«M. du Casse est arrivé et a été bien reçu. Le roi d’Espagne l’a honoré de la Toison d’Or et l’a fort gracieusé sur les services qu’il a rendus en plusieurs occasions. Il m’a paru un peu abattu de ses fatigues, et je crois qu’il aurait de la peine à les soutenir, s’il s’exposait à de nouveaux voyages.»
«M. du Casse est arrivé et a été bien reçu. Le roi d’Espagne l’a honoré de la Toison d’Or et l’a fort gracieusé sur les services qu’il a rendus en plusieurs occasions. Il m’a paru un peu abattu de ses fatigues, et je crois qu’il aurait de la peine à les soutenir, s’il s’exposait à de nouveaux voyages.»
Le ministre des affaires étrangères deLouis XIV répond sur le même ton à la princesse:
«M. du Casse a bien mérité la grâce distinguée qu’il a reçue, et je n’ai vu personne plus constamment attaché à la personne et aux intérêts de Sa Majesté catholique. Il l’a servie avec le même zèle en Espagne, aux Indes, ici où peut-être il n’a pas eu moins d’opposition et de difficultés à combattre et à surmonter qu’il en a trouvées dans ses voyages les plus pénibles. C’est une bonne acquisition à faire qu’un homme de son caractère, dont la probité égale l’expérience et la capacité.»
«M. du Casse a bien mérité la grâce distinguée qu’il a reçue, et je n’ai vu personne plus constamment attaché à la personne et aux intérêts de Sa Majesté catholique. Il l’a servie avec le même zèle en Espagne, aux Indes, ici où peut-être il n’a pas eu moins d’opposition et de difficultés à combattre et à surmonter qu’il en a trouvées dans ses voyages les plus pénibles. C’est une bonne acquisition à faire qu’un homme de son caractère, dont la probité égale l’expérience et la capacité.»
Du Casse trouva, en revenant de son expédition, toute l’Espagne soumise à la domination de Philippe V, à l’exception des deux villes de Gibraltar et de Barcelone. Reprendre Gibraltar, il n’y fallait pas songer. La position de cette ville la mettait à l’abri d’un siége régulier: tenter un coup de main eût été imprudent! Du reste, le succès couronnât-il une telle entreprise, l’attaque seule de cette place avait pour conséquence la reprise des hostilités avec l’Angleterre et la rupture de la paix générale, si nécessaire à toute l’Europe.Une tentative contre Barcelone n’avait pas les mêmes inconvénients: le siége de cette ville fut donc résolu. Le commandement en chef de l’armée navale fut donné à l’amiral du Casse, celui des forces de terre au maréchal de Berwick. Aussitôt le siége décidé, ce fut un échange constant de lettres entre Pontchartrain et du Casse. Le ministre ne prenait pas une décision importante sans avoir d’abord consulté l’amiral. Malheureusement presque toutes les lettres du commandant en chef de l’armée navale sont perdues ou ont été égarées; celles de Pontchartrain seules sont parvenues jusqu’à nous. Chaque jour des courriers se croisaient entre Versailles, où résidait le ministre de la marine, et Paris, où se trouvait du Casse. Malgré tout le soin que prenait celui-ci de faire connaître les objets nécessaires au siége, malgré toute la diligence qu’apportait Pontchartrain à donner les ordres les plus minutieux et les plus précis, la présence de du Casse à Toulon, où se faisait l’armement, parut indispensable. Personne, en de telles circonstances, ne remplace un général en chef. L’intendant du port, M. de Vauvré, avaitbeaucoup de zèle et de bonne volonté. Il était homme de valeur; mais néanmoins, lorsqu’un obstacle imprévu se présentait, il n’osait prendre sur lui de lever la difficulté. Il en référait au ministre; celui-ci soumettait le cas à du Casse; ce dernier répondait à Pontchartrain pour lui indiquer ce qui lui paraissait devoir être fait. La réponse était alors transmise à l’intendant, qui prenait les mesures nécessaires pour assurer l’exécution des ordres reçus; il en résultait une perte de temps considérable et des retards énormes.
Un tel état de choses était préjudiciable au service. Aussi, dès le 17 janvier 1714, le ministre fit-il savoir à du Casse que le Roi le verrait avec plaisir se rendre à Toulon.
«Monsieur, écrit Pontchartrain, je vous envoie, par ordre du Roy, une copie de la dernière lettre que j’ai reçue de M. de Vauvré, du 7 de ce mois.«Elle vous fera connaître que vous ne devez compter ni sur les deux galiotes à bombes qui sont à Toulon hors de service, ni sur aucun bâtiment particulier de Provence, pour pouvoir le rendre propre à ce service.«Sa Majesté m’a commandé de vous écrire que, si votre santé vous le permet, il est à propos que vous vous rendiez à Toulon en diligence, d’autant plus que l’on assure que les vaisseaux de votre commandement pourront être en état d’appareiller à la fin du mois. Sa Majesté, d’ailleurs, estime votre présence nécessaire dans le port, afin que vous y disposiez toutes choses pour les opérations de votre campagne et la distribution des officiers et troupes de la marine dont le roi d’Espagne a désiré fortifier les équipages des vaisseaux armés à Cadix et à Gênes, ainsi que les vivres qui leur seront nécessaires, et je suis persuadé que vous serez bien aise d’y être particulièrement par vous-même, pour procurer bien des choses essentielles qui manqueront au marquis de Marry et aux autres qui doivent servir sous vos ordres; je vous prie de me faire savoirle jour à peu prèsque vous vous proposez de partir de Paris, afin que j’en informe Sa Majesté.»
«Monsieur, écrit Pontchartrain, je vous envoie, par ordre du Roy, une copie de la dernière lettre que j’ai reçue de M. de Vauvré, du 7 de ce mois.
«Elle vous fera connaître que vous ne devez compter ni sur les deux galiotes à bombes qui sont à Toulon hors de service, ni sur aucun bâtiment particulier de Provence, pour pouvoir le rendre propre à ce service.
«Sa Majesté m’a commandé de vous écrire que, si votre santé vous le permet, il est à propos que vous vous rendiez à Toulon en diligence, d’autant plus que l’on assure que les vaisseaux de votre commandement pourront être en état d’appareiller à la fin du mois. Sa Majesté, d’ailleurs, estime votre présence nécessaire dans le port, afin que vous y disposiez toutes choses pour les opérations de votre campagne et la distribution des officiers et troupes de la marine dont le roi d’Espagne a désiré fortifier les équipages des vaisseaux armés à Cadix et à Gênes, ainsi que les vivres qui leur seront nécessaires, et je suis persuadé que vous serez bien aise d’y être particulièrement par vous-même, pour procurer bien des choses essentielles qui manqueront au marquis de Marry et aux autres qui doivent servir sous vos ordres; je vous prie de me faire savoirle jour à peu prèsque vous vous proposez de partir de Paris, afin que j’en informe Sa Majesté.»
La santé encore chancelante du commandant en chef de l’armée navale ne lui permit pas de quitter Paris aussitôt qu’il l’aurait désiré. En outre, il avait une double mission à remplir.Lieutenant général de France, il était aussi capitaine général d’Espagne et chevalier de la Toison-d’Or. A ce double titre il avait été chargé par le roi Philippe V de veiller à la défense de ses intérêts relatifs au siége de la dernière ville insoumise de la monarchie, siége dont tous les frais devraient être faits par le petit-fils de Louis XIV; du Casse tenait à justifier la confiance que Philippe V avait en lui. Le 29 janvier, il écrivait à Pontchartrain pour lui soumettre quelques observations relatives au service du roi d’Espagne, et deux jours plus tard, surmontant les souffrances qu’il éprouvait, du Casse se mit en route, malgré les prières de sa femme et de sa fille la marquise de La Rochefoucauld, qui le suppliaient de rester. «Il ne s’agit pas de vivre, leur dit-il, mais de partir!» Réponse dans le genre de celle que, sous le règne suivant, le maréchal de Saxe malade fit à ceux qui lui parlaient de se soigner, la veille de Fontenoy: «Il ne s’agit pas de vivre, mais de vaincre.»
Le ministre lui-même lui recommanda de se ménager pendant le voyage et de se reposer, s’il le fallait, plutôt que de risquer d’aggraver samaladie; le 7 février, Pontchartrain écrivit à l’intendant pour lui apprendre la prochaine arrivée de l’amiral:
«M. du Casse est parti pour se rendre incessamment à Toulon, et son voyage sera avancé autant que sa santé aura pu le lui permettre; Sa Majesté sera bien aise qu’à son arrivée il trouve les vaisseaux l’Entreprenantet leFurieuxprêts à s’y embarquer et à partir pour exécuter les ordres du roi d’Espagne; elle attend avec impatience la nouvelle que M. le marquis Marry sera venu dans la rade avec les trois qu’il commande, et il aura pris le parti d’attendre M. du Casse pour se joindre à lui, ou, s’il l’a estimé plus à propos, d’aller au-devant du convoi parti de Cadix qui s’était arrêté à Alicante.»
«M. du Casse est parti pour se rendre incessamment à Toulon, et son voyage sera avancé autant que sa santé aura pu le lui permettre; Sa Majesté sera bien aise qu’à son arrivée il trouve les vaisseaux l’Entreprenantet leFurieuxprêts à s’y embarquer et à partir pour exécuter les ordres du roi d’Espagne; elle attend avec impatience la nouvelle que M. le marquis Marry sera venu dans la rade avec les trois qu’il commande, et il aura pris le parti d’attendre M. du Casse pour se joindre à lui, ou, s’il l’a estimé plus à propos, d’aller au-devant du convoi parti de Cadix qui s’était arrêté à Alicante.»
Dans la prévision que, malgré sa fermeté, du Casse fût hors d’état de s’embarquer, Pontchartrain écrivit au commandeur de Bellefontaine, lieutenant général des armées navales, alors à Toulon, que, s’il arrivait malheur au commandant en chef désigné, il prît le commandement supérieur à sa place. Bellefontaine, qui ne s’attendait nullement à cette nouvelle, surtoutaprès les lettres que l’intendant du port recevait de du Casse, dans lesquelles celui-ci déclarait que la mort seule pourrait l’empêcher de reprendre la mer, répondit le 11 février au ministre:
«S’il arrivait par malheur que M. du Casse ne pût s’embarquer, ne se déclarant qu’à l’extrémité, il me faudrait dix jours pour me préparer, n’ayant pu prendre aucune précaution avec une personne qui mande qu’il part incessamment et que, en quelque état qu’il soit, il viendra sûrement.»
«S’il arrivait par malheur que M. du Casse ne pût s’embarquer, ne se déclarant qu’à l’extrémité, il me faudrait dix jours pour me préparer, n’ayant pu prendre aucune précaution avec une personne qui mande qu’il part incessamment et que, en quelque état qu’il soit, il viendra sûrement.»
Au même moment où cet officier général expédiait cette lettre, le roi en écrivait à du Casse une fort longue et très-flatteuse, lettre destinée à lui servir d’instruction; on la trouvera un peu plus loin. Le 4 février 1714, Pontchartrain envoyait cette lettre royale, dans un paquet pour l’amiral, à Vauvré, auquel il écrivait:
«M. du Casse doit être arrivé à Toulon lorsque vous recevrez cette lettre; cependant, comme l’état de sa santé l’aura peut-être obligé de se ménager dans le voyage et qu’il pourrait y avoir employé plus de jours que jen’ai compté, je vous adresse le paquet que je lui envoie, dans lequel sont les ordres du Roi pour son départ; vous aurez soin de le lui remettre, s’il est à Toulon, ou de le garder jusqu’à ce qu’il s’y soit rendu. Sa Majesté est persuadée qu’il trouvera les deux vaisseaux prêts à embarquer.»
«M. du Casse doit être arrivé à Toulon lorsque vous recevrez cette lettre; cependant, comme l’état de sa santé l’aura peut-être obligé de se ménager dans le voyage et qu’il pourrait y avoir employé plus de jours que jen’ai compté, je vous adresse le paquet que je lui envoie, dans lequel sont les ordres du Roi pour son départ; vous aurez soin de le lui remettre, s’il est à Toulon, ou de le garder jusqu’à ce qu’il s’y soit rendu. Sa Majesté est persuadée qu’il trouvera les deux vaisseaux prêts à embarquer.»
Bientôt le ministre reçut un courrier de l’intendant du port de Toulon, qui lui apportait des nouvelles graves et fâcheuses. Du Casse, parti de Paris contrairement à l’opinion des médecins, avait effectué la plus grande partie de son voyage sans encombre; mais, arrivé à Moulins, ses forces avaient trahi son courage. Contraint de s’arrêter, il avait dû se rendre à quelques lieues de cette ville, à Bourbon-l’Archambault, pour y prendre les eaux thermales, grâce à l’efficacité desquelles il espérait pouvoir continuer sa route sur Toulon au bout de quelques jours. Il s’était hâté d’informer Vauvré de cette circonstance. Celui-ci s’empressa d’écrire ce qu’il en était au ministre, qui reçut cette nouvelle le 14 février, le jour même de l’envoi de la lettre de Louis XIV à du Casse.
Justement effrayé de ce nouveau contre-temps,Pontchartrain se rendit chez le Roi, demandant à Sa Majesté ce qu’il fallait faire. Ce prince dit simplement au ministre qu’il avait une trop grande confiance en du Casse, qu’il connaissait trop son zèle et son amour du service de l’État, pour ne pas être sûr qu’il avait dû céder à une impérieuse nécessité, et ce fut en quelque sorte sous la dictée du Roi que Pontchartrain répondit à Vauvré la lettre suivante:
«Je n’ai pas été peu surpris, lorsque je croyais M. du Casse près d’arriver à Toulon, d’apprendre qu’il s’était arrêté à Bourbon pour prendre les eaux; comme je n’ai pu me dispenser d’en informer le Roi, Sa Majesté veut bien ne pas relever la faute qu’il a faite de ne pas lui en avoir demandé la permission; elle connaît trop son zèle pour ne pas être persuadée qu’il n’a cherché ce secours à sa santé que pour le mieux mettre en état d’exécuter ses ordres; mais comme elle sait la nécessité pressante de faire partir les deux vaisseaux armés à Toulon, afin qu’ils puissent se rendre incessamment sur les côtes de Catalogne pour faciliter le passage des convois de vivres pour l’armée du roi d’Espagne qui souffre de la disette, elle m’aordonné de vous dépêcher un courrier, pour vous porter les paquets ci-joints. Dans celui adressé à M. du Casse sont les instructions sur le service dont il est chargé et ma dépêche qui l’accompagne. Dans celui adressé à M. le Bailly de Bellefontaine est un ordre de S. M. pour commander les vaisseaux au défaut de M. du Casse, et ma lettre qui y est jointe qui lui marque que son intention est qu’il s’embarque sur-le-champ, et que vous lui remettiez en même temps le paquet de l’instruction de M. du Casse, pour qu’il la suive de la même manière que si elle avait été faite pour lui. J’écris aussi à M. du Casse pour l’informer de cette disposition. S’il est encore à Bourbon, au passage de mon courrier à Moulins, ma lettre lui sera envoyée par un exprès; s’il en est parti, ce courrier le trouvera apparemment sur la route et saura quand il arrivera à Toulon. S’il y devait arriver un ou deux jours après la réception de cette lettre, et que vous en fussiez informé par lui ou de quelque manière, vous garderez les paquets sans en parler à M. de Bellefontaine, et à l’arrivée de M. du Casse vous lui donnerez celui qui est pour lui, et vous me renverrez l’autre.Mais si, après ce terme de deux jours, il n’était pas venu, vous les remettriez à M. de Bellefontaine, qui pourra se servir des provisions faites pour M. du Casse dont il lui tiendra compte. Vous aurez soin cependant de faire en sorte que les vaisseaux soient tous prêts; je vous observerai que, s’ils ne l’étaient pas, S. M. vous en imputerait le contre-temps et ne manquerait pas de penser que, informé du retardement de M. du Casse par lui-même, pendant qu’elle l’ignorait, vous vous êtes plutôt conformé à ce qu’il vous a mandé qu’aux ordres positifs qu’elle vous a donnés d’avancer ces armements avec toute la diligence possible. J’attends que vous m’informiez par le retour de mon courrier de tout ce que vous aurez fait.»
«Je n’ai pas été peu surpris, lorsque je croyais M. du Casse près d’arriver à Toulon, d’apprendre qu’il s’était arrêté à Bourbon pour prendre les eaux; comme je n’ai pu me dispenser d’en informer le Roi, Sa Majesté veut bien ne pas relever la faute qu’il a faite de ne pas lui en avoir demandé la permission; elle connaît trop son zèle pour ne pas être persuadée qu’il n’a cherché ce secours à sa santé que pour le mieux mettre en état d’exécuter ses ordres; mais comme elle sait la nécessité pressante de faire partir les deux vaisseaux armés à Toulon, afin qu’ils puissent se rendre incessamment sur les côtes de Catalogne pour faciliter le passage des convois de vivres pour l’armée du roi d’Espagne qui souffre de la disette, elle m’aordonné de vous dépêcher un courrier, pour vous porter les paquets ci-joints. Dans celui adressé à M. du Casse sont les instructions sur le service dont il est chargé et ma dépêche qui l’accompagne. Dans celui adressé à M. le Bailly de Bellefontaine est un ordre de S. M. pour commander les vaisseaux au défaut de M. du Casse, et ma lettre qui y est jointe qui lui marque que son intention est qu’il s’embarque sur-le-champ, et que vous lui remettiez en même temps le paquet de l’instruction de M. du Casse, pour qu’il la suive de la même manière que si elle avait été faite pour lui. J’écris aussi à M. du Casse pour l’informer de cette disposition. S’il est encore à Bourbon, au passage de mon courrier à Moulins, ma lettre lui sera envoyée par un exprès; s’il en est parti, ce courrier le trouvera apparemment sur la route et saura quand il arrivera à Toulon. S’il y devait arriver un ou deux jours après la réception de cette lettre, et que vous en fussiez informé par lui ou de quelque manière, vous garderez les paquets sans en parler à M. de Bellefontaine, et à l’arrivée de M. du Casse vous lui donnerez celui qui est pour lui, et vous me renverrez l’autre.Mais si, après ce terme de deux jours, il n’était pas venu, vous les remettriez à M. de Bellefontaine, qui pourra se servir des provisions faites pour M. du Casse dont il lui tiendra compte. Vous aurez soin cependant de faire en sorte que les vaisseaux soient tous prêts; je vous observerai que, s’ils ne l’étaient pas, S. M. vous en imputerait le contre-temps et ne manquerait pas de penser que, informé du retardement de M. du Casse par lui-même, pendant qu’elle l’ignorait, vous vous êtes plutôt conformé à ce qu’il vous a mandé qu’aux ordres positifs qu’elle vous a donnés d’avancer ces armements avec toute la diligence possible. J’attends que vous m’informiez par le retour de mon courrier de tout ce que vous aurez fait.»
En sortant de son entrevue avec le roi, Pontchartrain écrivit à Mme du Casse, non, comme on pourrait le penser, pour lui parler de la santé de son mari et lui donner de ses nouvelles, mais pour lui parler d’une affaire de service, le transport des bombes en Espagne. Chose bien plus singulière! cette lettre du ministre était en réponse à une de Mme du Casse sur le même objet.
Combien cela est loin de nos mœurs actuelles! Quel sujet d’étonnement ce serait pour nous aujourd’hui si une maréchale ou une amirale écrivait au ministre de la guerre, ou à celui de la marine, sur les affaires de service! Peut-être quelqu’une se mêle-t-elle de donner des avis à son mari, mais nulle ne s’aviserait de prendre une part ostensible à des questions militaires.
Enfin, le 22 février, du Casse arriva à Toulon. Vauvré l’annonça le surlendemain au ministre dans les termes suivants:
«Je reçus, Monseigneur, avant-hier à midi par votre courrier, l’honneur de vos ordres du 14 de ce mois,«Vos dépêches pour MM. du Casse et de Bellefontaine,«Et un ordre de fonds pour quatre mois d’appointements et nourriture à huit lieutenants et à huit enseignes de marine destinés à servir sur les vaisseaux du roi d’Espagne.«M. du Casse arriva, Monseigneur, avant-hier sur les neuf heures du soir, un peu fatigué, ayant beaucoup pris sur lui dans la route pour se rendre en diligence; il soupa avec appétit, et, ayant bien reposé la nuit, je lui remis votrepaquet hier au matin, et, après avoir lu votre lettre, je l’informai de l’état de ses vaisseaux, des ordres que j’ai reçus et de ce que j’ai fait en conséquence, et il donna les siens pour tout ce qui était à régler de sa part. Les eaux et les bains lui ont fait beaucoup de bien.«Il a trouvé, Monseigneur, les deux vaisseaux en rade, les officiers mariniers et les soldats payés, les poudres, les vivres et les rechanges embarqués, et les ouvrages finis; ainsi ma mission est remplie comme vous l’aurez pu désirer; il ne reste qu’à rassembler les matelots libertins pour ce qui regarde l’armement de ces vaisseaux.«A l’égard des préparatifs pour le siége de Barcelone, M. Cateline espère avoir achevé aujourd’hui la levée de quatre-vingt-seize canonniers et le remplacement des bombardiers embarqués avant de les payer de leurs avances, et je fais embarquer pour dix jours de vivres sur les deux vaisseaux pour leur passage, sur lesquels ils seront distribués également, aussi bien que les officiers d’artillerie, etc...»
«Je reçus, Monseigneur, avant-hier à midi par votre courrier, l’honneur de vos ordres du 14 de ce mois,
«Vos dépêches pour MM. du Casse et de Bellefontaine,
«Et un ordre de fonds pour quatre mois d’appointements et nourriture à huit lieutenants et à huit enseignes de marine destinés à servir sur les vaisseaux du roi d’Espagne.
«M. du Casse arriva, Monseigneur, avant-hier sur les neuf heures du soir, un peu fatigué, ayant beaucoup pris sur lui dans la route pour se rendre en diligence; il soupa avec appétit, et, ayant bien reposé la nuit, je lui remis votrepaquet hier au matin, et, après avoir lu votre lettre, je l’informai de l’état de ses vaisseaux, des ordres que j’ai reçus et de ce que j’ai fait en conséquence, et il donna les siens pour tout ce qui était à régler de sa part. Les eaux et les bains lui ont fait beaucoup de bien.
«Il a trouvé, Monseigneur, les deux vaisseaux en rade, les officiers mariniers et les soldats payés, les poudres, les vivres et les rechanges embarqués, et les ouvrages finis; ainsi ma mission est remplie comme vous l’aurez pu désirer; il ne reste qu’à rassembler les matelots libertins pour ce qui regarde l’armement de ces vaisseaux.
«A l’égard des préparatifs pour le siége de Barcelone, M. Cateline espère avoir achevé aujourd’hui la levée de quatre-vingt-seize canonniers et le remplacement des bombardiers embarqués avant de les payer de leurs avances, et je fais embarquer pour dix jours de vivres sur les deux vaisseaux pour leur passage, sur lesquels ils seront distribués également, aussi bien que les officiers d’artillerie, etc...»
Dans cette lettre M. de Vauvré répond au courrier du 14 février, qui contenait, ainsi quenous l’avons dit plus haut, les instructions pour du Casse. Voici ces instructions et la lettre du Roi à l’amiral du Casse:
«Monsieur du Casse, le roi d’Espagne, mon petit-fils, m’ayant demandé deux de mes vaisseaux pour fortifier ceux qu’il a fait armer à Cadix et à Gênes pour réduire à son obéissance ses sujets rebelles de Catalogne et des îles qui en dépendent, je vous ai choisi pour les commander, par la connaissance que j’ai de votre expérience et de votre zèle pour mon service. J’ai ordonné pour cet effet à Toulon l’armement des vaisseaux l’Entreprenantet leFurieux. Comme je ne doute point que mes ordres n’aient été promptement exécutés, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que, aussitôt que les vents le permettront, vous mettiez à la voile pour poursuivre votre destination et remplir les ordres du roi d’Espagne, mon petit-fils. Il a désiré que vous commandiez généralement toutes les forces maritimes qui seront employées à bloquer Barcelone par mer, ou autres opérations utiles au bien de son service, et qu’en cas de votre absence ou maladie, elles soient sous le commandementdu sieur d’Aligre, chef d’escadre de mes armées navales, à qui j’ai accordé mon vaisseau leFurieux, il recevra les ordres nécessaires pour se faire reconnaître en cette qualité, lorsqu’il en sera besoin, et les officiers espagnols et français auront celui de lui obéir partout où vous ne serez pas.«Je ne vous prescris rien sur votre navigation ni sur les services que vous pourrez rendre dans la campagne que vous allez faire, comptant sur votre expérience, et que vous n’omettrez aucune des commissions dont vous serez chargé par le roi mon petit-fils; mais mon intention est que les deux vaisseaux de guerre dont je vous confie le commandement, ainsi que les frégates l’Hermioneet laVierge de Grâce, les trois barques et tous les autres bâtiments qui seront armés avec des équipages français, portent mon pavillon. J’estime qu’il suffira que celui sur lequel vous serez embarqué porte la cornette au grand mât pour marque de commandement.«Et comme, en cas de rencontre à la mer entre les vaisseaux turcs ou barbaresques et les espagnols et génois portant pavillon d’Espagnequi seront sous votre commandement, vous pourriez être embarrassé du parti que vous devriez prendre pour ne rien faire qui puisse m’être désagréable, je suis bien aise de vous dire que le roi catholique en ce cas est demeuré d’accord que vous empêcherez tout acte d’hostilité de part et d’autre, et que vous déclarerez même aux commandants qui sont à sa solde et sous son pavillon, ainsi qu’aux infidèles, afin de les mieux contenir, qu’il vous est ordonné de prendre parti sans ménagement contre les agresseurs, et mon intention est que vous l’exécutiez avec tous les bâtiments français qui sont sous vos ordres. Je donne à Toulon celui de détacher, à la prière du roi d’Espagne, trois cent soixante-quinze hommes de mes troupes de la marine pour être embarqués avec les officiers majors des compagnies, savoir: deux cents sur les trois navires du marquis de Marry et le reste sur les quatre plus forts de ceux armés à Cadix; comme il est nécessaire que, dans chacun des autres de cette dernière escadre, il y ait au moins un officier français qui observe et explique vos signaux au capitaine espagnol, vous choisirez parmi les présents dans le port ceuxque vous estimerez plus capables de cette fonction, et vous observerez que ces officiers et soldats ne doivent servir sur ces vaisseaux espagnols et génois que pendant qu’ils seront sous votre commandement et point par terre. J’ai donné ordre encore, sur les instances du roi mon petit-fils, que les officiers entretenus dans l’artillerie de marine avec les bombardiers et canonniers de mer qu’il m’a demandés, soient prêts à s’embarquer sur les vaisseaux de l’escadre dont vous avez le commandement; je désire que vous les y fassiez recevoir et nourrir pendant le passage, et qu’ils se débarquent dans l’endroit de la côte de Catalogne que vous jugerez le plus sûr et commode, avec le reste des munitions et ustensiles que j’ai fait fournir et qui n’auront pu être embarqués dans les vaisseaux du marquis de Marry ou autres bâtiments de charge à sa suite.«Mon intention est, au surplus, que pendant cette campagne vous teniez la main que mes ordonnances et règlements pour la marine soient observés exactement dans les navires et autres bâtiments portant mon pavillon qui seront sous vos ordres.«Et, la présente n’étant à autre fin, je prie Dieu qu’il vous ait, monsieur du Casse, en sa sainte garde.«Écrit à Versailles, le 12 février 1714.Signé: «Louis.»
«Monsieur du Casse, le roi d’Espagne, mon petit-fils, m’ayant demandé deux de mes vaisseaux pour fortifier ceux qu’il a fait armer à Cadix et à Gênes pour réduire à son obéissance ses sujets rebelles de Catalogne et des îles qui en dépendent, je vous ai choisi pour les commander, par la connaissance que j’ai de votre expérience et de votre zèle pour mon service. J’ai ordonné pour cet effet à Toulon l’armement des vaisseaux l’Entreprenantet leFurieux. Comme je ne doute point que mes ordres n’aient été promptement exécutés, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que, aussitôt que les vents le permettront, vous mettiez à la voile pour poursuivre votre destination et remplir les ordres du roi d’Espagne, mon petit-fils. Il a désiré que vous commandiez généralement toutes les forces maritimes qui seront employées à bloquer Barcelone par mer, ou autres opérations utiles au bien de son service, et qu’en cas de votre absence ou maladie, elles soient sous le commandementdu sieur d’Aligre, chef d’escadre de mes armées navales, à qui j’ai accordé mon vaisseau leFurieux, il recevra les ordres nécessaires pour se faire reconnaître en cette qualité, lorsqu’il en sera besoin, et les officiers espagnols et français auront celui de lui obéir partout où vous ne serez pas.
«Je ne vous prescris rien sur votre navigation ni sur les services que vous pourrez rendre dans la campagne que vous allez faire, comptant sur votre expérience, et que vous n’omettrez aucune des commissions dont vous serez chargé par le roi mon petit-fils; mais mon intention est que les deux vaisseaux de guerre dont je vous confie le commandement, ainsi que les frégates l’Hermioneet laVierge de Grâce, les trois barques et tous les autres bâtiments qui seront armés avec des équipages français, portent mon pavillon. J’estime qu’il suffira que celui sur lequel vous serez embarqué porte la cornette au grand mât pour marque de commandement.
«Et comme, en cas de rencontre à la mer entre les vaisseaux turcs ou barbaresques et les espagnols et génois portant pavillon d’Espagnequi seront sous votre commandement, vous pourriez être embarrassé du parti que vous devriez prendre pour ne rien faire qui puisse m’être désagréable, je suis bien aise de vous dire que le roi catholique en ce cas est demeuré d’accord que vous empêcherez tout acte d’hostilité de part et d’autre, et que vous déclarerez même aux commandants qui sont à sa solde et sous son pavillon, ainsi qu’aux infidèles, afin de les mieux contenir, qu’il vous est ordonné de prendre parti sans ménagement contre les agresseurs, et mon intention est que vous l’exécutiez avec tous les bâtiments français qui sont sous vos ordres. Je donne à Toulon celui de détacher, à la prière du roi d’Espagne, trois cent soixante-quinze hommes de mes troupes de la marine pour être embarqués avec les officiers majors des compagnies, savoir: deux cents sur les trois navires du marquis de Marry et le reste sur les quatre plus forts de ceux armés à Cadix; comme il est nécessaire que, dans chacun des autres de cette dernière escadre, il y ait au moins un officier français qui observe et explique vos signaux au capitaine espagnol, vous choisirez parmi les présents dans le port ceuxque vous estimerez plus capables de cette fonction, et vous observerez que ces officiers et soldats ne doivent servir sur ces vaisseaux espagnols et génois que pendant qu’ils seront sous votre commandement et point par terre. J’ai donné ordre encore, sur les instances du roi mon petit-fils, que les officiers entretenus dans l’artillerie de marine avec les bombardiers et canonniers de mer qu’il m’a demandés, soient prêts à s’embarquer sur les vaisseaux de l’escadre dont vous avez le commandement; je désire que vous les y fassiez recevoir et nourrir pendant le passage, et qu’ils se débarquent dans l’endroit de la côte de Catalogne que vous jugerez le plus sûr et commode, avec le reste des munitions et ustensiles que j’ai fait fournir et qui n’auront pu être embarqués dans les vaisseaux du marquis de Marry ou autres bâtiments de charge à sa suite.
«Mon intention est, au surplus, que pendant cette campagne vous teniez la main que mes ordonnances et règlements pour la marine soient observés exactement dans les navires et autres bâtiments portant mon pavillon qui seront sous vos ordres.
«Et, la présente n’étant à autre fin, je prie Dieu qu’il vous ait, monsieur du Casse, en sa sainte garde.
«Écrit à Versailles, le 12 février 1714.
Signé: «Louis.»
Le temps employé par du Casse à prendre les eaux de Bourbon n’avait pas été un temps perdu; son état général s’en était ressenti d’une façon heureuse et s’était beaucoup amélioré en quelques jours. Depuis son arrivée à Toulon, il allait de mieux en mieux; le 25 février, de Vauvré écrivit à Pontchartrain:
«La santé et les forces de M. du Casse se rétablissent visiblement.»
«La santé et les forces de M. du Casse se rétablissent visiblement.»
Le 27, pour lui indiquer que ce n’est pas la santé du commandant en chef qui retarde son départ, mais seulement un temps défavorable, l’intendant écrit:
«Ce sont les vents qui détermineront le départ de M. du Casse.»
«Ce sont les vents qui détermineront le départ de M. du Casse.»
Et, le 11 mars, M. de Bellefontaine à son tour écrit au ministre:
«Monseigneur, je puis vous assurer que ledépart de M. du Casse n’a été retardé que par le mauvais temps, et qu’il s’embarquera et partira aussitôt que le vent sera favorable. Sa santé à la vérité n’est pas des meilleures, mais sa bonne volonté et son courage y suppléeront.»
«Monseigneur, je puis vous assurer que ledépart de M. du Casse n’a été retardé que par le mauvais temps, et qu’il s’embarquera et partira aussitôt que le vent sera favorable. Sa santé à la vérité n’est pas des meilleures, mais sa bonne volonté et son courage y suppléeront.»
Cette lettre de Bellefontaine répondait à d’autres du ministre, dans lesquelles Pontchartrain paraissait surpris des retards apportés au départ de du Casse. Ce dernier, ayant connu la pensée du ministre, voulut absolument s’embarquer et partir le 11 mars, malgré vents et marées. Il ne put le faire, et de nouveau Vauvré rendit compte de cette tentative:
«L’impatience a pris à M. du Casse sur les trois heures de s’embarquer; je l’ai accompagné à son bord. Nous n’avons pas trouvé le temps propre à pouvoir sortir, mais il sera à portée de mettre à la voile au moment qu’il changera.»
«L’impatience a pris à M. du Casse sur les trois heures de s’embarquer; je l’ai accompagné à son bord. Nous n’avons pas trouvé le temps propre à pouvoir sortir, mais il sera à portée de mettre à la voile au moment qu’il changera.»
Les lettres de Pontchartrain à du Casse se ressentaient de sa mauvaise humeur de le savoir encore en France. Dans l’une d’elles, fort longue et fort importante, adressée à du Casse et que nous allons reproduire intégralement,il lui dit toute sa façon de penser; il laisse même percer le regret que les ordres formels du Roi, toujours bienveillant à l’égard de l’amiral, ne lui permettent pas de le réprimander. Mais il se voit dans la nécessité de mettre des sourdines à sa colère, en s’adressant à un homme aussi considérable par sa position, par ses services et par son âge:
«J’ai reçu, monsieur, lui écrit-il le 14 mars, les lettres que vous m’avez écrites les 27 février, 1eret 4 de ce mois, et j’ai rendu compte au Roi des dispositions dans lesquelles vous étiez alors pour votre départ. Sa Majesté a jugé par ce retardement et les vents contraires qui en sont la dernière cause, que les jours que vous avez perdus pour vous rendre à Toulon, et ceux que M. de Vauvré a négligés pour tenir prêts les vaisseaux que vous commandez et les bâtiments qui transportent les munitions, étaient un temps précieux dont on a manqué de profiter, et qui vous a fait tomber dans les incidents d’un nouveau retardement. J’ai lu à Sa Majesté ce que vous marquez pour vous en excuser. Elle est trop bien disposée en votre faveur pour ne pas croire les sentiments debonne volonté que vous m’expliquez; mais elle m’a dit aussitôt que, si elle n’en avait été prévenue et que si elle n’y avait pas de la confiance, il lui eût été impossible de vous pardonner une faute dont elle ne vous croyait pas capable et qu’elle veut bien cependant oublier.«Sa Majesté approuve que vous vous soyez déterminé à partir au moment que les vents vous auront permis de mettre à la voile, sans attendre les munitions qui restaient à venir de Toulon, et qu’en escortant les bâtiments qui en étaient chargés et prêts à partir, vous détachiez de l’armée navale, lorsque vous l’aurez jointe devant Barcelone, une frégate pour l’envoyer à Toulon prendre sous son escorte les bâtiments qui auront chargé ces restes de munitions et que M. de Vauvré aura eu soin de préparer.»
«J’ai reçu, monsieur, lui écrit-il le 14 mars, les lettres que vous m’avez écrites les 27 février, 1eret 4 de ce mois, et j’ai rendu compte au Roi des dispositions dans lesquelles vous étiez alors pour votre départ. Sa Majesté a jugé par ce retardement et les vents contraires qui en sont la dernière cause, que les jours que vous avez perdus pour vous rendre à Toulon, et ceux que M. de Vauvré a négligés pour tenir prêts les vaisseaux que vous commandez et les bâtiments qui transportent les munitions, étaient un temps précieux dont on a manqué de profiter, et qui vous a fait tomber dans les incidents d’un nouveau retardement. J’ai lu à Sa Majesté ce que vous marquez pour vous en excuser. Elle est trop bien disposée en votre faveur pour ne pas croire les sentiments debonne volonté que vous m’expliquez; mais elle m’a dit aussitôt que, si elle n’en avait été prévenue et que si elle n’y avait pas de la confiance, il lui eût été impossible de vous pardonner une faute dont elle ne vous croyait pas capable et qu’elle veut bien cependant oublier.
«Sa Majesté approuve que vous vous soyez déterminé à partir au moment que les vents vous auront permis de mettre à la voile, sans attendre les munitions qui restaient à venir de Toulon, et qu’en escortant les bâtiments qui en étaient chargés et prêts à partir, vous détachiez de l’armée navale, lorsque vous l’aurez jointe devant Barcelone, une frégate pour l’envoyer à Toulon prendre sous son escorte les bâtiments qui auront chargé ces restes de munitions et que M. de Vauvré aura eu soin de préparer.»
Tandis que Pontchartrain écrivait cette lettre d’une sévérité qui confinait l’injustice, du Casse, ne prenant conseil que de son courage, saisissait, le 12 mars au matin, le premier bon vent pour mettre à la voile.
Il avait avec lui deux vaisseaux, deux barqueset un pink. C’était peu, mais il allait joindre devant Barcelone l’armée navale espagnole.
Il avait les pouvoirs de Philippe V pour commander les vaisseaux de France et d’Espagne réunis.
Quelques lignes de Bellefontaine annoncent ce départ au ministre en ces termes:
«M. du Casse est enfin parti ce matin avec un assez beau temps, et il y a apparence qu’il sera dans peu devant Barcelone, où il paraît qu’il est assez nécessaire, puisque nous apprenons que M. de Pintado, commandant l’armée d’Espagne, avait appareillé de Bréga le 25 de février pour aller reconnaître les navires de M. le marquis de Marry, et que, n’ayant pas laissé de navire pour couvrir les bâtiments chargés de provisions, quatre barques ont été prises; il y a lieu d’espérer que l’arrivée des vaisseaux français, jointe à la vigilance de M. du Casse, y apportera un meilleur ordre. Vous voyez, Monseigneur, que par cet accident rien n’aurait été plus utile que deux grosses barques bien armées.»
«M. du Casse est enfin parti ce matin avec un assez beau temps, et il y a apparence qu’il sera dans peu devant Barcelone, où il paraît qu’il est assez nécessaire, puisque nous apprenons que M. de Pintado, commandant l’armée d’Espagne, avait appareillé de Bréga le 25 de février pour aller reconnaître les navires de M. le marquis de Marry, et que, n’ayant pas laissé de navire pour couvrir les bâtiments chargés de provisions, quatre barques ont été prises; il y a lieu d’espérer que l’arrivée des vaisseaux français, jointe à la vigilance de M. du Casse, y apportera un meilleur ordre. Vous voyez, Monseigneur, que par cet accident rien n’aurait été plus utile que deux grosses barques bien armées.»
A peine du Casse était-il en mer que le ventchangea et qu’il dut, dans l’impossibilité de continuer sa route, faire relâche le même jour aux îles d’Hyères.
Il fut forcé d’y rester trois jours. Enfin le 16 mars, le vent ayant tourné, il put se remettre en marche. Vauvré, dans la crainte d’un second contre-temps, ne se hasarda que le surlendemain, 28 mars, à écrire à Pontchartrain:
«M. du Casse mit à la voile avant-hier avant le jour, d’un vent si favorable pour sa route que, s’il l’a trouvé de même à la mer, il doit être arrivé hier ou aujourd’hui devant Barcelone; mais les vents sont fort changeants dans cette saison. Il prit sa vergue de hune en sortant des îles d’Hyères.»
«M. du Casse mit à la voile avant-hier avant le jour, d’un vent si favorable pour sa route que, s’il l’a trouvé de même à la mer, il doit être arrivé hier ou aujourd’hui devant Barcelone; mais les vents sont fort changeants dans cette saison. Il prit sa vergue de hune en sortant des îles d’Hyères.»
De son côté, Bellefontaine avait imité le silence prudent de Vauvré et gardé la même réserve; le 18 mars, il se décida cependant à écrire au ministre:
«Monseigneur, M. du Casse est enfin parti des îles d’Hyères, et comme les vents nous ont paru favorables, je compte qu’il peut être maintenant à la côte de Catalogne. Pour sa santé, dont vous voulez que je vous rendecompte, je vous dirai qu’il m’a paru en mauvais état, ayant toujours la tête embarrassée, et il est à craindre que d’un moment à l’autre il ne lui arrive un nouvel accident.»
«Monseigneur, M. du Casse est enfin parti des îles d’Hyères, et comme les vents nous ont paru favorables, je compte qu’il peut être maintenant à la côte de Catalogne. Pour sa santé, dont vous voulez que je vous rendecompte, je vous dirai qu’il m’a paru en mauvais état, ayant toujours la tête embarrassée, et il est à craindre que d’un moment à l’autre il ne lui arrive un nouvel accident.»
L’intendant de Vauvré paraît plus rassuré sur la santé du commandant en chef de l’armée navale, car on lit dans une lettre de lui datée du même jour:
«Je me suis donné l’honneur de vous rendre compte régulièrement de la santé de M. du Casse. Il y a encore de la faiblesse dans ses jambes. Cependant il demeurait debout la moitié du jour dans la maison et dans le vaisseau, et montait et descendait les escaliers avec facilité.«La grande incommodité qu’il a depuis longtemps, c’est la difficulté de retenir son urine et un petit dévoiement.»
«Je me suis donné l’honneur de vous rendre compte régulièrement de la santé de M. du Casse. Il y a encore de la faiblesse dans ses jambes. Cependant il demeurait debout la moitié du jour dans la maison et dans le vaisseau, et montait et descendait les escaliers avec facilité.
«La grande incommodité qu’il a depuis longtemps, c’est la difficulté de retenir son urine et un petit dévoiement.»
Pontchartrain fut fort aise d’apprendre que du Casse avait pu enfin mettre à la voile par un vent favorable. Le temps d’arrêt qu’il avait dû subir avait fort contrarié le Roi.
Malgré la satisfaction qu’éprouvait le ministre de savoir d’une manière positive le départ de l’escadre, elle n’était pas sansmélange, par l’inquiétude où il était qu’il ne pût arriver sans encombre à Barcelone. Le 28 mars, il fait part de ses craintes à Vauvré.
«J’ai reçu vos lettres des 11, 14, 15 et 18; j’en ai rendu compte au Roi. Sa Majesté m’avait paru fort inquiète de la relâche de M. du Casse aux îles d’Hyères, le même jour de sa sortie de Toulon; mais sur ce que vous marquez qu’après lui avoir envoyé les secours dont il avait besoin pour réparer ce qu’il avait souffert dans sa mâture, il a remis à la voile le 16 d’un vent favorable pour sa route, elle espère qu’il sera arrivé devant Barcelone du 18 au 20, et j’en attends des nouvelles par les premières lettres que je recevrai.«Ce que vous me mandez sur l’état de la santé de M. du Casse me donne quelque inquiétude, ne la présumant pas aussi bonne que je l’aurais souhaité.»
«J’ai reçu vos lettres des 11, 14, 15 et 18; j’en ai rendu compte au Roi. Sa Majesté m’avait paru fort inquiète de la relâche de M. du Casse aux îles d’Hyères, le même jour de sa sortie de Toulon; mais sur ce que vous marquez qu’après lui avoir envoyé les secours dont il avait besoin pour réparer ce qu’il avait souffert dans sa mâture, il a remis à la voile le 16 d’un vent favorable pour sa route, elle espère qu’il sera arrivé devant Barcelone du 18 au 20, et j’en attends des nouvelles par les premières lettres que je recevrai.
«Ce que vous me mandez sur l’état de la santé de M. du Casse me donne quelque inquiétude, ne la présumant pas aussi bonne que je l’aurais souhaité.»
En même temps que cette lettre du ministre, parvenait à Toulon, le 3 avril, la nouvelle que du Casse était arrivé le 17 devant Barcelone; Bellefontaine se hâta le jour même d’en prévenir Pontchartrain.
«Nous apprenons l’arrivée de M. du Cassedevant Barcelone le 17 de mars, mais les temps y sont si terribles que M. le marquis de Marry n’a pu encore débarquer les munitions; il faut espérer que la belle saison, jointe à l’arrivée de M. le maréchal de Berwick, remédiera à tout.»
«Nous apprenons l’arrivée de M. du Cassedevant Barcelone le 17 de mars, mais les temps y sont si terribles que M. le marquis de Marry n’a pu encore débarquer les munitions; il faut espérer que la belle saison, jointe à l’arrivée de M. le maréchal de Berwick, remédiera à tout.»
Et quelques jours plus tard:
«J’ai reçu des nouvelles de l’arrivée de M. du Casse devant Barcelone le 17, où il n’a pu mouiller que le 19 à cause des mauvais temps. Il aura apparemment fait travailler au débarquement des munitions embarquées sur ses vaisseaux, et aura ensuite fait détacher la frégate qu’il a dû envoyer à Toulon pour escorter les bâtiments qui y seraient chargés du reste des munitions.»
«J’ai reçu des nouvelles de l’arrivée de M. du Casse devant Barcelone le 17, où il n’a pu mouiller que le 19 à cause des mauvais temps. Il aura apparemment fait travailler au débarquement des munitions embarquées sur ses vaisseaux, et aura ensuite fait détacher la frégate qu’il a dû envoyer à Toulon pour escorter les bâtiments qui y seraient chargés du reste des munitions.»
L’escadre française avait trouvé les vaisseaux espagnols mouillés devant Barcelone et attendant leur amiral; dès le 20 mars, du Casse eut, sous ses ordres, ainsi que le portent les états de situation, les forces suivantes:
Armée navale de France et d’Espagne sous les ordres de M. le lieutenant général du Casse: l’Entreprenant, portant pavillon blanc, du Casse amiral; leFurieux, les commandantset les équipages français à la solde de l’Espagne, d’Aligre chef d’escadre;Nostra Signora de Bignonia, don Andreas de Pes;Nostra Signora de Guadalupa, Pintado; leRoyal, lePrince des Asturieset laReine Génoise, portant pavillon espagnol, les capitaines et équipages génois à la solde de l’Espagne, marquis de Marry, Justiniani et Pierre Rouge; l’Hermineet laVierge de Grâce, portant pavillon blanc, vaisseaux du Roi prêtés à l’Espagne, capitaine et équipage français, de la Roche Hercule et le chevalier de Fayet; lePembrocke, don Antonio Serrano;Il sancte Christe de San Martin, don Francisco Guiral; laReine espagnole, le chevalier de Gaëtan;Santo Francisco de Paoloditla Gaillarde, D. N. de Sellamo; laTamilia sacra, D. N. Solado;Nostra Signora d’Atacha, D. Diego de San Estevan;Il Aquila de Dantes, don Pedro Rivera;Il sancte Christe de la Vera Cruz, D. Alonso Garcias;Il sancte Christe de San Roman, D. N. de Nesta.»
Le 25 avril 1714, le Roi écrivit à du Casse de faire chanter unTe Deumsolennel à l’occasionde la conclusion de la paix avec l’empereur à Rastadt:
«Monsieur le lieutenant général du Casse, depuis la conclusion des traités que mes ambassadeurs signèrent l’année dernière à Utrecht, j’ai donné tous mes soins à consommer l’ouvrage de la paix générale et je n’ai rien oublié pour engager l’empereur à suivre l’exemple que ses alliés venaient de lui tracer. Dieu a béni la sincérité de mes intentions, et les conférences tenues à Rastadt entre le maréchal duc de Villars et le prince Eugène de Savoie, après la dernière campagne, ont enfin produit la paix que je désirais pour le bonheur de mes peuples et pour le bien général de toute l’Europe. La tranquillité dont elle jouira désormais étant un don de la miséricorde divine, mon intention est que, dans toute l’étendue de mon royaume, il en soit rendu à Dieu les grâces les plus solennelles; c’est pourquoi je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez chanter leTe Deumsur votre vaisseau amiral l’Entreprenant, qui est devant Barcelone, que vous y assistiez avec tous les officiers quisont sous votre commandement et que vous fassiez au surplus les réjouissances accoutumées.«Et la présente n’étant à d’autre fin, etc...«Ecrit à Marly, le 25 avril 1714.«Louis.»
«Monsieur le lieutenant général du Casse, depuis la conclusion des traités que mes ambassadeurs signèrent l’année dernière à Utrecht, j’ai donné tous mes soins à consommer l’ouvrage de la paix générale et je n’ai rien oublié pour engager l’empereur à suivre l’exemple que ses alliés venaient de lui tracer. Dieu a béni la sincérité de mes intentions, et les conférences tenues à Rastadt entre le maréchal duc de Villars et le prince Eugène de Savoie, après la dernière campagne, ont enfin produit la paix que je désirais pour le bonheur de mes peuples et pour le bien général de toute l’Europe. La tranquillité dont elle jouira désormais étant un don de la miséricorde divine, mon intention est que, dans toute l’étendue de mon royaume, il en soit rendu à Dieu les grâces les plus solennelles; c’est pourquoi je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez chanter leTe Deumsur votre vaisseau amiral l’Entreprenant, qui est devant Barcelone, que vous y assistiez avec tous les officiers quisont sous votre commandement et que vous fassiez au surplus les réjouissances accoutumées.
«Et la présente n’étant à d’autre fin, etc...
«Ecrit à Marly, le 25 avril 1714.
«Louis.»
Pendant le mois de mai, du Casse prit, comme le plus élevé en grade et le plus ancien des officiers généraux, le commandement en chef des armées de terre et de mer devant Barcelone et la direction des opérations du siége; mais l’absence de troupes en nombre suffisant empêchèrent aucune action importante de se produire. Le 3 juin, Louis XIV envoya le duc de Berwick avec soixante dix-huit bataillons français de renfort, afin de réduire à l’obéissance les Catalans révoltés.
La santé de du Casse toujours chancelante ne devait pas supporter l’excès de fatigue que lui avait occasionné le commandement en chef des armées de terre et de mer. Il était retombé malade et, à bout de forces, épuisé, mourant, il avait dû solliciter un congé. En recevant cette demande, Pontchartrain, sur l’ordre du Roi,s’était empressé le 5 juin d’écrire à Vauvré:
«Le mauvais état de la santé de M. du Casse l’ayant obligé de demander au Roi la permission de se débarquer de l’Entreprenantpour repasser à Toulon et user des moyens convenables pour la rétablir, Sa Majesté a bien voulu la lui accorder et donner ordre en même temps à M. le Bailly de Bellefontaine de se rendre avec le plus de diligence qu’il sera possible devant Barcelone, pour prendre le commandement de l’armée navale.»
«Le mauvais état de la santé de M. du Casse l’ayant obligé de demander au Roi la permission de se débarquer de l’Entreprenantpour repasser à Toulon et user des moyens convenables pour la rétablir, Sa Majesté a bien voulu la lui accorder et donner ordre en même temps à M. le Bailly de Bellefontaine de se rendre avec le plus de diligence qu’il sera possible devant Barcelone, pour prendre le commandement de l’armée navale.»
A cette lettre était jointe celle-ci à l’adresse du bailli de Bellefontaine:
«Monsieur, le Roi a été informé par M. du Casse que le mauvais état de sa santé ne lui permettait plus d’agir autant que le bien du service du roi d’Espagne le demande, et qu’il avait besoin d’un congé pour aller aux eaux reprendre des forces. Sa Majesté a bien voulu avoir égard à sa demande et m’a ordonné de vous dépêcher un courrier pour vous dire que son intention est que vous alliez, sans perdre un moment, prendre le commandement.«Vous aurez soin de vous faire accompagner par votre chirurgien-major, afin queM. du Casse puisse, sans inconvénient, emmener le sien, qui lui sera utile dans son voyage.»
«Monsieur, le Roi a été informé par M. du Casse que le mauvais état de sa santé ne lui permettait plus d’agir autant que le bien du service du roi d’Espagne le demande, et qu’il avait besoin d’un congé pour aller aux eaux reprendre des forces. Sa Majesté a bien voulu avoir égard à sa demande et m’a ordonné de vous dépêcher un courrier pour vous dire que son intention est que vous alliez, sans perdre un moment, prendre le commandement.
«Vous aurez soin de vous faire accompagner par votre chirurgien-major, afin queM. du Casse puisse, sans inconvénient, emmener le sien, qui lui sera utile dans son voyage.»
Le bailli de Bellefontaine arriva devant Barcelone dans le courant du mois de juin. L’amiral du Casse lui remit immédiatement le commandement en chef de l’armée navale et fit voile vers la France. Il débarqua à Collioure dans les premiers jours de juillet. De cette ville, il se rendit à Toulouse, où il séjourna quelque temps pour se remettre des fatigues de la route. A la fin du mois, il partit pour Cauterets, où il devait prendre les eaux, voyageant à petites journées. Il était accompagné de son aide de camp M. de la Rigaudière. La saison thermale qu’il passa dans les Pyrénées lui fit du bien, et au mois de septembre il profita d’une légère amélioration dans l’état de sa santé pour se mettre en marche vers Paris, afin d’y retrouver sa famille.
Il n’y arriva qu’au commencement du mois de novembre, ayant dû s’arrêter constamment par suite des fatigues qu’il éprouvait; sa femme et sa fille furent effrayées du changement quis’était opéré en lui. Elles l’entourèrent des soins les plus tendres, mais toute leur sollicitude ne put arrêter les progrès de la maladie. Dès que le printemps fut venu, les médecins ordonnèrent les eaux de Bourbon-l’Archambault; la science devait être impuissante à prolonger les jours de cet homme de bien, dont le nom est inscrit dans nos fastes maritimes comme celui d’un des plus habiles marins du siècle de Louis XIV, si fertile en capitaines illustres des armées de terre et de mer. Les blessures de du Casse s’étaient ouvertes de nouveau. Aussi, à peine fut-il à Bourbon, qu’il expira entre les bras de son gendre, le marquis de Roye, dans la nuit du 24 au 25 juin. Il fut enterré dans l’église de la ville, ainsi que le constate l’acte suivant:
«Aujourd’hui, vingt-septième jour du mois de juin mil sept cent quinze, a été inhumé dans l’église de céans, en la chapelle de Saint-Georges, devant l’autel Saint-Crépin, très-haut et très-puissant seigneur messireJean Ducasse, lieutenant général des armées navales du Roy, commandeur de l’ordre militaire de Saint-Louis, capitaine général de l’arméed’Espagne, chevalier de la Toison-d’Or, décédé le vingt-cinq à trois heures du matin, âgé d’environ soixante-cinq ans, en la maison de M. Bourdier de Lamoulière, auxquels convoi et enterrement a été présent très-haut et très-puissant seigneur messire Louis de Roye de La Rochefoucauld, lieutenant général des galères de France et chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, et M. Charles de Bottière, chirurgien du corps du roi, maître chirurgien à Paris, qui ont signé.«(Signé) Louis de Roye de La Rochefoucauld, de Bottière, Bourdier et Chazelet, curé archiprêtre.»
«Aujourd’hui, vingt-septième jour du mois de juin mil sept cent quinze, a été inhumé dans l’église de céans, en la chapelle de Saint-Georges, devant l’autel Saint-Crépin, très-haut et très-puissant seigneur messireJean Ducasse, lieutenant général des armées navales du Roy, commandeur de l’ordre militaire de Saint-Louis, capitaine général de l’arméed’Espagne, chevalier de la Toison-d’Or, décédé le vingt-cinq à trois heures du matin, âgé d’environ soixante-cinq ans, en la maison de M. Bourdier de Lamoulière, auxquels convoi et enterrement a été présent très-haut et très-puissant seigneur messire Louis de Roye de La Rochefoucauld, lieutenant général des galères de France et chevalier de l’ordre militaire de Saint-Louis, et M. Charles de Bottière, chirurgien du corps du roi, maître chirurgien à Paris, qui ont signé.
«(Signé) Louis de Roye de La Rochefoucauld, de Bottière, Bourdier et Chazelet, curé archiprêtre.»
Saint-Simon retombe encore, à propos de la mort de du Casse, dans les mêmes erreurs sur la profession du père de l’amiral et sur la naissance de ce dernier. Ces erreurs, nous les avons déjà signalées et rectifiées plus haut.
Le duc enregistre cette mort dans les termes suivants:
«Du Casse mourut fort âgé et plus cassé encore de fatigues et de blessures. Il était fils d’un vendeur de jambons de Bayonne, et de ce pays-là où ils sont assez volontiers gens demer. Il aima mieux s’embarquer que suivre le métier de son père, et se fit flibustier. Il se fit bientôt remarquer parmi eux par sa valeur, son jugement, son humanité. En peu de temps ses actions l’élevèrent à la qualité d’un de leurs chefs. Sa réputation le tira de ce métier pour entrer dans la marine du Roi, où il se signala si bien qu’il devint promptement chef d’escadre, puis lieutenant général, grades dans lesquels il fit glorieusement parler de lui, et où il eut encore le bonheur de gagner gros, sans soupçon de bassesse. Il servit si utilement le roi d’Espagne, même de sa bourse, qu’il eut la Toison, qui n’était pas accoutumée à tomber sur de pareilles épaules. La considération générale qu’il s’était acquise, même du Roi et de ses ministres, ni l’autorité, où sa capacité et ses succès l’avaient établi dans la marine, ne purent le gâter. Il était fort obligeant et avait beaucoup d’esprit, avec une sorte d’éloquence naturelle, et même hors des choses de son métier il y avait plaisir et profit à l’entendre parler. Il aimait l’État et le bien pour le bien, qui est chose devenue bien rare.»
«Du Casse mourut fort âgé et plus cassé encore de fatigues et de blessures. Il était fils d’un vendeur de jambons de Bayonne, et de ce pays-là où ils sont assez volontiers gens demer. Il aima mieux s’embarquer que suivre le métier de son père, et se fit flibustier. Il se fit bientôt remarquer parmi eux par sa valeur, son jugement, son humanité. En peu de temps ses actions l’élevèrent à la qualité d’un de leurs chefs. Sa réputation le tira de ce métier pour entrer dans la marine du Roi, où il se signala si bien qu’il devint promptement chef d’escadre, puis lieutenant général, grades dans lesquels il fit glorieusement parler de lui, et où il eut encore le bonheur de gagner gros, sans soupçon de bassesse. Il servit si utilement le roi d’Espagne, même de sa bourse, qu’il eut la Toison, qui n’était pas accoutumée à tomber sur de pareilles épaules. La considération générale qu’il s’était acquise, même du Roi et de ses ministres, ni l’autorité, où sa capacité et ses succès l’avaient établi dans la marine, ne purent le gâter. Il était fort obligeant et avait beaucoup d’esprit, avec une sorte d’éloquence naturelle, et même hors des choses de son métier il y avait plaisir et profit à l’entendre parler. Il aimait l’État et le bien pour le bien, qui est chose devenue bien rare.»
Charlevoix, le savant historien des Antilles, écrivait quelques années plus tard:
«M. du Casse était un homme dont la valeur allait de pair avec la prudence, que son habileté mettait toujours au-dessus des plus fâcheux contre-temps, qui, dans quelque extrémité qu’il se soit trouvé, n’a jamais manqué de ressources, mais les a toujours cherchées dans son courage et sa vertu.»
«M. du Casse était un homme dont la valeur allait de pair avec la prudence, que son habileté mettait toujours au-dessus des plus fâcheux contre-temps, qui, dans quelque extrémité qu’il se soit trouvé, n’a jamais manqué de ressources, mais les a toujours cherchées dans son courage et sa vertu.»
L’histoire a ratifié ce jugement, porté par un contemporain.
La marine royale faisait en du Casse une perte sensible; il était un des derniers survivants de la glorieuse épopée du règne de Louis XIV. Quelques mois plus tard, le Roi allait descendre dans la tombe. Avec lui s’écroulait le grand siècle, faisant place à l’époque mesquine qui s’ouvrait par les saturnales de la Régence pour se terminer par les vilenies du parc aux Cerfs, époque où devaient briller Philippe d’Orléans, opprobre de la maison royale, Dubois, honte de l’Église, Voltaire, capable de mettre aux pieds de la Pompadour et au service de la Prusse, ennemie de sa patrie, un génie incomparable.
La notion du juste et de l’injuste allait s’effacer du cœur des Français sous la régence d’un prince sceptique, incapable de rien respecter, et sous le règne d’un roi spirituel, intelligent, brave comme tous ceux de sa race, mais d’une faiblesse de caractère pire que la sottise pour un chef d’Etat, défaut qu’un système d’éducation mal entendu avait augmenté chez Louis XV, en lui inspirant une défiance de lui-même, funeste chez un homme dont la volonté doit s’imposer.
Du Casse n’eut pas, comme son compagnon d’armes du siége de Barcelone le duc de Berwick, la douleur de voir le neveu de Louis XIV saper par la base, en déclarant la guerre à l’Espagne, l’œuvre de famille qui aurait dû assurer la grandeur de la maison de France. La Providence lui épargna le spectacle du petit-fils du grand roi, subissant, vainqueur, des traités de paix que l’aïeul vaincu aurait rejetés.