N'importe, il me suffit que vous estes né Prince,Vostre moindre vertu vaut mieux qu'une Province,Et sans gloire, & sans bien, l'amour que j'ay pour vousMe rendra tout aysé vous ayant pour Espoux.
N'importe, il me suffit que vous estes né Prince,Vostre moindre vertu vaut mieux qu'une Province,Et sans gloire, & sans bien, l'amour que j'ay pour vousMe rendra tout aysé vous ayant pour Espoux.
CELIEà Felice.
Ah! ma sœur, son amour la rendra malheureuse.
Ah! ma sœur, son amour la rendra malheureuse.
LEPANTE.
Je reçois à genoux cette offre genereuse;Mais au moins pensez-y, je vous le dis encor,L'espoir est mon dernier & mon plus grand tresor:Je n'ay plus cet éclat, ces riches équipages,Ce nombre d'Officiers, cette suitte de Pages,Ny tous ces Courtisans que je soulois avoirEn l'estat florissant où vous m'avez pû voir.
Je reçois à genoux cette offre genereuse;Mais au moins pensez-y, je vous le dis encor,L'espoir est mon dernier & mon plus grand tresor:Je n'ay plus cet éclat, ces riches équipages,Ce nombre d'Officiers, cette suitte de Pages,Ny tous ces Courtisans que je soulois avoirEn l'estat florissant où vous m'avez pû voir.
ISMENIE.
Tant mieux, les grands Estats ont des grandes disgraces,Et la tranquilité suit les fortunes basses.
Tant mieux, les grands Estats ont des grandes disgraces,Et la tranquilité suit les fortunes basses.
LEPANTE.
Au reste ma retraite est au milieu des eaux,Dans le fonds de l'Egypte, & parmy les roseaux.
Au reste ma retraite est au milieu des eaux,Dans le fonds de l'Egypte, & parmy les roseaux.
ISMENIE.
Encor mieux, nous l'aurons comme je la souhaite.
Encor mieux, nous l'aurons comme je la souhaite.
LEPANTE.
O! Dieux, fut-il jamais une ame si parfaite.Mais vos filles, Madame?
O! Dieux, fut-il jamais une ame si parfaite.Mais vos filles, Madame?
ISMENIE.
Aurez-vous bien le cœurDe me suivre?
Aurez-vous bien le cœurDe me suivre?
FELICE.
Oüy, Madame.
Oüy, Madame.
ISMENIE.
Et vous?
Et vous?
CELIE.
Mieux que ma sœur.
Mieux que ma sœur.
FELICE.
Mieux que moy, grand mercy de vostre courtaisie,Pourquoy mieux, s'il vous plaist?
Mieux que moy, grand mercy de vostre courtaisie,Pourquoy mieux, s'il vous plaist?
ISMENIE.
Voyez leur jalousie.
Voyez leur jalousie.
LEPANTE.
Et le fidelle Evandre, on ne le compte pas.
Et le fidelle Evandre, on ne le compte pas.
EVANDRE.
Non, mais en quelques lieux que s'addressent vos pas,C'est un poinct resolu qu'il sera de la suitte,Ou qu'il empeschera vostre amoureuse fuitte.
Non, mais en quelques lieux que s'addressent vos pas,C'est un poinct resolu qu'il sera de la suitte,Ou qu'il empeschera vostre amoureuse fuitte.
ISMENIE.
Lepante, vous voyez, c'est maintenant à vousA treuver les moyens de nous enlever tous;Au reste pour du bien n'en soyez pas en peine,D'une seule ceinture, & d'une seule chaisne,Qui sont presentement tout ce que j'ay valant,Nous aurons six fois plus que ne vaut un talant.
Lepante, vous voyez, c'est maintenant à vousA treuver les moyens de nous enlever tous;Au reste pour du bien n'en soyez pas en peine,D'une seule ceinture, & d'une seule chaisne,Qui sont presentement tout ce que j'ay valant,Nous aurons six fois plus que ne vaut un talant.
LEPANTE.
Avant que commencer cette haute entreprise,Il faut, suivant la foy que vous m'avez promise,Que vous juriez encor par la sœur du Soleil,Que vous suivrez en tout mon ordre & mon conseil.
Avant que commencer cette haute entreprise,Il faut, suivant la foy que vous m'avez promise,Que vous juriez encor par la sœur du Soleil,Que vous suivrez en tout mon ordre & mon conseil.
ISMENIE.
Je le jure, & de plus, je t'exhorte, ô Diane,A vuider ton carquois sur ma teste prophaneSi je manque à tenir le serment que j'ay fait.
Je le jure, & de plus, je t'exhorte, ô Diane,A vuider ton carquois sur ma teste prophaneSi je manque à tenir le serment que j'ay fait.
LEPANTE.
O Dieux!
O Dieux!
ISMENIE.
Et bien Lepante, estes-vous satisfait?
Et bien Lepante, estes-vous satisfait?
LEPANTE.
Je le suis tout autant que j'ay sujet de l'estre;Mais il me reste encor à vous faire connestreQu'à vouloir procurer ma gloire & mon bon-heurVous perdez vostre frere en perdant vostre honneur;Si bien qu'à mon advis, vous ne sçauriez mieux faireQue de mettre en effait ce conseil salutaire,Espousez Axala.
Je le suis tout autant que j'ay sujet de l'estre;Mais il me reste encor à vous faire connestreQu'à vouloir procurer ma gloire & mon bon-heurVous perdez vostre frere en perdant vostre honneur;Si bien qu'à mon advis, vous ne sçauriez mieux faireQue de mettre en effait ce conseil salutaire,Espousez Axala.
ISMENIE.
Dieux! bons Dieux, qu'ay-je oüy?
Dieux! bons Dieux, qu'ay-je oüy?
CELIE.
O! ma sœur, est-il fou?
O! ma sœur, est-il fou?
FELICE.
Pour moy je croy qu'oüy.
Pour moy je croy qu'oüy.
ISMENIE.
Axala, dites-vous? que j'espouse un Pirate,Ame lasche, infidelle, & sur toutes ingrate,Ah conseil odieux!
Axala, dites-vous? que j'espouse un Pirate,Ame lasche, infidelle, & sur toutes ingrate,Ah conseil odieux!
LEPANTE.
Mais il est à proposPour le bien de Dorante, & pour vostre repos.
Mais il est à proposPour le bien de Dorante, & pour vostre repos.
ISMENIE.
Je ne suis point garant, ny n'entre en connoissanceD'une promesse injuste, & faite en mon absence,Et pour ce faux honneur, qui n'est qu'un peu de bruit,Si je le perds pour vous, vous en aurez le fruit;Parlez donc tout de bon.
Je ne suis point garant, ny n'entre en connoissanceD'une promesse injuste, & faite en mon absence,Et pour ce faux honneur, qui n'est qu'un peu de bruit,Si je le perds pour vous, vous en aurez le fruit;Parlez donc tout de bon.
LEPANTE.
Le Ciel me soit contraireSi vous y conviant je ne pense bien faire,Et si ma passion ne m'oblige à cela.
Le Ciel me soit contraireSi vous y conviant je ne pense bien faire,Et si ma passion ne m'oblige à cela.
ISMENIE.
Tu dis encor un coup que j'espouse Axala,Meschant?
Tu dis encor un coup que j'espouse Axala,Meschant?
EVANDRE.
Je n'entends point ce changement estrange.
Je n'entends point ce changement estrange.
ISMENIE.
O Ciel! en quel estat la Fortune me range:Mais ce n'est point le Ciel, ny la Fortune aussi,C'est la desloyauté de l'ingrat que voicy,Ou plustost ma bonté de qui je me doy plaindre,Apres le plus grand coup qui me pouvoit atteindre;En effait je m'accuse, & ne te blasme plus;Toute Amante qui s'offre est digne de refus,L'excez de mon amour trop prompte & trop brulante,A fait mourir la tienne, ou l'a rendu plus lente,Et le Ciel contre moy justement animéMe veut punir par toy de t'avoir trop aymé:Ce n'est pas toutesfois qu'une si belle fauteN'eust produit autre effect en une ame plus haute,Et que l'extréme ardeur de mon zele amoureuxN'eust confirmé l'amour dans un cœur genereux:Mais tu disois tantost devant la compagnie,Parlant de la Fortune & de sa tyrannie,Que jusques à ton nom elle t'a tout osté,Adjoustes-y le cœur, l'honneur & la bonté;L'un ou l'autre des trois t'eust defendu d'éclorreLe coupable dessein qui fait que je t'abhorre,Non pour m'avoir manqué de constance & de foy,Puisque c'est un defaut assez commun de soy;Et que peut-estre aussi ma beauté n'est pas telleQu'elle puisse arrester un esprit infidelle,Mais pour l'indignité de ton lasche conseil,En toute circonstance à nul autre pareil:Indiscret, impudent, desobligeant, infame,Et qui montre en un mot les vices de ton ame,Ingrat qui ne veut point d'un present de valeur,Afin d'en enrichir un illustre voleur;Cruel qui refusant une Princesse offerte,Veux encor par serment l'obliger à sa perte.
O Ciel! en quel estat la Fortune me range:Mais ce n'est point le Ciel, ny la Fortune aussi,C'est la desloyauté de l'ingrat que voicy,Ou plustost ma bonté de qui je me doy plaindre,Apres le plus grand coup qui me pouvoit atteindre;En effait je m'accuse, & ne te blasme plus;Toute Amante qui s'offre est digne de refus,L'excez de mon amour trop prompte & trop brulante,A fait mourir la tienne, ou l'a rendu plus lente,Et le Ciel contre moy justement animéMe veut punir par toy de t'avoir trop aymé:Ce n'est pas toutesfois qu'une si belle fauteN'eust produit autre effect en une ame plus haute,Et que l'extréme ardeur de mon zele amoureuxN'eust confirmé l'amour dans un cœur genereux:Mais tu disois tantost devant la compagnie,Parlant de la Fortune & de sa tyrannie,Que jusques à ton nom elle t'a tout osté,Adjoustes-y le cœur, l'honneur & la bonté;L'un ou l'autre des trois t'eust defendu d'éclorreLe coupable dessein qui fait que je t'abhorre,Non pour m'avoir manqué de constance & de foy,Puisque c'est un defaut assez commun de soy;Et que peut-estre aussi ma beauté n'est pas telleQu'elle puisse arrester un esprit infidelle,Mais pour l'indignité de ton lasche conseil,En toute circonstance à nul autre pareil:Indiscret, impudent, desobligeant, infame,Et qui montre en un mot les vices de ton ame,Ingrat qui ne veut point d'un present de valeur,Afin d'en enrichir un illustre voleur;Cruel qui refusant une Princesse offerte,Veux encor par serment l'obliger à sa perte.
CELIE.
Voyez, rien ne l'esmeut ce cœur dénaturé.
Voyez, rien ne l'esmeut ce cœur dénaturé.
ISMENIE.
Bien donc, puis qu'il te plaist, & que je l'ay juré,Je subiray la loy que ta rigueur m'impose;Mais un songe & cela sera la mesme chose,Tant la mort à l'hymen sera jointe de prés,Et le mirte amoureux au funeste cyprés:Adieu, separons-nous.
Bien donc, puis qu'il te plaist, & que je l'ay juré,Je subiray la loy que ta rigueur m'impose;Mais un songe & cela sera la mesme chose,Tant la mort à l'hymen sera jointe de prés,Et le mirte amoureux au funeste cyprés:Adieu, separons-nous.
CELIE.
Ah l'ingrat
Ah l'ingrat
ISMENIE.
Le barbare
Le barbare
LEPANTE.
Madame, encore un mot, & puis je me separe.
Madame, encore un mot, & puis je me separe.
ISMENIE.
Point, point, je ne veux plus ny te voir, ny t'oüir.
Point, point, je ne veux plus ny te voir, ny t'oüir.
LEPANTE.
Mais c'est pour un sujet qui vous peut resjoüir:La raison desormais, belle & grande Princesse,Veut qu'avec vostre erreur vostre colere cesse,Puisque le seul desir d'éprouver vostre amourM'avoit solicité de vous faire ce tour.
Mais c'est pour un sujet qui vous peut resjoüir:La raison desormais, belle & grande Princesse,Veut qu'avec vostre erreur vostre colere cesse,Puisque le seul desir d'éprouver vostre amourM'avoit solicité de vous faire ce tour.
ISMENIE.
Lepante, aucunefois le plus sage s'oublie.
Lepante, aucunefois le plus sage s'oublie.
LEPANTE.
Comment?
Comment?
ISMENIE.
Que deviendra le serment qui me lie?Car enfin j'ay juré d'espouser Axala,Et vous en faites jeu.
Que deviendra le serment qui me lie?Car enfin j'ay juré d'espouser Axala,Et vous en faites jeu.
LEPANTE.
Je ne dis pas cela:Je vous exhorte encor, autant que je vous ayme,D'espouser Axala, (c'est à dire moy-mesme)Moy-mesme qui pour moy vous l'avois conseillé.
Je ne dis pas cela:Je vous exhorte encor, autant que je vous ayme,D'espouser Axala, (c'est à dire moy-mesme)Moy-mesme qui pour moy vous l'avois conseillé.
ISMENIE.
Ne vous semble-t'il point que c'est assez raillé?
Ne vous semble-t'il point que c'est assez raillé?
LEPANTE.
Non, non, je ne feins plus, Axala c'est Lepante,Je cache sous ce nom ma fortune presente;Mais le Ciel destruira la trame que jourdis,Ou je seray bien-tost ce que je fus jadis.
Non, non, je ne feins plus, Axala c'est Lepante,Je cache sous ce nom ma fortune presente;Mais le Ciel destruira la trame que jourdis,Ou je seray bien-tost ce que je fus jadis.
ISMENIE.
O! grands Dieux quelle vie, & quelle destinée!
O! grands Dieux quelle vie, & quelle destinée!
FELICE.
O! ma sœur, qu'est-cecy?
O! ma sœur, qu'est-cecy?
CELIE.
J'en suis toute estonnée.
J'en suis toute estonnée.
EVANDRE.
Pour moy je me doutois de cette verité.
Pour moy je me doutois de cette verité.
ISMENIE.
De grace ostez-nous donc de cette obscurité.
De grace ostez-nous donc de cette obscurité.
LEPANTE.
Ce que je vous vay dire est le mesme mistereQue tantost par dessin je vous ay voulu taire;Je vous ay desja dit, & fait considerer,Que j'eus deux grands sujets de me desesperer,Et parmy quelles gens se conserva ma vie,Or voicy le destin dont elle fut suivie.Croyant avoir perdu mon Sceptre & mes amours,Je voulus perdre aussi mes miserables jours,Et dans ce desespoir fis des exploits estranges,Qui trouvent parmy nous leur prix & leurs loüanges;Enfin apres deux ans, ces hommes hazardeuxMe firent General de leurs vaisseaux & d'eux:Depuis, nostre pouvoir sur la terre & sur l'ondeS'est rendu formidable aux plus grands Roys du monde,Sous le nom d'Axala cachant tousjours le mienJ'ay gagné tant d'honneur, de credit & de bien,Qu'avec six vingt vaisseaux et soixante galeresJ'espere de r'entrer au trône de mes Peres,D'autant plus aysément que mes braves sujetsAyderont aux succez de mes justes projets:Demain avant le jour une puissante arméeDoit venir au signal d'une torche allumée,Par deux Siciliens qui sont de mon party;Et c'est pour leur parler que Tenare est sorty;Ainsi la force en main, & la faisant parestre,J'auray meilleure grace à me faire connestre.
Ce que je vous vay dire est le mesme mistereQue tantost par dessin je vous ay voulu taire;Je vous ay desja dit, & fait considerer,Que j'eus deux grands sujets de me desesperer,Et parmy quelles gens se conserva ma vie,Or voicy le destin dont elle fut suivie.
Croyant avoir perdu mon Sceptre & mes amours,Je voulus perdre aussi mes miserables jours,Et dans ce desespoir fis des exploits estranges,Qui trouvent parmy nous leur prix & leurs loüanges;Enfin apres deux ans, ces hommes hazardeuxMe firent General de leurs vaisseaux & d'eux:Depuis, nostre pouvoir sur la terre & sur l'ondeS'est rendu formidable aux plus grands Roys du monde,Sous le nom d'Axala cachant tousjours le mienJ'ay gagné tant d'honneur, de credit & de bien,Qu'avec six vingt vaisseaux et soixante galeresJ'espere de r'entrer au trône de mes Peres,D'autant plus aysément que mes braves sujetsAyderont aux succez de mes justes projets:Demain avant le jour une puissante arméeDoit venir au signal d'une torche allumée,Par deux Siciliens qui sont de mon party;Et c'est pour leur parler que Tenare est sorty;Ainsi la force en main, & la faisant parestre,J'auray meilleure grace à me faire connestre.
ISMENIE.
O Ciel! quels changements, & que nos advanturesTreuveront peu de foy chez les races futures.Mais j'oy venir quelqu'un;
O Ciel! quels changements, & que nos advanturesTreuveront peu de foy chez les races futures.Mais j'oy venir quelqu'un;
CELIE.
Madame c'est Lypas.
Madame c'est Lypas.
ISMENIE.
Dieux ostons-nous d'icy, qu'il ne m'y treuve pas.
Dieux ostons-nous d'icy, qu'il ne m'y treuve pas.
LYPAS, ERPHORE.
ERPHORE.
Enfin il m'a prié que je vous asseurasseQue le plus grand regret qu'il ait en sa disgrace,C'est de mécontenter un grand Roy comme vous,Qui rendroit son Estat considerable à tous:Mais qu'il est obligé de tenir sa parole.
Enfin il m'a prié que je vous asseurasseQue le plus grand regret qu'il ait en sa disgrace,C'est de mécontenter un grand Roy comme vous,Qui rendroit son Estat considerable à tous:Mais qu'il est obligé de tenir sa parole.
LYPAS.
Qu'il ne m'allegue plus cette excuse frivole,Il n'est pas hebeté ny foible jusqu'au pointDe se picquer d'honneur pour ceux qui n'en ont point,Sur tout en l'interest d'un Prince de ma sorte,Où la raison d'Estat doit estre le plus forte.
Qu'il ne m'allegue plus cette excuse frivole,Il n'est pas hebeté ny foible jusqu'au pointDe se picquer d'honneur pour ceux qui n'en ont point,Sur tout en l'interest d'un Prince de ma sorte,Où la raison d'Estat doit estre le plus forte.
ERPHORE.
C'est comme une rançon, dont il veut s'aquiter.
C'est comme une rançon, dont il veut s'aquiter.
LYPAS.
N'a-t'il pas de l'argent dequoy se rachepter?Et puis ne peut-il pas, s'il en avoit envie,S'excuser sur sa sœur?
N'a-t'il pas de l'argent dequoy se rachepter?Et puis ne peut-il pas, s'il en avoit envie,S'excuser sur sa sœur?
ERPHORE.
Elle en seroit ravie;Car tantost que d'Evandre elle a sceu son malheur,Elle a pensé mourir de honte & de douleur,Armille me l'a dit.
Elle en seroit ravie;Car tantost que d'Evandre elle a sceu son malheur,Elle a pensé mourir de honte & de douleur,Armille me l'a dit.
LYPAS.
Je croy bien, la pauvretteA regret de me perdre, & moy je la regretteDe treuver un Pirate à la place d'un Roy,Outre qu'asseurément elle brusle pour moy.
Je croy bien, la pauvretteA regret de me perdre, & moy je la regretteDe treuver un Pirate à la place d'un Roy,Outre qu'asseurément elle brusle pour moy.
ERPHORE.
O Dieux! elle tient donc ses flames bien secretes.
O Dieux! elle tient donc ses flames bien secretes.
LYPAS.
Ne t'en estonne pas, c'est quelles sont discrettes.
Ne t'en estonne pas, c'est quelles sont discrettes.
ERPHORE.
(Sentiment caché.)
Je voudrois cependant pour mon dernier souhait,Que Jupiter m'aymast autant qu'elle te hait.
Je voudrois cependant pour mon dernier souhait,Que Jupiter m'aymast autant qu'elle te hait.
LYPAS.
Cette discretion causera sa ruine,Je crains que par vertu, cette beauté divineNe resiste au secours que je luy puis donner,Et comme un doux Aigneau se laisse emmener,Pour servir de victime aussi-tost que de fâmeA la brutalité de ce Corsaire infame,Puis qu'il peut la livrer, son desir assouvy;Au moindre des brigands dont il sera suivy:Mais ny du Ciel tonnant la face foudroyante,Ny le terrible aspect de la Mer abboyante,Ne m'empescheront pas par la peur du dangerD'abandonner ma vie afin de la vanger,Et j'en commenceray la vangeance effroyableSur cet homme d'honneur, ce frere impitoyable,Qui feignant de garder sa parole & sa foy,Vend sa sœur au barbare, & se mocque de moy;Je luy veux consumer par le feu de nos guerresSes hommes, ses tresors, ses places & ses terres,Et le prenant en vie apres ces maux souffers,Le faire encor languir & mourir dans les fers.
Cette discretion causera sa ruine,Je crains que par vertu, cette beauté divineNe resiste au secours que je luy puis donner,Et comme un doux Aigneau se laisse emmener,Pour servir de victime aussi-tost que de fâmeA la brutalité de ce Corsaire infame,Puis qu'il peut la livrer, son desir assouvy;Au moindre des brigands dont il sera suivy:Mais ny du Ciel tonnant la face foudroyante,Ny le terrible aspect de la Mer abboyante,Ne m'empescheront pas par la peur du dangerD'abandonner ma vie afin de la vanger,Et j'en commenceray la vangeance effroyableSur cet homme d'honneur, ce frere impitoyable,Qui feignant de garder sa parole & sa foy,Vend sa sœur au barbare, & se mocque de moy;Je luy veux consumer par le feu de nos guerresSes hommes, ses tresors, ses places & ses terres,Et le prenant en vie apres ces maux souffers,Le faire encor languir & mourir dans les fers.
ERPHORE.
Vous ferez, s'il vous plaist, les choses que vous dites,Puisque vostre puissance est quasi sans limites:Mais vostre Majesté doit cacher sagementSon juste déplaisir & son resentiment,Puisque Dorante feint, feingnez aussi de mesme,Et si, comme je croy, la Princesse vous ayme,Armille nous dira les moyens les plus coursPour changer son destin, ou luy donner secours.
Vous ferez, s'il vous plaist, les choses que vous dites,Puisque vostre puissance est quasi sans limites:Mais vostre Majesté doit cacher sagementSon juste déplaisir & son resentiment,Puisque Dorante feint, feingnez aussi de mesme,Et si, comme je croy, la Princesse vous ayme,Armille nous dira les moyens les plus coursPour changer son destin, ou luy donner secours.
LYPAS.
C'est l'Oracle, en effait, qu'il faut que je consulte,Et qui doit me resoudre au fort de ce tumulte,Erphore, où penses-tu qu'elle soit maintenant?
C'est l'Oracle, en effait, qu'il faut que je consulte,Et qui doit me resoudre au fort de ce tumulte,Erphore, où penses-tu qu'elle soit maintenant?
ERPHORE.
Chez soy.
Chez soy.
LYPAS.
Passons-y donc comme en nous promenant.
Passons-y donc comme en nous promenant.
Fin du quatriesme Acte.
EVANDRE, FELICE, ARMILLE.
EVANDRE.
Non, non, n'en doutez pas, c'est chose que j'ay veüe.
Non, non, n'en doutez pas, c'est chose que j'ay veüe.
FELICE.
O nouvelle agreable!
O nouvelle agreable!
ARMILLE.
O! discours qui me tuë.
O! discours qui me tuë.
FELICE.
Et ma pauvre Compagne?
Et ma pauvre Compagne?
EVANDRE.
Elle est sauvée aussi,Enfin le ravisseur a tres-mal reussy,Non pour l'enlevement qu'il a fait à merveille;Mais pour l'évenement.
Elle est sauvée aussi,Enfin le ravisseur a tres-mal reussy,Non pour l'enlevement qu'il a fait à merveille;Mais pour l'évenement.
ARMILLE.
De grace à la pareille,Dites-moy par quel sort il a manqué son coup?
De grace à la pareille,Dites-moy par quel sort il a manqué son coup?
EVANDRE.
Volontiers; ce discours ne te plaist pas beaucoup:Vous sçavez que Celinte & la vieille AmerineOnt entendu le rapt de leur chambre voisine,Et qu'elles ont passé par nostre apartement,Semant par tout le bruit de ce ravissement;On s'éveille, on accourt, on voit la chambre vuide,Lors chacun prend sa route où le hazard le guide,L'un court par le Palais, l'autre entre, l'autre sort;Mais Tenare & son Maistre ont volé droit au port,Avec tant de bon-heur, de vaillance & d'adresse,Qu'ils ont gardé Lypas d'embarquer la Princesse,Et par cette action donné temps d'arriverAu peuple, que leurs cris avoient fait souslever.
Volontiers; ce discours ne te plaist pas beaucoup:Vous sçavez que Celinte & la vieille AmerineOnt entendu le rapt de leur chambre voisine,Et qu'elles ont passé par nostre apartement,Semant par tout le bruit de ce ravissement;On s'éveille, on accourt, on voit la chambre vuide,Lors chacun prend sa route où le hazard le guide,L'un court par le Palais, l'autre entre, l'autre sort;Mais Tenare & son Maistre ont volé droit au port,Avec tant de bon-heur, de vaillance & d'adresse,Qu'ils ont gardé Lypas d'embarquer la Princesse,Et par cette action donné temps d'arriverAu peuple, que leurs cris avoient fait souslever.
ARMILLE.
Mais la chaisne du port, empeschoit sa sortie.
Mais la chaisne du port, empeschoit sa sortie.
EVANDRE.
Mais celuy qui la garde estoit de la partie,Et nous en verrons bien quelques testes à bas,Laissez faire: & des plus.
Mais celuy qui la garde estoit de la partie,Et nous en verrons bien quelques testes à bas,Laissez faire: & des plus.
ARMILLE.
Cecy ne me plaist pas:Et comment ce meschant l'avoit-il enlevée?
Cecy ne me plaist pas:Et comment ce meschant l'avoit-il enlevée?
EVANDRE.
Ils viennent, attendez qu'elle soit arrivée,Elle vous l'apprendra, si vous n'en sçavez rien:Mais.
Ils viennent, attendez qu'elle soit arrivée,Elle vous l'apprendra, si vous n'en sçavez rien:Mais.
ARMILLE.
Quoy mais?
Quoy mais?
EVANDRE.
Mais on dit que vous le sçavez bien.
Mais on dit que vous le sçavez bien.
ARMILLE.
Moy, que je le sçay bien? ô l'imposture estrange!Dieux à quel desespoir l'injustice me range,Que ne suis-je au tombeau.
Moy, que je le sçay bien? ô l'imposture estrange!Dieux à quel desespoir l'injustice me range,Que ne suis-je au tombeau.
EVANDRE.
Ce seroit ton plus court,
Ce seroit ton plus court,
(Sentiment caché.)
Meschante.
Meschante.
FELICE.
Est-il bien vray?
Est-il bien vray?
EVANDRE.
C'est le bruit de la Court.
C'est le bruit de la Court.
ARMILLE.
C'est le bruit de l'envie & de la médisance.
C'est le bruit de l'envie & de la médisance.
EVANDRE.
Erphore toutesfois l'a dit en ma presence.
Erphore toutesfois l'a dit en ma presence.
ARMILLE.
Je le feray mentir ce lasche & faux témoin,Avec l'ayde du Ciel.
Je le feray mentir ce lasche & faux témoin,Avec l'ayde du Ciel.
EVANDRE.
Vous en aurez besoin.
Vous en aurez besoin.
ARMILLE.
Bien, bien, tout de ce pas je m'en vay luy respondre,Et toy-mesme, impudent, avec luy te confondre.
Bien, bien, tout de ce pas je m'en vay luy respondre,Et toy-mesme, impudent, avec luy te confondre.
EVANDRE.
Tu songes, (mais en vain, car je vay t'épier)Plustost à t'enfuir qu'à te justifier.
Tu songes, (mais en vain, car je vay t'épier)Plustost à t'enfuir qu'à te justifier.
FELICE, CELIE.
FELICE.
AH! Dieux, voicy ma sœur; pauvre fille enlevée,Tu sois la bien venuë, & la bien retreuvée,Que je te baise encor, je ne m'en puis lasser,
AH! Dieux, voicy ma sœur; pauvre fille enlevée,Tu sois la bien venuë, & la bien retreuvée,Que je te baise encor, je ne m'en puis lasser,
CELIE.
Ny moy qui viens exprés afin de t'embrasser,Et de te raconter le traitement indigneQue nous avons souffert de ce Tyran insigne,Puisque Prince est un nom qu'on ne luy peut donnerSans abuser du terme, ou sans le prophaner;Et que tel qu'un voleur, sous pretexte qu'il ayme,Il est venu de force, il est entré de mesme,En nous treuvant au lict demy-mortes d'effroy,N'a fait qu'un seul fardeau de Madame & de moy.
Ny moy qui viens exprés afin de t'embrasser,Et de te raconter le traitement indigneQue nous avons souffert de ce Tyran insigne,Puisque Prince est un nom qu'on ne luy peut donnerSans abuser du terme, ou sans le prophaner;Et que tel qu'un voleur, sous pretexte qu'il ayme,Il est venu de force, il est entré de mesme,En nous treuvant au lict demy-mortes d'effroy,N'a fait qu'un seul fardeau de Madame & de moy.
FELICE.
Pourquoy ne crieiz-vous pour éveiller la GardeQuand on vous emportoit?
Pourquoy ne crieiz-vous pour éveiller la GardeQuand on vous emportoit?
CELIE.
Vray'ment nous n'avions garde,Leurs mains & leurs mouchoirs sur nos bouches pressez,Sans la peur du peril, nous en gardoient assez;Et puis sa compagnie eust esté la plus forte;Cent hommes l'attendoient à la prochaine porte,Que pour certain respect on ne garde jamaisDepuis que ce meschant loge dans le Palais:Au reste il est constant qu'on nous avoit venduës,Les clefs de nostre chambre ayant esté perduësUne heure justement avant qu'on se couchast,Quoy qu'Armille elle-mesme avec soin les cherchast:Mais elle les cherchoit & les avoit baillées;Car le bruit des voleurs nous ayant éveillées,J'ay fort bien observé qu'apres deux ou trois coupsQuelqu'un a fait sauter les deux petits verroux,De façon que sans peine ils ont fait ouverture,Ce qu'ils n'eussent peu faire en forçant la serrure,Dont les cloux sont si forts, & les ressorts si bons,Qu'on romproit aussi-tost la muraille & les gonds:Si bien, qu'à dire vray, toutes tant que nous sommesDevons nostre Maistresse au secours de deux hommes.
Vray'ment nous n'avions garde,Leurs mains & leurs mouchoirs sur nos bouches pressez,Sans la peur du peril, nous en gardoient assez;Et puis sa compagnie eust esté la plus forte;Cent hommes l'attendoient à la prochaine porte,Que pour certain respect on ne garde jamaisDepuis que ce meschant loge dans le Palais:Au reste il est constant qu'on nous avoit venduës,Les clefs de nostre chambre ayant esté perduësUne heure justement avant qu'on se couchast,Quoy qu'Armille elle-mesme avec soin les cherchast:Mais elle les cherchoit & les avoit baillées;Car le bruit des voleurs nous ayant éveillées,J'ay fort bien observé qu'apres deux ou trois coupsQuelqu'un a fait sauter les deux petits verroux,De façon que sans peine ils ont fait ouverture,Ce qu'ils n'eussent peu faire en forçant la serrure,Dont les cloux sont si forts, & les ressorts si bons,Qu'on romproit aussi-tost la muraille & les gonds:Si bien, qu'à dire vray, toutes tant que nous sommesDevons nostre Maistresse au secours de deux hommes.
FELICE.
Comment?
Comment?
CELIE.
Nous n'estions plus à cent pas loin du port,C'est à dire, pour nous à cent pas de la mort,Quand au bout d'une ruë, extremement estraitePar où les ravisseurs achevoient leur retraite,Ces deux braves guerriers comme termes plantezLeur ont fermé le pas, & les ont arrestez;L'un l'espée à la main, l'autre armé d'une picque,Et tous deux d'une force & d'un cœur heroique;Là Lepante sur tout a si bien combatu,Qu'ils n'ont pû sous le nombre accabler la vertu;Joint que Dorante aussi qui les suivoit à veüeA pris de son costé l'autre bout de la rüe,Ainsi de toutes parts les passages fermezIls ont tendu les mains, & se sont desarmez.Apres chez Palinice où l'on nous a jettées,On nous a du Palais des robes apportées.
Nous n'estions plus à cent pas loin du port,C'est à dire, pour nous à cent pas de la mort,Quand au bout d'une ruë, extremement estraitePar où les ravisseurs achevoient leur retraite,Ces deux braves guerriers comme termes plantezLeur ont fermé le pas, & les ont arrestez;L'un l'espée à la main, l'autre armé d'une picque,Et tous deux d'une force & d'un cœur heroique;Là Lepante sur tout a si bien combatu,Qu'ils n'ont pû sous le nombre accabler la vertu;Joint que Dorante aussi qui les suivoit à veüeA pris de son costé l'autre bout de la rüe,Ainsi de toutes parts les passages fermezIls ont tendu les mains, & se sont desarmez.Apres chez Palinice où l'on nous a jettées,On nous a du Palais des robes apportées.
FELICE.
Et vos liberateurs ont-ils esté blessez?
Et vos liberateurs ont-ils esté blessez?
CELIE.
Fort peu, si l'on en croit ceux qui les ont pensez.
Fort peu, si l'on en croit ceux qui les ont pensez.
FELICE.
Et Lypas ne l'est point?
Et Lypas ne l'est point?
CELIE.
S'il a quelques blessuresCe sont des coups de dents & des égratignures,Dont Madame a tasché de le defigurer;Mais pour les coups d'espée il sçait bien s'en parer.C'est luy qui le premier a jetté bas les armes,Et demandé la vie avec d'indignes larmes.
S'il a quelques blessuresCe sont des coups de dents & des égratignures,Dont Madame a tasché de le defigurer;Mais pour les coups d'espée il sçait bien s'en parer.C'est luy qui le premier a jetté bas les armes,Et demandé la vie avec d'indignes larmes.
FELICE.
Le lasche, & que dit-il?
Le lasche, & que dit-il?
CELIE.
Il ne dit pas un mot,On ne l'a jamais veu si triste ny si sot;Lors que je suis venuë on proposoit encoreDe luy faire annoncer par la bouche d'Erphore,Que le fol pretendu qui les a tous dupez,Luy vient redemander ses Estats usurpez;Car à ce jour naissant qui chasse les EstoillesOn voit desja blanchir si grand nombre de voilles,Que dans l'ame du Prince ils mettoient la terreur,Si Lepante à propos ne l'eust tiré d'erreur.
Il ne dit pas un mot,On ne l'a jamais veu si triste ny si sot;Lors que je suis venuë on proposoit encoreDe luy faire annoncer par la bouche d'Erphore,Que le fol pretendu qui les a tous dupez,Luy vient redemander ses Estats usurpez;Car à ce jour naissant qui chasse les EstoillesOn voit desja blanchir si grand nombre de voilles,Que dans l'ame du Prince ils mettoient la terreur,Si Lepante à propos ne l'eust tiré d'erreur.
FELICE.
Quoy la reconnoissance en a donc esté faite?
Quoy la reconnoissance en a donc esté faite?
CELIE.
Par tout ce qui peut rendre une amitié parfaite,Par cent signes de joye & de ravissement,Suivis d'un reciproque & long embrassement,Enfin par l'union de cœurs & des personnesQui doit faire le nœud de celles des Couronnes.
Par tout ce qui peut rendre une amitié parfaite,Par cent signes de joye & de ravissement,Suivis d'un reciproque & long embrassement,Enfin par l'union de cœurs & des personnesQui doit faire le nœud de celles des Couronnes.
FELICE.
Si Lepante eut repris son sceptre avec son nom,Que la Cour seroit belle, & qu'il y feroit bon,Que d'habits brodez d'or, & que de pierreries,Ha ma sœur que de bals, que de galenteries.
Si Lepante eut repris son sceptre avec son nom,Que la Cour seroit belle, & qu'il y feroit bon,Que d'habits brodez d'or, & que de pierreries,Ha ma sœur que de bals, que de galenteries.
CELIE.
On ne laissera pas d'en faire sans cela;Car avec la justice & les forces qu'il a,Selon toute aparence il luy sera facileDe reprendre en deux mois la Corse & la Sicile,Et puis l'usurpateur est à nostre mercy:Mais Dieux j'entends sa voix, le brutal vient icy,Fuyons; j'avois laissé Madame chez Dorante,Allons-y la treuver.
On ne laissera pas d'en faire sans cela;Car avec la justice & les forces qu'il a,Selon toute aparence il luy sera facileDe reprendre en deux mois la Corse & la Sicile,Et puis l'usurpateur est à nostre mercy:Mais Dieux j'entends sa voix, le brutal vient icy,Fuyons; j'avois laissé Madame chez Dorante,Allons-y la treuver.
FELICE.
Allons j'en suis contente.
Allons j'en suis contente.
LYPAS, ERPHORE.
LYPAS.
O Fatale Provence! ô desloyale Cour!Où j'ay pour ennemis la Fortune & l'Amour,Dont l'un m'oste une femme & l'autre une Couronne,Ainsi de tous costez le malheur m'environne,Ainsi de quelque part que j'observe mon sort,Je ne voy que sujets de desirer la mort;Battu, mocqué, trahy par un Prince infidelleQui choisit à sa sœur un party digne d'elle:Lasche sœur qui prefere à l'amour d'un grand Roy,L'indigne affection d'un Pirate sans foy:Frere ingrat, au delà de toute ingratitude,Qui pour tous mes bien-faits me met en servitude,Qui pour mon alliance & mes tresors offersMe retient mes vaisseaux, met les miens dans les fers,M'oste mes Officiers, & permet qu'à ma veüeUn Bourgeois insolent les mal-traite & les tue;Enfin qui non content de m'avoir abusé,M'ameine un faux Lepante, un Prince suposé,Afin de partager la Sicile & la CorseAvec cet heritier dont le droit est la force.
O Fatale Provence! ô desloyale Cour!Où j'ay pour ennemis la Fortune & l'Amour,Dont l'un m'oste une femme & l'autre une Couronne,Ainsi de tous costez le malheur m'environne,Ainsi de quelque part que j'observe mon sort,Je ne voy que sujets de desirer la mort;Battu, mocqué, trahy par un Prince infidelleQui choisit à sa sœur un party digne d'elle:Lasche sœur qui prefere à l'amour d'un grand Roy,L'indigne affection d'un Pirate sans foy:Frere ingrat, au delà de toute ingratitude,Qui pour tous mes bien-faits me met en servitude,Qui pour mon alliance & mes tresors offersMe retient mes vaisseaux, met les miens dans les fers,M'oste mes Officiers, & permet qu'à ma veüeUn Bourgeois insolent les mal-traite & les tue;Enfin qui non content de m'avoir abusé,M'ameine un faux Lepante, un Prince suposé,Afin de partager la Sicile & la CorseAvec cet heritier dont le droit est la force.
ERPHORE.
Sire, quand un malheur ne se peut éviter,Le souverain remede est de le suporter.
Sire, quand un malheur ne se peut éviter,Le souverain remede est de le suporter.
LYPAS.