1828

LES GENDARMES.Air:Moi je flâne.Des gendarmes!(bis)Qu’on apaise mes alarmes!Des gendarmes!(bis)J’en mourrais, je croi,D’effroi.Depuis nos saints mandements,Nos lois et notre ordonnance,Partout on déclame en FranceContre nous et nos trois cents.Etouffons leurs cris sinistres!Quand le roi garde pour luiLeur amour... que les ministresConservent pour eux celuiDes gendarmes, etc.Dans la poche des vilains,Monsieur Law, que je révère,Pendant son beau ministère,Jadis puisait à deux mains.Et d’un déficit frivoleOn accuse mon budget!Pour leur couper la parole,Vite, mettons au completDes gendarmes, etc.L’autre jour j’ai cru, ma foi,Forcer la gauche au silenceEn assurant que la FranceAvait grand besoin de moi.Mais cette race endurcieRaisonne au lieu d’obéir,Et parle encor de patrie...Ah! c’est à n’y plus tenir.Des gendarmes, etc.Partout de mauvais proposSur P... et sur sa milice;Point d’égards pour ma police,De lecteurs pour mes journaux.De leurs lois, quand je m’écarte,Un orateur factieuxMe crie aussitôt: la Charte!Cela devient ennuyeux.Des gendarmes, etc.Pour encourager les arts,Pour surveiller la science,J’ai choisi par conscienceVidocq et ses bons mouchards.Si nos écoles rebellesAllaient montrer de l’humeur,Ce sont de jeunes cervelles,Prenons-les par la douceur...Des gendarmes, etc.En dépit de mon savoir,De mon talent (je m’en flatte),Paris et la France ingrateMaudissent notre pouvoir.Mais à ce Paris que j’aime,Malgré plus d’un vilain tour,Pour montrer aujourd’hui mêmeMa justice et notre amour...Des gendarmes!(bis)Qu’on apaise mes alarmes!Des gendarmes!(bis)J’en mourrais, je croi,D’effroi.

LES GENDARMES.Air:Moi je flâne.Des gendarmes!(bis)Qu’on apaise mes alarmes!Des gendarmes!(bis)J’en mourrais, je croi,D’effroi.Depuis nos saints mandements,Nos lois et notre ordonnance,Partout on déclame en FranceContre nous et nos trois cents.Etouffons leurs cris sinistres!Quand le roi garde pour luiLeur amour... que les ministresConservent pour eux celuiDes gendarmes, etc.Dans la poche des vilains,Monsieur Law, que je révère,Pendant son beau ministère,Jadis puisait à deux mains.Et d’un déficit frivoleOn accuse mon budget!Pour leur couper la parole,Vite, mettons au completDes gendarmes, etc.L’autre jour j’ai cru, ma foi,Forcer la gauche au silenceEn assurant que la FranceAvait grand besoin de moi.Mais cette race endurcieRaisonne au lieu d’obéir,Et parle encor de patrie...Ah! c’est à n’y plus tenir.Des gendarmes, etc.Partout de mauvais proposSur P... et sur sa milice;Point d’égards pour ma police,De lecteurs pour mes journaux.De leurs lois, quand je m’écarte,Un orateur factieuxMe crie aussitôt: la Charte!Cela devient ennuyeux.Des gendarmes, etc.Pour encourager les arts,Pour surveiller la science,J’ai choisi par conscienceVidocq et ses bons mouchards.Si nos écoles rebellesAllaient montrer de l’humeur,Ce sont de jeunes cervelles,Prenons-les par la douceur...Des gendarmes, etc.En dépit de mon savoir,De mon talent (je m’en flatte),Paris et la France ingrateMaudissent notre pouvoir.Mais à ce Paris que j’aime,Malgré plus d’un vilain tour,Pour montrer aujourd’hui mêmeMa justice et notre amour...Des gendarmes!(bis)Qu’on apaise mes alarmes!Des gendarmes!(bis)J’en mourrais, je croi,D’effroi.

LES GENDARMES.

Air:Moi je flâne.

Des gendarmes!(bis)Qu’on apaise mes alarmes!Des gendarmes!(bis)J’en mourrais, je croi,D’effroi.

Depuis nos saints mandements,Nos lois et notre ordonnance,Partout on déclame en FranceContre nous et nos trois cents.Etouffons leurs cris sinistres!Quand le roi garde pour luiLeur amour... que les ministresConservent pour eux celuiDes gendarmes, etc.

Dans la poche des vilains,Monsieur Law, que je révère,Pendant son beau ministère,Jadis puisait à deux mains.Et d’un déficit frivoleOn accuse mon budget!Pour leur couper la parole,Vite, mettons au completDes gendarmes, etc.

L’autre jour j’ai cru, ma foi,Forcer la gauche au silenceEn assurant que la FranceAvait grand besoin de moi.Mais cette race endurcieRaisonne au lieu d’obéir,Et parle encor de patrie...Ah! c’est à n’y plus tenir.Des gendarmes, etc.

Partout de mauvais proposSur P... et sur sa milice;Point d’égards pour ma police,De lecteurs pour mes journaux.De leurs lois, quand je m’écarte,Un orateur factieuxMe crie aussitôt: la Charte!Cela devient ennuyeux.Des gendarmes, etc.

Pour encourager les arts,Pour surveiller la science,J’ai choisi par conscienceVidocq et ses bons mouchards.Si nos écoles rebellesAllaient montrer de l’humeur,Ce sont de jeunes cervelles,Prenons-les par la douceur...Des gendarmes, etc.

En dépit de mon savoir,De mon talent (je m’en flatte),Paris et la France ingrateMaudissent notre pouvoir.

Mais à ce Paris que j’aime,Malgré plus d’un vilain tour,Pour montrer aujourd’hui mêmeMa justice et notre amour...

Des gendarmes!(bis)Qu’on apaise mes alarmes!Des gendarmes!(bis)J’en mourrais, je croi,D’effroi.

COUP DE LANCETTE.

On est étonné que M. de Cl..... T..... n’ait pas parlé sur la poudre; ce qu’il y a de sûr, c’est qu’il ne l’a pas inventée.

CONVERSATION A HUIS-CLOSENTRE LE VENTRE ET LA CONSCIENCE.

La conscience.—Dormez-vous, monsieur le Ventre?

Le ventre.—Non, mais je digère en silence.

La conscience.—Causons un peu.

Le ventre.—Il vous convient bien, madame la Conscience, d’élever aujourd’hui la voix, depuis plus de dix mois que vous vous taisez!

La conscience.—Dites donc que depuis six mois vous riez si fort, qu’il ne vous a pas été possible de m’entendre.

Le ventre.—Le beau plaisir, d’écouter les sons de votre voix rauque!

La conscience.—Ma voix vous déplaît, je le sais, vous craignez des reproches!

Le ventre.—Des reproches de ta part, misérable Conscience! c’est bien à une paresseuse comme toi de blâmer la conduite d’un personnage aussi courageux que je le suis. Sais-tu que j’ai failli crever plus d’une fois au service de M. le baron?

La conscience.—Oui! je vous conseille de vous vanter de vos exploits; ils ont été bien utiles à notre maître commun.

Le ventre.—Eh! s’il n’avait suivi que tes instructions, serait-il aujourd’hui l’un des plus éminents personnages du département?...

La conscience.—Il eût marché droit.

Le ventre.—A pied, comme un pauvre diable; je le fais aller en voiture.

La conscience.—Sa maison serait encore le modèle de l’heureuse obscurité.

Le ventre.—Et son brillant hôtel serait encore à bâtir.

La conscience.—Ah! s’il m’eût écouté, comme je serais belle encore!

Le ventre.—Égoïste! tu parles pour toi; ne te fâche donc pas si j’ai cherché à m’arrondir.

La conscience.—A mes dépens.

Le ventre.—Tu voulais bien me faire tort, pour te parer!

La conscience.—Plus j’étais pure, et plus je le rendais heureux.

Le ventre.—Plus je suis gros, et plus il avance dans la carrière des honneurs.

La conscience.—Va, on vit toujours mal en te prenant pour guide.

Le ventre.—On meurt de faim en se nourrissant de ta viande creuse.

La conscience.—Tu es un mauvais conseiller.

Le ventre.—Et toi, une détestable cuisinière.

La bouche.—A l’ordre! j’ai tenu la balance pendant la discussion, et je donne ma voix au Ventre. Ainsi, Conscience, tais-toi!

COUPS DE LANCETTE.

Ces messieurs méritent le cordon, monseigneur l’accorde.

** *

Il y a des cordons-bleus qui ont rougi.

** *

On les a mis au bleu, c’est au vert qu’il fallait les mettre.

** *

M. de Cumulando est devenu très-riche en visitant les pauvres.

** *

Jusqu’au jour où nous sommes arrivés,—16 juin 1827,—la vignette duFigaroreprésentait le héros de Beaumarchais un genou à terre et prenant des notes. Aujourd’hui, la vignette change, un nouveau personnage paraît. Figaro est debout et, d’une batte qu’il tient à la main, il menace Basile. Une épigraphe explique l’intention: «Ah! Basile, mon mignon, si jamais volée de bois vert!....»

Mettre ainsi en scène Basile avec son costume traditionnel, était certes un coup de maître pour la popularité. Mais quelle audace!... La rédaction, qui prévoit un danger, court au-devant de toutes les accusations, et, dans l’article qui suit, ravissant d’esprit et de finesse, explique le changement survenu tout à coup.

BASILE ET FIGARO

FIGARO (se relevant).

Allons! debout, les insectes ne rampent plus, ils volent; levons-nous pour les atteindre; leur nature qui les attire vers la terre, les empêchera bien de s’élever à la hauteur de l’homme libre.

BASILE (arrivant).

Ah! coquin de Figaro! Eh! que vois-je? il a changé de position.

FIGARO.

Pourquoi non? Ma vocation n’est-elle pas d’arracher le masque aux gens de ton espèce, à quelque étage qu’ils soient logés? Comme je t’ai suivi dans toutes tes bassesses, je te suivrai dans toutes tes transfigurations.

BASILE.

Tu n’es pas au bout de tes courses.

FIGARO.

Aussi ai-je acheté un cabriolet pour courir plus vite.

BASILE.

Figaro, tu cours après le chaland, car tu fais réparer ta maison: plus un magasin change d’enseigne, moins il prospère.

FIGARO.

Ne devais-je pas te manifester ma reconnaissance pour toutes les sottises que tu me mets à même d’offrir quotidiennement au public?

BASILE.

Ma figure t’a donc paru quelque chose de bien neuf à présenter à tes lecteurs?

FIGARO.

Je leur rends service; lithographier les imposteurs, c’est mettre un fanal sur l’écueil.

BASILE.

Encore si c’était mon visage, ma tournure... Non, tu as voulu commettre une impiété, te jouer avec les choses saintes; car cette vignette représente....

FIGARO.

Basile.

BASILE.

Elle représente Tartufe.

FIGARO.

C’est chicaner sur les mots.

BASILE.

Sois tranquille, MM. Devéria, Thompson et toi, vous pouvez compter sur.....

FIGARO.

Quelque petite dénonciation pour t’avoir fait ressemblant.

BASILE.

Oh!.... ressemblant... Quand m’as-tu vu si penaud?

FIGARO.

Quand, au milieu du parterre de l’Odéon, tu fus obligé d’applaudir à la première représentation de l’Homme habile, sous peine de laisser tes oreilles dans la salle.

BASILE.

La pièce me plaisait.

FIGARO.

Tu avais cette figure lorsqu’un de tes bons amis se fit condamner aux dépens pour avoir attaqué en diffamation certain rédacteur qui ne l’avait désigné que par ta profession.

BASILE.

On n’aime pas à se voir écorché dans la peau d’un confrère; et puis, l’esprit de corps...

FIGARO.

Enfin, tu n’es jamais moins laid que cela lorsque tu apprends qu’un honnête homme prospère, qu’un fripon est tombé, qu’un traître fait banqueroute, qu’un absolutiste est censuré et qu’un intolérant reçoit sur les ongles. Te voilà, lorsqu’un tribunal déclare que des traits malins ne sont point des crimes; lorsqu’un ministre, que tu croyais à bas, apprend que tu le calomniais déjà chez son successeur supposé. Oui, tu es ressemblant, on t’a peint le jour où Royer-Collard fut admis à l’Académie et le soir où Paris vainquit les ombres de la nuit par des milliers d’illuminations.

BASILE.

Ah! drôle! jacobin! athée! scélérat! voleur! hérétique!....

FIGARO (le menaçant).

Ah! Basile, mon mignon, si jamais volée de bois vert.....

COUPS DE LANCETTE

M. de V. se croit plus grand que la girafe.

** *

M. de P. veut armer la main de la justice d’une paire de ciseaux.

** *

M. de T. réclame les deux derniers volumes d’un roman intitulé:les Trois Soufflets; il n’en a reçu qu’un.

** *

Les élèves de M. Récamier aiment mieux aller en prison qu’à son cours.

** *

MM. les gendarmes n’aiment pas les trottoirs, cela n’est pas commode pour les chevaux.

LE JOURNALISTE EMBARRASSÉ.

Malgré toutes ses précautions oratoires, Figaro ne put maintenir Basile sur sa vignette. Ordre lui fut donné de retirer «cette impiété.» Comment faire? s’obstiner? c’était risquer l’existence du journal avec quatre-vingt-dix-neuf chances contre soi. S’avouer vaincu? c’était dur. Il y eut des hésitations, et, en attendant d’avoir trouvé un faux-fuyant ou pris un parti,Figaron’imagina rien de mieux que de laisser en blanc la place de sa vignette. Ce jour-là, il débuta par un article d’allusions devenues obscures, dont le titre était:le Journaliste embarrassé, et qui commençait ainsi:

Allons, Figaro! toujours plus fort que les circonstances, taille ta plume, bats-toi les flancs et fais un bon article. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Basile n’avait été en scène que dix jours. Pendant trois numéros encore, l’entête du journal reste en blanc. Enfin, ne trouvant aucun joint,Figarose décide à en revenir à son ancienne gravure; il chasse Basile, «jusqu’à des jours meilleurs.»

BASILE CHASSÉ

J’ai donc résolu de lui donner son compte; mais généreusement, il lui est encore redû de l’arriéré en coups de bâton; je ne le lui payerai pas...

COUP DE LANCETTE.

On parle d’un mendiant bohémien qui demandait dernièrement l’aumône, dans les rues de Prague, à coups de canon. Nous avons déjà vu beaucoup de mendiants aussi hardis que celui-là.

TABLETTESPERDUES AU CAFÉ DES VARIÉTÉS.

—Ces journalistes croitent pouvoir faire un ouvrage dramatique parce qu’ils ont de l’esprit! ils ne savent pas seulement avaler un petit verre d’eau-de-vie!

—Notre pièce d’hier est enfoncé; c’est égal: j’enverrai deux cents billets au chef de cabale, et je prandrai un abonnements auMentor.

—Mademoiselle C*** n’a pas voulé allée à la répétitions; j’ai parlé au directeur, il a fallu qu’elle y aille.

—La somme que m’a rapporté mon dernier vaudevilles n’est pas assez conséquente.

—Dire au caissier du théâtre de m’avancer cinquante franc sur la piesse en répétition.

—Il faut absolument que nous cherchions à évinser ce blanbèque de journaliste qui veut se familiarizé avec les membres du comité.

—Faire recopier le vaudeville qui a été ressu à correxion; ajouter un couplet de factures, et faire un raccords à la quatrième seine; ils n’y verrons que du feu.

—On a refusé ce matin une piesse d’un auteur inconnue; il y a de bonne idée; tâcher de m’en rappeler pour les insérer dans mon J***.

—B*** a fait ce matin un bon calembourt au café Dév...; ça ferat le trait de mon vaudeville finale.

—Econduire le jeune auteur qui m’a consultée sur sa piesse; lui faire accroire qu’elle ne présente pas d’élémant de suxès. Dire au piocheur de faire un scénarios là-dessu.

—Relire attentivement le trêté des participe, à cause de ces maudit journalistes. Et répondre à la lettre que m’a écrit le directeur.

COUPS DE LANCETTE.

M. Pellet a déposé deux exemplaires de sonCours d’orthographe usuelleau café des Variétés.

** *

«Les imprimeurs devraient bien savoir l’orthographe,» disait un vaudevilliste bien connu.

** *

—Quelque chose que fassent les journalistes, disait un vaudevilliste, j’aurai toujours l’avantage sur eux.

—Je crois bien, lui répondit-on, vous faites des pièces, et ils sont obligés de les écouter.

** *

On demandait à M*** pourquoi il n’exposait pas au Louvre, puisque les vaudevilles sont des objets d’industrie.

** *

Par jugement du tribunal de police correctionnelle, il est convenu que les vers d’un opéra valent quelque chose. MM. B. S. J. R. seront contents d’apprendre cette nouvelle.

** *

On me reproche de ne pas savoir le français, disait M. B...; eh! mon Dieu! Cicéron ne le savait pas plus que moi.

** *

Un vaudevilliste qui sait l’orthographe est persuadé qu’un journal a voulu faire son portrait en publiant un article intitulé:Le vin et le lait.

Dimanche, 12 août 1827.DÉSAUGIERS.

Quand il vint, personne ne chantait plus en France; c’était partout la terreur et le silence, c’était une stupeur généraleau milieu de laquelle notre gaieté s’était perdue comme tout le reste. Naguère si vif, si animé, si emporté dans ses plaisirs, le Parisien ne savait plus que trembler; et quand il entendit la voix du chansonnier créant de joyeux refrains, il recula, étonné de cet enchantement nouveau pour lui.

Car, en vérité, les chants de Désaugiers furent dès l’abord tous empreints de la franchise de son âme. Plein d’insouciance et de verve, il ne vit la vie qu’à travers un prisme couleur de rose. Poète du plaisir, il chanta comme Horace le vin, les fleurs, les femmes, l’amitié, et tous les dons que les dieux ont faits aux hommes pour leur faciliter l’existence.

Comme Horace, il s’éleva dans une époque atroce; comme lui, il servit merveilleusement la nation lorsque, de sang-froid, elle voulut revenir à son caractère primitif. Telle est la destinée des empires; après tant de bouleversements et l’interversion de la terre, il se fait que la main d’un poëte, une main faible et timide, se trouve toute-puissante pour faire avancer le char de la civilisation encombré dans des ruines.

Aussi, Désaugiers aura la seule récompense digne du poëte; il prendra place parmi les élus de la nation. Il vivra dans la mémoire tant qu’il y aura de la grâce chez nos femmes, de l’esprit parmi notre jeunesse; tant que les vers d’Anacréon seront regardés comme le résultat le plus heureux de la philosophie de tous les siècles.

Mais aujourd’hui ses amis pleurent sur sa tombe; la beauté a quitté ses guirlandes de fleurs; Thalie, éplorée, regarde ses blessures récentes. Hélas! depuis la mort de Panard, elle n’avait jamais ressenti une perte plus irréparable et plus cruelle!

Adieu, adieu, l’auteur de tant de charmants refrains! detant d’ouvrages délicieux! adieu l’esprit, la verve, la gaieté, la franchise, le Vaudeville n’est plus!!!

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .«Bon Désaugiers, avec philosophie,«Même en mourant, dit-on, tu conservais«Ce calme heureux que n’altéraient jamais«Les douleurs de ce mal qui consumait ta vie.«Vas te placer sur l’Hélicon,«Asile du génie et du talent modeste.»Et nous, pleurons sa mort... Mais Béranger nous reste.Consolez-vous, amis de la chanson.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .«Bon Désaugiers, avec philosophie,«Même en mourant, dit-on, tu conservais«Ce calme heureux que n’altéraient jamais«Les douleurs de ce mal qui consumait ta vie.«Vas te placer sur l’Hélicon,«Asile du génie et du talent modeste.»Et nous, pleurons sa mort... Mais Béranger nous reste.Consolez-vous, amis de la chanson.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .«Bon Désaugiers, avec philosophie,«Même en mourant, dit-on, tu conservais«Ce calme heureux que n’altéraient jamais«Les douleurs de ce mal qui consumait ta vie.«Vas te placer sur l’Hélicon,«Asile du génie et du talent modeste.»Et nous, pleurons sa mort... Mais Béranger nous reste.Consolez-vous, amis de la chanson.

** *

Les jours meilleurs prévus parFigarosont venus; les obstacles ont été levés. De nouveau Basile reparaît sur la vignette, tenu en respect par le bâton du barbier. Il y restera cette fois jusqu’au dernier jour.

Mercredi, 7 novembre 1827.LE RETOUR DE BASILE.BASILE,à la porte de Figaro, battant la semelle et soufflantdans ses doigts.

Diantre soit de l’événement! Moi qui comptais me chauffer tout l’hiver avec les rognures!... Mettre ainsi un pauvre homme à la porte! Il faut que je vive... Je sais bien que tout le monde n’en voit pas la nécessité... Allons Basile, mon ami, changeons de gamme; faisons comme l’abbé Pellegrin... Je ne me montrerai pas exigeant. Voilà ma pétition en deux mots: Le coin le plus éloigné du feu, les miettes de la table; et puis ce que je demanderai, ce qu’on me donnera, avec ceque je prendrai. Voilà tout ce qu’il me faut; j’en serai quitte pour quelques coups de lancette, mais le froid pique plus que cela: on peut mourir de faim, mais on ne meurt pas de honte. Frappons. (Il frappe.)

FIGARO.

Entrez! Bienvenu, qui arrive aujourd’hui...

BASILE.

Allons, c’est encourageant. (Il entre.)

FIGARO.

Comment! c’est toi, misérable?

BASILE.

Je suis content de toi; on voit que tu reconnais tes amis, même après leur disgrâce.

FIGARO.

Est-ce encore une mauvaise nouvelle que tu viens m’apporter?

BASILE,jetant sur la table une paire de ciseaux brisés[4].

Hélas! oui, bien mauvaise!

FIGARO.

Voilà un bien heureux malheur! Et que veux-tu que je fasse de cela?

BASILE.

Deux lancettes, en aiguisant les morceaux; c’est encore un assez joli cadeau, car ils sont d’une trempe excellente: tu dois en savoir quelque chose.

FIGARO.

Coquin! il serait donc vrai? tu étais...

BASILE,tombant aux pieds de Figaro.

Ah! mon ami, tu ne sais pas ce que c’est que la faim!

FIGARO.

Qui te défendait de vivre en honnête homme?

BASILE.

On fait si maigre chère!

FIGARO.

Te voilà pourtant bien plat.

BASILE.

Bien volé...

FIGARO.

J’entends... ne profite jamais.

BASILE.

Au contraire... profite toujours; mais il ne faut pas qu’on vous coupe la digestion si brusquement.

FIGARO.

Ah! ça, tu comptes t’en aller sur-le-champ?

BASILE.

Pas si bête! Je viens reprendre mon emploi.

FIGARO.

Tu as bien de l’audace!

BASILE.

C’est le mérite de ceux qui n’en ont pas d’autre. D’ailleurs, tu penses bien que j’ai profité de ma position: je sais unefoule de choses divertissantes et curieuses; j’étais à la bonne source. Tiens (tirant de sa poche plusieurs rognures de papier), voilà ce que toi ni tes confrères n’avez pu dire. Ecoute: On vient de mettre en vente l’Histoire des Favorites des rois de France, par M. de Châteauneuf. Tu sens qu’il ne faut pas mettre l’immoralité au rabais, afin que l’ouvrier puisse l’apprendre à bon marché.

FIGARO.

Comment! des mœurs, Basile?

BASILE.

Oh! non: affaire d’argent; j’en ai cinq exemplaires. Tiens! et cette Bigarrure, devions-nous permettre qu’elle fût connue? «Un vieillard privé de sa raison et en butte aux outrages des polissons de Marseille; ils le poursuivent dans les rues, l’entourent et le questionnent, puis accueillent ses réponses avec les éclats d’un rire ironique. Ce malheureux dont les habits sont en lambeaux, fut un des chimistes les plus distingués de la France: il dirigeait à dix-neuf ans une de nos premières manufactures. Couronné dans plusieurs académies, il est auteur de plusieurs mémoires traduits dans toutes les langues. L’Académie de Lyon a dit de lui qu’il avait créé la langue des sciences; il est frère de M. Quatremère de Quincy, et, comme tel, membre de l’Académie des sciences...» Sans doute, il y avait du bon dans la publicité de cette infamie; mais l’amour du prochain se révolte...

FIGARO.

Comment! de l’humanité, Basile?

BASILE.

Point... point, affaire de scandale. Maintenant, regarde ceci,Procès de Contrafatto. C’était une plaie trop douloureuse pour les âmes qui ont de la piété.

FIGARO.

Comment! de la religion, Basile?

BASILE.

Tu n’y es pas, cela me touchait personnellement. Affaire de costume. Tu vois bien que si j’ai empêché le mérite de parvenir, si j’ai tenu secrète l’apparition d’un bon livre, si j’ai exploité le silence au profit de quelques intrigants et même de quelques fripons, il y avait au fond de tout cela de ces arguments...

FIGARO.

C’est juste, mais écoute: j’ai une excellente idée.

BASILE.

Voyons.

FIGARO.

Il faut que je commence par une bonne action.

BASILE.

Envers moi?

FIGARO.

Envers toi: je t’attache...

BASILE.

A la rédaction du journal?

FIGARO.

Au pilori; je te mets en tête de ma feuille, et chaque matin... Ah! Basile, mon mignon, si jamais volée de bois vert!

COUPS DE LANCETTE.

Maintenant que je triomphe, a dit le maréchal S... à ses valets, déposez vos.... cierges!

** *

Paris n’est plus qu’un faubourg de Montrouge.

ÉPITAPHE.

Ci-gît un maréchal de dévote mémoire,Qui lisait son bréviaire avant d’aller au feu;Pour monter aux honneurs on dit qu’il crut en Dieu,Et qu’on lui paya cher cette œuvre méritoire.Pour mourir en chrétien, ce héros circoncisSe fit ensevelir dans un sarreau de serge,Puis il entra tout droit en paradisA cheval sur un cierge.

Ci-gît un maréchal de dévote mémoire,Qui lisait son bréviaire avant d’aller au feu;Pour monter aux honneurs on dit qu’il crut en Dieu,Et qu’on lui paya cher cette œuvre méritoire.Pour mourir en chrétien, ce héros circoncisSe fit ensevelir dans un sarreau de serge,Puis il entra tout droit en paradisA cheval sur un cierge.

Ci-gît un maréchal de dévote mémoire,Qui lisait son bréviaire avant d’aller au feu;Pour monter aux honneurs on dit qu’il crut en Dieu,Et qu’on lui paya cher cette œuvre méritoire.Pour mourir en chrétien, ce héros circoncisSe fit ensevelir dans un sarreau de serge,Puis il entra tout droit en paradisA cheval sur un cierge.

** *

Depuis le commencement de cette année 1827, M. Villèle sentait le pouvoir lui échapper. Bien des fois déjà sa position avait été menacée, mais jamais aussi sérieusement. Toujours quelque compromis l’avait sauvé. Il est vrai que, pour se maintenir, il n’avait reculé devant rien. Depuis longtemps il avait fait litière de ses convictions et de ses principes. Lui, qui se flattait de gouverner, il n’avait jamais fait qu’obéir à la pression du parti le plus fort. Sa carrière ministérielle ne fut qu’un long sacrifice à sa dévorante ambition.

Mais, à la fin de la session de 1827, il comprit au vide qui se faisait autour de lui que l’heure de sa chuteétait proche. Il récapitula les défaites du ministère et fut épouvanté. Un ambitieux, cependant, ne rend pas les armes sans combat; M. de Villèle se résolut à frapper un grand coup, à oser. L’heure des concessions était passée; toutes les combinaisons, toutes les tentatives étaient usées; un coup d’État pouvait seul lui conserver le portefeuille. Mais ce qui, dans sa pensée, devait le sauver le perdit. Lui-même hâta sa ruine en précipitant les événements.

Six mois avaient suffi au ministère pour perdre sa majorité dans la Chambre élective; la Chambre des pairs résistait en face.

M. de Villèle entreprit de briser ces deux oppositions. D’un seul coup,soixante-seizepairs furent nommés. Cette fournée devait rendre la majorité aux ministres du roi. Le même jour, une autre ordonnance prononçait la dissolution de la Chambre et convoquait les colléges électoraux pour nommer de nouveaux députés.

Protégé par la censure,—retirée par ordonnance du même jour,—M. de Villèle avait eu le temps de préparer les départements, ses agents intriguaient partout, il se croyait sûr des élections.

Les événements allaient tromper son attente.

COUPS DE LANCETTE.

On a beau agrandir la chambre, elle sera toujours moins large que leur conscience.

** *

On annonce que M. Comte part pour les départements. Il va donner des leçons d’escamotage.

** *

M. de V. ne voit dans les élections qu’un jeu de cartes.

L’anecdote et lescoups de lancettequi suivent sont une allusion à ce fameuxCabinet noir, qui empêcha tant de gens de dormir sous la Restauration. Violer le secret des lettres, et ouvertement encore, semblait chose toute naturelle.

ANECDOTE.

Un monsieur de la poste, un jour, par ignorance,D’une lettre rompit le mobile cachet,Pour voir, assurait-il, si les bourgeois de FranceAvaient pour lui quelque secret.Il fut pris sur le fait. Le cas était pendable;Rien ne pouvait excuser le coupable:Le peuple le plaignait. «Cessez, dit un intrus,Ne plaignez pas ce roi des drôles,Il a d’assez bonnes épaulesPour porter deux lettres de plus.

Un monsieur de la poste, un jour, par ignorance,D’une lettre rompit le mobile cachet,Pour voir, assurait-il, si les bourgeois de FranceAvaient pour lui quelque secret.Il fut pris sur le fait. Le cas était pendable;Rien ne pouvait excuser le coupable:Le peuple le plaignait. «Cessez, dit un intrus,Ne plaignez pas ce roi des drôles,Il a d’assez bonnes épaulesPour porter deux lettres de plus.

Un monsieur de la poste, un jour, par ignorance,D’une lettre rompit le mobile cachet,Pour voir, assurait-il, si les bourgeois de FranceAvaient pour lui quelque secret.Il fut pris sur le fait. Le cas était pendable;Rien ne pouvait excuser le coupable:Le peuple le plaignait. «Cessez, dit un intrus,Ne plaignez pas ce roi des drôles,Il a d’assez bonnes épaulesPour porter deux lettres de plus.

COUPS DE LANCETTE.

Ils espèrent gagner la partie avec les valets.

** *

On espère que M. de V... n’arrivera jamais à la majorité.

** *

Ils brisent le cachet des lettres pour revenir aux lettres de cachet.

ÉPITAPHEDE STELLA MESSALINA, DE CHAMBER-BASSE,Décédée le 6 novembre 1827.

D’un ministre corrupteurCi-gît la prostituée,Bien et duement polluéePar un vil entreteneur.Hélas! des mœurs les plus puresBrilla sa minorité;Mais dans sa majoritéOn ne trouva que souillures!Chamber-bassefut son nom,Basse, autant que se peut faire,Fille de corruption,Elle eut les traits de sa mère.

D’un ministre corrupteurCi-gît la prostituée,Bien et duement polluéePar un vil entreteneur.Hélas! des mœurs les plus puresBrilla sa minorité;Mais dans sa majoritéOn ne trouva que souillures!Chamber-bassefut son nom,Basse, autant que se peut faire,Fille de corruption,Elle eut les traits de sa mère.

D’un ministre corrupteurCi-gît la prostituée,Bien et duement polluéePar un vil entreteneur.Hélas! des mœurs les plus puresBrilla sa minorité;Mais dans sa majoritéOn ne trouva que souillures!Chamber-bassefut son nom,Basse, autant que se peut faire,Fille de corruption,Elle eut les traits de sa mère.

COUPS DE LANCETTE.

MM. Vil..., Corb.... et Peyr.... ne tiennent plus qu’à un fil; c’est le sort de tous les pantins.

** *

Que les ministres se sauvent, et la France est sauvée.

Dans l’opinion de M. de Villèle, la brusque dissolution de la Chambre et la convocation immédiate des colléges électoraux devaient assurer la nomination des hommes présentés par le ministère et lui rendre ainsi la majorité nécessaire. L’administration avait pu dresser à loisir et d’avance toutes ses batteries; l’opposition,prise au dépourvu, ne devait pas avoir le temps de se reconnaître et de se concerter. Ce fut la dernière erreur de M. de Villèle.

Ces mesures inattendues, hautement qualifiées d’embûches indignes, irritèrent profondément le corps électoral. L’indignation fit taire les scrupules et les dissentiments. Toutes les oppositions se donnèrent la main, toutes les opinions se rallièrent contre un ministère abhorré, dont on ne voulait plus à aucun prix. Les préfets essayèrent de renouveler les fraudes et les violences de 1824; peines perdues, leurs complices mêmes les abandonnèrent et les trahirent, entraînés par l’irrésistible courant de l’opinion. On devinait la défaite avant le combat.

A Paris, les huit candidats de l’opposition furent acclamés plutôt que nommés par une immense majorité. Le ministère ne fut ni surpris ni effrayé de ce résultat, il l’avait prévu. Restaient les départements, qui pouvaient tout sauver encore, le cabinet y comptait, mais que pouvait entraîner l’exemple de la capitale. Pour avoir plus facilement raison des départements, on résolut de les frapper d’épouvante. Le spectre de la Révolution, ressource suprême des tyrannies dans l’embarras, fut tiré de la boîte aux accessoires gouvernementaux, et c’est dans le sang que tomba le ministère Villèle.

La victoire remportée à Paris par l’opposition était à peine connue, que la ville s’illumina comme par enchantement. C’était le dimanche 28 novembre 1827.

Le lendemain, lundi matin, les journaux ministériels, en enregistrant la défaite du cabinet, parlèrent en termes amers de l’allégresse publique et prédirent lesplus terribles événements. «Nous allons voir la Révolution à l’œuvre,» disaient-ils. Le soir même, leurs prédictions se réalisaient.

Le lundi soir, en effet, les illuminations furent plus brillantes que la veille, surtout dans les quartiers Saint-Denis et Saint-Martin. Là, par conséquent, se portait la foule. On criait, on tirait des pétards; mais, en somme, tout se passait le plus tranquillement du monde.

Il était déjà neuf heures du soir, les lumières s’éteignaient, la foule se retirait lentement, lorsque tout à coup éclata une de ces émeutes sans émeutiers comme savait, au besoin, en organiser la police. Une soixantaine d’individus à mines hétéroclites, qui firent subitement irruption dans la rue Saint-Martin, donnèrent le signal des désordres, ils brisaient à coups de pierres les vitres des maisons dont les illuminations s’étaient éteintes. Bientôt, ces violences ne leur suffirent plus: aidés de quelques désœuvrés et d’un assez grand nombre d’enfants, ils renversèrent les voitures que le hasard amenait dans cette direction et commencèrent des barricades. Les curieux, épouvantés, cherchaient à fuir; ils ne pouvaient; de tous côtés la rue était interceptée. Cependant, pas un agent de police ne paraissait, pas un gendarme; les postes voisins laissaient faire.

A onze heures seulement, la force publique donna signe de vie. Les faux émeutiers étaient loin. Il n’y eut, de la part de la foule, aucune provocation. Quelques cris de: A bas les gendarmes! poussés par des gamins, se firent seuls entendre. La troupe tira cependant, sans sommation, puis chargea. Il y eut des morts et des blessés. Quelques malheureux furent tués aux fenêtres,d’autres sabrés, tandis qu’éperdus ils s’enfuyaient par les rues latérales. A une heure, on entendait encore des feux de peloton.

Le lendemain, chose incroyable, les mêmes scènes se renouvelèrent. La police n’avait pris aucune mesure, elle n’avait même pas fait déblayer les rues Saint-Martin et Saint-Denis; les essais de barricades étaient toujours debout. Toute la journée, la circulation des voitures fut interrompue.

Puis, le soir, mardi, dès sept heures, les mêmes individus recommencèrent leurs attaques. Comme la veille, la police était absente. Les habitants de la rue demandèrent main-forte aux postes voisins; les postes refusèrent de sortir, ils avaient des ordres. Les bourgeois, alors, essayèrent de rétablir l’ordre eux-mêmes. Ils arrêtèrent quelques-uns des misérables et les conduisirent au poste; on les relâcha presque aussitôt.

Les barricades, cependant, allaient leur train. L’une d’elles, vis-à-vis du passage du Grand-Cerf, s’élevait presque à la hauteur d’un premier étage. Cette fois, les perturbateurs allèrent jusqu’à maltraiter quelques boutiquiers. Leur besogne faite, les misérables se retirèrent; puis, comme la veille, la troupe arriva de trois côtés à la fois. Les soldats ne trouvaient aucune résistance, n’importe, ils faisaient feu; les gendarmes sabraient. Jusqu’à une heure fort avancée de la nuit, la tuerie continua dans un rayon assez étendu. Il y eut des morts, un grand nombre de blessés.

Le lendemain, à Paris, la consternation fut grande, l’indignation plus grande encore. La capitale se leva en masse pour accuser la police, complice du ministère. Des plaintes furent déposées, la cour évoqua l’instruction.Mais, après trois mois d’enquête, le parquet fut obligé de rendre une ordonnance de non-lieu. C’était à la police de signaler les coupables, de les trouver; le pouvait-elle? Il resta prouvé qu’on avait tiré sur des citoyens inoffensifs, qu’on avait sabré des curieux et des passants: voilà tout.

Si, comme tout le fait croire, le ministère n’avait pas reculé devant un crime abominable, le crime ne lui servit de rien. Les électeurs des départements furent épouvantés, c’est vrai; l’opposition fut moins forte, mais elle conserva encore une majorité de plus de cinquante voix. C’était la chute du Cabinet, les ministres le comprirent. Le 26 décembre, les journaux annoncèrent le départ de M. de Villèle pour la Bretagne.

Mardi, 20 novembre 1827.BIGARRURES.

Tout Paris a été illuminé hier; l’allégresse était au comble: les pétards éclataient de tous cotés, les feux de joie se multipliaient à l’infini; les rues Saint-Denis et Saint-Martin étaient resplendissantes de lumières. La présence inutile d’une cinquantaine de gendarmes à cheval a seule troublé cette grande fête de famille. En vain les priait-on de marcher au pas; un vieil officier, placé sur le flanc du détachement, a commandé à sa troupe de partir au grand trot, et, brandissant son sabre, on l’a entendu s’écrier: «Frappez! frappez-les!»

Cette scène de désordre avait lieu dans la rue Saint-Denis au coin de la rue Mauconseil.

Mercredi, 21 novembre 1827.BIGARRURES

Dans la déplorable soirée d’avant-hier, M. Duvillard, officier de gendarmerie, de service au théâtre Feydeau, s’est permis d’éteindre à coups de pied quelques lampions placés à la porte du libraire Jehenne. M. Duvillard obtiendra sans doute une bonne note chez M. Franchet[5]pour cet acte decourageet depatriotisme.

COUPS DE LANCETTE.

La rue Saint-Denis va, dit-on, prendre le nom de rue des Boucheries.

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Quand la foule ne veut pas se retirer, on la somme.

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Autrefois il y avait guet à pied, guet à cheval; aujourd’hui, il y a guet-apens.

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On n’a tué personne; on a seulement envoyé quelques prévenus devant leur juge naturel.

Jeudi, 22 novembre 1827.L’AVEUGLE ET SON FILS.

L’AVEUGLE.

Viens par ici, mon enfant; j’entends des cris de joie. Il y a bien longtemps que les accents de l’ivresse populaire ne sont parvenus à mes oreilles.

L’ENFANT.

Oh! papa, si tu pouvais voir combien les maisons sont brillantes! Neuf heures du soir viennent de sonner, et l’on se croirait au milieu d’un beau jour.

L’AVEUGLE.

J’ai souvenance que dans mon jeune temps les habitations des citoyens étaient souvent ornées de semblables lumières; mais ce n’était pas toujours une preuve d’allégresse.

L’ENFANT.

Je sais ce que tu veux dire; mais alors on n’apercevait qu’aux premiers étages la lueur vacillante de quelques lampions; les grands hôtels seulement étaient éblouissants de clarté, tandis qu’aujourd’hui un cordon de feu brille aux lucarnes de toutes les mansardes.

L’AVEUGLE.

Aux mansardes mêmes! c’est une fête nationale; le pauvre n’illumine pas par ordre. Avançons.

L’ENFANT.

Entends-tu le bruit des pétards?

L’AVEUGLE.

On les a prohibés. Et comment des hommes qui devraient jouir paisiblement d’un bienfait ou d’une conquête.....

L’ENFANT.

Ce ne sont pas des hommes, papa, ce sont des enfants comme moi, qui, voyant leurs pères heureux, veulent aussi prouver leur allégresse. Nous n’avons pas la voix assez forte; un pétard, cela fait du bruit!

L’AVEUGLE.

Cela peut faire du mal, et l’on se croirait en droit de réprimer fortement la joie du peuple pour un léger accident causé par des têtes sans cervelle: peut-être même profiterait-on de l’imprudence de quelques inexpérimentés pour mêler à eux des gens qui auraient une vengeance à exercer, des haines à assouvir.

L’ENFANT.

Tu as raison, mon père, car je viens de voir passer près de nous une foule d’hommes en guenilles qui viennent de lancer leurs fusées dans les vitres des maisons voisines. Entends-tu le bruit des carreaux que l’on casse?

L’AVEUGLE.

Il y a des lois; les malfaiteurs seront punis.

L’ENFANT.

Cependant, mon père, ils viennent de se ranger pour laisser passer une patrouille, et celle-ci ne leur dit rien.

L’AVEUGLE.

Le peuple ne se réjouit pas souvent, on ne veut pas troubler ses plaisirs.

L’ENFANT.

Ah! mon Dieu, papa, combien de soldats viennent au loin.

L’AVEUGLE.

N’aie pas peur, mon enfant; on a besoin souvent de déployer l’appareil militaire quand la foule est grande. Mais ces armes, que tu as le bonheur de voir briller, n’ont été tirées que pour défendre les citoyens, on ne veut que les protéger: ce sont les ennemis de l’ordre qui doivent seuls trembler, puisque ces soldats qui s’avancent vers nous ont mission de veiller à ce qu’il ne nous soit fait aucun mal.

L’ENFANT.

Mais quel bruit viens-je d’entendre? on dirait une décharge de mousqueterie.

L’AVEUGLE.

Ce sont les pétards dont tu parlais tout à l’heure.

L’ENFANT.

Je ne me trompe pas, une balle vient de siffler à mon oreille.

L’AVEUGLE.

Enfant, ne reconnais-tu pas le bruit que fait une fusée en s’échappant des mains de celui qui l’allume?

(Le même sifflement retentit une seconde fois aux oreilles de l’aveugle; il étendit la main vers son fils pour le rassurer; l’enfant n’était plus à ses côtés, il gisait sur le pavé.)

COUPS DE LANCETTE.

—Il y a donc eu beaucoup de personnes tuées hier? demandait mademoiselle Duch... à un gendarme qui se trouvaitdans les coulisses le lendemain du désastre de la rue Saint-Denis.

—Mais non, répondit le naïf militaire; pas trop.

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C’est comme parrain des 76 que M. Vil... a fait distribuer des dragées au peuple.

** *

M. Vil... fait quelques corrections au calendrier, il vient de changer le jour des Morts.

CORRESPONDANCE MILITAIREJEAN PICHU A SES PARENTS.

Jeudi, 29 novembre 1827.

Respectables parents,

I n’y a qu’un mois et un jour que je sui-t-au service, et l’on vient déjà de m’lancer au feu. Attention!... J’vas vous narrer la chose. V’là qu’à dix heures du soir not’ coronel mont’ sur son grand cheval de bataille. «Fantassins.... qui dit.... i n’s’agit pas d’ça: la patrie est en danger; i faut nous mett’en route.» Moi, j’étai-t-en train d’jouer àbreling-chiquet; j’plante la partie là, et je cour-t-aux armes. Nous défilons tous en silence, tambour battant, le long d’not’faubourg, et nous faisons, une pause au coin d’la rue St-Denis, qui ce jour-là était tout illuminée d’lampions comme unvolcan. Alors j’apercevons çà et là pas mal depéquins(sauf vot’ respect), qui avaient l’air de t’nir conciliabule... A c’te vue, le ventr’ commence à megrouiller... mais, à mesure que nous avançons, v’là lespéquinsquifouinent... ça me donne du courage. Une échelle barre not’marche triomphante; all’ nous sert à monter à l’assaut... oui; mais on fait d’la résistance... Pour lors, not’ coronel qui n’ s’embête pas dans les feux d’file, nous crie: En joue... feu!... Moi, j’tire!... pass’que, voyez-vous, mes bons parents, l’soldat est un état à part; nous sommes tous des automates, comm’ dit not’ coronel, qui d’vons toujours obéir sans préambule. Après cett’ petite charge, nous nous précipitons sur les fuyards à travers les lampions. Au détour d’une rue, moi, j’vois un bergeois en retard... j’veux l’empoigner.... Pan! i m’donne un soufflet soigné, et s’sauve en m’appelant blanc-bec, dont j’ai la joue encore tout’ rouge. V’là pour le premier jour. Le lend’main, c’est à r’commencer. Je r’çois un éclat de pétard sur l’œil gauche, et pour changer j’ai la figure toute noire. L’troisième jour, même manége; mais i n’y avait plus personne. Stapendant, on me place t’en faction pendant quatre heures d’horloge, ousque j’attrapai un rhume de cerveau; j’battis la semelle avec un brave marchand de marrons en plein vent, qui m’permit d’prendre un air de feu à son fourneau. J’y brûlai un pan de ma nouvelle uniforme. J’croyais qu’à l’odeur du roussi mon coronel allait m’fourrer aux z’haricots... au contraire, i m’fit carporal sur le champ de bataille. Bref, je suis présent’ment à l’hôpital pour guérir ma chienne de catarrhe. Envoyez-moi de la bonn’ réglisse vivement.

Adieu, papa, maman; je suit en toussant votre fils bien-aimé.

Jean Pichu, fantassin.

COUPS DE LANCETTE.

LaGazetteparle de liberté comme une prostituée de pudeur.

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Au lieu de décorer les gendarmes et de casser les boutiques, on ferait mieux de décorer les boutiques et de casser les gendarmes.

** *

On a vu M. Piet assis sur les ruines du pot-au-feu ministériel,ces deux grands débris se consolaient entre eux.

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La nuit dernière, M. V... a senti un bourgeois de la rue Saint-Denis qui le tirait par les pieds.

JOURNÉE D’UN BON GENDARME.

«Le premier devoir d’un bon gendarme qui veut devenir brigadier est d’aller à la messe, de même que le premier devoir d’un employé supérieur des postes est d’inspecterles lettres, et celui de M. Piet d’avoir un chef de cuisine. Je me lève donc frais et dispos; je passe mon costume de ville, ma redingote bleue, je mets ma cravate et mes bottes à éperons; je prends ma grosse canne à pommeau d’ébène, je me mets en route... me voilà à l’église.

«Je me place d’ordinaire là où je vois le plus de monde; mais je laisse chanter les prêtres et dire la messe aux bonnes âmes qui m’entourent: ce n’est pas pour cela que jesuis venu. Je regarde, j’observe, j’écoute, ce serait une bonne fortune pour moi si je pouvais mettre M. Franchet sur la trace d’un bon sacrilége!... Je serais brigadier demain.

«Rien à faire à l’église. Parcourons quelques quartiers de la capitale. Diable! qu’est-ce qu’on chante là-bas?Les Bons Gendarmes!...Quelle audace! Si j’attrape cet Odry, qui est sans doute un des rédacteurs duConstitutionnel, il passera un vilain quart d’heure. Quelle est donc cette rumeur chez ce libraire? Ah! j’y suis, on saisit desin-32. Bien! saisissez toujours. J’en saisis moi-même plusieurs exemplaires. Cela montera ma bibliothèque.»

Le bon gendarme continua ses travaux philanthropiques. Dix-sept exploits signalèrent sa matinée; et midi sonnait à peine qu’il était déjà de retour à la caserne, le menton enfoncé dans sa cravate, agitant sa grosse canne, et sifflant la marche deRobin des boisavec autant de plaisir qu’un étudiant sifflerait Quatremère de Quincy.

Enfin il fallut endosser la livrée guerrière. Le regard oblique de l’observateur fit place à l’air farouche d’un apprenti maréchal de France à 2 fr. 50 c. par jour. Ainsi costumé, il quitte sa caserne et reprend ses courses avec la ferme résolution de remplir sa mission avec conscience, afin d’être nommé brigadier.

«Oh! oh! voilà qu’on crie au voleur! à l’assassin! c’est mon affaire. J’empoigne l’individu, je le tiens ferme. Mais on se presse là-bas... qu’est-ce donc? C’est un élève en droit qui s’est échappé de Sainte-Pélagie. Un élève en droit! Vite, je lâche mon assassin, et je cours après l’étudiant. Je parie que ce mauvais sujet aura écrit contre le ministre ou contre les gendarmes. Si je l’attrape, je suis brigadier.»

L’étudiant courait plus vite et disparut.

Désolé de sa mésaventure, notre héros, après une longuepromenade, finit par découvrir un simple perturbateur, et le conduisit au corps de garde. Il ne devint pas brigadier.

FEUILLE VOLANTEenVOLée d’un VOLume sur la VOLontéPar M. Dud***.

«Il ne faut jamais s’arrêter dans sonvol.»

Prenons notrevolée en riant duvolcanvoltairien et révolutionnaire dontvolontiers les malévoles font peur auxvoluptueux. Qu’espère cevolcan ou plutôt ce campvolant devoltigeursvolages, frivoles et faux,volontaires, par ses évolutions contre une fermevolonté qui peut dans sonvolchasser cesvolatiles dans unevolière?

Mais cesvolereaux, par leurvolubilité, pourrontvolatiliser les esprits, et la révolte naître de cettevolatilisation. Il fautvolontairement paraître affaiblir sonvol,voleter même, et, par d’adroites circonvolutions, s’emparer des bénévoles; puis fairevolte-face, et nous avons lavole; car lesvoltigeurs ne pourront convoler à d’autres révolutions.

Lavolonté ferme a faitvoler jusqu’à nous les noms de Scévole et de l’hôte desVolsques. Nousvolerons aussi; et après sept ans révolus de travauxvolumineux, un char nous feravoler à nosvoluptueuses demeures, où, grâce aux biens qui nous seront dévolus, nous nous reposerons d’un longvolenvoltigeant autour desvolages en bavolet.

Soyonsvolontaires; mais si les frivoles révoltés, élevantvolonté contrevol, faisaient envoler nos espérances, envolons-nous avec elles avant qu’ils ne nous rattrapent auvol.

Passant des adorateurs deVolianus aux anciens croyants deVola, et poussé parVolturne jusqu’aux autels deVolutma; voguant sur leVolturnon en parcourant laVolhinie, bien fourré dans notrevolvi, nous attendrons, pourvolter et revoler près de nos pénates, le temps oùVoltaire et la révolution ne rendront plus des esprits frivoles etvolatilisés semblables aux malheureux atteints duvolvulus.

COUPS DE LANCETTE.

Suivant M. de Clerm... Tonn..., on ferait d’excellentes bourres avec la Charte.

** *

Enfin M. de Peyr... vient de rendre justice à quelqu’un, il s’est donné sa démission.

** *

Les démissions deviennent à la mode en Angleterre; E. Vil... devrait bien imiter les modes anglaises.

CIRCULAIRE SECRÈTETROUVÉE PAR UN INDIVIDU QUI VENAIT DE PRENDRE SON PASSEPORT

Nascuntur mouchards, fiunt gendarmes.

A tous les intéressés qui ces présentes liront, salut.

Faisons savoir que les aspirants mouchards qui pullulent autour de nous d’une manière étourdissante (et, par cela,nous mettent à même d’être plus difficiles sur le choix), qu’ils doivent se dispenser de s’inscrire sur les rangs, s’ils n’ont pas les vertus morales et les qualités physiques requises par le présent cahier des charges:

Art. 1er. Il faut qu’un mouchard soit bête, parce qu’un homme d’esprit ajoute toujours quelque chose dans ses rapports.

2. Qu’il soit sans pitié, parce que son père peut être républicain.

3. Qu’il soit discret, parce qu’il connaît toutes les bévues administratives.

4. Il devra boire comme un Suisse, mais garder le sang-froid d’un Italien.In vino veritas.

5. Il est de toute nécessité qu’il soit lâche: car la peur donne des jambes, et un poltron est moins exposé qu’un autre à laisser saisir sur lui sa carte d’électeur.

6. Il importe qu’il n’ait pas de religion, pour mieux surveiller la conduite des impies dans les églises.

7. Il est de rigueur qu’il soit escroc, pour ne pas faire rougir ses camarades. Il ne serait pas mal qu’il sortît du bagne.

8. Il lui est enjoint de ne pas faire de cuirs dans un salon et de ne parler que l’argot dans un cabaret.

9. Ses oreilles doivent être aussi étendues que l’esprit de César, pour entendre de quatre côtés à la fois.

10. Son omoplate doit être revêtue d’une épiderme fortement trempée, parce que les cuirasses de papier gris sont chères: l’administration a renoncé à en fournir.

11. On exigera des certificats authentiques d’une campagne sous le fameux Lebon, de trois ans de service sous Savary, et une attestation en règle de sa présence à Nîmes en 1815.

12. Il ne peut être affilié à aucune congrégation, parce que son temps est trop précieux.

Nota.S’il a toutes les qualités requises, il sera reçu à cinquante sous par jour. On lui paiera les coups de bâton à part et à la douzaine, et il aura des gratifications pour les avaries.

COUPS DE LANCETTE.

Monseigneur a fait augmenter la garnison de Paris: est-ce pour donner des étrennes aux habitants de la rue Saint Denis?

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Malgré le jour de l’an, M. de Peyr... reste déconfit.

TÉLÉGRAPHE DE MONTROUGE

—Mingrat est calme dans sa prison.

—On espère que les électeurs du Jura opteront pour Sa Grandeur.

—On dit Contrafatto bien malade.

—L’empoisonneur Royer a été marqué; il a conservé toute sa tête pendant l’exécution.

—Un avocat général d’Amiens refuse de poursuivre les écrits clandestins sortis des presses du baron de Villebois, s’ils ne sont dénoncés à Bourges, à Lyon et à Paris.

—Les agraviados qui habitent Toulouse ont reçu l’ordre de quitter cette ville.

—Les catholiques de la paroisse de Saint-Sauveur, à Gand,seront appelés à l’office au son de trois cloches, au lieu d’avoir le chagrin de n’en entendre qu’une.

—Le père don Pablo Abbella vient d’être sacré évêquein partibusde Thibériopolis.

—Ferdinand VII prend le titre de chanoine de la cathédrale de Barcelone. Il a reçu trois années d’avance de son traitement et quarante mille francs en sus. Le jour de sa nomination, il a assisté auTe Deumet à l’embarquement des agraviados pour les galères de la côte d’Afrique.

—N’ayant pu empêcher qu’un bâtiment à vapeur, parti de Batavia, vînt mouiller à Singapore, on a eu soin de faire croire aux indigènes de ce port que le diable faisait marcher le bâtiment.

—On entretient toujours dans l’esprit du peuple des idées de sorcellerie. Un jeune garçon de ferme, aidé d’un vagabond, a abusé de la confiance d’un mari pour violer sa femme, sous prétexte de chasser le démon dont elle était possédée. Le tribunal de Laval a condamné les imposteurs.

—On ne compte que 4,206 enfants déposés à l’hospice de la Maternité.

—On continue à mettre en vigueur, à Francfort, la loi nouvelle qui ne permet que quinze mariages par an sur mille familles juives.

—Grande distribution de croix de la Légion d’honneur aux fonctionnaires qui ont fait preuve de zèle lors des élections du Nord.

—Pas de gratifications cette année aux commis du ministère des finances: elles avaient été données aux électeurs.

COUPS DE LANCETTE.

Je suis ici contre la volonté du peuple, s’est écrié M. de Vil..., et j’y resterai par la force des baïonnettes.

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M. de Corb... a été fouillé à la barrière de Rennes; pour la première fois, il n’avait pas fait la fraude.

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M. de Peyronnet a manqué faire une chute pour commencer la nouvelle année; nous la lui souhaitons bonne.

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On dit que M. de Corbière n’est plus malade; il est toujours bien bas.

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M. Martignac est ministre de l’intérieur, espérons que tout finira par des chansons.

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On dit que M. de Peyron.... se retire avec des millions; nous avions toujours cru que c’était un pauvre homme.

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On dit que M. de Clerm..... Ton..... bourre tout le monde, depuis qu’il ne fait plus fusiller personne.

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On dit que, dans le nouveau ministère, il y a déjà des chefs de division.

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Le ministère n’est franc qu’à demi, il sera dissous.

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M. de Vatisménil est nommé député de la Corse; c’est bien pour son âge, on dit qu’il n’a que trente-huit ans.

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Les élections auraient porté de mauvais fruits, si on les jugeait sur l’écorce.

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M. de Vatimesnil, étranger dans son pays, a été réduit à se faire nommer en pays étranger.

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Montrouge est pour la France la barrière du trône.

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M. le duc de Wellington a l’ouïe dure, c’est peut-être qu’autrefois on lui a frotté les oreilles.

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Il y avait des gendarmes au mariage de mademoiselle Laf...: voilà qui est bien ministériel.

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Deux académiciens sont, dit-on, nommés censeurs; est-ce que l’Académie s’ennuierait d’être honnête?

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L’année dernière, on comptait sur l’ineptie des députés; aujourd’hui, on craint leur adresse.

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Qu’on dise que les jésuites ne se fourrent pas partout, il y en a même aux galères.

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M. le duc de Raguse est en procès avec son cuisinier; est-ce qu’il serait jaloux de ses lauriers?

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Le chef de brigade Coco a partagé la disgrâce de M. Franchet: il aura une recette particulière.

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On désirerait savoir quel commerce fait M. de Saint-C......

Samedi, 2 février 1828.LA PARTIE DE CARTES

VILL.—Allons, Peyr, et vous, d’Herm, faisons une petite partie de cartes. Il faut bien maintenant que nous occupions notre temps à quelque chose.

DUD.,s’élançant vers la table.—D’abord, je prends... les cartes. Que jouons-nous?

PEYR.—L’honneur.

DUD.—C’est amusant! jouer toute une soirée sans pouvoir gagner ni perdre.

VILL.—Je suis de votre avis; il faut rendre la partie intéressante. Je suis fort pour l’intérêt... Mais quel jeu choisissons-nous? le boston?

DUD.—A la bonne heure, on y fait des levées.

CORB.—Oui; mais de tous côtés on entend prononcer le mot demisère... ça donne des idées qui empêchent de dormir.

DEL.,d’un ton imposant.—Enfin, messieurs, c’est un jeu séditieux.

TOUS.—Séditieux!

DEL.—On y parle d’indépendance.

PEYR.—C’est vrai, messieurs; revenons donc aux doux et naïfs plaisirs de nos ancêtres,jouonsle mariage.

VILL.—C’est un jeu divin; on peut y coter ses points, si on en fait. Où est l’heureux temps où je tournais et retournais le roi comme je voulais.

CORB.—Vous n’en cachiez pas moins bien votre jeu. (Ils se placent et ils jouent tous successivement.)

PI.—Ce diable de Vill, comme il a rempli ses poches! il nous a tous gagnés.

VILL.—J’en ai gagné bien d’autres.

PI.—Grâce à mes brioches.

D’HERM.—Grâce à mes écoles.


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