Chapter 7

CORB.—Quant à toutes les écoles, si vous m’aviez écouté...

PEYR.—Ah! ouais! parlez-moi du piquet: on y fait des tierces, même contre des cartes supérieures.

DUD.—Et l’écarté? c’est ça un jeu charmant; on peut y faire des voles!

PI.—Oui, c’est charmant; surtout quand on a la fourchette.

Jeudi, 7 février 1828.UNE HEURE AVANT LE LEVER DU RIDEAU[6].

Tous les acteurs sont prêts, la pièce est sue, dans une heure on va commencer. Tandis que le public attend avec impatience le lever du rideau, les individus qui doivent concourirà l’ensemble de la représentation sont diversement occupés. Ceux-ci, s’imaginant que le comble de l’art est dans la manière de se présenter en scène, s’étudient devant une glace à prendre de nobles poses: ils feront d’excellents mimes: l’emploi des personnages muets est assez tombé en discrédit pour qu’il ne conduise plus aux subventions.

Ceux-là pensent que toute la magie du débit est dans la variété des inflexions de la voix; ils s’écoutent rendre des sons et, fiers de quelques intonations assourdissantes, ils ne s’aperçoivent pas qu’ils ne sont autre chose que des instruments à vent.

Nous sommes dans les coulisses; je veux vous conduire au milieu de chacun de ces groupes.

Le premier n’est pas nombreux; mais ceux qui le composent doivent faire trembler pour le sort futur du drame: ils ont stipendié les misérables qui peuplent nos parterres pour murmurer contre les artistes les plus remarquables. Ils n’ont d’autre but que d’empêcher l’effet d’une belle scène: par exemple, celle où un vengeur de la patrie accuse publiquement un traître, et brave les poignards de quelques scélérats en traînant le misérable devant les magistrats qui doivent le punir.

Le groupe le plus voisin est formé d’autres acteurs à qui l’usage a donné le nom d’utilités, ne sachant comment désigner leur nullité. Moins hardis que ceux que nous venons de voir, mais non moins dangereux, ils ont promis aux ennemis des premiers sujets de la troupe d’interrompre maladroitement une réplique sublime, de se faire siffler même, pour que le bruit pût couvrir la voix d’un des héros ou détourner l’attention publique d’une situation hardie ou d’une partie intéressante de l’exposition.

Par ici nous apercevons quelques débutants, qui se sontglissés par intrigue dans la société dramatique: le désir de porter l’habit de théâtre leur a donné de l’audace; mais, au lever du rideau, les spectateurs sauront bien reconnaître la fraude. Gare aux huées lorsqu’ils paraîtront!

Plus loin, et c’est là que doivent se porter nos regards, sont les principaux personnages de la pièce. Sans étudier leurs poses, ils en ont trouvé d’admirables; car ils se sont pénétrés de leurs rôles. Ils essaient quelques passages de l’ouvrage qu’ils vont représenter, et, sans avoir cherché des inflexions de voix, leur débit fait tressaillir, enflamme, inspire l’admiration. Ils ont demandé leurs inspirations à de nobles sentiments; ils n’ont cherché qu’à traduire l’expression de la vérité.

Dans une heure le rideau sera levé; dans une heure un drame vraiment national aura commencé. Quelques malveillants sans doute troubleront cette représentation; l’ensemble aura peut-être à souffrir de l’ineptie de quelques acteurs, des dispositions coupables de quelques autres, de petites jalousies, de grandes passions; de vils intrigants tendront à neutraliser les efforts des premiers sujets: mais un nouveau système administratif n’accordera plus defeuxaux comédiens nuls ou malintentionnés, pour les consoler du mépris et de la vengeance publique; la cabale ne sera plus grassement rétribuée pour applaudir à l’incapacité impudente et insulter au public qui paye.

Allons, courage! qu’une noble émulation tourne au profit de tous! Méritez un succès; car, si la représentation n’était pas satisfaisante, il faudrait craindre un déficit à la caisse.

COUPS DE LANCETTE.

Le corpulent Dec... se croit d’un grand poids à la guerre; ce n’est qu’une grosse charge.

** *

M. de Martignac a dit à un fonctionnaire de la Corse: «Pour vous conduire ainsi dans les élections, il fallait que vous fussiez sous-préfet.»

Depuis longtemps on attaquait M. de Vaulchier, directeur général de l’administration des postes, sur lecabinet noir, nom donné au local dans lequel on décachète les lettres, soit au départ, soit à l’arrivée. Organisé par Louis XIV, il avait toujours été maintenu sous tous les régimes et, sous Charles X, il était devenu un des grands moyens d’espionnage de la congrégation. Voici les détails qui furent officiellement donnés dans la séance du 3 mai:

«Le cabinet était le laboratoire d’un comité de vingt-deux membres; ils profitaient des ténèbres pour se rendre, à des heures convenues, dans cet odieux repaire, et n’en sortaient qu’avec les plus grandes précautions pour se dérober aux regards du public. 30,000 fr. par mois, pris sur les fonds d’un ministère, servaient à solder ces vils employés. Dans la nuit du 31 janvier dernier (1827), le comité a été dissous.» (Mémoires secrets, 1828.)

Si triste que fût la cause du cabinet noir, M. Marcassus de Puymaurin essaya de la défendre. Toute sa logique consistait à dire que, puisqu’il avait existé, ildevait être maintenu; qu’au surplus, le gouvernement n’employait ce moyen de connaître les manœuvres de ses ennemis que pour le grand bien du peuple et la plus grande gloire de la religion.

—Parlez un peu moins de religion et de morale, lui répondit M. Daussant, et n’amollissez pas les cachets.

L’administration des postes a reçu l’ordre de fournir le nom des employés du cabinet noir. M. Roger n’est pas blanc.

** *

Lorsque toutes les maisons des jésuites seront à vendre, nous aurons une chambre à louer.

** *

Quand M. Genoude imprime, ses presses gémissent.

ÉPIGRAMME.

Bon! Récam... guérir, c’est une gasconnade,Il a l’esprit dévot, mais n’a pas l’esprit sain;Et si Montrouge est si malade,C’est qu’il l’a pris pour médecin.

Bon! Récam... guérir, c’est une gasconnade,Il a l’esprit dévot, mais n’a pas l’esprit sain;Et si Montrouge est si malade,C’est qu’il l’a pris pour médecin.

Bon! Récam... guérir, c’est une gasconnade,Il a l’esprit dévot, mais n’a pas l’esprit sain;Et si Montrouge est si malade,C’est qu’il l’a pris pour médecin.

COUPS DE LANCETTE.

M. Pantoufle vient de faire une chanson-circulaire sur l’air:Je suis libraire.

** *

On conseille à M. Gen.... de ne plus imprimer; il s’affiche.

** *

La congrégation va pendre la crémaillère plus loin; c’est chez nous qu’elle devrait être pendue.

** *

M. Pantoufle, parce qu’il a imprimé quelques livres, veut qu’on l’élise.

** *

Quand M. Pardessus discute une question de droit, il fait presque toujours une école.

** *

Chacun dit: Où diable M. Pantoufle s’est-il fourré?

** *

Un honnête homme s’est fâché hier parce qu’on l’appelaitpréfet.

** *

Quoi qu’en dise Sganarelle, il est évident que le cœur n’est pas à droite.

** *

Il n’y a que deux académiciens qui aient pris M. de Pongerville pourLucrèce.

** *

Extérieurement, M. de Martig... laisse maltraiter les préfets, mais il les caresse dans son intérieur.

Dimanche, 24 février 1828.L’INFIRMEOU LA GAUCHE ET LA DROITE.

La gauche est pleine de vigueur, de force et d’adresse; elle écarte en se jouant tous les obstacles qu’on oppose à la marche du corps dont elle fait partie, et ce qu’on lui confie, elle le tient avec fermeté.

La droite se soulève avec peine: ses mouvements rétrogrades semblent indiquer qu’elle veut tout amener à elle, et cependant elle ne peut rien retenir; et à quelque emploi qu’on veuille la destiner, sa maladresse est telle qu’elle ne peut rien toucher sans briser ou salir.

La gauche, habituée aux plus rudes travaux, a la chaleur de la vie; la droite est glacée: c’est un membre paralysé.

L’infirme, persuadé qu’il fallait renoncer à compter sur la droite, a demandé à la gauche des moyens de subsistance, de fortune et de bonheur. Quant au membre paralysé, se contentant de le considérer comme un contre-poids nécessaire pour le maintenir en équilibre, il a remercié Dieu de ne pas le rendre impotent des deux mains.

Comme il est dans la nature des êtres inutiles de nuire pour se venger de leur nullité, la droite a contracté un tic insupportable qui la fait se jeter sur la gauche pour l’embarrasser dans ses travaux; cependant plus d’une fois elle s’est blessée en voulant arrêter le membre laborieux. Mais ces blessures ne sont pas de salutaires avertissements pour elle, la droite est privée de sensibilité.

Lorsque l’infirme veut méditer les pages duContrat social, la gauche tourne les feuillets et la droite vient fermer le livre.

L’infirme a-t-il à réclamer contre l’arbitraire, la gauche l’aide à instruire la puissance inviolable, des méfaits du pouvoir violateur des lois; mais la droite, fidèle à son tic, vient répandre l’encrier sur le papier pour effacer les caractères.

Que la gauche cherche à corriger des arbres naissants des inclinaisons vicieuses, quand elle les étaye pour les redresser, la droite, par son mouvement, s’efforce de leur imprimer une pénible courbure.

Ces obstacles, que la droite oppose aux actions de la gauche, ont forcé celle-ci d’être prompte dans ses mouvements, de servir avec vivacité le corps du pauvre infirme, et d’édifier assez solidement pour que le tic de la droite ne puisse détruire son ouvrage.

Ainsi de ces deux mains, celle que la nature avait placée pour servir le corps, le nourrir, l’entretenir, veiller à ses besoins, n’est qu’un membre inutile qui absorbe une partie de la nourriture de l’infirme, sans rendre en travail ce qu’elle dérobe en substance au membre laborieux.

Les besoins de l’individu dont elle fait partie ont multiplié les facultés de la main gauche: elle est devenue forte et puissante pour que le corps ne pérît pas par la faiblesse et la nullité de sa sœur. La nécessité de neutraliser les mouvements nuisibles de la droite ont obligé la gauche à prendre une bonne direction, à frapper juste et à ne pas jouer avec le précieux dépôt qu’on a pu lui remettre.

On conclut, en voyant la différente destinée de ces deux mains, que la droite a besoin d’être enchaînée; qu’elle était créée pour le repos, puisqu’elle ne peut agir sans nuire au corps. Quant à la gauche, la liberté lui est nécessaire. Des étourdis ont pu donner autrefois à l’infirme le dangereux conseil de souffrir l’amputation d’un membre qu’il nourrit à rien faire; l’expérience, bien meilleur conseiller, lui a prouvéqu’on ne survivait pas toujours à une violente opération; et bien que presque toujours la droite ait contrarié les bons mouvements de la gauche, elle a servi aussi, en venant la frapper, à lui rappeler la ligne qu’elle doit suivre pour se maintenir ferme et vigoureuse dans le cas où elle croirait pouvoir ou faiblir, ou s’égarer.

COUPS DE LANCETTE.

M. de Curzay vient de mettre dans son jardin un petit comité directeur pour effrayer les moineaux.

** *

Le premier coup de cloche que donnera M. Royer-Collard annoncera l’enterrement des jésuites.

Lors de la vérification des pouvoirs, la validité de l’élection de M. Syryès de Mayrinhac fut vivement contestée; elle fut maintenue, bien que l’on acquit la preuve de la présence au scrutin de quarante faux électeurs.

M. Syrr. de Marinade pense qu’on a eu tort de ne pas appeler deux ou trois cents gendarmes, pour surveiller le scrutin.

** *

A force de parler, M. de Labourd..... a manqué de voix.

Le 3 février, on procéda à l’élection du président de la Chambre. M. Royer-Collard fut élu. Il remplaçait aufauteuil l’éternel M. Ravez, qui ne se consola jamais de cet échec. La Chambre y gagnait un président impartial; mais l’opposition constitutionnelle y perdait son plus illustre orateur.

MM. Barthélemy et Méry vont supprimer ces vers de laVilléliade:

..... Ravez à l’œil de feu,Eternel président, bardé d’un cordon bleu.

..... Ravez à l’œil de feu,Eternel président, bardé d’un cordon bleu.

..... Ravez à l’œil de feu,Eternel président, bardé d’un cordon bleu.

** *

LaGazetteest toute rouge, on dit que c’est un reste du sang de novembre.

** *

Le ministère ne paraîtra jamais plus habile que lorsqu’il sera tout à fait gauche.

** *

On a supprimé la madone dela Muette de Portici; est-ce que la morale défend qu’il y ait une vierge à l’Opéra?

** *

Si l’on chasse les mendiants, à quoi serviront les aumôniers?

** *

M. de Fouc... ne sait que répondre à la justice; il aimerait mieux l’empoigner.

** *

M. de Fouc... pourrait bien être empoigné.

** *

M. Dud. vient de partir; il s’est dérobé lui-même à la reconnaissance de ses amis.

** *

M. de Fouc... ne saisit pas l’occasion aux cheveux, il l’empoigne.

En quittant la Préfecture de police, M. Delavau s’est ménagé une entrée dans les prisons.

** *

M. de Chabrol a obtenu le cordon bleu; un homme qui se noie s’accroche à tout.

** *

LaQuotidienneannonce que la Charte va être renversée en Portugal; quel dommage que ce ne soit pas en France, n’est-ce pas, bonne vieille?

** *

Dans la salle où don Miguel a prêté serment à la constitution, on remarquait un fort beau tableau; le sujet était:le Baiser de Judas.

Montant à la tribune, M. Syryès de Mayrinhac se servit du motconséquentcomme synonyme deconsidérable. A ce mot il dut sa célébrité. C’est lui qui avait dit: «L’agriculture produit trop.» On ne pouvait mettre de plus mauvais français au service d’une plus mauvaise cause. Ce motconséquentfit pendant longtemps les délices de tous les journaux grands et petits.

M. Syryès de Mayrinhac n’est pas un orateurCONSÉQUENT.

** *

Il y a longtemps que M. Mayrinhac fait des fautes de Français.

** *

Un illustre personnage vient d’inventer une nouvelle théorie du serment.

** *

M. de Vaulchier a lu à la Chambre un discours écrit; cela prouve qu’il connaît toutes ses lettres.

** *

Un écolier qui dirait:une somme conséquenteserait renvoyé de tous les colléges.

** *

LaQuotidiennefait, à son tour, l’apologie des fusillades de la rue Saint-Denis:

L’on revient toujoursA ses premiers amours.

L’on revient toujoursA ses premiers amours.

L’on revient toujoursA ses premiers amours.

** *

Demain, séance extraordinaire, cour des Fontaines. M. Syryès de Mayrinhac montrera sa langue.

** *

Il paraît que don Miguel pense qu’il ne faut jurer de rien.

** *

M. de Chabrol a défendu l’administration des jeux; il est vrai qu’elle va sur des roulettes.

«Avec la presse telle qu’elle est constituée, disait Charles X, nous ne pouvons jamaisfaire le bien.» De quel bien entendait parler le roi? La congrégation se chargeait de l’apprendre à ceux qui le demandaient. On n’arrivait au portefeuille qu’avec sonprojet de loi sur la presseen poche; M. de Martignac avait le sien. Le 14 avril, il fut déposé sur le bureau de l’Assemblée. La nouveau projet était presque entièrement emprunté aux amendements introduits par la Chambre des pairs dans le célèbre projet de loi dejustice et d’amourde M. de Peyronnet. Libéral en apparence, il fut accueilli avec faveur. Plus tard, une lecture attentive y fit découvrir des précautions et des exigences qui diminuaient singulièrement les faveurs accordées.

Le nouveau projet rétablissait la liberté de publication et supprimait lacensure facultativeet les procès de tendance; mais un cautionnement considérable était imposé à tous les écrits périodiques, politiques ou non. Il était fixé à 10,000 fr. de rentes pour les journaux quotidiens.

Cette mesure devait tuer nombre de journaux littéraires. Elle contribua au succès duFigaro, assez riche pour déposer le cautionnement demandé.

Cette loi fut adoptée le 14 juillet, après cinq jours de discussion, à la majorité de 139 voix contre 71.

En lisant le projet de loi sur les journaux, M. de Peyronnet a retrouvé quelques souvenirs de ses premières amours.

** *

En lisant le projet de loi de M. de Portalis, M. de Peyronnet a cru qu’il nous faisait encore la loi.

** *

Le gouvernement portugais veut faire un emprunt au gouvernement espagnol; ce sont deux mendiants qui changeront de besace.

** *

M. de Portalis a voulu attendre le retour des fleurs pour nous dépouiller de nos feuilles.

** *

Les grands journaux n’osent pas défendre les journaux littéraires; ils sont politiques.

** *

Quand nous écrirons un secret à quelqu’un, nous ne confierons pas la lettre à M. de Puymaurin.

** *

MM. les employés du cabinet noir ont fait fortune, si on les a payés au cachet.

** *

Quand on veut mettre une lettre à la poste, on regarde si M. Marcassus n’est pas là.

** *

M. Genoude veut qu’on ferme tous les théâtres, pour jouer tout seul la comédie.

** *

Les odalisques se font préparer des robes à la russe.

** *

Les jésuites ne veulent pas que M. de Chateaubriand soit envoyé à Rome, ils craignent le génie du christianisme.

** *

La loi d’amour et celle de M. de Portalis viennent d’être mises en rapport; à l’avenir, on ne pourra point avoir d’esprit à moins de deux cent mille francs.

** *

La loi de la presse est une terrible personnalité contre le ministère.

INFAMIE DE LA GAZETTE.

Voici l’article qu’on lisait hier dans laGazette:

«Nous savions depuis plusieurs mois que l’administration qui a dans ses attributions la censure des pièces de théâtre, avait ouvert la scène aux passions révolutionnaires et livré les principes et les idées monarchiques aux grossières insultes d’un public égaré par l’esprit de faction. Nous savions que, dans nos grands théâtres, on avait permis des ouvrages corrupteurs où la morale n’est pas moins outragée que les gouvernements; qu’on avait autorisé, dans des pièces nouvelles, des allusions qui flattaient les préventions que le journalisme a proposées, qui fortifiaient les calomnies qu’il a répandues; nous savions que dans les petits spectacles on avait vu Odry, chamarré d’ordres étrangers, parodier une réception de commandeur, et Brunet fouler aux pieds un grand cordon auquel il ne manquait que la couleur pour rappeler les insignes des plus hauts dignitaires de l’État; nous savions que tous les lazzis, toutes les farces ignobles des tréteaux de nos boulevards, étaient dirigés contre les distinctions sociales, contre les idéesd’ordre et de pouvoir, contre la religion, attaquée comme autrefois sous le nom d’hypocrisie; nous savions enfin que le ministre qui dirige la censure des théâtres avait permis qu’on insultât un de ses prédécesseurs, non-seulement par des allusions indirectes, mais par des couplets grossièrement injurieux[7]; mais nous ne savions pas qu’on aurait porté l’oubli de tous les devoirs jusqu’à ouvrir aux allusions insolentes des pamphlétaires et des spectateurs des boulevards, un sanctuaire où ne doivent pénétrer que nos hommages, nos respects, nos sentiments d’amour et de reconnaissance; un sanctuaire que tous les membres de l’administration, depuis le ministre jusqu’au dernier employé, doivent défendre contre les hardiesses impies de l’esprit de faction.

«Ce n’est pas sans une profonde indignation que nous avons vu dans un journal intitulé:le Moniteur des théâtres, et qui donne le programme de tous les spectacles du jour, l’annonce suivante d’une pièce qu’on joue tous les soirs aux Variétés:

LES IMMORTELSRevue mêlée de coupletsPERSONNAGES.

«Nous ne connaissons point cette pièce; mais le journal qui publie ce programme est sous nos yeux. Comment un pareilouvrage a-t-il été autorisé? Où sommes-nous? Où nous conduit-on?

«Vile prostituée du dernier pouvoir, on voit que laGazette, dans une dernière saturnale, insulte de la manière la plus révoltante la personne sacrée du roi. Jusques à quand, monsieur Genoude, aurons-nous à essuyer vos lâches et odieuses calomnies? Écrivain dégradé, sorti de la fange et que la fange réclame encore un instant,pulvis es et in pulverem reverteris.»

COUPS DE LANCETTE.

On parle d’une partie de quatre coins entre la Russie, la Turquie, l’Angleterre et la France; on devine quel sera le rôle de l’Autriche.

** *

Nos ministres sont très-embarrassés, relativement à l’Angleterre.

** *

Le Grand Turc s’amuse à fumer en chantant:

Tu ne l’auras pas,Nicolas.

Tu ne l’auras pas,Nicolas.

Tu ne l’auras pas,Nicolas.

** *

On trouve que M. de Martignac a déjà un air bien déplorable.

** *

Mahmoud maigrit, on ne lui voit plus que les os, il voudrait bien reprendre sa Grèce.

** *

M. de Martignac a été vaincu par un habile adversaire, c’est Constant.

Samedi, 24 mai 1828.COUP DE CISEAUX.

C’est par respect, sans doute, pour l’éloquence parlementaire que les comédiens français suppriment maintenant, dansles Deux cousines, une partie de la scène où, Laure conseillant à sa mère de quitter l’état de marchande, madame Dupré lui répond:

Donner congéDès aujourd’hui! pendant l’absence de ton père!...Cela ne se peut pas, vois-tu? c’est une affaire...Beaucoup trop conséquente, et vraiment je craindrais...LAURE(à part).Conséquente! Ah! grand Dieu!(S’approchant de sa mère.)Cela n’est pas rançais,Ma mère, dites donc une affaire importante.

Donner congéDès aujourd’hui! pendant l’absence de ton père!...Cela ne se peut pas, vois-tu? c’est une affaire...Beaucoup trop conséquente, et vraiment je craindrais...LAURE(à part).Conséquente! Ah! grand Dieu!(S’approchant de sa mère.)Cela n’est pas rançais,Ma mère, dites donc une affaire importante.

Donner congéDès aujourd’hui! pendant l’absence de ton père!...Cela ne se peut pas, vois-tu? c’est une affaire...Beaucoup trop conséquente, et vraiment je craindrais...

LAURE(à part).

Conséquente! Ah! grand Dieu!(S’approchant de sa mère.)

Cela n’est pas rançais,Ma mère, dites donc une affaire importante.

A la bonne heure! mais on prétend que madame Dupré va poursuivre l’honorable membre en restitution.

MŒURS DU TEMPS.SOCIÉTÉ ACTUELLE DE LA COUR.

«.... Tout est grave aux Tuileries en présence des vertus qui en ferment l’accès à la frivolité. Cinq ou six dames, douze à quinze ducs, se font remarquer dans le salon. Les convenancesn’y permettent pas les entretiens dont la politique serait l’objet. On n’y traite pas de questions scientifiques; la littérature ne leur est guère préférée. Des paroles affectueuses, quelques compliments, des anecdotes qu’amène naturellement le spectacle d’une ville telle que Paris, conduisent cette imposante assemblée jusqu’au moment où l’horloge donne le signal du départ en sonnant onze heures.

«Au milieu de cette pièce, le roi joue au whist. Sa vieillesse ne lui a fait perdre ni cette politesse exquise que la cour admira toujours en lui, ni ce caractère aimable et facile, qui lui a conservé les mêmes liaisons dans les différentes vicissitudes d’une vie fort agitée.

«Semblable à la duchesse de Bourgogne, qui aimait à bannir de la cour du grand roi le sérieux que les querelles dogmatiques y répandaient, la sémillante duchesse de Berry voudrait communiquer un peu de sa gaîté à cette réunion parfois monotone.

«Cette petite société qui se réunit chaque soir chez le roi, et lui offre l’élite de la fidélité, compose maintenant la cour. Toute la noblesse française brillait autrefois à Versailles; mais les motifs de radiation sous le Directoire, mais la soumission au Consulat, mais l’encens prodigué au chef de l’Empire, n’ont laissé qu’à un très-petit nombre de persévérants dans la carrière de la légitimité, le droit d’approcher journellement de Charles X.

«Un publiciste anglais attribue la solitude du palais des Tuileries à la profonde piété des membres actuels de la famille royale. Telle est, d’après ses observations, la cause qui a communiqué tant de gravité au plus auguste des cercles. Les plus nombreuses réunions se composent à peine d’une vingtaine d’individus, presque tous attachés par des bienfaits à la famille royale.

«Parmi les femmes qui ont l’honneur d’être invitées, trois ou quatre fois la semaine, au jeu du roi, quelques-unes se plaignent en rentrant chez elles de l’ennui qu’on éprouve au château; mais qu’elles réfléchissent, comme le dit très-bien laRevue britannique, à ce que deviendraient leurs propres salons, si les conversations y étaient circonscrites dans le cercle de la chasse et des petites chances d’une partie de cartes. Madame la duchesse d’Angoulême est la seule personne qui, de temps en temps, parle de politique. Comme elle lit les discours prononcés dans la Chambre des pairs, elle demande quelquefois à une des personnes présentes son avis sur tels ou tels discours de pairs libéraux. Par une basse condescendance pour les opinions qu’on lui suppose, on se plaît à lui répondre:Le discours est mauvais; cette princesse ne se montre pas sensible à ce genre de flatterie, elle répond assez ordinairement:Vous vous trompez, Monsieur, le discours est très-bon.

«Aux Tuileries, comme dans toutes les cours, ceux qui pensent le moins bien, ou qui affectent de penser le plus mal, sont les courtisans. Il n’y a que l’humeur facile et la bonne grâce de Charles X qui puissent tempérer un peu la gravité de ces cercles.

«On ne s’adressait point à Napoléon sans l’appelerVotre Majesté; Louis XVIII pensa que cette qualification avait été profanée: l’étiquette prescrivit dès lors de parler au roi à la troisième personne. Cet usage s’est maintenu sous son successeur; et, pour répondre à Charles X, on s’exprime ainsi:Le roi me faisait l’honneur de me dire, etc.»

COUPS DE LANCETTE.

On trouve que M. de Martignac est bien sujet à caution.

** *

Nicolas veut prouver qu’un petit Russe vaut bien un grand Turc.

** *

Les odalisques ont promis de n’avoir pas peur des Cosaques.

** *

EXTRAIT DE LA SÉANCE D’HIER.—M. de Laboulaye: Messieurs, les bonnes lois restent et les mauvais ministres passent.

Voix à gauche: Les mauvais ministres ne passent déjà pas si vite.

** *

M. de Martignac veut qu’à l’avenir les gens de lettres soient des moutons; il n’aime que les épigrammes d’agneau.

** *

Les ministres ne sont pas comme les jours, ils se suivent et se ressemblent.

** *

M. de Peyronnet va faire, enfin, connaissance avec la justice[8].

** *

Dans la dernière édition d’Horace, imprimée à Constantinople, on a supprimé l’ode:

O rus, quando te aspiciam...

O rus, quando te aspiciam...

O rus, quando te aspiciam...

** *

Séminaire vient desemen; cela signifie mauvaise graine.

** *

Une foule d’évêques arrivent depuis quelques jours par le chemin de la révolte.

** *

La congrégation est furieuse depuis qu’un auguste personnage a dit: «Mes amis, plus de jésuites.»

** *

Le maréchal S.... commence à juger prudent de souffler son cierge.

** *

Les évêques jouent gros jeu; ils pourraient bien perdre leurs bénéfices.

Samedi, 14 juin 1828.

CHRONIQUE DE L’AN......Or, mes amis, oyez tous mon histoire:Plus ne dirai les gestes surprenantsDes paladins, fils chéris de la gloire,Des damoisels, modèles des amants;Mais vous ferai le narré véritableD’un fabliau, sur un cas trop fameux!...Aucuns auteurs le disent déplorable,Et suis tenté de l’appeler comme eux,En un jardin de superbe apparence,Il paraîtrait qu’on avait transplantéDeux arbrisseaux que l’on appelle en France,L’unIndustrie, et l’autreLiberté!Ils grandissaient à l’abri de l’orage,Poussant déjà des rejets vigoureux.Et protégeant d’un fraternel ombrageLes arts, le trône, et la lyre et ses jeux.C’était fort bien, mais comme la nature,A dit quelqu’un, a besoin de culture,Pour bien soigner l’arbre à la noble fleurOn s’avisa d’appeler un seigneur.Or, ce seigneur, nous dit une vieille chronique,Mauvais gardien et d’humeur despotique,Point ne sarcla, n’arrosa, n’émonda;A droite, à gauche, en brutal il coupa;Peu de rameaux aux arbres il laissa;Encor, dit-on, qu’aux feuilles pâlissantesDont il parait leurs troncs déshonorés,Il attacha des bêtes malfaisantesQui les perçaient de leurs dards acérés.Ces bêtes-là, je crois qu’en son vieux style,Mon écrivain les appelle censeurs.«Ce sont, dit-il, animaux destructeurs;Race méchante, illégale et servile;Noirs vermisseaux, de venin saturés,Nés de la boue et de boue entourés,Monstres rongeant tout ce qui porte traceDe vérité, d’élégance, de grâce,Et salissant de leur poison impurCe que leur dent rencontre de trop dur.»Qu’arriva-t-il? L’homme aux méchantes bêtesFut renvoyé, mais renvoyé trop tard.Un autre vint aussitôt son départ,Ayant en main des armes toutes prêtesEt promettant... Las! il ne donna rien;Si n’est pourtant un fameux protocoleQu’on applaudit et qu’on crut sur parole:Tant son auteur avait l’air bon chrétien.«Mes chers amis, disait-il, l’âme émue,Plus n’ayez peur pour vos arbres chéris:J’en prendrai soin: je vois ce qui les tue,Ce sont ces vers... Race affreuse, péris!Ne faut-il pas qu’à la fin tu recueillesLe juste prix de tes noirs attentats...Mort aux censeurs!...» Il dit, étend le bras,Frappe un grand coup... Mais qu’advint-il?... Hélas!Avec les vers il fit tomber les feuilles!

CHRONIQUE DE L’AN......Or, mes amis, oyez tous mon histoire:Plus ne dirai les gestes surprenantsDes paladins, fils chéris de la gloire,Des damoisels, modèles des amants;Mais vous ferai le narré véritableD’un fabliau, sur un cas trop fameux!...Aucuns auteurs le disent déplorable,Et suis tenté de l’appeler comme eux,En un jardin de superbe apparence,Il paraîtrait qu’on avait transplantéDeux arbrisseaux que l’on appelle en France,L’unIndustrie, et l’autreLiberté!Ils grandissaient à l’abri de l’orage,Poussant déjà des rejets vigoureux.Et protégeant d’un fraternel ombrageLes arts, le trône, et la lyre et ses jeux.C’était fort bien, mais comme la nature,A dit quelqu’un, a besoin de culture,Pour bien soigner l’arbre à la noble fleurOn s’avisa d’appeler un seigneur.Or, ce seigneur, nous dit une vieille chronique,Mauvais gardien et d’humeur despotique,Point ne sarcla, n’arrosa, n’émonda;A droite, à gauche, en brutal il coupa;Peu de rameaux aux arbres il laissa;Encor, dit-on, qu’aux feuilles pâlissantesDont il parait leurs troncs déshonorés,Il attacha des bêtes malfaisantesQui les perçaient de leurs dards acérés.Ces bêtes-là, je crois qu’en son vieux style,Mon écrivain les appelle censeurs.«Ce sont, dit-il, animaux destructeurs;Race méchante, illégale et servile;Noirs vermisseaux, de venin saturés,Nés de la boue et de boue entourés,Monstres rongeant tout ce qui porte traceDe vérité, d’élégance, de grâce,Et salissant de leur poison impurCe que leur dent rencontre de trop dur.»Qu’arriva-t-il? L’homme aux méchantes bêtesFut renvoyé, mais renvoyé trop tard.Un autre vint aussitôt son départ,Ayant en main des armes toutes prêtesEt promettant... Las! il ne donna rien;Si n’est pourtant un fameux protocoleQu’on applaudit et qu’on crut sur parole:Tant son auteur avait l’air bon chrétien.«Mes chers amis, disait-il, l’âme émue,Plus n’ayez peur pour vos arbres chéris:J’en prendrai soin: je vois ce qui les tue,Ce sont ces vers... Race affreuse, péris!Ne faut-il pas qu’à la fin tu recueillesLe juste prix de tes noirs attentats...Mort aux censeurs!...» Il dit, étend le bras,Frappe un grand coup... Mais qu’advint-il?... Hélas!Avec les vers il fit tomber les feuilles!

CHRONIQUE DE L’AN......

Or, mes amis, oyez tous mon histoire:Plus ne dirai les gestes surprenantsDes paladins, fils chéris de la gloire,Des damoisels, modèles des amants;Mais vous ferai le narré véritableD’un fabliau, sur un cas trop fameux!...Aucuns auteurs le disent déplorable,Et suis tenté de l’appeler comme eux,En un jardin de superbe apparence,Il paraîtrait qu’on avait transplantéDeux arbrisseaux que l’on appelle en France,L’unIndustrie, et l’autreLiberté!Ils grandissaient à l’abri de l’orage,Poussant déjà des rejets vigoureux.Et protégeant d’un fraternel ombrageLes arts, le trône, et la lyre et ses jeux.C’était fort bien, mais comme la nature,A dit quelqu’un, a besoin de culture,Pour bien soigner l’arbre à la noble fleurOn s’avisa d’appeler un seigneur.

Or, ce seigneur, nous dit une vieille chronique,Mauvais gardien et d’humeur despotique,Point ne sarcla, n’arrosa, n’émonda;A droite, à gauche, en brutal il coupa;Peu de rameaux aux arbres il laissa;Encor, dit-on, qu’aux feuilles pâlissantesDont il parait leurs troncs déshonorés,Il attacha des bêtes malfaisantesQui les perçaient de leurs dards acérés.Ces bêtes-là, je crois qu’en son vieux style,Mon écrivain les appelle censeurs.«Ce sont, dit-il, animaux destructeurs;Race méchante, illégale et servile;Noirs vermisseaux, de venin saturés,Nés de la boue et de boue entourés,Monstres rongeant tout ce qui porte traceDe vérité, d’élégance, de grâce,Et salissant de leur poison impurCe que leur dent rencontre de trop dur.»

Qu’arriva-t-il? L’homme aux méchantes bêtesFut renvoyé, mais renvoyé trop tard.Un autre vint aussitôt son départ,Ayant en main des armes toutes prêtesEt promettant... Las! il ne donna rien;Si n’est pourtant un fameux protocoleQu’on applaudit et qu’on crut sur parole:Tant son auteur avait l’air bon chrétien.«Mes chers amis, disait-il, l’âme émue,Plus n’ayez peur pour vos arbres chéris:J’en prendrai soin: je vois ce qui les tue,Ce sont ces vers... Race affreuse, péris!Ne faut-il pas qu’à la fin tu recueillesLe juste prix de tes noirs attentats...Mort aux censeurs!...» Il dit, étend le bras,Frappe un grand coup... Mais qu’advint-il?... Hélas!Avec les vers il fit tomber les feuilles!

COUPS DE LANCETTE.

Les ministres se plaignent de la Chambre; ils eussent préféré des injures à de mauvais traitements.

** *

Quoi qu’en ait dit avant-hier M. de Vaulchier, il vaut encore mieux mettre des effets au Mont-de-Piété qu’à la poste.

Mardi, 22 juillet 1828.FIGARO SANS LANCETTE.

On ne l’a pas désarmé...

Mais, en vérité, je vous le demande, est-il bien généreux à lui de piquer de pauvres diables qui sont par terre?

Vous croyez donc que les méchants, les intrigants, les insolents et tant de sottes gens sur lesquels vous frappez si fort, sont guéris du besoin de faire le mal, de la soif de l’ambition,de la mauvaise habitude d’insulter à ce qu’ils ne peuvent détruire?

Eh! non, mille fois non. Je crois mon pays tout aussi peuplé de sots et d’hommes à conscience élastique qu’il l’était naguère; mais quand ces derniers ne trouvent pas chaland pour leur marchandise, et que les autres n’ont plus l’espoir d’être estimés au-dessus de leur propre valeur, c’est-à-dire quand tout ce qu’il y a de bas, de vil et de nul est à peu près réduit à rien,Figaro, qui se sent du courage, mais non pas un mauvais cœur, fait rentrer sa lancette dans sa bourse de vétérinaire, en attendant le jour où ses victimes relèveront la tête comme pour lui demander encore quelque piqûre.

Et voilàFigaroqui va cesser d’être piquant.

Vous pourriez trouver le jeu de mots joli, s’il venait de vous; mais, moi, je vous le donne pour détestable. J’aurais voulu trouver quelque autre expression qui rendît mieux votre pensée, afin de vous priver du calembour: il est fait; pardonnez-le-moi, et je poursuis.

Quand nous étions sans cesse en butte aux petites vengeances d’une administration ridiculement tyrannique, il y avait peut-être quelque peu d’honneur à frapper les vainqueurs avec les chaînes qu’ils nous donnaient eux-mêmes; peut-être n’était-il pas non plus trop indigne d’un caractère estimable de faire mourir la censure du mépris que, grâce à nous, elle s’inspirait à elle-même. Mais où est cette déplorable administration? De combien il faudrait regarder au-dessous de soi pour apercevoir ce qui reste de cette censure! Il est beau de se mesurer contre des forces supérieures, il est honorable même d’être vaincu après une résistance vigoureuse; mais à quoi bon de combattre des moulins à vent au repos! Le héros de la Manche attendait que les ailes tournassent afin de les pourfendre.

Ainsi, c’est chose convenue, nous vous laisserons en repos, pauvres diables encore tout saignants des blessures que vous vous attirâtes! Et, tournant nos regards vers les théâtres qui tombent, vers la littérature qui languit, nous ne piquerons plus que pour exciter de jeunes talents à entrer dans la bonne route, que pour faire sortir de leur long sommeil des auteurs endormis sur leurs lauriers.

Mais vous, que votre défaite met à l’abri de nos coups, songez que nous ne laisserons pas rouiller l’arme qui vous effraya tant de fois; c’est fraîchement aiguisée que nous la remettons en poche. MaisFigaro, toujours fidèle à sa mission, veillera sur vos faits et gestes, et souvenez-vous qu’il est prêt à se remettre seul en campagne dès qu’il vous reverra, en tête de nouvelles troupes, prêts à faire le siége de nos libertés.

Figaro, bon ennemi, épargne le sot ou le méchant à terre, le méprise à genoux, mais, debout, le frappe toujours.

** *

Pendant quelques semaines, en effet,Figaros’abstient. Le ministère Martignac donnait alors des espérances. Mais bientôt les illusions s’évanouissent, et le barbier reprend sa lancette plus acérée que jamais.

Vendredi, 1eraoût 1828.FIGARO A SES LECTEURS.

Trois jours après leur mort, les jésuites ressusciteront en la personne d’Escobar-Portalis. Qui croirait qu’en termes de droit six mois signifient quinze jours, et que ce seul délai soit accordé aux journaux pour fournir le cautionnement? C’est cependant ce qui résulte d’une ordonnance inséréeavant-hier dans leBulletin des Loiset hier dans la partie officielle duMoniteur.Figaropourrait demander à la justice justice de la justice de M. le ministre de la justice: peut-être, ayant mille fois raison, ne lui donnerait-on pas cent fois tort; il préfère, et tous seront, je crois, de son avis, remplir les formalités dans l’espace de temps dévolu. Bien que le domaine de la politique lui soit désormais ouvert, il se bornera à graviter tant bien que mal dans son ancienne sphère, il ne changera rien à son format et aux conditions de la souscription.

Vendredi, 8 août 1828.LE CAUTIONNEMENT VERSÉ.LE COMTE, FIGARO.

Le comte.Tu as l’air soucieux,Figaro?Figaro.J’ai sujet de l’être; lisez.(Le comte lit.)

Le comte.Tu as l’air soucieux,Figaro?Figaro.J’ai sujet de l’être; lisez.(Le comte lit.)

CERTIFICAT DE CAUTIONNEMENT DE JOURNAL

«Je, soussigné, maître des requêtes, directeur du contentieux des finances, remplissant les fonctions d’agent judiciaire du trésor royal, certifie que les propriétaires du journal intitulé:Figaro, publié à Paris, ont fourni dans mes mains, et en exécution de l’article 2 de la loi du 18 juillet 1828, un cautionnement de six mille francs de rente trois pour cent, inscrite au Grand-Livre de la dette publique.

«En foi de quoi j’ai délivré le présent certificat.

«Paris, le sept août 1828.

«Signé:Delaire.»

Eh bien!Figaro, bénis donc la providence ministérielle: un champ plus vaste se déroule devant tes pas; tu peux marcher dans ta force et dans ta liberté!

—Ma foi, Monseigneur, je ne dois pas être fier d’une patente de bavard politique qu’on me force d’acheter le pistolet sur la gorge.

—C’est un passeport pour aller à la fortune.

—Je n’aime pas qu’on vide mon escarcelle sous prétexte qu’elle n’est pas assez pleine. Plaisante spéculation que celle qui commence par me dévaliser pour m’enrichir!

—Plains-toi, je te conseille; te voilà arrivé de plein saut à l’émancipation de l’homme fait.

—Je n’avais pas besoin de permission pour m’émanciper.

—On t’ouvre le monde pensant.

—C’est pour tuer la plaisanterie qu’on a élargi la politique. La plaisanterie est une balle élastique qui rebondit sur toutes les intelligences; la politique spéculative, une nuée qui passe au-dessus de bien des têtes.

—Tu n’es jamais content. Tu criais que tu étais à l’étroit...

—Maintenant, je suis trop au large. Je veux un habit à ma taille. Le premier me blessait, celui-ci m’embarrasse; l’un m’ôtait tout mouvement, l’autre est capable de me faire tomber à chaque pas. Je suis forcé de faire la dépense du costume: mais du diable si je le mets.

—Te voilà donc traîné à la remorque du siècle, toi qui ne cessais de crier: En avant!

—Sans doute, mais chacun à son poste. Pendant que les gros faiseurs, les aristocrates du journalisme, s’amuseront royalement à courre le cerf, j’attendrai les lièvres au trébuchet: cela convient mieux à ma paresse et à mon génie.

—Mais, sot que tu es, on t’a délivré ton port d’armes; il faut en user.

—C’est parce qu’on m’y invite que je m’y refuse; je crains les ministres, même quand ils nous font des présents.

—Où vois-tu le piége?

—Dans la livrée de penseur que l’on me jette. C’est un guet-apens! J’amusais; on veut me rendre ennuyeux. On me fait la courte échelle pour que je sorte de mon piédestal. Le mauvais plaisant fait plus de blessures mortelles que le grave dissertateur. On ne veut que m’interdire cauteleusement la verve du premier rôle, en m’offrant la gloire du second. C’est une défense indirecte, une flatterie jésuitique pour me donner de l’amour-propre et changer mon allure d’étourdi en manière de pédagogue. On veut discréditer la malice en permettant le génie.

—Figarofaire fi du génie! Voilà du neuf! c’est battre sa nourrice et renier son père!

—Eh! mon Dieu, j’ai de l’amour-propre! Cela n’est pas permis à tout le monde: d’accord; mais j’ai aussi du bon sens: la main habituée à effleurer l’épiderme avec la lancette sera gauche pour manier la massue. Je piquais, j’estropierai: c’est ce qu’on demande; on veut que j’assomme l’abonné au lieu de lui donner le spectacle de l’acuponcture ministérielle.

—Que feras-tu donc?

—Ce que j’ai déjà fait. Je reste au poste que l’on me veut faire déserter, sous prétexte de paix générale, et de là je continue la guerre à coups d’épingle contre ceux qui ne m’ont permis de les peindre à la tribune que pour que je ne fisse pas leur caricature en robe de chambre.

—Mais tu es un être inexplicable: on te ferme les portes du salon, tu les brises; on te les ouvre, tu recules.

—Je préfère l’escalier dérobé. J’aime la liberté, mais en contrebande; j’ai droit à la récolte, mais je veux lui conserver l’apparence du fruit défendu. Je suis fils d’Ève.

—Et le plus obstiné de tous.

—Je puis moissonner dans le ridicule, et vous voulez que j’aille glaner dans les turpitudes!

—Ainsi, tu dédaignes les hautes destinées auxquelles tu pouvais atteindre?

—Je persiste à croire qu’on veut décréditer la plaisanterie, tuer l’épigramme: je veux les faire fleurir l’une et l’autre, en dépit de tout; et, à ce propos, sachez que Bazile m’a révélé le secret de la confession. Ma mère lui a dit: «Ah! qu’on a mal fait de ne pas défendre l’infidélité sous peine de mort; ce serait alors la plus douce chose du monde.»

ÉPIGRAMME SUR LES JÉSUITES.A L’OCCASION DE L’ORDONNANCE QUI LEUR PRESCRIT UNIQUEMENT DE DÉCLARERQU’ILS N’APPARTIENNENT A AUCUNE SOCIÉTÉ POSSIBLE EN FRANCE.


Back to IndexNext