XVII

« Oui, reste ici, mon petit. Allonge-toi sur le divan, si tu veux. Je vais jouer du piano. Ça ne t’ennuiera pas ?

— Oh ! non ! parrain ! »

Jacquot était venu demander à M. Périer des nouvelles de Lucienne, enrhumée depuis la veille. Ce ne serait rien ; elle aurait pu sortir ce jour même. Sans inquiétude désormais, il s’installa donc sur le divan, un coussin contre sa joue, et se prit à écouter.

C’était comme un appel qui commandait de venir, de venir vers autre part. Jacquot ne savait au juste vers où, mais il écoutait avec ravissement. « Oui, oui », murmurait-il. On lui parlait donc ? Et puis, des gens venaient, à travers une forêt. Ils tenaient de grands éventails. Ils l’emportaient, dans un hamac de cordes fines. Couché dans le hamac, il se laissait conduire, et les branches bruissaient, au-dessus de sa tête, en un bruissement très doux, et quelques oiseaux chantaient clair, un surtout, divinement ; et les esclaves qui portaient les éventails (des palmes vertes, ces éventails), l’éventaient comme fait la brise de mer, et, toujours, il allait plus loin ! Ah ! que les pas des porteurs étaient souples, sur la mousse ! De grandes fleurs embaumaient. Qu’il se sentait tranquille ! Qu’il se sentait heureux !

Oh ! que cela ne cesse jamais ! Loin des peines ! Toujours plus loin des peines ! Où donc ?

M. Périer s’arrêta de jouer. Brusquement, Jacquot se reprit. Il pleurait ! Il ne s’en était pas aperçu. L’enfant sécha ses larmes.

« Oh ! merci, parrain ! »

M. Périer ne lui connaissait pas ce regard. Il se souvint de Lucienne qui, certains soirs, s’amusait tranquillement dans un coin de la pièce, riait toute seule ou s’endormait, durant qu’il faisait gémir ou chanter le piano. Mais, cette petite figure extasiée…

« Ce que j’ai joué, le comprendrait-il ? »

Soudain, sans savoir pourquoi, M. Périer se sentit très triste.


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