1829

Les descendants de Loyola,A Rome, contre nous avaient porté leurs plaintes.Un saint homme d’abord est touché de leurs craintes,Mais bientôt à leurs cris sa voix met le holà:—Quoi! leur dit-il, vous fuyez les poursuitesDe ces Français qu’un mot fléchirait aisément!Lâches!... vous reculez devant un faux serment?Vous n’êtes point de vrais jésuites.

Les descendants de Loyola,A Rome, contre nous avaient porté leurs plaintes.Un saint homme d’abord est touché de leurs craintes,Mais bientôt à leurs cris sa voix met le holà:—Quoi! leur dit-il, vous fuyez les poursuitesDe ces Français qu’un mot fléchirait aisément!Lâches!... vous reculez devant un faux serment?Vous n’êtes point de vrais jésuites.

Les descendants de Loyola,A Rome, contre nous avaient porté leurs plaintes.Un saint homme d’abord est touché de leurs craintes,Mais bientôt à leurs cris sa voix met le holà:—Quoi! leur dit-il, vous fuyez les poursuitesDe ces Français qu’un mot fléchirait aisément!Lâches!... vous reculez devant un faux serment?Vous n’êtes point de vrais jésuites.

COUP DE LANCETTE.

M. de Martignac avait promis de semer de fleurs le chemin des gens de lettres, il s’est contenté de donner une giroflée à cinq feuilles.

LA FEUILLE MORTE.

De ta presse démanchée,Pauvre feuille détachée,Où vas-tu?—Je n’en sais rien.L’ordonnance paternelleA brisé la loi cruelleQui me servait de soutien.Mon gérant, qui perd haleine,Sans espoir en son placet,Depuis ce jour me promène,De la police au domaine,Et du trésor au parquet.Je vais où vont en silenceLaGazettede Franchet,Les couplets d’une excellenceEt les feuilles du budget.

De ta presse démanchée,Pauvre feuille détachée,Où vas-tu?—Je n’en sais rien.L’ordonnance paternelleA brisé la loi cruelleQui me servait de soutien.Mon gérant, qui perd haleine,Sans espoir en son placet,Depuis ce jour me promène,De la police au domaine,Et du trésor au parquet.Je vais où vont en silenceLaGazettede Franchet,Les couplets d’une excellenceEt les feuilles du budget.

De ta presse démanchée,Pauvre feuille détachée,Où vas-tu?—Je n’en sais rien.L’ordonnance paternelleA brisé la loi cruelleQui me servait de soutien.Mon gérant, qui perd haleine,Sans espoir en son placet,Depuis ce jour me promène,De la police au domaine,Et du trésor au parquet.Je vais où vont en silenceLaGazettede Franchet,Les couplets d’une excellenceEt les feuilles du budget.

TABLETTES D’UN FLANEUR.

En vertu de quelle loi les apothicaires aveuglent-ils les passants au moyen de leurs verres de couleurs?

La police, qui veille à ce que les marchands n’encombrent pas la voie publique, ne pourrait-elle leur défendre de gêner la circulation par des tentes trop basses?

L’administration des contributions indirectes ne peut-ellese dispenser de faire vendre son tabac par des épiciers, et d’obliger les honnêtes gens, priseurs ou fumeurs, à lutter périodiquement contre les cuisinières et les paquets de chandelles?

On demande si les gardiens du jardin des Tuileries sont des militaires en livrée ou des valets en uniforme.

ÉPIGRAMMES.

Comme un héros, le mouchard a ses gloires.Monsieur Vidocq, de lui-même content,Ose publier ses mémoires.Franchet et Delavau n’en feraient pas autant.

Comme un héros, le mouchard a ses gloires.Monsieur Vidocq, de lui-même content,Ose publier ses mémoires.Franchet et Delavau n’en feraient pas autant.

Comme un héros, le mouchard a ses gloires.Monsieur Vidocq, de lui-même content,Ose publier ses mémoires.Franchet et Delavau n’en feraient pas autant.

** *

Dites-nous donc, chevaliers d’industrie,Qui marchez le front haut, plus fier que le sultan,Combien fait-on d’honneur, de talent, de génie,Avec une aune de ruban?

Dites-nous donc, chevaliers d’industrie,Qui marchez le front haut, plus fier que le sultan,Combien fait-on d’honneur, de talent, de génie,Avec une aune de ruban?

Dites-nous donc, chevaliers d’industrie,Qui marchez le front haut, plus fier que le sultan,Combien fait-on d’honneur, de talent, de génie,Avec une aune de ruban?

** *

Malgré les feux de la saison,A l’Ambigu, qui ne récolte guère,Nous promettons une heureuse moisson:L’herbe, déjà, pousse dans son parterre.

Malgré les feux de la saison,A l’Ambigu, qui ne récolte guère,Nous promettons une heureuse moisson:L’herbe, déjà, pousse dans son parterre.

Malgré les feux de la saison,A l’Ambigu, qui ne récolte guère,Nous promettons une heureuse moisson:L’herbe, déjà, pousse dans son parterre.

COUPS DE LANCETTE.

Un poète de circonstance a composé des couplets en l’honneur du ministère sur l’air desTrembleurs.

** *

«Vous avez fait beaucoup de mal dans un département, monsieur le préfet, eh bien! allez dans un autre.» C’est agréable pour l’autre.

ADIEUX AUX JÉSUITES.

Colporteurs de fauxoremus,Martyrs au nez croche ou camus,Vos soupirs, vosclamabimusEt le fameuxnon possumus,Qu’on traduit parnon volumus,Ne nous ont pas beaucoup émus.Quand vous nous dites:eximus,Nous répondons:exaudimus.C’est de l’exfulgure fumusMoritur ridiculus mus.

Colporteurs de fauxoremus,Martyrs au nez croche ou camus,Vos soupirs, vosclamabimusEt le fameuxnon possumus,Qu’on traduit parnon volumus,Ne nous ont pas beaucoup émus.Quand vous nous dites:eximus,Nous répondons:exaudimus.C’est de l’exfulgure fumusMoritur ridiculus mus.

Colporteurs de fauxoremus,Martyrs au nez croche ou camus,Vos soupirs, vosclamabimusEt le fameuxnon possumus,Qu’on traduit parnon volumus,Ne nous ont pas beaucoup émus.Quand vous nous dites:eximus,Nous répondons:exaudimus.C’est de l’exfulgure fumusMoritur ridiculus mus.

La Restauration, qui avait pris à tâche de faire la popularité de tous ses adversaires, n’avait garde d’oublier Béranger. Les précédents procès du chansonnier avaient été autant de triomphes pour l’opposition; peu importe, on lui en intenta un nouveau. Et pourquoi? Pour la chanson del’Ange gardien. Toute la culpabilité reposait sur une interprétation. Il est vrai qu’on lui reprochait aussile Sacre de Charles le Simple,les Infiniment petitsetla Gérontocratie.

M. de Champanhet, avocat du roi, prononça le réquisitoire.

En dépit de la courageuse éloquence de son défenseur, MeBarthe, Béranger fut condamné à neuf mois de prison et à dix mille francs d’amende.

Cette condamnation si sévère ne satisfit pas pourtant le parti ultra-monarchique, qu’indignaient les ovations dont le poète était l’objet. Des souscriptions s’organisaient au grand jour pour payer les dix mille francs.

«Quelle folie! avait dit un grand seigneur, un petit écu d’amende et vingt ans de basse-fosse: voilà comment on devait punir ce rimailleur.»

Jeudi, 11 décembre 1828.BÉRANGER CONDAMNÉ.La scène est dans un café.

L’EX-VIDAME DE MONTMORILLON.

J’en arrive, mon cher ami, le félon sera puni.

L’EX-BAILLI D’ÉPÉE DE TOULOUSE.

Bah! ils ont osé? c’est, ma foi, bien heureux! Je croyais la magistrature corrompue par le ministère. Il paraît....

LE VIDAME.

Les bonnes doctrines reprennent leur empire; les journaux officiels crient contre le citoyen Marchais, secrétaire du club, dont les faits ont renversé notre pauvre Villèle; nos meilleurs préfets restent, et le jacobin de Béranger est condamné.

LE BAILLI.

A la bonne heure donc! Le ciel nous devait cette joie... Garçon! du café... Et à quoi l’ont-ils condamné? A rien, je parie; ils sont si mous. Ils ont peur des journaux.

LE VIDAME.

Ils n’ont pas voulu encourir le blâme des honnêtes gens, et Béranger en a pour neuf mois.

LE BAILLI.

Neuf mois de prison! quel bonheur! Garçon! un verre d’eau-de-vie... De l’amende, point?

LE VIDAME.

Si fait:dix mille francs.

LE BAILLI.

Pas plus? Ce n’est guère, vraiment. Le comité directeur va payer ça tout de suite. J’aurais voulu qu’on le condamnât à dix millions; ça aurait fait un fonds pour l’indemnité du clergé: mon frère a gros à y prétendre pour son abbaye de Fourmontiers. Ce cher abbé, il est bien malheureux! Je suis sûr qu’il n’a pas, avec sa place à la cour, ses brochures et son canonicat, quinze mille huit cents livres par an.

LE VIDAME.

Patience, mon ami, le temps fera justice de toutes cesinfâmies.

LE BAILLI.

Ah çà, vous étiez donc au tribunal?

LE VIDAME.

Certainement, j’avais un billet parce que, voyez-vous, on donne des billets pour la police correctionnelle, comme pour le spectacle de la cour et pour la messe du château. Un de mes amis avait eu un laisser-passer du parquet par son cousin, qui est allié par les femmes au père Chonchon.

Il y avait foule, mon cher. A huit heures, toutes les places étaient prises, et je n’ai pu entrer que parce que je connais un gendarme, fils d’un de mes anciens vassaux, et que j’ai trouvé par hasard chez Franchet la veille des affaires de la rue Saint-Denis. Il m’a fait asseoir à côté d’une dame libérale, espèce de femme de sans-culotte; fort jolie, ma foi, mise comme une duchesse, mais qui m’a indigné pendant neuf heures d’horloge par des propos d’une atrocité révoltante.

LE BAILLI.

Et quelle espèce de monde y avait-il?

LE VIDAME.

Que sais-je? Des gens de rien; des libéraux de toutes les nuances: chartistes, orléanistes, bonapartistes, républicains. Je suis bien sûr que j’étais le seul miguéliste. Ah! si fait, il y en avait un autre, et qui parlejôliment, sur ma parole!

LE BAILLI.

Avez-vous reconnu quelques-uns de ces damnés de libéraux?

LE VIDAME.

Par exemple! est-ce que je connais ces gens-là? La dame ma voisine les a nommés, et je crois qu’elle a désigné le chef des jacobins, Laffitte. C’est l’ami, le patron, l’hôte de Béranger!..... Après lui, elle a dit: Sebastiani, Manuel...

LE BAILLI.

Manuel! L’enfer était donc de la partie?—Vous avez vu Béranger?

LE VIDAME.

Parbleu! Il est arrivé à neuf heures environ, suivi d’un avocat au parlement... je veux dire à la cour royale, je m’y trompe toujours. Quand il est entré, tout le monde s’est levé, excepté moi, bien entendu. Il s’est assis au banc des avocats, tous près de moi, le scélérat! Il a la figure bien trompeuse. Imaginez-vous que cet enragé a l’air d’un très-honnête homme; son regard, que je croyais féroce, est doux; ses yeux, faibles et assez spirituels, sont cachés derrière de larges verres de lunettes; il est tout à fait chauve; son sourire n’a pas cette grimace diabolique que je lui supposais. J’ai cherché dans son accoutrement quelque chose qui me dénonçât le mauvais sujet; eh bien, mon ami, rien du tout: il est mis comme vous et moi quand nous allons dîner à Ville-d’Avray ou dans la rue de Monsieur.

LE BAILLI.

Et quelle contenance avait-il?

LE VIDAME.

Il riait décemment en parlant à ses amis; c’est pour tout dire un criminel d’assez bonne compagnie. A onze heures, Messieurs sont venus en robe, et l’audience a été ouverte. M. Champanhet, avocat du Roi, a pris alors la parole. Je me rappelle heureusement très-bien l’éloquence de M. Champanhet, et je m’en vais vous l’analyser. D’abord, il a commencé par faire l’éloge de M. de Marchangy, qui fit, il y a sept ans, de si belles phrases contre Béranger. Cet exorde m’a vivement touché, et il m’a paru très-adroit. C’était justement comme si l’orateur avait dit: «Marchangy l’illustre, le grand Marchangy, interprétait et faisait condamner le chansonnier. J’interpréterai aussi et j’espère faire condamner lechansonnier. Ensuite, M. Champanhet a lu des chansons que je n’étais pas fâché d’entendre, car je n’ai pas pu me les procurer: Beaudoin les vend si cher! Bref, les horribles chansons m’ont fort amusé. L’avocat du Roi en a fait ressortir toute la monstruosité avec un rare talent. Pourle Sacre de Charles le Simple, par exemple, il a dit une chose infiniment ingénieuse; la voici à peu près: «Comme l’histoire est muette sur le couronnement de Charles III, c’est un délit de faire une chanson à ce sujet, et c’est évidemment une fiction coupable de rechercher dans nos annales le souvenir d’un roi faible et malheureux.» Quand l’avocat a eu foudroyé le sacre, il est passé à laGérontocratie, et là j’ai été très-satisfait. L’insolent libelliste, dont les poésies sont laides, comme l’a déclaré l’orateur, a osé dans cette chanson dire que tout n’est pas bien en France maintenant, et que nous autres gens d’autrefois, nous sommes trop vieux pour gouverner une nation jeune. J’ai trouvé que le discours de MeBarthe était d’une platitude insupportable; les jacobins l’ont trouvé très-beau; on a applaudi; mais, mon cher, c’est une pitié que de l’éloquence de cette sorte. Ce n’est pas que Barthe manque absolument de talent, mais sa cause était si mauvaise! Les juges le lui ont fait bien voir; c’était une chose si simple et qui souffrait si peu de difficulté, qu’après une grande heure de délibération, ils ont condamné, comme je vous ai dit, Béranger à l’amende, à la prison. Il n’a pas paru triste du tout de cette flétrissure.

LE BAILLI.

Une chose que j’eusse voulue, c’est que la cour eût condamné Béranger à ne plus faire de chansons sous peine de la Bastille.

LE VIDAME.

Mais la Bastille...

LE BAILLI.

C’est parbleu vrai, ils nous l’ont abattue. Eh bien, sous peine d’être enfermé dans un couvent.

LE VIDAME.

On ne le peut plus; car, si la chose eût été possible, ce pauvre M. Contrafatto y aurait été conduit sans doute. Il n’y a plus de lettres de cachet; il y a la prison pour Béranger, Cauchois-Lemaire et les autres.

LE BAILLI.

Pourvu que le rimeur n’obtienne pas l’incarcération dans une maison de santé.

LE VIDAME.

Il n’y a pas de danger; Tivoli n’est que pour M. de Martainville.

COUP DE LANCETTE.

La prison, c’est le refrain que le ministère public ajoute à toutes les chansons de Béranger.

Dimanche, 28 décembre 1828.SOUSCRIPTION BÉRANGER.

Béranger vient d’être écroué à la Force. Si tous les admirateurs de son génie, tous les appréciateurs de son caractère pouvaient se partager la durée de sa peine, sa captivité neserait pas longue; puisqu’il n’en peut être ainsi, que du moins il soit permis de donner à ce poète national et populaire une preuve de l’amitié qu’on lui porte. Le public aimait à se persuader que ce n’était pas sur la modique fortune du chansonnier que pesait cette énorme condamnation pécuniaire de dix mille francs, si nouvelle dans les fastes judiciaires et si peu d’accord avec nos mœurs. Cette illusion doit cesser. Béranger n’a jamais consenti à ce qu’un libraire, en se rendant responsable de ses œuvres, acquît le droit d’en permettre ou d’en empêcher la publication. Cette circonstance, déjà révélée dans le débat, se trouve pleinement confirmée; il faut donc pourvoir au paiement de cette amende. Qui ne sera heureux de concourir à une souscription dont le but est de conserver à notre poète la modeste indépendance acquise par ses travaux.

On ne doit pas se méprendre sur le caractère de cette souscription: elle n’est point une protestation contre le jugement; non qu’on puisse contester au public le droit de s’élever contre des jugements qu’il n’approuve pas, mais il ne convient pas aux amis de Béranger de faire ce que Béranger n’a pas fait lui-même; ils doivent se résigner comme lui. L’acte auquel nous proposons au public de s’associer est un témoignage d’intérêt à l’homme, un hommage au poète que nous n’avons pu lire sans l’aimer. Notre appel sera entendu de toutes les classes de la société, et surtout de celle pour laquelle Béranger a toujours éprouvé une si vive sympathie, et dont il a si bien chanté les travaux, les peines et les sentiments patriotiques.

Les souscriptions seront reçues au bureau de ce journal, et le montant sera versé chez M. J. Laffitte et chez M. Bérard, membres de la Chambre des députés, chargés de les remettre à destination.

ÉTRENNES DE NICOLAS.

Nicolas fait la guerre en conscience,Il voudrait, pour son jour de l’an,Prendre Constantinople en dépit du sultan.Il fera bien, d’abord, de prendre... patience.

Nicolas fait la guerre en conscience,Il voudrait, pour son jour de l’an,Prendre Constantinople en dépit du sultan.Il fera bien, d’abord, de prendre... patience.

Nicolas fait la guerre en conscience,Il voudrait, pour son jour de l’an,Prendre Constantinople en dépit du sultan.Il fera bien, d’abord, de prendre... patience.

COUPS DE LANCETTE.

M. Cousin disait dans une de ses dernières leçons:

—Les trois quarts des choses que je dis sont absurdes.

Beaucoup de gens partagent l’opinion de M. Cousin pour l’autre quart.

** *

Tant que la France aura son budget et ses jésuites, ce sera perdre son temps que de lui souhaiter une bonne année.

«L’année 1829 s’ouvrait sous les plus favorables auspices. Le calme succédait, dans les esprits, à l’agitation; les classes moyennes, avides de repos, accueillaient avec confiance la perspective d’une situation exempte des inquiétudes qui troublaient, depuis trois ans, la sécurité de leurs intérêts moraux ou le développement de leurs intérêts matériels; les membres de l’opposition eux-mêmes, pris dans leur généralité, tendaient à se rapprocher de la royauté légitime[9].»

C’est un moment unique dans l’histoire de la Restauration; les passions se taisent, les rancunes semblent oubliées: c’est comme une amnistie vraie et générale.

Cette situation, on la devait au ministère Martignac, à ses efforts, à ses déclarations, aux gages qu’il venait de donner, aux garanties consenties pour l’avenir. On lui tenait compte de la sincérité des élections, de la liberté de la presse.

L’horizon politique se dorait des plus décevantes espérances. Mais ce fut une courte trêve. Charles X supportait avec impatience le cabinet Martignac; il disait volontiers à ses favoris que de tels ministrescompromettaient la dignité de la couronne. Bientôt, il voulut les contraindre à revenir sur toutes les concessions, à retirer une à une les garanties données. Ainsi il dépopularisa un ministère populaire, ainsi il lui enleva la majorité à la Chambre. Déjà cependant il avait d’autres projets, il songeait à d’autres hommes. Les ministres le comprenaient. «Nous ne sommes, disaient-ils, qu’un cabinet de transition.» Ils savaient bien le nom des hommes sur lesquels le roi avait jeté les yeux. Ils devaient être le trait d’union entre le ministèredéplorableet le ministèreincroyable.

Le ministère incroyable devait être présidé par M. de Polignac. C’est au descendant de la favorite de Marie-Antoinette que Charles X allait confier la destinée de la royauté légitime. Ce choix, connu dans le public, soulevait l’opinion, ce nom de Polignac semblait gros de catastrophes. Aussi, jusqu’au jour où le cabinet incroyable sera officiellement constitué, allons-nous voir leFigaroattaquer de toutes les forces de son esprit l’homme et ses tendances.

1erjanvier 1829.LES VŒUX.

..... Pourquoi donc te faire des vœux à toi-même, Figaro? le monde, plus que jamais, n’est-il pas de ton domaine exclusif; plus que jamais, n’est-il pas rempli de charlatans? regarde! Les charlatans tout partout, à la tribune, au barreau, au théâtre; à la Sorbonne, surtout: les uns vendent de laconstitution, les autres du despotisme; celui-ci de la modération, celui-là du matérialisme; son voisin, de la philosophie et de l’éclectisme.

Cependant, voilà mes souhaits de bonne année:

Qu’il y ait toujours en France un Opéra, des fermiers de jeu, des faiseurs de vers, des maîtres de philosophie et de méchants comédiens;

Que M. Sosthène se maintienne aux Beaux-Arts; M. de Vaulchier, aux Douanes; M. Marcassus de Puymaurin, à la Monnaie; M. Amy, au Conseil d’Etat;

Qu’il se trouve toujours en France quelques milliers de bonnes âmes bien patientes et assez peu difficiles pour se contenter chaque jour d’un journal comme le mien.

ENQUÊTE.

Le ministère du commerceDes contes bleus dont il nous berce,Pour son honneur, fait grand fracas;Mais le crédit public s’altère,Et nous faisons fort peu de casDu commerce du ministère.

Le ministère du commerceDes contes bleus dont il nous berce,Pour son honneur, fait grand fracas;Mais le crédit public s’altère,Et nous faisons fort peu de casDu commerce du ministère.

Le ministère du commerceDes contes bleus dont il nous berce,Pour son honneur, fait grand fracas;Mais le crédit public s’altère,Et nous faisons fort peu de casDu commerce du ministère.

BIGARRURES.

M. de Pourceaugnac, futur président du conseil, est arrivé hier soir de Limoges.

** *

Quel moyen va-t-on employer pour guérir les maux de la France? M. de Villèle usait de la saignée, M. de Mart.....penche pour la diète; on pense que M. de Pourceaugnac sera pour les douches, car il a toujours peur des apothicaires.

COUPS DE LANCETTE.

Si l’on ajourne indéfiniment les Chambres, nos députés pourront passer leur temps au jeu de paume.

** *

La Congrégation a essayé plusieurs fois de faire endosser à M. de Polignac un habit de ministre, mais M. de Polignac n’a encore pu passer que la Manche.

** *

Il paraît qu’un ambassadeur en Angleterre est un homme qui va et vient[10].

** *

Encore une ou deux courses de Douvres à Calais, et M. de Polignac passera pour le véritable don Quichotte de la Manche.

** *

M. de Martignac espère que M. de Polignac le gardera à cause de la reine.

** *

M. de Polignac commence à s’apercevoir que le télégraphe le fait aller.

Mercredi 21 et jeudi 22 janvier 1829.MONSIEUR DE POLIGNAC.

C’est le petit bonhomme du baromètre politique: dehors quand il fait beau, dedans au moment de l’orage; à Londres, quand le pouvoir est tant soit peu constitutionnel; à Paris, quand la France est menacée d’un envahissement jésuitique. On dirait un aide de camp de Wellington, traversant la Manche à tous les moments pour porter les ordres du généralissime des gouvernements rétrogrades.

Il va, vient, retourne, revient encore, comme ces coureurs d’héritages qui visitent tous les moribonds dont ils ne sont pas les parents, attendant que le hasard ou l’importunité leur vaille une succession. Tout ministre partant semble lui devoir son portefeuille, comme tout oiseau absent doit son nid au coucou.

Jusqu’à présent, ses vœux et ses courses furent trompés. Des amitiés pressantes, des affections de parti toutes paternelles, ne le purent élever jusqu’au ministère; cette fois, il paraît avoir plus de chances. On dit que Nos Excellences le rappellent elles-mêmes et qu’elles vont se le donner pour maître. Dieu! que ce sera plaisant! le joli combat! la drôle de lutte! M. de Polignac seul contre la nation! Seul? non pas; il aura avec lui, comme seconds dans cette passe d’armes, MM. Villèle et Peyronnet; pour hérauts, il aura MM. Portalis et Martignac; car ceux-ci, ils seront de tout ce qu’on voudra, excepté d’une administration libérale. Ils avaient la balle assez belle pourtant; mais ils ne l’ont pas su jouer et l’ont maladroitement lancée au côté droit, où M. de Polignac arrive assez à temps pour la prendre au bond.

M. de Polignac, son nom est dans toutes les bouches depuis trois jours; il doit se dire, comme le lièvre de La Fontaine:

Je suis donc un foudre de guerre!

Je suis donc un foudre de guerre!

Je suis donc un foudre de guerre!

Que de cris d’alarme parce qu’il monte! Eh! bonnes gens, il n’est pas encore en haut; et puis on descend si vite sur ce plan incliné, quand on est poussé par tout un peuple et qu’on ne trouve pour point de résistance qu’une coterie haïe et méprisée.

Les sacristains se réjouissent, on danse au noviciat de la rue de Sèvres, les neuvaines se multiplient; n’ayez pas peur. MM. Portalis et Martignac tomberont, c’est possible, c’est probable; ils pouvaient devenir populaires, ils ne l’ont pas voulu; mais que M. de Polignac les remplace, ce n’est pas sûr. Que ferait-il là? voyons! Il restituerait aux jésuites ce qu’ils ont perdu; or, qu’ont perdu les jésuites, sous les ministres actuels? rien du tout. M. de Portalis les aime trop pour leur avoir fait la moindre peine, et M. de Martignac aime trop le ministère pour ne s’être pas ménagé en secret, par des concessions, l’affection des bons pères. M. de Polignac voudra faire de la politique de dévote, mais on lui rira au nez. Les Chambres prendront cela comme une plaisanterie, et la plaisanterie tue; elle a tué M. de Villèle, plus fort que M. de Polignac. C’est une arme redoutable au moins, contre laquelle il n’y a que la raison; et dites-moi où sera la raison, c’est-à-dire la justice, le bon sens constitutionnel, si M. de Polignac est au ministère.

M. de Polignac n’aime pas la Charte, c’est un goût comme un autre. On peut être un excellent homme sans aimer la Charte, mais non un ministre passable dans un pays où elle est la loi d’où toutes les lois découlent. Le prince du pape refusa à la Chambre des pairs de prêter serment à la Charte;il était bien libre: on ne peut contraindre un fiancé, malgré lui, à jurer fidélité à la femme qu’il déteste; mais alors le fiancé n’épouse pas, et M. de Polignac est pair, et il veut toujours être ministre!

Cela ne peut guère s’arranger. Il fera mauvais ménage et ne prendra la Charte que pour la répudier. La malheureuse! elle a été assez maltraitée déjà par M. Decaze et par M. de Villèle; ils lui ont fait toutes sortes d’avanies, ni plus ni moins que si elle eût été roturière. M. de Polignac ira plus loin encore, il la fera reléguer au sceau des titres, comme le sultan met dans un sérail particulier la sultane Validé.

Et vous croyez que cela durera? On l’a dit à M. de Portalis, et il l’a cru, parce qu’il est facile à tout croire; on l’a dit à M. de Martignac, qui ne l’a pas cru, lui, parce qu’il est fin; mais il a duré autant que le ministère Laferronnays, il durera autant que le ministère nouveau. Dans un ministère engnac, il est légitime; il y entrera. Qu’est-ce que cela peut lui faire? Il n’est pas compromis par ses actes; les préfets sont ceux de M. de Villèle, la loi de la presse celle de M. de Peyronnet, la censure dramatique celle de M. de Corbière; il a fait quelques promesses, il les expliquera dans le sens du pouvoir absolu; pas si franchement pourtant qu’il ne les puisse bien retourner aux idées libérales, parce qu’il voudra être aussi du ministère qui succédera à celui dont on fait honte d’avance à M. de Polignac.

Le nom du futur ministre froisse l’opinion publique; il est impossible que M. de Polignac l’ignore. Il a la conscience de cette répugnance générale; peut-être n’osera-t-il pas la braver. S’il s’y hasarde, la guerre sera chaude et courte. Bataille morbleu! bataille! Tant mieux. Garde à vous, mes amis!... Chargez vos canons; pour moi, mon escopette est bourrée. En ligne! et nous allons bien rire.

COUPS DE LANCETTE.

M. de Polignac vient de faire, dans la Chambre haute, une déclaration d’amour à la Charte. M. de Polignac est un amant discret; il y avait plus de quinze ans qu’il tenait sa passion secrète[11].

** *

La France espère que ses députés uniront la force à l’adresse.

** *

L’union annoncée de M. de Polignac avec la Charte ne passera jamais pour un mariage d’inclination.

Dimanche, 25 janvier 1829.GLOSSAIRE POLITIQUE.

Ordre légal.—Machine pour enrayer.

Opinion publique.—Thermomètre.—Nos ministres, depuis quinze ans, y ont lu tout de travers. Ils ressemblent à des fous qui s’habilleraient en nankin quand le mercure està rivière gelée, et prendraient un carrick quand il est àSénégal.

Héros.—Ne se dit plus que dansle Vétéran, à Franconi; chez lord Wellington et le prince de Hohenlohe.

Petits séminaires.—Écoles militaires.

Éloge.—Dans laGazette.—Paire de soufflets.

Mendiant.—Se faire mendiant, c’est s’assurer un logement, du travail et du pain pour le reste de ses jours.

Bataille.—Livrer bataille à un voisin, détruire ses flottes, prendre ses villes, tout cela prouve qu’on est en pleine paix et que la meilleure intelligence règne entre les deux nations.

Libérateur.—Celui qui met une république dans sa poche.

Usurpateur.—Celui qui met un royaume dans son portefeuille.

COUPS DE LANCETTE.

Toutes les fois que les absolutistes croient pouvoir tuer la Charte, ils appellent M. de Polig... pour l’administrer.

** *

Quoiqu’en sa faveur la cour penche,Il est d’un trop mince acabit;Qu’il passe et repasse la Manche,Il n’endossera pas l’habit.

Quoiqu’en sa faveur la cour penche,Il est d’un trop mince acabit;Qu’il passe et repasse la Manche,Il n’endossera pas l’habit.

Quoiqu’en sa faveur la cour penche,Il est d’un trop mince acabit;Qu’il passe et repasse la Manche,Il n’endossera pas l’habit.

** *

M. de Polignac va passer avec le paquebot de Londres, un bail de trois, six ou neuf, pour le départ ou le retour.

CHARYBDE ET SCYLLA.

Nous pourrions bien, chose incroyable,Regretter un peu Martignac,Si nous tombions, chose effroyable!De Martignac en Polignac.

Nous pourrions bien, chose incroyable,Regretter un peu Martignac,Si nous tombions, chose effroyable!De Martignac en Polignac.

Nous pourrions bien, chose incroyable,Regretter un peu Martignac,Si nous tombions, chose effroyable!De Martignac en Polignac.

COUPS DE LANCETTE.

M. de Polignac a fait insérer dans plusieurs journaux sa protestation d’attachement à la Charte.

Et l’amour vient sans qu’on y pense.

Et l’amour vient sans qu’on y pense.

Et l’amour vient sans qu’on y pense.

** *

On dit que la Chambre va reprendre l’acte d’accusation des anciens ministres; la France n’a pas attendu si longtemps pour les condamner.

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M. P... a fait une déclaration d’amour à la Charte; Tarquin, aussi, assurait Lucrèce de son respect avant.........

J’AI DU BON TABAC.

Le Trésor a des millions dans ses sacs,Et la Régie encor garde par entrepriseLe monopole des tabacs.Monsieur Roy dit que c’est de bonne prise.

Le Trésor a des millions dans ses sacs,Et la Régie encor garde par entrepriseLe monopole des tabacs.Monsieur Roy dit que c’est de bonne prise.

Le Trésor a des millions dans ses sacs,Et la Régie encor garde par entrepriseLe monopole des tabacs.Monsieur Roy dit que c’est de bonne prise.

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M. de Polignac retourne aujourd’hui à Londres.

Jean s’en alla comme il était venu.

Jean s’en alla comme il était venu.

Jean s’en alla comme il était venu.

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La loi sur le monopole des tabacs blesse tous les droits, quoiqu’elle ait l’air d’avoir pour elle tous les droits réunis.

Mercredi, 18 février 1829.MONOPOLE DES HARICOTS[12].

On assure que S. Exc. Mgr le ministre des finances doit porter, vers la fin de ce mois, à la Chambre des députés un projet de loi sur les haricots devant être mis en régie. Quelqu’un, que nous avons tout lieu de croire au fait des choses ministérielles, a la bonté de nous communiquer le projet et l’exposé des motifs que M. Roy a préparés. Nous offrons à nos lecteurs ces deux pièces, qui deviendront peut-être historiques, comme la loi sur le monopole des tabacs, et les bonnes raisons dont le ministre l’a appuyée en la présentant.

EXPOSÉ DES MOTIFS.

«Messieurs,

«Notre amour pour l’ordre légal vous est connu: vous savez si nous voudrions faire quelque chose qui fût une violation des droits communs. Vous nous rendez la justice de croire à la pureté de nos intentions et à la bienveillance toute particulière que nous portons à la classe intéressante des cultivateurs.

«Nous venons cependant vous proposer une mesure exceptionnelle et que vous qualifieriez peut être d’attentat à la liberté de la culture, si nous ne prévenions des interprétations fâcheuses.

«Le besoin excuse bien des choses.

«43,000,000 sont un argument, selon nous, sans réplique aux objections que l’on fait contre le monopole des tabacs; 300,000,000 ne nous semblent pas moins concluants en faveur du monopole des haricots. 300,000,000! Oui, Messieurs, nous estimons à ce taux le produit de l’impôt dont nous venons vous proposer de frapper le légume qui nourrit à lui seul peut-être un cinquième de la population française, et auquel Soissons ne doit pas moins sa renommée qu’à la victoire de Clovis contre Siagrius, à la défaite de Charles le Simple et au trop fameux tournoi de 1559. 300,000,000! et nous avons besoin d’augmenter les revenus de l’Etat.

Cette nécessité vous est démontrée. L’administration est fort coûteuse, quelque zèle que nous mettions à réduire les gros traitements. Comment voulez-vous que nous donnions moins de 15 à 20,000 fr. à nos employés supérieurs? Un petit marchand, un industriel, un homme de lettres, travaillent nuit et jour pour gagner de 5 à 6,000 fr.; nos chefs de division travaillent beaucoup moins et gagnent beaucoup plus, c’est dans l’ordre; l’usage le veut ainsi avec raison. Il faut que nous trouvions des fonds pour les majorats à faire aux nobles pairs qui rendront des services à la France: idée lumineuse que nous avons eue et qui eût honoré nos prédécesseurs. Il faut que nous puissions trouver de quoi pensionner les hommes qui ont besoin d’être aidés par le gouvernement, comme, par exemple, M. le baron Louis... L’impôt sur les haricots pourvoira à tout cela.

«Est-il nécessaire que nous vous démontrions la légitimité de cet impôt? D’abord il est constitutionnel tout autant que celui des tabacs; ensuite il rapportera 300 millions, ce qu’il faut surtout ne pas perdre de vue.

«Les haricots ne se cultiveraient, dans le système du projet de loi, que pour le gouvernement. Un mode de perception del’impôt serait établi, et des agents seraient préposés aux recettes et à l’inspection de la culture. On dira, Messieurs, que cela est impossible; tout est possible au génie de la fiscalité.

«Une considération vous décidera, j’espère, et celle-là nous la réservions pour la dernière, afin de vaincre des répugnances, si, dans une assemblée aussi sage, aussi éminemment éclairée, il y avait des hommes assez peu versés dans l’économie politique pour se refuser à un projet que nous ne craignons pas d’appeler sublime, bien qu’il soit notre ouvrage. Cette considération, la voici. Le vin et les liqueurs fortes payent un impôt parce qu’ils sont dangereux; la presse est imposée en raison des périls où elle peut mettre la monarchie et la vanité des hommes d’État: laisserons-nous plus longtemps le haricot sans responsabilité morale?

«Que celui de vous, Messieurs, qui croit les haricots innocents et sans danger pour la société, rejette la loi que M. Syryès de Mayrinhac, directeur de l’agriculture, va avoir l’honneur de vous lire; nous y consentons.»

PROJET DE LOI.TITRE Ier.

Art.1er. La culture des haricots est faite au profit du gouvernement et administrée par lui.

Art.2. Tout cultivateur doit sa récolte au gouvernement; il la versera en nature dans les sacs de l’État, si mieux il n’aime la racheter par une somme fixée à 50 centimes par litre pour les haricots blancs, et 70 centimes pour les haricots rouges, noirs, gris, flageolets, et autres, ditsharicots de fantaisie.

Art.3. Le gouvernement pourra donner des licences pourla culture des haricots à ceux des sujets français qui auront rendu d’importants services à la monarchie.

TITRE II.

Art.1er. Dans chaque commune, un agent sera préposé à l’inspection de la culture des haricots.

Art.2. Cet agent sera nommé par notre ministre des finances, sur la présentation d’une liste de candidats désignés par l’élection.

Art. 3.L’élection sera faite par l’assemblée des notables des communes.

Art. 4.Composeront l’assemblée des notables:

1º Les évêques, curés, vicaires et desservants;

2º Les maires et adjoints;

3º Les percepteurs et receveurs des contributions;

4º Les officiers de tous grades de terre et de mer retraités avec 600 francs de pension au moins.

Art.5. Chaque agent recevra un traitement de 2,000 fr.

Art.6. Il y aura undirecteur général des haricotsaux appointements de 25,000 francs.

Art.7. Le commerce des haricots sur les marchés et places ne pourra être fait que par des débitants patentés par nous.

Art.8. Toute contravention aux dispositions de la présente loi sera punie d’une amende de 10,000 francs au moins et de 100,000 francs au plus.

Fait, etc.

On dit que si cette loi passe aux Chambres cette année, à la session prochaine, le ministre en présentera une plus importante encore sur les cornichons. Leprojet des cornichonss’élabore déjà, à ce qu’on assure, dans les bureaux.

COUPS DE LANCETTE.

M. de Martignac est un homme qui parle, mais ce n’est pas un homme de parole[13].

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Quand le gouvernement adresserait aux contribuables un million de remerciements, il leur serait encore redevable d’un milliard.

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M. le ministre des finances a occupé la tribune pendant toute une séance, avec le budget. On n’en est jamais quitte à bon marché.

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Nos faiseurs de budgets ont toujours trouvé des dépenses pour augmenter la recette; mais ils n’ont pas encore cherché la recette pour diminuer la dépense.

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Le ministère est tout honteux, il n’ose regarder ni à droite ni à gauche.

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On croit que M. de Martignac est à la fin de sa période; bientôt, peut-être, on pourra dire au général Sébastiani:

Tu nous as fait, Horace, un fidèle rapport;Enfin, la loi triomphe et Martignac est mort.

Tu nous as fait, Horace, un fidèle rapport;Enfin, la loi triomphe et Martignac est mort.

Tu nous as fait, Horace, un fidèle rapport;Enfin, la loi triomphe et Martignac est mort.

Samedi, 4 avril 1829.ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.M. L’ABBÉ FEUTRIER ET M. FRAYSSINOUS.—M. LE VICOMTE DE MARTIGNAC ETM. DE CORBIÈRE.—M. DE PORTALIS ET M. DE PEYRONNET.

M. l’évêque de Beauvais est le plus joli de tous les ministres qui se sont succédé depuis la Restauration. Son Excellence a la main belle, la jambe superbe, le maintien élégant, un teint pétri de lis et de roses; les chérubins n’ont pas plus de fraîcheur et les archanges plus de majesté. Aussi, quand M. Feutrier monte en chaire ou à la tribune, les regards de toutes les dames se portent incontinent sur lui: chacun admire l’air de béatitude et de satisfaction répandu sur toute sa personne, et le silence règne sans le secours de la sonnette du président. Ce n’est pas que M. de Beauvais soit un homme éloquent, un Cicéron, un Démosthènes, pas même un abbé Maury; mais Son Excellence a de si blanches mains, une si large croix d’or descend sur sa poitrine, un anneau si brillant orne ses doigts de rose, que l’attention se porte involontairement sur lui et qu’on l’écoute même avant qu’il ait parlé. Il parle enfin, et ceux qui l’ont entendu prêcher au faubourg Saint-Germain ou qui l’ont vu officier pontificalement à Beauvais, le retrouvent à la tribune tel qu’il leur apparaissait dans la chaire et sous le dais. Tous ses discours exhalent un parfum des saintes Écritures et présentent le rare assemblage des formes allégoriques du mandement et de la grâce touchante de l’homélie.

M. l’évêque d’Hermopolis, son prédécesseur, était, sous tous les rapports, un homme différent: un corps maigre et petit, un teint jaune et bilieux, une voix sévère, des formesanguleuses, le distinguaient de M. Feutrier. Celui-là n’eut jamais les suffrages des dames: sa tête était clair-semée de cheveux blancs qu’il laissait flotter sur ses épaules, à l’instar des prophètes, et pourtant, malgré les défauts d’un débit mal accentué, il produisait plus d’effet à la Chambre. M. Feutrier parle pour ne rien dire, ou plutôt, encore peu habitué aux usages parlementaires et craignant de se compromettre, il borne ses harangues à quelques lieux communs qui laissent après lui sur la même question les mêmes incertitudes.

Telle est la tactique ordinaire de M. de Martignac. Prodiguer les démonstrations sentimentales à défaut d’arguments, ménager ses adversaires dans l’impuissance de les combattre, parler de ses chagrins ministériels et des dégoûts de la puissance avec une candeur qui fait toujours des dupes: voilà le système adopté par M. le ministre de l’intérieur. Son Excellence a d’ailleurs un vrai talent d’élocution: sa voix flexible et sonore se prête facilement à l’impression qu’il veut produire; mais cette impression est toujours fugitive, parce qu’elle n’est pas le résultat d’une conviction profonde. Tout le monde admire l’orateur, chacun est ébloui, charmé de ses paroles; mais personne ne change d’avis après qu’il a parlé. Nous avons vu, il y a peu de jours, Son Excellence recevoir les félicitations des membres de tous les côtés de la Chambre qu’elle avait essayé de mettre en contradiction avec eux-mêmes; à droite et à gauche, on rendait justice à l’écrivain élégant, au déclamateur habile, mais on ne lui apportait pas une seule voix.

Admirons, toutefois, dans M. le ministre de l’intérieur l’influence prodigieuse qu’un simple changement de position exerce sur les hommes. Je me souviens qu’il y a quatre ou cinq ans, lorsque M. de Martignac était simple directeur général sous le ministère Villèle, il défendait avec chaleur laplupart des mesures proposées par le triumvirat déplorable. Son accent, aujourd’hui souple et insinuant, était fier et insultant pour le côté gauche; cette poignée de membres échappés aux fraudes électorales, cette minorité décimée semblait à peine digne de ses regards ou de sa pitié. Maintenant tout est changé: M. de Martignac réserve son ironie pour les castors de M. de Sallaberry et ses politesses pour M. Etienne. Lequel croire de bonne foi, du directeur général de 1824 ou du ministre de 1829? Aussi, Son Excellence a-t-elle beau protester de sa franchise, les députés lui disent en face que sa franchise est la première de toutes les finesses et que les montagnes changent plutôt de place que les hommes de principes.

Quoi qu’il en soit des antécédents de M. de Martignac, nous ne lui ferons pas l’injure de le comparer à M. de Corbière. Celui-ci était un ours dans toute la force du terme, un brutal, un vrai paysan du Danube, à l’éloquence près; nulle politesse envers les femmes, pas le moindre sentiment des convenances, l’habitude de ne répondre à aucune lettre, une paresse incurable, une insouciance de bonne renommée véritablement extraordinaire. M. de Martignac est d’une exquise urbanité, galant et respectueux avec les dames, obligeant avec tout le monde, même dans ses refus, et très-jaloux, quoi qu’il ait dit, de la faveur publique. Ses yeux bleus sont pleins de douceur, ses manières engageantes, son abord très-affable. Quand on les quitte, ses collègues disent:Je vous salue! M. de Martignac ajoute en souriant:Adieu! Sa mise est recherchée sans affectation, et les dames des tribunes, auxquelles il tourne le dos, trouvent que son toupet de cheveux gris produit plus d’illusion que la perruque de M. Portalis.

M. Portalis est, de tous les ministres, celui que la nature a le plus disgracié, après M. Decaux! Figurez-vous un gros homme enveloppé, depuis la tête jusqu’aux pieds, d’uneénorme simarre ou soutane et portant à la main un petit chapeau à trois cornes: tel est l’aspect que présente M. le garde des sceaux lorsqu’il s’avance, précédé de deux huissiers, vers le banc des ministres. Sa figure, composée de traits lourds et insignifiants, est celle d’un vieux procureur ou d’un de ces curés de village que je rencontre souvent dans les boutiques de lithographies. Rien de spirituel, de pensif ni d’énergique ne se lit sur son front; la face de la Justice, telle qu’on la gravait jadis en cul-de-lampe sur leBulletin des lois, n’avait rien de plus impassible que celle de M. Portalis. Son organe sourd et parfois nasillard, sa lenteur naturelle ou calculée et ses subtilités de légiste lui donnent quelque ressemblance avec ces prêtres de l’antiquité chargés de rendre les oracles. Mais, malheureusement, le temps des oracles est passé, et la Chambre prête rarement une oreille attentive aux paroles de M. le garde des sceaux. Chacun sait qu’il a été porté au pouvoir par l’influence du nom de son père, et l’on ne s’occupe guère de le troubler dans la jouissance de sa succession.

Le souvenir de la fatuité de son prédécesseur a, d’ailleurs, été fort utile à M. Portalis. Qui n’a plus d’une fois éprouvé je ne sais quelle colère soudaine en voyant entrer dans la Chambre le fameux comte de Peyronnet, la main appuyée sur le flanc, la tête haute et le regard dédaigneux, comme un pacha dans un conseil d’eunuques? Qui ne se souvient de ces apostrophes insolentes adressées par lui à la minorité opprimée qui, seule, défendait alors les droits méconnus du pays? Non, Walpole n’était pas plus audacieux lorsqu’il insultait à Windham et aux restes de l’opposition mourante dans le parlement d’Angleterre! Ces souvenirs ont protégé la médiocrité de M. Portalis; sa figure, du moins, n’a rien qui soit incompatible avec sa dignité, et, puisqu’il n’est pas nécessairede ressembler à l’Apollon du Belvédère pour être ministre de la justice, autant valait M. Portalis que tout autre pour occuper cette place dans un ministère sans couleur.

ÉPITAPHE.


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