IX
Marcant n'osait plus quitter cette salle à manger d'hôtel. Il attendait que l'Ibis Bleueût disparu à l'horizon, derrière Camarat. Et le yacht n'était encore que devant le Lion de Mer.
Dauphin, à peine à terre, avait pris une voiture qui le conduisit à Fréjus où il déjeunaen attendant le train. A Saint-Raphaël, il eût craint, malgré toutes les précautions, de rencontrer Marcant.
Georges attendait qu'il plût à son père de sortir. Il était impatient de voir la mer, d'y lancer son petit bateau, de le regarder en songeant à l'autre...
—Est-ce que nous sortons, papa?
—Pas encore.
Marcant fumait, silencieux. Georges se mit à étudier en détail son bateau.
—Il n'y manque rien, mon papa... C'est tout à fait comme sur le véritable!... Regarde!
Il arrangeait une corde, un bout de voile, mettait le gouvernail bien droit, et souvent revenait au nom écrit sur l'arrière, s'émerveillait de le lire, de l'épeler: I. B. I. S.I-bis,—Bleu. Il en examinait les moindres détails afin de l'identifier entièrement à l'autre, de bien s'imaginer complètement que c'était un vrai bateau, d'y retrouver, par la pensée, la maman qu'il adorait et dont l'absence inexplicable le laissait consterné.
Tout en jouant, il vint à se dire: «Papa aussi est bien malheureux!» Il eut le sentiment qu'il fallait maintenant moins parler de sa mère, puisqu'à chaque fois son papa semblait avoir plus de peine, fronçait le sourcil, devenait pâle... mais l'idée ne lui vint pas de renoncer à son jouet, de le cacher... Il lui sembla au contraire que, jouer avec, c'était la meilleure manière de penser à sa maman sans le dire, et, par conséquent, sans tourmenter son papa...
Toutes ces réflexions se faisaient jour avec lenteur dans sa petite âme qui s'agitait sur elle-même, s'efforçait vers la conscience, et y arrivait par brusques petites secousses douloureuses.