Chapter 10

Dimanche, 9 août 1829.On parle du rétablissement de la censure par ordonnance. Nous déclarons, n’ayant point à craindre les tribunaux, que nous braverons cette mesure, qui forcément doit être prise. Si nos presses sont enlevées d’assaut par les gendarmes, nous ferons composer et imprimer notre feuille dans les caves. Nos abonnés peuvent en tous cas être tranquilles; ils recevront le journal, dussions-nous le faire imprimer hors Paris, voire même en Belgique.Paris, 8 août 1829.NOUVEAU MINISTÈRE.Présidence et affaires étrangères: M. de Polignac.Instruction publique et affaires ecclésiastiques: M. Montbel.Intérieur: M. Labourdonnaye.Commerce: à nommer.Guerre: M. Bourmont.Justice: M. Courvoisier.Marine: M. Rigny.Finances: M. Chabrol de Crussol, ancien ministre de la marine.Préfet de police: M. Renneville.M. d’Hermopolis est chargé de la feuille des bénéfices.Aujourd’hui, à l’ouverture de la Bourse, tous les yeux étaient fixés sur une douzaine d’individus qu’on n’avait pas vus y paraître depuis la chute du ministère Villèle; bientôt ce bataillon sacré s’est mis en mouvement et s’est empressé de vendre. Une demi-heure après, les noms des nouveaux ministres ont circulé dans l’assemblée, et une baisse de 4 fr. environ est survenue. C’est débuter par un coupe-gorge.BIGARRURES.—Au lieu d’illuminations, à une solennité prochaine toutes les maisons de la France doivent être tendues en noir.—C’est à la sollicitation de lord Wellington,duc de Waterloo, que M. Bourmont a été nommé ministre de la guerre.—Le nouveau préfet de police va tout rétablir sur l’ancien pied; on espère que bientôt il laissera rentrer les jésuites et sortir les filles.—M. de Belleyme avait en vue l’extinction de la mendicité; M. de Renneville travaillera à l’extinction de la publicité.—Les syndics de la faillite de M. le prince de Guéméné ont été écroués hier, pour avoir refusé dix pour cent que ce seigneur avait eu la générosité de leur offrir.—M. Malitourne, auteur de l’Histoire de la Restauration, qui n’a pas encore paru, a reçu une lettre de cachet pour le chapitre des cuisines du château, dont il a l’idée.—M. de Belleyme a donné sa démission aux voleurs!—M. de Linguet a voulu donner hier une sérénade à l’un de ses patrons. Une erreur l’a fait rosser par les gens. On vient de publier, rue Saint-Honoré, auMont-d’Or, chez les marchands Janet et Cotelle, à côté de l’hôtel de M. le marquis d’Aligre, une jolie chansonnette avec accompagnement de guitare ou de lyre, par MM. Philidor et Monsigny.—M. Beauregard a paru ce matin devant la grande Tournelle, chambres assemblées. Il est resté quatre heures sur la sellette. On dit qu’il a gravement chargé le sieur Martainville, son complice.—Hier, une rixe violente a eu lieu à la buvette de MM. les avocats entre MM. Berryer fils et Hennequin. La robe du dernier ayant été déchirée, le lambeau a été remis au greffe par M. l’huissier de la chambre. MeDupin aîné plaidera dans cette affaire.—M. de Mérindol a été promu, en lit de justice, à la place de réformateur du système décimal.—Le lansquenet a fait beaucoup de victimes à la dernière soirée de madame la duchesse d’Aiguillon.—Une bande de faux saulniers inquiète depuis quelques jours la généralité d’Orléans. Les employés de la gabelle ont déployé le plus grand sang-froid pour réprimer leur audace.—M. J. Pain vient d’être nommé pair de France.—M. de Marcellus vient d’être nommé directeur de l’Opéra, en remplacement de M. Lubbert, exilé dans ses terres pour une querelle avec M. le Premier.—L’Ecole polytechnique va prendre le titre d’Ecole des cadets.—La Bourgogne va présenter une requête signée de tous les notables de la province, tendant à obtenir quelque soulagement à l’égard des subsides.—Un huguenot, écrit-on de Foix, fut pendu la semaine dernière pour délit de sa religion.—Trois brelans secrets ont été dépistés hier par MM. les agents de M. le lieutenant civil.—Quelques jeunes seigneurs, légèrement pris de vin, eurent hier une rencontre avec des hommes du port qu’ils maltraitèrent. Justice sera faite des manants du port.—Hier, à la Comédie-Française, de jeunes gentilshommes ont vigoureusement étrillé l’ombre de Ninus, pour avoir grossièrement heurté leurs banquettes et causé la chute de l’un d’eux.—M. Sosthène de Larochefoucauld doit être ordonné jeudi prochain; la cérémonie aura lieu à Saint-Thomas-d’Aquin. Madame Du Chayla prendra le voile le même jour; les choristes de l’Opéra chanteront un motet; Mademoiselle Taglioni dansera un psaume.—Le gouvernement français a demandé l’extradition de MM. Mingrat et Contrafatto, appelés à diriger les affaires ecclésiastiques et l’instruction primaire des deux sexes. Une dépêche télégraphique a dû enjoindre à M. l’abbé Molitor de se trouver après-demain au plus tard à Paris; il est nommé directeur de la maison royale de Saint-Denis.—M. Bénaben a été habillé hier à neuf par ordre de la police.—M. l’abbé Liautard, maintenant curé à Fontainebleau, vient d’être canonisé vivant.—Le ballet desElémentsdoit être repris mardi à l’Opéra; le nouveau directeur, l’infatigable M. de Marcellus, poursuit les répétitions deCythère assiégée.—M. Dupuytren vient d’être nommé syndic de la corporation des chirurgiens-barbiers.—Le sieur Lourdoueix a passé aujourd’hui, dans la cour de la Sainte-Chapelle, la revue des membres de l’ancienne censure.—Les libraires associés se sont réunis hier chez M. Delalain, à l’effet de procéder en commun à la réimpression duNobiliaire général du royaume. Le privilége sera signé par un descendant de Lebègue.—La cérémonie du Suisse de la rue aux Ours aura lieu dimanche. Immédiatement après la combustion du mannequin, une procession aura lieu autour du marché des Innocents; on fera une quête au profit de l’œuvre de MM. les clercs de Saint-Pierre aux Bœufs.—MM. les empereurs cravatiers de S. M. ont offert aux gentilshommes de la Chambre un nouveau modèle de col à l’usage de la Maison-Rouge.—Le Roi a reçu, avant-hier, en audience particulière, M. Victor Hugo. Si l’on en croit les on-dit, Sa Majesté aurait manifesté à l’auteur duDuel sous Richelieudes opinions qui seraient loin d’encourager la littérature à pétitions. M. Victor Hugo avait grand espoir; mais voici venir un gracieux coup d’Etat qui menace de le reporter un peu loin. On assure que le nouveau conseil des ministres s’est réuni sous la présidence de M. de Polignac; il a été décidé qu’il ne serait plus joué que des mystères.—L’architecte de la cour est chargé de présenter un plan pour la reconstruction de la Bastille. Les prisonniers d’Etat ont été provisoirement déposés ce matin à la Force.—M. de Ménéchet vient d’être nommé capitaine des mulets de la Chambre.—M. Franchet a fait présenter, dans la journée d’hier, un rapport sur le rétablissement des lettres de cachet.—On assure que M. Delaveau a eu cette nuit une audience du Roi.—Il n’est plus question de la continuation du Louvre. Des fonds viennent d’être faits par le ministère de l’intérieur pour établir des oubliettes dans tous les châteaux seigneuriaux des provinces de France.—M. le vidame de Chartres est tombé de cheval au bois de Boulogne; il a été heureusement relevé par M. le roi d’armes de France, qui se rendait à sa petite maison avecdeux filles de l’Opéra.—Madame l’abbesse de Chelles vient d’accoucher heureusement d’un garçon. On en attribue la paternité à un mestre de camp connu par son bonheur au pharaon.—Le Journal des Débatsa été mis ce matin au pilon devant la Chambre ardente. M. Bertin a été admonesté par un président à mortier, qui lui a enjoint de prendre à l’avenir M. Deliége pour collaborateur.—Les membres du centre droit ayant été livrés à don Miguel, ce prince a ordonné qu’on leur posât un milliard de sangsues. «Les jacobins, dit laGazette, vont être enfin punis.»—M. Amy est nommé seul électeur de France.—Par suite du mouvement ministériel, madame Pan... se trouve dans l’aisance.—Vingt-deux régiments vont être concentrés sur Paris. Il s’agit d’arrêter M. Laffitte. On s’attend à une forte résistance. On ne dit pas si le pillage est promis aux soldats.—M. de Polignac vient d’établir une école d’instruction mutuelle pour les protestants dans la terre de Fenestrange, que la justice du Roi lui a enfin rendue.—La dernière fête du Landit a été troublée par le vin qui manquait dans les auberges. Le révérend père Loriquet, recteur de l’Université, a pris une décision pour prévenir désormais un pareil accident.—M. de Malarmé vient d’être nommé directeur général des postes.—M. Th. Bidault, louvetier de Seine-et-Marne, a déposé hier un pied de chevreuil, au petit coucher de madame de Kérolan, au château de M. le coadjuteur de Sens.—M. Récamier vient d’examiner un possédé dans la grande salle de l’Hôtel-Dieu. Le savant docteur avait pris le soin de se présenter, avant la consultation, au tribunal de la pénitence.—M. Roger, de l’Académie française, vient d’être nommé colonel des cuirassiers-dauphin.—M. de Puymaurin doit ouvrir, dit-on, un cours de médecine vétérinaire.—LaGazettese vendait déjà hier soir à tous les coins de rue.—M. le baron Saint-Victor, seigneur des documents, a été nommé horloger du Roi.—Adjudication, par autorité de justice, de la pierre sépulcrale du sieur Talma, histrion.—M. le duc de Wellington, maréchal de France, a commandé hier l’exercice à feu au Champ de Mars; M. de Bourmont était derrière lui.—MM. Delvincourt et Bonnet sont faits échevins de Paris. M. de la Panouze est prévôt des marchands.—On donne la ferme du sel et du charbon à M. de Villèle.—Le père Rootham, général des jésuites, est nommé maréchal de France en remplacement du prince de Hohenlohe.—L’ancien censeur Duplessis est fait brigadier de gendarmerie.—M. le comte de Corbière est élevé à la dignité de grand prévôt.—On jouera demain au Théâtre-Italienla Calomnie, où mademoiselle Colombe paraîtra pour la dernière fois.—M. Ouvrard a paru à l’Œil-de-Bœuf; il a eu une longue conversation avec M. Dudon.—M. le premier peintre du roi a enfin obtenu justice des critiques. On dit que l’auteur duPeuple au Sacre, brochure très-piquante sur le dernier chef-d’œuvre de M. Gérard, que la cour a tant admiré, est en fuite. Si on parvient à retrouver M. Jal, il sera probablement mis à la Bastille.—M. de Lourdoueix a obtenu l’entreprise des boues de Paris.—Le baron Dudon est nommé président de la Cour des comptes.—M. Bohain doit être roué jeudi. On n’a obtenu jusqu’ici de lui aucun aveu; il a refusé d’entendre l’aumônier des prisons.—Le privilége des grands danseurs du roi a été donné hier à un ancien valet de chambre de M. le vicomte Sosthène de Larochefoucauld.—M. Véron, directeur de laRevue de Paris, recueil littéraire brûlé ce matin au pied du grand escalier, vient de chercher un asile en Hollande, par suite d’une descente de justice faite à son domicile. On est sur les traces de ce gazetier.—Le prix des ports d’armes est porté à un million.—Un braconnier, nommé Bégnet, vient d’être mis au ban de la capitainerie pour avoir tué d’un coup de pierre, en terre de clergé, un canard sauvage.—Madame Elie, de l’Opéra, qui était à M. de Meaux, passe à M. de Cambray.—M. Piet a reçu son diplôme de maître-queux de l’hôtel.—M. le comte de la Boëssière vient d’être nommé président du tribunal de la justice Bottée.—Le prévôt des marchands doit tenir prochainement une séance à l’Hôtel-de-Ville pour l’adjudication des potences. On cite plusieurs traitants, fermiers généraux et receveurs des aides, qui se sont mis sur les rangs.—Hier, trois dames de la Comédie-Française, deux demoiselles de la Comédie-Italienne et une fille de l’Opéra ont été conduites au For-l’Evêque, sur la requête de M. le lieutenant de police.—M. Auguste Romieu, conservateur des antiquités du Morbihan, a reçu une menace de destitution, s’il ne rassemblait, d’ici à huit jours, tous les ossements de l’armée royale et catholique décédée à Auray et Quiberon.—Hier soir, la foule se pressait autour d’un vieillard baigné dans son sang. Il venait d’être tué d’un coup d’épée.—Ce quidam, chirurgien-barbier de son état, avait, en courant, blanchi l’habit bleu de roi du marquis de ***. Celui-ci lui passa son épée à travers le corps.—Le sergent du guet appelé pour cette bagatelle déclara que, d’après le nouveau tarif, il était dû par M. le marquis trente-six livres. M. le marquis paya et passa outre.—M. Delaforest vient d’être nommé porte-coton de Son Eminence M. de Toulouse.—Royal-Cravate va tenir garnison à Paris, en remplacement de Royal-Vaisseau.—Trois cadets de Bourgogne-infanterie ont été trouvés ivres-morts par le guet, dans un mauvais lieu voisin de la porte Saint-Honoré.—On dit que M. le général Canuel va être nommé grand bailli de Vermandois.—La maréchaussée a arrêté hier et conduit par-devant M. le lieutenant de police, un homme de bas étage, s’étant permis d’entrer dans un jardin royal l’épée au coté; il en sera écrit au cabinet de Versailles.—On parle du rétablissement de l’hommage lige et leudes. M. Quatrebarbe a déposé un projet.—Le trois pour cent doit hausser demain.—Dix-huit mille pétitions ont été déposées au bureau de la Chambre des pairs contre le rétablissement du droit de cuissage.—Par ordonnance du roi, M. de Polignac vient d’être décoré du titre de célèbre voyageur.—Les querelles des Armagnacs et des Bourguignons seront, dit-on, bientôt apaisées.—Une rixe a eu lieu ce matin au sujet de la charge de gentilhomme caudataire de M. de Paris; c’est M. de Conny qui l’a emporté.—La musique de Rossini va être supprimée pour rétablir l’harmonie en France.—M. de Labourdonnaye est nommé ministre de l’intérieur. Il était désigné, ces jours derniers, comme successeur de l’abbé Sicard à l’Institution des Sourds-Muets.—M. de Courvoisier est nommé ministre; on prétend qu’il sera mis en justice.—Mademoiselle Duchesnois vient de contracter un nouvel engagement de vingt ans avec le Théâtre-Français.—M. Pardessus demande si on ne pourrait pas lui donner une place dans un ministère quelconque. Etant propre à tous les emplois, peu lui importe d’être à la guerre, aux cultes ou aux finances; il sera le même partout.—La police de Paris est confiée à M. de Reyneville, âgé de 29 ans. Nous sommes tranquilles.—M. l’archevêque de Paris a souscrit à dix mille exemplaires duCorsaire, journal des théâtres.—Une ordonnance porte le rétablissement de trois couvents de capucins. Les capucins de Paris auront pour prieur M. le maréchal Soult, qui est entré en religion et qui prendra le nom defrère Basile.—Les héritiers de Law ont été reçus en audience particulière par M. de Chabrol.—M. Bourmont est nommé ministre de la guerre. C’est son bâton de maréchal de la bataille de Waterloo.—L’emplacement occupé naguère par le théâtre de l’Ambigu-Comique vient d’être rendu aux théatins.—La foire Saint Laurent rouvre lundi. Un pas sera dansé par d’illustres personnages.—M. de Genoude a procédé hier à la révision de M. le généalogiste de France. Des fonds lui ont été alloués pour ouvrir un café à Grenoble, sa patrie.—M. Delavau est nommé général des galères.—L’honorable M. Syrieys de Mayrinhac, ancien directeur des haras, est promu au grade de mestre de camp de cavalerie. Son collègue, M. Marcassus de Puymaurin, est fait bailli de Meudon.—M. Franchet commandera le corps des tristes-à-pattes; c’est M. Duplessis-Grénédan qui aura le guet à cheval.—M. Pardessus est au-dessus de tout.—M. de Polignac est abonné auFigaro.—Tous les contribuables de France ont fait écrire sur leurs portes:Crédit est mort, les mauvais payeurs l’ont tué.—M. de Martignac est parti ce soir pour Chanteloup.—Le Roi a reçu en audience particulière madame la comtesse du Chayla.—M. Roux, chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité, doit incessamment opérer de la cataracte un auguste personnage.

Dimanche, 9 août 1829.On parle du rétablissement de la censure par ordonnance. Nous déclarons, n’ayant point à craindre les tribunaux, que nous braverons cette mesure, qui forcément doit être prise. Si nos presses sont enlevées d’assaut par les gendarmes, nous ferons composer et imprimer notre feuille dans les caves. Nos abonnés peuvent en tous cas être tranquilles; ils recevront le journal, dussions-nous le faire imprimer hors Paris, voire même en Belgique.Paris, 8 août 1829.NOUVEAU MINISTÈRE.Présidence et affaires étrangères: M. de Polignac.Instruction publique et affaires ecclésiastiques: M. Montbel.Intérieur: M. Labourdonnaye.Commerce: à nommer.Guerre: M. Bourmont.Justice: M. Courvoisier.Marine: M. Rigny.Finances: M. Chabrol de Crussol, ancien ministre de la marine.Préfet de police: M. Renneville.M. d’Hermopolis est chargé de la feuille des bénéfices.Aujourd’hui, à l’ouverture de la Bourse, tous les yeux étaient fixés sur une douzaine d’individus qu’on n’avait pas vus y paraître depuis la chute du ministère Villèle; bientôt ce bataillon sacré s’est mis en mouvement et s’est empressé de vendre. Une demi-heure après, les noms des nouveaux ministres ont circulé dans l’assemblée, et une baisse de 4 fr. environ est survenue. C’est débuter par un coupe-gorge.BIGARRURES.—Au lieu d’illuminations, à une solennité prochaine toutes les maisons de la France doivent être tendues en noir.—C’est à la sollicitation de lord Wellington,duc de Waterloo, que M. Bourmont a été nommé ministre de la guerre.—Le nouveau préfet de police va tout rétablir sur l’ancien pied; on espère que bientôt il laissera rentrer les jésuites et sortir les filles.—M. de Belleyme avait en vue l’extinction de la mendicité; M. de Renneville travaillera à l’extinction de la publicité.—Les syndics de la faillite de M. le prince de Guéméné ont été écroués hier, pour avoir refusé dix pour cent que ce seigneur avait eu la générosité de leur offrir.—M. Malitourne, auteur de l’Histoire de la Restauration, qui n’a pas encore paru, a reçu une lettre de cachet pour le chapitre des cuisines du château, dont il a l’idée.—M. de Belleyme a donné sa démission aux voleurs!—M. de Linguet a voulu donner hier une sérénade à l’un de ses patrons. Une erreur l’a fait rosser par les gens. On vient de publier, rue Saint-Honoré, auMont-d’Or, chez les marchands Janet et Cotelle, à côté de l’hôtel de M. le marquis d’Aligre, une jolie chansonnette avec accompagnement de guitare ou de lyre, par MM. Philidor et Monsigny.—M. Beauregard a paru ce matin devant la grande Tournelle, chambres assemblées. Il est resté quatre heures sur la sellette. On dit qu’il a gravement chargé le sieur Martainville, son complice.—Hier, une rixe violente a eu lieu à la buvette de MM. les avocats entre MM. Berryer fils et Hennequin. La robe du dernier ayant été déchirée, le lambeau a été remis au greffe par M. l’huissier de la chambre. MeDupin aîné plaidera dans cette affaire.—M. de Mérindol a été promu, en lit de justice, à la place de réformateur du système décimal.—Le lansquenet a fait beaucoup de victimes à la dernière soirée de madame la duchesse d’Aiguillon.—Une bande de faux saulniers inquiète depuis quelques jours la généralité d’Orléans. Les employés de la gabelle ont déployé le plus grand sang-froid pour réprimer leur audace.—M. J. Pain vient d’être nommé pair de France.—M. de Marcellus vient d’être nommé directeur de l’Opéra, en remplacement de M. Lubbert, exilé dans ses terres pour une querelle avec M. le Premier.—L’Ecole polytechnique va prendre le titre d’Ecole des cadets.—La Bourgogne va présenter une requête signée de tous les notables de la province, tendant à obtenir quelque soulagement à l’égard des subsides.—Un huguenot, écrit-on de Foix, fut pendu la semaine dernière pour délit de sa religion.—Trois brelans secrets ont été dépistés hier par MM. les agents de M. le lieutenant civil.—Quelques jeunes seigneurs, légèrement pris de vin, eurent hier une rencontre avec des hommes du port qu’ils maltraitèrent. Justice sera faite des manants du port.—Hier, à la Comédie-Française, de jeunes gentilshommes ont vigoureusement étrillé l’ombre de Ninus, pour avoir grossièrement heurté leurs banquettes et causé la chute de l’un d’eux.—M. Sosthène de Larochefoucauld doit être ordonné jeudi prochain; la cérémonie aura lieu à Saint-Thomas-d’Aquin. Madame Du Chayla prendra le voile le même jour; les choristes de l’Opéra chanteront un motet; Mademoiselle Taglioni dansera un psaume.—Le gouvernement français a demandé l’extradition de MM. Mingrat et Contrafatto, appelés à diriger les affaires ecclésiastiques et l’instruction primaire des deux sexes. Une dépêche télégraphique a dû enjoindre à M. l’abbé Molitor de se trouver après-demain au plus tard à Paris; il est nommé directeur de la maison royale de Saint-Denis.—M. Bénaben a été habillé hier à neuf par ordre de la police.—M. l’abbé Liautard, maintenant curé à Fontainebleau, vient d’être canonisé vivant.—Le ballet desElémentsdoit être repris mardi à l’Opéra; le nouveau directeur, l’infatigable M. de Marcellus, poursuit les répétitions deCythère assiégée.—M. Dupuytren vient d’être nommé syndic de la corporation des chirurgiens-barbiers.—Le sieur Lourdoueix a passé aujourd’hui, dans la cour de la Sainte-Chapelle, la revue des membres de l’ancienne censure.—Les libraires associés se sont réunis hier chez M. Delalain, à l’effet de procéder en commun à la réimpression duNobiliaire général du royaume. Le privilége sera signé par un descendant de Lebègue.—La cérémonie du Suisse de la rue aux Ours aura lieu dimanche. Immédiatement après la combustion du mannequin, une procession aura lieu autour du marché des Innocents; on fera une quête au profit de l’œuvre de MM. les clercs de Saint-Pierre aux Bœufs.—MM. les empereurs cravatiers de S. M. ont offert aux gentilshommes de la Chambre un nouveau modèle de col à l’usage de la Maison-Rouge.—Le Roi a reçu, avant-hier, en audience particulière, M. Victor Hugo. Si l’on en croit les on-dit, Sa Majesté aurait manifesté à l’auteur duDuel sous Richelieudes opinions qui seraient loin d’encourager la littérature à pétitions. M. Victor Hugo avait grand espoir; mais voici venir un gracieux coup d’Etat qui menace de le reporter un peu loin. On assure que le nouveau conseil des ministres s’est réuni sous la présidence de M. de Polignac; il a été décidé qu’il ne serait plus joué que des mystères.—L’architecte de la cour est chargé de présenter un plan pour la reconstruction de la Bastille. Les prisonniers d’Etat ont été provisoirement déposés ce matin à la Force.—M. de Ménéchet vient d’être nommé capitaine des mulets de la Chambre.—M. Franchet a fait présenter, dans la journée d’hier, un rapport sur le rétablissement des lettres de cachet.—On assure que M. Delaveau a eu cette nuit une audience du Roi.—Il n’est plus question de la continuation du Louvre. Des fonds viennent d’être faits par le ministère de l’intérieur pour établir des oubliettes dans tous les châteaux seigneuriaux des provinces de France.—M. le vidame de Chartres est tombé de cheval au bois de Boulogne; il a été heureusement relevé par M. le roi d’armes de France, qui se rendait à sa petite maison avecdeux filles de l’Opéra.—Madame l’abbesse de Chelles vient d’accoucher heureusement d’un garçon. On en attribue la paternité à un mestre de camp connu par son bonheur au pharaon.—Le Journal des Débatsa été mis ce matin au pilon devant la Chambre ardente. M. Bertin a été admonesté par un président à mortier, qui lui a enjoint de prendre à l’avenir M. Deliége pour collaborateur.—Les membres du centre droit ayant été livrés à don Miguel, ce prince a ordonné qu’on leur posât un milliard de sangsues. «Les jacobins, dit laGazette, vont être enfin punis.»—M. Amy est nommé seul électeur de France.—Par suite du mouvement ministériel, madame Pan... se trouve dans l’aisance.—Vingt-deux régiments vont être concentrés sur Paris. Il s’agit d’arrêter M. Laffitte. On s’attend à une forte résistance. On ne dit pas si le pillage est promis aux soldats.—M. de Polignac vient d’établir une école d’instruction mutuelle pour les protestants dans la terre de Fenestrange, que la justice du Roi lui a enfin rendue.—La dernière fête du Landit a été troublée par le vin qui manquait dans les auberges. Le révérend père Loriquet, recteur de l’Université, a pris une décision pour prévenir désormais un pareil accident.—M. de Malarmé vient d’être nommé directeur général des postes.—M. Th. Bidault, louvetier de Seine-et-Marne, a déposé hier un pied de chevreuil, au petit coucher de madame de Kérolan, au château de M. le coadjuteur de Sens.—M. Récamier vient d’examiner un possédé dans la grande salle de l’Hôtel-Dieu. Le savant docteur avait pris le soin de se présenter, avant la consultation, au tribunal de la pénitence.—M. Roger, de l’Académie française, vient d’être nommé colonel des cuirassiers-dauphin.—M. de Puymaurin doit ouvrir, dit-on, un cours de médecine vétérinaire.—LaGazettese vendait déjà hier soir à tous les coins de rue.—M. le baron Saint-Victor, seigneur des documents, a été nommé horloger du Roi.—Adjudication, par autorité de justice, de la pierre sépulcrale du sieur Talma, histrion.—M. le duc de Wellington, maréchal de France, a commandé hier l’exercice à feu au Champ de Mars; M. de Bourmont était derrière lui.—MM. Delvincourt et Bonnet sont faits échevins de Paris. M. de la Panouze est prévôt des marchands.—On donne la ferme du sel et du charbon à M. de Villèle.—Le père Rootham, général des jésuites, est nommé maréchal de France en remplacement du prince de Hohenlohe.—L’ancien censeur Duplessis est fait brigadier de gendarmerie.—M. le comte de Corbière est élevé à la dignité de grand prévôt.—On jouera demain au Théâtre-Italienla Calomnie, où mademoiselle Colombe paraîtra pour la dernière fois.—M. Ouvrard a paru à l’Œil-de-Bœuf; il a eu une longue conversation avec M. Dudon.—M. le premier peintre du roi a enfin obtenu justice des critiques. On dit que l’auteur duPeuple au Sacre, brochure très-piquante sur le dernier chef-d’œuvre de M. Gérard, que la cour a tant admiré, est en fuite. Si on parvient à retrouver M. Jal, il sera probablement mis à la Bastille.—M. de Lourdoueix a obtenu l’entreprise des boues de Paris.—Le baron Dudon est nommé président de la Cour des comptes.—M. Bohain doit être roué jeudi. On n’a obtenu jusqu’ici de lui aucun aveu; il a refusé d’entendre l’aumônier des prisons.—Le privilége des grands danseurs du roi a été donné hier à un ancien valet de chambre de M. le vicomte Sosthène de Larochefoucauld.—M. Véron, directeur de laRevue de Paris, recueil littéraire brûlé ce matin au pied du grand escalier, vient de chercher un asile en Hollande, par suite d’une descente de justice faite à son domicile. On est sur les traces de ce gazetier.—Le prix des ports d’armes est porté à un million.—Un braconnier, nommé Bégnet, vient d’être mis au ban de la capitainerie pour avoir tué d’un coup de pierre, en terre de clergé, un canard sauvage.—Madame Elie, de l’Opéra, qui était à M. de Meaux, passe à M. de Cambray.—M. Piet a reçu son diplôme de maître-queux de l’hôtel.—M. le comte de la Boëssière vient d’être nommé président du tribunal de la justice Bottée.—Le prévôt des marchands doit tenir prochainement une séance à l’Hôtel-de-Ville pour l’adjudication des potences. On cite plusieurs traitants, fermiers généraux et receveurs des aides, qui se sont mis sur les rangs.—Hier, trois dames de la Comédie-Française, deux demoiselles de la Comédie-Italienne et une fille de l’Opéra ont été conduites au For-l’Evêque, sur la requête de M. le lieutenant de police.—M. Auguste Romieu, conservateur des antiquités du Morbihan, a reçu une menace de destitution, s’il ne rassemblait, d’ici à huit jours, tous les ossements de l’armée royale et catholique décédée à Auray et Quiberon.—Hier soir, la foule se pressait autour d’un vieillard baigné dans son sang. Il venait d’être tué d’un coup d’épée.—Ce quidam, chirurgien-barbier de son état, avait, en courant, blanchi l’habit bleu de roi du marquis de ***. Celui-ci lui passa son épée à travers le corps.—Le sergent du guet appelé pour cette bagatelle déclara que, d’après le nouveau tarif, il était dû par M. le marquis trente-six livres. M. le marquis paya et passa outre.—M. Delaforest vient d’être nommé porte-coton de Son Eminence M. de Toulouse.—Royal-Cravate va tenir garnison à Paris, en remplacement de Royal-Vaisseau.—Trois cadets de Bourgogne-infanterie ont été trouvés ivres-morts par le guet, dans un mauvais lieu voisin de la porte Saint-Honoré.—On dit que M. le général Canuel va être nommé grand bailli de Vermandois.—La maréchaussée a arrêté hier et conduit par-devant M. le lieutenant de police, un homme de bas étage, s’étant permis d’entrer dans un jardin royal l’épée au coté; il en sera écrit au cabinet de Versailles.—On parle du rétablissement de l’hommage lige et leudes. M. Quatrebarbe a déposé un projet.—Le trois pour cent doit hausser demain.—Dix-huit mille pétitions ont été déposées au bureau de la Chambre des pairs contre le rétablissement du droit de cuissage.—Par ordonnance du roi, M. de Polignac vient d’être décoré du titre de célèbre voyageur.—Les querelles des Armagnacs et des Bourguignons seront, dit-on, bientôt apaisées.—Une rixe a eu lieu ce matin au sujet de la charge de gentilhomme caudataire de M. de Paris; c’est M. de Conny qui l’a emporté.—La musique de Rossini va être supprimée pour rétablir l’harmonie en France.—M. de Labourdonnaye est nommé ministre de l’intérieur. Il était désigné, ces jours derniers, comme successeur de l’abbé Sicard à l’Institution des Sourds-Muets.—M. de Courvoisier est nommé ministre; on prétend qu’il sera mis en justice.—Mademoiselle Duchesnois vient de contracter un nouvel engagement de vingt ans avec le Théâtre-Français.—M. Pardessus demande si on ne pourrait pas lui donner une place dans un ministère quelconque. Etant propre à tous les emplois, peu lui importe d’être à la guerre, aux cultes ou aux finances; il sera le même partout.—La police de Paris est confiée à M. de Reyneville, âgé de 29 ans. Nous sommes tranquilles.—M. l’archevêque de Paris a souscrit à dix mille exemplaires duCorsaire, journal des théâtres.—Une ordonnance porte le rétablissement de trois couvents de capucins. Les capucins de Paris auront pour prieur M. le maréchal Soult, qui est entré en religion et qui prendra le nom defrère Basile.—Les héritiers de Law ont été reçus en audience particulière par M. de Chabrol.—M. Bourmont est nommé ministre de la guerre. C’est son bâton de maréchal de la bataille de Waterloo.—L’emplacement occupé naguère par le théâtre de l’Ambigu-Comique vient d’être rendu aux théatins.—La foire Saint Laurent rouvre lundi. Un pas sera dansé par d’illustres personnages.—M. de Genoude a procédé hier à la révision de M. le généalogiste de France. Des fonds lui ont été alloués pour ouvrir un café à Grenoble, sa patrie.—M. Delavau est nommé général des galères.—L’honorable M. Syrieys de Mayrinhac, ancien directeur des haras, est promu au grade de mestre de camp de cavalerie. Son collègue, M. Marcassus de Puymaurin, est fait bailli de Meudon.—M. Franchet commandera le corps des tristes-à-pattes; c’est M. Duplessis-Grénédan qui aura le guet à cheval.—M. Pardessus est au-dessus de tout.—M. de Polignac est abonné auFigaro.—Tous les contribuables de France ont fait écrire sur leurs portes:Crédit est mort, les mauvais payeurs l’ont tué.—M. de Martignac est parti ce soir pour Chanteloup.—Le Roi a reçu en audience particulière madame la comtesse du Chayla.—M. Roux, chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité, doit incessamment opérer de la cataracte un auguste personnage.

Dimanche, 9 août 1829.

On parle du rétablissement de la censure par ordonnance. Nous déclarons, n’ayant point à craindre les tribunaux, que nous braverons cette mesure, qui forcément doit être prise. Si nos presses sont enlevées d’assaut par les gendarmes, nous ferons composer et imprimer notre feuille dans les caves. Nos abonnés peuvent en tous cas être tranquilles; ils recevront le journal, dussions-nous le faire imprimer hors Paris, voire même en Belgique.

Paris, 8 août 1829.

NOUVEAU MINISTÈRE.

Présidence et affaires étrangères: M. de Polignac.

Instruction publique et affaires ecclésiastiques: M. Montbel.

Intérieur: M. Labourdonnaye.

Commerce: à nommer.

Guerre: M. Bourmont.

Justice: M. Courvoisier.

Marine: M. Rigny.

Finances: M. Chabrol de Crussol, ancien ministre de la marine.

Préfet de police: M. Renneville.

M. d’Hermopolis est chargé de la feuille des bénéfices.

Aujourd’hui, à l’ouverture de la Bourse, tous les yeux étaient fixés sur une douzaine d’individus qu’on n’avait pas vus y paraître depuis la chute du ministère Villèle; bientôt ce bataillon sacré s’est mis en mouvement et s’est empressé de vendre. Une demi-heure après, les noms des nouveaux ministres ont circulé dans l’assemblée, et une baisse de 4 fr. environ est survenue. C’est débuter par un coupe-gorge.

BIGARRURES.

—Au lieu d’illuminations, à une solennité prochaine toutes les maisons de la France doivent être tendues en noir.

—C’est à la sollicitation de lord Wellington,duc de Waterloo, que M. Bourmont a été nommé ministre de la guerre.

—Le nouveau préfet de police va tout rétablir sur l’ancien pied; on espère que bientôt il laissera rentrer les jésuites et sortir les filles.

—M. de Belleyme avait en vue l’extinction de la mendicité; M. de Renneville travaillera à l’extinction de la publicité.

—Les syndics de la faillite de M. le prince de Guéméné ont été écroués hier, pour avoir refusé dix pour cent que ce seigneur avait eu la générosité de leur offrir.

—M. Malitourne, auteur de l’Histoire de la Restauration, qui n’a pas encore paru, a reçu une lettre de cachet pour le chapitre des cuisines du château, dont il a l’idée.

—M. de Belleyme a donné sa démission aux voleurs!

—M. de Linguet a voulu donner hier une sérénade à l’un de ses patrons. Une erreur l’a fait rosser par les gens. On vient de publier, rue Saint-Honoré, auMont-d’Or, chez les marchands Janet et Cotelle, à côté de l’hôtel de M. le marquis d’Aligre, une jolie chansonnette avec accompagnement de guitare ou de lyre, par MM. Philidor et Monsigny.

—M. Beauregard a paru ce matin devant la grande Tournelle, chambres assemblées. Il est resté quatre heures sur la sellette. On dit qu’il a gravement chargé le sieur Martainville, son complice.

—Hier, une rixe violente a eu lieu à la buvette de MM. les avocats entre MM. Berryer fils et Hennequin. La robe du dernier ayant été déchirée, le lambeau a été remis au greffe par M. l’huissier de la chambre. MeDupin aîné plaidera dans cette affaire.

—M. de Mérindol a été promu, en lit de justice, à la place de réformateur du système décimal.

—Le lansquenet a fait beaucoup de victimes à la dernière soirée de madame la duchesse d’Aiguillon.

—Une bande de faux saulniers inquiète depuis quelques jours la généralité d’Orléans. Les employés de la gabelle ont déployé le plus grand sang-froid pour réprimer leur audace.

—M. J. Pain vient d’être nommé pair de France.

—M. de Marcellus vient d’être nommé directeur de l’Opéra, en remplacement de M. Lubbert, exilé dans ses terres pour une querelle avec M. le Premier.

—L’Ecole polytechnique va prendre le titre d’Ecole des cadets.

—La Bourgogne va présenter une requête signée de tous les notables de la province, tendant à obtenir quelque soulagement à l’égard des subsides.

—Un huguenot, écrit-on de Foix, fut pendu la semaine dernière pour délit de sa religion.

—Trois brelans secrets ont été dépistés hier par MM. les agents de M. le lieutenant civil.

—Quelques jeunes seigneurs, légèrement pris de vin, eurent hier une rencontre avec des hommes du port qu’ils maltraitèrent. Justice sera faite des manants du port.

—Hier, à la Comédie-Française, de jeunes gentilshommes ont vigoureusement étrillé l’ombre de Ninus, pour avoir grossièrement heurté leurs banquettes et causé la chute de l’un d’eux.

—M. Sosthène de Larochefoucauld doit être ordonné jeudi prochain; la cérémonie aura lieu à Saint-Thomas-d’Aquin. Madame Du Chayla prendra le voile le même jour; les choristes de l’Opéra chanteront un motet; Mademoiselle Taglioni dansera un psaume.

—Le gouvernement français a demandé l’extradition de MM. Mingrat et Contrafatto, appelés à diriger les affaires ecclésiastiques et l’instruction primaire des deux sexes. Une dépêche télégraphique a dû enjoindre à M. l’abbé Molitor de se trouver après-demain au plus tard à Paris; il est nommé directeur de la maison royale de Saint-Denis.

—M. Bénaben a été habillé hier à neuf par ordre de la police.

—M. l’abbé Liautard, maintenant curé à Fontainebleau, vient d’être canonisé vivant.

—Le ballet desElémentsdoit être repris mardi à l’Opéra; le nouveau directeur, l’infatigable M. de Marcellus, poursuit les répétitions deCythère assiégée.

—M. Dupuytren vient d’être nommé syndic de la corporation des chirurgiens-barbiers.

—Le sieur Lourdoueix a passé aujourd’hui, dans la cour de la Sainte-Chapelle, la revue des membres de l’ancienne censure.

—Les libraires associés se sont réunis hier chez M. Delalain, à l’effet de procéder en commun à la réimpression duNobiliaire général du royaume. Le privilége sera signé par un descendant de Lebègue.

—La cérémonie du Suisse de la rue aux Ours aura lieu dimanche. Immédiatement après la combustion du mannequin, une procession aura lieu autour du marché des Innocents; on fera une quête au profit de l’œuvre de MM. les clercs de Saint-Pierre aux Bœufs.

—MM. les empereurs cravatiers de S. M. ont offert aux gentilshommes de la Chambre un nouveau modèle de col à l’usage de la Maison-Rouge.

—Le Roi a reçu, avant-hier, en audience particulière, M. Victor Hugo. Si l’on en croit les on-dit, Sa Majesté aurait manifesté à l’auteur duDuel sous Richelieudes opinions qui seraient loin d’encourager la littérature à pétitions. M. Victor Hugo avait grand espoir; mais voici venir un gracieux coup d’Etat qui menace de le reporter un peu loin. On assure que le nouveau conseil des ministres s’est réuni sous la présidence de M. de Polignac; il a été décidé qu’il ne serait plus joué que des mystères.

—L’architecte de la cour est chargé de présenter un plan pour la reconstruction de la Bastille. Les prisonniers d’Etat ont été provisoirement déposés ce matin à la Force.

—M. de Ménéchet vient d’être nommé capitaine des mulets de la Chambre.

—M. Franchet a fait présenter, dans la journée d’hier, un rapport sur le rétablissement des lettres de cachet.

—On assure que M. Delaveau a eu cette nuit une audience du Roi.

—Il n’est plus question de la continuation du Louvre. Des fonds viennent d’être faits par le ministère de l’intérieur pour établir des oubliettes dans tous les châteaux seigneuriaux des provinces de France.

—M. le vidame de Chartres est tombé de cheval au bois de Boulogne; il a été heureusement relevé par M. le roi d’armes de France, qui se rendait à sa petite maison avecdeux filles de l’Opéra.

—Madame l’abbesse de Chelles vient d’accoucher heureusement d’un garçon. On en attribue la paternité à un mestre de camp connu par son bonheur au pharaon.

—Le Journal des Débatsa été mis ce matin au pilon devant la Chambre ardente. M. Bertin a été admonesté par un président à mortier, qui lui a enjoint de prendre à l’avenir M. Deliége pour collaborateur.

—Les membres du centre droit ayant été livrés à don Miguel, ce prince a ordonné qu’on leur posât un milliard de sangsues. «Les jacobins, dit laGazette, vont être enfin punis.»

—M. Amy est nommé seul électeur de France.

—Par suite du mouvement ministériel, madame Pan... se trouve dans l’aisance.

—Vingt-deux régiments vont être concentrés sur Paris. Il s’agit d’arrêter M. Laffitte. On s’attend à une forte résistance. On ne dit pas si le pillage est promis aux soldats.

—M. de Polignac vient d’établir une école d’instruction mutuelle pour les protestants dans la terre de Fenestrange, que la justice du Roi lui a enfin rendue.

—La dernière fête du Landit a été troublée par le vin qui manquait dans les auberges. Le révérend père Loriquet, recteur de l’Université, a pris une décision pour prévenir désormais un pareil accident.

—M. de Malarmé vient d’être nommé directeur général des postes.

—M. Th. Bidault, louvetier de Seine-et-Marne, a déposé hier un pied de chevreuil, au petit coucher de madame de Kérolan, au château de M. le coadjuteur de Sens.

—M. Récamier vient d’examiner un possédé dans la grande salle de l’Hôtel-Dieu. Le savant docteur avait pris le soin de se présenter, avant la consultation, au tribunal de la pénitence.

—M. Roger, de l’Académie française, vient d’être nommé colonel des cuirassiers-dauphin.

—M. de Puymaurin doit ouvrir, dit-on, un cours de médecine vétérinaire.

—LaGazettese vendait déjà hier soir à tous les coins de rue.

—M. le baron Saint-Victor, seigneur des documents, a été nommé horloger du Roi.

—Adjudication, par autorité de justice, de la pierre sépulcrale du sieur Talma, histrion.

—M. le duc de Wellington, maréchal de France, a commandé hier l’exercice à feu au Champ de Mars; M. de Bourmont était derrière lui.

—MM. Delvincourt et Bonnet sont faits échevins de Paris. M. de la Panouze est prévôt des marchands.

—On donne la ferme du sel et du charbon à M. de Villèle.

—Le père Rootham, général des jésuites, est nommé maréchal de France en remplacement du prince de Hohenlohe.

—L’ancien censeur Duplessis est fait brigadier de gendarmerie.

—M. le comte de Corbière est élevé à la dignité de grand prévôt.

—On jouera demain au Théâtre-Italienla Calomnie, où mademoiselle Colombe paraîtra pour la dernière fois.

—M. Ouvrard a paru à l’Œil-de-Bœuf; il a eu une longue conversation avec M. Dudon.

—M. le premier peintre du roi a enfin obtenu justice des critiques. On dit que l’auteur duPeuple au Sacre, brochure très-piquante sur le dernier chef-d’œuvre de M. Gérard, que la cour a tant admiré, est en fuite. Si on parvient à retrouver M. Jal, il sera probablement mis à la Bastille.

—M. de Lourdoueix a obtenu l’entreprise des boues de Paris.

—Le baron Dudon est nommé président de la Cour des comptes.

—M. Bohain doit être roué jeudi. On n’a obtenu jusqu’ici de lui aucun aveu; il a refusé d’entendre l’aumônier des prisons.

—Le privilége des grands danseurs du roi a été donné hier à un ancien valet de chambre de M. le vicomte Sosthène de Larochefoucauld.

—M. Véron, directeur de laRevue de Paris, recueil littéraire brûlé ce matin au pied du grand escalier, vient de chercher un asile en Hollande, par suite d’une descente de justice faite à son domicile. On est sur les traces de ce gazetier.

—Le prix des ports d’armes est porté à un million.

—Un braconnier, nommé Bégnet, vient d’être mis au ban de la capitainerie pour avoir tué d’un coup de pierre, en terre de clergé, un canard sauvage.

—Madame Elie, de l’Opéra, qui était à M. de Meaux, passe à M. de Cambray.

—M. Piet a reçu son diplôme de maître-queux de l’hôtel.

—M. le comte de la Boëssière vient d’être nommé président du tribunal de la justice Bottée.

—Le prévôt des marchands doit tenir prochainement une séance à l’Hôtel-de-Ville pour l’adjudication des potences. On cite plusieurs traitants, fermiers généraux et receveurs des aides, qui se sont mis sur les rangs.

—Hier, trois dames de la Comédie-Française, deux demoiselles de la Comédie-Italienne et une fille de l’Opéra ont été conduites au For-l’Evêque, sur la requête de M. le lieutenant de police.

—M. Auguste Romieu, conservateur des antiquités du Morbihan, a reçu une menace de destitution, s’il ne rassemblait, d’ici à huit jours, tous les ossements de l’armée royale et catholique décédée à Auray et Quiberon.

—Hier soir, la foule se pressait autour d’un vieillard baigné dans son sang. Il venait d’être tué d’un coup d’épée.—Ce quidam, chirurgien-barbier de son état, avait, en courant, blanchi l’habit bleu de roi du marquis de ***. Celui-ci lui passa son épée à travers le corps.—Le sergent du guet appelé pour cette bagatelle déclara que, d’après le nouveau tarif, il était dû par M. le marquis trente-six livres. M. le marquis paya et passa outre.

—M. Delaforest vient d’être nommé porte-coton de Son Eminence M. de Toulouse.

—Royal-Cravate va tenir garnison à Paris, en remplacement de Royal-Vaisseau.

—Trois cadets de Bourgogne-infanterie ont été trouvés ivres-morts par le guet, dans un mauvais lieu voisin de la porte Saint-Honoré.

—On dit que M. le général Canuel va être nommé grand bailli de Vermandois.

—La maréchaussée a arrêté hier et conduit par-devant M. le lieutenant de police, un homme de bas étage, s’étant permis d’entrer dans un jardin royal l’épée au coté; il en sera écrit au cabinet de Versailles.

—On parle du rétablissement de l’hommage lige et leudes. M. Quatrebarbe a déposé un projet.

—Le trois pour cent doit hausser demain.

—Dix-huit mille pétitions ont été déposées au bureau de la Chambre des pairs contre le rétablissement du droit de cuissage.

—Par ordonnance du roi, M. de Polignac vient d’être décoré du titre de célèbre voyageur.

—Les querelles des Armagnacs et des Bourguignons seront, dit-on, bientôt apaisées.

—Une rixe a eu lieu ce matin au sujet de la charge de gentilhomme caudataire de M. de Paris; c’est M. de Conny qui l’a emporté.

—La musique de Rossini va être supprimée pour rétablir l’harmonie en France.

—M. de Labourdonnaye est nommé ministre de l’intérieur. Il était désigné, ces jours derniers, comme successeur de l’abbé Sicard à l’Institution des Sourds-Muets.

—M. de Courvoisier est nommé ministre; on prétend qu’il sera mis en justice.

—Mademoiselle Duchesnois vient de contracter un nouvel engagement de vingt ans avec le Théâtre-Français.

—M. Pardessus demande si on ne pourrait pas lui donner une place dans un ministère quelconque. Etant propre à tous les emplois, peu lui importe d’être à la guerre, aux cultes ou aux finances; il sera le même partout.

—La police de Paris est confiée à M. de Reyneville, âgé de 29 ans. Nous sommes tranquilles.

—M. l’archevêque de Paris a souscrit à dix mille exemplaires duCorsaire, journal des théâtres.

—Une ordonnance porte le rétablissement de trois couvents de capucins. Les capucins de Paris auront pour prieur M. le maréchal Soult, qui est entré en religion et qui prendra le nom defrère Basile.

—Les héritiers de Law ont été reçus en audience particulière par M. de Chabrol.

—M. Bourmont est nommé ministre de la guerre. C’est son bâton de maréchal de la bataille de Waterloo.

—L’emplacement occupé naguère par le théâtre de l’Ambigu-Comique vient d’être rendu aux théatins.

—La foire Saint Laurent rouvre lundi. Un pas sera dansé par d’illustres personnages.

—M. de Genoude a procédé hier à la révision de M. le généalogiste de France. Des fonds lui ont été alloués pour ouvrir un café à Grenoble, sa patrie.

—M. Delavau est nommé général des galères.

—L’honorable M. Syrieys de Mayrinhac, ancien directeur des haras, est promu au grade de mestre de camp de cavalerie. Son collègue, M. Marcassus de Puymaurin, est fait bailli de Meudon.

—M. Franchet commandera le corps des tristes-à-pattes; c’est M. Duplessis-Grénédan qui aura le guet à cheval.

—M. Pardessus est au-dessus de tout.

—M. de Polignac est abonné auFigaro.

—Tous les contribuables de France ont fait écrire sur leurs portes:Crédit est mort, les mauvais payeurs l’ont tué.

—M. de Martignac est parti ce soir pour Chanteloup.

—Le Roi a reçu en audience particulière madame la comtesse du Chayla.

—M. Roux, chirurgien en chef de l’hôpital de la Charité, doit incessamment opérer de la cataracte un auguste personnage.

COUPS DE LANCETTE

Un grand nombre d’officiers supérieurs de l’armée se proposent, dit-on, de donner leur démission.

** *

Sur la demande du général Bourmont, le pont d’Austerlitz va changer son nom pour celui de pont de Waterloo.

** *

Les individus qui auraient déserté sont invités à se présenter au ministère de la guerre; il leur sera distribué des emplois particuliers dans la maison de M. Bourmont.

** *

Nous serions fâchés de calomnier M. Coco-Lacour, mais nous avons quelques raisons de croire qu’il fera partie de la nouvelle administration.

AMEN.

Au ministère, ah! quel mic-mac!Du despotisme le cornacA quitté l’Angleterre, et cracDe son fouet on entend le clac.Ah! le cœur nous en fait tic-tac!On en a mal à l’estomac.Eh! quoi, ce prince Polignac,Qui vaut la prise de tabacEt parleet ab hoc et ab hac,A la façon de Mayrinhac,Succède au brillant Martignac,Des libertés il fait le sacEt la Charte a son Ravaillac;Mais qui prendra son almanach?...Traitons-le comme un Pourceaugnac,Qu’il remonte sur le tillacEt tombe enfin dans le grand lac.

Au ministère, ah! quel mic-mac!Du despotisme le cornacA quitté l’Angleterre, et cracDe son fouet on entend le clac.Ah! le cœur nous en fait tic-tac!On en a mal à l’estomac.Eh! quoi, ce prince Polignac,Qui vaut la prise de tabacEt parleet ab hoc et ab hac,A la façon de Mayrinhac,Succède au brillant Martignac,Des libertés il fait le sacEt la Charte a son Ravaillac;Mais qui prendra son almanach?...Traitons-le comme un Pourceaugnac,Qu’il remonte sur le tillacEt tombe enfin dans le grand lac.

Au ministère, ah! quel mic-mac!Du despotisme le cornacA quitté l’Angleterre, et cracDe son fouet on entend le clac.Ah! le cœur nous en fait tic-tac!On en a mal à l’estomac.Eh! quoi, ce prince Polignac,Qui vaut la prise de tabacEt parleet ab hoc et ab hac,A la façon de Mayrinhac,Succède au brillant Martignac,Des libertés il fait le sacEt la Charte a son Ravaillac;Mais qui prendra son almanach?...Traitons-le comme un Pourceaugnac,Qu’il remonte sur le tillacEt tombe enfin dans le grand lac.

COUPS DE LANCETTE.

Voilà vingt-cinq personnes qui refusent la préfecture de police. Il faut pourtant que Paris soit tranquille: M. Jules de Polignac s’est décidé à choisir M. JulesdeVidocq.

** *

On s’étonne de la nomination de MM. les ministres; on a bien fait un chevreuil consul.

** *

On peut bien gouverner avec des potences et des filles (Mot historique de M. de La Bourdonnaye).

PÉTITION.

A trois hauts et puissants messieurs, par des victimes de la fatalité, ayant leur domicile dans un établissement public à Brest et à Toulon:

Air:Ah! daignez m’épargner le reste.

PREMIER PÉTITIONNAIRE.Salut! illustre déserteur!D’un lieu d’exil j’ose t’écrire;Pour te combler de sa faveur,La Fortune vraiment conspire.Trahissant aussi mes amis,On m’a vu, dans une campagne,Passer au camp des ennemis;Je leur ai vendu mon pays,Et cependant je suis au bagne!DEUXIÈME PÉTITIONNAIRE.Salut! héros des coups d’État!Jadis ta machine infernaleFit sauter, sous le Consulat,Un quartier de la capitale,Moi, dans les Cent-jours, accostantLa diligence de Bretagne,J’ai tiré dessus simplementMon pistolet par dévoûment;Et cependant je suis au bagne!TROISIÈME PÉTITIONNAIRE.Salut! homme d’exception,Inventeur des catégories!J’ai mis par admirationEn pratique vos théories.Je fis bien mieux qu’en Portugal,Mieux qu’à Naples, mieux qu’en Espagne!Nîmes connaît mon bras fatal,J’aipunimême un maréchal!Et cependant je suis au bagne!

PREMIER PÉTITIONNAIRE.Salut! illustre déserteur!D’un lieu d’exil j’ose t’écrire;Pour te combler de sa faveur,La Fortune vraiment conspire.Trahissant aussi mes amis,On m’a vu, dans une campagne,Passer au camp des ennemis;Je leur ai vendu mon pays,Et cependant je suis au bagne!DEUXIÈME PÉTITIONNAIRE.Salut! héros des coups d’État!Jadis ta machine infernaleFit sauter, sous le Consulat,Un quartier de la capitale,Moi, dans les Cent-jours, accostantLa diligence de Bretagne,J’ai tiré dessus simplementMon pistolet par dévoûment;Et cependant je suis au bagne!TROISIÈME PÉTITIONNAIRE.Salut! homme d’exception,Inventeur des catégories!J’ai mis par admirationEn pratique vos théories.Je fis bien mieux qu’en Portugal,Mieux qu’à Naples, mieux qu’en Espagne!Nîmes connaît mon bras fatal,J’aipunimême un maréchal!Et cependant je suis au bagne!

PREMIER PÉTITIONNAIRE.

Salut! illustre déserteur!D’un lieu d’exil j’ose t’écrire;Pour te combler de sa faveur,La Fortune vraiment conspire.Trahissant aussi mes amis,On m’a vu, dans une campagne,Passer au camp des ennemis;Je leur ai vendu mon pays,Et cependant je suis au bagne!

DEUXIÈME PÉTITIONNAIRE.

Salut! héros des coups d’État!Jadis ta machine infernaleFit sauter, sous le Consulat,Un quartier de la capitale,Moi, dans les Cent-jours, accostantLa diligence de Bretagne,J’ai tiré dessus simplementMon pistolet par dévoûment;Et cependant je suis au bagne!

TROISIÈME PÉTITIONNAIRE.

Salut! homme d’exception,Inventeur des catégories!J’ai mis par admirationEn pratique vos théories.Je fis bien mieux qu’en Portugal,Mieux qu’à Naples, mieux qu’en Espagne!Nîmes connaît mon bras fatal,J’aipunimême un maréchal!Et cependant je suis au bagne!

Vers pour mettre au bas du portrait de M. le baron Trouvé.

Ex-Pindare de Robespierre,Ex-imprimeur, ancien préfet,De Monseigneur il devient secrétaire.C’est justice, il n’est bon qu’à mettre au cabinet.La nation le trouve,L’empereur l’a trouvé,Polignac le retrouve:C’est le baron Trouvé.

Ex-Pindare de Robespierre,Ex-imprimeur, ancien préfet,De Monseigneur il devient secrétaire.C’est justice, il n’est bon qu’à mettre au cabinet.La nation le trouve,L’empereur l’a trouvé,Polignac le retrouve:C’est le baron Trouvé.

Ex-Pindare de Robespierre,Ex-imprimeur, ancien préfet,De Monseigneur il devient secrétaire.C’est justice, il n’est bon qu’à mettre au cabinet.La nation le trouve,L’empereur l’a trouvé,Polignac le retrouve:C’est le baron Trouvé.

M. DE BOURMONT A SES AMIS.Au ministère,Mes amis, me voilà monté;Est-ce au civil, est-ce à la guerre,Que par hasard j’ai méritéLe ministère?Au ministère,Je suis placé par un Anglais;C’est un rendu, puisque naguère,A Waterloo je lui prêtaisMon ministère.Au ministère,Je vais bien fort me cramponner,Et je jure par l’AngleterreDe ne plus jamais déserter...Le ministère.

M. DE BOURMONT A SES AMIS.Au ministère,Mes amis, me voilà monté;Est-ce au civil, est-ce à la guerre,Que par hasard j’ai méritéLe ministère?Au ministère,Je suis placé par un Anglais;C’est un rendu, puisque naguère,A Waterloo je lui prêtaisMon ministère.Au ministère,Je vais bien fort me cramponner,Et je jure par l’AngleterreDe ne plus jamais déserter...Le ministère.

M. DE BOURMONT A SES AMIS.

Au ministère,Mes amis, me voilà monté;Est-ce au civil, est-ce à la guerre,Que par hasard j’ai méritéLe ministère?

Au ministère,Je suis placé par un Anglais;C’est un rendu, puisque naguère,A Waterloo je lui prêtaisMon ministère.

Au ministère,Je vais bien fort me cramponner,Et je jure par l’AngleterreDe ne plus jamais déserter...Le ministère.

COUPS DE LANCETTE.

On peut forcer l’autorité à s’éclairer, sans lui manquer en rien.

(Louis XVIII.)

Rien n’arrête les journaux libéraux, dit laQuotidienne,rien..... excepté la poste.

Jeudi, 25 novembre 1829.LE CONSEIL DES ORTOLANS.(Octobre 1829.)

M. DE LABOURDONNAYE.

Il faut tenter l’entreprise. Qu’y risquons-nous? Nous avons de l’or pour décider les consciences timides...

M. DE POLIGNAC.

On fait bien des choses avec de l’or; mais l’esprit d’opposition est fort en France, et je crains que nous ne réussissions pas.

M. D’HAUSSEZ.

C’est jouer gros jeu, en effet; c’est peut-être compromettre la monarchie.

M. DE MONTBEL.

C’est la sauver, Monsieur.

M. DE CHABROL.

Je crois aussi que c’est la sauver.

M. DE POLIGNAC.

Et si les élections sont contre nous?

M. DE CHABROL.

Voilà l’embarras; car enfin, il ne faut pas vous dissimuler que la nation nous est peu favorable.

M. DE BOURMONT.

La nation peut passer au ministère, si nous nous y prenons bien. Il ne faut que quelques ordonnances pour la gagner à nos idées.

M. DE LABOURDONNAYE.

S’il y a des résistances, nous monterons à cheval!

M. DE CHABROL.

Oui, sans doute, montons à cheval.

M. D’HAUSSEZ.

Plus fait douceur que violence, Messieurs.

M. DE CHABROL.

Je suis du parti de la douceur aussi; mais cependant...

M. COURVOISIER.

Les rapports qui me reviennent de tous côtés, sur l’espritdes départements, me font craindre que le moyen de la dissolution soit bien chanceux.

M. DE LABOURDONNAYE.

Chanceux ou non, il faut s’y résoudre.

M. DE CHABROL.

Mon cheval est tout sellé, d’abord.

M. DE POLIGNAC.

Messieurs, réfléchissez-y bien; voudriez-vous donner le signal du trouble et de la guerre civile? Ne vaudrait-il pas mieux...

M. DE LABOURDONNAYE.

Nous retirer, n’est-ce pas? quitter la partie sans avoir fait le va-tout de la monarchie! Non, Monsieur; je suis ministre, et tant qu’il y aura un trône debout, je serai près de lui.

M. DE CHABROL.

Moi aussi. Diable! si je m’en allais, cette fois, je ne reviendrais plus. J’y suis, j’y reste.

M. DE MONTBEL.

Nous devons un grand exemple au monde; il faut mourir sur les degrés de l’autel et du trône.

M. D’HAUSSEZ.

Mais il ne s’agit pas de mourir. Vivre pair et cuirassé de cordons, avoir part au budget sans rien faire, c’est un sort assez agréable pour être envié.

M. DE LABOURDONNAYE.

Je suis au pouvoir, je n’en descendrai pas.

M. D’HAUSSEZ.

L’opinion publique est comme le dieu qui abattit Saül....

M. DE MONTBEL.

Toujours la manie de citer la mythologie!

UN HUISSIER (entrant).

Quelqu’un demande M. de Chabrol.

(Le ministre des finances sort.)

M. DE MONTBEL.

Que peut-on lui vouloir?

M. DE LABOURDONNAYE.

Ce diable de Chabrol, il manigance quelque chose contre nous, j’en suis sûr; il va peut-être au château pour désigner nos successeurs.

M. DE MONTBEL.

Il en est bien capable; c’est le comité directeur incarné.

(M. de Chabrol rentre.)

M. DE CHABROL.

Ce n’est pas moi qu’on demandait: c’est M. le ministre de la marine.

M. D’HAUSSEZ.

Savez-vous ce qu’on me veut?

M. DE CHABROL.

Il s’agit d’un paquet arrivant de Bordeaux.

M. DE LABOURDONNAYE.

Sans doute quelques nouvelles relatives à la future élection du successeur de Ravez.

M. D’HAUSSEZ.

Non, non; je sais ce que c’est. Ce sont des ortolans que j’ai fait venir pour les offrir au Roi.

M. DE CHABROL.

Les ortolans sont un manger fort agréable.

M. COURVOISIER.

Oui, quand on n’est pas ministre et qu’on a l’esprit tranquille.

M. DE MONTBEL.

Je les aime assez rôtis.

M. D’HAUSSEZ.

Je les préfère à la provençale.

M. DE LABOURDONNAYE.

On ne peut les manger qu’en purée.

M. D’HAUSSEZ.

Oh! voilà qui est bien absolu.

M. DE POLIGNAC.

On m’a dit que c’était Sa Majesté Louis XVIII qui avait inventé la purée d’ortolans.

M. DE CHABROL.

Cela se pourrait bien, car j’en ai mangé chez le comte d’Escars. C’est une excellente chose, ma foi.

M. DE MONTBEL.

Il faut conseiller au Roi de se les faire servir bardés, rôtis et arrosés de madère.

M. DE CHABROL.

M. le ministre de l’instruction publique a parfaitement raison; le madère fait très-bien sur l’ortolan.

M. DE LABOURDONNAYE.

Eh non, morbleu! Il faut que le Roi mange les ortolans en purée; je le soutiens.

M. D’HAUSSEZ.

Moi, je conseillerais à Sa Majesté de s’en fier à son maître-d’hôtel, qui doit être un homme de talent. D’ailleurs, vous ne voudriez pas, Messieurs, usurper la prérogative royale.

M. DE LABOURDONNAYE.

Je vois, Monsieur, que c’est pour n’être, sur aucun sujet, de mon opinion que vous ouvrez cet avis.

M. DE POLIGNAC.

Mon Dieu, monsieur de Labourdonnaye, que vous êtes entier dans vos idées!

M. DE LABOURDONNAYE.

On s’applique à me contrarier; mais je ferai voir que je suis résolu. Le Roi mangera ses ortolans en purée.

M. COURVOISIER.

C’est insupportable.

M. DE CHABROL.

Nous monterons à cheval!

M. D’HAUSSEZ.

Pour le parti des ortolans en purée?

M. DE POLIGNAC.

Que dirait-on dans le monde, si on apprenait que le conseildes ministres de France renouvelle la scène bouffonne du sénat de Domitien pour l’affaire du turbot?

M. DE CHABROL.

C’est vrai, Messieurs; si quelque journal allait s’emparer de cet incident?

M. DE MONTBEL.

Et pourquoi y a-t-il encore des journaux? C’est la faute de messieurs les modérés du conseil.

M. DE LABOURDONNAYE.

Si on m’avait cru, la liberté de la presse aurait été suspendue.

M. DE BOURMONT.

Je m’y suis toujours opposé, et je crois avoir très-bien fait.

M. COURVOISIER.

La Charte...

M. DE LABOURDONNAYE.

Oui, avec la Charte on fait de belles choses!

M. DE CHABROL.

Pour nous mettre d’accord, si nous mettions aux voix la sauce à faire aux ortolans?

M. D’HAUSSEZ.

Si nous reprenions plutôt la discussion qui nous occupait quand on a annoncé le paquet de Bordeaux?

M. DE POLIGNAC.

Il est trop tard maintenant; il vaut mieux nous ajourner à mercredi.

M. DE CHABROL.

A mercredi, soit; mais si d’ici là les événements deviennent impérieux, nous monterons à cheval, n’est-ce pas?

M. D’HAUSSEZ (à part).

Ou en fiacre, pour retourner chacun chez nous.

ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.M. ROY.—M. DE SAINT-CRICQ.—M. DE CAUX.—M. HYDE DE NEUVILLE.

M. le comte Roy ressemble à un bon bourgeois de province, de ceux qui sont restés fidèles aux costumes des anciens jours. Son Excellence porte ordinairement une culotte qui se boutonne à la hauteur du nombril et d’où pend, attachée à sa montre, une breloque resplendissante d’or. Son embonpoint est tel qu’il convient au ministre des finances d’un roi puissant et d’un pays qui paye un milliard d’impôts. M. Roy est resté fidèle à la poudre à poudrer de l’ancien régime, et si Son Excellence ne porte pas des ailes de pigeon, c’est qu’elle n’a pas assez de cheveux sur les tempes. Sa taille n’est ni grande, ni petite; ses traits sont moins lourds que ceux de M. de Portalis, et sa démarche un peu plus légère que celle de M. de Caux. Comme orateur, M. Roy peut prétendre à une médiocrité du second ou du troisième ordre. Son débit est monotone, sa prononciation sèche, son geste froid et inanimé; il parle à la tribune comme la statue auFestin de Pierre.

M. Roy a l’honneur d’être pair de France; il possède une immense fortune et il n’a point d’enfants. Quant à ses opinionspolitiques, telles qu’on peut les connaître par les actes de sa vie publique, nous sommes fort embarrassés pour les définir, puisque M. le comte n’a jamais fait partie que des ministères à bascule. Nous pensons, toutefois, que Son Excellence incline plus volontiers vers les idées aristocratiques. Ses manières ne sont pas tout à fait exemptes de morgue, et l’on assure que le trait distinctif du caractère de Son Excellence est l’opiniâtreté. Malheureusement, M. Roy n’est pas un homme fort éclairé; son génie, profondément fiscal, est resté étranger aux progrès des sciences économiques, et les Anglais ont beaucoup ri de certaines doctrines financières qui ne tendaient à rien moins qu’à étouffer parmi nous le crédit public dans sa source et l’industrie dans ses développements. Aux yeux de M. Roy, la production n’est qu’une matière imposable, la richesse publique un élément de contributions, et, sous plus d’un rapport, Son Excellence est d’accord avec l’illustre économiste, M. Syrieys de Mayrinhac, qui, le premier, a proclamé que la France produisait trop.

M. de Saint-Cricq est le plus maigre de tous nos ministres. Ses doctrines ne sont pas plus arrêtées que celles de M. Roy; nous l’avons vu successivement défendre les douanes, la liberté du commerce, les ministères passés, le ministère présent, et il y a lieu de croire qu’il défendrait aussi tous les ministères futurs. C’est, du reste, un homme inoffensif, fort doux, de mœurs simples, d’une figure agréable et prévenante. Sa sobriété serait étonnante pour un ministre, s’il était vrai, comme on nous l’a assuré, que Son Excellence déjeune très-souvent avec un œuf frais ou une tasse de chocolat. On sait que la création du ministère du commerce, dont il est titulaire, excita dans le temps une foule de réclamations: Son Excellence a voulu se faire pardonner la jouissance de cette sinécure par quelques mesures utiles, au nombre desquellesl’institution d’une commission d’enquête doit occuper le premier rang. Au reste, il convient de reconnaître que, dans le ministère actuel, M. de Saint-Cricq s’est prononcé plus d’une fois en faveur des résolutions les plus favorables au système constitutionnel.

M. de Caux est un gros homme de bureau portant une grosse tête sur de larges épaules; il monte à la tribune et il en descend; il siége au conseil de Sa Majesté; il loge dans la rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain, et il touche cent vingt mille francs d’appointements. M. de Caux est l’homme du monde, d’ailleurs, qui sait le mieux ce qu’un cheval mange d’avoine et ce qu’il entre de cuir dans une selle; le seul ministre de la guerre qui ait triomphé des punaises qui infectent les casernes françaises depuis Jules César. C’est un grand mérite à nos yeux, et qui vaut mieux assurément pour la gloire de M. de Caux que le fameux coup de collier pour celle de M. de Clermont-Tonnerre.

M. Hyde de Neuville est un ministre plus célèbre. Son dévouement à la légitimité date de l’explosion de la machine infernale, et sa réputation parlementaire, de la Chambre de 1815. Depuis lors, M. de Neuville a été ambassadeur de France aux Etats-Unis; il a pu apprécier les avantages d’un gouvernement libre, simple dans ses rouages, économique et impartial, et nous ne doutons pas que cette circonstance ne lui ait fait prendre en dégoût ces fanatiques de Coblentz qui avaient trouvé le moyen de rendre le malheur même ridicule et méprisable. En revenant des Etats-Unis, M. Hyde de Neuville fut envoyé à Lisbonne; il y était lorsque le malheureux Jean VI vint chercher un refuge à bord de la flotte anglaise, pendant que don Miguel faisait assassiner le marquis de Loulé. Là, Son Excellence a pu juger de près la rage apostolique; elle a pu comparer le régime de la liberté et celui de la servitude.Ces contrastes ont produit sur son esprit une impression profonde, et c’est parce qu’il s’en est expliqué franchement avec le dernier ministère, qu’il a été rappelé de Lisbonne.

M. Hyde de Neuville est un homme plein de feu et d’imagination. Nous croyons que, malgré les emportements qui ont signalé ses débuts dans la carrière politique, son âme a toujours été accessible à la pitié et à tous les sentiments généreux que le pouvoir étouffe trop souvent chez ceux qui le possèdent. Ses instructions aux chefs de notre escadre dans les mers du Levant ont été pleines de bienveillance pour les Grecs; les règlements qu’il a introduits dans l’administration de la marine ont obtenu l’approbation générale. Enfin, M. Hyde de Neuville est un converti de l’ancien régime comme M. de Chateaubriand, son ami intime. Son Excellence a la tête couverte d’une forêt de cheveux gris; sa figure est joviale, ses formes arrondies, sa taille un peu épaisse, son organe un peu sourd. Son influence oratoire consiste surtout dans sa vivacité; il parle toujours avec chaleur, beaucoup moins, toutefois, depuis qu’il est ministre que lorsqu’il était député. LaQuotidiennelui reprochait, il y a quelque temps, de ne pas savoir le latin; grand malheur, en vérité, pour un ministre de la marine, de ne pouvoir traduire couramment leDies iræou les sept psaumes de la pénitence!

ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.M. LE GÉNÉRAL LAFAYETTE.

Voici un nom célèbre et vénéré dans les deux mondes, un nom qui fait honneur à la France et qui rappelle les plus nobles souvenirs de gloire et d’indépendance. La Chambre desdéputés doit être fière de compter parmi ses membres un homme d’un aussi beau caractère que M. le général La Fayette, et c’est pour nous une bonne fortune que d’avoir à parler de lui.

La carrière de l’honorable député a commencé de bonne heure. A vingt ans, il s’arrachait des bras de sa jeune épouse pour voler au secours de l’indépendance américaine, seul, en dépit de l’opposition de la cour, sur un vaisseau frété à ses frais, apportant aux insurgés l’espérance et des armes. Le gouvernement anglais, qui l’attendait en chemin, lui réservait, dit-on, de cruelles épreuves; il eut le bonheur d’y échapper, et témoigna plus tard, dans les cachots d’Olmutz, qu’il aurait su les braver. Il servit d’abord comme simple volontaire, revint en France chercher de nouveaux secours, les ramena et obtint l’honneur d’un commandement dans l’armée américaine. L’histoire a déjà dit par quels faits d’armes il se signala dans cette campagne mémorable et mérita l’amitié de Washington. Il y avait sacrifié, de plus, la majeure partie de sa fortune, précieuse avance qui devait être acquittée, après un demi-siècle, par les bénédictions de dix millions d’hommes libres!

Quand la révolution française éclata, le général La Fayette en fut l’un des plus honorables défenseurs. La France lui doit l’introduction du dogme sacré des droits de l’homme, qui triomphe aujourd’hui dans nos lois et qu’il avait rapporté d’Amérique. On le vit toujours opposé aux excès populaires autant qu’aux intrigues de cour. Le lendemain du 6 octobre, il arrachait les gardes du corps à la fureur du peuple, dans les avenues de Versailles; après le 20 juin, il protestait contre les outrages prodigués à la famille royale. Jamais son épée n’est sortie du fourreau que pour la défense des opprimés; jamais sa voix ne s’est élevée qu’en faveur des intérêts del’humanité. A Olmutz, où sa fille le suivit, la sérénité de son âme ne s’est pas un instant démentie; et l’on dit que, sous les verrous autrichiens, il partageait son temps entre les soins qu’il donnait à cette fille chérie et la lecture de l’Encyclopédie, seul ouvrage que ses geôliers aient consenti à lui permettre, après bien des refus. Les agaceries de Bonaparte l’ont trouvé inflexible; la Restauration l’a revu calme et paisible, comme elle l’avait laissé.

Depuis lors, appelé à la représentation nationale dans des circonstances difficiles, l’honorable député s’est montré constamment digne de lui-même. S’il allait en parlementaire au camp des ennemis, après l’invasion de 1815, c’était pour stipuler en faveur des libertés nationales; si, depuis, il est monté à la tribune, toujours il y a défendu les droits du peuple avec franchise, mesure et fermeté; éloquent à force de simplicité, et surtout à cause du poids que ses antécédents et son caractère donnent à ses paroles. Il vivait retiré, pendant la belle saison, dans sa maison de campagne, à Lagrange, dont il administre encore aujourd’hui les fermes avec un ordre et une intelligence admirables, présidant aux moindres détails, améliorant ses terres, perfectionnant ses troupeaux et réglant sa dépense avec une modestie qui n’exclut jamais la libéralité. Une foule d’étrangers de distinction sont venus le visiter dans son château, dont il a fait disparaître tout ce qui rappelait des souvenirs de féodalité. L’illustre Foy a planté le lierre qui en couvre une des tours principales, dans laquelle plus d’un proscrit a trouvé asile aux jours de la persécution. C’est là qu’au sein d’une famille très-nombreuse, M. de La Fayette rappelle avec un charme inexprimable ce que l’histoire et la poésie nous racontent des anciens patriarches. Tels Franklin et Washington, ses illustres amis, finissaient leurs jours glorieuxà l’ombre de leur vigne et de leur figuier.

Mais de nouvelles sensations, de plus ineffables jouissances attendaient M. de La Fayette et devaient le mettre, en quelque sorte, lui vivant, en présence de la postérité. Ce peuple qu’il avait affranchi venait de grandir: le volontaire avait laissé aux Etats-Unis trois millions d’hommes; il allait en revoir dix millions qui lui tendaient les bras. Washington et Franklin n’étaient plus; lui seul restait de ces nobles débris; l’Amérique voulait le voir; les pères voulaient le montrer à leurs enfants. Une frégate aux couleurs de l’indépendance vint le chercher sur nos rivages, et, tandis que, sur la rive opposée, un monde entier lui préparait des fêtes et des embrassements, quelques misérables commissaires de police étouffaient sur les bords de la Seine-Inférieure les derniers adieux du peuple français. Enfin, il a revu la terre de ses premiers exploits; il a été salué du titre honorable et gracieux d’hôte de la nation. Ces remparts, pour lesquels il a combattu, retentissent de mille cris d’allégresse; les vaisseaux sont pavoisés comme aux plus beaux jours de fête; et, pendant que les magistrats du peuple libre saluent avec respect M. de La Fayette, les jeunes filles sèment des fleurs sur ses pas et le couronnent citoyen des deux mondes!

Qui nous dira ce qu’a dû éprouver ce voyageur illustre, en s’asseyant, après plus de quarante ans, sous un dais rayonnant des trophées de l’indépendance américaine! et lorsqu’il a revu ces déserts devenus méconnaissables à force de villes, de villages et de fermes joyeuses! Ici, un invalide d’York-Town lui rappelait quelques faits d’armes; ailleurs, un chapelier refusait de son fils le prix d’un chapeau, en lui disant: «Votre père l’a payé du prix de son sang, il y a quarante ans.» Plus loin, une députation de sauvages accouraient au-devant de lui, promettant de se convertir à la civilisation d’un peuple fidèle à la mémoire du cœur. De toutes partsenfin des hommages sincères, ardents, spontanés, accueillaient le vieil ami de Washington. Pour moi, chétif, j’en serais mort de joie. M. de La Fayette, modeste et simple dans la bonne fortune comme il avait été inébranlable dans la mauvaise, répondait avec une grâce parfaite à tous les compliments, en français dans la Louisiane, en anglais dans les autres États.

A une autre époque, par une faveur sans exemple dans les annales diplomatiques, le congrès avait décidé que les ministres plénipotentiaires de la république auprès des puissances communiqueraient à l’honorable général, lorsqu’il le désirerait, tout ce qui serait relatif à la situation des affaires publiques des Etats-Unis. Enfin, il n’est aucun témoignage de gratitude et de respect dont il n’ait été comblé. Au milieu de tous ces triomphes, M. le général La Fayette s’est toujours montré aussi modeste, aussi calme que par le passé. Jamais il n’a manqué de se rendre à son poste de député, toujours exact aux séances, en costume, et attentif à la discussion. Les étrangers qui sont admis aux tribunes de la Chambre demandent tout d’abord où siége M. de La Fayette, qui se fait reconnaître à sa haute stature et à sa démarche inégale, suite d’un accident qui faillit lui coûter la vie. La bonté de son caractère est extrême; nul n’accueille la jeunesse avec plus de bienveillance et, l’on peut dire, d’amitié. Voilà nos hommes, en un mot, voilà les citoyens que le parti national peut montrer avec un égal orgueil à ses amis et à ses ennemis!

ESQUISSES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.M. DE CORMENIN.—M. DE PUYMAURIN.

M. le vicomte de Cormenin est entré de bonne heure dans la carrière des affaires. A vingt ans, il était auditeur au conseil d’État; à vingt-cinq ans, maître des requêtes, et il achevait à peine sa quarantième année lorsqu’il fut appelé à la Chambre des députés par le suffrage des électeurs du Loiret. L’honorable candidat n’était connu alors que par ses excellents écrits sur la jurisprudence administrative et par la franchise avec laquelle il avait signalé les vices principaux de l’organisation du conseil même dont il faisait partie. M. de Peyronnet avait voulu le destituer; et déjà, à une autre époque, les épurateurs de 1815 l’avaient éliminé du conseil d’État. Cette dernière circonstance, probablement inconnue des électeurs du Loiret, fait trop d’honneur au caractère de M. de Cormenin pour que nous ne nous empressions pas de la citer.

Lorsqu’après le retour de Bonaparte en 1815, les alliés marchèrent sur la France, M. de Cormenin, auditeur au conseil d’État, endossa l’habit de garde national et se dirigea, simple volontaire, sur la ville de Lille, où il fut enfermé pendant toute la durée du siége, dont il partagea les dangers. On le vit à plusieurs reprises sur les remparts, payer de sa personne et se conduire en homme de cœur. A son retour, il fut renvoyé du conseil d’État, et il n’y reparut plus tard que par la protection de plusieurs membres distingués de sa famille. M. de Cormenin, soldat courageux, fut aussi dans sa jeunesse un poète facile et gracieux. On connaît de lui plusieurs odes etun petit poème héroïque sur la Pologne, dans lequel nous avons remarqué les strophes suivantes:


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