« Ma douce amie,« Ecoute-moi, bien que j'aie des choses terribles à te dire. Je n'aurais jamais osé, de vive voix, sous le regard de tes chers yeux aimés. Peut-être suis-je venu à Paris surtout pour trouver du courage, le courage cruel dont j'ai besoin en ce moment.« Je vais partir, ma douce amie, pour très loin, pour si longtemps! Je pense faire un voyage d'études en Perse, presque une exploration. Cela durera huit ou dix mois… un an?… je ne sais. Il suffit que je te quitte pour avoir le cœur désolé. Mais il faut que je parte! Je dois te quitter. »
« Ma douce amie,
« Ecoute-moi, bien que j'aie des choses terribles à te dire. Je n'aurais jamais osé, de vive voix, sous le regard de tes chers yeux aimés. Peut-être suis-je venu à Paris surtout pour trouver du courage, le courage cruel dont j'ai besoin en ce moment.
« Je vais partir, ma douce amie, pour très loin, pour si longtemps! Je pense faire un voyage d'études en Perse, presque une exploration. Cela durera huit ou dix mois… un an?… je ne sais. Il suffit que je te quitte pour avoir le cœur désolé. Mais il faut que je parte! Je dois te quitter. »
Jacques s'interrompit.
« La perdre ainsi, songeait-il, c'est insensé! c'est indigne et monstrueux!… ce n'est pas vrai! »
« Ma douce amie, nous nous aimons avec tendresse, avec passion. J'aime tout en toi : ton corps, ton esprit, ta bonté, le charme qui vient de toi, le parfum qui émane de toi, et ce jeune regard, si beau! Pourtant, je te fais du mal, tu le sais! et j'ai peur, devant l'avenir d'angoisse et de douleur que tu te prépares en m'aimant. Marguerite, j'ai peur pour toi, j'ai peur aussi pour moi, j'ai peur du remords que j'aurai… car je te détruis, moi qui t'aime tant! et, à cela, il n'y a qu'un seul remède : nous séparer. »
« Ma douce amie, nous nous aimons avec tendresse, avec passion. J'aime tout en toi : ton corps, ton esprit, ta bonté, le charme qui vient de toi, le parfum qui émane de toi, et ce jeune regard, si beau! Pourtant, je te fais du mal, tu le sais! et j'ai peur, devant l'avenir d'angoisse et de douleur que tu te prépares en m'aimant. Marguerite, j'ai peur pour toi, j'ai peur aussi pour moi, j'ai peur du remords que j'aurai… car je te détruis, moi qui t'aime tant! et, à cela, il n'y a qu'un seul remède : nous séparer. »
« Mais, s'écria Jacques, nous séparer… les mots ont un sens, tout de même! Nous séparer, c'est me trouver loin d'elle, loin de son corps! ne plus sentir son bras nu autour de mon cou, ni ses jambes contre mes hanches! c'est ne plus l'entendre respirer près de moi, parler, rire, vivre à côté de moi, prendre du plaisir tout contre moi! »
Et Damien ne pouvait ni l'admettre, ni le concevoir. Il se répétait avec une obstination puérile que ce n'était pas vrai, et, ce disant, il ne savait pas, au juste, ce qu'il voulait dire.
Il écrivit encore.
« A l'époque où tu m'as connu, Marguerite, j'étais un pauvre être que ses nerfs tourmentaient, qui n'en pouvait plus, qui se serait, un jour, cassé la tête contre les murs. Tu lui as révélé cette joie d'aimer qu'il confondait jusqu'alors avec l'agrément d'un plaisir banal que l'on trouve sans peine et, par ton amour, tu l'as, je crois, humanisé. Il a repris goût à la vie, en apprenant de toi quel délice c'était que de vivre. Ah! Marguerite! tu ne peux deviner la façon nouvelle dont mon cœur battait quand tu me disais : « mon ami chéri! »
« A l'époque où tu m'as connu, Marguerite, j'étais un pauvre être que ses nerfs tourmentaient, qui n'en pouvait plus, qui se serait, un jour, cassé la tête contre les murs. Tu lui as révélé cette joie d'aimer qu'il confondait jusqu'alors avec l'agrément d'un plaisir banal que l'on trouve sans peine et, par ton amour, tu l'as, je crois, humanisé. Il a repris goût à la vie, en apprenant de toi quel délice c'était que de vivre. Ah! Marguerite! tu ne peux deviner la façon nouvelle dont mon cœur battait quand tu me disais : « mon ami chéri! »
Et Jacques se murmurait à lui-même :
« Tu entends! jamais plus elle ne te dira : « mon ami chéri! » jamais plus! »
« Je ne retournerai pas à la campagne avant mon départ et je te demande bien tendrement, bien humblement, de ne pas venir ici. Vois-tu, j'ai tout juste le courage qu'il me faut… tout juste, Marguerite! Tu paraîtrais devant moi, que je me jetterais aussitôt à tes genoux pour te demander pardon, et ce serait un misérable geste, vilain, un geste lâche!« Demeure chez toi, douce amie ; je dis chez toi, car je veux que tu vives dans cette propriété qui te plaît, à laquelle tu t'intéresses et que j'achèterai demain. Sois-en la fermière vaillante, bien portante, occupée de ses bêtes, de ses arbres, de ses fleurs. Tâche de t'y faire une vie tranquille… Ne m'oublie pas, garde-moi comme un souvenir auprès de toi… Je donnerai à Gautier des instructions pratiques pour qu'il te les transmette. Adieu, Marguerite! Sois heureuse, sans m'oublier! Adieu! »
« Je ne retournerai pas à la campagne avant mon départ et je te demande bien tendrement, bien humblement, de ne pas venir ici. Vois-tu, j'ai tout juste le courage qu'il me faut… tout juste, Marguerite! Tu paraîtrais devant moi, que je me jetterais aussitôt à tes genoux pour te demander pardon, et ce serait un misérable geste, vilain, un geste lâche!
« Demeure chez toi, douce amie ; je dis chez toi, car je veux que tu vives dans cette propriété qui te plaît, à laquelle tu t'intéresses et que j'achèterai demain. Sois-en la fermière vaillante, bien portante, occupée de ses bêtes, de ses arbres, de ses fleurs. Tâche de t'y faire une vie tranquille… Ne m'oublie pas, garde-moi comme un souvenir auprès de toi… Je donnerai à Gautier des instructions pratiques pour qu'il te les transmette. Adieu, Marguerite! Sois heureuse, sans m'oublier! Adieu! »
Il eut un grand gémissement douloureux qu'il ne pouvait retenir…
« Oh!… oh!… c'est vraiment comme si je me déchirais le cœur! »
« Et laisse-moi te dire encore une fois merci… Merci de m'avoir rendu la vie!… Adieu!… Je t'embrasse sur les yeux… Adieu… Dors, Marguerite.« A toi :«Jacques.»
« Et laisse-moi te dire encore une fois merci… Merci de m'avoir rendu la vie!… Adieu!… Je t'embrasse sur les yeux… Adieu… Dors, Marguerite.
« A toi :
«Jacques.»
Avec la dernière ligne, c'était le suprême effort. Il se mit à pleurer, à sangloter, à pleurer encore ; il sut ce que ces mots signifiaient : « fondre en larmes, » car, dans ses larmes, il se fondait vraiment tout entier, toute sa pensée s'y noyait, il n'était plus qu'un homme qui pleure. La fatigue aidant, il s'affaissa lentement sur son bureau, et le sommeil vint se mêler à lui, et ses larmes l'endormirent.
« Monsieur! voyons, Monsieur! Monsieur ne s'est donc pas couché? C'est vouloir tomber malade exprès, Dieu me pardonne! Rester comme ça toute une nuit sur ses bras croisés, sans même prendre un coussin, ça n'est vraiment pas raisonnable! »
Damien ouvrit les yeux.
« Monsieur va se coucher, j'espère!
— Quelle heure est-il?
— Sept heures ; j'allais ouvrir et balayer.
— Eh bien, Louis, sept heures, c'est une bonne heure pour se lever!
— Au moins, si Monsieur s'était amusé et qu'il serait revenu de Montmartre, ou même si Monsieur aurait bu! mais, sur ce bureau! et avec la fumée de cigarettes!…
— Tiens… oui… c'est drôle!
— Je ne trouve pas, Monsieur, et, sauf le respect que je lui dois, je puis dire que, si MlleMarguerite était ici, jamais elle n'aurait permis ça!
— Jamais, Louis, certainement… Non, je ne compte pas me coucher. Préparez-moi un bain et apportez mon café au lait.
— Oh! Monsieur me fait bien de la peine!
— Et à moi donc, mon brave Louis! » dit Jacques en s'étirant.
Le valet de chambre regarda son maître d'un air surpris, puis il se retira pour obéir aux ordres reçus.
Damien plia la lettre, la mit sous enveloppe, écrivit l'adresse, cacheta, timbra, et dit à Louis qui entrait, un plateau à la main :
« Louis, vous mettrez ceci à la poste. »
C'était fait… c'était fini… Jacques ne pouvait le croire ; il restait dans un état de stupeur singulière qui lui vidait l'âme en quelque sorte… C'était fini.
« Encore faut-il que M. Sandgate m'emmène avec lui… Non, de toutes façons, c'est fini! »
Louis repassait, entrant dans la chambre de Damien.
« Que portez-vous là, Louis?
— Une branche pour fixer à la tête du lit de Monsieur ; nous sommes au dimanche des Rameaux.
— Quel est ce feuillage-là?
— Du laurier, Monsieur, du beau. »
Peu d'instants plus tard, Jacques allait regarder la longue branche verte courbée à son chevet.
« Oui, dit-il, c'est beau, le laurier. »