Chapter 7

Les documents les plus graves, les plus essentiels, manquent à l’examen de la commission ; depuis un mois, elle prie, elle supplie qu’on les lui communique : elle n’a jamais pu les obtenir. Le rapport de M. Rouvier vient d’être distribué ; personne ne sait ce qu’il renferme :

M. Papon.— Aujourd’hui, vous êtes saisis du rapport. Ce rapport, le voici ; il nous a été distribué ce matin, il est très volumineux et je suis convaincu… (Bruit de conversations, qui couvre la voix de l’orateur).M. le Président.— Je vous prie, messieurs, de cesser ces conversations ; elles imposent à l’orateur une fatigue extrême, et vous me permettrez d’ajouter qu’elles en imposent une non moins grande au président. (Le silence se rétablit).M. Papon.— Le rapport vous a été distribué à l’ouverture de la séance et je crois qu’il n’y a dans cette enceinte que deux personnes qui en aient connaissance, M. le rapporteur et M. le ministre des travaux publics, qui a déclaré tout à l’heure qu’il le connaissait.M. Lebaudy.— Et vous aussi, vous le connaissez comme les autres membres de la commission !M. Maurice Rouvier,rapporteur. — Il vous a été lu !M. Papon.— Les membres de la commission — et j’en faisais partie — ont bien entendu la lecture rapide de votre rapport. Mais j’ai grand’peur qu’il n’y ait de très nombreuses lacunes dans ce rapport, de même qu’il y a eu de très nombreuses lacunes dans la discussion de la commission ; il est évident que les membres de la commission ne peuvent pas dire qu’à l’heure actuelle ils connaissent le rapport qui a été distribué.

M. Papon.— Aujourd’hui, vous êtes saisis du rapport. Ce rapport, le voici ; il nous a été distribué ce matin, il est très volumineux et je suis convaincu… (Bruit de conversations, qui couvre la voix de l’orateur).

M. le Président.— Je vous prie, messieurs, de cesser ces conversations ; elles imposent à l’orateur une fatigue extrême, et vous me permettrez d’ajouter qu’elles en imposent une non moins grande au président. (Le silence se rétablit).

M. Papon.— Le rapport vous a été distribué à l’ouverture de la séance et je crois qu’il n’y a dans cette enceinte que deux personnes qui en aient connaissance, M. le rapporteur et M. le ministre des travaux publics, qui a déclaré tout à l’heure qu’il le connaissait.

M. Lebaudy.— Et vous aussi, vous le connaissez comme les autres membres de la commission !

M. Maurice Rouvier,rapporteur. — Il vous a été lu !

M. Papon.— Les membres de la commission — et j’en faisais partie — ont bien entendu la lecture rapide de votre rapport. Mais j’ai grand’peur qu’il n’y ait de très nombreuses lacunes dans ce rapport, de même qu’il y a eu de très nombreuses lacunes dans la discussion de la commission ; il est évident que les membres de la commission ne peuvent pas dire qu’à l’heure actuelle ils connaissent le rapport qui a été distribué.

Et dans trois jours on va discuter ! Une huitaine est-elle de trop ?… Peine perdue ! LeCentrea fait son siège ;les Conventions sont nécessaires: c’est le ministre qui l’a dit :

Elles sont intimement liées au budget extraordinaire, elles sont liées aussi à la situation financière tout entière, elles sont liées au relèvement du marché financier, dont doivent se préoccuper légitimement tous ceux qui ont le juste souci des intérêts du pays.D’ailleurs, nous disons que ces Conventions financières ont stipulé pour l’État de tels avantages dans le présent et dans l’avenir qu’il y a opportunité à les adopter.

Elles sont intimement liées au budget extraordinaire, elles sont liées aussi à la situation financière tout entière, elles sont liées au relèvement du marché financier, dont doivent se préoccuper légitimement tous ceux qui ont le juste souci des intérêts du pays.

D’ailleurs, nous disons que ces Conventions financières ont stipulé pour l’État de tels avantages dans le présent et dans l’avenir qu’il y a opportunité à les adopter.

« Ce sont les Compagnies qui sont victimes ! C’est l’État qui les a dupées !… »

Oh ! alors, plus d’hésitation possible ! Qu’on se hâte ! Si les Compagnies allaient changer d’avis ? D’ailleurs, le motopportunitéa le don d’enlever le Centre. Et aussitôt les trois cents mameluks de la majorité, ces prétoriens de l’opportunisme votent sans vouloir rien entendre,comme un projet de loi d’intérêt local, ces fameuses Conventionsqui enchaînent les générations futures!…

Quels sont donc, grand Dieu !dans le présent et dans l’avenir, ces avantages tels qu’il y avait opportunité à les adopter?

Serait-ce par hasard la réduction des tarifs ?

Ah ! les tarifs ! Voilà la question palpitante ! Voilà ce qui importe au pays ! Le prix du transport des personnes et des biens : tout est là !

Il y a dix ans que nous nous occupons des chemins de fer : depuis sept ou huit ans, j’ai l’honneur de faire partie des commissions de chemins de fer ; la grande préoccupation de toutes ces commissions, jusqu’à présent, a été la question des tarifs. (Approbation sur plusieurs bancs à gauche). Tout le monde, les membres du Gouvernement eux-mêmes,l’honorable M. Raynal, quand il était membre de cette commission, M. Baïhaut qui en a été le rapporteur, ont été unanimes à déclarer que la question des tarifs est la question dominante des chemins de fer.Or, dans quelles conditions la commission a-t-elle eu à examiner, à discuter cette question des tarifs ? On a procédé de cette singulière façon : on a d’abord approuvé toutes les Conventions, puis on a lu à la commission de simples lettres émanant des directeurs des Compagnies, qui ne s’engagent à rien et font des promesses plus ou moins vagues, plus ou moins évasives ; et on nous a dit : Les Conventions acceptées, on traitera avec les Compagnies et on verra dans quelles conditions on réglera la question des tarifs. » (Discours de M. Papon, séance du 13 juillet).

Il y a dix ans que nous nous occupons des chemins de fer : depuis sept ou huit ans, j’ai l’honneur de faire partie des commissions de chemins de fer ; la grande préoccupation de toutes ces commissions, jusqu’à présent, a été la question des tarifs. (Approbation sur plusieurs bancs à gauche). Tout le monde, les membres du Gouvernement eux-mêmes,l’honorable M. Raynal, quand il était membre de cette commission, M. Baïhaut qui en a été le rapporteur, ont été unanimes à déclarer que la question des tarifs est la question dominante des chemins de fer.

Or, dans quelles conditions la commission a-t-elle eu à examiner, à discuter cette question des tarifs ? On a procédé de cette singulière façon : on a d’abord approuvé toutes les Conventions, puis on a lu à la commission de simples lettres émanant des directeurs des Compagnies, qui ne s’engagent à rien et font des promesses plus ou moins vagues, plus ou moins évasives ; et on nous a dit : Les Conventions acceptées, on traitera avec les Compagnies et on verra dans quelles conditions on réglera la question des tarifs. » (Discours de M. Papon, séance du 13 juillet).

Que ces simples lettres missives n’engageassent pas juridiquement les Compagnies, ce n’était pas seulement la croyance de M. Papon : c’était celle d’un grand nombre de ses collègues ; c’était celle de tous les esprits qui consentaient à réfléchir. Les journaux d’Outre-Rhin la partageaient : elle arrachait à l’un d’eux un cri de joie et de triomphe !… Rien ne trouble, rien ne déconcerte les sereines affirmations de M. Raynal :

Il est évident que l’engagement pris par un conseil d’administration, que des documents signés d’un président de conseil d’administration engagent la Compagnie d’une façon absolueet que, dès lors, comme les Compagnies elles-mêmes reconnaissaient qu’en matière de réductions de tarifs elles en étaient à leurs débuts, qu’elles faisaient aujourd’hui des réductions de tarifs qu’elles comptaient compléter si le jeu des Conventions ne venait pas leur imposer des sacrifices trop considérables, j’ai trouvé plus naturel d’accepter que les Compagnies ne fissent pas entrer dans le corps même de la Conventionles concessions définitives et absolument sérieusesqui sont consignées dans les documents dont vous avez pris connaissance.

Il est évident que l’engagement pris par un conseil d’administration, que des documents signés d’un président de conseil d’administration engagent la Compagnie d’une façon absolueet que, dès lors, comme les Compagnies elles-mêmes reconnaissaient qu’en matière de réductions de tarifs elles en étaient à leurs débuts, qu’elles faisaient aujourd’hui des réductions de tarifs qu’elles comptaient compléter si le jeu des Conventions ne venait pas leur imposer des sacrifices trop considérables, j’ai trouvé plus naturel d’accepter que les Compagnies ne fissent pas entrer dans le corps même de la Conventionles concessions définitives et absolument sérieusesqui sont consignées dans les documents dont vous avez pris connaissance.

Définitives et sérieuses, en effet, ces concessions ! L’avenir l’a bien montré ! Voici la lettre que, le 5 mai 1885, la Compagnie de Lyon adressait au ministère :

« Monsieur le Ministre, vous nous demandez des modifications au projet de tarif ; le premier point dont nous ne pouvons, malgré tout notre bon vouloir, vous laisser espérer l’acceptation, c’est le barême no1 de grande vitesse,que nous avions cru pouvoir promettre dans notre lettre de 1883 et que nous ajournons à des temps meilleurs. »

« Monsieur le Ministre, vous nous demandez des modifications au projet de tarif ; le premier point dont nous ne pouvons, malgré tout notre bon vouloir, vous laisser espérer l’acceptation, c’est le barême no1 de grande vitesse,que nous avions cru pouvoir promettre dans notre lettre de 1883 et que nous ajournons à des temps meilleurs. »

M. Raynal ne peut se plaindre ; on l’avait assez prévenu !…

Je ne puis vous donner lecture de toutes les plaintes désolées poussées par les chambres de commerce. Il faudrait une longue audience pour énumérer les mécomptes et les ruines, triste fruit d’une inexplicable étourderie. En voici un échantillon, rien qu’en ce qui touche Bordeaux. Je l’emprunte àla Victoire, journal dans lequel l’adversaire a confiance, puisqu’il m’en signifie les numéros (rires) :

« Les Conventions, a dit M. Raynal, sont le grand acte de mon règne. Par elles, nous sauvegardons la fortune publique et les intérêts de tous. »La Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, dont les nouveaux tarifs de transport sont en vigueur depuis le 20 septembre 1885 seulement, se charge de donner à M. Raynal le plus éclatant démenti.

« Les Conventions, a dit M. Raynal, sont le grand acte de mon règne. Par elles, nous sauvegardons la fortune publique et les intérêts de tous. »

La Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée, dont les nouveaux tarifs de transport sont en vigueur depuis le 20 septembre 1885 seulement, se charge de donner à M. Raynal le plus éclatant démenti.

M. Raynal.— Vous n’avez pas communiqué cela.

Mede Saint-Auban.— Je vous demande pardon ; je l’ai communiqué.

M. l’Avocat général.— C’est exact ; j’ai le document sous les yeux.

Mede Saint-Auban.— Je continue.

Les commerçants et industriels de Bordeaux vont avoir à faire la triste expérience de ce que coûte l’agiotage honteux auquel s’est livré M. Raynal.Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait 1.000 kilogrammes de savon à Marseille payait 34 fr. 45 de transport. Après les Conventions, le même commerçant paie le même objet 41 fr. 95, — soit 7 fr. 50 d’augmentation par chaque fraction de 1.000 kilogrammes de savon.Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait à Marseille des huiles de graines si employées dans l’industrie payait 38 fr. 15 de transport pour 1.000 kilogrammes. Après les Conventions, le même commerçant paie pour le même objet 45 fr. 55, — soit 5 fr. 40 d’augmentation pour chaque fraction de 1.000 kilogrammes d’huiles de graines.Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait à Nice 1.000 kilogr. d’huile d’olive payait 52 fr. 15 de transport. Après les Conventions, le même commerçant paie pour le même objet 62 fr. 55 de transport, — soit une augmentation de 10 fr. 40 pour le transport de chaque fraction de 1.000 kilogr. d’huile d’olive.Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait à Antibes 1.000 kilogr. de conserves alimentaires si employées par les petits ménages, payait 70 fr. 15 de transport. Après les Conventions, le même commerçant paie pour le même objet 82 fr. 55 de transport, — soit une augmentation de 12 fr. 48 pour le transport de chaque fraction de 1.000 kilogr. de conserves alimentaires.Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait 1.000 kilogr. de mercerie et bonneterie à Nîmes, payait 76 fr. 30 de transport. Après les Conventions, le même commerçant paie pour le même objet 81 fr. 60 de transport, soit une augmentation de 5 fr. 30 pour le transport de chaque fraction de 1.000 kilogr. de mercerie et bonneterie.Avant les Conventions, le négociant en vins de Bordeaux qui expédiait à sa clientèle de Marseille en franchise des barriques de vin payait pour un poids de 1.000 kilogr. 38 fr. 15 de transport. Après les Conventions, ce même commerçant devra payer pour le même objet 44 fr. 45, — soit une augmentation de 6 fr. 30 pour 1.000 kilogr.Nous pourrions généraliser les exemples. Tous les tarifs sont à l’avenant. C’est le P.-L.-M. qui a le premier mis en évidence les bienfaits des Conventions. Depuis quelques jours, les lettres de voiture ont dû renchérir d’une façon notable, sur tout son réseau. Demain ce sera le tour du Midi, de l’Orléans, de l’Ouest, à mettre en vigueur ces tarifs qui font tressaillir d’aise la haute banque et appauvrissent le commerce si éprouvé par des crises multiples.Le commerçant paiera plus cher les denrées qu’il emmagasine, le consommateur suera jusqu’au dernier sou pour acheter ces mêmes denrées.Ah ! monsieur Raynal, en face des Conventions honteuses et ruineuses que vous avez signées, tout le monde ne saurait avoir votre rondeur, votre jovialité, le cœur léger et l’audace dont vous vous plaisez à faire parade. Vous avez bien senti qu’il fallait fausser vos promesses pour éviter le soufflet dont les électeurs de Bordeaux vous auraient marqué au passage.Et maintenant discutez les chiffres que nous avons apportés. Ils sont écrits tout au long dans la brochure qui sert de barême à tous les agents de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée.

Les commerçants et industriels de Bordeaux vont avoir à faire la triste expérience de ce que coûte l’agiotage honteux auquel s’est livré M. Raynal.

Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait 1.000 kilogrammes de savon à Marseille payait 34 fr. 45 de transport. Après les Conventions, le même commerçant paie le même objet 41 fr. 95, — soit 7 fr. 50 d’augmentation par chaque fraction de 1.000 kilogrammes de savon.

Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait à Marseille des huiles de graines si employées dans l’industrie payait 38 fr. 15 de transport pour 1.000 kilogrammes. Après les Conventions, le même commerçant paie pour le même objet 45 fr. 55, — soit 5 fr. 40 d’augmentation pour chaque fraction de 1.000 kilogrammes d’huiles de graines.

Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait à Nice 1.000 kilogr. d’huile d’olive payait 52 fr. 15 de transport. Après les Conventions, le même commerçant paie pour le même objet 62 fr. 55 de transport, — soit une augmentation de 10 fr. 40 pour le transport de chaque fraction de 1.000 kilogr. d’huile d’olive.

Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait à Antibes 1.000 kilogr. de conserves alimentaires si employées par les petits ménages, payait 70 fr. 15 de transport. Après les Conventions, le même commerçant paie pour le même objet 82 fr. 55 de transport, — soit une augmentation de 12 fr. 48 pour le transport de chaque fraction de 1.000 kilogr. de conserves alimentaires.

Avant les Conventions, le commerçant de Bordeaux qui achetait 1.000 kilogr. de mercerie et bonneterie à Nîmes, payait 76 fr. 30 de transport. Après les Conventions, le même commerçant paie pour le même objet 81 fr. 60 de transport, soit une augmentation de 5 fr. 30 pour le transport de chaque fraction de 1.000 kilogr. de mercerie et bonneterie.

Avant les Conventions, le négociant en vins de Bordeaux qui expédiait à sa clientèle de Marseille en franchise des barriques de vin payait pour un poids de 1.000 kilogr. 38 fr. 15 de transport. Après les Conventions, ce même commerçant devra payer pour le même objet 44 fr. 45, — soit une augmentation de 6 fr. 30 pour 1.000 kilogr.

Nous pourrions généraliser les exemples. Tous les tarifs sont à l’avenant. C’est le P.-L.-M. qui a le premier mis en évidence les bienfaits des Conventions. Depuis quelques jours, les lettres de voiture ont dû renchérir d’une façon notable, sur tout son réseau. Demain ce sera le tour du Midi, de l’Orléans, de l’Ouest, à mettre en vigueur ces tarifs qui font tressaillir d’aise la haute banque et appauvrissent le commerce si éprouvé par des crises multiples.

Le commerçant paiera plus cher les denrées qu’il emmagasine, le consommateur suera jusqu’au dernier sou pour acheter ces mêmes denrées.

Ah ! monsieur Raynal, en face des Conventions honteuses et ruineuses que vous avez signées, tout le monde ne saurait avoir votre rondeur, votre jovialité, le cœur léger et l’audace dont vous vous plaisez à faire parade. Vous avez bien senti qu’il fallait fausser vos promesses pour éviter le soufflet dont les électeurs de Bordeaux vous auraient marqué au passage.

Et maintenant discutez les chiffres que nous avons apportés. Ils sont écrits tout au long dans la brochure qui sert de barême à tous les agents de la Compagnie Paris-Lyon-Méditerranée.

Agiotage honteux… Conventions ruineuses… Promesses fausses…Voilà comment vos journaux s’expriment ! A-t-on le droit, après cela, de parler de calculs controuvés et d’affirmations mensongères ? Je ne m’arrêterais pas si j’essayais d’en dresser la liste complète ; je n’aurais qu’à la puiser dans leJournal officiel, dans la sténographie de cette séance édifiante du 22 février 1889 où la Chambre semble étonnée de l’œuvre de 1883 et où chacun s’efforce, par ses reproches et par ses critiques, d’éviter une compromettante solidarité ; quand on l’a parcouru, ce compte rendu lamentable, quand on a lu toutes ces prières, toutes ces lamentations ; quand M. Thévenet — ce n’est plus le journalla Victoire— nous apprend qu’elles forment ungros volume, quand le même M. Thévenet nous indique les majorations énormes dont pâtissent nos commerçants, 40 p. 100pour les papiers, 50 p. 100pour les vins, quand il se fait l’écho des industriesqui jettent un cri d’alarme, enfin quand il révèle, au milieu de l’émotion générale, ce fait incroyable, inouï, qu’on a soumis les projets aux chambres de commerce, que celles-ci les ont renvoyés annotés, mais que les projets annotés se sont perdus en route, en sorte que l’homologation a porté sur d’autres tarifs ; quand on entend l’orateur célébrer la puissance des Compagnies ; à quoi M. Wickersheimer répond : « Oh ! une puissance depersuasionconsidérable ! » — on est pris d’une immense inquiétude, on se demande où l’on est, où l’on marche, où l’on va, et l’on comprend ce député qui appelle les Conventionsun Sedan économique plus désastreux que vingt batailles!

Sedan ! Nom funeste qui retentit dans nos cœurs comme un glas douloureux ! M. Raynal y a-t-il songé en signant les Conventions ? S’est-il assez souvenu de la défense nationale ? A-t-elle été l’objet de ses ardentes préoccupations ? Le 20 novembre 1883, il prononçait textuellement au Sénat ces paroles : « Plusieurs fois on a soumis le personnel des chemins de fer à une sorte de mobilisation ; les mécaniciens et les chauffeurs sont parfaitement au courant de ce qu’ils ont à faire en cas de guerre. » Eh bien ! des publicistes se sont livrés à cet égard à une sorte d’enquête ; voici les résultats qu’elle a donnés :

Compagnie de l’Ouest. — Paris, Saint-Lazare, Courcelles-Ceinture, Batignolles, Versailles, Bois-Colombes.« Jamais la Compagnie ne nous a instruits de ce que nous aurions à faire en cas de guerre.» Nous ignorons même s’il existe réellement des sections techniques et à quelle section nous appartenons. En outre, jamais nous n’avons été soumis à un essai de mobilisation quelconque. »Ouest.— (Lettre d’un conducteur)… « Je suis conducteur à l’Ouest, voilà huit ans que je voyage, je n’ai jamais vu aucune manœuvre faite dans les gares de chemins de fer.» Nous faisons partie du bataillon technique de l’Ouest et nous n’avons jamais reçu d’instruction pour le cas de guerre où de mobilisation. »Ceinture.— « … Nous sommes beaucoup d’employés à La Villette, je n’en connais pas un qui sache seulement ce qu’il aurait à faire au point de vue des chemins de fer en temps de guerre… »Nord.— (Lettre d’un mécanicien). « … Ma profession m’oblige à faire tous les jours des visites dans les gares et à y voir beaucoup d’agents, mais aucun, pas plus que moi, ne sait ce qu’il aurait à faire en cas de mobilisation. Aucune instruction ne nous a été donnée. Si nous avions la guerre demain, nous ne saurions de quel côté donner de la tête… »Nord.— « … Nous, soussignés, mécaniciens au chemin de fer du Nord, déclarons que :« 1oJamais il n’a été fait d’essai de mobilisation sur le réseau du Nord ;« 2oJamais la Compagnie n’a donné d’instruction à ses agents du service actif sur les fonctions qu’ils occuperaient en cas de guerre.« Si demain la guerre était déclarée, nous n’aurions même pas de charbon aux points stratégiques tels que Crépy, Soissons, Laon, et La Fère, qui sont complètement dépourvus.« A Crépy-en-Valois, un hangar a été construit pour l’embarquement des chevaux et de la troupe ; faute d’entretien, il est tombé en ruine. »

Compagnie de l’Ouest. — Paris, Saint-Lazare, Courcelles-Ceinture, Batignolles, Versailles, Bois-Colombes.

« Jamais la Compagnie ne nous a instruits de ce que nous aurions à faire en cas de guerre.

» Nous ignorons même s’il existe réellement des sections techniques et à quelle section nous appartenons. En outre, jamais nous n’avons été soumis à un essai de mobilisation quelconque. »

Ouest.— (Lettre d’un conducteur)… « Je suis conducteur à l’Ouest, voilà huit ans que je voyage, je n’ai jamais vu aucune manœuvre faite dans les gares de chemins de fer.

» Nous faisons partie du bataillon technique de l’Ouest et nous n’avons jamais reçu d’instruction pour le cas de guerre où de mobilisation. »

Ceinture.— « … Nous sommes beaucoup d’employés à La Villette, je n’en connais pas un qui sache seulement ce qu’il aurait à faire au point de vue des chemins de fer en temps de guerre… »

Nord.— (Lettre d’un mécanicien). « … Ma profession m’oblige à faire tous les jours des visites dans les gares et à y voir beaucoup d’agents, mais aucun, pas plus que moi, ne sait ce qu’il aurait à faire en cas de mobilisation. Aucune instruction ne nous a été donnée. Si nous avions la guerre demain, nous ne saurions de quel côté donner de la tête… »

Nord.— « … Nous, soussignés, mécaniciens au chemin de fer du Nord, déclarons que :

« 1oJamais il n’a été fait d’essai de mobilisation sur le réseau du Nord ;

« 2oJamais la Compagnie n’a donné d’instruction à ses agents du service actif sur les fonctions qu’ils occuperaient en cas de guerre.

« Si demain la guerre était déclarée, nous n’aurions même pas de charbon aux points stratégiques tels que Crépy, Soissons, Laon, et La Fère, qui sont complètement dépourvus.

« A Crépy-en-Valois, un hangar a été construit pour l’embarquement des chevaux et de la troupe ; faute d’entretien, il est tombé en ruine. »

La guerre ! Son image aurait dû se dresser sans cesse dans l’enceinte du Parlement pendant les débats relatifs auxConventions! Les chemins de fer ne seront-ils pas le tout de la mobilisation prochaine ? M. Raynal n’a pas songé à ce détail accessoire et personne n’en a soufflé mot ! Je crois entendre les accents d’un publiciste son collègue, un républicain comme lui, qui, au sortir de la Chambre, écrivait cette page indignée. Écoutez, messieurs, cela est intitulé : « La Préparation des désastres. » (Deus avertat omen !)

Non, ce n’est pas l’insulte qui nous vient aux lèvres au sortir de cette navrante journée ; je ne veux injurier ni cette Chambre, ni ce ministère, ni ces républicains ; la colère s’éteint avec la fin du débat : ce qui reste, c’est la tristesse, — j’allais dire, si mal inspiré que le mot paraisse, appliqué à la Patrie française, ce qui reste, c’est le désespoir.Comment ! des Conventions sont proposées qui règlent tout le régime des chemins de fer, l’arme la plus terrible de la guerre. Eh bien ! les Conventions sont faites par le ministre des travaux publics, en dehors de ses collègues ; et l’on en vient à ce fait public, notoire, avoué, incommensurable : la commission qui les examine ne consulte pas le ministre de la guerre ; des Français votent ces Conventions, un Français fait un rapport favorable, sans avoir consulté le ministre chargé de défendre le pays. Il n’est pas appelé, il n’a pas voix au chapitre. C’est un fait matériel. Et telle est sa situation qu’il ne dit pas, lui : « Vous ne m’appelez pas, c’est moi qui viens ! »Et alors, devant la Chambre, ayant à répondre à une question précise, nécessaire de M. Clemenceau, le ministre est obligé par une situationque nous n’apprécions pas, de se renfermer dans des réponses vagues. Et c’est M. Raynal, ministre des travaux publics, qui répond à sa place, c’est lui qui interprète, qui fait la réponse du ministre de la guerre…Ah ! nous l’avons trop vu aujourd’hui :Non, le Dieu d’Israël n’est plus le Dieu des armées… C’est le Dieu du dividende !Hélas ! nous sommes des vaincus. Et chez nos vainqueurs, qu’est-ce qui s’est donc passé ? En décembre 1879, un débat pareil s’agitait à la Chambre des seigneurs de Berlin. Il s’agissait de reprendre les voix ferrées à la haute banque. A-t-on vu un ministre des travaux publics parler pour le ministre de la guerre ? — Non, M. de Moltke a parlé. Il n’a pas attendu qu’on le questionnât. C’est lui qui a eu le rôle important dans la discussion. Il a dit son opinion sur l’exploitation des chemins de fer. M. de Moltke a quelque autorité en matière militaire. Nous sommes peut-être payés pour le savoir. Et qu’a-t-il dit ? Voici ses paroles :« Les chemins de fer constituent le plus puissant moyen d’action de la stratégie moderne. Rien n’est plus important que le transport rapide des troupes…, et il y a un avantage inappréciable à ce que le ministre de la guerre n’ait affaire qu’à une seule exploitation des chemins de fer. »Ainsi parla M. de Moltke à une chambre naturellement amie de privilèges. Eh bien ! après ces mots, il n’y eut plus de discussion. Et le rachat fut voté !Camille PELLETAN.

Non, ce n’est pas l’insulte qui nous vient aux lèvres au sortir de cette navrante journée ; je ne veux injurier ni cette Chambre, ni ce ministère, ni ces républicains ; la colère s’éteint avec la fin du débat : ce qui reste, c’est la tristesse, — j’allais dire, si mal inspiré que le mot paraisse, appliqué à la Patrie française, ce qui reste, c’est le désespoir.

Comment ! des Conventions sont proposées qui règlent tout le régime des chemins de fer, l’arme la plus terrible de la guerre. Eh bien ! les Conventions sont faites par le ministre des travaux publics, en dehors de ses collègues ; et l’on en vient à ce fait public, notoire, avoué, incommensurable : la commission qui les examine ne consulte pas le ministre de la guerre ; des Français votent ces Conventions, un Français fait un rapport favorable, sans avoir consulté le ministre chargé de défendre le pays. Il n’est pas appelé, il n’a pas voix au chapitre. C’est un fait matériel. Et telle est sa situation qu’il ne dit pas, lui : « Vous ne m’appelez pas, c’est moi qui viens ! »

Et alors, devant la Chambre, ayant à répondre à une question précise, nécessaire de M. Clemenceau, le ministre est obligé par une situationque nous n’apprécions pas, de se renfermer dans des réponses vagues. Et c’est M. Raynal, ministre des travaux publics, qui répond à sa place, c’est lui qui interprète, qui fait la réponse du ministre de la guerre…

Ah ! nous l’avons trop vu aujourd’hui :Non, le Dieu d’Israël n’est plus le Dieu des armées… C’est le Dieu du dividende !

Hélas ! nous sommes des vaincus. Et chez nos vainqueurs, qu’est-ce qui s’est donc passé ? En décembre 1879, un débat pareil s’agitait à la Chambre des seigneurs de Berlin. Il s’agissait de reprendre les voix ferrées à la haute banque. A-t-on vu un ministre des travaux publics parler pour le ministre de la guerre ? — Non, M. de Moltke a parlé. Il n’a pas attendu qu’on le questionnât. C’est lui qui a eu le rôle important dans la discussion. Il a dit son opinion sur l’exploitation des chemins de fer. M. de Moltke a quelque autorité en matière militaire. Nous sommes peut-être payés pour le savoir. Et qu’a-t-il dit ? Voici ses paroles :

« Les chemins de fer constituent le plus puissant moyen d’action de la stratégie moderne. Rien n’est plus important que le transport rapide des troupes…, et il y a un avantage inappréciable à ce que le ministre de la guerre n’ait affaire qu’à une seule exploitation des chemins de fer. »

Ainsi parla M. de Moltke à une chambre naturellement amie de privilèges. Eh bien ! après ces mots, il n’y eut plus de discussion. Et le rachat fut voté !

Camille PELLETAN.

Non, le Dieu d’Israël n’est plus le Dieu des armées, c’est le Dieu du dividende !…

Quand un des leaders de l’avant-garde républicaine parle ainsi du ministre qui conduit le gros de l’armée, faut-il s’étonner si le respect s’éloigne de ce ministre ? Faut-il s’étonner si les suspicions minent son œuvre ? Faut-il s’étonner que M. Vacher maudisse publiquement les écumeurs de la politique ? Faut-il s’étonner qu’un ingénieur distingué qualifie les conventions de « Conventionsscélérates» ?…

Ah ! — sauf M. Vacher et M. Laisant, qui gardent leurs convictions — les autres, à l’heure actuelle, renient tout leur passé ! Ils voudraient nier leurs paroles ! Du moins, ils les défigurent. — « J’ai dit : Conventionsscélérates, déclare l’ingénieur ; je voulais dire simplement : Conventionsregrettables; je n’ai été si nerveux dans mon qualificatif que parce que ma lettre était confidentielle. » — Fort bien, nous saurons maintenant que le motscélératdans une lettre confidentielle n’a que le sens deregrettable; peut-être en concluerons-nous queregrettabledans une lettre publique a le sens descélérat!… (Rires).

Et M. Pelletan, il y a six ans si sévère pour le Dieu d’Israël, écrit aujourd’hui des articles pour glorifier son culte, tandis que le fougueux M. Madier de Montjau dépose à l’instruction dans un style qui s’est singulièrement adouci depuis le mois de juillet 1883.

Tous mettent à absoudre leur ancienne victime autant de zèle que jadis à l’excommunier ! Et ces insinuations outrageantes qu’a soulevées le souffle de leur colère maintenant évanouie, ils en rejettent sur des faibles, sur des chétifs que leur parole a subornés, le poids trop lourd, paraît-il, pour leurs épaules parlementaires ! Soit. Mais reste à savoir si, en défendant, ils ne se condamnent pas ! Ou ils ont calomnié un innocent, ou ils innocentent un coupable ! Et si leur accusation d’autrefois n’était qu’un effet de leur haine, qu’est leur défense d’aujourd’hui, sinon un phénomène deconcentration!

Ils soupçonnaient dans leur journal ; ils soupçonnaient à la tribune : ils ne soupçonnent plus à la barre ; leur soupçon était donc sans valeur qu’il recule devant un serment !

Est-ce qu’ils s’imaginent, par hasard, qu’il suffit de chanter la palinodie pour biffer les anciens outrages, et que de tardives rétractations, fruit d’une paix menteuse, effacent les traits indélébiles que le papier a conservés !

Non ! Non ! Ils nous appartiennent, ces soupçons et ces outrages ! Ils sont notre sauvegarde ! Ils nous expliquent et nous excusent ! Sans eux, nous ne serions pas ici !… Quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse, ils subsistent et ils demeurent ! Ils forment une des cotes du dossier de l’avenir !

Ah ! croyez-moi, messieurs, l’avenir a des moyens de preuve qui ne ressemblent pas toujours à ceux des contemporains. Des choses, qui vous impressionnent, pèsent fort peu dans la balance. Il n’écoutera pas beaucoup les grandes Compagnies jurant solennellement à votre barre que M. David Raynal est innocent d’un crime qui, s’il avait été commis, serait avant tout le leur ! Il leur dira : Je vous refuse qualité pour vous faire avocats du ministre ; votre cause est la sienne : si vous entrez dans cette enceinte, c’est à côté de lui qu’il faut aller vous asseoir ! Et il détournera aussi les yeux de ce défilé de fonctionnaires affirmant avec pompe que la concussion est impossible et qu’ils gardent trop bien les ministères pour qu’un ministre soit corrompu !

Impossible, la concussion ! Grand Dieu ! Et depuis quand ? Jamais un homme public n’a reçu de pot-de-vin ? Jamais l’appétit personnel n’a étouffé sa conscience ?… Mais je connais des malheureux qu’on a salis dans l’histoire, dont les tristes héritiers meurent de douleur et de honte, et nous ne pouvons nous présenter dans les réunions publiques sans que les amis de M. Raynal couvrent de boue leur mémoire !… Elle est donc anéantie, la race des corrompus ? Il n’y a plus d’âmes vénales ? Elles attendaient, pour disparaître, ce temps d’honneur et de vertu ?… Mais regardez donc en arrière ! Il ne faut pas regarder bien loin !…

J’ai assisté à des spectacles étranges, messieurs ; j’ai vu des choses que, moi aussi, je ne croyais pas possibles ; et ceux de mes anciens qui m’ont suivi à cette époque ont pu lire plus d’une fois sur mon visage la trace de mes écœurements et de mes indicibles dégoûts !…

Il y a plus de pièces et de documents qu’on ne pense, messieurs ! Ils se trouvent enfouis dans des endroits ignorés où l’on ne peut pas les prendre, entre les mains de personnes qui se gardent d’en témoigner, parce qu’elles se sentent complices et redoutent les représailles !…

Je me rappelle avec angoisse ces terribles paroles jetées par MeLenté aux âmes apeurées qui faisaient autour d’un autre procès la conspiration du silence : « Rassurez-vous, bonnes gens, les dossiers ne s’ouvriront pas !… »

Ah ! peut-être resteront-ils muets, ces dossiers vengeurs qui mettraient à nu la turpitude d’une époque ! Peut-être demeureront-ils toujours dans la retraite au fond de laquelle les abrite le secret professionnel ou la lâcheté humaine !… A moins que, demain ou plus tard, quelque main indiscrète ou quelque ambition affolée n’en déchire la couverture et n’en jette les feuillets à la foule au risque de faire éclater, non plus un du ces pétards qui partent quotidiennement à nos oreilles, mais un formidable coup de tonnerre dont l’explosion fera crouler tout l’édifice !…

Que la justice de Dieu s’accomplisse, messieurs ! C’est son affaire et non la vôtre.

Et quant à la justice humaine, si les politiciens la veulent, ils se trompent de porte ici. Qu’ils s’adressent plus haut, à ceux qui les ont diffamés dans la presse, à la tribune du Parlement ! Qu’ils ne s’attaquent pas aux petits, aux impuissants, aux humbles ! Qu’ils n’offrent pas ce spectacle lamentable de gens qui, poursuivis par dix géants et par un nain, se cachent lâchement jusqu’à ce que les géants aient passé et tombent ensuite sur le nain auquel ils arrachent sa liberté et sa bourse pour se venger sur sa faiblesse de la peur atroce qu’ils ont eue !…

Pourquoi n’avoir pas pris les autres ? Pourquoi nous avoir choisis ? Ah ! je le sais ! Pour s’assurer une lutte inégale et se refaire à la veille des grandes élections une virginité politique avant de se présenter devant le corps électoral !…

Eh bien ! avocats généraux et bâtonniers peuvent se lever : je ne crois pas que le peuple les écoute. Il leur dira : Vos clients se trompent d’adversaires ; je ne leur permets point d’abuser d’un combat inégal pour fausser la page d’histoire qu’ils ne sauraient éviter ! Qu’ils demandent leurs comptes à d’autres, à leurs débiteurs véritables, à ceux qui ont des poumons pour répondre, du souffle pour les terrasser !…

Je ne sais pas, messieurs, quelles sont vos opinions ; je ne veux pas le savoir. Je ne suis pas un candidat ; je ne suis qu’un défenseur, et je vous dis que vous trahiriez la haute mission qui vous est confiée, si vous condamniez ces hommes pour donner à M. David Raynal un facile triomphe qu’il n’obtiendrait même pas, car votre verdict ne serait pour lui ni le verdict de l’Histoire, ni le verdict de la Patrie ! (Bravos et applaudissements prolongés).


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