XVIII

« Hélène, je descends en ville, je ne rentrerai que pour dîner.

— Avez-vous regardé le calendrier ?

— Non, ma chère ! Le 12 ?… Qu’offre-t-il de spécial ?

— C’est l’anniversaire de la naissance de Jacquot.

— Ah ! tiens ! c’est vrai ! Je lui achèterai quelque chose, en remontant, ce soir.

— Moi, j’y ai déjà pensé hier. »

M. Laurenty était de bonne humeur ; il se contenta de sourire et répondit aimablement :

« Hélène ! tu penses à tout ! »

Ce fut pour Jacquot une belle journée. Sa mère lui donna de très élégants mouchoirs, une douzaine, brodés dans le coin, d’un double chiffre ; M. Périer, trois livres, reliés en rouge, à tranches d’or, non pas de Jules Verne, cette fois, mais qui promettaient, à n’en juger que par leurs images, de passionnantes lectures. Enfin, M. Salvert arrivait à la villa, vers deux heures, chargé d’un très encombrant paquet : un aéroplane, un merveilleux aéroplane dont les ailes avaient, pour le moins, cinquante centimètres, et qui volerait, oui, qui volerait comme un oiseau. M. Salvert allait, tout de suite, expliquer le mécanisme à Jacquot, tout de suite, car on ne travaillerait pas aujourd’hui, bien entendu !

« Oh ! sortons ! monsieur Salvert ! Dans le pré des Pêcheurs, au tournant de la route, il y aura assez de place ! »

On alla chercher Lucienne et, tout l’après-midi, devant les gamins du quartier, rassemblés et pleins d’extase, on entendit des cris de joie.

A six heures, Jacquot, Lucienne et M. Salvert rentraient à la villa Mireille, essoufflés, poussiéreux, mais ravis. Jacquot s’essuyait le front avec un de ses nouveaux mouchoirs ; Lucienne n’en pouvait plus ; M. Salvert semblait exténué.

« Vous êtes bien aimable, monsieur Salvert, de vous dépenser ainsi ! lui dit MmeLaurenty.

— Oh ! vraiment, Madame, je crois m’être amusé autant que Jacquot. »

M. Laurenty n’arriva qu’à huit heures. En gagnant son étude, il avait passé chez le libraire qui donne sur la place d’Armes.

« Je voudrais un livre pour enfants, Mademoiselle.

— Un livre pour enfants ? Bibliothèque Rose ? ou bien un album ? nous en avons reçu hier de très jolis. Il y a des récits de voyages, et ce beau volume, voyez, Monsieur, à quarante francs, qui…

— Oh ! non ! Tenez, Mademoiselle, je prends celui-là. Combien vous dois-je ? Voilà, Mademoiselle. Faites-le envelopper, je vous prie. Oui, je le laisse. Je passerai ce soir. »

Jacquot attendait son père avec impatience.

« Un livre ! oh ! Papa ! quel bonheur ! »

Il ouvrit le paquet, regarda le dos du volume, le feuilleta.

« Ah !… oui…

— Quoi ? tu n’es pas content ?

— Je suis très content, Papa, mais c’est un vieux livre ; Parrain me l’avait déjà donné il y a longtemps, longtemps ! C’est pour les tout petits garçons. Ça ne fait rien, Papa, j’en ferai cadeau à Henri. »

Il sourit gentiment, mais MmeLaurenty eut aussi un sourire en regardant son mari, — un autre sourire.

« Ce sont des romans qu’il lui faut, maintenant, à ce gosse ? dit M. Laurenty, du Zola ? »

Et il sortit, en battant la porte.


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