XX
Quand le pont fut passé, Marcant fit signe à la voiture qui les suivait de s'arrêter. Il s'assit au revers de la chaussée, sur les galets et sur le gravier, avec la mer devant lui, et il regarda, l'âme perdue, cet infini, toujours agité d'un grand remuement inutile.
Georges, autour de lui, continuait à courir, à gambader.
D'un côté toute la mer, et de l'autre cet homme, seul, assis sur le bord. Il la regardait, et dans son âme vide, cet infini tenait peu de place encore! Il lui semblait bizarre, ce désert affreux, incapable, malgré toutes ses puissances, de porter le pas d'un homme. L'audace d'y naviguer lui semblait perverse, et toujours châtiée. Une rêverie le prenait, où dominait le sentiment horrible de la folie de tout, du néant des activités qui, toutes, aboutissent à des naufrages... La mer? Ah! il n'avait pas besoin des cruautés inconscientes de son enfant, et de voir le petit bateau de Georges pour mieux sentir tous ses malheurs. La mer était là qui les lui rappelait sans cesse, avec chacune de ses vagues, avec chacun de ses murmures—avec son vide quand elle apparaissait déserte, avec ses bateaux quand surgissaient des voiles, avec son immensité redoutable, avec ses sourires et ses colères—abîme traître toujours, partout apparu de tous les points de ce pays horrible! Il allait décidément le quitter, ce pays. Il le détestait, maintenant. La visite d'aujourd'hui le décidait à fuir... «Elle est encore à bord de l'Ibis Bleu. C'est bien, qu'elle y reste! Qu'elle l'épouse même, cet homme, j'y consens. On divorcera à l'amiable, sous un prétexte... Je ne veux pas être vengé d'elle autrement que par ses remords qui sont poignants—je le sais aujourd'hui—et qui seront éternels...»
Quand il leva les yeux, pour chercher l'enfant, il le vit à quelque distance, en conversation réglée avec un pêcheur, au bord de l'Argens. C'était maître Saulnier.