XIII
Le mois des roses jetait ses roses, avec des parfums nouveaux qui étaient des conseils impérieux. La folie de mai courait dans l'air. On voyait des papillons blancs se hasarder loin au-dessus du bleu des eaux. Les lilas, lourds de gouttes d'eau, faisaient courber les branches... Les odeurs et les couleurs claires parlaient de la fuite des matins heureux...
Pierre faisait remarquer à Elise tous ces jolis détails de saison. Il les commentait, les mêlait à ses paroles,—se mêlait lui-même pour elle à toutes choses.
Après les roses d'hiver, les roses de mai triomphaient, plus charnues, royalement belles, insolentes, comme méprisantes pour leurs sœurs fanées, et sachant bien qu'elles arrivaient au temps où, êtres et choses, tout est soumis à la force qui les rend belles.
Les bouquets qu'apportait Pierre provoquaient les soupirs d'Elise, qui y buvait, en les respirant, une gouttelette de rosée; et il lui venait un désir sauvage de fuite ailée, dans l'air libre où les parfums s'envolent...
En baisant une rose, un jour, elle éprouva une oppression qui la fit pâlir. Elle ne se connaissait plus. Elle attribuait ces vertiges au pays, à la mer, à la vertu des choses autour d'elle. Elle avait raison... Un amour matériel, quoique subtil, fluide, sortait de tout; de la terre même où travaillaient les racines en pleine sève; des bruyères roses et des tamaris; des pins salubres et des figuiers pâles... Tous les figuiers portaient maintenant, au bout de chacune de leurs branches encore nues, un jet de feuilles transparentes, tout neuf, tout tendre, et qui montait droit dans l'air bleu comme aux branches du chandeliermystique, les langues dardées d'une flamme d'or.