Qu'il est bien vray, Celie, & que depuis dix ansJ'ay donné peu de treve à mes regrets cuisans;Que j'ay souffert de maux, & que l'on m'en prepareEn me sacrifiant à ce Prince barbare,Insuportable en tout, comme en tout imparfait,Et pour qui le bon sens n'a jamais esté fait:A quoy de mes malheurs l'aveugle connoissanceQue vous donna vostre art au poinct de ma naissance,Sçavant Prince Yolas? à quoy tant de soucy,Si vos precautions ont si mal reussy?Pour destourner de moy ces fieres destinéesOn devoit arrester le cours de mes années,Et confirmant le bruit que l'on en fit courirDés mon troisiesme lustre il me falloit mourir,Mon terme eut esté court, mais pour le moins ma vieEust ignoré les maux dont elle est poursuivieMa mort eust prevenu ce que tousjours depuisJ'ay souffert de remors, de craintes & d'ennuis,Et l'on verroit encor plein d'honneur & de gloireCe Phœnix des Amans, si cher à ma memoire,Au moins n'eut-il pas eu cette funeste amourQui me priva de joye en le privant du jour:Dieux! au respect du bien que ce malheur nous osteLa satisfaction fut pire que la faute;Vous fustes, cher Lepante, ô cruel souvenir!Trop prompt à m'offencer, & trop à vous punir,Vostre indiscretion en toute chose égaleMe fut en tous les deux également fatale:Pourquoy m'offenciez-vous? ou pourquoy l'ayant faitPunissiez-vous sur moy vostre propre forfait?Il valoit mieux laisser vostre audace impunieQue d'en punir Lepante aux despens d'Ismenie,Ce que la passion, indiscrette de soy,Vous fit mal à propos entreprendre sur moy;Ce baiser malheureux pris contre ma defence,A toute extremité n'estoit pas une offence,Qu'un long bannissement ou des yeux ou du cœurN'eut encore punie avec trop de rigueur:Helas! mon indulgence en fut cause en partie,Mille fois, mais trop tard, je m'en suis repentie,Mon indiscretion vous fit estre indiscret,Et j'en devrois mourir de honte & de regret;Ma faute est à la vostre à peu prés comparable,Mais la mort a rendu la vostre irreparable,Mon dueil inconsolable, & mes justes remorsNe vous osteront pas du triste rang des morts.
Qu'il est bien vray, Celie, & que depuis dix ansJ'ay donné peu de treve à mes regrets cuisans;Que j'ay souffert de maux, & que l'on m'en prepareEn me sacrifiant à ce Prince barbare,Insuportable en tout, comme en tout imparfait,Et pour qui le bon sens n'a jamais esté fait:A quoy de mes malheurs l'aveugle connoissanceQue vous donna vostre art au poinct de ma naissance,Sçavant Prince Yolas? à quoy tant de soucy,Si vos precautions ont si mal reussy?Pour destourner de moy ces fieres destinéesOn devoit arrester le cours de mes années,Et confirmant le bruit que l'on en fit courirDés mon troisiesme lustre il me falloit mourir,Mon terme eut esté court, mais pour le moins ma vieEust ignoré les maux dont elle est poursuivieMa mort eust prevenu ce que tousjours depuisJ'ay souffert de remors, de craintes & d'ennuis,Et l'on verroit encor plein d'honneur & de gloireCe Phœnix des Amans, si cher à ma memoire,Au moins n'eut-il pas eu cette funeste amourQui me priva de joye en le privant du jour:Dieux! au respect du bien que ce malheur nous osteLa satisfaction fut pire que la faute;Vous fustes, cher Lepante, ô cruel souvenir!Trop prompt à m'offencer, & trop à vous punir,Vostre indiscretion en toute chose égaleMe fut en tous les deux également fatale:Pourquoy m'offenciez-vous? ou pourquoy l'ayant faitPunissiez-vous sur moy vostre propre forfait?Il valoit mieux laisser vostre audace impunieQue d'en punir Lepante aux despens d'Ismenie,Ce que la passion, indiscrette de soy,Vous fit mal à propos entreprendre sur moy;Ce baiser malheureux pris contre ma defence,A toute extremité n'estoit pas une offence,Qu'un long bannissement ou des yeux ou du cœurN'eut encore punie avec trop de rigueur:Helas! mon indulgence en fut cause en partie,Mille fois, mais trop tard, je m'en suis repentie,Mon indiscretion vous fit estre indiscret,Et j'en devrois mourir de honte & de regret;Ma faute est à la vostre à peu prés comparable,Mais la mort a rendu la vostre irreparable,Mon dueil inconsolable, & mes justes remorsNe vous osteront pas du triste rang des morts.
CELIE.
Madame, à faire ainsi, vostre melancolieN'aura jamais de fin.
Madame, à faire ainsi, vostre melancolieN'aura jamais de fin.
ISMENIE.
Non, discrette Celie,Non certes, que la mort ne nous ait reünis.
Non, discrette Celie,Non certes, que la mort ne nous ait reünis.
CELIE.
Bien donc, que vos regrets ne soient jamais finis,Plustost que par la mort le destin les finisse:Mais voicy ma Compagne.
Bien donc, que vos regrets ne soient jamais finis,Plustost que par la mort le destin les finisse:Mais voicy ma Compagne.
ISMENIEà Felice.
Et bien, chere Felice,Partira-t'il bien tost?
Et bien, chere Felice,Partira-t'il bien tost?
FELICE.
Madame le voicy,Il marche sur mes pas.
Madame le voicy,Il marche sur mes pas.
ISMENIE.
Que vient-il faire icy?
Que vient-il faire icy?
FELICE.
Vous fascher.
Vous fascher.
CELIE.
Justement.
Justement.
ISMENIE.
Mais encor je vous prie.
Mais encor je vous prie.
FELICE.
Parlons bas, le voicy.
Parlons bas, le voicy.
ISMENIE.
Fust-il en Ligurie.
Fust-il en Ligurie.
LE ROY LYPAS, ISMENIE, FELICE, CELIE.
LYPAS.
Madame, j'estois prest à monter à chevalQuand un penser douteux que vous-vous treuviez mal,M'a fait venir tout seul en diligence extrémePour en estre asseuré de vostre bouche mesme.
Madame, j'estois prest à monter à chevalQuand un penser douteux que vous-vous treuviez mal,M'a fait venir tout seul en diligence extrémePour en estre asseuré de vostre bouche mesme.
ISMENIE.
Vray'ment je doy beaucoup à vos soins obligeans,Il est vray que tantost j'avois dit à mes gensQu'on ne me verroit point avec mon mal de teste;Mais, Sire, il ne faut pas que cela vous arreste,Allez vous divertir.
Vray'ment je doy beaucoup à vos soins obligeans,Il est vray que tantost j'avois dit à mes gensQu'on ne me verroit point avec mon mal de teste;Mais, Sire, il ne faut pas que cela vous arreste,Allez vous divertir.
LYPAS.
L'Amant est bien brutalQui peut se recréer quand son Amante est mal.
L'Amant est bien brutalQui peut se recréer quand son Amante est mal.
FELICE.
O! la belle sentence.
O! la belle sentence.
CELIE.
Et bien dite.
Et bien dite.
LYPAS.
Oüy, Madame,Le corps prend trop de part aux souffrances de l'ame,Tant que vous serez mal, je fay serment aux DieuxDe ne vous quitter point.
Oüy, Madame,Le corps prend trop de part aux souffrances de l'ame,Tant que vous serez mal, je fay serment aux DieuxDe ne vous quitter point.
ISMENIE.
Je me sens desja mieux,Et vostre Majesté se donnant moins de peine,J'auray bien-tost perdu ce reste de migraine.
Je me sens desja mieux,Et vostre Majesté se donnant moins de peine,J'auray bien-tost perdu ce reste de migraine.
LYPAS.
Venez donc à la chasse, ou je n'en croiray rien.
Venez donc à la chasse, ou je n'en croiray rien.
ISMENIE.
Vrayment je ne sçaurois.
Vrayment je ne sçaurois.
LYPAS.
Mes oyseaux volent bien,Mes Chiens chassent des mieux.
Mes oyseaux volent bien,Mes Chiens chassent des mieux.
ISMENIE.
Cette chasse est commune,
Cette chasse est commune,
LYPAS.
N'importe elle est plaisante.
N'importe elle est plaisante.
CELIE.
O! Dieux qu'il importune.
O! Dieux qu'il importune.
ISMENIE.
En fin plaisante ou non, vous m'en dispenserez,J'iray quelqu'autre jour que vous rechasserez.
En fin plaisante ou non, vous m'en dispenserez,J'iray quelqu'autre jour que vous rechasserez.
LYPAS.
Pour le moins, du balcon de vostre galerie,Voyez passer ma meute & ma fauconnerie.
Pour le moins, du balcon de vostre galerie,Voyez passer ma meute & ma fauconnerie.
ISMENIE.
Et bien je le feray pour vous rendre content.
Et bien je le feray pour vous rendre content.
FELICE.
Ma sœur qu'il est fascheux, qu'il est persecutant.
Ma sœur qu'il est fascheux, qu'il est persecutant.
CELIE.
Il l'est bien tellement, qu'en l'humeur où nous sommes,Il nous feroit haïr tout le reste des hommes.
Il l'est bien tellement, qu'en l'humeur où nous sommes,Il nous feroit haïr tout le reste des hommes.
EVANDRE, ARMILLE.
ARMILLE.
En effect, il est vray que vous avez raison,Et que de sa gayeté dépend sa guerison,Tant qu'elle sera triste, elle sera mal saine;Et ce sang eschauffé qui cause sa migraineLuy fait mal recevoir les caresses du Roy:Car n'estoit ce chagrin, je ne sçay pas pourquoyElle auroit à degoust l'hymen & la personneQui luy met sur la teste une double Couronne,Si bien que par raison d'Estat & de santéIl faut rendre la joye à son cœur attristé;Je vay donc de ce pas luy faire prendre envieDe voir ceux que j'ay veus, & dont je suis ravie;Car enfin je les treuve extremement plaisans,Pourveu qu'ils ne soient pas de ces fols mal-faisans,De qui l'extravagance est par fois dangereuse.
En effect, il est vray que vous avez raison,Et que de sa gayeté dépend sa guerison,Tant qu'elle sera triste, elle sera mal saine;Et ce sang eschauffé qui cause sa migraineLuy fait mal recevoir les caresses du Roy:Car n'estoit ce chagrin, je ne sçay pas pourquoyElle auroit à degoust l'hymen & la personneQui luy met sur la teste une double Couronne,Si bien que par raison d'Estat & de santéIl faut rendre la joye à son cœur attristé;Je vay donc de ce pas luy faire prendre envieDe voir ceux que j'ay veus, & dont je suis ravie;Car enfin je les treuve extremement plaisans,Pourveu qu'ils ne soient pas de ces fols mal-faisans,De qui l'extravagance est par fois dangereuse.
EVANDRE.
La leur estant vrayment de nature amoureuse,Il est à presumer qu'il n'ont rien de meschant,Outre que je le croy sur la foy du Marchand,Homme de probité, de moyens & d'estime,Depuis trente ans, ou plus, mon hoste & mon intime.
La leur estant vrayment de nature amoureuse,Il est à presumer qu'il n'ont rien de meschant,Outre que je le croy sur la foy du Marchand,Homme de probité, de moyens & d'estime,Depuis trente ans, ou plus, mon hoste & mon intime.
ARMILLE.
Et le prix, à propos, vous l'a-t'il fait sçavoir?
Et le prix, à propos, vous l'a-t'il fait sçavoir?
EVANDRE.
Travaillez seulement à les luy faire voir,S'ils plaisent, le marché sera facile à faire.
Travaillez seulement à les luy faire voir,S'ils plaisent, le marché sera facile à faire.
ARMILLE.
J'y vay donc aporter tout le soin necessaire:Mais venez-y vous-mesme afin de nous ayderDans le commun dessein de la persuader.
J'y vay donc aporter tout le soin necessaire:Mais venez-y vous-mesme afin de nous ayderDans le commun dessein de la persuader.
EVANDRE.
Allons, je le veux bien. La dupe est embarquéePour montrer son credit, par où je l'ay piquée,Elle s'en va produire un rival trop expertPour le contentement de celuy qu'elle sert.
Allons, je le veux bien. La dupe est embarquéePour montrer son credit, par où je l'ay piquée,Elle s'en va produire un rival trop expertPour le contentement de celuy qu'elle sert.
Fin du premier Acte.
ISMENIE, EVANDRE, ARMILLE.
ARMILLE.
Voila le personnage, & bien que vous en semble?
Voila le personnage, & bien que vous en semble?
ISMENIE.
Je le treuve naïf, & plaisant tout ensemble,Puis qu'il m'a fait passer un quart d'heure d'ennuy,Que si l'autre en son genre est aussi bon que luy,C'est un couple d'Esprits de diverse natureQui font de leur folie une belle peinture;Car l'autre, dites-vous, estant plus serieuxCe meslange d'humeurs doit estre gracieux.
Je le treuve naïf, & plaisant tout ensemble,Puis qu'il m'a fait passer un quart d'heure d'ennuy,Que si l'autre en son genre est aussi bon que luy,C'est un couple d'Esprits de diverse natureQui font de leur folie une belle peinture;Car l'autre, dites-vous, estant plus serieuxCe meslange d'humeurs doit estre gracieux.
EVANDRE.
Je croy que le dernier vous plaira davantage;Car dés qu'il se verra dans ce bel equipageIl ne tranchera plus que de principauté.
Je croy que le dernier vous plaira davantage;Car dés qu'il se verra dans ce bel equipageIl ne tranchera plus que de principauté.
ARMILLE.
Comment, quel equipage, où l'a-t'il emprunté?
Comment, quel equipage, où l'a-t'il emprunté?
ISMENIE.
Quoy, vous oubliez donc que par vostre priereJe luy viens d'envoyer un habit de mon frere,Et qu'il n'a point voulu parestre devant moyA moins d'estre couvert & receu comme un Roy?
Quoy, vous oubliez donc que par vostre priereJe luy viens d'envoyer un habit de mon frere,Et qu'il n'a point voulu parestre devant moyA moins d'estre couvert & receu comme un Roy?
ARMILLE.
Madame, excusez-moy, la chose est si plaisanteQue j'en auray long-temps la memoire presente;Mais j'ay creu par ces mots, d'Equipage & de Beau,Qu'on luy dressoit encor quelque appareil nouveau.
Madame, excusez-moy, la chose est si plaisanteQue j'en auray long-temps la memoire presente;Mais j'ay creu par ces mots, d'Equipage & de Beau,Qu'on luy dressoit encor quelque appareil nouveau.
ISMENIE.
Non, il n'a qu'un habit, & son suivant un autre,Pour leur contentement autant que pour le vostre.
Non, il n'a qu'un habit, & son suivant un autre,Pour leur contentement autant que pour le vostre.
ARMILLE.
Croyez que vostre Altesse en aura du plaisir,Pourveu qu'elle le traite au gré de son desir;Car comme il se croit Prince, il faut qu'elle luy rende,Et reçoive de luy les honneurs qu'il demande,Et l'engage sur tout, apres quelques discoursA luy faire un narré de ses belles amours.
Croyez que vostre Altesse en aura du plaisir,Pourveu qu'elle le traite au gré de son desir;Car comme il se croit Prince, il faut qu'elle luy rende,Et reçoive de luy les honneurs qu'il demande,Et l'engage sur tout, apres quelques discoursA luy faire un narré de ses belles amours.
EVANDRE.
Oüy, c'est d'où sa folie a pris son origine,Son Maistre m'en asseure, & je me l'imagine.
Oüy, c'est d'où sa folie a pris son origine,Son Maistre m'en asseure, & je me l'imagine.
ISMENIE.
Bien, il sera traité de toutes les façons,Et suivant son humeur, & suivant vos leçons.
Bien, il sera traité de toutes les façons,Et suivant son humeur, & suivant vos leçons.
EVANDRE.
Ainsi vous en aurez un passe-temps extréme.
Ainsi vous en aurez un passe-temps extréme.
ISMENIE.
Allez donc le haster, & l'amenez vous-mesme.
Allez donc le haster, & l'amenez vous-mesme.
EVANDRE.
Ouy, Madame, j'y cours. Tout va bien jusqu'icy.
Ouy, Madame, j'y cours. Tout va bien jusqu'icy.
ISMENIE.
Mais, Armille, vostre homme a si bien reüssyQue nos filles enfin, qui se donnent carriere,Pour mieux le gouverner ont demeuré derriere.
Mais, Armille, vostre homme a si bien reüssyQue nos filles enfin, qui se donnent carriere,Pour mieux le gouverner ont demeuré derriere.
ARMILLE.
Et luy-mesme se plaist à les entretenir:Les voicy toutesfois, je les entends venir.
Et luy-mesme se plaist à les entretenir:Les voicy toutesfois, je les entends venir.
ISMENIE, ARMILLE, FELICE.
ISMENIEà Felice.
Nous verrons à la fin que Felice & CeliePrendront avec Tenare un grain de sa folie.
Nous verrons à la fin que Felice & CeliePrendront avec Tenare un grain de sa folie.
FELICE.
Si par trop de plaisir on prend le mal des fous,Vostre Altesse a raison d'aprehender pour nous,Qui fort bien à mon gré nous sommes diverties,Tant de ses questions, & de ses reparties,Comme de ses recits pleins de naïfveté,D'amours & de combats qui n'ont jamais esté;Au reste il a treuvé ma Compagne si belleQue je croy tout de bon qu'il est amoureux d'elle;Elle qui d'autre part y treuve son plaisirPicque tant qu'elle peut son folastre desir,Par tant de complaisance, & tant d'affeterie,Qu'à moins d'estre hypocondre, il faut que l'on en rie;Vous allez voir entrer cet Amoureux badinAvec tous les soucis & les choux du jardin,Qu'en forme d'une aigrette elle a mis sur sa tocque.
Si par trop de plaisir on prend le mal des fous,Vostre Altesse a raison d'aprehender pour nous,Qui fort bien à mon gré nous sommes diverties,Tant de ses questions, & de ses reparties,Comme de ses recits pleins de naïfveté,D'amours & de combats qui n'ont jamais esté;Au reste il a treuvé ma Compagne si belleQue je croy tout de bon qu'il est amoureux d'elle;Elle qui d'autre part y treuve son plaisirPicque tant qu'elle peut son folastre desir,Par tant de complaisance, & tant d'affeterie,Qu'à moins d'estre hypocondre, il faut que l'on en rie;Vous allez voir entrer cet Amoureux badinAvec tous les soucis & les choux du jardin,Qu'en forme d'une aigrette elle a mis sur sa tocque.
ISMENIE.
Elle l'ayme donc bien?
Elle l'ayme donc bien?
FELICE.
Vostre Altesse se mocque:Mais je croy, sur ma foy, qu'elle l'ayme en effaitPlus que le Courtisan des vostres le mieux fait:Les voicy, je vous prie observons leur entrée.
Vostre Altesse se mocque:Mais je croy, sur ma foy, qu'elle l'ayme en effaitPlus que le Courtisan des vostres le mieux fait:Les voicy, je vous prie observons leur entrée.
CELIE, TENARE bouffonnement vestu.
ISMENIE.
Ah! Dieux, les beaux soucis.
Ah! Dieux, les beaux soucis.
TENARE.
C'est une main sacrée,Une divine main plus blanche que le lisQui me les a donnez, attachez & cueillis.
C'est une main sacrée,Une divine main plus blanche que le lisQui me les a donnez, attachez & cueillis.
ISMENIE.
Ce sont donc des faveurs?
Ce sont donc des faveurs?
TENARE.
Cela pourroit bien estre.
Cela pourroit bien estre.
ISMENIE.
De grace dites-nous, ou nous faites connestreLe bien-heureux objet dont les charmans appas,Vous ont pû rendre sien?
De grace dites-nous, ou nous faites connestreLe bien-heureux objet dont les charmans appas,Vous ont pû rendre sien?
TENARE.
Cela ne se dit pas.
Cela ne se dit pas.
ISMENIE.
Du moins promettez-moy que si je vous la nommeVous l'advoürez par signe;
Du moins promettez-moy que si je vous la nommeVous l'advoürez par signe;
TENARE.
Oüy, foy de Gentil-homme.
Oüy, foy de Gentil-homme.
ISMENIE.
Allons donc au conseil, mais nous trois seulement;Celie, entretenez vostre nouvel Amant.
Allons donc au conseil, mais nous trois seulement;Celie, entretenez vostre nouvel Amant.
TENARE.
Je n'ay pas entrepris un mauvais personnage.Ma Reyne, je voy bien que la Princesse enrageDe voir que je vous ayme, & suis aymé de vous.
Je n'ay pas entrepris un mauvais personnage.Ma Reyne, je voy bien que la Princesse enrageDe voir que je vous ayme, & suis aymé de vous.
CELIE, en se mocquant.
Je le croy, mon Amant; c'est un Esprit jalouxQui ne sçauroit souffrir qu'on regarde personne,Si ce n'est elle-mesme.
Je le croy, mon Amant; c'est un Esprit jalouxQui ne sçauroit souffrir qu'on regarde personne,Si ce n'est elle-mesme.
TENARE.
Il est vray, ma Mignonne:Mais si tu m'aymes bien, ne doute point aussiQue jusqu'au monument tu ne sois mon soucy,Ou plustost mon Jasmin, ma Rose, & ma Pensée.
Il est vray, ma Mignonne:Mais si tu m'aymes bien, ne doute point aussiQue jusqu'au monument tu ne sois mon soucy,Ou plustost mon Jasmin, ma Rose, & ma Pensée.
CELIE.
O! l'adorable pointe, & qu'elle est bien placée;Mon Prince, où prenez-vous ces beaux mots, ces douceurs?
O! l'adorable pointe, & qu'elle est bien placée;Mon Prince, où prenez-vous ces beaux mots, ces douceurs?
TENARE.
Amour me les suggere, & les neuf doctes Sœurs,Qui laissent rarement une bouche muette.
Amour me les suggere, & les neuf doctes Sœurs,Qui laissent rarement une bouche muette.
CELIE.
Je croy qu'en son bon sens il fut mauvais Poëte.
Je croy qu'en son bon sens il fut mauvais Poëte.
ISMENIE, FELICE, ARMILLE, revenant à TENARE.
ISMENIE.
Enfin, discret Amant, nous l'avons deviné,Celie est ce Soleil, cet objet fortuné,Cette chere Maistresse, & si digne d'envie,Qui dispose du sort d'une si belle vie,Et dont la gentillesse & les regards charmansLuy font gaigner en vous le Phœnix des Amans.
Enfin, discret Amant, nous l'avons deviné,Celie est ce Soleil, cet objet fortuné,Cette chere Maistresse, & si digne d'envie,Qui dispose du sort d'une si belle vie,Et dont la gentillesse & les regards charmansLuy font gaigner en vous le Phœnix des Amans.
CELIE.
C'est en vostre faveur, mon Cœur, que l'on me loue.
C'est en vostre faveur, mon Cœur, que l'on me loue.
TENARE.
Il est vray.
Il est vray.
ISMENIE.
Dites donc?
Dites donc?
ARMILLE.
Son silence l'advoüe;Mais le Seigneur Tenare est adroit en un point,Que pour nous mettre en peine, il ne le dira point.
Son silence l'advoüe;Mais le Seigneur Tenare est adroit en un point,Que pour nous mettre en peine, il ne le dira point.
TENARE.
Non, chacun en croira ce qu'il en voudra croire.
Non, chacun en croira ce qu'il en voudra croire.
CELIE.
Et moy je le veux dire, il y va de ma gloire;Oüy, Madame, il est vray, ma grace, ou mon bonheur,Ou plustost tous les deux, m'ont acquis cet honneur;Nos deux cœurs sont bruslez d'une ardeur mutuelle,Qui du moins dans le mien sera perpetuelle.
Et moy je le veux dire, il y va de ma gloire;Oüy, Madame, il est vray, ma grace, ou mon bonheur,Ou plustost tous les deux, m'ont acquis cet honneur;Nos deux cœurs sont bruslez d'une ardeur mutuelle,Qui du moins dans le mien sera perpetuelle.
TENARE.
Et dans le mien aussi, n'en doutez nullement.
Et dans le mien aussi, n'en doutez nullement.
FELICE.
Je m'estouffe de rire.
Je m'estouffe de rire.
ARMILLE.
Et moy pareillement.
Et moy pareillement.
ISMENIE.
Mais vostre amour, Celie, est estrangement forte,Puis qu'elle vous oblige à parler de la sorte;Car encor faudroit-il moderer vostre feuOu du moins par pudeur le couvrir tant soit peu,
Mais vostre amour, Celie, est estrangement forte,Puis qu'elle vous oblige à parler de la sorte;Car encor faudroit-il moderer vostre feuOu du moins par pudeur le couvrir tant soit peu,
CELIE.
Cet adorable objet de ma premiere flâmeEn excuse la force, & m'exempte de blâme,C'est pour quelque vulgaire & basse affectionQu'il me faudroit avoir cette discretion:Mais quant à ce Heros, vostre Altesse elle-mesmeEn estant bien aymée, avoüroit qu'elle l'ayme:On diroit que Nature a fait tous ses effortsA luy former l'esprit aussi beau que le corps;Voyez.
Cet adorable objet de ma premiere flâmeEn excuse la force, & m'exempte de blâme,C'est pour quelque vulgaire & basse affectionQu'il me faudroit avoir cette discretion:Mais quant à ce Heros, vostre Altesse elle-mesmeEn estant bien aymée, avoüroit qu'elle l'ayme:On diroit que Nature a fait tous ses effortsA luy former l'esprit aussi beau que le corps;Voyez.
FELICE.
Il s'adoucit, & luy jette une œillade.
Il s'adoucit, & luy jette une œillade.
ARMILLE.
Il faut, ou que je rie, ou que je sois malade.
Il faut, ou que je rie, ou que je sois malade.
CELIE.
Pour moy je n'en puis plus.
Pour moy je n'en puis plus.
ISMENIE.
Et bien je vous permets,Et vous commande aussi de l'aymer desormais,Sans que jamais nul autre au change vous invite.
Et bien je vous permets,Et vous commande aussi de l'aymer desormais,Sans que jamais nul autre au change vous invite.
TENARE.
Ah, ah, ah, me changer, vrayment je l'en dépite;Aussi-tost qu'une Dame a gousté mes appas,L'amour qu'elle a pour moy surmonte le trépas,Il faut que des Enfers sa pauvre ombre revienneAfin d'avoir encor l'entretien de la mienne,Ne pouvant plus jouïr de celuy de mon corpsDu moment que le sien est au nombre des morts,D'où vient qu'une ombre ou deux se meslant à la nostre,Nous l'avons plus épaisse & plus noire qu'une autre,Ce qui se voit assez quand je suis au Soleil,Me changer.
Ah, ah, ah, me changer, vrayment je l'en dépite;Aussi-tost qu'une Dame a gousté mes appas,L'amour qu'elle a pour moy surmonte le trépas,Il faut que des Enfers sa pauvre ombre revienneAfin d'avoir encor l'entretien de la mienne,Ne pouvant plus jouïr de celuy de mon corpsDu moment que le sien est au nombre des morts,D'où vient qu'une ombre ou deux se meslant à la nostre,Nous l'avons plus épaisse & plus noire qu'une autre,Ce qui se voit assez quand je suis au Soleil,Me changer.
ISMENIE.
En effet vous estes sans pareil;Mais elle doit trembler d'une crainte eternelleQue vous ne la quitiez.
En effet vous estes sans pareil;Mais elle doit trembler d'une crainte eternelleQue vous ne la quitiez.
TENARE.
Jamais, elle est trop belle.
Jamais, elle est trop belle.
FELICE.
J'en voudrois donc avoir de plus rares faveursQue des fueilles de choux, & de vilaines fleurs,Autrement.
J'en voudrois donc avoir de plus rares faveursQue des fueilles de choux, & de vilaines fleurs,Autrement.
CELIE.
Voy ma sœur, que vous estes plaisante.
Voy ma sœur, que vous estes plaisante.
TENARE.
Non, ne vous troublez pas, suffit, je m'en contente.
Non, ne vous troublez pas, suffit, je m'en contente.
ARMILLE.
Qu'elle vous donne un nœud.
Qu'elle vous donne un nœud.
TENARE.
Pourquoy, que sçavez-vousSi j'ayme mieux un nœud qu'une fueille de choux?
Pourquoy, que sçavez-vousSi j'ayme mieux un nœud qu'une fueille de choux?
ARMILLE.
Ah certes je le quitte.
Ah certes je le quitte.
TENARE.
En dépit de l'envieJe garderay ceux-cy tout le temps de ma vie.
En dépit de l'envieJe garderay ceux-cy tout le temps de ma vie.
ISMENIE.
Et comment ferez-vous, car c'est une faveurQui n'aura dans deux jours ny beauté ny saveur?
Et comment ferez-vous, car c'est une faveurQui n'aura dans deux jours ny beauté ny saveur?
TENARE.
C'est par où je pretends les garder davantage,Si tost qu'ils secheront j'en compose un potage,Ou plustost, pour mieux dire, un charmant consommé,Qui dans mon estomach proprement enferméSe convertit apres en ma propre substance.
C'est par où je pretends les garder davantage,Si tost qu'ils secheront j'en compose un potage,Ou plustost, pour mieux dire, un charmant consommé,Qui dans mon estomach proprement enferméSe convertit apres en ma propre substance.
CELIE.
O miracle d'esprit, d'amour & de constance!
O miracle d'esprit, d'amour & de constance!
FELICE.
Mais de pure folie.
Mais de pure folie.
ISMENIE.
Escoutons, j'oy du bruitC'est l'autre, accompagné, d'Evandre qui le suit,Je vay le recevoir avec ceremonie.
Escoutons, j'oy du bruitC'est l'autre, accompagné, d'Evandre qui le suit,Je vay le recevoir avec ceremonie.
LEPANTE, sous le nom de Roy Nicas, EVANDRE.
EVANDRE.
Grand Roy, voyez venir la Princesse Ismenie.
Grand Roy, voyez venir la Princesse Ismenie.
NICAS.
Il n'est pas mal aysé de s'en appercevoir,Sa grace & sa beauté me le font assez voir.
Il n'est pas mal aysé de s'en appercevoir,Sa grace & sa beauté me le font assez voir.
FELICE.
Ma Sœur, sans moquerie, il a fort bonne mine.
Ma Sœur, sans moquerie, il a fort bonne mine.
NICAS.
Le desir d'adorer vostre beauté divineM'a fait quiter la Mer & ma flotante Cour,Afin d'estre en la vostre un Esclave d'Amour.
Le desir d'adorer vostre beauté divineM'a fait quiter la Mer & ma flotante Cour,Afin d'estre en la vostre un Esclave d'Amour.
CELIE.
Il est plus serieux, mais plus fol que Tenare.
Il est plus serieux, mais plus fol que Tenare.
ISMENIE.
Sire, j'estimerois ma beauté bien plus rare,Et l'aymerois bien plus que je n'ay jamais faitSi vostre servitude en estoit un effait:Mais au moins jusqu'icy si vous m'avez aymée,C'est sur la foy d'un tiers, & de la Renommée.
Sire, j'estimerois ma beauté bien plus rare,Et l'aymerois bien plus que je n'ay jamais faitSi vostre servitude en estoit un effait:Mais au moins jusqu'icy si vous m'avez aymée,C'est sur la foy d'un tiers, & de la Renommée.
NICAS.
C'est plustost sur la foy du Ministre des Dieux,Qui cent fois en dormant m'a montré vos beaux yeux,Et m'a dit; Roy Nicas, monte sur mes espaules,Je te veux transporter à la coste des Gaules,Et là te faire voir dans un trône éclatantCelle que mon pinceau te va representant,C'est d'elle que dépend ton repos & ta gloire,Elle te peut oster l'importune memoireDes rudesses d'Iphis, qui te croit au tombeau,Et dont, comme tu vois, elle est le vray tableau.
C'est plustost sur la foy du Ministre des Dieux,Qui cent fois en dormant m'a montré vos beaux yeux,Et m'a dit; Roy Nicas, monte sur mes espaules,Je te veux transporter à la coste des Gaules,Et là te faire voir dans un trône éclatantCelle que mon pinceau te va representant,C'est d'elle que dépend ton repos & ta gloire,Elle te peut oster l'importune memoireDes rudesses d'Iphis, qui te croit au tombeau,Et dont, comme tu vois, elle est le vray tableau.
ARMILLE.
Ah! quelles visions.
Ah! quelles visions.
ISMENIE.
Pour me treuver semblableA quelque autre beauté qui vous fut agreable,Je vous plais par copie?
Pour me treuver semblableA quelque autre beauté qui vous fut agreable,Je vous plais par copie?
NICAS.
Oüy, rien que ce rapportN'entretient mon amour.
Oüy, rien que ce rapportN'entretient mon amour.
ISMENIE.
Vous m'obligez bien fort,Et moy dés maintenant je vous ayme au contraireComme un original qu'on ne peut contrefaire.
Vous m'obligez bien fort,Et moy dés maintenant je vous ayme au contraireComme un original qu'on ne peut contrefaire.
NICAS.
Vous m'obligez aussi.
Vous m'obligez aussi.
CELIE.
Ma Sœur, jusqu'à presentJe ne le treuve pas extrémement plaisant.
Ma Sœur, jusqu'à presentJe ne le treuve pas extrémement plaisant.
FELICE.
Ny moy; mais écoutons.
Ny moy; mais écoutons.
EVANDRE.
Souvenez-vous, Madame,De luy faire parler de sa premiere flâme;Car c'est sur ce sujet que le fol reüssit.
Souvenez-vous, Madame,De luy faire parler de sa premiere flâme;Car c'est sur ce sujet que le fol reüssit.
ISMENIE.
Sire, voudriez-vous bien nous faire le recitDe vos belles amours avec cette MaistresseDe qui je vous doy faire oublier la rudesse,Cette adorable Iphis qui vous croit au tombeau,Et dont je suis enfin le bien-heureux tableau?
Sire, voudriez-vous bien nous faire le recitDe vos belles amours avec cette MaistresseDe qui je vous doy faire oublier la rudesse,Cette adorable Iphis qui vous croit au tombeau,Et dont je suis enfin le bien-heureux tableau?
NICAS.
Madame, volontiers: qu'on m'apporte une chaise.
Madame, volontiers: qu'on m'apporte une chaise.
ISMENIE.
Il est vray que les Roys doivent estre à leur aise.
Il est vray que les Roys doivent estre à leur aise.
TENARE.
Et leur Princes aussi.
Et leur Princes aussi.
ARMILLE.
Tost des sieges par tout.
Tost des sieges par tout.
ISMENIE.
Le reste, s'il luy plaist, demeurera debout.
Le reste, s'il luy plaist, demeurera debout.
TENARE.
Exceptez-en ma Reyne, il faut qu'elle s'assie,Mets-toy sur mes genoux.
Exceptez-en ma Reyne, il faut qu'elle s'assie,Mets-toy sur mes genoux.
CELIE.
Je vous en remercie,Si le Roy nous permet de nous asseoir tout bas,Son Altesse y consent.
Je vous en remercie,Si le Roy nous permet de nous asseoir tout bas,Son Altesse y consent.
ISMENIE.
Je n'y contredis pas.
Je n'y contredis pas.
NICAS.
Moy je vous le permets, jettez-vous sur l'Estrade.
Moy je vous le permets, jettez-vous sur l'Estrade.
EVANDRE.