSaint-Michelou sur tel autre vaisseauque le lieutenant général du Casse jugera à propos.»Le 27 du même mois.«Ordre du roi, qui ordonne au sieur de Jourdan de faire, sous les ordres ou en l’absence du sieur Chaze, les fonctions de commissaire de la marine à la suite de l’escadre de vaisseaux que Sa Majesté fait armer au port de Brest sous le commandement du sieur du Casse, lieutenant général des armées navales.»

26 janvier.

«Ordre du roi qui enjoint au sieur Chaze, commissaire de la marine, de servir à la suite de l’escadre des vaisseaux que Sa Majesté fait armer au port de Brest, sous le commandement du sieur du Casse, et de s’embarquer sur leSaint-Michelou sur tel autre vaisseauque le lieutenant général du Casse jugera à propos.»

Le 27 du même mois.

«Ordre du roi, qui ordonne au sieur de Jourdan de faire, sous les ordres ou en l’absence du sieur Chaze, les fonctions de commissaire de la marine à la suite de l’escadre de vaisseaux que Sa Majesté fait armer au port de Brest sous le commandement du sieur du Casse, lieutenant général des armées navales.»

Pendant son séjour à Brest, du Casse ne s’occupa pas uniquement de l’armement de l’escadre qui lui était destinée. Il consacrait aussi bien des moments au soin des intérêts généraux du corps de la marine. Il seconda de tous ses efforts Du Guay-Trouin, qui faisait ses préparatifs pour la célèbre expédition de Rio-Janeiro.

Il favorisa la prospérité de la compagnie de l’Assiento, qu’il avait formée, ainsi qu’on l’a vu, en 1701. Il écrivit, le 15 mars 1711, à l’un de ses directeurs, le célèbre Crozat, père de la belle et vertueuse duchesse de Choiseul-Stainville,femme du ministre de Louis XV, la lettre suivante:

«Je viens de recevoir votre dépêche du 11, monsieur, et d’écrire à M. de Chipaudière de faire sortir votre vaisseau au premier bon vent, après qu’il sera prêt. Vraysemblablement cela doit aller jusqu’au 20; pour moy, je suis tout prest, je vous remercie et la compagnie de Saint-Domingue, des ordres que vous envoyez à Saint-Louis pour expédier un vaisseau si j’en ay besoin. Ce que j’y ay affaires regarde M. le duc d’Albuquerque, et rien ne me presse. Votre vaisseau est ce qu’il me faut, et pour l’aller et pour le retour, ainsy que j’ai eu l’honneur de vous le dire.«M. du Guay-Trouin armé, il peut, dans ses besoins éloignés pour la course, prendre des vaisseaux à quelque colonie où il y aura des nègres qui pourraient l’embarrasser pour la vente; il demande des ordres pour tous les facteurs de nos comptoirs, qu’ils aient à les recevoir pour les vendre pour son compte en payant à l’Assiento, sur le prix d’iceux, 30 pour 0/0, exempts de tous droits; il ne peut arriver aucun inconvénient en le lui accordant,et au contraire un grand préjudice à la compagnie de ne le pas faire. Si vous ne voulez pas vous donner ce soin, monsieur, chargez-en M. Legendre, et envoyez audit sieur du Guay des expéditions conformes au modèle que je vous envoie. Je vous remercie de tout mon cœur des nouvelles que vous me donnez de M. de Vendosme.»

«Je viens de recevoir votre dépêche du 11, monsieur, et d’écrire à M. de Chipaudière de faire sortir votre vaisseau au premier bon vent, après qu’il sera prêt. Vraysemblablement cela doit aller jusqu’au 20; pour moy, je suis tout prest, je vous remercie et la compagnie de Saint-Domingue, des ordres que vous envoyez à Saint-Louis pour expédier un vaisseau si j’en ay besoin. Ce que j’y ay affaires regarde M. le duc d’Albuquerque, et rien ne me presse. Votre vaisseau est ce qu’il me faut, et pour l’aller et pour le retour, ainsy que j’ai eu l’honneur de vous le dire.

«M. du Guay-Trouin armé, il peut, dans ses besoins éloignés pour la course, prendre des vaisseaux à quelque colonie où il y aura des nègres qui pourraient l’embarrasser pour la vente; il demande des ordres pour tous les facteurs de nos comptoirs, qu’ils aient à les recevoir pour les vendre pour son compte en payant à l’Assiento, sur le prix d’iceux, 30 pour 0/0, exempts de tous droits; il ne peut arriver aucun inconvénient en le lui accordant,et au contraire un grand préjudice à la compagnie de ne le pas faire. Si vous ne voulez pas vous donner ce soin, monsieur, chargez-en M. Legendre, et envoyez audit sieur du Guay des expéditions conformes au modèle que je vous envoie. Je vous remercie de tout mon cœur des nouvelles que vous me donnez de M. de Vendosme.»

A la fin de mars, l’amiral du Casse quitta Brest. La saison était mauvaise, les coups de vent très-violents. Craignant d’être séparé de ses vaisseaux, il donna rendez-vous à chaque capitaine au port Louis de Saint-Domingue, en cas de dispersion. Bien lui prit de cette précaution. A cent lieues environ des côtes de France, deux bâtiments, l’Herculeet leGriffon, furent entraînés loin de lui. Il se dirigea vers Madère. A peu de distance de cette île, il rencontra un navire portugais richement chargé, dont il s’empara.

Après avoir fait relâche à Madère, il fut à Porto-Rico, y resta quelques jours, s’approvisionna d’eau et de différentes autres choses dont il avait besoin. Il lui fut rapporté danscette ville, que les habitants de Santo-Domingo s’étaient mis en révolte contre l’autorité de Philippe V et avaient reconnu l’archiduc Charles. En qualité de capitaine général d’Espagne, du Casse crut devoir se rendre en cette ville, afin de faire tout rentrer dans l’ordre. En y arrivant, il reconnut qu’on avait fait courir un faux bruit. Voici du reste comment il raconte cet incident au gouverneur de Saint-Domingue, le chevalier de Charitte, ainsi que le rapporte cet officier dans une lettre écrite à Pontchartrain un mois et demi plus tard, le 23 juin:

«J’ai reçu une lettre de M. du Casse, qu’il m’a écrite du 12 mai dans la ville de Saint-Domingue. Il me marque qu’en y passant il y a esté quatre heures et qu’il allait à Saint-Louis pour y joindre l’Herculeet leGriffonqui s’étaient séparés de lui au cap Finistère par un coup de vent. Il m’a aussi écrit de ce dernier endroit (Saint-Louis), le 27 du même mois. Il me marque qu’il avait descendu à terre au premier (Santo-Domingo), par ordre du Roi, sur de mauvais propos qu’avait tenus laGazette de Hollande, que ses sujets dans cetteîle et dans celle de Porto-Rico avaient reconnu l’archiduc Charles, et que Sa Majesté, dans ce doute, lui avait ordonné de préférer son service à celui du roi d’Espagne, de rester avec ses vaisseaux dans ces mers et de déclarer la guerre aux habitants de ces deux endroits; mais que, comme il a su qu’il n’en était rien, il allait continuer le projet pour lequel il était armé et comptait mettre à la voile dans deux ou trois jours; cependant il n’y a mis que le 2 de ce mois.»

«J’ai reçu une lettre de M. du Casse, qu’il m’a écrite du 12 mai dans la ville de Saint-Domingue. Il me marque qu’en y passant il y a esté quatre heures et qu’il allait à Saint-Louis pour y joindre l’Herculeet leGriffonqui s’étaient séparés de lui au cap Finistère par un coup de vent. Il m’a aussi écrit de ce dernier endroit (Saint-Louis), le 27 du même mois. Il me marque qu’il avait descendu à terre au premier (Santo-Domingo), par ordre du Roi, sur de mauvais propos qu’avait tenus laGazette de Hollande, que ses sujets dans cetteîle et dans celle de Porto-Rico avaient reconnu l’archiduc Charles, et que Sa Majesté, dans ce doute, lui avait ordonné de préférer son service à celui du roi d’Espagne, de rester avec ses vaisseaux dans ces mers et de déclarer la guerre aux habitants de ces deux endroits; mais que, comme il a su qu’il n’en était rien, il allait continuer le projet pour lequel il était armé et comptait mettre à la voile dans deux ou trois jours; cependant il n’y a mis que le 2 de ce mois.»

De Santo-Domingo, du Casse vint au port Saint-Louis, où il arriva le 16 mai. L’intendant Mithon rend compte de son arrivée par une lettre au ministre, datée du surlendemain 18:

«Monseigneur, je me donne l’honneur d’informer Votre Grandeur de l’arrivée de M. du Casse dans le port Saint-Louis le 16 may, lequel a fait une prise portugaise auprès de Madère, où il a relâché, laquelle est chargée de sucre et de cuirs, et laquelle serait bien estimée en France cinquante mille écus; elle n’est point encore arrivée ici, où elle doit se rendre incessamment.«J’ay aussi l’honneur de donner avis àVotre Grandeur que M. du Casse a relâché à Porto-Rico, où il a fait faire de l’eau, et aussi à Saint-Domingue.«Les vaisseauxl’Herculeetle Griffon, qui sont de son escadre, en furent séparés par un grand vent environ à cent lieues de Brest, et sont arrivés ici dix jours avant luy, suivant les ordres qu’ils avaient, en cas de séparation.»

«Monseigneur, je me donne l’honneur d’informer Votre Grandeur de l’arrivée de M. du Casse dans le port Saint-Louis le 16 may, lequel a fait une prise portugaise auprès de Madère, où il a relâché, laquelle est chargée de sucre et de cuirs, et laquelle serait bien estimée en France cinquante mille écus; elle n’est point encore arrivée ici, où elle doit se rendre incessamment.

«J’ay aussi l’honneur de donner avis àVotre Grandeur que M. du Casse a relâché à Porto-Rico, où il a fait faire de l’eau, et aussi à Saint-Domingue.

«Les vaisseauxl’Herculeetle Griffon, qui sont de son escadre, en furent séparés par un grand vent environ à cent lieues de Brest, et sont arrivés ici dix jours avant luy, suivant les ordres qu’ils avaient, en cas de séparation.»

L’intendant Mithon profita du séjour de l’amiral du Casse pour lui soumettre diverses affaires importantes, dont il n’osait prendre la responsabilité sur lui. Ainsi il lui fit visiter le fort, lui soumettant les plans dressés pour des réparations urgentes; du Casse ordonna les travaux et indiqua les économies qu’on pouvait apporter dans leur exécution.

Un pauvre diable de capitaine marchand avait vu saisir son bâtiment, faute de s’être pourvu d’un double passeport, formalité dont il ignorait la nécessité.

Le 27 mai, du Casse ordonna la main-levée du navire, par un arrêté.

Le 2 juin, du Casse mit à la voile et se rendit à Carthagène, où devaient être les galions. En effet, il les y trouva réunis et chargés detrésors considérables. Il ne voulut pas laisser ces richesses, dernière espérance de la monarchie espagnole, sur les navires de cette nation. Il préféra les prendre sur ses vaisseaux, soit à son bord, soit à celui de ses capitaines. A la fin du mois de juillet, tout était prêt pour son départ, quand il apprit qu’une armée navale ennemie croisait à peu de distance de la rade de Carthagène, surveillant sa sortie, afin de s’emparer des richesses qu’elle savait l’amiral français chargé de conduire en Europe. Du Casse comprit qu’il lui serait impossible, avec les faibles forces dont il disposait, de résister aux efforts combinés des ennemis de la France. Il vit que le moment était venu de mettre en pratique ce dicton d’un ancien:coudre la peau du renard à celle du lion. Il résolut d’envoyer en avant un bâtiment espagnol chargé peu richement, avec la mission d’attirer au loin l’ennemi en se faisant poursuivre. L’éloignement de l’armée navale devait faciliter le passage des vaisseaux français. Du Casse choisit l’Amirante, le plus important des galions espagnols, dont le fort tonnage devait entretenir l’ennemi dans cette erreur que ce serait une riche capture,n’hésitant pas à sacrifier ainsi un navire, afin de sauver des richesses immenses.

Ce qu’il avait prévu arriva. Le 3 août, eut lieu la sortie du port de Carthagène; la flotte espagnole avait l’ordre de se diriger du côté de la Havane. Le 5, elle fut aperçue par les ennemis, qui lui donnèrent la chasse. Du Casse rentra dans le port de Carthagène, puis, lorsqu’il sut les ennemis très-éloignés et dans l’impossibilité, par suite du vent, de revenir sur lui, il mit à la voile, se dirigeant vers Porto-Rico, mais les vents le forcèrent à atterrir au Port-de-Paix, où il fut le 26 août.

Le gouverneur de l’île, Charitte, annonce ces divers événements à l’intendant Mithon dans une lettre écrite le 7 septembre:

«Si vous n’avez pas appris, mon cher monsieur, la destination de laThétiset la route que M. du Casse a tenue depuis son départ, je vous en apprendrai des circonstances qui vous surprendront, et celles qui regardent laThétissont aussi tristes que les autres vous feront de plaisir.«LaThétisa été prise à une lieue au vent de la Havane par deux vaisseaux anglais,leZwidor, de soixante-douze canons, et leLoymouth, de cinquante-six, le 7 mai; elle a soutenu le combat depuis les neuf heures du soir jusqu’à minuit, et elle ne s’est rendue qu’après avoir eu soixante-dix hommes hors de combat. M. de Choiseul y fut blessé par un coup de mousquet tiré de la hune d’un des ennemis; la balle entra par l’omoplate et sortit au sternum, dont il mourut treize jours après à la Havane, où tous les officiers et l’équipage de laThétisfurent mis trois jours après le combat. Il y a eu des officiers blessés et un tué aussi bien que le sieur la Bussierre, qui était passager. On a trouvé cent mille livres en or dans le coffre de M. de Choiseul, outre son argent et quarante mille livres qu’il avait données, aussi en or, à Mlle Lefaucheux, en garde, avant le combat, qu’elle a sauvées. Les commandants anglais ont agi, dans cette occasion, avec toute la générosité possible. Ils ont voulu lui laisser, aussi bien qu’à M. Hennequin, leur vaisselle d’argent, mais ils n’ont pas voulu la prendre. Ils ont donné cent cinquante pistoles à Lefaucheux et un nègre. Elle a passé avec Mme de Grossard et une bonnepartie de l’équipage, le P. Saint-Géry et le P. Charton, dans leJasonà la Martinique; mais la dame de Grossard, étant accouchée vers la Vermude, est morte de ses couches, et son enfant cinq jours après. Elle a déclaré qu’il était à M. de Choiseul. Il lui avait donné cinq cents pistoles comptant par son testament et douze mille livres sur ses appointements en France. C’est le P. Charton qui est chargé de tout ce qu’on a trouvé après la mort de cette dame.«LeProphète Elie, laPaix de Nantes, l’Illustre, galère de La Rochelle, et laMédéeont été aussi pris deux jours après laThétiset tous les équipages mis à la Havane. M. Hennequin est resté à la Havane avec Nolivos, qui a été chargé des effets de M. de Choiseul qui se montent à quarante mille livres, que Lefaucheux a sauvés. Il a avec lui deux enfants de M. Binan.«Vous êtes en impatience de savoir ce que j’ai à vous dire de M. du Casse. Il est au Port-de-Paix depuis le 26 du passé, avec son escadre et avec l’argent des galions. Il partit le 16 du même mois de Boccachic avec l’Amiranteet six autres vaisseaux espagnols. A son départ, il lui ordonna de faire la route pour la Havane, séparément de lui, et de là en Espagne. Le lendemain, M. du Casse étant à quatre lieues au vent de Boccachic, il vit cinq gros vaisseaux anglais avec un bateau; il jugea à propos de relâcher. Il rentra dans le port, et le galion, qui avait couru la bordée trop au large, fut joint par les ennemis, et, au rapport de quatre vaisseaux marchands de la compagnie qui rentrèrent heureusement à Boccachic, on ne doit pas douter que l’Amiranten’ait été pris. M. du Casse prit son temps sur cette nouvelle pour mettre à la voile; il a fait sa route pour le cap Tiburon, et est venu le 6 au Port-de-Paix pour y faire de l’eau et des rafraîchissements. Il me dépêcha un exprès le 23, et je partis par mer la nuit du 30 au 31, pour l’engager de venir dans ce port. Mais comme il avait déjà tout ce qu’il fallait, je n’ai pu obtenir de lui ce que je désirais. Je le laissai vendredi au soir, et j’arrivai ici samedi à deux heures de l’après-midi. Je trouvai à mon arrivée un vaisseau de Saint-Malo,la Sainte-Avoye, commandé par le sieur Lavigne, qui était partidans son canot pour aller au Port-de-Paix porter à M. du Casse les paquets de la cour avec le cordon rouge pour M. du Casse. Dans le moment que j’arrivai, le canot revint du Port-de-Paix, et un officier du vaisseau malouin, qui était dans ce canot, me dit, de la part de M. du Casse, qu’il partirait ce matin. Cependant nos vigies ne l’ont point découvert. Je n’en suis pas surpris, parce qu’il n’aura pas eu assez de vent pour doubler la Tortue.»

«Si vous n’avez pas appris, mon cher monsieur, la destination de laThétiset la route que M. du Casse a tenue depuis son départ, je vous en apprendrai des circonstances qui vous surprendront, et celles qui regardent laThétissont aussi tristes que les autres vous feront de plaisir.

«LaThétisa été prise à une lieue au vent de la Havane par deux vaisseaux anglais,leZwidor, de soixante-douze canons, et leLoymouth, de cinquante-six, le 7 mai; elle a soutenu le combat depuis les neuf heures du soir jusqu’à minuit, et elle ne s’est rendue qu’après avoir eu soixante-dix hommes hors de combat. M. de Choiseul y fut blessé par un coup de mousquet tiré de la hune d’un des ennemis; la balle entra par l’omoplate et sortit au sternum, dont il mourut treize jours après à la Havane, où tous les officiers et l’équipage de laThétisfurent mis trois jours après le combat. Il y a eu des officiers blessés et un tué aussi bien que le sieur la Bussierre, qui était passager. On a trouvé cent mille livres en or dans le coffre de M. de Choiseul, outre son argent et quarante mille livres qu’il avait données, aussi en or, à Mlle Lefaucheux, en garde, avant le combat, qu’elle a sauvées. Les commandants anglais ont agi, dans cette occasion, avec toute la générosité possible. Ils ont voulu lui laisser, aussi bien qu’à M. Hennequin, leur vaisselle d’argent, mais ils n’ont pas voulu la prendre. Ils ont donné cent cinquante pistoles à Lefaucheux et un nègre. Elle a passé avec Mme de Grossard et une bonnepartie de l’équipage, le P. Saint-Géry et le P. Charton, dans leJasonà la Martinique; mais la dame de Grossard, étant accouchée vers la Vermude, est morte de ses couches, et son enfant cinq jours après. Elle a déclaré qu’il était à M. de Choiseul. Il lui avait donné cinq cents pistoles comptant par son testament et douze mille livres sur ses appointements en France. C’est le P. Charton qui est chargé de tout ce qu’on a trouvé après la mort de cette dame.

«LeProphète Elie, laPaix de Nantes, l’Illustre, galère de La Rochelle, et laMédéeont été aussi pris deux jours après laThétiset tous les équipages mis à la Havane. M. Hennequin est resté à la Havane avec Nolivos, qui a été chargé des effets de M. de Choiseul qui se montent à quarante mille livres, que Lefaucheux a sauvés. Il a avec lui deux enfants de M. Binan.

«Vous êtes en impatience de savoir ce que j’ai à vous dire de M. du Casse. Il est au Port-de-Paix depuis le 26 du passé, avec son escadre et avec l’argent des galions. Il partit le 16 du même mois de Boccachic avec l’Amiranteet six autres vaisseaux espagnols. A son départ, il lui ordonna de faire la route pour la Havane, séparément de lui, et de là en Espagne. Le lendemain, M. du Casse étant à quatre lieues au vent de Boccachic, il vit cinq gros vaisseaux anglais avec un bateau; il jugea à propos de relâcher. Il rentra dans le port, et le galion, qui avait couru la bordée trop au large, fut joint par les ennemis, et, au rapport de quatre vaisseaux marchands de la compagnie qui rentrèrent heureusement à Boccachic, on ne doit pas douter que l’Amiranten’ait été pris. M. du Casse prit son temps sur cette nouvelle pour mettre à la voile; il a fait sa route pour le cap Tiburon, et est venu le 6 au Port-de-Paix pour y faire de l’eau et des rafraîchissements. Il me dépêcha un exprès le 23, et je partis par mer la nuit du 30 au 31, pour l’engager de venir dans ce port. Mais comme il avait déjà tout ce qu’il fallait, je n’ai pu obtenir de lui ce que je désirais. Je le laissai vendredi au soir, et j’arrivai ici samedi à deux heures de l’après-midi. Je trouvai à mon arrivée un vaisseau de Saint-Malo,la Sainte-Avoye, commandé par le sieur Lavigne, qui était partidans son canot pour aller au Port-de-Paix porter à M. du Casse les paquets de la cour avec le cordon rouge pour M. du Casse. Dans le moment que j’arrivai, le canot revint du Port-de-Paix, et un officier du vaisseau malouin, qui était dans ce canot, me dit, de la part de M. du Casse, qu’il partirait ce matin. Cependant nos vigies ne l’ont point découvert. Je n’en suis pas surpris, parce qu’il n’aura pas eu assez de vent pour doubler la Tortue.»

Ainsi que l’on vient de le voir dans la lettre du chevalier de Charitte, du Casse reçut au Port-de-Paix une nouvelle marque de l’estime de son roi. La frégatela Sainte-Avoyelui apporta les provisions decommandeur de Saint-Louis[8]. Elles étaient signées du 2 juin et un brevet de quatre mille francs de pension y était joint.

Du Casse ne resta au Port-de-Paix que peu de jours; ne trouvant pas ce qui était nécessaire pour le ravitaillement complet de son escadre,il se rendit au Cap-Français. Le sieur de Berthomier donne avis de ce départ à Pontchartrain par une lettre datée du 18 septembre.

«Monseigneur, j’ai appris aujourd’huy des nouvelles particulières de l’escadre de M. du Casse.«J’ai l’honneur de donner avis à Votre Grandeur que M. du Casse estant parti le 6 août de Boccachic avec l’Amiranteet six autres vaisseaux marchands espagnols, il luy ordonna à son départ de faire sa route pour la Havane séparément de luy, et de là en Espagne, et le lendemain, M. du Casse estant quatre lieues au nord de Boccachic, il vit cinq gros vaisseaux anglais avec un bateau; il jugea à propos de relâcher, il rentra dans le port, et le galion qui avait couru sa bordée trop au large fut joint par les ennemis, et, au rapport de quatre vaisseaux marchands de sa compagnie qui rentrèrent heureusement à Boccachic, on ne doute pas que l’Amiranten’ait été pris. Et M. du Casse, Monseigneur, prit son temps sur cette nouvelle pour mettre à la voile, il a fait route pour le cap Tiburon et est venu, le 26 du mois d’août, au Port-de-Paix, pour y faire del’eau, du bois et des rafraîchissements, ce qui fut fait promptement; il n’a pu cependant être party du Port-de-Paix que le 9 ou le 10 de septembre. Il a reçu les paquets de la cour et le cordon rouge par le vaisseaula Sainte-Avoyede Saint-Malo.«Une frégate anglaise, Monseigneur, de six canons, et deux bateaux corsaires anglais, de dix canons chacun, ont fait depuis peu une descente sur une habitation située en la partie du nord de l’isle de Saint-Domingue, y ont pris l’habitant et douze de ses nègres, l’ont fort interrogé savoir où estait l’escadre de M. du Casse, après quoy ils l’ont remis à terre.»

«Monseigneur, j’ai appris aujourd’huy des nouvelles particulières de l’escadre de M. du Casse.

«J’ai l’honneur de donner avis à Votre Grandeur que M. du Casse estant parti le 6 août de Boccachic avec l’Amiranteet six autres vaisseaux marchands espagnols, il luy ordonna à son départ de faire sa route pour la Havane séparément de luy, et de là en Espagne, et le lendemain, M. du Casse estant quatre lieues au nord de Boccachic, il vit cinq gros vaisseaux anglais avec un bateau; il jugea à propos de relâcher, il rentra dans le port, et le galion qui avait couru sa bordée trop au large fut joint par les ennemis, et, au rapport de quatre vaisseaux marchands de sa compagnie qui rentrèrent heureusement à Boccachic, on ne doute pas que l’Amiranten’ait été pris. Et M. du Casse, Monseigneur, prit son temps sur cette nouvelle pour mettre à la voile, il a fait route pour le cap Tiburon et est venu, le 26 du mois d’août, au Port-de-Paix, pour y faire del’eau, du bois et des rafraîchissements, ce qui fut fait promptement; il n’a pu cependant être party du Port-de-Paix que le 9 ou le 10 de septembre. Il a reçu les paquets de la cour et le cordon rouge par le vaisseaula Sainte-Avoyede Saint-Malo.

«Une frégate anglaise, Monseigneur, de six canons, et deux bateaux corsaires anglais, de dix canons chacun, ont fait depuis peu une descente sur une habitation située en la partie du nord de l’isle de Saint-Domingue, y ont pris l’habitant et douze de ses nègres, l’ont fort interrogé savoir où estait l’escadre de M. du Casse, après quoy ils l’ont remis à terre.»

Du Casse arriva au Cap le 9 septembre, n’y demeura qu’un jour, en repartit le lendemain 10, faisant route pour l’Europe. Il avait trouvé tout ce dont il avait besoin, réuni dans cette ville par les soins du gouverneur Charitte, qui écrivait, le 23 octobre, à ce sujet, au ministre, la longue et intéressante lettre suivante:

«Monseigneur, quand M. du Casse est parti de devant ce port pour l’Europe le 10 du mois dernier, trois ou quatre bâtiments marchandsqui s’y trouvèrent prêts à sortir, profitèrent de son escorte jusqu’au débouquement, et quoique je ne doute point qu’il ne vous ait informé de sa mission à Carthagène et des circonstances de sa navigation depuis cet endroit-là jusques-ici, étant possible qu’il soit arrivé accident à ses lettres et que le vaisseau par lequel j’ai l’honneur de vous écrire arrive en France avant que vous ayez de ses nouvelles d’Espagne, où il m’a fait entendre qu’il devait aborder, je prendrai la liberté de vous marquer celles que je tiens de lui-même.«Après qu’il eut pris, à Carthagène, du galion l’argent du roi d’Espagne, la moitié à son bord et l’autre moitié dans les deux autres vaisseaux, un quart dans chacun, il lui donna ses ordres de faire route pour la Havane et de là en Europe, avec sept ou huit bâtiments marchands espagnols, que lui ferait la sienne comme il le jugerait à propos, en lui faisant entendre qu’il ne se chargerait point de les prendre sous son escorte. Ils sortirent tous ensemble le 3 août, et le 5, M. du Casse étant à quatre ou cinq lieues au vent de Boccachic avec ses deux autres, s’étant toujours élevé àpetites bordées, longeant la côte, il découvrit cinq gros vaisseaux avec une barque, pendant que l’Amiranteet les autres bâtiments marchands étaient sous le vent à lui et beaucoup au large; il prit le parti de rentrer à Carthagène avant que les ennemis pussent le joindre, mais la flotte espagnole ne pouvant les éviter, ils donnèrent sur elle, et il apprit par trois ou quatre des dits bâtiments espagnols qui rentrèrent dans Boccachic qu’ils avaient laissé l’Amiranteaux prises, et qu’ils ne doutaient point qu’il ne fût pris avec les autres de leurs camarades; et, sur cette nouvelle, M. du Casse, jugeant qu’ils étaient sous le vent avec l’os qu’il leur avait donné à ronger, profita de ce moment pour sauver la proie qu’ils cherchaient; il fit route pour tâcher de passer au vent de cette île, et dans le dessein d’aller faire son eau, son bois et des rafraîchissements à Porto-Rico. Mais les vents forcés ne lui ayant pas permis de la tenir, il fut obligé d’en passer à l’ouest, et, pour mieux le cacher aux ennemis, il préféra faire les sus de provisions au Port-de-Paix plutôt qu’à Léogane, où il les prit dans douze jours. Il me dépêcha unexprès, et aussitôt je fus pour l’y voir et pour savoir si je pouvais lui être de quelque utilité. J’y restai quatre jours et, m’ayant fait connaître que ses vaisseaux manquaient de légumes qu’on ne trouvait point, et que si je pouvais leur en faire avoir au Cap il y passerait et resterait devant le port sous voiles pour les prendre, j’y revins pour les faire tenir tout prêts. Il y arriva le 9 septembre au matin; il descendit à terre au Bourg, où il mangea la soupe, et le 10, après avoir pris ce qui pouvait lui manquer, il fit route pour débouquer par les Caïques. Je dois dire à Monseigneur qu’il m’avait fait entendre qu’il avait environ cinq millions de piastres et un demi en argent blanc pour le compte du roi d’Espagne, sans celui qui était pour celui des Espagnols passagers qu’on croyait se monter à plus de deux millions et demi de piastres. Il me dit aussi que dans l’Amiranteil n’y avait en tout que cent cinquante mille piastres.«Cinq jours après son départ, le 15 sur le soir, l’on vit huit gros vaisseaux à trois lieues, qu’on ne put découvrir plus tôt par un gros grain qu’il fit à la mer avec un vent d’esttel que s’il avait encore duré une heure et demie, il les aurait indubitablement jetés à la côte. Je fis tirer l’alarme. Toutes mes troupes furent sous les armes deux fois vingt-quatre heures par les inquiétudes que j’avais seulement pour les bâtiments marchands qui étaient dans le port, que je craignais que les vaisseaux ne vinssent brûler par le chagrin qu’ils pourraient avoir d’avoir manqué ceux de M. du Casse; car je n’en avais aucun par rapport à la terre, et quoiqu’ils ne parurent plus heureusement le lendemain, supposant qu’ils pouvaient avoir disparu pour nous mieux endormir et exécuter leur expédition, je ne renvoyai le monde que le surlendemain.»

«Monseigneur, quand M. du Casse est parti de devant ce port pour l’Europe le 10 du mois dernier, trois ou quatre bâtiments marchandsqui s’y trouvèrent prêts à sortir, profitèrent de son escorte jusqu’au débouquement, et quoique je ne doute point qu’il ne vous ait informé de sa mission à Carthagène et des circonstances de sa navigation depuis cet endroit-là jusques-ici, étant possible qu’il soit arrivé accident à ses lettres et que le vaisseau par lequel j’ai l’honneur de vous écrire arrive en France avant que vous ayez de ses nouvelles d’Espagne, où il m’a fait entendre qu’il devait aborder, je prendrai la liberté de vous marquer celles que je tiens de lui-même.

«Après qu’il eut pris, à Carthagène, du galion l’argent du roi d’Espagne, la moitié à son bord et l’autre moitié dans les deux autres vaisseaux, un quart dans chacun, il lui donna ses ordres de faire route pour la Havane et de là en Europe, avec sept ou huit bâtiments marchands espagnols, que lui ferait la sienne comme il le jugerait à propos, en lui faisant entendre qu’il ne se chargerait point de les prendre sous son escorte. Ils sortirent tous ensemble le 3 août, et le 5, M. du Casse étant à quatre ou cinq lieues au vent de Boccachic avec ses deux autres, s’étant toujours élevé àpetites bordées, longeant la côte, il découvrit cinq gros vaisseaux avec une barque, pendant que l’Amiranteet les autres bâtiments marchands étaient sous le vent à lui et beaucoup au large; il prit le parti de rentrer à Carthagène avant que les ennemis pussent le joindre, mais la flotte espagnole ne pouvant les éviter, ils donnèrent sur elle, et il apprit par trois ou quatre des dits bâtiments espagnols qui rentrèrent dans Boccachic qu’ils avaient laissé l’Amiranteaux prises, et qu’ils ne doutaient point qu’il ne fût pris avec les autres de leurs camarades; et, sur cette nouvelle, M. du Casse, jugeant qu’ils étaient sous le vent avec l’os qu’il leur avait donné à ronger, profita de ce moment pour sauver la proie qu’ils cherchaient; il fit route pour tâcher de passer au vent de cette île, et dans le dessein d’aller faire son eau, son bois et des rafraîchissements à Porto-Rico. Mais les vents forcés ne lui ayant pas permis de la tenir, il fut obligé d’en passer à l’ouest, et, pour mieux le cacher aux ennemis, il préféra faire les sus de provisions au Port-de-Paix plutôt qu’à Léogane, où il les prit dans douze jours. Il me dépêcha unexprès, et aussitôt je fus pour l’y voir et pour savoir si je pouvais lui être de quelque utilité. J’y restai quatre jours et, m’ayant fait connaître que ses vaisseaux manquaient de légumes qu’on ne trouvait point, et que si je pouvais leur en faire avoir au Cap il y passerait et resterait devant le port sous voiles pour les prendre, j’y revins pour les faire tenir tout prêts. Il y arriva le 9 septembre au matin; il descendit à terre au Bourg, où il mangea la soupe, et le 10, après avoir pris ce qui pouvait lui manquer, il fit route pour débouquer par les Caïques. Je dois dire à Monseigneur qu’il m’avait fait entendre qu’il avait environ cinq millions de piastres et un demi en argent blanc pour le compte du roi d’Espagne, sans celui qui était pour celui des Espagnols passagers qu’on croyait se monter à plus de deux millions et demi de piastres. Il me dit aussi que dans l’Amiranteil n’y avait en tout que cent cinquante mille piastres.

«Cinq jours après son départ, le 15 sur le soir, l’on vit huit gros vaisseaux à trois lieues, qu’on ne put découvrir plus tôt par un gros grain qu’il fit à la mer avec un vent d’esttel que s’il avait encore duré une heure et demie, il les aurait indubitablement jetés à la côte. Je fis tirer l’alarme. Toutes mes troupes furent sous les armes deux fois vingt-quatre heures par les inquiétudes que j’avais seulement pour les bâtiments marchands qui étaient dans le port, que je craignais que les vaisseaux ne vinssent brûler par le chagrin qu’ils pourraient avoir d’avoir manqué ceux de M. du Casse; car je n’en avais aucun par rapport à la terre, et quoiqu’ils ne parurent plus heureusement le lendemain, supposant qu’ils pouvaient avoir disparu pour nous mieux endormir et exécuter leur expédition, je ne renvoyai le monde que le surlendemain.»

Tandis que Charitte croyait du Casse hors de tout péril, celui-ci se trouvait en danger de périr, par suite d’une violente tempête; il était obligé de relâcher à la Martinique et mis dans l’impossibilité d’en repartir avant le commencement du mois de décembre. Le P. Combaud, supérieur général de la Martinique, l’écrivit au gouverneur de Saint-Domingue le 31 octobre, et celui-ci se hâta de prévenir Pontchartrain du retard apporté à la mission de l’amiral duCasse. Sa lettre est du 25 novembre et porte ce qui suit:

«Le R. P. Combaud, supérieur général de la Martinique, m’écrit du 31 octobre que M. du Casse y était arrivé le 30, avec un de ses vaisseaux, ayant été forcé d’y relâcher par les incommodités survenues à son vaisseau dans une tempête qu’il avait essuyée aux havres du grand banc, qui lui avait dérobé le troisième de son escadre. Je joins ici l’article de la lettre qui contient le fâcheux contre-temps; le capitaine du dit bateau, qui a parlé à M. du Casse, m’a rapporté qu’il lui avait dit qu’il m’écrirait, et que, lorsqu’il fut prendre congé de lui, il lui fit dire que j’aurais de ses lettres, et par un autre bâtiment qui devait partir de la Martinique pour cette côte. Il ajoute que le gouvernail de son vaisseau avait été emporté d’un coup de mer et que l’arrière du navire avait été fortement ébranlé.«A propos de ce que j’ai l’honneur d’écrire à Monseigneur, je dois prendre la liberté de lui dire que j’ai hésité de l’en informer. La crainte que ma lettre ne tombât entre le mains des ennemis a cédé à mon devoir et à l’empressementque j’ai de l’informer de l’accident arrivé à M. du Casse pour l’ôter de l’inquiétude où il pourrait être de son retardement. Si Sa Grandeur voulait m’envoyer un chiffre, je ne serais plus dans la suite en une pareille peine, lorsque j’aurais quelque chose de conséquent à lui apprendre. J’ai l’honneur de lui écrire par deux petits bâtiments qui vont à la Havane, l’un avec des farines et l’autre à vide pour y charger à fret; je l’adresse à M. Jonchée, et je lui recommande fortement de vous envoyer ma lettre par la première occasion, en recommandant aussi au capitaine qui s’en charge de la jeter à la mer en cas d’accident évident des ennemis. Je lui ajoute de lui dire de la porter sur lui, et qu’il y ait une feuille de plomb pour qu’elle coule à fond sans qu’il y apporte aucun autre soin pour cela que de la jeter hors du vaisseau, avant d’être joint par les ennemis et même d’entrer en combat.»

«Le R. P. Combaud, supérieur général de la Martinique, m’écrit du 31 octobre que M. du Casse y était arrivé le 30, avec un de ses vaisseaux, ayant été forcé d’y relâcher par les incommodités survenues à son vaisseau dans une tempête qu’il avait essuyée aux havres du grand banc, qui lui avait dérobé le troisième de son escadre. Je joins ici l’article de la lettre qui contient le fâcheux contre-temps; le capitaine du dit bateau, qui a parlé à M. du Casse, m’a rapporté qu’il lui avait dit qu’il m’écrirait, et que, lorsqu’il fut prendre congé de lui, il lui fit dire que j’aurais de ses lettres, et par un autre bâtiment qui devait partir de la Martinique pour cette côte. Il ajoute que le gouvernail de son vaisseau avait été emporté d’un coup de mer et que l’arrière du navire avait été fortement ébranlé.

«A propos de ce que j’ai l’honneur d’écrire à Monseigneur, je dois prendre la liberté de lui dire que j’ai hésité de l’en informer. La crainte que ma lettre ne tombât entre le mains des ennemis a cédé à mon devoir et à l’empressementque j’ai de l’informer de l’accident arrivé à M. du Casse pour l’ôter de l’inquiétude où il pourrait être de son retardement. Si Sa Grandeur voulait m’envoyer un chiffre, je ne serais plus dans la suite en une pareille peine, lorsque j’aurais quelque chose de conséquent à lui apprendre. J’ai l’honneur de lui écrire par deux petits bâtiments qui vont à la Havane, l’un avec des farines et l’autre à vide pour y charger à fret; je l’adresse à M. Jonchée, et je lui recommande fortement de vous envoyer ma lettre par la première occasion, en recommandant aussi au capitaine qui s’en charge de la jeter à la mer en cas d’accident évident des ennemis. Je lui ajoute de lui dire de la porter sur lui, et qu’il y ait une feuille de plomb pour qu’elle coule à fond sans qu’il y apporte aucun autre soin pour cela que de la jeter hors du vaisseau, avant d’être joint par les ennemis et même d’entrer en combat.»

A cette lettre du gouverneur de Saint-Domingue en était jointe une autre du P. Gombault, dont voici un extrait:

«M. du Casse met hier pied à terre au fort Saint-Pierre; ses vaisseaux allaient se mouillerau Fort-Royal. Il a essuyé une tempête vers les havres, qui lui en a dérobé un. Il ne sait ce qu’il est devenu; il ne s’est jamais trouvé dans un plus grand danger de périr en mer; il est fatigué et je crois même indisposé; il restera ici un mois pour raccommoder ses vaisseaux; on dit que le derrière duSaint-Michelest faible, c’est celui de M. du Casse.»

«M. du Casse met hier pied à terre au fort Saint-Pierre; ses vaisseaux allaient se mouillerau Fort-Royal. Il a essuyé une tempête vers les havres, qui lui en a dérobé un. Il ne sait ce qu’il est devenu; il ne s’est jamais trouvé dans un plus grand danger de périr en mer; il est fatigué et je crois même indisposé; il restera ici un mois pour raccommoder ses vaisseaux; on dit que le derrière duSaint-Michelest faible, c’est celui de M. du Casse.»

L’amiral parvint enfin à quitter les mers d’Amérique. Son voyage s’accomplit sans encombre, et au commencement d’avril il entra au port de la Corogne, ayant su, par sa prudence, déjouer les calculs de l’ennemi.

Il envoya sur-le-champ le comte de Durtal (depuis duc de la Rochefoucauld), cousin germain de son gendre, le marquis de Roye, auprès de Philippe V, pour annoncer au prince l’heureuse nouvelle de l’arrivée des trésors si impatiemment attendus; le comte de Durtal, dans l’accomplissement de sa mission, ne manqua pas de faire valoir les habiles dispositions de l’amiral du Casse, que le mariage de la marquise de Roye lui faisait considérer comme étant en quelque sorte de la famille de La Rochefoucauld. Le roi d’Espagne, aucomble de la joie, voulant donner à du Casse une marque éclatante de l’estime où il tenait ses services, le fit chevalier de la Toison-d’Or.

Le décret de nomination est du 24 avril 1712; le mois suivant, du Casse se rendit à Madrid et reçut, le 23 mai, l’investiture de sa nouvelle dignité des mains mêmes du roi d’Espagne.

L’arrivée de l’amiral du Casse fut accueillie avec des transports de joie dans les régions gouvernementales; jamais service plus signalé n’avait été rendu à la monarchie de Philippe V. Les richesses apportées par du Casse permettaient de continuer la guerre. Ainsi se trouvait assuré le sort de la maison de France sur le trône de la Péninsule. Désormais il n’y aurait plus à craindre de voir le Trésor public forcé de renoncer à faire honneur à ses engagements et manquer d’argent, ce nerf de la guerre. Du Casse venait de remplir, avec un bonheur et une adresse sans pareils, à travers mille périls, une mission dont personne n’avait osé se charger. Aussi était-il le héros du jour.

«Monseigneur, écrit le marquis de Bonnac à Torcy, le roi d’Espagne me fait donner avis de l’arrivée de M. du Casse dans le port deLa Corogne. Jamais nouvelle n’a été tant attendue ni reçue avec plus de joie.»

«Monseigneur, écrit le marquis de Bonnac à Torcy, le roi d’Espagne me fait donner avis de l’arrivée de M. du Casse dans le port deLa Corogne. Jamais nouvelle n’a été tant attendue ni reçue avec plus de joie.»

Le même jour, 29 février 1712, la princesse des Ursins, l’Egérie de Philippe V, fait part de l’heureux événement du jour au marquis de Torcy et lui fait pressentir l’influence que peut avoir l’arrivée de du Casse sur les destinées de l’Espagne:

«Je viens d’apprendre dans cet instant, Monsieur, l’arrivée de M. du Casse dans un port de Galicie avec ses vaisseaux; cet événement mortifiera nos ennemis, puisqu’il met Sa Majesté catholique en état de continuer la guerre, s’ils ne veulent pas faire une paix raisonnable.»

«Je viens d’apprendre dans cet instant, Monsieur, l’arrivée de M. du Casse dans un port de Galicie avec ses vaisseaux; cet événement mortifiera nos ennemis, puisqu’il met Sa Majesté catholique en état de continuer la guerre, s’ils ne veulent pas faire une paix raisonnable.»

La princesse des Ursins juge cet événement comme si important qu’elle ne peut s’empêcher de manifester sa satisfaction dans une lettre à la marquise de Maintenon, lettre tout entière à la douleur que font éprouver les deuils successifs qui viennent de frapper la maison royale en France.

«Quoiqu’il soit impossible de ressentir aucune joie dans ces tristes conjonctures, on ne peut cependant s’empêcher de regardercomme une excellente nouvelle celle de l’arrivée de M. du Casse à La Corogne.»

«Quoiqu’il soit impossible de ressentir aucune joie dans ces tristes conjonctures, on ne peut cependant s’empêcher de regardercomme une excellente nouvelle celle de l’arrivée de M. du Casse à La Corogne.»

De son côté le duc de Vendôme écrit à Torcy, le 1ermars:

«M. du Casse est enfin arrivé. Nous commencions à en être en peine. Bien des gens craignaient, voyant qu’il tardait tant, qu’il ne lui fût arrivé quelque accident. Mais enfin le voilà en Espagne, avec l’argent qu’il était allé chercher. Jamais secours n’est arrivé plus à propos, car nous ne laissions pas d’être en peine de trouver des fonds pour mettre les troupes en état d’entrer en campagne.»

«M. du Casse est enfin arrivé. Nous commencions à en être en peine. Bien des gens craignaient, voyant qu’il tardait tant, qu’il ne lui fût arrivé quelque accident. Mais enfin le voilà en Espagne, avec l’argent qu’il était allé chercher. Jamais secours n’est arrivé plus à propos, car nous ne laissions pas d’être en peine de trouver des fonds pour mettre les troupes en état d’entrer en campagne.»

Torcy répondit, le 11 mars, à Vendôme une lettre où on lit:

«Il est certain que M. du Casse ne pouvait aborder en Espagne plus à propos que dans cette conjoncture. Dieu veuille que les fonds qu’il apporte soient bien employés et que les dites dispositions soient telles que vous puissiez, Monseigneur, exécuter ce que vous croirez convenable au service du roi d’Espagne.»

«Il est certain que M. du Casse ne pouvait aborder en Espagne plus à propos que dans cette conjoncture. Dieu veuille que les fonds qu’il apporte soient bien employés et que les dites dispositions soient telles que vous puissiez, Monseigneur, exécuter ce que vous croirez convenable au service du roi d’Espagne.»

De son côté, le duc de Saint-Simon, dans ses Mémoires, consacre quelques lignes à l’arrivée des galions, et vient apporter sa notediscordante dans ce concert de louanges à l’adresse de du Casse.

«Une beaucoup meilleure aventure fut l’arrivée de du Casse à La Corogne, avec les galions très-richement chargés qu’il était allé chercher en Amérique. On les attendait depuis longtemps avec autant d’impatience que de crainte des flottes ennemies dans le retour. Ce fut une grande ressource pour l’Espagne, qui en avait un extrême besoin, un grand coup pour le commerce qui languissait et où le désordre était prêt de se mettre, et un extrême chagrin pour les Anglais et les Hollandais, qui les guettaient depuis si longtemps avec tant de dépenses et de fatigues. Le duc de La Rochefoucauld d’aujourd’hui, né quatrième cadet qui portait le nom de Durtal et qui était dans la marine, servait sur les vaisseaux de du Casse, qui l’envoya porter au roi cette grande nouvelle. Le roi d’Espagne en fut si aise qu’il fit du Casse chevalier de la Toison-d’Or, au prodigieux scandale universel. Quelque service qu’il eût rendu, ce n’était pas la récompense dont il dût être payé.Du Casse était connu pour le fils d’un petit charcutier, quivendait des jambons à Bayonne.Il était brave et bien fait. Il se mit sur les bâtiments de Bayonne, passa en Amérique ets’y fit flibustier, il y acquit des richesses et une réputation qui le mirent à la tête de ces aventuriers. On a vu, en son lieu, combien il servit utilement à l’expédition de Carthagène et les démêlés qu’il eut avec Pointis. Du Casse entra dans la marine du roi, où il ne se distingua pas moins. Il y devint lieutenant général et aurait été maréchal de France si son âge l’eût laissé vivre et servir; mais il était parti de si loin qu’il était vieux lorsqu’il arriva. C’était un des meilleurs citoyens et un des plus généreux hommes que j’aie connus, qui, sans bassesse, se méconnaissait le moins, et duquel tout le monde faisait cas, lorsque son état et ses services l’eurent mis à portée de la cour et du monde.»

«Une beaucoup meilleure aventure fut l’arrivée de du Casse à La Corogne, avec les galions très-richement chargés qu’il était allé chercher en Amérique. On les attendait depuis longtemps avec autant d’impatience que de crainte des flottes ennemies dans le retour. Ce fut une grande ressource pour l’Espagne, qui en avait un extrême besoin, un grand coup pour le commerce qui languissait et où le désordre était prêt de se mettre, et un extrême chagrin pour les Anglais et les Hollandais, qui les guettaient depuis si longtemps avec tant de dépenses et de fatigues. Le duc de La Rochefoucauld d’aujourd’hui, né quatrième cadet qui portait le nom de Durtal et qui était dans la marine, servait sur les vaisseaux de du Casse, qui l’envoya porter au roi cette grande nouvelle. Le roi d’Espagne en fut si aise qu’il fit du Casse chevalier de la Toison-d’Or, au prodigieux scandale universel. Quelque service qu’il eût rendu, ce n’était pas la récompense dont il dût être payé.Du Casse était connu pour le fils d’un petit charcutier, quivendait des jambons à Bayonne.Il était brave et bien fait. Il se mit sur les bâtiments de Bayonne, passa en Amérique ets’y fit flibustier, il y acquit des richesses et une réputation qui le mirent à la tête de ces aventuriers. On a vu, en son lieu, combien il servit utilement à l’expédition de Carthagène et les démêlés qu’il eut avec Pointis. Du Casse entra dans la marine du roi, où il ne se distingua pas moins. Il y devint lieutenant général et aurait été maréchal de France si son âge l’eût laissé vivre et servir; mais il était parti de si loin qu’il était vieux lorsqu’il arriva. C’était un des meilleurs citoyens et un des plus généreux hommes que j’aie connus, qui, sans bassesse, se méconnaissait le moins, et duquel tout le monde faisait cas, lorsque son état et ses services l’eurent mis à portée de la cour et du monde.»

Nous avons à dessein souligné dans cette citation deux passages relatifs, l’un à la prétendueflibustede du Casse, l’autre à lacharcuteriede son père.

Nous avons déjà dit plus haut, à l’occasion du mariage de Marthe du Casse avec le marquisde Roye La Rochefoucauld, ce qu’il fallait penser de ces deux assertions aussi erronées l’une que l’autre. Le lecteur ne sera pas étonné de les trouver répétées ici. Toujours même système de dénigrement et d’altération de la vérité. Mais qu’importe la vérité au haineux personnage qui attaque dans ses Mémoires posthumes tous ceux dont la naissance, le mérite, les talents, les services ont pu exciter sa jalousie! Saint-Simon ne pardonne pas davantage aux Crussol, aux La Trémoïlle, aux La Rochefoucauld, d’avoir un titre ducal antérieur au sien, qu’il ne pardonne à l’amiral du Casse d’avoir été chevalier de la Toison-d’Or avant lui, gentilhomme inutile à son Roi et à sa patrie, tandis que du Casse sauve la monarchie espagnole en apportant les moyens de continuer la lutte.

Une femme d’esprit, la duchesse de Clermont-Tonnerre, dont le mari avait été ministre de la guerre sous la Restauration, a dit, lors de l’apparition des Mémoires du maréchal Marmont, quele duc de Raguse s’était embusqué derrière sa tombe pour tirer sur des gens qui ne pouvaient lui répondre. Le motest joli et très-vrai pour le triste héros de la capitulation d’Essonne. Combien il le serait aussi pour Saint-Simon! et on doit dire, à l’honneur des générations contemporaines, que la plus grande partie des personnages, ainsi attaqués injustement, ont trouvé, parmi leurs descendants, de généreux et ardents défenseurs qui, prenant en main la cause de leurs aïeux, ont su faire reconnaître la faillibilité des jugements de Saint-Simon.

Nous ajouterons aussi que des gens d’aussi bonne maison au moins que Saint-Simon, tels que la princesse des Ursins, trouvaient fort légitime la flatteuse distinction dont du Casse avait été l’objet.

Ainsi, le 17 avril 1712, la princesse des Ursins écrit:


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