SCENE II.

Oüy, mon frere en fut pris cet Automne dernier:Mais bien loin de s'en plaindre, il presche leurs loüangesObligé qu'il y fut par les faveurs estrangesQu'il receut de leur Chef le fameux Axala,Ou du moins de sa part, car luy n'estoit pas là:Mais dés qu'il sceut la prise & le nom de mon frere,Il dépescha vers luy sa premiere Galere,Et nous le renvoya par ceux qui l'avoient pris,Avec cent complimens, & vingt chevaux de prix.

Oüy, mon frere en fut pris cet Automne dernier:Mais bien loin de s'en plaindre, il presche leurs loüangesObligé qu'il y fut par les faveurs estrangesQu'il receut de leur Chef le fameux Axala,Ou du moins de sa part, car luy n'estoit pas là:Mais dés qu'il sceut la prise & le nom de mon frere,Il dépescha vers luy sa premiere Galere,Et nous le renvoya par ceux qui l'avoient pris,Avec cent complimens, & vingt chevaux de prix.

LEPANTE.

Je ne le connoy point, mais il est en estimeD'estre assez genereux, courtois & magnanime;Je le blame pourtant d'exercer un mestierIndigne d'un grand homme, & d'un courage altier.

Je ne le connoy point, mais il est en estimeD'estre assez genereux, courtois & magnanime;Je le blame pourtant d'exercer un mestierIndigne d'un grand homme, & d'un courage altier.

ISMENIE.

Possible jusqu'icy l'a-t'il fait par contrainte,Et sa necessité merite d'estre plainte.

Possible jusqu'icy l'a-t'il fait par contrainte,Et sa necessité merite d'estre plainte.

LEPANTE.

Je l'advoüe, & moy-mesme ayant fait comme luyJe devrois me servir de l'excuse d'autruy;Que je vous sçay bon gré d'avoir de la tendressePour les cœurs genereux que la Fortune oppresse,C'est par là que j'espere, & par là, que je croy,Que vous aurez encor quelques pensers pour moy.

Je l'advoüe, & moy-mesme ayant fait comme luyJe devrois me servir de l'excuse d'autruy;Que je vous sçay bon gré d'avoir de la tendressePour les cœurs genereux que la Fortune oppresse,C'est par là que j'espere, & par là, que je croy,Que vous aurez encor quelques pensers pour moy.

ISMENIE.

Je serois trop ingrate, inconstante & blamable,Si pour estre moins grand vous m'estiez moins aymable,Vostre sort au contraire accroist mon amitiéPar ces tendres pensers qu'inspire la pitié,La perte d'un Estat que je causay moy-mesme,Ne doit pas empescher qu'un bon cœur ne vous ayme;C'est pourquoy (l'honneur sauf) esperez tout de nous,Comme si la Sicile estoit encore à vous.

Je serois trop ingrate, inconstante & blamable,Si pour estre moins grand vous m'estiez moins aymable,Vostre sort au contraire accroist mon amitiéPar ces tendres pensers qu'inspire la pitié,La perte d'un Estat que je causay moy-mesme,Ne doit pas empescher qu'un bon cœur ne vous ayme;C'est pourquoy (l'honneur sauf) esperez tout de nous,Comme si la Sicile estoit encore à vous.

LEPANTE.

Que j'espere, & Lypas, à qui l'on vous destine?

Que j'espere, & Lypas, à qui l'on vous destine?

ISMENIE.

Je luy feray si froide & si mauvaise mine,Que s'il n'est insensible il esteindra son feu.

Je luy feray si froide & si mauvaise mine,Que s'il n'est insensible il esteindra son feu.

LEPANTE.

Et s'il ne l'esteint pas?

Et s'il ne l'esteint pas?

ISMENIE.

Je m'en souciray peu.

Je m'en souciray peu.

LEPANTE.

Mais d'un frere engagé la puissance absoluëPeut rendre en sa faveur vostre ame irresoluë.

Mais d'un frere engagé la puissance absoluëPeut rendre en sa faveur vostre ame irresoluë.

ISMENIE.

Bien, Lepante, en ce cas vous me la resoudrez,Croyez qu'il n'en sera que ce que vous voudrez,Et que sur cet hymen, non plus que sur tout autre,Je ne suivray jamais de conseil que le vostre.Je pense pour tous deux en avoir assez dit.

Bien, Lepante, en ce cas vous me la resoudrez,Croyez qu'il n'en sera que ce que vous voudrez,Et que sur cet hymen, non plus que sur tout autre,Je ne suivray jamais de conseil que le vostre.Je pense pour tous deux en avoir assez dit.

LEPANTE.

Oüy, Madame.

Oüy, Madame.

EVANDRE.

O! bons Dieux, que l'amour enhardit.

O! bons Dieux, que l'amour enhardit.

LEPANTE.

Mais si l'on vous contraint, comme c'est l'apparence,Que deviendra Lepante avec son esperance?

Mais si l'on vous contraint, comme c'est l'apparence,Que deviendra Lepante avec son esperance?

ISMENIE.

Vous estes deffiant & pressant jusqu'au bout.

Vous estes deffiant & pressant jusqu'au bout.

LEPANTE.

Je le suis en effect, pource que je crains tout.

Je le suis en effect, pource que je crains tout.

ISMENIE.

Lepante encore un coup, je vous parle en ces termes;Les Cieux ne tournent point sur des Poles plus fermes,Qu'est le dessein que j'ay de ne manquer jamaisA ce que je vous dois, & que je vous promets:Mais joüez vostre jeu, je voy venir Armille.

Lepante encore un coup, je vous parle en ces termes;Les Cieux ne tournent point sur des Poles plus fermes,Qu'est le dessein que j'ay de ne manquer jamaisA ce que je vous dois, & que je vous promets:Mais joüez vostre jeu, je voy venir Armille.

LEPANTE.

Laissez-moy travailler: Ma personne en vaut mille,Et quiconque osera pretendre à vostre amour,Fust-il un autre Mars, il y perdra le jour;Mais puisque vous souffrez qu'un autre vous caresse,Adieu, je vay chercher ma premiere maistresse,

Laissez-moy travailler: Ma personne en vaut mille,Et quiconque osera pretendre à vostre amour,Fust-il un autre Mars, il y perdra le jour;Mais puisque vous souffrez qu'un autre vous caresse,Adieu, je vay chercher ma premiere maistresse,

ISMENIE.

Revenez, revenez.

Revenez, revenez.

LEPANTE.

Non, je n'en feray rien.

Non, je n'en feray rien.

ARMILLE, qui a entendu ce qu'il a dit.

Sa colere l'emporte.

Sa colere l'emporte.

EVANDRE.

Il l'entend assez bien.

Il l'entend assez bien.

ISMENIE.

Vous nous trouvez brouillez.

Vous nous trouvez brouillez.

ARMILLE.

Madame, il me le semble,Quand je vous ay quittez vous estiez mieux ensemble;Et d'où vient, s'il vous plaist, que vous estes si mal?

Madame, il me le semble,Quand je vous ay quittez vous estiez mieux ensemble;Et d'où vient, s'il vous plaist, que vous estes si mal?

ISMENIE.

Il s'est imaginé qu'il avoit un rival,Et depuis ce temps là je l'ay treuvé si rareQu'Evandre vous dira qu'il vaut mieux que Tenare,Pour moy je l'ayme mieux.

Il s'est imaginé qu'il avoit un rival,Et depuis ce temps là je l'ay treuvé si rareQu'Evandre vous dira qu'il vaut mieux que Tenare,Pour moy je l'ayme mieux.

EVANDRE.

Il me plaist plus aussi.

Il me plaist plus aussi.

ARMILLE.

Si bien que l'un & l'autre ont fort bien reussi,Vrayment j'en suis bien ayse estant cause en partieDu plaisant entretien qui vous a divertie.

Si bien que l'un & l'autre ont fort bien reussi,Vrayment j'en suis bien ayse estant cause en partieDu plaisant entretien qui vous a divertie.

ISMENIE.

Je le confesse, Armille, & je vous en sçay gré,Vous ne pouviez me plaire en un plus haut degré:Mais quitons ce discours, & me dites de graceSi mon frere & le Roy sont venus de la chasse?

Je le confesse, Armille, & je vous en sçay gré,Vous ne pouviez me plaire en un plus haut degré:Mais quitons ce discours, & me dites de graceSi mon frere & le Roy sont venus de la chasse?

ARMILLE.

Oüy, Madame, & de plus par moy fort bien instruitsDe l'humeur des Messieurs que je vous ay produits.

Oüy, Madame, & de plus par moy fort bien instruitsDe l'humeur des Messieurs que je vous ay produits.

ISMENIE.

Où les avez vous veus?

Où les avez vous veus?

ARMILLE.

Dans la cour de l'Ovale;Mais quand je suis venuë ils montoient à la salle.

Dans la cour de l'Ovale;Mais quand je suis venuë ils montoient à la salle.

ISMENIE.

Allez les donc chercher vous qui les gouvernez.

Allez les donc chercher vous qui les gouvernez.

EVANDRE.

Qui, Madame?

Qui, Madame?

ISMENIE.

Vos fous, & nous les ramenez.

Vos fous, & nous les ramenez.

EVANDRE.

Pour Tenare il accourt, si je puis le connestre,C'est luy, reste à treuver son fantasque de maistre,Qui ne manquera pas à se faire prier.

Pour Tenare il accourt, si je puis le connestre,C'est luy, reste à treuver son fantasque de maistre,Qui ne manquera pas à se faire prier.

TENARE, accourant tout effrayé.

ISMENIE.

Tenare, où courez-vous? qu'avez-vous à crier?

Tenare, où courez-vous? qu'avez-vous à crier?

TENARE.

Ce n'est rien.

Ce n'est rien.

ISMENIE.

Pourquoy donc faites-vous ce vacarme?

Pourquoy donc faites-vous ce vacarme?

TENARE, se tournant du costé d'où il est venu.

Poltrons, m'assassiner & me prendre sans armes,Vous estes des marauts.

Poltrons, m'assassiner & me prendre sans armes,Vous estes des marauts.

ARMILLE.

En effect ils ont tort.

En effect ils ont tort.

TENARE.

Vous sçavez que Celie & moy nous aymons fort.

Vous sçavez que Celie & moy nous aymons fort.

ISMENIE.

Tres-bien, & que Felice en est mesme jalouse.

Tres-bien, & que Felice en est mesme jalouse.

TENARE.

Justement, elle enrage, & veut que je l'espouse;Mais me treuvant trop ferme en ma premiere amour,Elle veut de dépit me faire un mauvais tourPar ces deux assassins qui m'ont pris par derriere.

Justement, elle enrage, & veut que je l'espouse;Mais me treuvant trop ferme en ma premiere amour,Elle veut de dépit me faire un mauvais tourPar ces deux assassins qui m'ont pris par derriere.

ISMENIE.

C'est mon frere & le Roy qui se donnent carriere.

C'est mon frere & le Roy qui se donnent carriere.

ARMILLE.

Sans doute, & les voicy.

Sans doute, & les voicy.

DORANTE, LYPAS.

LYPAS.

Nous le treuverrons bien.

Nous le treuverrons bien.

TENARE.

A l'ayde, au meurtre.

A l'ayde, au meurtre.

ISMENIE.

Ils ne vous feront rien,Demeurez prés de moy: Seigneurs, je vous suplie,Permettez avec moy qu'il espouse Celie.

Ils ne vous feront rien,Demeurez prés de moy: Seigneurs, je vous suplie,Permettez avec moy qu'il espouse Celie.

DORANTE.

Puisque c'est un hymen que vous avez permis,Il est juste, & dés-là nous sommes ses amis.

Puisque c'est un hymen que vous avez permis,Il est juste, & dés-là nous sommes ses amis.

TENARE.

Je suis le vostre aussi; mais jamais de Felice.

Je suis le vostre aussi; mais jamais de Felice.

FELICE, CELIE.

ISMENIE.

Aprochez l'une & l'autre, on vous a fait justice,Celie est à Tenare.

Aprochez l'une & l'autre, on vous a fait justice,Celie est à Tenare.

CELIE.

O favorable arrest!

O favorable arrest!

ISMENIE.

Pour vous n'y songez plus.

Pour vous n'y songez plus.

FELICE.

Jamais puis qu'il vous plaist;Mais j'en mourray d'ennuy.

Jamais puis qu'il vous plaist;Mais j'en mourray d'ennuy.

TENARE.

Dy d'amour & de rage,Jalouse.

Dy d'amour & de rage,Jalouse.

LYPAS.

Il est bien fou.

Il est bien fou.

ARMILLE.

L'autre l'est davantage;Car outre qu'il s'estime aussi grand Roy que vous,C'est qu'il traite Madame en Amoureux jaloux:Le voicy, mais sans rire admirons son entrée.

L'autre l'est davantage;Car outre qu'il s'estime aussi grand Roy que vous,C'est qu'il traite Madame en Amoureux jaloux:Le voicy, mais sans rire admirons son entrée.

LEPANTE, faisant le fasché & l'imperieux.

Quelle sorte de gens ay-je icy rencontrée,Evandre?

Quelle sorte de gens ay-je icy rencontrée,Evandre?

ISMENIE.

Aprochez, Sire, & ne vous faschez pas,Le plus proche de vous est le grand Roy Lypas,Et l'autre mon parent.

Aprochez, Sire, & ne vous faschez pas,Le plus proche de vous est le grand Roy Lypas,Et l'autre mon parent.

LEPANTE.

Pour l'un je le respecte;Mais j'ay de ce Lypas la presence suspecte;J'ayme vostre parent, & suis son serviteur;Pour l'autre je le hay comme un usurpateur,Qui veut s'aproprier mon bien & ma Maistresse.

Pour l'un je le respecte;Mais j'ay de ce Lypas la presence suspecte;J'ayme vostre parent, & suis son serviteur;Pour l'autre je le hay comme un usurpateur,Qui veut s'aproprier mon bien & ma Maistresse.

LYPAS.

Et quel tiltre, & quel droit vous donne la Princesse?

Et quel tiltre, & quel droit vous donne la Princesse?

LEPANTE, parlant tousjours sous le nom du Roy Nicas.

Ma longue affection, mon immuable foy,Elle enfin qui m'accepte, & qui se donne à moy.

Ma longue affection, mon immuable foy,Elle enfin qui m'accepte, & qui se donne à moy.

DORANTE.

Sire, essayez de grace à le mettre en colere.

Sire, essayez de grace à le mettre en colere.

LYPAS.

Vous ne meritez pas un si digne salaire,A moy seul apartient l'honneur de la servir,Et c'est moy, Roytelet, qui vous la veux ravir.

Vous ne meritez pas un si digne salaire,A moy seul apartient l'honneur de la servir,Et c'est moy, Roytelet, qui vous la veux ravir.

LEPANTE.

Avant que cela soit j'y perdray trente Princes;Dont le moindre commande à trois grandes Provinces.

Avant que cela soit j'y perdray trente Princes;Dont le moindre commande à trois grandes Provinces.

TENARE.

Il parle de ses Chefs, & de nos grands vaisseaux.

Il parle de ses Chefs, & de nos grands vaisseaux.

DORANTE.

Mais, Sire, où tenez-vous ces Princes vos vassaux?

Mais, Sire, où tenez-vous ces Princes vos vassaux?

LEPANTE.

A deux doigts de la mort, chez Mars & La Fortune.

A deux doigts de la mort, chez Mars & La Fortune.

LYPAS.

Je croy que vostre Empire est subjet à la Lune.

Je croy que vostre Empire est subjet à la Lune.

LEPANTE.

Tu pourrois dire encor qu'il est sujet au vent,Afin que ton mépris me picquast plus avant:Mais sçache, Roy Lypas, que si j'entre en furieJe te feray quiter la Mer de Ligurie,Et que si desormais tu disputes mon bienL'Empire que tu dis me donnera le tien.

Tu pourrois dire encor qu'il est sujet au vent,Afin que ton mépris me picquast plus avant:Mais sçache, Roy Lypas, que si j'entre en furieJe te feray quiter la Mer de Ligurie,Et que si desormais tu disputes mon bienL'Empire que tu dis me donnera le tien.

EVANDRE.

Ils ne l'entendent pas.

Ils ne l'entendent pas.

TENARE.

Non je vous en asseure.

Non je vous en asseure.

LYPAS.

Vrayment il est bien fou.

Vrayment il est bien fou.

LEPANTE.

Je voy bien à cet' heure,Chacun est partisan de sa prosperité;Mais bien-tost les rieux seront de mon costé.

Je voy bien à cet' heure,Chacun est partisan de sa prosperité;Mais bien-tost les rieux seront de mon costé.

DORANTE.

Sa colere est trop grande, il faut que je l'apaise:Vous jetter dans la guerre, ah! Sire, aux Dieux ne plaise;Deux grand Roys comme vous n'en viendroient pas aux mainsSans troubler le repos du reste des humains;Non, non, pour le salut & de l'un de l'autre,Recevez ma parole, & me donnez la vostre,Que celuy de vous deux que choisira ma sœur,Sans dispute & sans trouble en sera possesseur,

Sa colere est trop grande, il faut que je l'apaise:Vous jetter dans la guerre, ah! Sire, aux Dieux ne plaise;Deux grand Roys comme vous n'en viendroient pas aux mainsSans troubler le repos du reste des humains;Non, non, pour le salut & de l'un de l'autre,Recevez ma parole, & me donnez la vostre,Que celuy de vous deux que choisira ma sœur,Sans dispute & sans trouble en sera possesseur,

LYPAS.

Soit, j'y consens.

Soit, j'y consens.

LEPANTE.

Et moy.

Et moy.

ISMENIE.

Puis que le faict m'importe,Et que mon frere mesme à mon choix se rapporte,Je ne rougiray point de dire devant tous,Que c'est le Roy Nicas que je veux pour Espoux.

Puis que le faict m'importe,Et que mon frere mesme à mon choix se rapporte,Je ne rougiray point de dire devant tous,Que c'est le Roy Nicas que je veux pour Espoux.

LYPAS.

Puisque je l'ay promis, il faut que je le quitte;Mais c'est à son bon-heur, plustost qu'à son merite,

Puisque je l'ay promis, il faut que je le quitte;Mais c'est à son bon-heur, plustost qu'à son merite,

PAGE, à Dorante.

Seigneur, un Estranger là-dehors vous attend,Pour vous donner, dit-il un pacquet important,Au reste son habit, sa mine & sa presance,Font croire que luy-mesme est homme d'importance.

Seigneur, un Estranger là-dehors vous attend,Pour vous donner, dit-il un pacquet important,Au reste son habit, sa mine & sa presance,Font croire que luy-mesme est homme d'importance.

LYPAS.

C'est possible un Courier de vostre Majesté,Roy Nicas.

C'est possible un Courier de vostre Majesté,Roy Nicas.

LEPANTE.

Il est vray, tu dis la verité,Roy Lypas.

Il est vray, tu dis la verité,Roy Lypas.

ARMILLE.

Il le dit comme il se l'imagine.

Il le dit comme il se l'imagine.

LYPAS.

Allons, nous verrons tous s'il a si bonne mine.

Allons, nous verrons tous s'il a si bonne mine.

DORANTE, ERPHORE.

ERPHORE.

Seigneur, quelque soupçon qui me tombe en l'esprit,Je veux croire pourtant qu'Axala vous escrit,Et qu'en cette hymenée il a l'effronterieDe disputer la palme au Roy de Ligurie;Mais vostre jugement n'a pas dequoy douterQue le plus grand des deux ne la doive emporter,Si bien que maintenant c'est à vous à connestreQuel rang tient ce Pirate, au prix du Roy mon Maistre.

Seigneur, quelque soupçon qui me tombe en l'esprit,Je veux croire pourtant qu'Axala vous escrit,Et qu'en cette hymenée il a l'effronterieDe disputer la palme au Roy de Ligurie;Mais vostre jugement n'a pas dequoy douterQue le plus grand des deux ne la doive emporter,Si bien que maintenant c'est à vous à connestreQuel rang tient ce Pirate, au prix du Roy mon Maistre.

DORANTE.

Je sçay quel est son rang, & quel celuy du Roy;Mais je suis obligé de luy garder la foy.

Je sçay quel est son rang, & quel celuy du Roy;Mais je suis obligé de luy garder la foy.

ERPHORE.

Mais la raison d'Estat vous deffend de le faire.

Mais la raison d'Estat vous deffend de le faire.

DORANTE.

Mais celle de l'honneur m'ordonne le contraire,Et d'autant que l'honneur m'est plus cher que le bien,Je le suy sans reserve & sans crainte de rien.

Mais celle de l'honneur m'ordonne le contraire,Et d'autant que l'honneur m'est plus cher que le bien,Je le suy sans reserve & sans crainte de rien.

ERPHORE.

Vous estiez en prison alors que vous promistes,Et vostre liberté deffait ce que vous fistes.

Vous estiez en prison alors que vous promistes,Et vostre liberté deffait ce que vous fistes.

DORANTE.

Je luy promis ma sœur dans ma captivité;Mais rien ne m'y força que sa civilité,Et croyant que possible il éprouvoit la mienne,Je luy donnay la foy qu'il faut que je luy tienne:Il est vray j'en fis trop, mais puisque je l'ay fait,Telle qu'est ma promesse elle aura son effait.

Je luy promis ma sœur dans ma captivité;Mais rien ne m'y força que sa civilité,Et croyant que possible il éprouvoit la mienne,Je luy donnay la foy qu'il faut que je luy tienne:Il est vray j'en fis trop, mais puisque je l'ay fait,Telle qu'est ma promesse elle aura son effait.

ERPHORE.

Pourquoy donc recevoir la parole d'un autre,Puisque le grand Corsaire avoit desja la vostre?

Pourquoy donc recevoir la parole d'un autre,Puisque le grand Corsaire avoit desja la vostre?

DORANTE.

Avant qu'à cette amour le Roy fut embarqué,Il avoit sceu la chose & s'en estoit mocqué;Dorante, me dit-il, cette galanterieNe doit pas arrester un Roy de Ligurie;C'est un trait de Pirate aussi vain qu'indiscret,Et, si vous m'en croyez vous le tiendrez secret:Je le creus, & ma sœur ne vient que de l'apprendrePar mon commandement, & la bouche d'Evandre.

Avant qu'à cette amour le Roy fut embarqué,Il avoit sceu la chose & s'en estoit mocqué;Dorante, me dit-il, cette galanterieNe doit pas arrester un Roy de Ligurie;C'est un trait de Pirate aussi vain qu'indiscret,Et, si vous m'en croyez vous le tiendrez secret:Je le creus, & ma sœur ne vient que de l'apprendrePar mon commandement, & la bouche d'Evandre.

ERPHORE.

Ce pretexte de foy me semble un peu leger;Car ou vous nous trompiez, ou sans ce messagerNostre hymen dans huict jours estoit prest à ce faire.

Ce pretexte de foy me semble un peu leger;Car ou vous nous trompiez, ou sans ce messagerNostre hymen dans huict jours estoit prest à ce faire.

DORANTE.

Je l'advoüe.

Je l'advoüe.

ERPHORE.

Ainsi vous trompiez le Corsaire.

Ainsi vous trompiez le Corsaire.

DORANTE.

Point, je pouvois le faire & sauver mon honneur.

Point, je pouvois le faire & sauver mon honneur.

ERPHORE.

Comment?

Comment?

DORANTE.

J'ay son escrit, voyez-en la teneur.

J'ay son escrit, voyez-en la teneur.

Dorante, il y a quatre mois que vous promistes à mon Lieutenant Artaxes, que vous m'accorderiez pour femme vostre sœur unique la Princesse Ismenie, à la premiere semonce que vous en recevriez de ma part, & que vous jurastes entre ses mains par l'ame de vostre Pere, que vous me la donneriez si dans un mois apres je venois vous la demander en personne dans vostre ville de Marseille: Je vous asseure donc que vous m'y verrez au plustost, pour vous sommer moy-mesme de l'execution de vostre promesse. C'est la rançon que je vous demande, & vous ne pouvez me refuser sans offencer les Dieux, & perdre parmy les hommes la reputation où vous estes du plus loyal & du plus genereux Prince de la terre.

AXALA.

A ces conditions, vous voyez bien Erphore,Que tantost, l'honneur sauf, je le pouvois encore,Et non plus maintenant qu'il l'a fait demander.

A ces conditions, vous voyez bien Erphore,Que tantost, l'honneur sauf, je le pouvois encore,Et non plus maintenant qu'il l'a fait demander.

ERPHORE.

Vostre Altesse, Seigneur, me doit donc accorder,A voir comme Axala prit mal son asseurance,Que si la chose est vraye elle a peu d'aparence;Car pour ses seuretez il estoit à son choixDe vous prescrire encor de plus estroites loix,Et vous obliger mesme à cette tyrannieDe luy mener chez luy vostre sœur Ismenie,Et ne l'ayant pas fait.

Vostre Altesse, Seigneur, me doit donc accorder,A voir comme Axala prit mal son asseurance,Que si la chose est vraye elle a peu d'aparence;Car pour ses seuretez il estoit à son choixDe vous prescrire encor de plus estroites loix,Et vous obliger mesme à cette tyrannieDe luy mener chez luy vostre sœur Ismenie,Et ne l'ayant pas fait.

DORANTE.

Il fit plus sagement,Sa moderation surprit mon jugement,Je creus que ce galand & genereux CorsaireMe menaçoit d'un coup qu'il ne voudroit pas faire,Et que sa vanité (comme il peut advenir)M'obligeoit à promettre, & non pas à tenir:Cependant s'il le veut, il faut que je le fasse,Et le grand Roy Lypas m'excusera de grace;C'est pourquoy, sage Erphore, allez le disposerA gouster la raison qui me doit excuser;Dites luy que pour moy (comme il est veritable)J'ay de son déplaisir un regret incroyable,Qu'apres un accident si digne de pitié,Je suis encor heureux d'avoir son amitié,Et que je perds assez perdant son alliance,Sans que mon mauvais sort m'oste sa bienveillance;Enfin obligez-moy de luy representerLe destin qui me force à la mécontenter,Puisque telle est pour moy ma parole donnéeTouchant ce malheureux & funeste hymenée.

Il fit plus sagement,Sa moderation surprit mon jugement,Je creus que ce galand & genereux CorsaireMe menaçoit d'un coup qu'il ne voudroit pas faire,Et que sa vanité (comme il peut advenir)M'obligeoit à promettre, & non pas à tenir:Cependant s'il le veut, il faut que je le fasse,Et le grand Roy Lypas m'excusera de grace;C'est pourquoy, sage Erphore, allez le disposerA gouster la raison qui me doit excuser;Dites luy que pour moy (comme il est veritable)J'ay de son déplaisir un regret incroyable,Qu'apres un accident si digne de pitié,Je suis encor heureux d'avoir son amitié,Et que je perds assez perdant son alliance,Sans que mon mauvais sort m'oste sa bienveillance;Enfin obligez-moy de luy representerLe destin qui me force à la mécontenter,Puisque telle est pour moy ma parole donnéeTouchant ce malheureux & funeste hymenée.

ERPHORE.

Seigneur, à dire vray, je souhaiterois bienQu'un autre luy donnast ce fascheux entretien;Car je ne doute point qu'il ne treuve bien dure,Et la chose elle-mesme, & vostre procedure,Il ayme la Princesse, & difficilementLa poura-t'il ceder à cette indigne Amant;Je tascheray pourtant d'empescher sa furie,Ou de la moderer.

Seigneur, à dire vray, je souhaiterois bienQu'un autre luy donnast ce fascheux entretien;Car je ne doute point qu'il ne treuve bien dure,Et la chose elle-mesme, & vostre procedure,Il ayme la Princesse, & difficilementLa poura-t'il ceder à cette indigne Amant;Je tascheray pourtant d'empescher sa furie,Ou de la moderer.

DORANTE.

Allez, je vous en prie,Et faites que le tout se passe à la douceur,O! Prince infortuné: Mais j'apperçoy ma sœur,Il faut pour quelque temps éviter ses approches,Ses plaintes, ses regrets, & ses justes reproches.

Allez, je vous en prie,Et faites que le tout se passe à la douceur,O! Prince infortuné: Mais j'apperçoy ma sœur,Il faut pour quelque temps éviter ses approches,Ses plaintes, ses regrets, & ses justes reproches.

ISMENIE, EVANDRE, CELIE.

ISMENIE.

Et pourquoy si long-temps m'a-t'il voulu cacherCe funeste secret?

Et pourquoy si long-temps m'a-t'il voulu cacherCe funeste secret?

CELIE.

De peur de vous fascher.

De peur de vous fascher.

ISMENIE.

Et me fasche-t'il moins qu'il ne m'auroit faschée?

Et me fasche-t'il moins qu'il ne m'auroit faschée?

CELIE.

Vous ayant jusqu'icy l'advanture cachée,Vous ne souffrez au moins que depuis aujourd'huy.

Vous ayant jusqu'icy l'advanture cachée,Vous ne souffrez au moins que depuis aujourd'huy.

ISMENIE.

Mais il m'eust preparée à souffrir mon ennuy,Au lieu qu'il me surprend, & qu'il fait que j'en meure.

Mais il m'eust preparée à souffrir mon ennuy,Au lieu qu'il me surprend, & qu'il fait que j'en meure.

EVANDRE.

Mais le Prince luy-mesme a creu jusqu'à cette heureQu'il ne devoit jamais vous parler de cela,Et que c'estoit un trait d'humeur d'Axala,Par tout assez fameux pour la galanterie,D'autant mieux qu'un Pirate à peine se marie,Sur tout un General, dont la perfectionEst de ne rien aymer que sa profession,Telle sorte de gens estimant qu'une fâmeRend un Chef moins hardy pour le fer & la flâme:Mais cetuy-cy, peut-estre, en est assez aymé,Et pour se marier, & pour estre estimé.

Mais le Prince luy-mesme a creu jusqu'à cette heureQu'il ne devoit jamais vous parler de cela,Et que c'estoit un trait d'humeur d'Axala,Par tout assez fameux pour la galanterie,D'autant mieux qu'un Pirate à peine se marie,Sur tout un General, dont la perfectionEst de ne rien aymer que sa profession,Telle sorte de gens estimant qu'une fâmeRend un Chef moins hardy pour le fer & la flâme:Mais cetuy-cy, peut-estre, en est assez aymé,Et pour se marier, & pour estre estimé.

ISMENIE.

Ainsi donc mon destin qui tousjours devient pire,De l'amour d'un grand Roy qui m'offroit un Empire,Me jette à la mercy d'un Corsaire effronté:O! Ciel qui n'as pour moy ny grace ny bonté,Quand adresseras-tu ta derniere tempesteSur ceste detestée & miserable teste?

Ainsi donc mon destin qui tousjours devient pire,De l'amour d'un grand Roy qui m'offroit un Empire,Me jette à la mercy d'un Corsaire effronté:O! Ciel qui n'as pour moy ny grace ny bonté,Quand adresseras-tu ta derniere tempesteSur ceste detestée & miserable teste?

EVANDRE.

Madame, bien souvent nous querellons les CieuxQuand pour nostre salut ils travaillent le mieux.

Madame, bien souvent nous querellons les CieuxQuand pour nostre salut ils travaillent le mieux.

ISMENIE.

Helas! & que font-ils pour me rendre contente?

Helas! & que font-ils pour me rendre contente?

EVANDRE.

Contre toute esperance, ils vous rendent Lepante,Afin de vous servir de rempart asseuréA soustenir l'assaut qui vous est preparé,Il sçait vostre advanture, & c'est par son adresseQue vous échaperez du danger qui vous presse:Car, à ce que je voy, le Prince est resoluD'user en vostre endroit d'un pouvoir absolu,Si bien que vostre mieux, apres la patience,C'est d'avoir en Lepante une entiere fiance:Il entre, ce me semble, & Felice avec luy.Monstrez-luy franchement vostre ame & vostre ennuy,Auparavant qu'Armille, ou quelqu'autre survienne.

Contre toute esperance, ils vous rendent Lepante,Afin de vous servir de rempart asseuréA soustenir l'assaut qui vous est preparé,Il sçait vostre advanture, & c'est par son adresseQue vous échaperez du danger qui vous presse:Car, à ce que je voy, le Prince est resoluD'user en vostre endroit d'un pouvoir absolu,Si bien que vostre mieux, apres la patience,C'est d'avoir en Lepante une entiere fiance:Il entre, ce me semble, & Felice avec luy.Monstrez-luy franchement vostre ame & vostre ennuy,Auparavant qu'Armille, ou quelqu'autre survienne.

LEPANTE, FELICE.

ISMENIE.

Si vostre affection est pareille à la mienneLepante; nous voicy les deux plus malheureuxQui jamais ayent souffert sous l'Empire amoureux;Le sort qui jusqu'icy pour nous faire la guerreSembloit se contenter des Tyrans de la terre,Nous suscite aujourd'huy les Monstres de la MerPour les joindre possible avec ceux de l'Enfer:Ce n'est plus à Lypas que je suis destinée,C'est au fier Axala que je seray donnée,Si par vostre conseil, ou par vostre valeur,Vous ne m'ostez bien-tost de ce pressant malheur,Je l'appelle pressant, puisque demain, peut-estre,Il viendra m'enlever des bords qui m'ont veu naistre,Pour vivre, comme il fait, des miseres d'autruy,A la mercy des flots, que je crains moins que luy,

Si vostre affection est pareille à la mienneLepante; nous voicy les deux plus malheureuxQui jamais ayent souffert sous l'Empire amoureux;Le sort qui jusqu'icy pour nous faire la guerreSembloit se contenter des Tyrans de la terre,Nous suscite aujourd'huy les Monstres de la MerPour les joindre possible avec ceux de l'Enfer:Ce n'est plus à Lypas que je suis destinée,C'est au fier Axala que je seray donnée,Si par vostre conseil, ou par vostre valeur,Vous ne m'ostez bien-tost de ce pressant malheur,Je l'appelle pressant, puisque demain, peut-estre,Il viendra m'enlever des bords qui m'ont veu naistre,Pour vivre, comme il fait, des miseres d'autruy,A la mercy des flots, que je crains moins que luy,

LEPANTE.

Mais si vous n'aviez pas le malheureux Lepante,Comment soustiendriez-vous cette fiere tourmente?Quel phare en cette nuict vous monstreroit le port?

Mais si vous n'aviez pas le malheureux Lepante,Comment soustiendriez-vous cette fiere tourmente?Quel phare en cette nuict vous monstreroit le port?

ISMENIE.

En cette extremité j'irois droit à la mort;Depuis qu'on m'a parlé d'une flâme nouvelle,Ma resolution a tousjours esté telle.

En cette extremité j'irois droit à la mort;Depuis qu'on m'a parlé d'une flâme nouvelle,Ma resolution a tousjours esté telle.

LEPANTE.

Et maintenant encor, qu'avez-vous resolu?

Et maintenant encor, qu'avez-vous resolu?

ISMENIE.

D'eslire le trépas que vous aviez esleu,D'aller du mesme endroit, & sur vos mesmes traces,Estouffer dans la Mer ma vie & mes disgraces.

D'eslire le trépas que vous aviez esleu,D'aller du mesme endroit, & sur vos mesmes traces,Estouffer dans la Mer ma vie & mes disgraces.

LEPANTE.

Ce n'est pas le chemin qu'il faut que vous suiviez,Lepante en sçait un autre, & veut que vous viviez.

Ce n'est pas le chemin qu'il faut que vous suiviez,Lepante en sçait un autre, & veut que vous viviez.

ISMENIE.

Considerez-moy donc comme une autre Andromede,Comme un autre Persée accourez à mon ayde,Et pour vous, & pour moy, taschez de me sauverDe ce Monstre Marin qui me veut enlever:Oüy, pour vous, & pour moy, remarquez mes paroles,Qui ne vous donnent point d'esperances frivoles.

Considerez-moy donc comme une autre Andromede,Comme un autre Persée accourez à mon ayde,Et pour vous, & pour moy, taschez de me sauverDe ce Monstre Marin qui me veut enlever:Oüy, pour vous, & pour moy, remarquez mes paroles,Qui ne vous donnent point d'esperances frivoles.

CELIE.

Les mots sont obligeants.

Les mots sont obligeants.

FELICE.

Et s'expliquent assez.

Et s'expliquent assez.

LEPANTE.

Vous m'obligez autant que vous m'embarrassez,Ayant bien de la peine à faire une responceDigne de ma fortune, & de vostre semonce;Vostre excessive amour se porte aveuglementA me combler de gloire & de contentement,Et l'excez de la mienne, à mon bon-heur contraire,Resiste à la faveur que vous me voulez faire,Sur le poinct de joüir d'un bien si desiré,Ma propre passion me rend consideré;Il est vray qu'au besoin il me seroit facileDe vous faire treuver un favorable azile,Où vous n'auriez à craindre en aucune façonQu'un frere vous forçast à payer sa rançon;Mais j'ay trop de courage, & vous m'estes trop cherePour vous enveloper dans ma propre misere:Quoy ne sçavez-vous pas, miracle de beauté,Que j'ay perdu ma gloire avec ma Royauté?Qu'en me precipitant, mon trône & ma fortuneTomberent avec moy d'une cheute commune?Que je n'ay plus de rang, ny plus de qualité,Et que jusque à mon nom, le sort m'a tout osté?

Vous m'obligez autant que vous m'embarrassez,Ayant bien de la peine à faire une responceDigne de ma fortune, & de vostre semonce;Vostre excessive amour se porte aveuglementA me combler de gloire & de contentement,Et l'excez de la mienne, à mon bon-heur contraire,Resiste à la faveur que vous me voulez faire,Sur le poinct de joüir d'un bien si desiré,Ma propre passion me rend consideré;Il est vray qu'au besoin il me seroit facileDe vous faire treuver un favorable azile,Où vous n'auriez à craindre en aucune façonQu'un frere vous forçast à payer sa rançon;Mais j'ay trop de courage, & vous m'estes trop cherePour vous enveloper dans ma propre misere:Quoy ne sçavez-vous pas, miracle de beauté,Que j'ay perdu ma gloire avec ma Royauté?Qu'en me precipitant, mon trône & ma fortuneTomberent avec moy d'une cheute commune?Que je n'ay plus de rang, ny plus de qualité,Et que jusque à mon nom, le sort m'a tout osté?

ISMENIE.


Back to IndexNext