Chapter 2

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) comprenant une nef de deux travées suivie d’un choeur de deux travées à chevet plat (voir le plan). La tour, massive, est accolée à la première travée du choeur côté nord.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les contreforts, le pourtour des ouvertures et les croisées d’ogives du choeur sont en granit. L’appareil des maçonneries est un appareil irrégulier fait de moëllons de schiste et de quelques moëllons de granit. Toutes ces pierres sont des matériaux locaux: la formation de Granville est un flysch (formation détritique) composé de roches schisteuses. Et non loin de là affleure le massif granitique de Vire, à quelques kilomètres au sud d’Yquelon.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre l’ensemble des murs intérieurs, à l’exception des doubleaux et ogives de la voûte du choeur et des arcs et piédroits des différentes baies, dont la pierre de granit est apparente.

Le sol est couvert sur toute son étendue de carreaux de céramique noirs et blancs. Ce carrelage a été posé au 19e siècle, à l’exception du carrelage situé sous les bancs de la nef, ajouté en 1970. La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1896. La toiture, refaite en 1972, est en ardoises d’Angers.

#Description extérieure

= La façade occidentale

La façade occidentale est consolidée aux deux extrémités par deux contreforts plats prenant appui sur un muret de pierre. Le mur pignon de la façade est surmonté d’une croix antéfixe aux branches bifides.

Le portail d’entrée est surmonté de trois baies en plein-cintre identiques surmontées elles-mêmes d’un oculus. Les trois baies ont remplacé en 1896 une grande ouverture rectangulaire, qui avait elle-même été percée à l’endroit de deux étroites baies romanes [6]. L’oculus, de petites dimensions, est d’origine. Il est orné sur son pourtour de billettes. Sa partie inférieure comprend une pierre sculptée de deux têtes humaines en fort relief.

L’arcade en plein-cintre du portail (schéma 2) est formée d’une voussure non moulurée reposant sur des piédroits sans ornement et surmontée d’une archivolte. L’archivolte est formée d’un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’un rang de bâtons brisés. Les deux extrémités de l’archivolte reposent chacune sur une pierre de granit sculptée d’une tête humaine. Le claveau central de la voussure est orné d’une tête humaine plus grande en fort relief. Les piédroits intérieurs sont moulurés d’une colonnette très engagée à tailloir et base carrés. Ces piédroits supportent un tympan de granit, qui a été restauré et sculpté d’une croix romane en 1897.

= La nef

La nef comporte deux travées. Les murs latéraux sont épaulés chacun de trois contreforts plats reposant sur un soubassement de pierre et supportant une corniche soutenue par des modillons taillés en biseau.

Le mur latéral sud est percé de deux baies en plein-cintre, qui ont remplacé en 1896 deux grandes ouvertures rectangulaires. Ces deux baies sont semblables à la grande baie du mur latéral sud du choeur, qui a été prise comme modèle.

La première travée du mur latéral nord est percée d’une baie en plein-cintre semblable à celles du mur sud et elle aussi refaite en 1896. La seconde travée est ouverte par une baie trilobée. L’enfeu situé dans le mur de l’église forme à l’extérieur une saillie de 25 centimètres.

= Le choeur

Le choeur, plus étroit que la nef, compte deux travées. La première travée du mur latéral sud comprend une porte en grande partie bouchée, avec une ouverture rectangulaire dans sa partie haute.

L’arcade en plein-cintre de la porte (voir le schéma) est formée d’une voussure moulurée d’un tore, le tore étant surmonté d’un chanfrein sculpté d’une rangée de dents-de-scie peu marquées. La voussure est entourée d’une archivolte formée d’un épais bandeau aux arêtes chanfreinées. Le chanfrein inférieur est également orné d’un rang de dents-de-scie peu visibles.

La partie interne de la voussure repose sur deux colonnettes engagées par l’intermédiaire de chapiteaux dont la corbeille, surmontée d’un tailloir carré, est ornée de petits crochets d’angle pratiquement disparus. Cette porte a certainement subi un remaniement: les chapiteaux, sans astragale, sont à la fois mal raccordés au fût des colonnes et au départ de la voussure, dont le tore est sectionné à cet endroit. La partie externe de la voussure et l’archivolte disparaissent dans les maçonneries de la nef à gauche, alors qu’à droite elles reposent sur une large pierre légèrement saillante et chanfreinée.

Deux contreforts plats prenant appui sur un soubassement de pierre soutiennent la corniche portée par des modillons taillés en biseau. Visiblement, comme celle de la nef, cette corniche a été refaite. Le mur est percé de deux baies en plein-cintre: l’une assez large, l’autre petite, longue et étroite. Leur pourtour de granit a été refait en 1896.

Le mur oriental est consolidé aux deux extrémités par un contrefort plat. En 1885, on a adossé au chevet plat une construction rectangulaire qui abrite la sacristie. A la même époque, le mur pignon a été percé d’une rose pour remplacer la grande baie géminée du chevet bouchée lors de la construction de cette sacristie.

La tour est accolée à la première travée du mur nord. La deuxième travée présente la même disposition qu’au sud. L’étroite petite baie aux piédroits de granit et au cintre creusé dans un linteau monolithe de granit est d’origine.

= La tour

La tour, massive et de forme carrée, présente trois étages en léger retrait les uns des autres. Deux bandeaux marquent la séparation entre les deux étages: un bandeau mouluré en quart-de-rond sépare le premier étage du second, et le second étage est séparé du troisième par un bandeau droit. La tour, surmontée d’un toit en bâtière, présente le même type d’appareil que la nef et le choeur.

La tour présente les ouvertures suivantes: à l’étage inférieur, une porte rectangulaire à l’est et une baie en plein-cintre au nord; à l’étage supérieur, une longue ouverture rectangulaire sur chacune des faces; deux petites ouvertures rectangulaires percées à l’étage intermédiaire et dans le pignon à l’est et à l’ouest.

Toutes ces ouvertures rectangulaires permettent de penser que la tour a été reconstruite, du moins en partie, depuis le 12e siècle. A quelle époque? Aucun élément d’architecture ne permet de déterminer une date précise, et aucun document concernant la tour n’a été retrouvé dans les archives.

#Description intérieure

= La nef

Les arcs et piédroits des trois baies en plein-cintre de la nef sont moulurés d’un tore épais semblable à celui qui orne les baies du choeur. Dans la seconde travée du mur nord, la baie trilobée est probablement le vestige de réfections postérieures, tout comme la piscine surmontée d’un trilobe dans le mur latéral sud.

Au-dessous de cette baie trilobée, l’enfeu de la pierre tombale est surmonté d’un arc surbaissé. L’arc et les piédroits de l’enfeu sont simplement chanfreinés.

La nef ouvre sur le chœur par un arc triomphal très épais, fourré et légèrement brisé reposant sur deux pilastres pris dans l’épaisseur du mur. Au nord, l’arc repose directement sur le pilastre alors qu’au sud, il s’appuie sur une imposte moulurée légèrement chanfreinée.

= Le choeur

Le choeur est constitué de deux travées séparées par un arc doubleau sans ornement, très épais et légèrement brisé. Chaque travée est surmontée d’une voûte en croisée d’ogives. Les ogives, très larges, sont ornées de deux épais tores d’angle entourant une petite moulure triangulaire saillante. Doubleaux et ogives reposent sur des culots en forme de pyramide renversée. Les quatre culots supportant la retombée d’une seule ogive à l’est et à l’ouest sont simples. Les deux culots supportant à la fois la retombée d’un doubleau et les retombées de deux ogives sont formés d’un tailloir carré légèrement chanfreiné surmontant une grande pierre saillante pour le doubleau, encadrée de deux plus petites pour les ogives. Les deux clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en faible relief compris dans un cercle: motifs triangulaires pour l’une et motifs semi-circulaires pour l’autre.

Une large piscine surmontée d’un arc surbaissé est présente dans la deuxième travée côté sud. Les arcs et piédroits de la piscine et des trois baies du choeur sont ornés d’un tore épais. Dans la première travée côté nord, une arcade en plein-cintre donne sur une chapelle qui correspond à l’étage inférieur de la tour.

#Datation

La nef et le choeur de l’église d’Yquelon peuvent être datés de la seconde moitié du 12e siècle. Les indices de datation se trouvent dans la voûte en croisée d’ogives du choeur et dans les deux portes: portail occidental et porte sud.

Pour la voûte en croisée d’ogives du choeur, les ogives, très épaisses, sont moulurées de deux tores épais encadrant une petite moulure triangulaire saillante. Les clefs de voûte sont sculptées de motifs géométriques en très bas relief.

Pour le portail occidental, une archivolte sculptée de dents-de-scie en fort relief repose sur deux têtes sculptées. Pour la porte sud, un tore d’angle est surmonté d’un chanfrein. Ce chanfrein et le chanfrein inférieur de l’archivolte sont sculptés d’un rang de dents-de-scie peu marquées.

#Les restaurations

= Au 19e siècle

Les restaurations du 19e siècle furent importantes [7]. La sacristie fut construite en 1885 [8]. La baie géminée du chevet fut fermée et une rose fut ouverte dans le mur pignon pour la remplacer. La même année, on découvrit dans le cimetière une pierre tombale du 12e siècle. Cette pierre tombale fut encastrée dans l’enfeu du mur nord de la nef en février 1893 [9].

En 1896, les grandes baies rectangulaires de la nef furent remplacées par des baies en plein-cintre sur le modèle de la plus grande baie du choeur [10]. Le pourtour de granit des deux baies en plein-cintre du mur latéral sud du choeur fut refait. A la même époque, on ménagea dans la façade occidentale trois baies en plein-cintre identiques, à l’emplacement d’une grande ouverture rectangulaire [11]. La voûte de la nef fut refaite: un lambris en bois de sapin fut remplacé par une voûte en berceau de chêne [12]. Le tympan du portail occidental fut restauré et sculpté d’une croix romane en 1897 [13].

= Au 20e siècle

En 1969 et 1970, un enduit à la chaux fut refait sur toute la surface des murs latéraux de la nef [14]. En 1970, un carrelage fut posé sur les bancs de l’église [15]. Le reste du carrelage avait été posé au 19e siècle. En 1972, la toiture de l’église fut refaite en ardoises d’Angers [16].

#Une petite école locale d’architecture: Yquelon et Bréville

Les portes des églises d’Yquelon et de Bréville présentent de nombreuses similitudes.

Le portail occidental d’Yquelon et la porte sud de Bréville présentent tous deux une archivolte formée d’un épais bandeau orné de dents-de-scie en fort relief. Le rang de dents-de-scie est lui-même sculpté en creux d’une rangée de bâtons brisés. L’archivolte repose sur des têtes sculptées. Une sculpture de tête humaine en fort relief orne le claveau central de la voussure. Les têtes d’Yquelon, sculptées dans le granit, sont beaucoup plus visibles que celles de Bréville, sculptées dans une pierre calcaire plus friable.

Les portes sud d’Yquelon et de Bréville présentent elles aussi des traits communs: une voussure moulurée d’un tore épais surmonté d’un chanfrein orné de dents-de-scie peu marquées, et des corbeilles de chapiteaux sculptées de crochets d’angle aujourd’hui pratiquement effacés.

La porte sud de Bréville est en quelque sorte la synthèse des deux portes d’Yquelon. Elles ont dû être exécutées dans le même atelier. On retrouve aussi le même type d’archivolte sculptée de dents-de-scie et reposant sur deux têtes humaines sculptées à Sartilly. Les moulurations et les sculptures du portail de Sartilly sont toutefois beaucoup plus soignées.

#Documents

* La bibliographie d'Yquelon

* Le plan de l’église d’Yquelon

* Le schéma de la porte sud

#Notes

[1] Voir: Le Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p. 6 et 8.

[2] Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des historiens de la France, tome XXIII, 1876, p. 499.

[3] Voir: Documents relatifs à l’église et à la seigneurie d’Yquelon, in: Le Pays de Granville, 1906, p. 139 note 3.

[4] Longnon (Auguste). Pouillés de la province de Rouen. Paris, Imprimerie nationale, 1903, p. 284.

[5] Lomas (M. de). Les découvertes d’Yquelon, in: Bulletin de la Société des antiquaires de Normandie, tome XIV, 1886-1887, p. 44-45.

[6] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p. 239.

[7] Dates provenant de l’article suivant: Rabel (J.), L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p. 237-248, et vérifiées dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[8] Voir le compte-rendu de la séance du 01.03.1885 dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[9] Voir le compte-rendu de la séance du 05.02.1893 dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[10] Voir le compte-rendu de la séance du 13.01.1895 dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[11] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p. 238.

[12] Voir le compte-rendu de la séance du 13.01.1895 dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1880-1904).

[13] Voir: Rabel (J.). L’église d’Yquelon, in: Revue de l’Avranchin, 1897, p. 238.

[14] Voir les compte-rendus des séances du 31.10.1969 (p. 67) et du 08.02.1970 (p. 69) dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1962-1978).

[15] Voir le compte-rendu de la séance du 08.02.1970 (p. 69) dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1962-1978).

[16] Voir le compte-rendu de la séance du 11.02.1972 (p. 89) dans le Registre des délibérations du conseil municipal (1962-1978).

[Le site / Emplacement // Histoire / Un sanctuaire païen / Saint Pair et Saint Scubilion / Les 10e et 11e siècles / Le 12e siècle / La baronnie de Saint-Pair / Le doyenné de Saint-Pair // Les fouilles archéologiques / Les sarcophages / Les fondations de l’oratoire du 6e siècle // L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols et toitures / Les transformations des 19e et 20e siècles // Description intérieure / La tour / Le choeur // Description extérieure / Le choeur / La tour // Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le bourg de Saint-Pair-sur-Mer est situé sur la côte, à 3,5 kilomètres au sud de Granville (voir la carte). Saint-Pair était relié au Mont Saint-Michel à la fois par un chemin des grèves et un chemin montois.

Venant du Mont, le chemin des grèves passait au Bec d’Andaine, près de Genêts, longeait les dunes de Dragey et de Saint-Jean-le-Thomas, gravissait les falaises de Champeaux et de Carolles, et traversait ensuite Bouillon et Jullouville pour aboutir à Saint-Pair.

Le chemin montois, situé légèrement plus à l’est, empruntait le parcours suivant: Genêts, Dragey, Saint-Jean-le-Thomas, Champeaux, Saint-Michel-des-Loups, Bouillon et Saint-Pair. Il existait dès le 10e siècle, et fut prolongé plus tard vers le nord pour aboutir à Cherbourg.

L’église est placée sous le vocable de Saint Pair. Elle est un lieu de pèlerinage voué au culte de Saint Gaud, qui est le second saint.

L’agglomération de Saint-Pair fut importante et prospère jusqu’à la construction de Granville au 15e siècle. La migration des habitants se fit alors vers Granville, au détriment de Saint-Pair qui était jusque-là le centre vital de la région.

A la fin du 19e siècle, au début de l’essor des stations balnéaires, la nef romane fut détruite pour être remplacée par une nef et un transept de grandes dimensions, afin d’agrandir un édifice devenu insuffisant pendant la saison des bains.

#Histoire

= Un sanctuaire païen

Scissy - Scessiacus en latin - était une localité très ancienne construite à l’emplacement d’un fanum ou sanctuaire païen. Après cette période païenne, un monastère vit le jour au 6e siècle sous l’égide de Saint Pair (482-565) et de son compagnon Saint Scubilion. Les saints ermites attirèrent dans leur voisinage une population qui se fixa autour de l’oratoire. Fortunat (530-600 environ), évêque de Poitiers, affirme dans sa Vie de Saint Pair que les cellules des premiers moines furent bâties au bord de la mer. Les moines vinrent ensuite s’établir sur les bords de la rivière de la Saigue, à l’emplacement de l’église actuelle [1].

= Saint Pair et Saint Scubilion

Selon Fortunat, Saint Pair, appelé aussi Paterne ou Paternus, “naquit à Poitiers au commencement du règne de Clovis, vers 482, d’une famille noble, d’origine probablement gallo-romaine… Tout jeune encore, il entra au monastère d’Ension, appelé plus tard Saint-Jouin-de-Marnes (aujourd’hui département des Deux-Sèvres) qui avait alors pour abbé Saint Généroux. Il était encore novice ou convers lorsqu’il quitta ce monastère avec Scubilion et se fixa à Scissy. Quelques disciples se groupèrent autour de lui… Ils formèrent ainsi un petit monastère dont Paterne fut institué abbé par Généroux qui était encore son supérieur, et ordonné prêtre par Saint Léontien, évêque de Coutances, vers 512, à l’âge de 30 ans environ. Il fonda plusieurs monastères dans les diocèses de Coutances, Bayeux, Avranches, Le Mans et Rennes… A l’âge de 70 ans, vers 552, il succéda à Egidius, évêque d’Avranches… En 557, Paternus signait avec Lascivius, évêque de Bayeux, les canons du deuxième Concile de Paris. Après treize années d’épiscopat, il mourut à l’âge de 83 ans, le 16 avril 565. Il fut inhumé avec son compagnon Saint Scubilion à l’extrémité orientale de l’oratoire de Scissy qu’ils avaient bâti. Son cercueil en calcaire coquiller y a été retrouvé dans les fouilles de 1875 à côté du cercueil de Saint Scubilion.” [2]

= Les 10e et 11e siècles

L’oratoire et le monastère ont sans doute été incendiés lors des invasions danoises, les Danois étant venus prêter main-forte aux Normands dans leur lutte contre les Bretons à partir de 919. De l’oratoire primitif, il subsiste encore les fondations et les sarcophages de cinq saints.

Richard II, duc de Normandie, fit don en 1022 de l’abbaye de Saint-Pair et de ses dépendances aux religieux du Mont Saint-Michel. L’abbaye du Mont déléguait à Saint-Pair un moine qui était le représentant de ses intérêts temporels. Pendant un siècle, l’administration spirituelle de la paroisse fut sans doute à la charge des religieux du Mont.

= Le 12e siècle

En 1123, le premier Concile de Latran interdit aux abbés et aux moines d’exercer leur ministère dans une paroisse. Le curé et son chapelain devinrent des prêtres séculiers. En 1157, Richard de Bohon, évêque de Coutances, remit à Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel, le libre personat de l’église de Saint-Pair, c’est-à-dire le droit de la faire desservir par un prêtre de son choix. En 1179, Robert de Torigni obtint du Pape Alexandre III la confirmation des prérogatives accordées à son monastère. Toutefois le pape, pour maintenir les règles de droit canonique, subsistua au libre personat de 1157 le droit de patronage. L’abbé du Mont présentait à l’évêque un prêtre choisi par lui. [3]

Au 12e siècle, le bourg de Saint-Pair était devenu le centre du doyenné et de la baronnie du même nom. Une nouvelle construction remplaça l’église qui avait été édifiée au 10e ou 11e siècle à l’emplacement de l’oratoire primitif.

= La baronnie de Saint-Pair

La baronnie de Saint-Pair était l’un des fiefs de l’abbé du Mont Saint-Michel. Elle avait été donnée à l’abbaye du Mont en 1022 par le duc Richard II, avec les baronnies d’Ardevon et de Genêts. La charte de cette donation figure dans le Cartulaire du Mont: “Ego… Ricardus… panas inferni cupiens effugere et paradysi gaudia desiderans habere trado loco S. Archangeli Michaelis sito in monte qui dicitur Tumba abbatiam S. Paterni sitam in pago Constantino quae terminatur ab oriente via publica tendenta Constancias, a septentrione rivulo Tarn, ab occasu mari Oceano cum insula qui dicitur Calsoi, cum terris cultis et incultis, cum ecclesiis et malendinis, cum pratis et silvis…” [4]

Le domaine de la baronnie était délimité par la Venlée au nord, par la voie montoise reliant Coutances à Avranches à l’est, par le Thar au sud et par l’océan à l’ouest. Mais le domaine de la baronnie ne s’arrêtait pas au rivage. Il comprenait de nombreuses pêcheries qui traçaient une ligne à un kilomètre environ des dunes et formaient une sorte de digue depuis La Roche-Gautier jusqu’à la pointe de Carolles. Il comprenait aussi des moulins sur le Thar et son affluent. [5]

= Le doyenné de Saint-Pair

Le doyenné de Saint-Pair était plus étendu au nord que la baronnie. Au 13esiècle, il comprenait 24 paroisses: les paroisses de Bréhal, Coudeville,Saint-Aubin-des-Préaux, Saint-Pair, Bourey, Granville, Saint-Ursin, La Beslière,Le Mesnil-Drey, Hocquigny, Saint-Planchers, Saint-Jean-des-Champs, Saint-Léger,Hudimesnil, Anctoville, Bréville, Donville, Longueville, Yquelon,Sainte-Marguerite, Bricqueville-sur-Mer, Saint-Martin-le-Vieux, Le Loreur etChanteloup. La paroisse de Saint-Sauveur-la-Pommeraye fut ajoutée au 14e siècle.[6]

Au 13e siècle, la dîme était partagée entre le seigneur patron, qui était l’abbédu Mont Saint-Michel, et le curé. Le Pouillé (1251-1279 environ) cité parLéopold Delisle mentionne ceci: “Ecclesia Sancti Paterni – Patronus, abbasMontis, percipit omnis garbas et duas partes decimae piscium; rector, residuum.Et valet L libras. Abbas Montis, L libras.” [7]

#Les fouilles archéologiques

En septembre 1875, des fouilles menées par l’abbé F. Baudry dans le choeur de l’église ont permis de retrouver une partie des fondations de l’oratoire du 6e siècle et plusieurs sarcophages (plan 4).

= Les sarcophages

On retrouva les sarcophages de Saint Pair et Saint Scubilion et, situés à proximité, ceux de Saint Sénier et Saint Aroaste. Le sarcophage de Saint Gaud avait été retrouvé en 1131 en creusant les fondements de la tour.

De ce fait, cinq saints sont en fait vénérés dans l’église:

- Saint Pair, qui est le plus célèbre. Il a donné son nom au village connu auparavant sous le vocable romain de Scessiacus ou Scissy. Il a vécu entre 482 et 565.

- Saint Gaud, qui aurait été le deuxième évêque d’Evreux. Il aurait vécu entre 400 et 491. Après quarante ans d’épiscopat, il ne serait démis de ses fonctions et serait venu se retirer dans la solitude de Scissy [8].

- Saint Scubilion, qui fut le compagnon de Saint Pair. Il le quitta pendant quelques années pour diriger le monastère de Mandane sur le Mont-Tombe, devenu ensuite le Mont Saint-Michel.

- Saint Sénier, qui fut évêque d’Avranches. Il succéda à Saint Pair en 565. Comme son prédécesseur, à la fin de sa vie, il décida se retirer dans la solitude de Scissy. Il y mourut vers 570 [9].

- Saint Aroaste, qui était prêtre à l’époque où Saint Pair était abbé de Scissy.L’histoire locale le présente comme le premier curé de la paroisse.

= Les fondations de l’oratoire du 6e siècle

Les fondations ont été trouvées sous le dallage de la seconde travée du choeur. Elles se composent d’une abside semi-circulaire prolongée par des murs latéraux qui se perdent dans les constructions du 12e siècle. “A 50 cm du pavage de 1875, on trouva un béton de 5 à 6 cm d’épaisseur qui formait le sol de l’église primitive; 40 cm plus bas, on dégagea les restes de deux sarcophages en tuf de Sainteny, démunis de leurs couvercles, reposant sur un mur de forme semi-circulaire en petit appareil régulier (52 cm de large, pierres de 9 à 10 cm de large sur 3 à 4 cm de haut). Le mur constituait les fondations de l’abside du premier sanctuaire.” [10]

Le carrelage actuel du choeur présente une double ligne de dallages noirs encadrant une rangée de dallages clairs, le tout recouvrant de façon très précise les fondations de l’ancien oratoire.

D’après le chanoine Pigeon [11], l’oratoire était formé d’un vaisseau rectangulaire d’une longueur de 22 mètres environ, prolongé par une abside semi-circulaire. Les dimensions du choeur étaient les suivantes: une longueur de 7 mètres, y compris l’abside, et une largeur de 6 mètres. L’abside avait 2,5 mètres de profondeur et 3,5 mètres de largeur (voir le plan).

#L’église

= Le plan

L’église actuelle (voir le plan), régulièrement orientée (d’ouest en est), comprend une nef de deux travées précédée d’un porche, un large transept à bras saillants et un choeur de trois travées terminé par une abside semi-circulaire. Les croisillons du transept ouvrent à l’est sur deux absidioles à chevet plat. Le choeur ouvre au nord sur deux chapelles, une côté chevet et une côté tour. A l’angle formé par le bras sud du transept et le choeur, une construction rectangulaire plus récente abrite la sacristie. La tour, de forme carrée et terminée par une flèche octogone, s’élève à la croisée du transept.

= Les matériaux

= = Les appareils

La tour et sa flèche présentent un moyen appareil de granit alors que les maçonneries du choeur sont formées d’un appareil irrégulier fait de moëllons de granit et de schiste, matériaux locaux. La formation géologique de Saint-Pair est un flysch (formation détritique) composé de grauwackes, siltites et argilites noires présentant des schistosités. Le granit provient sans doute du massif granitique de Vire qui affleure à quelques kilomètres au sud.

La nef et le transept, construits à la fin du 19e siècle, sont en granit et en pierre de Caen.

= = Les enduits, sols et toitures

Les murs intérieurs du choeur sont recouverts d’un enduit de ciment. Un enduit à la chaux recouvre la voûte d’arêtes située sous la tour et les arcs fourrés cernés de deux rangées de pierres de granit apparentes. L’appareil de granit des quatre piliers supportant la tour est apparent.

Le sol de l’édifice est entièrement carrelé alors que les toitures sont recouvertes d’ardoises d’Angers.

= Les transformations des 19e et 20e siècles

Ces transformations, très importantes, ont totalement modifié l’allure de l’église, dont la capacité d’accueil était devenue très insuffisante pendant la saison des bains.

Tout d’abord, au milieu du 19e siècle, le mur nord du choeur fut démoli sur près d’un tiers de sa longueur, près de la tour, pour ménager un accès à la chapelle Saint-Gaud. Cette chapelle fut consacrée en 1853.

Le 5 juillet 1877, on posa la première pierre de l’église. La nef ancienne fut détruite en 1880 et 1881. Sous l’égide de Paul Boeswillard, on édifia entre 1877 et 1888 une nef de deux travées et un large transept à bras saillants d’inspiration gothique. La construction d’un transept était elle aussi un élément nouveau, puisque l’église était jusque-là formée d’un vaisseau rectangulaire. La nouvelle église fut consacrée le 26 août 1888 par Monseigneur Germain, évêque de Coutances.

En 1881, lors de la même campagne de construction, on ouvrit le chevet du choeur pour y adapter une abside semi-circulaire d’inspiration gothique, et les baies trilobées du 15e siècle percées dans le mur latéral sud du choeur furent ramenées aux proportions de petites baies romanes.

En 1923, la petite chapelle romane attenante au mur latéral nord du choeur fut transformée pour en faire une chapelle des morts. Elle servait auparavant de sacristie, si bien qu’une nouvelle sacristie fut construite dans l’angle formé par le mur latéral sud du choeur et le mur oriental du croisillon sud du transept. La chapelle Saint-Gaud fut transformée en 1930. Entre 1933 et 1939, on changea l’emplacement des portes, et un porche de granit fut construit devant la façade occidentale. [12]

#Description intérieure

On se penchera seulement sur les parties romanes, à savoir la tour et le choeur de l’église [13].

= La tour

La tour repose sur quatre piliers massifs supportant quatre arcs fourrés et légèrement brisés. Ces arcs reposent sur les piliers par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. Ils déterminent sous la tour une voûte d’arêtes. Les retombées des arêtes sont reçues par les angles rentrants des piliers.

La forme de ces piliers, de plan carré, est assez complexe. Ils observent entre eux une symétrie parfaite.

Le pilier sud-ouest (voir le schéma) se présente ainsi: à l’est, à l’ouest et au sud, un pilastre forme saillie. Au nord, un pilastre cantonné de deux colonnes engagées s’appuie sur un dosseret. L’imposte surmontant le pilier, moulurée en forme de bandeau chanfreiné, forme le tailloir des chapiteaux des deux colonnes. Leur corbeille est sculptée et leur base carrée est surmontée d’un chanfrein. Le pilier repose sur un socle carré plus large aux arêtes chanfreinées.

Les corbeilles des chapiteaux des piliers nord-ouest, sud-est et nord-est sont ornées de crochets d’angle en faible relief. Les corbeilles des chapiteaux du pilier sud-ouest sont différentes: au nord-est, la corbeille est sculptée d’un cône de pin à gauche et d’une feuille de chêne entourée de deux glands à l’angle. Ces motifs encadrent deux formes peu visibles qui pourraient être des animaux.

Au nord-ouest, l’angle de la corbeille est sculpté d’un buste d’homme. Sa tête, volumineuse, surmonte son bras gauche replié sur sa poitrine alors que son bras droit est levé. A gauche de ce buste est représentée une branche de chêne.

Toutes ces sculptures, en très bas relief et très frustes, sont taillées dans le granit.

= Le choeur

Le choeur de l’église est de grandes dimensions. Il était presque aussi long que la nef primitive aujourd’hui détruite: 14 mètres pour le choeur et 15,3 mètres pour la nef.

Côté nord, près du chevet, il ouvre sur une chapelle romane transformée au 20e siècle. Au 19e siècle, un tiers du mur nord fut détruit près de la tour pour construire une chapelle dédiée à Saint Gaud. De même, le mur plat du chevet a été ouvert pour construire une abside semi-circulaire d’inspiration gothique.

Que reste-t-il du choeur roman? Il reste la partie inférieure du mur sud sur toute sa longueur, et la plus grande partie du mur nord située entre la chapelle Saint-Gaud et la chapelle romane. La petite baie en plein-cintre à fort ébrasement ménagée dans le mur nord est d’origine. Le mur sud est lui aussi percé de trois petites baies en plein-cintre. Les baies primitives avaient été agrandies et transformées en baies trilobées au 15e siècle, lors de la construction de la voûte en croisée d’ogives. Elles ont été ramenées aux proportions des petites baies romanes au 19e siècle [14].

Côté nord, près du chevet, le choeur ouvre par une arcade en plein-cintre sur une chapelle voûtée en berceau. Cette chapelle était éclairée par une baie en plein-cintre ouverte dans la paroi nord. Lors de sa transformation en chapelle des morts en 1923, la petite baie a été remplacée par un oculus, et la porte orientale a été murée [15].

#Description extérieure

= Le choeur

Dans les maçonneries extérieures du choeur, on note la présence de trois modillons au nord et quatre au sud, à un mètre environ de l’extrémité supérieure des murs latéraux. Ces modillons, semblables à ceux qui supportent la corniche de la tour, marquent certainement la ligne séparant la construction romane de la maçonnerie ajoutée lors de l’exhaussement des murs latéraux au 15e siècle, lorsque le choeur a reçu une voûte de pierre. A cette époque, on a également renforcé le mur sud par deux contreforts à ressaut, alors que le mur nord était suffisamment maintenu par la chapelle romane.

= La tour

La tour, de forme carrée, se termine par une flèche octogone. Actuellement sise à la croisée du transept, elle était située entre choeur et nef avant 1880. Ses deux étages sont surmontés d’une corniche supportée par des modillons, sise à la base de la flèche. Ces modillons, autrefois sculptés, sont aujourd’hui très abîmés.

Le premier étage est orné au nord et au sud de deux arcatures aveugles reposant sur un bandeau chanfreiné. Les arcades en plein-cintre, ornées d’une simple moulure torique, reposent sur d’épaisses colonnettes engagées. Les chapiteaux des colonnettes sont surmontés d’un tailloir carré et chanfreiné, qui se prolonge entre les arcatures par un bandeau chanfreiné parallèle au bandeau inférieur. La base des colonnettes est carrée.

Le deuxième étage, en très léger retrait par rapport au premier, est orné sur chaque face d’une baie géminée. Les baies géminées, séparées par une colonnette trapue à tailloir et base carrés, sont entourées d’une arcade en plein-cintre ornée d’une simple moulure torique et reposant sur des colonnettes engagées.

Sur la tour carrée s’élève une flèche octogonale dont les angles sont adoucis par des tores. Elle est accompagnée aux quatre angles de clochetons côniques ornés à mi-hauteur d’un boudin. Elle est percée dans sa partie inférieure par deux archères au nord et à l’est. Une troisième petite ouverture est visible au tiers de sa hauteur au sud-est. Cette flèche fut restaurée au 18e siècle après avoir subi de graves dommages dûs à la foudre. Elle fut à nouveau détruite par la foudre à la fin du 19e siècle, et reconstruite dans le même style. Quand fut construite la première flèche en pierre? Aucun document n’a été retrouvé à ce sujet.

#Datation

On connaît précisément la date de la construction de la tour. On sait qu’elle fut débutée en 1131, ce grâce à un manuscrit rédigé à la même époque, à l’occasion de la découverte du sarcophage de Saint Gaud dans le choeur. Ce sarcophage fut justement découvert dans le choeur lorsqu’on commença à creuser les fondements de la tour [16]. Le même manuscrit cite le nom du maître d’oeuvre de la tour: “Rogerius de Altomansiunculo, qui caementariorum erat magister…” [17]

Le choeur roman et sa chapelle sont très difficiles à dater exactement, du fait de leurs nombreux remaniements. Il n’est pas possible non plus de déterminer si leur construction est antérieure ou postérieure à celle de la tour.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Pair

* La carte du doyenné de Saint-Pair

* Le plan du choeur de l’église indiquant les fondations de l’oratoire du 6e siècle et l’emplacement des sarcophages

* Le plan de l’édifice antérieur à 1880

* Le plan de l’église actuelle

* Le schéma du pilier sud-ouest de la tour

#Notes

[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 35.

[2] Le texte de Fortunat est résumé dans: Tardif (Adolphe et Joseph). Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints vénérés dans l’église de cette paroisse. Rennes, 1888, p. 76-78. Le texte de Fortunat est cité en entier, en français et en latin, dans: Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 41-54.

[3] D’après: Tardif (Adolphe et Joseph). Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints vénérés dans l’église de cette paroisse. Rennes, A. Le Roy, 1888, p. 148-151.

[4] Cité par: Biguet (E.). Saint-Pair-sur-la-Mer, in: Le Pays de Granville, 1934, p. 194.

[5] D’après: Tardif (Adolphe et Joseph). Saint-Pair-sur-la-Mer et les saints vénérés dans l’église de cette paroisse. Rennes, 1888, p. 166-167.

[6] Voir les Pouillés du diocèse de Coutances.

[7] Delisle (Léopold). Pouillé du diocèse de Coutances, in: Recueil des historiens de la France, tome XXIII, 1876, p. 498.

[8] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des cinq départements de la Normandie, 1911, p. 238-242.

[9] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des cinq départements de la Normandie, 1911, p. 238-242.

[10] Bouhier (Claude). Inventaire des découvertes archéologiques du département de la Manche. Thèse de doctorat de l’Université de Caen, 1962, p. 415.

[11] Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 36.

[12] D’après les archives paroissiales de l’église de Saint-Pair-sur-Mer.

[13] Un cliché de l’ancienne église est reproduit dans: Biguet (E.). Saint-Pair-sur-Mer, in: Le Pays de Granville, 1934, p. 92. Voir aussi le plan de l’édifice antérieur à 1880.

[14] D’après: Tardif (Ernest-Joseph). L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des cinq départements de la Normandie, 1911, p. 252-254.

[15] D’après les archives paroissiales.

[16] Le texte du manuscrit est retranscrit en français et en latin dans: Pigeon (Emile-Auber). Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 82-96. Le chanoine Pigeon transcrit la copie du manuscrit du 12e siècle faite en 1680 par Charles Guérin, chanoine d’Avranches. Ce manuscrit fut brûlé pendant la Révolution française.

[17] Le chanoine Pigeon traduit le nom du maître d’oeuvre par Roger de Haute-Maison, Roger de Haut-Manoir ou Roger de Haut-Mesnil dans: Vie des saints du diocèse de Coutances et d’Avranches. Avranches, 1888, tome I, p. 93 note 3. Ernest-Joseph Tardif traduit ce nom par Roger de Haute-Maisoncelle dans: L’église de Saint-Pair, in: Annuaire des cinq départements de la Normandie, 1911, p. 250.

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Lesappareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description du choeur //Description de la tour / A l’intérieur / A l’extérieur // Datation // Documents// Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village d’Angey est situé à 2,5 kilomètres à l’ouest de Sartilly (voir la carte). Le village n’étant formé que de quelques maisons éparses, il n’y a plus de curé résidant sur place. Depuis 1914, la paroisse d’Angey est rattachée à celle de Sartilly. L’église n’est utilisée qu’en de rares occasions pour des mariages et des enterrements.

= Histoire

Le saint patron de l’église est Saint Samson. Le second saint est Saint Jean-Baptiste. La paroisse d’Angey appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.

En 1162, l’église d’Angey et ses dépendances furent données à l’abbaye de laLucerne par Guillaume de Saint-Jean, en même temps que l’église de Saint-Jean-le-Thomas: “Ego Willelmus de Sancto Johanne… dedimus Deo et ecclesie SancteTrinitatis de Lucerna… ecclesiam de Sancte Johanne cum omnibus pertinentis suis…dedimus et ecclesiam de Angeio cum pertinentis suis…” [1]

L’église avait pour seigneur patron l’abbé de la Lucerne. Le Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “Ecclesia S. Samsonis de Angeyo – Patronus Abbas Lucernae…” [2]

Comme l’église de Saint-Jean-le-Thomas, elle était administrée par un curé appartenant à la communauté religieuse de la Lucerne.

Au 18e siècle, d’après le tableau des doyennés dressé en 1773, l’église était la propriété de la Lucerne et du comte de Géraldin [3].

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) composé d’une longue nef et d’un choeur d’une travée (voir le plan). La tour, située dans l’axe du vaisseau, s’élève entre choeur et nef.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries sont faites d’un appareil irrégulier de moëllons de granit. Les contreforts, le pourtour des ouvertures et l’étage de la tour sont formés de blocs de granit de taille régulière. L’église a été construite avec les matériaux locaux. Tout comme Sartilly, Angey est situé au coeur du massif granitique de Vire, allongé d’est en ouest, et qui forme à cet endroit une barre d’une largeur de cinq kilomètres environ.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures

Un enduit à la chaux recouvre les murs intérieurs. Le sol de l’édifice est en ciment. Le choeur est surmonté d’un plafond de plâtre légèrement incurvé, alors que la nef possède une voûte en berceau de bois rudimentaire recouverte d’une couche de peinture blanche.

La pente de la toiture d’ardoises est plus faible que celle du toit d’origine. La ligne de faîte a été descendue. Sur les faces est et ouest de la tour, on voit au-dessus de la ligne de faîte actuelle la marque de l’emplacement du toit primitif, juste en-dessous du bandeau chanfreiné séparant l’étage de la base de la tour.

#Description du choeur

Le choeur à chevet plat est formé d’une travée. Ses murs latéraux sont épaulés de deux contreforts plats surmontés d’une corniche soutenue par des modillons. Ils sont moulurés en quart-de-rond, à l’exception d’un très gros modillon sculpté d’une tête humaine peu visible au nord.

Les murs latéraux sont percés de deux très larges baies au cintre surbaissé. Le mur du chevet est lui aussi ouvert par une baie semblable. L’ébrasement intérieur de la baie montre qu’elle a dû remplacer une baie à l’arc brisé. Ces baies ont sans doute été percées ou agrandies au moment du remaniement de la nef au 19e siècle.

Le toit du choeur observe une pente plus faible que le toit primitif. Ceci explique le fait que la corniche ait été surmontée d’une rangée de blocs de granit, d’où un léger exhaussement des murs latéraux.

#Description de la tour

= A l’intérieur

La travée qui supporte la tour entre choeur et nef est délimitée par quatre épais piliers. Les piliers supportent quatre arcs en plein-cintre par l’intermédiaire d’une imposte en forme de bandeau chanfreiné.

Cette travée est surmontée d’une voûte en croisée d’ogives. Les ogives, très épaisses, sont moulurées de deux épais tores d’angle encadrant une petite moulure triangulaire saillante. Ces ogives reposent sur des culots par l’intermédiaire d’un petit tailloir carré et chanfreiné. Cette voûte rappelle tout à fait la voûte en croisée d’ogives d’Yquelon. Le tout étant badigeonné de blanc, il est impossible de voir si la clef de voûte est sculptée comme à Yquelon.

Deux portes rectangulaires ont été percées au nord et au sud, sans doute au moment du remaniement de la nef au 19e siècle. La porte sud est actuellement murée.

= A l’extérieur

Les murs nord et sud de la base de la tour sont surmontés d’une petite maçonnerie en léger relief, qui est recouverte d’un toit de pierre en appentis reliant les toitures de la nef et du choeur. Cette maçonnerie repose sur une corniche supportée par quelques modillons.

L’étage de la tour a été refait à une époque plus tardive. Il est percé au nord et au sud d’une petite baie au cintre surbaissé. L’ensemble est surmonté d’un toit en bâtière.

#Datation

Le choeur roman date peut-être de l’édifice primitif donné par Guillaume de Saint-Jean à l’abbaye de la Lucerne en 1162. Une deuxième campagne de construction aurait eu lieu dans la seconde moitié du 12e siècle. L’appareil de la base de la tour est légèrement différent de celui du choeur. La base de la tour aurait été construite à la même date. La voûte en croisée d’ogives surmontant la travée de la tour est semblable à celle du choeur d’Yquelon, édifice roman de la seconde moitié du 12e siècle.

Il est impossible de dater la nef, entièrement remaniée au 19e siècle. La date “1828” est indiquée sur le linteau de la grande porte rectangulaire ouverte dans la partie orientale du mur latéral sud. C’est probablement à cette date qu’ont été percées toutes les ouvertures actuelles de l’église: portes rectangulaires et larges baies au cintre très surbaissé.

Ces conclusions sont toutes des suppositions. Il est impossible d’être précis étant donné l’absence totale de documents. Aucune information n’a été retrouvée non plus sur des réfections éventuelles dans le Registre paroissial de l’église d’Angey (1862-1914), ni dans les notes de l’abbé Besnard, qui fut le dernier curé d’Angey résidant sur place.

#Documents

* La bibliographie d'Angey

* Le plan de l’église d’Angey

#Notes

[1] Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p. 4 et 5.

[2] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 643.

[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome I, p. 128.

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure / La façade occidentale / La nef / Le choeur / La tour // Description intérieure / La nef / Le choeur // Datation / Le choeur / La nef // Les restaurations des 19e et 20e siècles // Les décors peints // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le bourg de Saint-Jean-le-Thomas se trouve sur la route côtière, à mi-chemin entre Granville et Avranches (voir la carte). Saint-Jean-le-Thomas était traversé par deux chemins montois: le chemin reliant le Mont Saint-Michel à Saint-Pair et le chemin reliant le Mont à Coutances. De plus, le chemin des grèves reliant le Mont à Saint-Pair traversait les dunes avant de gravir les falaises de Champeaux et de Carolles.

= Histoire

L’église est placée sous le vocable de Saint Jean-Baptiste. La paroisse de Saint-Jean-le-Thomas appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.

En 917, Guillaume Longue-Epée, second duc de Normandie, donna à l’abbaye du Mont Saint-Michel le village de Saint-Jean prope littu maris avec son église, son moulin, ses vignes et ses prés. Il donna à Saint-Jean le titre de villa alors que la plupart des autres paroisses ne portaient que le titre de villulae.

Au 11e siècle, Robert Ier donna de nouveau au Mont la seigneurie de Saint-Jean-au-bout-de-la-mer avec ses dépendances, à savoir Dragey et son église, Obret, Tissey, la forêt de Bivie (l’actuelle lande de Bévet), les bois de Néron et du Crapoult. Ces terres occupaient l’espace occupé actuellement par les communes de Champeaux, Saint-Michel-des-Loups et Carolles. [1]

Au 12e siècle, le seigneur du lieu, Guillaume de Saint-Jean, reçut le titre de second fondateur de l’abbaye de la Lucerne (le premier étant Halsculphe de Subligny). En 1162, il donna à l’abbaye la terre et le bois situés entre le Thar et le Tharnet, l’église de Saint-Jean-le-Thomas avec ses dépendances, et de nombreuses propriétés aux alentours et en Angleterre. Cette charte figure dans le Cartulaire de la Lucerne: “Ego Willelmus de Sancto Johanne… dedimus Deo et ecclesie Sancte Trinitatis de Lucerna et canonicis regularibus ibidem Deo servientibus terram in quam fundata est abbatia, eam silicet qui est inter primum vivarium ipsorum et nemus et Thar et Tharnet, et ecclesiam de Sancto Johanne cum omnibus pertinentis suis; itam tamen ut per duos presbiteros serviatur, sive de religione, sive de seculo, in voluntate abbatis et canonicorum…” [2]

Au 15e siècle, l’église était toujours la propriété de l’abbaye de la Lucerne. Le Livre blanc (Pouillé de 1412) mentionne l’abbé de la Lucerne comme seigneur patron: “Ecclesia de S. Johanne de Thomas, regularis – Patronus abbas Lucernae…” [3] L’église était desservie par un curé appartenant à la communauté religieuse de la Lucerne.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) composé d’une longue nef et d’un choeur à chevet plat (voir le plan). On entre dans l’église par un portail situé dans le mur latéral sud de la nef et précédé d’un porche. La tour s’élève au sud du vaisseau. Elle est accolée à la partie orientale de la nef. Les matériaux

= Les appareils

Les maçonneries de la façade occidentale, des murs latéraux de la nef et du mur du chevet présentent un appareil irrégulier formé de moëllons de schiste et de granit. Celles des murs latéraux du choeur sont faites d’un appareil assez régulier de petits blocs de granit pris dans un épais mortier.

Le schiste et le granit sont des matériaux locaux. Le granit provient du massif granitique de Vire, qui se termine par les falaises massives de Carolles et de Champeaux au nord de Saint-Jean-le-Thomas. Le schiste provient de l’auréole métamorphique de ce massif.

L’ensemble des maçonneries a été entièrement rejointoyé à l’extérieur. On note aussi la présence de briques, qui forment les claveaux des arcs des petites baies dans le mur latéral sud du choeur.

= Les enduits, sols, plafonds et toitures

A l’intérieur de l’église, le mur latéral nord de la nef et la partie occidentale du mur latéral sud sont recouverts d’un enduit de ciment. Le mur sud était recouvert d’un enduit de plâtre qui a été partiellement enlevé pour dégager des peintures murales. Les pierres de granit formant les piédroits sont apparentes, tout comme les arcs des baies de la nef. L’appareil des murs du choeur est en partie apparent. Il est recouvert par endroits d’un enduit de ciment.

Le sol est formé de larges dalles de granit dans la nef, et d’un carrelage fait de tommettes carrées rouges dans le choeur.

Une voûte en berceau de plâtre recouvre la nef, alors que le choeur est surmonté d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1965 et 1973. L’ensemble est recouvert de toitures en ardoises d’Angers.

#Description extérieure

= La façade occidentale

Le mur de façade est surmonté d’un léger glacis recouvert de plaquettes de schiste, en arrière duquel s’élève le mur pignon. Cette façade ne comprend pas de porte. Sa partie médiane est occupée par un contrefort plat terminé par un glacis à la base du pignon.

De part et d’autre de ce contrefort sont percées deux étroites petites baies au cintre creusé dans un linteau monolithe de granit. Au-dessus du contrefort, dans le mur pignon, une troisième baie au cintre formé d’une rangée de claveaux de granit a été bouchée en 1973, et les deux baies inférieures jusque-là murées ont été dégagées [4].

= La nef

Dans la nef, la partie supérieure du mur latéral sud est percée de trois étroites petites baies en plein-cintre. Leurs piédroits formés de gros blocs de granit supportent un arc creusé dans un linteau monolithe. Une grande baie en plein-cintre a été ouverte postérieurement.

Au-dessous de la petite baie percée dans la partie orientale du mur, une rangée semi-circulaire de claveaux de granit surplombe un linteau en bâtière très massif surmonté de pierres losangées formant un appareil réticulé. Cet ensemble correspond à l’arcade d’un portail aujourd’hui muré.

Plus à l’ouest, un autre portail (voir le schéma) permet l’accès à l’église. Son arcade en plein-cintre est formée d’une voussure ornée d’une simple moulure torique. La voussure repose sur deux colonnettes très engagées qui prolongent le tore et qui ont sensiblement le même diamètre que celui-ci. Les colonnettes sont surmontées de chapiteaux à tailloir carré dont la corbeille est sculptée de petits crochets d’angle à peine visibles. La base carrée est surmontée d’un double tore. Le portail est précédé d’un porche du 15e siècle.

Le mur latéral nord de la nef est percé de deux grandes baies trilobées. Une porte rectangulaire sous linteau de granit a été murée. Les maçonneries du mur présentent un appareil plus régulier qu’au sud, ce qui permet de supposer que le mur a été reconstruit en partie, peut-être au moment du percement des baies trilobées.

= Le choeur

La partie supérieure du mur sud du choeur est percée de deux étroites petites baies en plein-cintre. Le cintre de l’une est creusé dans un linteau monolithe de granit alors que le cintre de l’autre est formé d’une rangée de claveaux. Une très grande baie en plein-cintre a été ouverte beaucoup plus tard, ce qui a nécessité la destruction d’une partie du mur. Une baie semblable a été ouverte dans le mur nord. Ces deux baies ont été percées au 19e siècle, au moment de la reconstruction de la tour.

Au nord, trois petites baies en plein-cintre haut situées sont surmontées de claveaux de briques, avec quelques briques perpendiculaires aux autres sur leur pourtour.

Le mur du chevet a un appareil différent de celui des murs latéraux. Il a dû être reconstruit, et avec lui l’extrémité orientale des murs latéraux. Il était percé d’une grande baie médiane en plein-cintre, aujourd’hui bouchée.

= La tour

La tour, récente, est accolée à la partie orientale de la nef au sud. Elle fut construite en 1895 et 1896 pour remplacer le vieux clocher surmonté d’un toit en bâtière, qui menaçait de s’effondrer. Cette tour a été édifiée en granit des carrières de Saint-James. Elle est formée de deux étages surmontés d’une balustrade ajourée.

#Description intérieure

= La nef

Les deux petites baies en plein-cintre percées dans le mur occidental sont très ébrasées vers l’intérieur et vers le bas. Les pierres de granit formant les piédroits de la baie médiane bouchée dans le mur pignon sont très visibles.

Au sud, une grande cavité ménagée dans le mur et surmontée d’un arc en plein-cintre correspond à l’arcade du portail muré observé à l’extérieur. Une partie du mur sud est ornée de décors peints du 12e siècle.

Dans la partie orientale du mur sud de la nef, une chapelle carrée à plafond plat correspond à l’étage inférieur de la tour. La nef ouvre sur cette chapelle par une arcade en plein-cintre. L’arc à double rouleau aux arêtes légèrement chanfreinées repose sur deux pilastres par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. Le bandeau se prolonge légèrement sur le mur sud de la nef.

= Le choeur

Le choeur est plus étroit que la nef. L’appareil des murs est formé de petits blocs de granit pris dans un mortier très épais, et les claveaux de briques des baies du mur nord sont visibles à l’intérieur. Seules les maçonneries formées d’un appareil irrégulier de moëllons de granit et de schiste sont recouvertes d’un enduit de ciment.

#Datation

= Le choeur

Le choeur présente des similitudes avec l’église souterraine du Mont Saint-Michel, Notre-Dame-sous-Terre. On retrouve des caractéristiques semblables. Les arcs des baies sont formés de claveaux de briques et les murs présentent un appareil de petits blocs de granit assez réguliers séparés par d’épais joints de mortier. Notre-Dame-sous-Terre fut construite par les premiers Bénédictins, qui s’installèrent au Mont après 966. Or Saint-Jean était à cette époque la propriété du Mont Saint-Michel. Il est donc tout à fait possible que l’église ait été construite ou reconstruite dans la seconde moitié du 10e siècle.

= La nef

La nef aurait été construite à la fin du 11e et au début du 12e siècle. Les indices de datation sont donnés par les portails.

Le portail muré pourrait dater du 11e siècle. “Avec ses petits carreaux irréguliers et son arc extérieur sans aucune mouluration, ni décoration, il semble archaïque. Les tympans similaires dont on peut le rapprocher paraissent être parmi les plus anciens. Il est en particulier très proche de celui de Saint-Amand près de Torigny-sur-Vire. Il se rapproche aussi de plusieurs tympans de l’Eure: La Houssaye, Rostes, La Sogue, tous édifices datés du 11e siècle.” [5]

Le portail actuellement utilisé date certainement du début du 12e siècle: voussure ornée d’une moulure torique reposant sur des colonnettes engagées, bases carrées ornées d’un double tore, corbeilles de chapiteaux surmontées d’un tailloir carré, les chapiteaux étant sculptés de crochets d’angles.

#Les restaurations des 19e et 20e siècles

En 1895 et 1896 fut construit le clocher en granit des carrières de Saint-James.En 1964, on découvrit deux petites baies romanes dans la façade occidentale.

En 1965, la restauration du choeur de l’église fut entreprise sous la direction d’Yves-Marie Froidevaux. Les travaux suivants furent réalisés: décapage des murs intérieurs pour laisser apparaître l’appareil des maçonneries, mise à jour de cinq petites baies dans les murs latéraux, consolidation des murs latéraux par la base (les murs sans fondations furent repris en sous-oeuvre), construction partielle de la voûte en berceau de bois (terminée en 1973). En 1973, la baie centrale du mur pignon de la façade occidentale fut également murée et les deux petites baies inférieures mises à jour.

En 1974 furent découvertes des peintures murales du 12e siècle. Le décor peint a été en partie dégagé en décembre 1974. [6]

#Les décors peints

L’existence de décors peints dans l’église de Saint-Jean-le-Thomas était ignorée jusqu’en 1974. Lors de la réfection des enduits intérieurs de la nef, quelques taches de couleur sur le mur latéral sud ont attiré l’attention du curé, l’abbé Porée, qui a fait intervenir les fresquistes des Beaux-Arts.

Une partie des peintures murales a été dégagée en décembre 1974. Elles ont été datées du 12e siècle. Trois tableaux se succèdent d’est en ouest:

- Sur le tympan du portail muré, le combat d’un homme contre un ange, "un combat qui pourrait être celui de Jacob contre l’ange envoyé de Dieu, ou Dieu lui-même manifesté sous une forme visible…" [7]

- Puis une scène champêtre. Des épis de blé précèdent un personnage tenant une outre, qui verse du vin dans une coupe que lui tend un autre personnage. A droite, un troisième homme tient un instrument aratoire.

- Enfin, un troisième tableau dont une partie est manquante. On discerne une lutte opposant un personnage dont la tête est entourée d’une auréole et un autre personnage recouvert d’une armure qui semble avoir été jeté à terre. Ce serait “la lutte de Saint Michel contre le Démon” [7].

Ces tableaux sont surmontés de frises de rinceaux terminés par des feuillages. Les rinceaux sont entourés de deux larges bandes horizontales formées d’une ligne ocre et d’une ligne chamois séparées par une rangée de perles blanches.

Le décor est peint à même l’enduit à la chaux posé au préalable, si bien qu’il se trouve naturellement sur fond clair. Tous les contours sont dessinés en peinture ocre. Les surfaces intérieures sont peintes en ocre et en chamois. Seules ces deux couleurs sont utilisées. “Ces peintures murales peuvent être l’oeuvre de pèlerins du Mont Saint-Michel, Saint-Jean-le-Thomas se trouvant sur une voie montoise.” [7]

Une autre partie, située à l’est du tympan du portail muré, a dû être dégagée en 1978 ou les années suivantes.

#Documents

* La bibliographie de Saint-Jean-le-Thomas

* Le plan de l’église de Saint-Jean-le-Thomas

* Le schéma du portail sud

#Notes

[1] D’après: Seguin (Jean). Genêts, Saint-Jean-le-Thomas et leurs environs. 1932, p. 17-22.

[2] Cartulaire de la Lucerne, publié par M. Dubosc. Saint-Lô, 1878, p. 4.

[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 642.

[4] D’après: Percepied (Albert). Saint-Jean-le-Thomas. Coutances, 1976, p. 175.

[5] Guilbert (Michel). L’église de Saint-Jean-le-Thomas, in: Revue du département de la Manche, tome XII, avril 1970, p. 90.

[6] Source: Le registre paroissial de l’église de Saint-Jean-le-Thomas (1881-1978).

[7] Les citations sont extraites d'un article de l’abbé Porée, qui était le curé de Saint-Jean-le-Thomas à cette date. L'article est reproduit dans: Percepied (Albert). Saint-Jean-le-Thomas. Coutances, Imprimerie Arnaud-Bellée, 1976, p. 184-185.

[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description de la nef // Datation // Documents // Notes]

#Le site

= Emplacement

Le village de Dragey est situé sur l’actuelle route côtière reliant Granville à Avranches, à 20 kilomètres de Granville et 13 kilomètres d’Avranches (voir la carte). L’église n’est pas située dans le bourg. Elle est isolée avec son presbytère à un kilomètre environ du village. Elle est bâtie sur un promontoire et sa tour servait de point de repère aux navigateurs.

Dragey était traversé par de nombreux chemins montois: le chemin montois du Mont Saint-Michel à Saint-Pair, le chemin montois reliant le Mont à Coutances, le chemin montois reliant le Mont à Saint-Lô. De plus, le chemin des grèves reliant le Mont à Saint-Pair traversait les dunes de Dragey.

= Histoire

L’église est placée sous le vocable de Saint Médard. Le second saint est Saint Eloi. La paroisse de Dragey appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches. L’église de Dragey fut donnée au Mont Saint-Michel par Robert, duc de Normandie, au 11e siècle. Dragey et son église faisaient partie des dépendances de Saint-Jean-au-bout-de-la-mer, devenu Saint-Jean-le-Thomas.

#L’église

= Le plan

L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) constitué d’une nef de trois travées et d’un choeur d’une seule travée (voir le plan). La tour, située entre choeur et nef, s’élève dans l’axe du vaisseau. Seule la nef est romane.

= Les matériaux

= = Les appareils

Les maçonneries présentent un appareil irrégulier fait de plaquettes de schiste et de moëllons de schiste et de granit. Dans les murs latéraux de la nef, de nombreux éléments d’opus spicatum alternent assez irrégulièrement avec quelques rangées de plaquettes de schiste disposées à l’horizontale. Le schiste est la pierre locale puisque Dragey est situé dans une région de terrains sédimentaires schisteux.

= = Les enduits, sols, plafonds et toitures


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