XXVII
Marcant se baissa, le prit dans ses bras, et fit, ainsi chargé, les cinq cents mètres qui le séparaient de la ville.
Tout en marchant il riait au petit, lui disait des choses drôles, l'agaçait gentiment, chatouillait son petit nez, ses lèvres, du fin bout de sa barbe. Et l'enfant se mit à rire aux éclats.
—Il y a longtemps, dis, petit père, que tu n'as pas ri comme ça avec ton Georges! cria-t-il tout à coup, au milieu des rires.—Tiens! ajouta-t-il, où allons-nous donc?...
Ils étaient au seuil du bureau télégraphique, à l'entrée de la ville, près du pont sur lequel, juste à ce moment, passait un train... Ce n'est qu'une fois dans le bureau que Marcant déposa à terre son cher fardeau.
Marcant, debout, écrivait.
—Est-ce que maman, dis, petit père, reviendra par le chemin de fer?
—Pour sûr, dit Marcant.
Il avait écrit ce télégramme:
Madame Elise Marcant, à bord de l'Ibis Bleu,rade Toulon.Venez.
Madame Elise Marcant, à bord de l'Ibis Bleu,rade Toulon.
Venez.
Denis Marcant.
Il reprit la feuille et ajouta:
Surtout, prévenez. Je serai gare.
Puis, ayant considéré cette phrase un instant, il l'effaça pour écrire:
Serez attendue gare.
Il lui semblait impossible de recevoir en personne, dans un lieu public, celle qu'il nepouvait plus ni désespérer, ni embrasser à son arrivée.
Le paysan Cauvin ne se doutait guère qu'il venait de sauver plusieurs êtres à la fois.
Tout exemple de dévouement est ainsi fécond à l'infini. Si toutes les moissons venaient à périr, moins un seul grain de blé, ce grain de blé tout seul suffirait bientôt à nourrir les mondes.