Chapter 3

# L’intelligence collective virtuelle

Que pense-t-elle de l’internet de l’an 2000? «Comme tous ceux qui ont surfé avec des modems de 14.4 Ko sur le navigateur Mosaic et son interface en carton-pâte, je suis déçue par le fait que l'esprit libertaire ait cédé le pas aux activités libérales décérébrantes. Les frères ennemis devraient se donner la main comme lors des premiers jours car le net à son origine n'a jamais été un repaire de "has been" mélancoliques, mais rien ne peut résister à la force d'inertie de l'argent. C'était en effet prévu dans le scénario, des stratégies utopistes avaient été mises en place mais je crains qu'internet ne soit plus aux mains d'internautes comme c'était le cas.

L'intelligence collective virtuelle pourtant se défend bien dans divers forums ou listes de discussions, et ça, à défaut d'être souvent efficace, c'est beau. Dans l'utopie originelle, on aurait aimé profiter de ce nouveau média, notamment de communication, pour sortir de cette tarte à la crème qu'on se reçoit chaque jour, merci à la société du spectacle, et ne pas répéter les erreurs de la télévision qui n'est, du point de vue de l'art, jamais devenue un média de création ambitieux.

Sinon, les écrivains français, c'est historique, sont dans la majorité technophobes… Les institutions culturelles et les universitaires lettrés en revanche soutiennent les démarches hyperlittéraires à force de colloques et publications diverses. Du côté des plasticiens, je suis encore plus rassurée, il est acquis que l'art en ligne existe.»

Lucie de Boutiny participe en mai 2001 à la création d’E-critures, une association d’artistes multimédia, en collaboration avec Gérard Dalmon et Xavier Malbreil.

1997 > GALLICA, BIBLIOTHÈQUE NUMÉRIQUE

[Résumé] Bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France (BnF), Gallica est inauguré en octobre 1997 avec des textes et des images du 19e siècle francophone, «siècle de l’édition et de la presse moderne, siècle du roman mais aussi des grandes synthèses historiques et philosophiques, siècle scientifique et technique». Gallica devient rapidement l'une des plus importantes bibliothèques numériques du réseau. On y trouve les documents libres de droits du fonds numérisé de la BnF, qui vont du Moyen-Âge au début du 20e siècle. Pour des raisons de coût, les documents sont essentiellement numérisés en mode image. En décembre 2006, les collections de Gallica comprennent 90.000 ouvrages (fascicules de presse compris), 80.000 images et des dizaines d'heures de ressources sonores. Gallica débute ensuite la conversion en mode texte des livres numérisés en mode image pour favoriser l'accès à leur contenu. En mars 2010, Gallica franchit la barre du million de documents, dont la plupart sont accessibles gratuitement.

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Bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France (BnF), Gallica est inauguré en octobre 1997 avec des textes et des images du 19e siècle francophone.

On lit sur le site que ce siècle est le «siècle de l’édition et de la presse moderne, siècle du roman mais aussi des grandes synthèses historiques et philosophiques, siècle scientifique et technique».

# Les débuts

À l’époque, le serveur stocke 2.500 livres numérisés en mode image complétés par les 250 livres numérisés en mode texte de la base Frantext de l’INaLF (Institut national de la langue française).

Classés par discipline, ces livres sont complétés par une chronologie du 19e siècle et des synthèses sur les grands courants en histoire, sciences politiques, droit, économie, littérature, philosophie, sciences et histoire des sciences.

Le site propose aussi un échantillon de la future iconothèque numérique, à savoir le fonds du photographe Eugène Atget, une sélection de documents sur l’écrivain Pierre Loti, une collection d’images de l’École nationale des ponts et chaussées - ces images ayant trait aux grands travaux de la révolution industrielle en France - et enfin un choix de livres illustrés de la bibliothèque du Musée de l’Homme.

Fin 1997, Gallica se considère moins comme une banque de documents numérisés que comme un «laboratoire dont l’objet est d’évaluer les conditions d’accès et de consultation à distance des documents numériques». Le but est d’expérimenter la navigation dans les collections, en permettant le libre parcours du chercheur ou du lecteur curieux.

# En 1998

Début 1998, Gallica annonce 100.000 volumes et 300.000 images pour la fin 1999. Sur les 100.000 volumes prévus, qui représenteraient 30 millions de pages numérisées, plus du tiers concernerait le 19e siècle. Quant aux 300.000 images fixes, la moitié viendrait des départements spécialisés de la BnF (Estampes et photographie, Manuscrits, Arts du spectacle, Monnaies et médailles, etc.), et l'autre moitié de collections d’établissements publics (musées et bibliothèques, Documentation française, École nationale des ponts et chaussées, Institut Pasteur, Observatoire de Paris, etc.) ou privés (agences de presse dont Magnum, l’Agence France-Presse, Sygma, Rapho, etc.).

En mai 1998, la BnF revoit ses espérances à la baisse et modifie quelque peu ses orientations premières. Jérôme Strazzulla, journaliste au quotidien Le Figaro, explique dans un article du 3 juin 1998 que la BnF est passée «d’une espérance universaliste, encyclopédique, à la nécessité de choix éditoriaux pointus». Dans le même article, le président de la BnF, Jean-Pierre Angremy, rapporte la décision du comité éditorial de Gallica: «Nous avons décidé d’abandonner l’idée d’un vaste corpus encyclopédique de cent mille livres, auquel on pourrait sans cesse reprocher des trous. Nous nous orientons aujourd’hui vers des corpus thématiques, aussi complets que possibles, mais plus restreints. (…) Nous cherchons à répondre, en priorité, aux demandes des chercheurs et des lecteurs.»

# Les années 2000

Cinq ans plus tard, en 2003, Gallica rassemble 70.000 ouvrages et 80.000 images allant du Moyen-Âge au début du 20e siècle, tous documents libres de droits. Mais la numérisation en mode image n’autorise pas la recherche textuelle alors que Gallica se trouve être la plus grande bibliothèque numérique francophone en nombre de titres disponibles en ligne. La recherche textuelle est toutefois possible dans les tables des matières, les sommaires et les légendes des corpus iconographiques, qui sont numérisés en mode texte. Seule une petite collection de livres (1.120 livres en février 2004) est intégralement numérisée en mode texte, celle de la base Frantext, intégrée à Gallica.

Tous problèmes auxquels la BnF remédie au fil des mois, avec une navigation plus aisée et la conversion progressive des livres du mode image au mode texte grâce à un logiciel OCR, avec possibilité donc de recherche textuelle.

En février 2005, Gallica compte 76.000 ouvrages. À la même date, la BnF annonce la mise en ligne prochaine (entre 2006 et 2009) de la presse française parue entre 1826 et 1944, à savoir 22 titres représentant 3,5 millions de pages. Début 2006, les premiers journaux disponibles en ligne sont les quotidiens Le Figaro (fondé en 1826), La Croix (fondée en 1883), L'Humanité (fondée en 1904) et Le Temps (fondé en 1861 et disparu en 1942).

En mars 2010, Gallica franchit la barre du million de documents - livres, manuscrits, cartes, images, périodiques (presse et revues), fichiers sonores (paroles et musiques) et partitions musicales - dont la plupart sont accessibles gratuitement sur un site dont l'interface désormais quadrilingue (français, anglais, espagnol, portugais) n'a cessé de s'améliorer au fil des ans. Si les documents sont en langue française dans leur très grande majorité, on y trouve aussi des documents en anglais, en italien, en allemand, en latin ou en grec selon les disciplines.

1998 > DES LIVRES NUMÉRISÉS EN QUANTITÉ

[Résumé] En 1998, qui dit livre numérique dit numérisation, la majorité des livres existant seulement en version imprimée. Pour pouvoir être consulté à l'écran, un livre peut être numérisé soit en mode image soit en mode texte, les deux modes de numérisation étant complémentaires. La numérisation en mode image consiste à scanner le livre, et correspond donc à la photographie du livre page après page. La présentation originale étant conservée, on peut feuilleter le livre à l’écran. La version informatique est le fac-similé numérique de la version imprimée. Si elle est plus économique, cette méthode ne permet pas la recherche textuelle. La numérisation en mode texte consiste à scanner le livre en mode image, puis à le convertir en mode texte grâce à un logiciel OCR (Optical Character Recognition). La version informatique du livre ne conserve pas la présentation originale du livre ou de la page mais elle permet la recherche textuelle.

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En 1998, qui dit livre numérique dit numérisation, la majorité des livres existant seulement en version imprimée.

Pour pouvoir être consulté à l'écran, un livre peut être numérisé soit en mode texte soit en mode image, les deux modes de numérisation étant complémentaires.

# La numérisation en mode texte

Les premiers temps, la numérisation en mode texte consiste à patiemment saisir le livre sur un clavier, page après page, solution souvent adoptée lors de la constitution des premières bibliothèques numériques, ou alors quand les documents originaux manquent de clarté, pour les livres anciens par exemple.

Les années passant, la numérisation en mode texte consiste surtout à scanner le livre en mode image, puis à le convertir en texte grâce à un logiciel OCR (Optical Character Recognition), avec relecture éventuelle à l’écran pour corriger le texte obtenu puisqu'un bon logiciel OCR serait fiable à 99%.

La version informatique du livre ne conserve pas la présentation originale du livre ou de la page. Le livre devient texte, à savoir un ensemble de caractères apparaissant en continu à l’écran. À cause du temps passé au traitement de chaque livre, ce mode de numérisation est assez long, et donc nettement plus coûteux que la numérisation en mode image. Dans de nombreux cas, il est toutefois préférable, puisqu’il permet l’indexation, la recherche textuelle, l’analyse textuelle, une étude comparative entre plusieurs textes ou plusieurs versions du même texte, etc.

C’est la méthode utilisée par exemple par le Projet Gutenberg, fondé dès 1971 et qui propose aujourd'hui la plus grande collection numérique au format texte, avec des livres relus et corrigés à deux reprises pour être fiables à 99,95% par rapport à la version imprimée.

# La numérisation en mode image

La numérisation en mode image consiste à scanner le livre, et correspond donc à la photographie du livre page après page. La présentation originale étant conservée, on peut feuilleter le livre à l’écran. La version informatique est le fac-similé numérique de la version imprimée.

C’est la méthode employée à la fin des années 1990 pour les programmes de numérisation à grande échelle, par exemple celui de la Bibliothèque nationale de France (BnF) pour alimenter sa bibliothèque numérique Gallica. Ne sont numérisés en mode texte que les tables des matières, les sommaires et les corpus de documents iconographiques, afin de faciliter la recherche textuelle.

Pourquoi ne pas tout numériser en mode texte? La BnF répond en 2000 sur le site de Gallica: «Le mode image conserve l’aspect initial de l’original y compris ses éléments non textuels. Si le mode texte autorise des recherches riches et précises dans un document et permet une réduction significative du volume des fichiers manipulés, sa réalisation, soit par saisie soit par OCR, implique des coûts de traitement environ dix fois supérieurs à la simple numérisation. Ces techniques, parfaitement envisageables pour des volumes limités, ne pouvaient ici être économiquement justifiables au vu des 50.000 documents (représentant presque 15 millions de pages) mis en ligne.»

Dans les années qui suivent, Gallica convertira toutefois nombre de ses livres du mode image au mode texte pour permettre les recherches textuelles.

# Chaque mode de numérisation a son utilité

Concepteur de Mot@mot, logiciel de remise en page des fac-similés numériques, Pierre Schweitzer insiste sur l’utilité des deux modes de numérisation. Il explique en janvier 2001: «Le mode image permet d’avancer vite et à très faible coût. C’est important car la tâche de numérisation du domaine public est immense. Il faut tenir compte aussi des différentes éditions: la numérisation du patrimoine a pour but de faciliter l’accès aux oeuvres, il serait paradoxal qu’elle aboutisse à se focaliser sur une édition et à abandonner l’accès aux autres. Chacun des deux modes de numérisation s’applique de préférence à un type de document, ancien et fragile ou plus récent, libre de droit ou non (pour l’auteur ou pour l’édition), abondamment illustré ou pas. Les deux modes ont aussi des statuts assez différents: en mode texte ça peut être une nouvelle édition d’une oeuvre, en mode image c’est une sorte d’"édition d’édition", grâce à un de ses exemplaires (qui fonctionne alors comme une fonte d’imprimerie pour du papier). En pratique, le choix dépend bien sûr de la nature du fonds à numériser, des moyens et des buts à atteindre. Difficile de se passer d’une des deux façons de faire.»

1998 > L'ENCYCLOPÉDIE DE DIDEROT EN LIGNE

[Résumé] Projet commun du Centre national de la recherche scientifique (CNRS, France) et de l'Université de Chicago (Illinois, États-Unis), le Projet ARTFL (American and French Research on the Treasury of the French Language) met en ligne en 1998 la base de données du premier volume (1751) de l'Encyclopédie de Diderot. Cette mise en ligne expérimentale est le prélude à une base de données exhaustive comprenant l'Encyclopédie (1751-1772) dans son entier, à savoir 17 volumes de texte et 11 volumes de planches. Destinée à rassembler puis divulguer les connaissances de l'époque, l'Encyclopédie porte la marque des courants intellectuels et sociaux du Siècle des Lumières. C'est grâce à elle que se propagent les idées nouvelles qui inspireront la Révolution française de 1789. L’ARTFL travaille également à d’autres projets, par exemple à une base de données exhaustive du «Dictionnaire de l’Académie française», dont les différentes éditions s’échelonnent entre 1694 et 1935.

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En 1998, le Projet ARTFL met en ligne la base de données du premier volume (1751) de l'Encyclopédie de Diderot.

Cette mise en ligne expérimentale est le prélude à une base de données exhaustive comprenant l'Encyclopédie dans son entier, à savoir 17 volumes de texte et 11 volumes de planches.

L’ARTFL (American and French Research on the Treasury of the FrenchLanguage) est un projet commun du CNRS (Centre national de la recherchescientifique) en France et de l'Université de Chicago dans l’Illinois(États-Unis).

Monumental ouvrage de référence pour les arts et les sciences, la première édition (1751-1772) de l'«Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des métiers et des arts» de Diderot et d'Alembert comprend 72.000 articles rédigés par 140 collaborateurs, dont Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Marmontel, d'Holbach, Turgot, etc.

Destinée à rassembler puis divulguer les connaissances de l'époque, l'Encyclopédie porte la marque des courants intellectuels et sociaux du Siècle des Lumières. C'est grâce à elle que se propagent les idées nouvelles qui inspireront la Révolution française de 1789. Les 17 volumes de texte représentent 18.000 pages et 21,7 millions de mots. Les 11 volumes de planches présentent des planches techniques de telle qualité que certaines font toujours référence en 2011.

Dans l’Encyclopédie, Diderot explique lui-même que «le but d’une encyclopédie est de rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre, d’en exposer le système général aux hommes avec qui nous vivons et de le transmettre aux hommes qui viendront après nous, afin (…) que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux, et que ne mourions pas sans avoir bien mérité du genre humain.» Un beau texte qui figure aussi sur le mur de l’Allée de l’Encyclopédie, l’une des grandes artères de la Bibliothèque nationale de France (BnF).

La base de données correspondant au premier volume est accessible en ligne à titre expérimental en 1998. La recherche est possible par mot, portion de texte, auteur ou catégorie, ou en combinant ces critères entre eux. On dispose de renvois d'un article à l'autre par le biais de liens hypertextes permettant d'aller d'une planche au texte ou du texte au fac-similé des pages originales.

L'automatisation complète des procédures de saisie entraîne des erreurs typographiques et des erreurs d'identification qui sont corrigées au fil des mois. La recherche d'images est également possible dans un deuxième temps.

L'ARTFL travaille également à une base de données exhaustive du «Dictionnaire de l'Académie française», dont les différentes éditions s’échelonnent entre 1694 et 1935. La première édition (1694) et la cinquième édition (1798) du dictionnaire sont les premières à être disponibles en ligne, avec possibilité de recherche par mot puis par portion de texte. Les différentes éditions sont ensuite combinées dans une base de données unique, qui permet de juger de l'évolution d'un terme en consultant aussi bien une édition donnée que l'ensemble des éditions.

D’autres projets de l'ARTFL concernent par exemple le «Dictionnaire historique et critique» de Philippe Bayle dans son édition de 1740, le «Roget's Thesaurus» de 1911, le «Webster's Revised Unabridged Dictionary» de 1913, le «Thresor de la langue française» de Jean Nicot imprimé en 1606, ou encore un projet biblique multilingue comprenant entre autres «La Bible française» de Louis Segond, publiée en 1910. Il s’agit là encore de bases de données avec moteur de recherche. La technologie au service de la littérature, donc.

1998 > 00h00, ÉDITEUR EN LIGNE

[Résumé] Les éditions 00h00 («zéro heure») sont fondées en mai 1998 par Jean- Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira, en tant que premier éditeur «en ligne», à savoir un éditeur fabriquant des livres numériques et les vendant via l'internet. En 2000, le catalogue comprend 600 titres. Les versions numériques (au format PDF) représentent 85% des ventes, les 15% restants étant des versions imprimées à la demande du client, un service que l’éditeur procure en complément. Sur le site au très beau design, les internautes/lecteurs peuvent créer leur espace personnel pour y rédiger leurs commentaires, participer à des forums, s'abonner à la lettre d'information ou regarder les clips littéraires produits par l'éditeur pour présenter les nouveautés. En septembre 2000, 00h00 est racheté par Gemstar, société américaine de produits et services numériques pour les médias. Gemstar met fin à l’ensemble de ses activités eBook en juin 2003.

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Les éditions 00h00 font leur apparition en mai 1998, un peu moins de deux ans après CyLibris, premier éditeur électronique commercial.

Le champ d’action de 00h00 est un peu différent de celui de CyLibris puisqu’il s’agit non seulement d’un éditeur électronique mais aussi d’un éditeur «en ligne». Son activité est en effet de fabriquer et vendre des livres numériques via l'internet, et non des livres imprimés comme CyLibris.

En 2000, les versions numériques (au format PDF) représentent 85% des ventes, les 15% restants étant des versions imprimées à la demande du client, un service que l'éditeur procure en complément.

# Les débuts

00h00 («zéro heure») est fondé par Jean-Pierre Arbon et Bruno de Sa Moreira, respectivement ancien directeur général de Flammarion et ancien directeur de Flammarion Multimédia.

Bruno de Sa Moreira explique en juillet 1998: «Aujourd’hui mon activité professionnelle est 100% basée sur internet. Le changement ne s’est pas fait radicalement, lui, mais progressivement (audiovisuel puis multimédia puis internet). (…) La gestation de 00h00 a duré un an: brainstorming, faisabilité, création de la société et montage financier, développement technique du site et informatique éditoriale, mise au point et production des textes et préparation du catalogue à l’ouverture. (…) Nous faisons un pari, mais l’internet me semble un média capable d’une très large popularisation, sans doute grâce à des terminaux plus faciles d’accès que le seul micro-ordinateur.»

# L’internet, «un lieu sans passé»

On lit sur le site web que «la création de 00h00 marque la véritable naissance de l’édition en ligne. C’est en effet la première fois au monde que la publication sur internet de textes au format numérique est envisagée dans le contexte d’un site commercial, et qu’une entreprise propose aux acteurs traditionnels de l’édition (auteurs et éditeurs) d’ouvrir avec elle sur le réseau une nouvelle fenêtre d’exploitation des droits. Les textes offerts par 00h00 sont soit des inédits, soit des textes du domaine public, soit des textes sous copyright dont les droits en ligne ont fait l’objet d’un accord avec leurs ayants droit. (…) Avec l’édition en ligne émerge probablement une première vision de l’édition au 21e siècle. C’est cette idée d’origine, de nouveau départ qui s’exprime dans le nom de marque, 00h00. (…)

Internet est un lieu sans passé, où ce que l’on fait ne s’évalue pas par rapport à une tradition. Il y faut inventer de nouvelles manières de faire les choses. (…) Le succès de l’édition en ligne ne dépendra pas seulement des choix éditoriaux: il dépendra aussi de la capacité à structurer des approches neuves, fondées sur les lecteurs autant que sur les textes, sur les lectures autant que sur l’écriture, et à rendre immédiatement perceptible qu’une aventure nouvelle a commencé.»

# Des collections diverses

Les collections sont diverses: inédits, théâtre classique français, contes et récits fantastiques, contes et récits philosophiques, souvenirs et mémoires, philosophie classique, réalisme et naturalisme, cyberculture, romans d’enfance, romans d’amour, nouvelles et romans d’aventure. Le recherche est possible par auteur, par titre et par genre. Pour chaque livre, on a un descriptif court, un descriptif détaillé, la table des matières et une courte présentation de l’auteur. S’y ajoutent ensuite les commentaires des lecteurs. Pas de stock, pas de contrainte physique de distribution, mais un lien direct avec le lecteur et entre les lecteurs. Sur le site, les internautes/lecteurs peuvent créer leur espace personnel pour y rédiger leurs commentaires, participer à des forums ou recommander des liens vers d’autres sites. Ils peuvent aussi s’abonner à la lettre d’information de 00h00 ou regarder les clips littéraires produits par l’éditeur pour présenter des nouveautés.

En 2000, le catalogue comprend 600 titres, à savoir une centaine d’oeuvres originales et des rééditions électroniques de livres publiés par d’autres éditeurs. Les oeuvres originales sont réparties en plusieurs rubriques: nouvelles écritures interactives et hypertextuelles, premiers romans, documents d’actualité, études sur les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), co-éditions avec des éditeurs traditionnels ou de grandes institutions. Le paiement est fait en ligne grâce à un système sécurisé mis en place par la Banque populaire. Ceux que le paiement en ligne rebute peuvent régler leur commande par carte bancaire (envoi par fax) ou par chèque (envoi par courrier postal).

# Le rachat par Gemstar

En septembre 2000, 00h00 est racheté par Gemstar-TV Guide International, grande société américaine de produits et services numériques pour les médias. Quelques mois auparavant, en janvier 2000, Gemstar rachète les deux sociétés californiennes ayant lancé les premières tablettes de lecture, la société NuvoMedia, créatrice du Rocket eBook, et la société SoftBook Press, créatrice du SoftBook Reader.

Selon un communiqué de presse citant Henry Yuen, président de Gemstar, «les compétences éditoriales dont dispose 00h00 et ses capacités d’innovation et de créativité sont les atouts nécessaires pour faire de Gemstar un acteur majeur du nouvel âge de l’édition numérique qui s’ouvre en Europe.»

La communauté francophone ne voit pas ce rachat d’un très bon oeil, la mondialisation de l’édition semblant justement peu compatible avec l’innovation et la créativité. Moins de trois ans plus tard, en juin 2003, 00h00 cesse définitivement ses activités, tout comme la branche eBook de Gemstar.

Il reste le souvenir d’une belle aventure. En octobre 2006, Jean-Pierre Arbon, devenu chanteur, raconte sur son site: «J’avais fondé, avec Bruno de Sa Moreira, une maison d’édition d’un genre nouveau, la première au monde à tenter à grande échelle l’aventure de l’édition en ligne. Tout était à faire, à inventer. L’édition numérique était terra incognita: on explorait, on défrichait.»

1998 > UN PROLONGEMENT SUR LE WEB POUR LES LIVRES

[Résumé] Murray Suid est l’auteur de livres pédagogiques, de livres pour enfants, d’oeuvres multimédias et de scénarios. Dès septembre 1998, il préconise une solution adoptée depuis par de nombreux auteurs, à savoir compléter ses livres imprimés par une version web, pour pouvoir les actualiser sans attendre une nouvelle édition imprimée. En octobre 2000, l’intégralité de ses oeuvres multimédias, auparavant disponibles sur CD-Rom, est sur le réseau. Le matériel pédagogique auquel il contribue est conçu non plus pour diffusion sur CD-Rom, mais pour diffusion sur le web. D’entreprise multimédia, EDVantage Software, la société de logiciels éducatifs qui emploie Murray, est devenue une entreprise internet qui distribue toutes ses publications en ligne auprès des étudiants et des enseignants.

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Murray Suid vit à Palo Alto, dans la Silicon Valley, en Californie. Il est l’auteur de livres pédagogiques, de livres pour enfants, d’œuvres multimédias et de scénarios.

En septembre 1998, il préconise une solution choisie depuis par de nombreux auteurs: «Un livre peut avoir un prolongement sur le web - et donc vivre en partie dans le cyberespace. L’auteur peut ainsi aisément l’actualiser et le corriger, alors qu’auparavant il devait attendre longtemps, jusqu’à l’édition suivante, quand il y en avait une. (…)

Je ne sais pas si je publierai des livres sur le web, au lieu de les publier en version imprimée. J’utiliserai peut-être ce nouveau support si les livres deviennent multimédias. Pour le moment, je participe au développement de matériel pédagogique multimédia. C’est un nouveau type de matériel qui me plaît beaucoup et qui permet l’interactivité entre des textes, des films, des bandes sonores et des graphiques qui sont tous reliés les uns aux autres.»

Un an plus tard, en août 1999, il ajoute: «En plus des livres complétés par un site web, je suis en train d’adopter la même formule pour mes oeuvres multimédias - qui sont sur CD-ROM - afin de les actualiser et d’enrichir leur contenu.»

En octobre 2000, l’intégralité de ses oeuvres multimédias est sur le réseau. Le matériel pédagogique auquel il contribue est conçu non plus pour diffusion sur CD-Rom, mais pour diffusion sur le web. D’entreprise multimédia, EDVantage Software, la société de logiciels éducatifs qui emploie Murray, est devenue une entreprise internet qui distribue désormais toutes ses publications en ligne.

1998 > UN DURCISSEMENT DU COPYRIGHT

[Résumé] Aux États-Unis, un nouvel amendement de la loi sur le copyright réduit encore un peu plus le domaine public, au grand dam de tous ceux qui sont en train de constituer des bibliothèques numériques. Cet amendement est entériné le 27 octobre 1998 par le Congrès pour contrer le formidable véhicule de diffusion qu'est l'internet. Contradiction flagrante, les instances politiques n'ont de cesse de parler d'Âge de l'Information tout en durcissant la réglementation relative à la diffusion de l’information. Le copyright est passé d'une durée de 30 ans en moyenne en 1909 à une durée de 95 ans en moyenne en 1998. En 90 ans, de 1909 à 1998, le copyright a subi une extension de 65 ans qui affecte les trois quarts de la production du 20e siècle. Seul un livre publié avant 1923 peut désormais être considéré avec certitude comme appartenant au domaine public. Un durcissement similaire affecte ensuite l’Union Européenne.

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En 1998, un nouvel amendement de la loi sur le copyright réduit encore un peu plus le domaine public aux États-Unis. Un durcissement similaire affecte ensuite l’Union européenne.

Cet amendement est entériné le 27 octobre 1998 par le Congrès pour contrer le formidable véhicule de diffusion qu'est l'internet, au grand dam de tous ceux qui sont en train de constituer des bibliothèques numériques.

Les instances politiques n'ont de cesse de parler d'Âge de l'Information tout en réduisant l’accès à cette information. La contradiction est flagrante. Le copyright est passé d'une durée de 30 ans en moyenne en 1909 à une durée de 95 ans en moyenne en 1998. En 90 ans, de 1909 à 1998, le copyright a subi une extension de 65 ans qui affecte les trois quarts de la production du 20e siècle. Seul un livre publié avant 1923 peut désormais être considéré avec certitude comme appartenant au domaine public.

# Une claque pour les bibliothèques numériques

De nombreuses oeuvres censées tomber dans le domaine public restent finalement sous copyright, au grand dam de Michael Hart, fondateur du Projet Gutenberg, de John Mark Ockerbloom, créateur de l’Online Books Page, et de bien d'autres. La législation de 1998 porte un coup très rude aux bibliothèques numériques, en plein essor avec le développement du web. Nombre de titres doivent être retirés des collections.

Pour ne prendre qu'un exemple, le classique mondial «Gone with the wind» (Autant en emporte le vent) de Margaret Mitchell, publié en 1939, aurait dû tomber dans le domaine public au bout de 56 ans, en 1995, conformément à la législation de l'époque, libérant ainsi les droits pour les adaptations en tous genres. Suite aux législations de 1976 et 1998, ce classique ne devrait désormais tomber dans le domaine public qu'en 2035.

Michael Hart explique en juillet 1999: «Le copyright a été augmenté de 20 ans. Auparavant on devait attendre 75 ans, on est maintenant passé à 95 ans. Bien avant, le copyright durait 28 ans (plus une extension de 28 ans si on la demandait avant l’expiration du délai) et, avant cela, le copyright durait 14 ans (plus une extension de 14 ans si on la demandait avant l’expiration du délai). Comme on le voit, on assiste à une dégradation régulière et constante du domaine public. (…) J’ai été le principal opposant aux extensions du copyright, mais Hollywood et les grands éditeurs ont fait en sorte que le Congrès ne mentionne pas mon action en public. Les débats actuels sont totalement irréalistes. Ils sont menés par “l’aristocratie terrienne de l’Âge de l’Information” et servent uniquement ses intérêts. Un Âge de l’Information? Et pour qui?»

John Mark Ockerbloom explique en août 1999: «À mon avis, il est important que les internautes comprennent que le copyright est un contrat social conçu pour le bien public - incluant à la fois les auteurs et les lecteurs. Ceci signifie que les auteurs doivent avoir le droit d'utiliser de manière exclusive et pour un temps limité les oeuvres qu'ils ont créées, comme ceci est spécifié dans la loi actuelle sur le copyright. Mais ceci signifie également que leurs lecteurs ont le droit de copier et de réutiliser ce travail autant qu'ils le veulent à l'expiration de ce copyright. Aux États-Unis, on voit maintenant diverses tentatives visant à retirer ces droits aux lecteurs, en limitant les règles relatives à l'utilisation de ces oeuvres, en prolongeant la durée du copyright (y compris avec certaines propositions visant à le rendre permanent) et en étendant la propriété intellectuelle à des travaux distincts des oeuvres de création (comme on en trouve dans les propositions de copyright pour les bases de données).»

# Dans l’Union européenne

Un durcissement similaire touche les pays de l'Union européenne. La règle générale est désormais un copyright de 70 ans après le décès de l’auteur, alors qu’il était auparavant de 50 ans, suite aux pressions exercées par les éditeurs de contenu sous prétexte d’«harmoniser» les lois nationales régissant le droit d'auteur pour répondre à la mondialisation du marché.

À ceci s'ajoute la législation sur le copyright des éditions numériques en application des traités internationaux de l'OMPI (Organisation mondiale de la propriété intellectuelle). Ces traités sont signés en 1996 dans l'optique de contrôler la gestion des droits numériques, à la suite de quoi le Digital Millenium Copyright Act (DMCA) est entériné en octobre 1998 aux États-Unis et la directive EUCD (European Union Copyright Directive) est entérinée en mai 2001 par la Communauté européenne.

La directive EUCD s'intitule très précisément «Directive 2001/29/EC du Parlement européen et du Conseil sur l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur et des droits voisins dans la société de l'information». Elle fait suite à la directive de février 1993 (Directive 93/98/EEC) qui visait à harmoniser les législations des différents pays en matière de protection du droit d'auteur. La directive EUCD entre peu à peu en vigueur dans tous les pays de l'Union européenne, avec mise en place de législations nationales, le but officiel étant de renforcer le respect du droit d'auteur sur l'internet et de contrer ainsi le piratage. En France, par exemple, la loi DADVSI (Droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information) est promulguée en août 2006, et n'est pas sans susciter de nombreux remous.

1998 > LES PREMIÈRES TABLETTES DE LECTURE

[Résumé] Les premières tablettes de lecture sont développées dans la Silicon Valley, en Californie. Le Rocket eBook est lancé en 1998 par NuvoMedia, société financée par la chaîne de librairies Barnes & Noble et le géant des médias Bertelsmann. Peu après, le SoftBook Reader est lancé par SoftBook Press, société financée par les deux grandes maisons d'édition Random House et Simon & Schuster. Ces tablettes de lecture fonctionnent sur batteries et disposent d'un écran à cristaux liquides (ou écran LCD: Liquid Cristal Display) noir et blanc, avec une capacité de stockage d’une dizaine de livres. L’usager se connecte à l’internet soit par le biais d’un ordinateur (comme le Rocket eBook) soit directement grâce à un modem intégré (comme le SoftBook Reader) pour télécharger des livres à partir des librairies numériques présentes sur les sites des sociétés. D’autres modèles suivent, comme l’EveryBook Reader de la société EveryBook ou le Millennium eBook de la société Librius.

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Développées dans la Silicon Valley, en Californie, et commercialisées en 1998, les premières tablettes de lecture sont le Rocket eBook et le SoftBook Reader.

Alors qu’elles étaient jusque-là l’apanage des films de science- fiction, ces tablettes électroniques dédiées ont la taille d'un (gros) livre et sont souvent appelées ebooks, livres électroniques, tablettes de lecture ou même liseuses.

Elles suscitent un engouement certain, même si peu de gens vont jusqu'à les acheter, vu leur prix prohibitif - plusieurs centaines de dollars - et un choix de titres restreint, le catalogue de livres numériques étant encore ridicule par rapport à la production imprimée. Les éditeurs commencent tout juste à produire des livres en version numérique et se demandent encore comment les commercialiser, la plupart étant tétanisés par les risques de piratage.

Ces tablettes fonctionnent sur batteries et disposent d'un écran à cristaux liquides (écran LCD: Liquid Cristal Display) noir et blanc rétro-éclairé ou non, avec une capacité de stockage d’une dizaine de livres. L’usager se connecte à l’internet soit par le biais d’un ordinateur (comme le Rocket eBook) soit directement grâce à un modem intégré (comme le SoftBook Reader) pour télécharger des livres à partir de librairies numériques présentes sur les sites des sociétés.

# Le Rocket eBook

Premier modèle du marché, le Rocket eBook est lancé en 1998 par NuvoMedia, société créée en 1997 à Palo Alto, dans la Silicon Valley, et financée par la chaîne de librairies Barnes & Noble et le géant des médias Bertelsmann. NuvoMedia souhaite devenir «la solution pour distribuer des livres électroniques en procurant une infrastructure réseau aux éditeurs, distributeurs et usagers afin de publier, distribuer, acheter et lire un contenu électronique de manière sécurisée et efficace sur l’internet» (extrait du site web). La connexion entre le Rocket eBook et l’ordinateur (PC ou Macintosh) se fait par le biais du Rocket eBook Cradle, un périphérique à deux câbles, d’une part un câble pour se connecter à une prise électrique par le biais d’un adaptateur, d’autre part un câble série pour se connecter à l’ordinateur.

# Le SoftBook Reader

Deuxième modèle du marché, disponible peu après le Rocket eBook, le SoftBook Reader est lancé par SoftBook Press, société financée par les deux grandes maisons d'édition Random House et Simon & Schuster. Le SoftBook Reader s’appuie sur le SoftBook Network, «un service de distribution de contenu basé sur l’internet». Selon son site web, cette tablette permet aux lecteurs de «télécharger facilement, rapidement et de manière sécurisée un large choix de livres et de revues grâce à sa connexion internet intégrée». Contrairement à l’ordinateur, le SoftBook Reader possède «une ergonomie conçue pour la lecture de longs documents et de livres».

# D’autres modèles suivent

D’autres tablettes de lecture sont lancées en 1999, par exemple l’EveryBook Reader et le Millennium eBook (le nouveau millénaire approche).

L’EveryBook Reader est un appareil à double écran lancé par la société EveryBook, ou encore «une bibliothèque vivante dans un simple livre» pouvant stocker 50 livres numériques, avec un modem intégré permettant l’accès à l’EveryBook Store, afin de «consulter, acheter et recevoir le texte intégral de livres, magazines et partitions de musique».

Le Millenium eBook est une tablette de lecture «petite et bon marché» lancée par la société Librius, «une société de commerce électronique procurant un service complet». Sur le site de la société, un World Bookstore propose «des copies numériques de milliers de livres» disponibles via l’internet.

Toutes ces tablettes pèsent entre 700 grammes et deux kilos. Il faudra attendre le tournant du millénaire pour voir apparaître de nouveaux modèles ayant une durée de vie légèrement plus longue, par exemple le Gemstar eBook lancé en novembre 2000 aux États-Unis et le Cybook (première génération, celui de Cytale) lancé en janvier 2001 en Europe.

1999 > DU BIBLIOTHÉCAIRE AU CYBERTHÉCAIRE

[Résumé] Piloter les usagers sur l’internet, filtrer et organiser l’information à leur intention, créer et gérer un site web, rechercher des documents dans des bases de données spécialisées ou actualiser des catalogues en ligne, telles sont désormais les tâches de nombreux bibliothécaires. Bruno Didier, webmestre de la bibliothèque de l’Institut Pasteur (Paris), explique en août 1999: «Nous devenons de plus en plus des médiateurs, et peut- être un peu moins des conservateurs. Mon activité actuelle est typique de cette nouvelle situation: d’une part dégager des chemins d’accès rapides à l’information et mettre en place des moyens de communication efficaces, d’autre part former les utilisateurs à ces nouveaux outils. Je crois que l’avenir de notre métier passe par la coopération et l’exploitation des ressources communes. C’est un vieux projet certainement, mais finalement c’est la première fois qu’on dispose enfin des moyens de le mettre en place.»

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Piloter les usagers sur l’internet, filtrer et organiser l’information à leur intention, créer et gérer un site web, rechercher des documents dans des bases de données spécialisées ou actualiser des catalogues en ligne, telles sont désormais les tâches de nombreux bibliothécaires.

C’est le cas par exemple de Peter Raggett à la bibliothèque centrale de l’OCDE et de Bruno Didier à la bibliothèque de l’Institut Pasteur à Paris.

# À la bibliothèque centrale de l’OCDE

Peter Raggett est sous-directeur (puis directeur) de la bibliothèque centrale de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) à Paris. Réservée aux fonctionnaires de l’organisation, la bibliothèque comprend 60.000 monographies et 2.500 périodiques imprimés en 1998, et permet aussi la consultation de microfilms, de CD-Rom et de bases de données telles que Dialog, Lexis-Nexis et UnCover. La bibliothèque lance en 1996 ses pages intranet, qui deviennent rapidement une source d’information majeure pour les chercheurs.

Peter explique en août 1999: «Je dois filtrer l’information pour les usagers de la bibliothèque, ce qui signifie que je dois bien connaître les sites et les liens qu’ils proposent. J’ai sélectionné plusieurs centaines de sites pour en favoriser l’accès à partir de l’intranet de l’OCDE. Cette sélection fait partie du bureau de référence virtuel proposé par la bibliothèque à l’ensemble du personnel. Outre de nombreux liens, ce bureau de référence contient des pages recensant les articles, monographies et sites web correspondant aux différents projets de recherche en cours à l’OCDE, l’accès en réseau aux CD-Rom et une liste mensuelle des nouveaux livres achetés par la bibliothèque.»

En ce qui concerne la recherche d’informations, «l’internet offre aux chercheurs un stock d’informations considérable. Le problème pour eux est de trouver ce qu’ils cherchent. Jamais auparavant on n’avait senti une telle surcharge d’informations, comme on la sent maintenant quand on tente de trouver un renseignement sur un sujet précis en utilisant les moteurs de recherche disponibles sur l’internet. Lorsqu’on utilise un moteur de recherche comme Lycos ou AltaVista ou un répertoire comme Yahoo!, on voit vite la difficulté de trouver des sites utiles sur un sujet donné. La recherche fonctionne bien sur un sujet très précis, par exemple si on veut des informations sur une personne au nom inhabituel, mais elle donne un trop grand nombre de résultats si on veut des informations sur un sujet assez vaste. Par exemple, si on lance une recherche sur le web pour “Russie ET transport”, dans le but de trouver des statistiques sur l’utilisation des trains, des avions et des bus en Russie, les premiers résultats qu’on trouve sont les compagnies de transport de fret qui ont des relations d’affaires avec la Russie.»

Comment Peter voit-il l’avenir de la profession? «À mon avis, les bibliothécaires auront un rôle important à jouer pour améliorer la recherche et l’organisation de l’information sur le réseau. Je prévois aussi une forte expansion de l’internet pour l’enseignement et la recherche. Les bibliothèques seront amenées à créer des bibliothèques numériques permettant à un étudiant de suivre un cours proposé par une institution à l’autre bout du monde. La tâche du bibliothécaire sera de filtrer les informations pour le public. Personnellement, je me vois de plus en plus devenir un bibliothécaire virtuel. Je n’aurai pas l’occasion de rencontrer les usagers, ils me contacteront plutôt par courriel, par téléphone ou par fax, j’effectuerai la recherche et je leur enverrai les résultats par voie électronique.»

# À la bibliothèque de l’Institut Pasteur

Bruno Didier est bibliothécaire à l’Institut Pasteur à Paris. L’Institut Pasteur est une fondation privée spécialisée dans la prévention et le traitement des maladies infectieuses, avec plusieurs instituts dans le monde. Séduit par les perspectives qu’offre l’internet pour la recherche documentaire, Bruno crée le site web de la bibliothèque en 1996 et devient son webmestre.

Il explique en août 1999: «Le site web de la bibliothèque a pour vocation principale de servir la communauté pasteurienne. Il est le support d’applications devenues indispensables à la fonction documentaire dans un organisme de cette taille: bases de données bibliographiques, catalogue, commande de documents et bien entendu accès à des périodiques en ligne (un peu plus d’une centaine actuellement). C’est également une vitrine pour nos différents services, en interne mais aussi dans toute la France et à l’étranger. Il tient notamment une place importante dans la coopération documentaire avec les instituts du réseau Pasteur à travers le monde. Enfin j’essaie d’en faire une passerelle adaptée à nos besoins pour la découverte et l’utilisation d’internet. (…) Je développe et maintiens les pages du serveur, ce qui s’accompagne d’une activité de veille régulière. Par ailleurs je suis responsable de la formation des usagers, ce qui se ressent dans mes pages. Le web est un excellent support pour la formation, et la plupart des réflexions actuelles sur la formation des usagers intègrent cet outil.»

Son activité professionnelle a changé de manière radicale, tout comme celle de ses collègues. «C’est à la fois dans nos rapports avec l’information et avec les usagers que les changements ont eu lieu, explique-t-il. Nous devenons de plus en plus des médiateurs, et peut- être un peu moins des conservateurs. Mon activité actuelle est typique de cette nouvelle situation: d’une part dégager des chemins d’accès rapides à l’information et mettre en place des moyens de communication efficaces, d’autre part former les utilisateurs à ces nouveaux outils. Je crois que l’avenir de notre métier passe par la coopération et l’exploitation des ressources communes. C’est un vieux projet certainement, mais finalement c’est la première fois qu’on dispose enfin des moyens de le mettre en place.»

1999 > LA LIBRAIRIE ULYSSE SUR LE WEB

[Résumé] Fondée par Catherine Domain en 1971 au coeur de Paris, dans l’île Saint-Louis, la librairie Ulysse est la plus ancienne librairie au monde uniquement consacrée au voyage, avec plus de 20.000 livres, cartes et revues, neufs et anciens, qui recèlent des trésors introuvables ailleurs. En 1999, Catherine crée elle-même le site de sa librairie, en s’initiant en même temps à l’informatique. Elle raconte en novembre 2000: «Mon site est embryonnaire et en construction. Il se veut à l'image de ma librairie, un lieu de rencontre avant d'être un lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir! Internet me prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien mais cela ne m'ennuie pas… Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d'être dévorée, je l'utilise comme un moyen d'attirer les clients chez moi, et aussi de trouver des livres pour que ceux qui n'ont pas encore internet chez eux! Mais j'ai peu d'espoir…» Dix ans plus tard, en avril 2010, elle est beaucoup plus optimiste puisque l’internet lui permet d’être éditrice de livres de voyages.

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Fondée par Catherine Domain en 1971 au coeur de Paris, la librairie Ulysse est la plus ancienne librairie au monde uniquement consacrée au voyage. Ulysse crée son site web en 1999 et sa maison d’édition en 2010.

Nichée dans l’île Saint-Louis, entourée par la Seine, la librairie propose 20.000 livres, cartes et revues neufs et d’occasion, qui recèlent des trésors introuvables ailleurs.

# Les débuts

Catherine raconte sur le site de la librairie: «Au terme de dix années de voyages sur tous les continents, je me suis arrêtée et me suis dit: "Que vais-je bien pouvoir faire pour vivre?" Consciente de la nécessité de m'insérer dans une société d'une façon ou d'une autre, j'ai procédé à un choix par déduction et par le refus d'avoir patron et employé.

Me souvenant de mes grands-pères, l'un navigateur au long cours, l'autre libraire en Périgord, et constatant que j'étais obligée de visiter une quinzaine de librairies avant de trouver la moindre documentation sur un pays aussi proche que la Grèce, une "librairie de voyage" s'est imposée à mon esprit entre Colombo et Surabaya, au cours d'un tour du monde.

De retour à Paris - j'habitais déjà l'Île Saint-Louis - je cherche un local, me renseigne sur le métier de libraire, fais des stages, prépare des fiches et cherche un nom pour cette future entreprise.

Un matin, en allant chercher le journal, je lève le nez sur la librairie "Ulysse", référence à Joyce, au 35 de la rue Saint-Louis-en- l'Île. "Voilà un nom!", me dis -je. Je gravis les deux marches et entre dans cette boutique de 16m2 à poutre unique. Quatre types jouent au poker. "Elle est mignonne votre librairie, " [dis-je]. "Elle est à vendre", me rétorque l’un des joueurs sans lever le nez. 48 heures après, j'étais libraire. C'était en septembre 1971. La première librairie spécialisée dans les voyages au monde était née.

Vingt ans plus tard, victime de la promotion immobilière comme beaucoup, j'ai dû déménager. Fort heureusement, mon côté entêté - je suis taureau ascendant taureau - m'a permis de transporter la librairie à quelques mètres dans un local plus vaste, 26 rue Saint-Louis-en- l'Île, dans un immeuble peu anodin puisque c'est non seulement là où j'ai commencé par habiter dans l'Île Saint-Louis mais aussi parce que, anciennement succursale de banque, ce local fut le théâtre du très célèbre casse de Spaggiari.»

# En 1999

À la fois libraire et grande voyageuse - elle continue de voyager tous les étés pendant que son compagnon tient la librairie - Catherine est membre du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (SLAM), du Club des explorateurs et du Club international des grands voyageurs. Elle navigue souvent sur la Méditerranée, l’Atlantique ou le Pacifique.

Début 1999, elle décide de se lancer dans un voyage autrement plus ingrat, virtuel cette fois, à savoir la réalisation d’un site web en autodidacte alors que ses connaissances en informatique sont très sommaires.

Elle raconte fin 1999 lors d’un entretien par courriel: «Mon site est embryonnaire et en construction. Il se veut à l’image de ma librairie, un lieu de rencontre avant d’être un lieu commercial. Il sera toujours en perpétuel devenir! Internet me prend la tête, me bouffe mon temps et ne me rapporte presque rien, mais cela ne m’ennuie pas… »

Elle est toutefois pessimiste sur l’avenir des librairies comme la sienne. «Internet tue les librairies spécialisées. En attendant d’être dévorée, je l’utilise comme un moyen d’attirer les clients chez moi, et aussi de trouver des livres pour ceux qui n’ont pas encore internet chez eux! Mais j’ai peu d’espoir…»

# En 2005

En 2005, Catherine crée toutefois une deuxième librairie de voyage à Hendaye, sur la côte sud de l’Atlantique, avec une vue imprenable sur l’océan. Ouverte du 20 juin au 20 septembre, cette librairie est située le long de la plage dans un bâtiment mauresque qui se trouve être l’ancien casino et qui est classé monument historique. À marée haute, la librairie est «comme un paquebot de livres qui va prendre la mer, qu'elle prend quelquefois d'ailleurs.»

# En 2010

Dix ans après la mise en ligne de son site web, Catherine est beaucoup moins critique à l’égard de l’internet puisque le réseau lui permet de lancer sa propre maison d'édition en avril 2010 pour publier des livres de voyage.

Elle écrit à la même date: «Internet a pris de plus en plus de place dans ma vie! Il me permet d'être éditeur grâce à de laborieuses formations Photoshop, InDesign et autres.

C'est une grande joie de constater que la volonté politique de garder le pékin devant son ordinateur afin qu'il ne fasse pas la révolution peut être mise en échec par des apéros géants et spontanés de milliers de personnes [organisés via Facebook] qui veulent se voir et se parler en vrai.

Décidément il y aura toujours des rebondissements inattendus aux inventions, entre autres. Quand j'ai commencé à utiliser l'internet, je ne m'attendais vraiment pas à devenir éditeur.»

1999 > L’INTERNET, PERSONNAGE DE ROMAN

[Résumé] Alain Bron est consultant en systèmes d'information et écrivain. L'internet est l’un des personnages de son deuxième roman, «Sanguine sur toile», disponible en version imprimée aux éditions du Choucas en 1999, puis en version numérique (au format PDF) aux éditions 00h00 en 2000, et qui reçoit le prix du Lions Club International la même année. Quel est le thème de ce roman? L’auteur raconte en novembre 1999 : «La "toile", c'est celle du peintre, c'est aussi l'autre nom d'internet: le web - la toile d'araignée. "Sanguine" évoque le dessin et la mort brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre? "Sanguine sur toile" évoque l'histoire singulière d'un internaute pris dans la tourmente de son propre ordinateur, manipulé à distance par un très mystérieux correspondant qui n'a que vengeance en tête.»

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L'internet est l’un des personnages de «Sanguine sur toile», deuxième roman d’Alain Bron, publié en version imprimée par le Choucas en 1999, puis en version numérique par 00h00 en 2000, et qui reçoit le prix du Lions Club International la même année.

# Au sujet du roman

Quel est le thème de ce roman? L’auteur raconte en novembre 1999: «La "toile", c'est celle du peintre, c'est aussi l'autre nom d'internet: le web - la toile d'araignée. "Sanguine" évoque le dessin et la mort brutale. Mais l'amour des couleurs justifierait-il le meurtre? "Sanguine sur toile" évoque l'histoire singulière d'un internaute pris dans la tourmente de son propre ordinateur, manipulé à distance par un très mystérieux correspondant qui n'a que vengeance en tête. J'ai voulu emporter le lecteur dans les univers de la peinture et de l'entreprise, univers qui s'entrelacent, s'échappent, puis se rejoignent dans la fulgurance des logiciels.

Le lecteur est ainsi invité à prendre l'enquête à son propre compte pour tenter de démêler les fils tressés par la seule passion. Pour percer le mystère, il devra répondre à de multiples questions. Le monde au bout des doigts, l'internaute n'est-il pas pour autant l'être le plus seul au monde? Compétitivité oblige, jusqu'où l'entreprise d'aujourd'hui peut-elle aller dans la violence? La peinture tend-elle à reproduire le monde ou bien à en créer un autre? Enfin, j'ai voulu montrer que les images ne sont pas si sages. On peut s'en servir pour agir, voire pour tuer. (…)

Dans le roman, internet est un personnage en soi. Plutôt que de le décrire dans sa complexité technique, le réseau est montré comme un être tantôt menaçant, tantôt prévenant, maniant parfois l'humour. N'oublions pas que l'écran d'ordinateur joue son double rôle: il montre et il cache. C'est cette ambivalence qui fait l'intrigue du début à la fin. Dans ce jeu, le grand gagnant est bien sûr celui ou celle qui sait s'affranchir de l'emprise de l'outil pour mettre l'humanisme et l'intelligence au-dessus de tout.»

# Au sujet de l’auteur

Alain Bron est consultant en systèmes d’information et écrivain. Il explique son parcours: «J'ai passé une vingtaine d'années chez Bull. Là, j'ai participé à toutes les aventures de l'ordinateur et des télécommunications, j'ai été représentant des industries informatiques à l'ISO (Organisation internationale de normalisation), et chairman du groupe réseaux du consortium X/Open. J'ai connu aussi les tout débuts d'internet avec mes collègues de Honeywell aux Etats-Unis (fin 1978). Je suis actuellement [fin 1999] consultant en systèmes d'information où je m'occupe de la bonne marche de grands projets informatiques (…). Et j'écris. J'écris depuis mon adolescence. Des nouvelles (plus d'une centaine), des essais psycho-sociologiques ("La gourmandise du tapir" et "La démocratie de la solitude"), des articles et des romans. C'est à la fois un besoin et un plaisir jubilatoire.»

En ce qui concerne la finalité du réseau, «ce qui importe avec internet, c'est la valeur ajoutée de l'humain sur le système. Internet ne viendra jamais compenser la clairvoyance d'une situation, la prise de risque ou l'intelligence du coeur. Internet accélère simplement les processus de décision et réduit l'incertitude par l'information apportée. Encore faut-il laisser le temps au temps, laisser mûrir les idées, apporter une touche indispensable d'humanité dans les rapports. Pour moi, la finalité d'internet est la rencontre et non la multiplication des échanges électroniques.»

Quel est son meilleur souvenir lié à l'internet? «À la suite de la parution de mon roman "Sanguine sur toile", j'ai reçu un message d'un ami que j'avais perdu de vue depuis plus de vingt ans. Il s'était reconnu dans un personnage du livre. Nous nous sommes revus récemment autour d'une bouteille de Saint-Joseph et nous avons pu échanger des souvenirs et fomenter des projets.»

2000 > ENCYCLOPÉDIES ET DICTIONNAIRES EN LIGNE

[Résumé] Les premières encyclopédies de référence disponibles sur le web émanent de versions imprimées. C’est aussi le cas des dictionnaires en ligne. WebEncyclo est mis en ligne par les éditions Atlas en décembre 1999 avec accès libre et gratuit, tout comme l’Encyclopaedia Universalis, mais avec accès payant. Le site Britannica.com est lui aussi mis en ligne à la même date pour proposer le contenu des 32 volumes de l’Encyclopaedia Britannica, d’abord en accès libre puis en accès payant. Les premiers dictionnaires de référence en ligne émanent eux aussi de versions imprimées. Le Dictionnaire universel francophone en ligne des éditions Hachette est disponible en accès libre dès 1997. Les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary (OED) sont mis en ligne en mars 2000 avec accès payant. Conçu directement pour le web, le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est mis en ligne en septembre 2000 avec accès libre et gratuit.

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Les premières encyclopédies de référence disponibles sur le web émanent de versions imprimées. C’est aussi le cas des dictionnaires en ligne.

# Les encyclopédies

WebEncyclo (aujourd'hui disparu), publié par les éditions Atlas, est la première grande encyclopédie francophone en accès libre, avec mise en ligne en décembre 1999. La recherche est possible par mots-clés, thèmes, médias (à savoir les cartes, liens internet, photos et illustrations) et idées. Un appel à contribution incite les spécialistes d'un sujet donné à envoyer des articles, qui sont regroupés dans la section «WebEncyclo contributif». Après avoir été libre, l'accès est ensuite soumis à une inscription préalable gratuite.

La version web de l'Encyclopaedia Universalis est elle aussi mise en ligne en décembre 1999, ce qui représente un ensemble de 28.000 articles signés de 4.000 auteurs. Si la consultation est payante sur la base d'un abonnement annuel, de nombreux articles sont également en accès libre.

Le site Britannica.com est mis en ligne à la même date, en tant que première grande encyclopédie anglophone en accès libre. Le site propose l'équivalent numérique des 32 volumes de l'Encyclopaedia Britannica (15e édition), en complément de la version imprimée et de la version CD-Rom, toutes deux payantes. Le site web offre aussi une sélection d'articles issus de 70 magazines, un guide des meilleurs sites, un choix de livres, etc., le tout étant accessible à partir d'un moteur de recherche unique. En septembre 2000, le site fait partie des cent sites les plus visités du web. En juillet 2001, la consultation devient payante sur la base d'un abonnement annuel ou mensuel. Beaucoup plus tard, en 2009, Britannica.com ouvre son site à des contributeurs externes, avec inscription obligatoire pour écrire et modifier des articles.

# Les dictionnaires

Le premier grand dictionnaire de langue française en accès libre est le Dictionnaire universel francophone en ligne, qui répertorie 45.000 mots et 116.000 définitions tout en présentant «sur un pied d'égalité, le français dit "standard" et les mots et expressions en français tel qu'on le parle sur les cinq continents». Issu de la collaboration entre Hachette et l'AUPELF-UREF (devenu depuis l'AUF - Agence universitaire de la Francophonie), il est mis en ligne dès 1997 et correspond à la partie «noms communs» du dictionnaire imprimé disponible chez Hachette.

L'équivalent pour la langue anglaise est le site Merriam-WebsterOnLine, qui donne librement accès au Collegiate Dictionary, auCollegiate Thesaurus et à d’autres outils linguistiques.

En mars 2000, les 20 volumes de l'Oxford English Dictionary (OED) sont mis en ligne par l'Oxford University Press (OUP). La consultation du site est payante. Le dictionnaire bénéficie d'une mise à jour trimestrielle d'environ 1.000 entrées nouvelles ou révisées.

En mars 2002, deux ans après cette première expérience, l'Oxford University Press lance l'Oxford Reference Online (ORO), une vaste encyclopédie conçue cette fois directement pour le web et consultable elle aussi sur abonnement payant. Avec 60.000 pages et un million d'entrées, elle représente l'équivalent d'une centaine d'ouvrages de référence.

# Un dictionnaire bilingue

Conçu lui aussi directement pour le web, avec accès libre et gratuit, le Grand dictionnaire terminologique (GDT) est un dictionnaire bilingue français-anglais de trois millions de termes appartenant au vocabulaire industriel, scientifique et commercial. Sa mise en ligne en septembre 2000 est le résultat d'un partenariat entre l'Office québécois de la langue française (OQLF), auteur du dictionnaire, et Semantix, société spécialisée dans les solutions logicielles linguistiques.

Dès le premier mois, le GDT est consulté par 1,3 million de personnes, avec 60.000 requêtes par jour. La gestion du GDT est ensuite assurée par Convera Canada, avec 3,5 millions de requêtes mensuelles en février 2003. Une nouvelle version du GDT est mise en ligne en mars 2003. La gestion du dictionnaire est désormais assurée par l'OQLF lui-même, et non plus par une société prestataire, avec l’ajout du latin comme troisième langue.

2000 > LES AVENTURES DE STEPHEN KING

[Résumé] Maître du suspense de renommée mondiale, Stephen King est le premier auteur de best-sellers à se lancer dans l’aventure numérique. Dans un premier temps, en mars 2000, il décide de distribuer sa nouvelle «Riding The Bullet» uniquement en version numérique, avec 400.000 exemplaires téléchargés dans les premières vingt-quatre heures. Suite à ce succès à la fois médiatique et financier, l’auteur crée son propre site web en juillet 2000 pour auto-publier son roman épistolaire inédit «The Plant» en plusieurs épisodes. Les chapitres paraissent à intervalles réguliers et sont téléchargeables dans plusieurs formats (PDF, OeB, HTML, TXT). En décembre 2000, après la parution du sixième chapitre, l'auteur décide d'interrompre cette expérience, le nombre de téléchargements et de paiements ayant régulièrement baissé au fil des chapitres. L’auteur poursuit d’autres expériences numériques dans les années qui suivent, mais cette fois en partenariat avec son éditeur.

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Stephen King est le premier auteur de best-sellers à se lancer dans l’aventure numérique, malgré les risques commerciaux encourus, en tentant d’auto-publier un roman épistolaire sur le web indépendamment de son éditeur.

# Mars 2000

En mars 2000, Stephen King, maître du suspense de renommée mondiale, commence tout d’abord par distribuer uniquement sur l’internet sa nouvelle «Riding the Bullet», assez volumineuse puisqu’elle comprend 66 pages. Du fait de la notoriété de l’auteur et de la couverture médiatique de ce scoop, la publication de cette nouvelle sur le web est un succès immédiat, avec 400.000 exemplaires téléchargés lors des premières vingt-quatre heures dans les librairies en ligne qui la vendent au prix de 2,5 dollars US.

# Juillet 2000

En juillet 2000, fort de cette expérience prometteuse, Stephen King décide de se passer des services de Simon & Schuster, son éditeur habituel. Il crée son propre site web pour débuter l’auto-publication en épisodes de «The Plant», un roman épistolaire inédit. Ce roman raconte l’histoire d’une plante carnivore s’emparant d’une maison d’édition et lui promettant le succès commercial en échange de sacrifices humains. Le premier chapitre est téléchargeable dans plusieurs formats - PDF, OeB, HTML, TXT - pour la modeste somme d’un dollar, avec paiement différé ou paiement immédiat sur le site d’Amazon.

Dans une lettre aux lecteurs publiée sur son site à la même date, l’auteur raconte que la création du site, le design et la publicité lui ont coûté la somme de 124.150 dollars, sans compter sa prestation en tant qu’écrivain ni la rémunération de son assistante. Il précise aussi que la publication des chapitres suivants est liée au paiement du premier chapitre par au moins 75% des internautes.

«Mes amis, vous avez l’occasion de devenir le pire cauchemar des éditeurs, déclare-t-il dans sa lettre. Comme vous le voyez, c’est simple. Pas de cryptage assommant! Vous voulez imprimer l’histoire et en faire profiter un(e) ami(e)? Allez-y. Une seule condition: tout repose sur la confiance, tout simplement. C’est la seule solution. Je compte sur deux facteurs. Le premier est l’honnêteté. Prenez ce que bon vous semble et payez pour cela, dit le proverbe. Le second est que vous aimerez suffisamment l’histoire pour vouloir en lire davantage. Si vous le souhaitez vraiment, vous devez payer. Rappelez-vous: payez, et l’histoire continue; volez, et l’histoire s’arrête.»

Une semaine après la mise en ligne du premier chapitre, on compte 152.132 téléchargements, avec paiement par 76% des lecteurs. Certains paient davantage que le dollar demandé, allant parfois jusqu’à 10 ou 20 dollars pour compenser le manque à gagner de ceux qui ne paieraient pas, et éviter ainsi que la série ne s’arrête.

La barre des 75% est dépassée de peu, au grand soulagement des fans, si bien que le deuxième chapitre suit un mois après.

# Août 2000

En août 2000, dans une nouvelle lettre aux lecteurs, Stephen King annonce un nombre de téléchargements légèrement inférieur à celui du premier chapitre. Il en attribue la cause à une publicité moindre et à des problèmes de téléchargement. Si le nombre de téléchargements n’a que légèrement décru, le nombre de paiements est en nette diminution, les internautes ne réglant leur dû qu’une seule fois pour plusieurs téléchargements.

L’auteur s’engage toutefois à publier le troisième chapitre comme prévu, fin septembre, et à prendre une décision ensuite sur la poursuite ou non de l’expérience, en fonction du nombre de paiements. Ses prévisions sont de onze ou douze chapitres en tout, avec un nombre total de 1,7 million de téléchargements. Le ou les derniers chapitres seraient gratuits.

Plus volumineux avec 10.000 signes au lieu de 5.000 signes comme les précédents, les chapitres 4 et 5 passent à deux dollars. Mais le nombre de téléchargements et de paiements ne cesse de décliner, avec 40.000 téléchargements seulement pour le cinquième chapitre alors que le premier chapitre avait été téléchargé 120.000 fois, et paiement pour 46% des téléchargements seulement.

# Novembre 2000

Fin novembre, Stephen King annonce l’interruption de la publication pendant une période indéterminée, après la parution du sixième chapitre, téléchargeable gratuitement à la mi-décembre. «"The Plant" va retourner en hibernation afin que je puisse continuer à travailler, précise-t-il sur son site. Mes agents insistent sur la nécessité d’observer une pause afin que la traduction et la publication à l’étranger puissent rattraper la publication en anglais.» Mais cette décision semble d’abord liée à l’échec commercial de l’expérience.

Cet arrêt suscite de vives critiques. On oublie de reconnaître à l’auteur au moins un mérite, celui d’avoir été le premier à se lancer dans l’aventure, avec les risques qu’elle comporte. Entre juillet et décembre 2000, pendant les six mois qu’elle aura duré, nombreux sont ceux qui suivent les tribulations de «The Plant», à commencer par les éditeurs, quelque peu inquiets face à un médium qui pourrait un jour concurrencer le circuit traditionnel.


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