N’ayant plus rien à dire, M. Salvert se tut. Il n’aimait pas se dépenser en paroles inutiles. Assis dans un fauteuil du salon, devant le père et la mère de Jacquot, il attendait, maintenant, qu’on l’interrogeât.
« Résumons-nous, dit MmeLaurenty. Vous pensez que l’enfant n’a pas les nerfs solides ? »
M. Laurenty qui, par un tic habituel, mâchonnait une pointe de sa moustache brune, approuva la question, par un signe de tête.
Geoffroy Salvert les regarda d’un air étonné.
« Oh ! point du tout ! Madame, répondit-il. J’ai dû mal me faire comprendre. Sauf qu’il se montre d’une intelligence et d’une précocité remarquables, Jacquot me paraît être un enfant tout à fait normal. Il a du bon sens, de la curiosité ; il aime jouer et, quand il joue, semble bien ne penser qu’à son jeu. Je dis seulement qu’il est sensitif, que, parfois, au début d’une leçon, je dois m’ingénier pour le rappeler à lui. Les petits faits de la vie quotidienne l’émeuvent fortement, il en garde l’empreinte, il en souffre, il y songe, il y songe même trop longtemps. Jacquot manque tout à fait de cette puissance d’oubli que la plupart des enfants de son âge ont à un si haut degré. Mon observation ne va pas au delà et le trait que je vous signale est une particularité qui n’offre rien de morbide. »
Il se tut de nouveau.
M. Salvert avait parlé d’une voix calme et grave. Il tenait à ce que l’on comprît ses paroles, sans dépasser leur sens. On eût pu relever dans son langage cette même élégance froide qui se manifestait dans sa haute taille, vêtue de façon stricte. Il n’avait rien du pion de lycée.
« Oui, je comprends… dit MmeLaurenty lentement.
— Je vous demanderai la permission de me retirer, Madame, dit M. Salvert qui se leva.
— D’ailleurs, dit M. Laurenty en hésitant un peu sur les mots, d’ailleurs… nous reparlerons de ces choses. Mais… mais je vous remercie, monsieur Salvert.
— Au revoir, monsieur Salvert », dit MmeLaurenty.
M. Salvert prit congé. MmeLaurenty sonna le valet de chambre.
« Pascal, où est monsieur Jacquot ?
— Il est dans le bois, Madame. Monsieur Paul et MlleAlice sont venus. Il joue avec eux.
— C’est bien. »