AV LECTEVR

MVNY DE BON VOVLOIR, ET EXEMPT D’ENVIE ET DETRACTION,

SALVT.

LISANTdepuis quelque temps vng certain œuure de Estienne Dolet, intituléGENETHLIACVMCLAVDIIDOLETI, filz dudict Dolet, ie me suis bien voulu exercer de le traduire de langue latine en langue francoyse. Et ce non pour ostentation de ma rithme, mais pour le proffit que chascun prendra par la traduction d’vng liure tant plein de doctrine, et prudence necessaire à la viecommune. Et pour vray la composition latine de Dolet meritoit trop plus excellent traducteur que moy : comme pourroit estre vng Maurice Scæue (petit homme en stature, mais du tout grand en scauoir, et composition vulgaire) vng seigneur de sainct Ambroise (chef des poëtes francoys) vng Heroet, dict La maison neufue (heureux illustrateur du haut sens de Platon) vng Brodeau aysné, et puisné (tous deux honneur singulier de nostre langue) vng Sainct Gelais (diuin esprit en toute composition) vng Salel (poëte autant excellent que peu congneu entre les vulgaires) vng Clement Marot (esmerueillable en doulceur de poësie) vng Charles Fontaine (ieune homme de grande esperance) vng petit moyne de Vendosme (scauant, et eloquent contre le naturel et coustume des moynes) ou quelques aultres, dont la France est garnie en plusieurs lieux, par la grace que Dieu lui faict de florir maintenant en gens scauantz plus que tout aultre Royaulme. Ceulx la doncq debuoient estre interpreteurs de ce present oeuure : mais si par affection honneste ie me suis aduancé des premiers, pour cela ie ne puis, et ne vouldrois estre cause que si nobles espritz que les dessusdictz feussent retardés de se vouloir esbatre à la traduction par moyentreprinse. Or ie reuiens a mon premier propos, lecteur debonnaire : qui est tel que le proffit et vtilité partant de cest œuure, m’a induict a le translater. Et par semblable raison i’espere que tu prendras en gré ce mien labeur et effort. Adieu.


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