Entêté, ridicule, ennuyeux,Hélas! il gît ici, ce bon monsieur Tant-mieux,Qui voulait que lui seul sût lire.Quand ses graves discours faisaient pâmer de rire,Tout fier de leur effet, il s’écriait: Tant mieux!Je suis un fou: Tant mieux!Un sot même. Tant mieux!Tant mieux! tant mieux! tant mieux!Enfin, ces mots lui plaisaient tant à dire,Qu’à l’instant où la mort vint lui fermer les yeux,Il bégayait encor: Tant mieux!
Entêté, ridicule, ennuyeux,Hélas! il gît ici, ce bon monsieur Tant-mieux,Qui voulait que lui seul sût lire.Quand ses graves discours faisaient pâmer de rire,Tout fier de leur effet, il s’écriait: Tant mieux!Je suis un fou: Tant mieux!Un sot même. Tant mieux!Tant mieux! tant mieux! tant mieux!Enfin, ces mots lui plaisaient tant à dire,Qu’à l’instant où la mort vint lui fermer les yeux,Il bégayait encor: Tant mieux!
Entêté, ridicule, ennuyeux,Hélas! il gît ici, ce bon monsieur Tant-mieux,Qui voulait que lui seul sût lire.Quand ses graves discours faisaient pâmer de rire,Tout fier de leur effet, il s’écriait: Tant mieux!Je suis un fou: Tant mieux!Un sot même. Tant mieux!Tant mieux! tant mieux! tant mieux!Enfin, ces mots lui plaisaient tant à dire,Qu’à l’instant où la mort vint lui fermer les yeux,Il bégayait encor: Tant mieux!
COUPS DE LANCETTE.
M. de C’est-charmant pense que les muselières nous conviendraient mieux encore que la censure.
** *
On a vu l’autre jour un Cosaque du Don se dévouer pour sauver son maître qui allait se noyer. Ils ont du bon, ces Cosaques.
** *
Le fameux «tant-mieux» de M. de Saint-Ch... est destiné à partager (sublime à part) la célébrité duqu’il mourût! et duqu’en dis-tu?
ÉPITAPHE.
J’ai vécu des produits de ma plume vénale;J’ai vécu d’un journal par moi mis à l’encan;De honte j’ai vécu; j’ai vécu de scandale;J’ai vécu de la croix; j’ai vécu du turban;J’ai vécu, j’ai vécu, gazetier famélique,Quatre-vingts ans passés... Mais je voulus, enfin,Vivre un matin de l’estime publique,Et le soir, j’étais mort de faim.
J’ai vécu des produits de ma plume vénale;J’ai vécu d’un journal par moi mis à l’encan;De honte j’ai vécu; j’ai vécu de scandale;J’ai vécu de la croix; j’ai vécu du turban;J’ai vécu, j’ai vécu, gazetier famélique,Quatre-vingts ans passés... Mais je voulus, enfin,Vivre un matin de l’estime publique,Et le soir, j’étais mort de faim.
J’ai vécu des produits de ma plume vénale;J’ai vécu d’un journal par moi mis à l’encan;De honte j’ai vécu; j’ai vécu de scandale;J’ai vécu de la croix; j’ai vécu du turban;J’ai vécu, j’ai vécu, gazetier famélique,Quatre-vingts ans passés... Mais je voulus, enfin,Vivre un matin de l’estime publique,Et le soir, j’étais mort de faim.
COUPS DE LANCETTE.
M. de V... assure que MM. de P... et Fren... sont des hommes d’un grand prix.
** *
Mademoiselle Adel... disait: Si jamais je prenais un mari, ce serait M. de Laboë... que je voudrais, il vote toujours pour l’adoption.
** *
M. Dud... est tellement dévoué à son maître, qu’il irait partout, au seul commandement de celui-ci. Quand donc lui plaira-t-il de l’envoyer au diable?
** *
—Le mensonge déshonore.
—C’est possible, répondit M. de V..., mais ça n’ôte pas un portefeuille.
M. de Villèle, grâce à la façon hardie dont il avait mené les dernières élections, avait réussi à se constituer une imposante majorité. Il n’avait, il faut lui rendre cette justice, reculé devant aucun moyen. Il avait donné pleins pouvoirs aux préfets, en leur notifiant qu’ils répondaient «sur leurs places» du vote des électeurs de leur département. Cette notification eut les meilleurs résultats. Partout on employa l’intimidation; lesdestitutions des fonctionnairesmal-pensantsétaient à l’ordre du jour. Dans certaines provinces, on eut recours à la gendarmerie. De son côté, le clergé agissait.
Donc le ministère eut sa majorité. La Chambreintrouvablede 1815 étaitretrouvée.
On appela cette majorité lesTrois-Centsde M. de Villèle; puis, par allusion aux trois cents combattants des Thermopyles, on les appelales Spartiates.
Les députés étaient admirablement choyés. M. de Villèle leur avait dit: «Vous êtes ici non pour discuter, mais pour voter.» Ils obéissaient, il fallait bien les en récompenser.
C’était alors le bon temps des dîners ministériels. Tous les députés bien pensants avaient, dit-on, leur rond de serviette chez MM. de Villèle et de Peyronnet. «On tenait, dit un petit journal, les députés par la gueule.» Un autre disait: «Quand on a la bouche pleine, on ne parle pas;» ou encore: «Un homme qui digère ne refuse rien.» Et le public riait.
Figaro fait chorus. Sans cesse il revient aux tables ministérielles; il énumère avec complaisance les truffes, les primeurs, les mets délicats servis aux Spartiates affamés. Il fait le compte des bouteilles bues; il voudrait avoir pris mesure de la taille desTrois-Cents, pour savoir s’ils ont beaucoup engraissé pendant la session. Pour les Spartiates, il réserve ses plus méchants quolibets, ses plus mordantes épigrammes. On dirait qu’il essaye de leur couper l’appétit. Il n’y réussit pas, et c’est d’un ton dolent qu’il s’écrie: «Leur appétit nous ruine.»
Il est vrai que cette majorité coûtait gros; grasse était la solde des Spartiates.
—Monsieur, demandait un jour Charles X, combien pensez-vous qu’il faille à un député pour vivre honorablement à Paris?
—Je pense, Sire, qu’avec six mille francs...
—Six mille francs! dites-vous, s’écria le roi, il en est auxquels je donne plus du double et qui se plaignent de mourir de faim.
Et le roi ne comptait ni les places ni les sinécures.
Il y a cependant à ceci une moralité assez bonne à méditer pour les gouvernements: c’est cette majorité si chèrement et si déloyalement obtenue qui renversa le ministère Villèle et prépara la chute de Charles X.
COUPS DE LANCETTE.
Samson n’en avait qu’une pour combattre ses ennemis; beaucoup plus heureux, M. de V... en a trois cents.
** *
Ces messieurs veulent bien dire des absurdités, mais sans que le public en soit instruit: au moins voilà du respect pour le public.
ÉPITAPHE.
TRADUITE DE MARTIAL.Pourquoi veux-tu, Truffus, pour un mot indiscretCouper la langue à ton esclave?Ne sais-tu pas que le peuple te brave,Et qu’il parle, quand il se tait?...
TRADUITE DE MARTIAL.Pourquoi veux-tu, Truffus, pour un mot indiscretCouper la langue à ton esclave?Ne sais-tu pas que le peuple te brave,Et qu’il parle, quand il se tait?...
TRADUITE DE MARTIAL.
Pourquoi veux-tu, Truffus, pour un mot indiscretCouper la langue à ton esclave?Ne sais-tu pas que le peuple te brave,Et qu’il parle, quand il se tait?...
COUPS DE LANCETTE.
Dorénavant, tout écrivain qui n’aura pas 50,000 francs de rentes, sera un homme sans considération et sans talent. D’après cette nouvelle découverte, M. de Rothschild va se trouver le gros génie de l’époque.
** *
.....«J’en appelle à votre conscience......»
(Silence universel.)
** *
Les prières des agonisants sont à l’ordre du jour.
Samedi, 17 mars 1827.LE DÉCALOGUE DU SPARTIATE.
1. Pour seul dieu tu reconnaîtrasCelui qui te truffe amplement.2. Dans les grands jours tu te tairasPar respect pour le rudiment.3. Avec un tel tu voterasPar assis levé seulement.4. Un tel, un tel applaudirasPar politesse purement.5. Tandis qu’un tel tu sifflerasAinsi qu’un tel mêmement.6. Leurs beaux discours réfuterasPar un loyal trépignement.7. Eloquent point tu ne seras,Car c’est du luxe assurément.8. Et comme un tel tu parlerasContre le bon sens sciemment.9. Jamais tu ne t’aviserasD’avoir esprit ni jugement.10. Jusqu’à la mort tu resterasFidèle à ce commandement.
1. Pour seul dieu tu reconnaîtrasCelui qui te truffe amplement.2. Dans les grands jours tu te tairasPar respect pour le rudiment.3. Avec un tel tu voterasPar assis levé seulement.4. Un tel, un tel applaudirasPar politesse purement.5. Tandis qu’un tel tu sifflerasAinsi qu’un tel mêmement.6. Leurs beaux discours réfuterasPar un loyal trépignement.7. Eloquent point tu ne seras,Car c’est du luxe assurément.8. Et comme un tel tu parlerasContre le bon sens sciemment.9. Jamais tu ne t’aviserasD’avoir esprit ni jugement.10. Jusqu’à la mort tu resterasFidèle à ce commandement.
1. Pour seul dieu tu reconnaîtrasCelui qui te truffe amplement.
2. Dans les grands jours tu te tairasPar respect pour le rudiment.
3. Avec un tel tu voterasPar assis levé seulement.
4. Un tel, un tel applaudirasPar politesse purement.
5. Tandis qu’un tel tu sifflerasAinsi qu’un tel mêmement.
6. Leurs beaux discours réfuterasPar un loyal trépignement.
7. Eloquent point tu ne seras,Car c’est du luxe assurément.
8. Et comme un tel tu parlerasContre le bon sens sciemment.
9. Jamais tu ne t’aviserasD’avoir esprit ni jugement.
10. Jusqu’à la mort tu resterasFidèle à ce commandement.
COUPS DE LANCETTE.
La Conciergerie est, de nos jours, tout près du Parnasse.
** *
Des joueurs bien connus ont perdu une partie de boules aux Champs-Elysées; ils demandent leur revanche dans le jardin du Luxembourg.
** *
Cependant, ils ne sont pas inviolables, puisqu’on peut lesempoigner.
Il était assez audacieux, en ce moment, de rappeler aux Trois-Cents qu’ils n’étaient pas inviolables,—pour le peuple, est sous-entendu.—Quant au motempoigner, c’est une allusion au fait bien connu de l’expulsion de la Chambre du député Manuel. Fort de son droit et de sa conscience, considérant la résistance comme un devoir, le célèbre orateur avait déclaré qu’il ne céderait qu’à la force. Il tint parole. La garde nationale, envoyée pour l’expulser, refusa d’obéir à l’ordre inique. On fit alors marcher la gendarmerie, sous les ordres du colonel Foucauld.
Trois fois le colonel somma Manuel de sortir, et comme il «refusait d’obtempérer:»
—Gendarmes, s’écria M. Foucauld,empoignez-moiM. Manuel.
Le mot est resté.
Jeudi, 22 mars 1827.UN SPARTIATE ET SON FILS
LE SPARTIATE.
Mon fils, qu’est-ce que c’est que la Sparte moderne?
LE PETIT.
On appelle ainsi une grande étendue de terrain qui produit des truffes et du vin de Champagne.
LE SPARTIATE.
Quelle est la capitale de ce royaume?
LE PETIT.
Un grand hôtel avec des factionnaires à la porte.
LE SPARTIATE.
On a l’habitude d’employer le motpatrie; que veut-il dire?
LE PETIT.
Ce mot-là ne signifie rien.
LE SPARTIATE.
Quel est le meilleur gouvernement?
LE PETIT.
Celui sous lequel on fait les meilleurs dîners.
LE SPARTIATE.
Quel est l’homme le plus utile dans un État bien organisé?
LE PETIT.
Le chef de cuisine du ministre.
LE SPARTIATE.
Comment reconnaît-on le bon parti?
LE PETIT.
Aux opinions gastronomiques.
LE SPARTIATE.
Quel talent faut-il pour réussir?
LE PETIT.
Il ne faut qu’une mâchoire garnie de ses trente-deux dents et en activité.
LE SPARTIATE.
Comment sert-on le mieux son pays?
LE PETIT.
En le mangeant.
LE SPARTIATE.
Qui peut empêcher l’homme le plus habile de faire son chemin?
LE PETIT.
Un mauvais estomac.
LE SPARTIATE.
Qu’est-ce qu’une loi?
LE PETIT.
Un ragoût assaisonné aux truffes.
LE SPARTIATE.
Qu’est-ce qu’un homme qui a fait ses preuves ne doit jamais refuser?
LE PETIT.
Une invitation à dîner.
LE SPARTIATE.
Où doivent se discuter les affaires importantes?
LE PETIT.
Dans la salle à manger.
LE SPARTIATE.
Assez pour aujourd’hui; vous savez votre leçon à merveille. Je suis satisfait. Dites à votre bonne de vous donner à déjeuner.
LE PETIT.
Je voudrais des truffes, papa.
LE SPARTIATE.
Quand vous serez plus grand... (A part.) Il n’y a plus d’enfants.
PENSÉES D’UN SPARTIATE.
* Les grandes pensées viennent de l’estomac.
* Tous les chefs-d’œuvre de nos grands écrivains ne valent pas la carte d’un restaurateur.
* Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es.
* Le Tibre a des Césars; la Seine a des Chevet.
* L’amitié est une sauce piquante qu’on mange à deux.
* La truffe ne vieillit pas.
* On imprime que, depuis 400 ans, on a dîné de tout temps.
* On a vu monsieur de C’est-charmant hausser les épaules; il se parlait à lui-même.
* Il est tout naturel que les ennemis de l’imprimerie en veuillent à certains académiciens, ils ont montré quelque caractère.
ÉPITAPHE.
—A cent francs le journal! c’est la dernière enchère.—J’en offre dix écus.—C’est peu.—J’en suis fâché.—Voyez la marchandise... On ne peut vous surfaire.—Allons! dix sous de plus, et pour finir l’affaire,Je prends les rédacteurs par-dessus le marché.
—A cent francs le journal! c’est la dernière enchère.—J’en offre dix écus.—C’est peu.—J’en suis fâché.—Voyez la marchandise... On ne peut vous surfaire.—Allons! dix sous de plus, et pour finir l’affaire,Je prends les rédacteurs par-dessus le marché.
—A cent francs le journal! c’est la dernière enchère.—J’en offre dix écus.—C’est peu.—J’en suis fâché.—Voyez la marchandise... On ne peut vous surfaire.—Allons! dix sous de plus, et pour finir l’affaire,Je prends les rédacteurs par-dessus le marché.
COUPS DE LANCETTE.
Les épiciers préparent déjà des lampions.
** *
M. le prince de H... veut absolument que le mot schlague soit français.
** *
Mille garapines! ces chournalisdes sont bar drop méchants! disait un général français; on téfrait leur tonner sur les oncles!.....
MANIÈRE DE FAIRE UN GÉNÉRAL.
Vous prenez un individu... le premier qui vous tombe sous la main... cependant n’allez pas le choisir dans la classe desféroces. Tâchez de le prendre spirituel..... imbécile, ce serait absolument la même chose. Le sujet sera d’avance suffisamment mortifié. Vous lui apprenez l’exercice..... du chrétien, c’est-à-dire sonpater, sonave, soncredoet sonmeâ culpâ, soit en latin, soit en grec, soit en anglais, soit en allemand; il suffit que ce ne soit pas en français. Vous lui faites ensuite connaître tous les canons... qui se sont chantés et qui se chantent à Rome, depuis le pontificat de Grégoire Ier. Il doit aller, les yeux fermés, de la caserne à la paroisse, et de la paroisse à la caserne, car c’est indispensable s’il veut faire son chemin. Vous avez soin de lui jeter sur le dos un habit bleu brodé en feuilles de chêne et de laurier, c’est le symbole de sa gloire... à venir. Puis vous lui mettez deux belles épaulettes, vous l’attachez à un grand sabre, et..... il ne faut plus qu’un miracle pour le faire marcher.
Le 28 mars 1827 mourut, à l’âge de quatre-vingts ans, un homme qui, dit M. de Vaulabelle, «honorait à la fois son nom, le rang où il était né et la France,» le duc de La Rochefoucauld-Liancourt.
Dévoué aux Bourbons jusqu’à sacrifier pour eux sa vie et sa fortune, le duc de La Rochefoucauld eut ce rare honneur de déplaire au gouvernement de la Restauration. Nommé pair de France, il figurait dans la chambre héréditaire au nombre des membres de l’opposition, et prêtait ainsi à la cause libérale l’appui d’une belle vie et d’un grand nom.
Cela déplut à M. de Corbière, qui ne craignit pas de retirer brutalement au duc plusieurs fonctionspurement honorifiquesauxquelles son grand caractère l’avait naturellement désigné.
Le duc, malgré cette injure, resta fidèle à la cause de toute sa vie; mais, tandis que cette injustice lui faisait une grande popularité, son attitude le brouillait irrévocablement avec la congrégation.
Ainsi que nous venons de le dire, le duc de La Rochefoucauld mourut le 28 mars. Il n’était pas rentré en grâce. Ses obsèques furent indiquées pour le 30. Au milieu de l’immense concours de personnes qu’elles attirèrent, on remarquait un assez grand nombre d’anciens élèves de l’Ecole des Arts et Métiers de Châlons, école dont le duc était fondateur.
Les élèves demandèrent à porter le cercueil de leur bienfaiteur, c’était un hommage public qu’ils voulaient rendre à sa mémoire. Les fils du défunt, les comtes Gaëtan et Alexandre de La Rochefoucauld, crurent devoir accorder cette demande. Tout alla bien jusqu’à l’église. Mais lorsque, la cérémonie terminée, les jeunes gens voulurent reprendre leur fardeau, un commissaire de police s’y opposa. Le cortége était alors dans la rue Saint-Honoré. Les élèves résistant aux ordres du commissaire, celui-ci requit l’aide de la troupe envoyée pour rendre au défunt les honneurs funèbres. Bientôt les baïonnettes, demeurées jusque-là au fourreau, furent mises au bout des fusils. A la vue des soldats, les assistants entourent les jeunes porteurs. On se mêle, on se heurte, une sorte de lutte s’engage, et bientôt le cercueil, échappant aux jeunes gens, glisse et tombe avec un bruit lugubre sur le pavé.
«L’épouvante s’empare des spectateurs, le vide se fait autour des soldats qui relèvent le cercueil à demi brisé, ramassent dans le ruisseau de la rue les insignes du défunt et son manteau de pair souillé de boue, etles placent sur le corbillard que le commissaire de police avait fait avancer.»
Telle avait été la violence du choc, que non-seulement la bière avait été brisée, mais encore une partie des membres s’étaient détachés du corps.
Cette violence atteignant jusque dans la mort un homme dont le seul crime avait été d’être indépendant, ce scandale sacrilége, cette profanation, firent jeter à Paris entier un cri d’indignation. Les journaux s’émurent, les deux Chambres ordonnèrent une enquête.
Eh bien! devant cette réprobation générale, M. de Corbière osa monter à la tribune, non pas pour blâmer les auteurs de cette coupable profanation, mais pour payer un tribut d’éloge aux agents qui avaient fait leur devoir.
Les articles duFigaro, si violents qu’ils soient, ne sont encore qu’un écho affaibli de l’opinion.
COUPS DE LANCETTE.
Comment respecteraient-ils les morts, est-ce qu’il n’est pas dans la nature des corbeaux de s’acharner après les cadavres?
** *
On va bâtir une citadelle au milieu du cimetière du Père La Chaise.
** *
Les employés aux pompes funèbres ne seront pris, désormais, que dans les régiments de ligne.
** *
On avait fait, la veille de l’ouverture du Cirque, une répétition de l’Attaque du convoi.
** *
On nous traîne dans la boue après notre mort; c’est pour nous apprendre à vivre.
** *
Quelqu’un nous assure avoir lu ces mots sur la même enseigne:Fabrique de baïonnettes et Pompes funèbres.
** *
M. le prince de Ho... a pris un maître de langue française, pour apprendre seulement à dire:En joue, feu!
** *
Il y a des gens qui, pour rendre les derniers honneurs aux mânes des personnages vertueux, voudraient rétablir le gibet de Montfaucon.
** *
Il y a plus de honte à être debout dans certains salons qu’à tomber dans le ruisseau.
Dimanche, 5 avril 1827.LE RUISSEAU ET LA BIÈRE.DIALOGUE.
LE RUISSEAU.
Voilà qui commence bien; les bons gendarmes n’y vont pas de main morte; les coups pleuvent comme grêle; baïonnettesd’entrer en danse. Messieurs les bourgeois, gare les éclaboussures.
LA BIÈRE,roulant dans le ruisseau.
Ciel! quelle profanation!
LE RUISSEAU.
Dieu me pardonne, c’est un mort en grande tenue que j’ai reçu sur le dos.
LA BIÈRE.
Où suis-je? couverte de boue et foulée aux pieds!
LE RUISSEAU.
Je croyais que c’était quelque agent de la police...
LA BIÈRE.
En effet, c’est bien là leur place; aussi, Monsieur le ruisseau, je suis toute honteuse...
LE RUISSEAU.
Vraiment, il n’y a pas de quoi. Tous les jours, je vois des gens qui vous valent bien et qui n’y regardent pas de si près.
LA BIÈRE.
Vous ne savez pas qui je renferme?
LE RUISSEAU.
Ce n’est probablement pas de ma connaissance, madame la dégoûtée...
LA BIÈRE.
Un honnête homme...
LE RUISSEAU.
Je ne vous entends pas.
LA BIÈRE.
Sa vie a été consacrée au bien; sa mémoire est vénérée par tous ceux qui ont encore un peu d’âme.
LE RUISSEAU.
C’est sans doute quelque pauvre diable mort de faim.
LA BIÈRE.
Celui qui se trouve aujourd’hui dans un ruisseau, hier encore, par sa fortune, son rang, sa noblesse, ses vertus, ses talents, était un des citoyens les plus illustres.
LE RUISSEAU.
Sans doute il appartenait à la congrégation, avec laquelle j’ai beaucoup de rapports?
LA BIÈRE.
Fi donc! il aimait sa religion, sa patrie et son roi.
LE RUISSEAU.
A en juger par cet immense concours de monde qui l’escortait à son dernier hôtel, lorsque la force armée est venue mettre le holà, ce fut un ministre, un législateur; aurait-il inventé le trois pour cent, promulgué une loi du sacrilége et autres gentillesses?
LA BIÈRE.
Un silence religieux, interrompu par des sanglots, l’accompagnait jusqu’au moment où des cris d’indignation...
LE RUISSEAU.
Je me souviens, lorsque j’étais bien jeune, d’avoir été sali par les restes de Marat.... Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.
LA BIÈRE.
As-tu remarqué qu’en tombant j’ai fait jaillir ton eau bourbeuse jusque sur le visage des misérables?
LE RUISSEAU.
Ils n’y ont pas pris garde. Moi-même, je suis saisi de respect et je crains de te toucher...
LA BIÈRE.
Adieu, deux croque-morts viennent de mon côté... ce ne sont plus ces nobles jeunes gens... O ciel! cette terrible leçon préviendra-t-elle un nouveau scandale?
LE RUISSEAU.
Adieu, Madame; je vous jure qu’il ne vous reste pas la moindre tache... Ah! je ne remarquais pas, du sang...
LA BIÈRE.
O mon maître!...
COUPS DE LANCETTE.
Quelqu’un a proposé d’établir une école de canonniers près de quelques cimetières: les tombes serviraient de cibles. Cette innovation ne peut manquer de trouver beaucoup d’approbateurs.
** *
Depuis qu’un mort illustre est tombé dans le ruisseau, MM. Ling... et Ben... sont fiers de se rouler dans la fange.
** *
On devrait bien créer une compagnie d’assurances pour les pompes funèbres.
** *
Il nous faut revenir maintenant à laloi d’amour et de justice, à cette loi que M. Royer-Collard comparait à une loi de suspects largement conçue, qui mettait la France entière en prison sous la garde des ministres.
Le projet de M. de Peyronnet avait été adopté par la Chambre des députés, en dépit des énergiques efforts des deux oppositions royaliste et libérale. Il avait été adopté à une majorité de 233 voix contre 134 (12 mars).
Sept jours plus tard, le ministre portait son malencontreux projet à la Chambre des pairs. Mais là il rencontra une résistance inattendue. L’attitude de la commission d’examen lui faisant prévoir une éclatante défaite, il remit le projet «à des temps meilleurs,» et, le 17 avril, il monta à la tribune pour lire une ordonnance qui retirait le projet.
A cette nouvelle, l’allégresse éclata par toute la France. A Paris, ce fut un indescriptible enthousiasme. La ville entière se trouva illuminée comme par enchantement. «Nos ministres ont besoin de lumières,» disait-on, «éclairons-les.» Des colonnes d’ouvriers imprimeurs parcouraient les rues; ils criaient: Vive le roi! vive la Chambre des pairs! vive la liberté de la presse!
Les journaux de l’opposition libérale entonnèrent l’hymne du triomphe. Le terrible projet avait disparu tout à coup; ils espéraient que son auteur ne tarderait pas à le suivre, et ils disaient tout haut leurs espérances.
COUPS D’ENCENSOIR.
On a vu hier une foule de presses qui riaient comme des petites folles. Cette gaîté leur allait à ravir.
** *
C’est pour rire que M. C’est-charmant a dit que le Français était un animal féroce.
** *
M. de P.... signe avec la meilleure grâce du monde.
ÉPITAPHE.
Objet de haine et de colère,Ci-gît un malheureux projet,Lequel avait, dit-on, pour pèreCe bon monsieur de Draconnet.C’est lui qui lui donna naissance,C’est lui qui, par son assistance,Le fit, un moment, respirer,Et quand enfin la mort barbareEut frappé cet enfant si rare,Il se chargea de l’enterrer.
Objet de haine et de colère,Ci-gît un malheureux projet,Lequel avait, dit-on, pour pèreCe bon monsieur de Draconnet.C’est lui qui lui donna naissance,C’est lui qui, par son assistance,Le fit, un moment, respirer,Et quand enfin la mort barbareEut frappé cet enfant si rare,Il se chargea de l’enterrer.
Objet de haine et de colère,Ci-gît un malheureux projet,Lequel avait, dit-on, pour pèreCe bon monsieur de Draconnet.C’est lui qui lui donna naissance,C’est lui qui, par son assistance,Le fit, un moment, respirer,Et quand enfin la mort barbareEut frappé cet enfant si rare,Il se chargea de l’enterrer.
BIGARRURE.
Hier, tout Paris semblait en feu; on n’a guère pu remarquer que les maisons qui n’étaient point illuminées, et encore ne faut-il accuser personne de tiédeur, car on n’était pas préparé à la fête que le Roi vient de donner à la France; bien des gens n’ont pu trouver à acheter des lampions.
L’ordre le plus parfait a régné partout.
A PROPOS.Un projet proposéNous mit dans la souffrance.Un projet amendéFit naître l’espérance.Un projet retiréRépand la joie en France.
A PROPOS.Un projet proposéNous mit dans la souffrance.Un projet amendéFit naître l’espérance.Un projet retiréRépand la joie en France.
A PROPOS.
Un projet proposéNous mit dans la souffrance.Un projet amendéFit naître l’espérance.Un projet retiréRépand la joie en France.
COUPS DE LANCETTE.
Tout Paris était brillant de lumières; à Montrouge, on s’est couché sans chandelle.
** *
Il suffit d’une simple revue pour s’apercevoir de tous les défauts de laloi d’amour.
** *
M. de V... ne sort plus le soir; l’odeur des lampions l’incommode.
** *
M. de P.... aurait dû se retirer en même temps.
** *
L’enfant est enterré: bravo!—le papa reste. O Azaïs!
** *
Lampion et sifflet sont maintenant synonymes.
** *
On assure que M. de P.... va rendre l’âme. Il va donc rendre son portefeuille; on dit qu’elle en est inséparable.
** *
On ne dit plus railler, persiffler un homme, on dit: lelampionner.
DIALOGUE
ACes cris, ces lampions et leurs flammes sinistresOnt jeté dans mon âme un prophétique effroi.Tout est perdu, sans doute?BOui, tout pour les ministres,Mais tout est gagné pour le roi.
ACes cris, ces lampions et leurs flammes sinistresOnt jeté dans mon âme un prophétique effroi.Tout est perdu, sans doute?BOui, tout pour les ministres,Mais tout est gagné pour le roi.
A
Ces cris, ces lampions et leurs flammes sinistresOnt jeté dans mon âme un prophétique effroi.Tout est perdu, sans doute?
B
Oui, tout pour les ministres,Mais tout est gagné pour le roi.
COUPS DE LANCETTE.
Toute la France s’illumine, ce n’est pas assez de sept éteignoirs pour tant de lumières.
** *
Cette pauvreEtoilene parle que de lampions et d’illuminations; il paraît qu’on lui a fait voir trente-six mille chandelles.
PETIT DIALOGUE.
—Qu’est-ce que le ministère?
—Un éteignoir.
—La Charte?
—Un lampion.
—Le peuple?
—Un pétard.
Chaque année, le 12 avril, anniversaire de la rentrée de Charles X à Paris en 1814, la garde nationale faisait seule le service des Tuileries et était passée en revue par le roi. Cette année (1827), le 12 tombait un jeudi saint; la revue fut donc remise au lundi de Pâques, 16 avril. Dès le matin de ce jour, des détachements de toutes les légions arrivèrent aux Tuileries pour le service exceptionnel; dans l’après-midi, le roi, suivi du Dauphin, les passa en revue. Il y eut un tel enthousiasme, on cria: Vive le roi! avec une telle unanimité, que Charles X sembla regretter de n’être pas entouré de la garde nationale tout entière.
Les gens qui entouraient le roi saisirent cette idée. Ils affirmèrent au roi qu’ils étaient en mesure de répondre des bons sentiments de toutes les légions, et, séance tenante, il fut décidé que, le dimanche 29 avril, Charles X passerait en revue toute la garde nationale de Paris, réunie au Champ de Mars.
Cette décision prise, annoncée par les journaux, ceux même qui l’avaient conseillée furent pris de doutes et de craintes. Mais il n’y avait plus à y revenir. Les ministres surtout, dont on n’avait pas pris conseil, ne cachaient pas leurs appréhensions.
Au jour dit, vingt mille hommes étaient rangés devant l’École Militaire. Les tristes prévisions des pessimistes ne furent pas réalisées, tout se passa convenablement. Peut-être y eut-il plus de cris devive laCharte! que de cris devive le Roi! mais, en somme, de l’avis même de Charles X, la journée fut bonne.
Mais, après la revue, un événement arriva qu’on n’avait pas prévu. Il y eut des manifestations bruyantes contre les ministres. Des bataillons entiers de gardes nationaux s’arrêtèrent devant les ministères et, là, «firent entendre les cris mille fois répétés devive la liberté de la presse! à bas les jésuites! à bas les ministres!A ces clameurs se mêlaient aussi les cris de àbas Peyronnet! à bas Villèle!
Les ministres virent dans ces manifestations un attentat à leur dignité, ils résolurent de se venger. Ils persuadèrent au roi que la majesté de la couronne était compromise; bref, ils identifièrent si bien leurs intérêts et leur orgueil offensé avec les intérêts et la gloire de la monarchie, que, le soir même, on rédigea une ordonnance de licenciement. Tous les postes furent changés; la garde nationale était dissoute.
Il était dit que ce malheureux gouvernement marcherait de faute en faute et briserait l’un après l’autre tous ses appuis. En se privant de la garde nationale, ce corps si essentiellement modérateur, il s’ôtait, pour les jours néfastes, toute chance d’intermédiaire, tout espoir de transaction. Voilà pour l’avenir. Pour le présent, chaque citoyen se crut atteint dans sa dignité, et la garde nationale, qui avait donné à la famille régnante tant de marques de sympathie, passa en masse à l’opposition.
COUPS DE LANCETTE.
Il y a des gens qui ne veulent laisser entrer demain, au Champ-de-Mars, que les personnes qui auront un bâillon dans la bouche.
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En passant près du château de Rivoli, les tambours de la garde nationale battront la retraite.
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On assure qu’ils vont partir enfin tous les sept: ce ne sont pas des gens de revue.
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L’Etoilenous dira probablement aussi que le soleil du 29 était un faux soleil.
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Les directeurs de spectacles ont rayé de leurs répertoires:Une nuit de la garde nationale.
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On vendait hier la complainte de la garde nationale. On ne lui fait pas moins d’honneur qu’à tous les autres condamnés.
Malgré la colère de 24,000 hommes contre sept, ceux-ci sont parvenus à les désarmer.—Ce que c’est que les bons procédés.
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On ne dit pas que les musiciens de la garde nationale aient exécuté l’air dela Victoire est à nous.
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Sept personnes, à Paris, ont pensé que la journée d’hier serait orageuse, et n’ont pas mis le nez dehors.
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On peut dire, moralement parlant, qu’ils ont été traînés sur la claie par l’opinion publique.
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Hier, des millions de cris de: Vive le roi! ont prouvé à certains détracteurs que la reconnaissance est une vertu nationale.
ÉPITAPHE.
Notre garde civique a reçu son congé,Mais un beau grenadier, oublié par mégarde,Veut, dit-on, faire encor son service obligé.Espérons que bientôt il descendra la garde.
Notre garde civique a reçu son congé,Mais un beau grenadier, oublié par mégarde,Veut, dit-on, faire encor son service obligé.Espérons que bientôt il descendra la garde.
Notre garde civique a reçu son congé,Mais un beau grenadier, oublié par mégarde,Veut, dit-on, faire encor son service obligé.Espérons que bientôt il descendra la garde.
COUPS DE LANCETTE.
Nous étions vingt mille à jouer l’écarté contre sept; nous avions quatre points de chaque côté, un des sept a tourné le roi, et nous avons perdu la partie.
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La meilleure rime à ministre est sinistre.
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La garde meurt et... les ministres restent.
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On vient de publier une biographie de tous les bons ministres de France. Cet ouvrage n’est pas long.
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On ne dit plus:Revue, augmentée et corrigée, maisrevue et licenciée.
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Il y a sept loges vacantes à Charenton. Allons, messieurs...
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Ces messieurs conviendront au moins qu’ils ne nous gouvernent pas gratis.
Vendredi, 11 mai 1827.DIALOGUE ENTRE DEUX HABITS.
PREMIER HABIT.
Loin de moi, vil roturier!... Que viens-tu faire en ces lieux?
DEUXIÈME HABIT.
Moisir à tes côtés, confrère.
PREMIER HABIT.
Quoi! l’habit d’un vilain et l’habit d’un noble attachés au même croc! Quelle honte!
DEUXIÈME HABIT.
Il n’y a pas de noblesse qui tienne, mon ancien; ici, tous les habits sont égaux, et les vers ne font aucune distinction.
PREMIER HABIT.
Oses-tu bien te comparer à moi, misérable elbeuf?
DEUXIÈME HABIT.
De quelle étoffe es-tu donc, pour te montrer si fier?.... A la poudre, jadis blanche, qui te couvre, à la crasse épaisse qui cache toutes tes coutures, je parierais presque que tu as appartenu à quelque tête à perruque?
PREMIER HABIT.
Ces galons d’or et d’argent, sous lesquels se cachent encore mes coutures, ne t’apprennent-ils pas assez quel fut jadis mon rang dans le monde?
DEUXIÈME HABIT.
Je n’y vois que les insignes d’une ridicule livrée.
PREMIER HABIT.
Je fus, tour à tour, l’habit d’un jacobin, d’un chambellan et d’un ventru.
DEUXIÈME HABIT.
C’est-à-dire que tu as changé de forme et de couleurs, suivant la circonstance. Enfin, pour trancher le mot, tu n’es qu’un habit retourné...
PREMIER HABIT.
Mais toi, qui es-tu?
DEUXIÈME HABIT.
Je fus pendant longtemps l’honneur de la France. Hélas! hier encore, chacun me regardait avec respect.
PREMIER HABIT.
Ne serais-tu pas un de ces habits séditieux qu’on vient de licencier? Je crois te reconnaître à ton uniforme.
DEUXIÈME HABIT.
Précisément.
PREMIER HABIT.
C’est cela; et en passant sa garde-robe en revue, ton maître, en homme prudent, t’as mis à la réforme. Encore, si comme moi tu avais des titres?
DEUXIÈME HABIT.
Eh! n’en ai-je pas à la gloire!
PREMIER HABIT.
Où les as-tu gagnés?
DEUXIÈME HABIT.
A la barrière de Clichy!
PREMIER HABIT.
Et moi, dans l’antichambre des ministres.
DEUXIÈME HABIT.
Il paraît que tu as du service, car tu es furieusement râpé?
PREMIER HABIT.
Pas tant que toi, mon petit ami; tu es troué en plusieurs endroits.
DEUXIÈME HABIT.
Ce sont d’honorables cicatrices!
PREMIER HABIT.
Parbleu! et moi aussi, je porte des cicatrices!
DEUXIÈME HABIT.
Oui, dans le dos... c’est juste, quand on se sauve...
PREMIER HABIT.
On m’a vu plus d’une fois exposé au feu de mainte batterie.....
DEUXIÈME HABIT.
De cuisine, tu veux dire?... car les taches de graisse qu’on aperçoit sur toute ta personne le prouvent assez..; ce sont les seuls chevrons qui servent à marquer tes années de service... à la table de nos grands seigneurs s’entend.
PREMIER HABIT.
Insolent!... je ne sais qui me retient... si ce n’était ce porte-manteau!...
DEUXIÈME HABIT.
Allons, ne t’emporte pas..... ou va secouer tes vers plus loin....
PREMIER HABIT.
Heureusement que voici deux honnêtes chalands qui, en m’achetant, vont me délivrer de ton ennuyeuse société.
DEUXIÈME HABIT.
Que feraient-ils de toi?... tu n’es bon maintenant qu’à revêtir le jocrisse de quelque escamoteur!
PREMIER HABIT.
Penserais-tu par hasard que c’est de toi qu’ils viennent faire emplette?... ne sais-tu pas que te voilà condamné à languir chez le fripier...
DEUXIÈME HABIT.
Patience, j’en sortirai peut-être plus tôt que tu ne crois!
COUPS DE LANCETTE.
Quand nous fera-t-on uneopération, pour nous délivrer des sept plaies qui nous rongent!
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Il y a des gens qui regardent une charge de cavalerie comme une potion calmante.
ALLOCUTION MARTIALED’UN GUERRIER SOI-DISANT FRANÇAIS.
Prafes militaires, ché afre à fous endredenir té fos exbloits querriers pour les bressent, les bassé et les fitir. Fous afez azommé cet honnête monsir qui édait mort et que nous afons clorieusement roulé tans le poue. Che fous endredientrai encore de ce pon monsir de Reck..., qui afre été chifflé comme ein chéçuite par cet betites bolissonnes, qui afoir li lé Chan-Chaques et lé Foltaire, que sti pon monsir Quillon n’avre pas prilé toute. Cté prafe monsir Reck..... qui était ein tuer de chans, afec bermission té la vagulté, s’en allait toute pêtement dans sa capriolete afec ein betit accompagnement de pons gentarmes, quand, sir lé bont Sainté-Migel, les betites bolissonnes lui fouloir faire brendre ein pain éburadoire. Lui qui avre bas cette vandaisie s’en être allé à la bolice, où sti monsir Reck... il était sir dé drouver des amis.
Pentant ce demps-là, les pons chantarmes boursuifaient les betites bolissonnes jusque tans le nachement afec tes crands goups de sapre, à l’imidazion te vos exbloits à Presth. Poucre té chien! saberlotte, camarates! nous ne avre pas été là! Cette avaire qui se bassait tans l’eau a été firiesement chaude, héréissement qu’il n’y afait pas peaucoup te gemin bour aller à la Morgue, lé pataille abrès huit heures il était finite, barce que la nuit afoir rentu les étudiants plus tifficîles à drouver qu’ein lococriphe.
Foilà, gamarades, ce que je afre à fous tire; cette betite succès a falu touple bortion aux prafes chantarmes qui ont diré le sapre. Aux armes! que la régombense enflamme fotre gourache: Montrouche brébare la botage.
COUP DE LANCETTE.
M. de C... prépare un ouvrage qui portera ce titre:Des coups de sabre, et de leur influence sur l’instruction de la jeunesse.