Les murs latéraux de la nef ont été entièrement rejointoyés à l’extérieur. L’enduit intérieur a été gratté par les habitants du village pour mettre à jour l’appareil en arêtes de poisson, à la requête de l’abbé Pierre Danguy, curé de Dragey entre 1953 et 1974. L’enduit ne subsiste que sur le dernier quart supérieur des murs latéraux. Le sol est en ciment.
La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1969 et 1970. Sa toiture en ardoises d’Angers a été refaite en 1860.
#Description de la nef
La nef comporte trois travées.
La façade occidentale est consolidée par deux contreforts plats terminés par un glacis. Ils encadrent un portail sans caractère refait en 1860. Ce portail est surmonté d’une grande baie géminée à l’arc légèrement brisé. Cette baie, débouchée et restaurée en 1860, a dû être ouverte à l’époque de la construction de la tour et du choeur au 13e siècle.
Les murs latéraux sont épaulés chacun de trois contreforts plats, qui montent de fond jusqu’au départ de la toiture et sont terminés par un glacis. Ces contreforts, très épais, sont postérieurs à la construction de la nef.
La troisième travée du mur latéral nord comprend une baie romane bouchée, aux piédroits de granit et au cintre creusé dans un linteau monolithe. A l’intérieur, la baie possède un fort ébrasement et son arcade est formée d’une rangée de petits claveaux de granit. Cette petite baie est le seul vestige des ouvertures primitives. A côté est percée une baie trilobée. Les deux premières travées sont percées d’une baie longue et étroite surmontée d’un arc brisé. Ces baies ont sans doute été ouvertes au 13e siècle.
Les première et troisième travées du mur latéral sud sont percées de grandes baies géminées à l’arcature trilobée. Ces baies sont elles-mêmes surmontées d’un motif trilobé assez complexe. L’ensemble est inscrit dans un arc très brisé. Ces grandes baies ont remplacé en 1860 des ouvertures carrées, ouvertures qui avaient elles-mêmes été percées en 1790 à l’endroit d’étroites petites baies sans doute romanes. Pour les baies actuelles, on s’est visiblement inspiré des baies géminées du choeur, agrandies au 15e siècle.
La seconde travée du mur sud est percée d’une baie semblable aux baies des deux premières travées du mur nord.
La porte sud est formée d’un arc très surbaissé sans aucune mouluration, qui repose sur des piédroits sans ornement. Cette porte est surmontée d’un arc de décharge. Le porche qui la précède est daté du 16e siècle.
En 1860, lors de la restauration de l’église, deux grandes baies géminées ont été ouvertes dans le mur sud à l’emplacement de baies croisées carrées qui avaient remplacé en 1790 d’étroites petites baies probablement romanes. La façade occidentale fut remaniée. Le portail fut refait et la baie géminée du 13e siècle débouchée et restaurée. La couverture de la nef fut entièrement refaite elle aussi. [1]
Entre 1954 et 1974, les murs de la nef furent décapés avec l’aide des paroissiens pour mettre à jour les éléments d’opus spicatum. La voûte en berceau de bois de la nef fut construite en 1969 et 1970 [2]. A la même époque, le porche du 16e siècle précédant la porte sud fut réouvert.
#Datation
La nef a sans doute été construite au 11e siècle ou dans les premières années du 12e siècle, comme l’attestent les maçonneries – avec leurs nombreux éléments d’opus spicatum - et les ouvertures du mur nord: petite baie bouchée au cintre creusé dans un linteau monolithe de granit, porte sud au cintre surbaissé.
La tour et le choeur de l’église ont été construits au début du 13e siècle. Les baies du choeur ont été agrandies au 15e siècle. Le porche qui précède la porte sud de la nef date probablement du 16e siècle [3].
#Documents
* La bibliographie de Dragey
* Le plan de l’église de Dragey
#Notes
[1] D’après le registre paroissial de l’église de Dragey.
[2] Voir le registre des délibérations du conseil municipal de Dragey (1955-1972), p. 233: compte-rendu des séances des 17 et 25.08.1969.
[3] D’après: Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le département de la Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 225-226.
[Le site / Emplacement / Histoire / Le doyenné de Genêts / La paroisse de Genêts // L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description intérieure / Les bras du transept / La croisée du transept // Description extérieure / Le transept / La tour // Datation // Documents // Notes]
#Le site
= Emplacement
Genêts est situé sur l’actuelle route côtière reliant Granville à Avranches, à 10 kilomètres au nord d’Avranches (voir la carte). La bourgade se trouve face au Mont Saint-Michel, à 4 kilomètres environ du rocher du Mont.
De nombreuses voies montoises – empruntées par les pèlerins pour se rendre au Mont Saint-Michel - aboutissaient à Genêts: les chemins montois du Mont à Saint-Pair, du Mont à Coutances, du Mont à Saint-Lô et du Mont à Caen. De plus, le chemin des grèves reliant le Mont Saint-Michel à Saint-Pair passait au Bec d’Andaine, près de la localité de Genêts.
= Histoire
Genêts est une localité très ancienne. Les Abrincatui avaient élu Avranches comme capitale, et Genêts était leur port et leur ville secondaire. La ville fut pillée par les pirates normands au 9e siècle.
La baronnie de Genêts fut donnée à l’abbaye du Mont Saint-Michel vers 1022 par Richard II, duc de Normandie, ainsi que les baronnies de Saint-Pair et d’Ardevon. Port de marée, centre d’une baronnie et d’un doyenné, Genêts est une localité importante sous les premiers ducs normands.
Robert de Torigni, abbé du Mont Saint-Michel entre 1154 et 1186, fit reconstruire une première église devenue très vétuste. Il la fit consacrer en 1157 par Herbert, évêque d’Avranches, accompagné de Roger, abbé du Bec-Hellouin.
Au début du 14e siècle, la population s’élevait à près de trois mille âmes. L’église, qui disposait d’un clergé conséquent, comptait sept chapelles autour d’elle. Ce fut la péride la plus florissante. Lors de la guerre de Cent Ans, Genêts fut pillé, rançonné et brûlé par les Anglais dès 1356. Lors des guerres de religion, la ville fut de nouveau pillée en 1562 par les troupes du protestant Montgommery.
Pendant la Révolution française, Genêts perdit sa sénéchaussée, sa sergenterie, son doyenné, ses foires et ses marchés, et ne fut plus qu’une simple commune rurale. Le titre de chef-lieu de canton fut donné à Sartilly. [1]
L’église et le cimetière de Genêts furent classés Monuments historiques en 1959.
= Le doyenné de Genêts
Le doyenné de Genêts comprenait vingt-sept paroisses: Saint-Nicolas de Ronthon,Saint-Jean-Baptiste de Bouillon (deux paroisses), Saint-Vigor de Carolles,Saint-Michel-des-Loups, Saint-Vigor de Champeaux, Saint-Jean-le-Thomas,Saint-Médard de Dragey, Saint-Etienne de Bacilly, Saint-Pair de Marcey,Sainte-Marie de Champcey, Saint-Samson d’Angey, Saint-Pair de Sartilly,Saint-Pierre-Langers (deux paroisses), Sainte-Marie de la Rochelle, Sainte-Mariede la Lucerne, Saint-Martin de Lolif, Sainte-Marie de Montviron, Saint-Martin dela Mouche, Sainte-Marie de Subligny, Saint-Martin de Champcervon,Saint-Barthélémy de Grippon, Sainte-Trinité-des-Chambres, Saint-Pierre de Vains,Notre-Dame de Genêts, et enfin Saint-Pierre du Mont Saint-Michel.
Le doyenné comprenait aussi deux abbayes - le Mont Saint-Michel, de l’ordre de Saint Benoît, et la Lucerne, de l’ordre des Prémontrés - et cinq prieurés réguliers de l’ordre bénédictin: Saint-Jacques, près de la Haye-Pesnel, compris dans la paroisse de la Lucerne et dépendant de l’abbaye de Saint-Sever; Saint-Léonard de Vains, compris dans la paroisse de Vains et appartenant à l’abbaye Saint-Etienne de Caen; Saint-Marcellin de Genêts et Notre-Dame de Tombelaine, tous deux compris dans la paroisse de Genêts; et enfin Saint-Laurent de Brion, compris dans la paroisse de Dragey. Ces trois derniers prieurés appartenaient au monastère du Mont Saint-Michel.
= La paroisse de Genêts
Au 11e siècle, la paroisse était administrée par les Bénédictins du MontSaint-Michel.
En 1123, le Concile de Latran défendit aux religieux d’avoir un ministère paroissial. Ils furent remplacés par des prêtres séculiers. Néanmoins, ces curés furent toujours sous l’autorité de l’abbé du Mont, qui était seigneur patron et nommait à la cure. Le premier curé qui succéda aux religieux fut Rainald, qui assista à la consécration de l’église de Genêts en 1157. Lui succéda Nicolas, puis Michel, un clerc du Mont qui, en 1164, fut présenté par l’abbé Robert de Torigni au bienheureux Achard, évêque d’Avranches. [2]
Au 15e siècle, le seigneur patron était toujours l’abbé du Mont, comme mentionné dans le Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon: “Ecclesia S. Mariae de Genetseio – Patronus abbas Montis S. Michaelis…” [3]
La paroisse appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.L’église est placée sous le vocable de Notre Dame. Le second saint est SaintSébastien.
#L’église
= Le plan
L’église (voir le plan), régulièrement orientée (d’ouest en est), est formée d’une large nef, d’un transept à bras saillants et d’un choeur de trois travées à chevet plat. La première travée du choeur ouvre au nord et au sud sur deux chapelles à chevet plat. Ces chapelles ouvrent également sur les croisillons du transept. A la croisée du transept s’élève une tour massive surmontée d’un toit en bâtière.
= Les matériaux
= = Les appareils
Les maçonneries de la nef, du transept et du choeur ont un appareil irrégulier fait de moëllons de granit et de schiste. Seule la tour présente un appareil régulier de granit. Le schiste est la pierre locale puisque Genêts est situé dans une région de terrains sédimentaires schisteux. Le granit provient sans doute du massif granitique d’Avranches qui affleure à quelques kilomètres au sud-est de la localité.
= = Les enduits, sols, plafonds et toitures
Un enduit à la chaux recouvre tous les murs intérieurs.
Le sol de la nef et du transept est couvert de grandes dalles de schiste, alors que celui du choeur est pavé de carrelages émaillés posé au 19e siècle.
La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois réalisée en 1960 par Yves-Marie Froidevaux. La voûte a été refaite en utilisant les éléments d’une charpente à poinçons et entraits apparents du 15e siècle, éléments qui ont été découverts dans les lambris du 18e siècle. La partie centrale des poinçons est ornée d’une rosace sculptée.
A la même époque a été refaite la couverture en épaisses plaquettes de schiste de couleur verte. Ces plaquettes proviennent de la région de Cherbourg. Les toitures autres que celles de la nef sont en ardoises d’Angers.
Le porche précédant la porte sud de la nef est surmonté d’une charpente en carène renversée entièrement chevillée réalisée au 18e siècle.
#Description intérieure
Le transept et la tour présentent d’importantes parties romanes.
= Les bras du transept
Le bras sud a été très remanié.
Une colonnette engagée romane (voir le schéma) subsiste dans l’angle formé par le mur ouest du bras sud du transept et le mur sud de la chapelle latérale. La corbeille du chapiteau de cette colonnette est surmontée d’un tailloir carré et chanfreiné. Cette corbeille est ornée de crochets d’angle entourés de motifs géométriques en forme de triangle, qui forment une sculpture en creux. Sa base carrée est surmontée d’un double tore.
On ne trouve pas d’autre colonne semblable dans les croisillons. Les murs ouest des croisillons furent largement percés au 13e siècle pour ouvrir sur les chapelles latérales du chœur. Peut-être cette colonne avait-elle une place différente dans l’édifice d’origine. Dans ce cas, elle serait un remploi.
Le bras nord est plus petit que le bras sud. Dans l’angle sud-ouest s’élève la tour d’escalier. Sa porte au cintre surbaissé est surmontée d’un arc de décharge. Elle comprend un large mâchicoulis appuyé à l’arcade voisine et porté par trois corbeaux en retrait. Ceci parce que la tour a servi de donjon pendant la guerre de Cent Ans.
Les croisillons ont été couverts de voûtes en berceau de plâtre lors des remaniements du 18e siècle.
= La croisée du transept
La croisée du transept est délimitée par quatre puissants piliers de section carrée. Ces piliers, isolés à l’est, sont reliés aux bras du transept et à la nef à l’ouest. Ils supportent d’épais arcs brisés et fourrés reliés par des colonnes engagées jumelées. Ces arcs à triple rouleau déterminent une voûte d’arêtes au-dessus de la croisée du transept. Les retombées des arêtes sont reçues dans les angles rentrants des piliers par quatre colonnes engagées semblables à celles qui reçoivent les arcs.
Les quatre piliers présentent entre eux une symétrie parfaite. Le pilier sud-est (voir le schéma) est surmonté d’une imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. Les côtés est et sud du pilier présentent une surface plane sans aucune mouluration. Au nord et à l’ouest, les arcs sont reçus par deux colonnes jumelles engagées sur dosseret. A l’angle nord-ouest, une colonne engagée semblable reçoit la retombée d’une des arêtes de la voûte. La corbeille des chapiteaux, sculptée, est surmontée d’un épais tailloir carré. Les bases carrées sont surmontées d’un double tore. L’ensemble du pilier repose sur une base carrée plus large.
Les sculptures des chapiteaux, en bas relief, représentent des motifs végétaux: feuilles de chêne et glands, feuilles de marronnier, feuilles de vigne et grappes de raisin (nord-ouest et nord-est); des motifs animaux: lapins et lièvres en train de courir (sud-est); des motifs géométriques: arceaux et bourrelets saillants (sud-ouest et sud-est). De plus, quelques tailloirs sont ornés d’un rang de perles (sud-ouest) ou d’arceaux brisés (nord-est). Les corbeilles surmontent une, deux ou trois astragales. Certaines astragales sont torsadées. Une double astragale entoure une torsade ou un rang de perles (nord-est). Quant aux bases, elles sont surmontées d’un double tore qui entoure une rangée de perles (sud-ouest). Le tore inférieur est torsadé (nord-ouest) ou il a la forme d’un prisme (nord-ouest et sud-est). Quelques bases sont ornées d’arceaux et de petites griffes aux angles (sud-est). Ce genre de sculptures et les diverses moulurations des tailloirs, astragales et bases laissent à penser que les chapiteaux et les bases ont été sculptés, ou resculptés, à une époque très postérieure à la construction des piliers. Peut-être ont-ils été sculptés au moment de la construction du choeur de l’église.
#Description extérieure
= Le transept
Deux contreforts plats terminés par un léger glacis épaulent le mur nord du croisillon nord. Ce mur est percé d’une grande baie en plein-cintre. La base de la tour d’escalier est comprise dans les maçonneries du croisillon. Cette tour se termine par un toit en appentis couvert d’ardoises, qui vient contrebuter la base de la tour à hauteur du cordon chanfreiné inférieur.
Le mur oriental du croisillon sud a le même genre d’appareil que la chapelle latérale sud du choeur. Ce mur a visiblement été refait lors de la construction de cette chapelle.
La maçonnerie du mur sud présente un décalage très net à mi-hauteur, du fait de l’ouverture tardive d’une grande baie en plein-cintre. Le mur pignon, en léger retrait, porte un oculus aujourd’hui muré.
L’appareil du mur occidental est différent de celui des autres maçonneries. Il s’agit de gros blocs de granit assez réguliers, avec quelques plaquettes de schiste comme éléments de calage. Ce mur est percé d’un portail dont l’arcade en plein-cintre est formée de deux épaisses voussures non moulurées (voir le schéma). La voussure extérieure repose sur deux épaisses colonnettes engagées surmontées d’un tailloir carré et chanfreiné, qui se poursuit en un bandeau chanfreiné sur le nu du mur. La corbeille des chapiteaux est sculptée de gros crochets d’angle peu visibles. Le niveau du sol extérieur arrive à la base du fût des colonnettes. Dans le sol subsiste une base carrée surmontée d’un double tore.
La lourdeur et l’extrême simplicité du portail – épaisses colonnettes, voussures sans mouluration –laissent supposer qu’il appartenait à l’église ayant précédé l’église reconstruite et consacrée en 1157. Ce portail pourrait dater du 11e siècle. Le mur occidental date peut-être de la même époque.
= La tour
La tour, de proportions très vastes, est implantée à la croisée du transept.Elle comprend deux étages.
L’étage inférieur est aveugle.
L’étage supérieur est ouvert au nord, au sud et à l’ouest par des baies géminées délimitées par de petites colonnettes engagées à tailloir et base carrés. Ces baies reposent sur le bandeau semi-circulaire séparant le premier étage du second. Durant une campagne de construction postérieure, elles ont été murées jusqu’à hauteur du tailloir et prolongées par des baies gothiques trilobées munies d’abat-sons. Aux deux-tiers de la tour environ, un moyen appareil de granit laisse la place à un appareil fait de blocs de granit beaucoup plus gros. Le mur oriental ne comporte pas de baies romanes, mais uniquement des baies trilobées gothiques.
La tour était autrefois surmontée d’une flèche, qui fut détruite par la foudre au début du 16e siècle [4]. A cette époque, Guillaume de Lamps, abbé du Mont, fit surélever la tour romane d’un tiers de sa hauteur. Une baie géminée trilobée fut ajoutée de chaque côté dans le prolongement des baies géminées romanes. La tour est surmontée d’un toit en bâtière dont le départ est caché au nord et au sud par une balustrade ajourée. Les angles des balustrades sont munis de gargouilles gothiques représentant des chiens, des loups et des animaux fantastiques.
#Datation
Les parties romanes appartenant à l’édifice consacré en 1157 sont les suivantes: la croisée du transept, la tour aux deux tiers de sa hauteur, et une partie des croisillons. Pour le croisillon nord, les maçonneries des murs nord et ouest et la tour d’escalier. Pour le croisillon sud, la partie inférieure du mur sud, le mur ouest avec sa porte - cette dernière datant sans doute du 11e siècle - et la colonnette engagée visible à l’intérieur.
Les constructions postérieures à l’époque romane sont nombreuses. Le choeur et ses deux chapelles latérales furent construits au 13e siècle. La partie supérieure de la tour fut édifíée au début du 16e siècle. La nef, entièrement remaniée au milieu du 18e siècle, avait déjà subi de nombreuses transformations auparavant, avec une porte sud gothique, des éléments de charpente à poinçons et entraits apparents du 15e siècle, et un porche du 16e siècle.
#Documents
* La bibliographie de Genêts
* La carte du doyenné de Genêts
* Le plan de l’église de Genêts
* Le schéma de la porte et de la colonne du bras sud du transept
* Le schéma du pilier sud-est de la tour
#Notes
[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Le Mont Saint-Michel et sa baronnie Genêts-Tombelaine. Avranches, Imprimerie A. Perrin, 1901, p. 1-14.
[2] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Le Mont Saint-Michel et sa baronnie Genêts-Tombelaine. Avranches, Imprimerie A. Perrin, 1901, p. 53-72.
[3] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 644.
[4] Voir le registre paroissial de Genêts, p. 148.
[Le site / Emplacement / Histoire // Le prieuré / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits et la toiture // Description extérieure / La façade occidentale / La nef / La tour / Le choeur // Description intérieure // Datation // Documents // Notes]
#Le site
= Emplacement
Le village de Saint-Léonard-de-Vains est situé à l’extrémité du cap du Grouin duSud, à 2,5 kilomètres du bourg de Vains et 7 kilomètres d’Avranches (voir lacarte). Ce village fait partie de la paroisse de Vains. L’église prieuraleSaint-Léonard domine la baie du Mont Saint-Michel et le rocher de Tombelaine.
Saint-Léonard-de-Vains possédait deux des trois points de départ (le troisième était Genêts) du chemin montois reliant le Mont à Caen, appelé aussi le chemin des Ducs.
= Histoire
Saint-Léonard est une bourgade très ancienne qui doit son nom à Saint Léonard (ou Léodovald). Celui-ci y vécut au 6e siècle avant d’être élu huitième évêque d’Avranches en 578.
La bourgade connut les invasions normandes au 9e siècle. Après la conquête normande, elle entra dans le domaine ducal et fut fieffée aux seigneurs de Vains. En 1087, peu de temps avant sa mort, Guillaume le Conquérant la donna à l’abbaye Saint-Etienne de Caen. En 1158, Henri II confirma cette donation qui comprenait un manoir, des terres labourables et des vignes, ainsi que des salines avec le droit de pêche et de varech [1].
Le prieuré de Saint-Léonard était un prieuré simple, c’est-à-dire un petit monastère où quelques religieux détachés des grandes abbayes vivaient sous la direction d’un prieur, mais sans charge d’âmes.
L’église prieurale fut la propriété de l’abbaye Saint-Etienne de Caen jusqu’à laRévolution française.
Comme l’explique Jean Bindet, “après la nationalisation des biens du clergé en novembre 1789 et la vente des biens nationaux à partir de 1791, le prieuré et le colombier furent laissés à l’abandon et leurs ruines, avec l’église qui n’avait pas trop souffert, furent cédées en 1793 pour la somme de 200 francs en assignats… L’acquéreur, voulant tirer parti de son achat, résolut de transformer l’église en bâtiment de ferme. Le choeur de la vénérable église devint une cuisine avec une cheminée aménagée au chevet de l’abside; la nef devint une grange et une étable; la tour elle-même fut utilisée: la base comme cellier, et l’étage fut divisé en chambre et en grenier et surmonté d’une cheminée.” [2]
L’église est restée une propriété privée. En collaboration avec les Monuments historiques, le propriétaire a transformé la nef en maison d’habitation, en ouvrant des fenêtres rectangulaires et en aménageant l’intérieur.
#Le prieuré
= Le plan
L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) comprenant une nef et un choeur de deux travées à chevet plat (voir le plan). La tour, située dans l’axe du vaisseau, est implantée entre choeur et nef. Les matériaux
= Les appareils
La partie supérieure de la base et le second étage de la tour présentent un moyen appareil de granit aux blocs réguliers. Le granit est également utilisé pour les contreforts et le pourtour des ouvertures à l’extérieur, et pour les piliers, les colonnes et les arcs à l’intérieur.
Les maçonneries de la nef, du choeur, de la partie inférieure de la base et du premier étage de la tour sont formées d’un appareil irrégulier de plaquettes de schiste disposées le plus souvent à l’horizontale, sauf quelques éléments d’opus spicatum à la base de la tour.
Le schiste est la pierre locale. Le sol de la région est formé de terrains sédimentaires schisteux. Le granit provient certainement du massif granitique d’Avranches qui affleure à proximité.
= Les enduits et la toiture
A l’intérieur, la voûte d’arêtes, les arcs et les murs de la travée sur laquelle s’élève la tour sont recouverts d’une épaisse couche de plâtre en mauvais état. Une toiture en ardoises d’Angers recouvre les charpentes de la nef et du choeur et le toit en bâtière de la tour.
#Description extérieure
= La façade occidentale
La façade occidentale est consolidée dans sa partie centrale par deux épais contreforts terminés par un glacis à la base du mur pignon. Ces contreforts encadrent deux ouvertures rectangulaires. Deux contreforts consolidaient aussi la façade aux extrémités. Seul subsiste le contrefort nord. Le contrefort sud a été détruit.
= La nef
La nef est devenue une maison d’habitation. Les murs latéraux sont percés de portes et de grandes fenêtres rectangulaires. Ces murs sont consolidés par deux épais contreforts à l’ouest et à l’est.
= La tour
La tour, située entre choeur et nef, est formée d’une base carrée dans le prolongement du choeur. Cette base est surmontée de deux étages en léger retrait les uns des autres.
La base est consolidée au nord par un contrefort central. Le contrefort est encadré de deux baies en plein-cintre à l’arc formé d’une rangée de petits claveaux de granit. La baie orientale a été bouchée. Le mur est percé d’une porte au cintre surbaissé reposant sur des piédroits sans ornement. Quelques modillons très abîmés subsistent dans la partie supérieure de la base. Bien que très remanié, le mur sud offre les mêmes éléments: un contrefort central dont il ne subsiste que la partie supérieure au-dessus d’une porte au cintre surbaissé, trois modillons, et quelques claveaux de l’arc d’une baie aujourd’hui disparue.
Le premier étage devait être aveugle à l’origine. La petite ouverture rectangulaire pratiquée dans le mur nord et les grandes ouvertures du mur sud datent des remaniements postérieurs à la Révolution, lorsque les étages de la tour furent aménagés en chambre et en grenier.
Le second étage est orné sur ses faces nord, est et sud de deux arcatures jumelles en plein-cintre. Les arcades, non moulurées, reposent sur des piédroits sans ornement par le biais d’un tailloir carré se prolongeant en un bandeau droit sur le nu du mur. L’une des arcatures est aveugle, l’autre encadre une ouverture en plein-cintre.
La tour est surmontée d’un toit en bâtière. Ce toit repose au nord et au sud sur une corniche supportée par des modillons sculptés de têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond.
= Le choeur
Le choeur, à chevet plat, comporte deux travées.
Le mur latéral nord est soutenu par trois contreforts plats sur lesquels devait reposer une corniche aujourd’hui disparue. La disposition est la même pour le mur latéral sud. Les grandes fenêtres rectangulaires ont été ouvertes après la Révolution, lorsque le choeur a servi de maison d’habitation.
Le mur oriental s’appuie sur trois contreforts plats reposant sur un soubassement de pierre. Deux baies en plein-cintre ont été bouchées. Restés visibles, leurs arcs et piédroits sont ornés d’une simple moulure torique.
#Description intérieure
La travée supportant la tour entre choeur et nef est délimitée par de gros piliers qui reçoivent quatre arcs en plein-cintre encadrant une voûte d’arêtes.
Au nord et au sud, les arcs reposent sur d’épais pilastres par le biais d’une imposte moulurée en forme de bandeau chanfreiné. A l’est et à l’ouest, ces arcs reposent sur deux colonnes engagées jumelées. Les corbeilles des chapiteaux, dont le tailloir est formé par l’imposte moulurée, sont sculptées de crochets d’angle en très bas relief. La base carrée des colonnes est ornée de deux tores entourant une scotie.
Les retombées des arêtes sont reçues aux angles rentrants des piliers par quatre colonnes de même profil que celles recevant les arcs. Le pilier repose sur une base plus large aux arêtes chanfreinées. Cette base est visible à l’est. A l’ouest, elle disparaît dans le sol.
La disposition intérieure de la nef et du choeur ne présente que peu d’intérêt du fait des nombreuses transformations postérieures à la Révolution.
#Datation
Les indices de datation doivent être cherchés dans la tour. Les éléments d’opus spicatum présents dans les maçonneries de la base, la disposition intérieure de la tour et les arcatures jumelles en plein-cintre ornant son second étage permettent de dater l’église du début du 12e siècle.
#Documents
* La bibliographie de Saint-Léonard-de-Vains
* Le plan du prieuré de Saint-Léonard-de-Vains
#Notes
[1] D’après: Pigeon (Emile-Auber). Saint Léodovald ou Saint Léonard, in: Mémoires de la Société académique du Cotentin, 1895, p. 99 note 4.
[2] Bindet (Jean). Le prieuré de Saint-Léonard-de-Vains, in: Revue de l’Avranchin et du Pays de Granville, décembre 1976, tome LIII, p. 290-291.
[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Lesappareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure /La façade occidentale / La nef / Le choeur // Description intérieure / La nef /Le choeur // Datation // Une petite école locale d’architecture // Documents //Notes]
#Le site
= Emplacement
Saint-Loup est situé au sud-est d’Avranches, à 6 kilomètres de la ville, dans une région vallonnée située juste au-dessous du massif granitique d’Avranches (voir la carte).
= Histoire
L’église est placée sous le vocable de Saint Loup. Le second saint est Saint Gilles. La paroisse appartenait au doyenné de Tirepied, qui comprenait vingt-six paroisses et qui était l’un des quatre doyennés de l’archidiachoné d’Avranches.
L’église fut sans doute construite par les seigneurs du lieu, qui étaient les patrons présentateurs. Le Livre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “Ecclesia de S. Lupo – Patronus laïcus…” [1]
Dans leur monographie de la paroisse, M. Masselin et L. Hulmel relatent: “Les plus anciens seigneurs de Saint-Loup dont nous ayons trouvé mention portaient le nom de Grimault. La famille de ce nom possédait un grand nombre de fiefs dans le diocèse d’Avranches au XIIe et XIIIe siècle… En 1463, la seigneurie de Saint-Loup appartient aux Vivien… A la fin du XVIe siècle, elle passa dans la famille des Quesnoy. En l’an 1600, Jacques du Quesnoy était seigneur de Saint-Loup. C’est lui qui fit reconstruire la chapelle qui est au nord du choeur de l’église. Il mourut à Saint-Loup et fut inhumé dans cette chapelle en 1651.” [2]
En effet, l’inscription indiquant la date de cette chapelle (1602) est ornée du blason des Quesnoy. L’inscription est située au-dessus de l’arcade en plein-cintre surplombant l’ouverture de la chapelle vers le choeur.
L’église fut classée en 1921.
#L’église
= Le plan
L’église est formée d’un vaisseau rectangulaire régulièrement orienté (d’ouest en est) constitué d’une nef de deux travées suivie d’un choeur de deux travées terminé par une abside semi-circulaire (voir le plan). La tour, située dans l’axe du vaisseau, s’élève au-dessus de la première travée du choeur. La seule modification apportée à l’édifice roman est l’ouverture en 1602 d’une chapelle latérale dans la seconde travée du choeur côté nord.
= Les matériaux
= = Les appareils
A l’exception des murs latéraux de la nef, les maçonneries présentent un moyen appareil de granit. L’appareil est plus petit pour la tour. Les murs latéraux de la nef sont formés d’un appareil irrégulier de moëllons de granit “jaune”. Cette différence d’appareil est due au fait qu’à cette époque, la nef était souvent construite à peu de frais par les paroissiens alors que le choeur, beaucoup plus soigné, était édifié par le seigneur. Les pierres de granit proviennent certainement du massif granitique d’Avranches, situé au nord, à proximité immédiate de Saint-Loup.
= = Les enduits, sols, plafonds et toitures
L’intérieur a été recouvert d’un enduit à la chaux, sauf les impostes des pilastres supportant l’arc triomphal et les doubleaux du choeur. Pour ces impostes, la pierre de granit a été laissée apparente.
Le sol est recouvert de carrelages. Il est en ciment sous les bancs de la nef.
La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois à poinçons et entraits apparents, posée en 1978 sous la direction de Jacques Traverse, architecte en chef des Monuments historiques.
Le toit actuel, couvert d’ardoises d’Angers, est certainement plus élevé que le toit primitif, et ses pentes sont plus longues.
#Description extérieure
= La façade occidentale
Le mur de façade est surmonté d’un léger glacis en arrière duquel s’élève le mur pignon. La façade est percée d’un portail surmonté d’une baie à l’arc brisé et aux contours chanfreinés datant sans doute du 13e siècle. Le portail est compris dans une masse rectangulaire en légère avancée par rapport au mur de façade, et qui se prolonge par deux contreforts plats encadrant la baie. Les contreforts s’amortissent par un glacis à la base du pignon.
L’arcade en plein-cintre du portail (voir le schéma) est composée de deux voussures surmontées d’une archivolte formée d’un bandeau chanfreiné. Chaque voussure présente les moulurations suivantes: un épais tore d’angle, un listel, un cavet peu profond et un rang de dents-de-scie sculptées en creux et peu marquées. Les voussures sont reçues par quatre colonnettes engagées. Les tailloirs des chapiteaux sont moulurés en quart-de-rond. Ils se prolongent en un bandeau horizontal le long de la masse rectangulaire encadrant le portail. Les corbeilles sont ornées de sculptures frustes: crochets d’angle ou têtes d’angle aux traits effacés. Les bases carrées sont ornées d’un tore surmontant un chanfrein sculpté de petites griffes peu visibles. Elles reposent sur un muret de pierre se prolongeant sur toute la longueur de la façade. Le linteau est formé d’un gros bloc monolithe de granit. Il est surmonté de pierres losangées disposées en opus reticulatum. Ces pierres losangées ont toutes été rejointoyées de manière grossière.
= La nef
La nef comporte trois travées. Ses murs latéraux sont épaulés chacun de quatre contreforts plats qui montent de fond jusqu’au départ de la toiture, et sont surmontés d’un glacis.
Dans la partie supérieure des murs latéraux, il subsiste trois étroites petites baies en plein-cintre: deux au sud et une au nord. Leur cintre est creusé dans un linteau monolithe de granit.
Les autres baies ont été percées ou agrandies par la suite. Une baie trilobée a été ouverte dans le mur sud près du choeur, sans doute au 16e ou 17e siècle. Trois autres larges baies sans caractère, une dans le mur sud et deux dans le mur nord, datent sans doute du 19e siècle.
= Le choeur
Le choeur comprend deux travées prolongées par une abside semi-circulaire.
La première travée est percée au sud par une porte (voir le schéma). L’arcade en plein-cintre est formée d’une voussure surmontée d’une archivolte constituée par un cordon chanfreiné. La voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet peu profond. Elle repose sur deux colonnettes engagées.
Les tailloirs des chapiteaux, moulurés en quart-de-rond, surmontent des corbeilles ornées de sculptures représentant des têtes humaines. A gauche, la corbeille est sculptée à l’angle d’une tête d’homme dont on voit les yeux, la moustache et le menton proéminent. Cette tête est entourée de deux bourrelets saillants en forme de demi-cercle. A droite, la tête d’homme est plus petite et moins saillante.
Un tore épais surmonte la base carrée au chanfrein orné de motifs géométriques. A gauche, quatre petites griffes triangulaires ornent le chanfrein alors qu’à droite, deux bourrelets en forme de demi-cercle entourent une griffe centrale. Le linteau est formé d’un gros bloc de granit surmonté de trois blocs plus petits constituant le tympan.
La porte sud présente un profil similaire à celui du portail occidental: mêmes moulurations pour la voussure, mêmes tailloirs, sculptures semblables pour les corbeilles et pour les bases.
Cette porte est encadrée de deux contreforts plats s’arrêtant à la base de la maçonnerie rectangulaire. Celle-ci est surmontée d’un petit toit de pierre en appentis reliant les toitures du choeur et de la nef. Entre les deux contreforts, la maçonnerie repose sur une corniche située dans l’alignement de celle du choeur. Cette corniche est supportée par trois gros modillons sculptés des motifs suivants: un être grotesque mettant la main droite à la bouche alors que le bras gauche est replié; une tête d’homme; un homme accroupi avec les mains sur les genoux. La même disposition se retrouve au nord. La corniche est également soutenue par trois modillons. L’un des modillons est sculpté d’une très grosse tête humaine avec une moustache.
La corniche de la seconde travée du mur latéral sud et de l’abside semi-circulaire est formée d’une robuste tablette portée par de gros modillons sculptés. Quatre modillons représentent des têtes humaines ou des têtes grotesques grimaçantes toutes différentes. Trois modillons sont sculptés de têtes accolées peu visibles. Trois autres modillons sont ornés de crochets très simples.
L’abside semi-circulaire est divisée en cinq pans par des contreforts plats assez larges prenant appui sur un épais soubassement en pierre. Le pan central n’est pas curviligne comme les autres. Le mur est aplati, ce qui n’était pas le cas dans la disposition primitive. L’appareil des maçonneries est plus récent, tout comme les modillons taillés en biseau et non sculptés. On ignore la raison de cette réfection, et sa date.
Au nord, une chapelle latérale est adossée à la seconde travée du choeur. Ajoutée en 1602, elle est la seule modification d’importance apportée à l’édifice roman. Deux contreforts à ressaut épaulent le mur nord, deux autres consolident le mur oriental, et un le mur occidental.
La tour s’élève au-dessus de la première travée du choeur. C’est une solide tour carrée formée de deux étages de même périmètre, et surmontée d’une flèche en charpente. Le premier étage est orné au nord et au sud de grandes arcatures aveugles, alors que le second est percé d’une baie sur chaque face. La séparation des deux étages est soulignée par un bandeau chanfreiné.
L’étage inférieur est orné au nord et au sud d’une double arcature aveugle en plein-cintre. Cette arcature est surmontée d’un cordon saillant se prolongeant ensuite en un bandeau droit sur le nu du mur et se poursuivant sur les faces est et ouest parallèlement au bandeau séparant les deux étages de la tour. A l’écoinçon des arcatures jumelles, la maçonnerie présente un petit appareil décoratif réticulé.
L’étage supérieur est percé d’une baie sur chaque face. Cette baie est surmontée d’une arcade en plein-cintre formée de deux voussures entourées d’un cordon chanfreiné. Chaque voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet peu profond. De part et d’autre de la baie, les voussures reposent sur quatre colonnettes engagées. Les corbeilles des chapiteaux sont sculptées de motifs géométriques - crochets d’angle, demi-cercles - ou de têtes humaines. Ces corbeilles sont surmontées d’un tailloir carré prolongées par un bandeau droit sur le mur. La base carrée des colonnettes est surmontée d’un double tore. Le profil de ces baies est semblable à celui du portail occidental et de la porte sud: mêmes moulurations pour les voussures, sculptures semblables pour les corbeilles.
Cet étage est surmonté d’une corniche soutenue par des modillons sculptés de têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond. La corniche a été refaite sur toute sa longueur au sud et sur les deux tiers de sa longueur au nord, sans doute au moment de la reconstruction de la flèche. La flèche est octogonale sur sa base carrée, et pourvue de petites lucarnes.
#Description intérieure
= La nef
Les étroites petites baies haut situées dans les murs latéraux - deux au sud et une au nord - ont un fort ébrasement vers l’intérieur et vers le bas.
La nef et le choeur communiquent par un arc triomphal en plein-cintre à double rouleau aux arêtes légèrement chanfreinées. L’arc est reçu par deux pilastres engagés sur dosseret par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond. Les angles des pilastres et de leurs dosserets sont abattus. L’arc triomphal est surmonté d’une baie ouvrant sur le premier étage de la tour.
= Le choeur
Le choeur, moins large que la nef, comprend deux travées et il est terminé par une abside semi-circulaire. Chaque travée est surmontée d’une voûte d’arêtes sur plan barlong, et l’abside est surmontée d’un cul-de-four. Deux épais doubleaux sans ornement séparent le choeur de l’abside, et la première travée de la seconde. Ces doubleaux sont reçus par des pilastres aux angles abattus par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond. Côté sud, le pilastre séparant les deux travées du choeur est tronqué à un mètre environ du sol.
Au nord, la première travée est percée d’une petite baie en plein-cintre haut située et très ébrasée. La deuxième travée ouvre par une arcade en plein-cintre sur la chapelle rectangulaire construite en 1602 et voûtée en berceau. Face à la chapelle, la large baie trilobée ouverte dans le mur sud est semblable à la baie du 16e ou 17e siècle percée dans la dernière travée du mur sud de la nef. L’abside semi-circulaire est ouverte au nord-est par une petite baie en plein-cintre à fort ébrasement, et au sud-est par une baie trilobée.
#Datation
L’église de Saint-Loup appartient à la première moitié du 12e siècle: voûte d’arêtes, arc triomphal et doubleaux en plein-cintre dans le choeur; voussures et colonnettes épaisses pour le portail occidental, la porte sud et les baies de la tour. L’église présente un intérêt d’autant plus grand qu’il s’agit du seul édifice roman ayant subsisté dans son ensemble dans la région. Divers éléments d’architecture sont originaux: un profil similaire pour le portail occidental, la porte sud et les baies de la tour; de nombreuses corbeilles et bases sculptées; et surtout, supportant la corniche du choeur, de gros modillons sculptés de personnages grotesques ou de figures humaines.
#Une petite école locale d’architecture
Saint-Loup fut le point de départ d’une petite école locale d’architecture.
Le portail sud de l’église de Saint-Loup trouve une réplique presque parfaite dans celui de l’église de Saint-Quentin. Le portail occidental de l’église de Saint-Quentin dénote lui aussi l’influence de Saint-Loup.
La tour de l’église de Saint-Loup présente des traits communs avec celle de l’église de Saint-Pair, édifiée à partir de 1131. La disposition des deux étages est semblable: un premier étage orné au nord et au sud d’arcatures jumelles aveugles, et un second étage percé d’une baie. La baie est simple à Saint-Loup et géminée à Saint-Pair. A Saint-Pair, l’arcade, ornée d’une simple moulure torique, repose sur deux colonnettes engagées. A Saint-Loup, l’arcade, plus complexe, est formée de deux voussures moulurées surmontées d’un cordon chanfreiné. De part et d’autre de la baie, les voussures reposent sur quatre colonnettes engagées. Les deux tours disposent d’une corniche supportée par des modillons. Les modillons de l’église de Saint-Loup, sculptés de têtes humaines ou moulurés en quart-de-rond, sont beaucoup plus visibles que ceux de l’église de Saint-Pair, très usés par le temps.
#Documents
* La bibliographie de Saint-Loup
* Le plan de l’église de Saint-Loup
* Le schéma du portail occidental
* Le schéma de la porte sud
#Notes
[1] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 644.
[2] Masselin (M.) et Hulmel (L.). Monographie de la paroisse de Saint-Loup, in: Revue de l’Avranchin, tome LIV, 1977, p. 120.
[Le site / Emplacement / Histoire // L’église / Le plan / Les matériaux / Les appareils / Les enduits, sols, plafonds et toitures // Description extérieure / La façade occidentale / La nef / La tour // Description intérieure / La nef / La tour // La restauration des parties romanes au 20e siècle // Datation // Les portails des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup // Documents // Notes]
#Le site
= Emplacement
Le village de Saint-Quentin-sur-le-Homme est situé au sud-est d’Avranches, à 5,5 kilomètres de la ville, dans un des plis des côteaux de la Sélune, une rivière coulant vers le sud (voir la carte).
Saint-Quentin était situé sur le chemin montois reliant le Mont Saint-Michel auxvilles de l’actuel département du Calvados: Tinchebray, Condé-sur-Noireau,Falaise et Lisieux. Venant du Mont, le chemin passait par Pontaubault puisSaint-Quentin avant de se diriger vers Juvigny-le-Tertre et Sourdeval.
= Histoire
Saint-Quentin faisait partie des neuf paroisses qui rayonnaient autour de la cité épiscopale d’Avranches et qui furent regroupées pour former le doyenné de la Chrétienté, lui-même compris dans l’archidiachoné d’Avranches.
Le patronage était partagé entre l’évêque et le Chapitre de la cathédrale. On en trouve la preuve dans une charte de l’évêque Richard Lainé datée de 1260. Selon la charte, cet évêque demandait au Chapitre la permission de nommer un curé à Saint-Quentin, bien que les six mois prévus pour cette nomination fussent déjà écoulés. [1]
Plus tard, l’évêque resta le seul patron présentateur. L’évêque d’Avranches n’avait ce privilège que pour dix-neuf cures sur cent quatre-vingt, dont celle de Saint-Quentin [2].
#L’église
= Le plan
L’église, régulièrement orientée (d’ouest en est), est formée d’une nef de trois travées et d’un choeur de trois travées à chevet plat (voir le plan). Au nord et au sud, deux larges chapelles sont accolées aux deux premières travées du choeur et constituent de véritables croisillons. La tour, située dans l’axe du vaisseau, est implantée entre choeur et nef. La façade occidentale est précédée sur toute sa longueur d’un grand porche rectangulaire non voûté formant une sorte de narthex.
= Les matériaux
= = Les appareils
Les maçonneries présentent un appareil irrégulier de moëllons de schiste alors que les contreforts, le pourtour des ouvertures, les colonnes, les pilastres et les arcs sont en granit. Le schiste est la pierre locale puisque Saint-Quentin est situé dans une région de terrains sédimentaires schisteux. Le granit provient sans doute du massif granitique d’Avranches, qui s’étend au nord de Saint-Quentin.
= = Les enduits, sols, plafonds et toitures
Un enduit à la chaux recouvre les murs intérieurs. Le sol est recouvert d’un carrelage posé en 1929. La nef est surmontée d’une voûte en berceau de bois à poinçons et entraits apparents réalisée en 1927. La toiture a été entièrement refaite en ardoises d’Angers en 1921 et 1922. Une partie de la couverture nord de la nef a été changée en avril 1952 suite aux dommages de la seconde guerre mondiale.
#Description extérieure
= La façade occidentale
La façade occidentale est percée d’un portail aux vastes proportions. Son arcade en plein-cintre est formée de deux voussures surmontées d’une archivolte constituée d’un cordon chanfreiné. Les voussures présentent chacune les moulurations suivantes: un tore d’angle épais suivi de deux tores plus minces cernés de petits cavets. Ces voussures reposent sur quatre colonnes engagées par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond formant les tailloirs des chapiteaux. Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: du nord au sud, des boules à l’angle et aux extrémités sous le tailloir, une tête, un personnage à quatre pattes dont la tête à l’angle de la corbeille est entourée des bras puis des jambes, une autre tête soutenue par une main sur le côté et l’autre sous le menton. Ces sculptures grossières sont en fort relief et le menton des visages est très proéminent. Les bases carrées sont ornées d’un tore surmontant un chanfrein. Les chanfreins sont sculptés sur la gauche de petites griffes triangulaires. On ne distingue plus rien sur la droite. Ces bases reposent sur un épais muret de pierre se prolongeant le long du mur de la façade. Un énorme bloc monolithe de granit forme le tympan du portail.
= La nef
La nef comporte deux travées. Ses murs latéraux sont épaulés chacun de quatre contreforts plats peu saillants reposant sur un soubassement de pierre. Les contreforts supportent une corniche en partie refaite dont les modillons sont surtout sculptés de têtes humaines. Les autres modillons, récents, sont moulurés en quart-de-rond ou ils ont la forme d’un T.
= La tour
La tour, massive, est située entre la nef et le choeur. Seule sa base est romane. Elle est reliée au premier étage par un glacis au nord et au sud. Les deux étages datent du 13e siècle. L’ensemble est surmonté d’un toit en bâtière.
Au sud, une porte est aujourd’hui murée. Son arcade en plein-cintre (voir le schéma) est formée d’une voussure entourée d’une archivolte formée par un cordon chanfreiné. La voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet peu profond. Elle repose sur deux épaises colonnettes par l’intermédiaire d’un bandeau mouluré en quart-de-rond qui forme le tailloir des chapiteaux et se prolonge sur le nu du mur. Les corbeilles sont sculptées d’un arbre et d’une tête humaine. Les bases sont carrées. A gauche, la base est surmontée d’un chanfrein orné de petites griffes triangulaires et d’un tore. A droite, elle est surmontée d’un double tore. Le tympan est formé d’un gros bloc monolithe de granit, qui repose sur les piédroits intérieurs par l’intermédiaire du bandeau mouluré en quart-de-rond.
#Description intérieure
= La nef
Les murs latéraux de la nef sont ouverts de chaque côté par trois baies en plein-cintre fortement ébrasées. Ces baies aux proportions modestes ont remplacé en 1951 de très grandes baies ouvertes au 18e siècle à l’emplacement des petites baies romanes primitives [3]. Le mur occidental est percé d’une grande baie géminée datant du 15e ou 16e siècle.
= La tour
Située entre choeur et nef, la tour repose sur quatre épais piliers qui reçoivent à l’est et à l’ouest deux arcs en plein-cintre à double rouleau.
L’arc séparant la nef de la base de la tour repose sur deux épais pilastres engagés sur dosseret par l’intermédiaire d’une imposte moulurée en quart-de-rond.
L’arc séparant le choeur de la base de la tour repose sur deux colonnes engagées jumelées par l’intermédiaire d’une imposte semblable qui forme le tailloir des chapiteaux. Les corbeilles sont sculptées de crochets d’angle en faible relief plus visibles au nord qu’au sud. Les bases carrées sont surmontées d’un double tore. Elles sont très abîmées au nord.
La travée entre choeur et nef est surmontée d’une voûte d’arêtes sur plan barlong. Les retombées des arêtes sont reçues au nord par les angles formés par les dosserets des pilastres, et au sud par des colonnes surmontées d’une imposte moulurée en quart-de-rond.
Les murs nord et sud sont percés de deux longues et étroites baies en plein-cintre à fort ébasement. Dans le mur sud, la niche d’une statue surmontée d’un arc surbaissé a été aménagée dans la porte murée.
#La restauration des parties romanes au 20e siècle
La toiture fut refaite en 1921 et 1922 [4]. Une voûte en berceau de bois à poinçons et entraits apparents fut reconstruite en 1926 et 1927 [5]. Le dallage de la nef fut posé en 1929 [6].
En 1951, après les dommages de guerre, on entreprit la réfection du mur latéral nord de la nef, très endommagé. La corniche et une partie de ses modillons furent refaits. Les baies des murs latéraux furent transformées à la même époque. Les très grandes baies ouvertes au 18e siècle furent remplacées par des baies en plein-cintre aux proportions modestes. On refit aussi une partie de la couverture de la nef côté nord. [7]
Les murs intérieurs de l’église furent recouverts d’un enduit à la chaux en 1953 [8]. Les murs extérieurs furent entièrement rejointoyés en 1955 [9].
#Datation
La nef et la base de la tour peuvent être datées de la première moitié du 12e siècle. Les portails constituent les principaux indices de datation. Le portail occidental et la porte sud présentent de nombreux points communs avec ceux de l’église de Saint-Loup, édifice de la première moitié du 12e siècle. De plus, la disposition intérieure de la travée surmontant la tour confirme cette datation.
Au 13e siècle furent construits le porche rectangulaire précédant la façade occidentale, les deux étages de la tour, le choeur de trois travées et sa chapelle latérale sud. La chapelle latérale nord fut édifiée au 15e ou 16e siècle [10].
#Les portails des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup
Les deux portes sud des églises de Saint-Quentin et de Saint-Loup offrent de nombreuses similitudes: une arcade formée d’une voussure moulurée d’un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet large et peu profond; une voussure entourée d’une archivolte formée d’un cordon chanfreiné; des tailloirs moulurés en quart-de-rond; des corbeilles de chapiteaux sculptées de têtes d’angle (une à Saint-Quentin et deux à Saint-Loup); une colonne avec une base au chanfrein orné de petites griffes triangulaires.
Le portail occidental de l’église de Saint-Quentin présente lui aussi des traits communs avec les portes de l’église de Saint-Loup: une archivolte formée d’un cordon chanfreiné, des tailloirs moulurés en quart-de-rond, des corbeilles de chapiteaux sculptées de têtes proéminentes, des bases au chanfrein orné de petites griffes. Mais, à Saint-Quentin, l’arcade est plus grande, les moulurations des voussures sont différentes et les sculptures des corbeilles sont plus élaborées. Il est très possible que le sculpteur des corbeilles se soit inspiré des gros modillons situés au-dessus de la porte sud de l’église de Saint-Loup.
#Documents
* La bibliographie de Saint-Quentin
* Le plan de l’église de Saint-Quentin
* Le schéma de la porte sud
#Notes
[1] D’après: Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin, tome XXIV, 1931, p. 469-470.
[2] Voir: Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 696.
[3] D’après: Cudeloup. Saint-Quentin-sur-le-Homme, in: Revue de l’Avranchin, tome XXIV, 1931, p. 469.
[4] D’après les archives municipales: le dossier de l’église.
[5] D’après les archives paroissiales.
[6] D’après les archives paroissiales.
[7] Suite à la décision du conseil municipal du 17 décembre 1950, après un devis de reconstruction de Monsieur Edeline, architecte.
[8] Suite à la décision du conseil municipal du 11 mai 1953.
[9] Suite à la décision du conseil municipal du 25 septembre 1955.
[10] D’après: Thibout (Marc). Les églises des XIIIe et XIVe siècles dans le département de la Manche. Thèse de l’Ecole des Chartes, 1935, p. 288-289.
[Le site / Emplacement / Histoire // L’église romane détruite au 19e siècle //Le portail / Matériau / Description / Datation // Documents // Notes]
#Le site
= Emplacement
Sartilly est situé sur l’axe routier Avranches-Granville, à 11 kilomètres d’Avranches et 15 kilomètres de Granville (voir la carte). Le bourg était traversé par le chemin montois qui reliait le Mont Saint-Michel à Saint-Lô.
= Histoire
Le saint patron de l’église est Saint Pair. La paroisse appartenait au doyenné de Genêts et à l’archidiachoné d’Avranches.
Au la fin du 11e siècle, l’église et ses dépendances furent données à l’abbaye du Mont Saint-Michel par Ranulphe Avenel, qui se fit peu après moine à l’abbaye du Mont. Foulques Paynel, son neveu, seigneur suzerain de Sartilly, confirma cette donation en 1158. [1]
L’église de Sartilly avait pour seigneur patron l’abbé du Mont Saint-Michel. LeLivre blanc (Pouillé de 1412) cité par le chanoine Pigeon mentionne: “EcclesiaS. Paterni de Sartilleyo – Patronus abbas Montis S. Michaelis…” [2]
#L’église romane détruite au 19e siècle
Le portail sud de l’église actuelle est le seul élément subsistant de l’église romane détruite en 1858 en raison de son mauvais état et de son “insuffisance pour les besoins spirituels de la paroisse” [3]. L’édifice roman fut remplacé en 1858 par une église beaucoup plus grande (longueur de 40 mètres, largeur de 16,50 mètres, hauteur de voûte de 15,70 mètres). Le clocher et sa flèche de pierre, commencés en 1898, furent achevés en 1900.
L’église romane est décrite en détail dans le Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly: “L’église qu’il s’agit de remplacer est un vieil édifice… composé:
1°- D’une nef obscure de 19 mètres 60 centimètres de longueur sur 7 mètres de largeur dont les murs bas pénétrés d’humidité et lézardés en plusieurs endroits perdent très sensiblement leur aplomb, particulièrement vers le bas de l’église.
2°- D’une tour qui sépare la nef du choeur. Cette tour est supportée par quatre forts piliers qui ne sont distants deux à deux dans les sens transversal et longitudinal que de 3 mètres 60 centimètres de sorte que la vue de la nef au choeur est extrêmement bornée.
3°- D’un choeur de 9 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur y compris l’espace affecté à une sacristie située derrière le maître-autel.
4°- D’une petite chapelle basse située à droite du choeur formant un carré régulier de 4 mètres 60 centimètres de côté…” [4]
#Le portail
= Matériau
Le matériau utilisé est le granit, qui est la pierre locale. Sartilly est situé au coeur du massif granitique de Vire, allongé d’est en ouest, et qui forme à cet endroit une barre d’une largeur de cinq kilomètres environ.
= Description
L’arcade du portail (voir le schéma) est formée de trois voussures: une voussure au cintre surbaissé et deux voussures en plein-cintre surmontées d’une archivolte.
La première voussure est moulurée d’un épais tore d’angle suivi d’un listel puis d’un large cavet orné de gros besants légèrement renflés. Elle est surmontée de quelques blocs de granit de taille régulière.
La deuxième voussure est moulurée d’un épais tore d’angle alors que la troisième est moulurée de deux tores encadrant un listel.
L’archivolte est un cordon saillant orné de dents-de-scie en fort relief sculptées en creux d’une rangée de bâtons brisés. Elle repose de part et d’autre de l’arcade sur deux têtes sculptées aux traits fins et bien dessinés.
Les trois voussures reposent sur six colonnettes engagées par l’intermédiaire d’une imposte moulurée d’un cavet. La partie supérieure de l’imposte, carrée, est ornée d’une petite moulure en creux. L’imposte se prolonge légèrement pour surmonter les deux pilastres encadrant l’ensemble.
Les colonnettes (voir le schéma) présentent toutes le même profil. La corbeille sculptée des chapiteaux est surmontée d’un tailloir carré. Leur base carrée est surmontée de deux tores entourant une scotie.
Les corbeilles sont sculptées de motifs variés: feuilles de chêne, feuilles d’acanthe très simplifiées, volutes encadrant une feuille d’acanthe à l’angle, volutes d’angle. Ces sculptures, taillées en fort relief dans le granit, sont le fruit d’un travail soigné. Elles sont beaucoup plus élégantes que les sculptures des chapiteaux romans vus partout ailleurs dans la région.
= Datation
Ce portail date sans doute de la seconde moitié du 12e siècle. Il présente une archivolte semblable à celles du portail occidental d’Yquelon et de la porte sud de Bréville. Or les églises d’Yquelon et de Bréville sont des édifices romans de la seconde moitié du 12e siècle. Les moulurations de la voussure au cintre surbaissé - un tore d’angle suivi d’un listel puis d’un cavet peu profond - dénotent l’influence exercée par l’église de Saint-Loup, édifice du début du 12e siècle qui a été le départ d’une petite école régionale.
Ce portail présente une facture bien supérieure à celle des autres portails romans de la région, dont il rassemble tous les éléments. Les moulurations des voussures et de l’archivolte et les sculptures des corbeilles des chapiteaux sont le fruit d’un travail soigné dans un matériau difficile à travailler du fait de son extrême dureté. Le portail de Sartilly est à juste titre considéré comme le plus beau portail roman de la région.
#Documents
* La bibliographie de Sartilly
* Le schéma de l’arcade et d'une colonnette du portail
#Notes
[1] D’après: Hulmel (Louis). Sartilly, in: Revue de l’Avranchin, tome XXI, 1924-1926, p. 507-508.
[2] Pigeon (Emile-Auber). Le diocèse d’Avranches. Coutances, Salettes, 1888, tome II, p. 643.
[3] Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864), p. 111.
[4] Registre des délibérations du conseil municipal de Sartilly (1837-1864), p. 112.
[Les éléments romans // Le plan des églises // Les appareils // L’architecture extérieure / Les contreforts / Les baies / Les portails / Les tours // L’architecture intérieure / Les plafonds et les voûtes / Les arcs // La sculpture / Les chapiteaux / Les modillons // Le décor peint]
#Les éléments romans
Sont romans:
*à Saint-Martin-le-Vieux, le choeur et la nef (11e siècle);
*à Bréville, le choeur, la base de la tour et une partie de la nef (seconde moitié du 12e siècle);
*à Yquelon, le choeur et la nef (seconde moitié du 12e siècle);
*à Saint-Pair-sur-Mer, une partie du choeur et la tour (première moitié du 12e siècle);
*à Angey, le choeur et la base de la tour (seconde moitié du 12e siècle);
*à Saint-Jean-le-Thomas, la nef (11e et début du 12e siècle), avec un choeur pré-roman datant du 10e siècle;
*à Dragey, la nef (11e ou premières années du 12e siècle);