SCENE VI.

Il entend sa Marotte.

Il entend sa Marotte.

ARMILLE.

O! Dieux, qu'il est malade.

O! Dieux, qu'il est malade.

FELICE.

C'est dommage.

C'est dommage.

NICAS.

Escoutez un discours merveilleux,Que la pluspart de vous tiendra pour fabuleux;Mais je verray ma peine en plaisir convertiePourveu que son Altesse en croye une partie,Et que par quelque signe, ou veritable, ou feint,Elle me flatte au moins de l'espoir d'estre plaint.

Escoutez un discours merveilleux,Que la pluspart de vous tiendra pour fabuleux;Mais je verray ma peine en plaisir convertiePourveu que son Altesse en croye une partie,Et que par quelque signe, ou veritable, ou feint,Elle me flatte au moins de l'espoir d'estre plaint.

ISMENIE.

Commencez seulement avec cette asseuranceQue je vous plains desja.

Commencez seulement avec cette asseuranceQue je vous plains desja.

NICAS.

J'ay donc bonne esperance.

J'ay donc bonne esperance.

ISMENIE.

En effect, je le plains, & voudrois pour beaucoupQu'Evandre le guerist.

En effect, je le plains, & voudrois pour beaucoupQu'Evandre le guerist.

ARMILLE.

Il feroit un beau coup.

Il feroit un beau coup.

NICAS.

Chacun sçait, ou sçaura; que je suis Roy d'une IsleQui ne vaut guere moins que toute la Sicile,Tenare le sçait bien.

Chacun sçait, ou sçaura; que je suis Roy d'une IsleQui ne vaut guere moins que toute la Sicile,Tenare le sçait bien.

TENARE.

Il est vray qu'il est Roy;Mais tel que ses subjets sont presque tous en moy.

Il est vray qu'il est Roy;Mais tel que ses subjets sont presque tous en moy.

NICAS.

Non loin de mon Royaume un viel & sage PrinceGouvernoit en repos une grande Province,Et sa magnificence y tenoit une CourQui la rendoit aymable aux Princes d'alentour,J'y vins, & n'y vis point de si rare merveilleQue l'Infante sa fille en beauté nompareille,Dont le regard modeste, amoureux & vainqueur,Qui sembloit me sommer de luy rendre mon cœur,M'osta d'abord l'envie & le temps de combatre;Elle pouvoit compter trois lustres, & moy quatre;Bref mon bon-heur fut tel que mon feu l'enflama,A force de l'aymer je croy qu'elle m'ayma.

Non loin de mon Royaume un viel & sage PrinceGouvernoit en repos une grande Province,Et sa magnificence y tenoit une CourQui la rendoit aymable aux Princes d'alentour,J'y vins, & n'y vis point de si rare merveilleQue l'Infante sa fille en beauté nompareille,Dont le regard modeste, amoureux & vainqueur,Qui sembloit me sommer de luy rendre mon cœur,M'osta d'abord l'envie & le temps de combatre;Elle pouvoit compter trois lustres, & moy quatre;Bref mon bon-heur fut tel que mon feu l'enflama,A force de l'aymer je croy qu'elle m'ayma.

ISMENIE.

Et quels signes d'amour vous donna cette belle?

Et quels signes d'amour vous donna cette belle?

NICAS.

C'est qu'estant sur le point de me separer d'elle,(Helas! voicy le bien d'où mon mal est venu)Cet Esprit jusqu'alors tousjours si retenu,Oubliant la froideur qu'il nous avoit montréeNous permit dans sa chambre une secrette entrée,Où seul sur le minuit je fus luy dire adieuMalgré tous les soupçons, & de l'heure, & du lieu;C'est là que toute chose augmentant mon audaceEn cherchant un baiser, je treuve ma disgrace,Ses yeux auparavant si calmes & si clairsMe lancent des regards qui semblent des éclairs,Et sa bouche offencée aux injures ouverte,Me foudroye en ce mots, qui causerent ma perte:Indiscret, me dit-elle, apres cet accidentNe me montre jamais ton visage impudent,Meurs, & soüille la Mer de tes flames impures.

C'est qu'estant sur le point de me separer d'elle,(Helas! voicy le bien d'où mon mal est venu)Cet Esprit jusqu'alors tousjours si retenu,Oubliant la froideur qu'il nous avoit montréeNous permit dans sa chambre une secrette entrée,Où seul sur le minuit je fus luy dire adieuMalgré tous les soupçons, & de l'heure, & du lieu;C'est là que toute chose augmentant mon audaceEn cherchant un baiser, je treuve ma disgrace,Ses yeux auparavant si calmes & si clairsMe lancent des regards qui semblent des éclairs,Et sa bouche offencée aux injures ouverte,Me foudroye en ce mots, qui causerent ma perte:Indiscret, me dit-elle, apres cet accidentNe me montre jamais ton visage impudent,Meurs, & soüille la Mer de tes flames impures.

ISMENIE.

O! Ciel, que de rapport avec mes adventures.

O! Ciel, que de rapport avec mes adventures.

NICAS.

Je pense l'apaiser, je me jette à genoux,Mais en vain, ma presence augmente son courroux,Elle m'ordonne encor le trépas pour suplice,Pleure, souspire, plaint, appelle sa Nourrice,Et luy commande enfin de me mettre dehors:Là pressé de douleur, de honte & de remors,Je gagne une fenestre effroyablement haute,De qui le pied respond dans la mer où je saute,Qui depuis ce temps là m'a tousjours retenuJusques à maintenant que j'en suis revenu,Pour vous rendre, Madame, un eternel hommage.

Je pense l'apaiser, je me jette à genoux,Mais en vain, ma presence augmente son courroux,Elle m'ordonne encor le trépas pour suplice,Pleure, souspire, plaint, appelle sa Nourrice,Et luy commande enfin de me mettre dehors:Là pressé de douleur, de honte & de remors,Je gagne une fenestre effroyablement haute,De qui le pied respond dans la mer où je saute,Qui depuis ce temps là m'a tousjours retenuJusques à maintenant que j'en suis revenu,Pour vous rendre, Madame, un eternel hommage.

EVANDRE.

Tout va bien, la Princesse a changé de visage.

Tout va bien, la Princesse a changé de visage.

ISMENIE.

Seigneur, quelque discours qui me puisse affermir,Vostre effroyable saut me fait encor fremir,Et vous fistes tous deux une imprudence extresme,L'un commanda trop tost, l'autre obeit de mesme.

Seigneur, quelque discours qui me puisse affermir,Vostre effroyable saut me fait encor fremir,Et vous fistes tous deux une imprudence extresme,L'un commanda trop tost, l'autre obeit de mesme.

ARMILLE.

Il croit ce qu'il a dit.

Il croit ce qu'il a dit.

TENARE.

Il le peut croire aussi.Car je suis asseuré que la chose est ainsi.

Il le peut croire aussi.Car je suis asseuré que la chose est ainsi.

ISMENIE.

Mais je m'estonne fort que vous ne vous perdistes,Que fit-on pour vostre aide, ou qu'est-ce que vous fistes?

Mais je m'estonne fort que vous ne vous perdistes,Que fit-on pour vostre aide, ou qu'est-ce que vous fistes?

NICAS.

En habit de Marchand Neptune m'aparut,Qui me mit dans son Char, & qui me secourut.

En habit de Marchand Neptune m'aparut,Qui me mit dans son Char, & qui me secourut.

ISMENIE.

Et que fit-il de vous?

Et que fit-il de vous?

CELIE.

Un fou qui nous fait rire.

Un fou qui nous fait rire.

NICAS.

Il me retint tousjours sur son humide Empire,Sur vingt mille Tritons m'establit Admiral,Et de tous leurs Palais, Intendant General;Que je vous viens offrir, belle & grande Princesse,Pour vous y retirer au cas qu'on vous oppresse.

Il me retint tousjours sur son humide Empire,Sur vingt mille Tritons m'establit Admiral,Et de tous leurs Palais, Intendant General;Que je vous viens offrir, belle & grande Princesse,Pour vous y retirer au cas qu'on vous oppresse.

ISMENIE.

J'en rends tres-humble grace à vostre Majesté.

J'en rends tres-humble grace à vostre Majesté.

TENARE.

Il parle de sa flotte, & dit la verité.

Il parle de sa flotte, & dit la verité.

ISMENIE.

Mais, Sire, il en faut pas qu'une indiscrette envieD'oüir tout le discours d'une si belle vieMe fasse preferer le bien que j'en attensAu mal que vous auriez de parler plus long-temps.

Mais, Sire, il en faut pas qu'une indiscrette envieD'oüir tout le discours d'une si belle vieMe fasse preferer le bien que j'en attensAu mal que vous auriez de parler plus long-temps.

NICAS.

(Il dit ces deux vers tout bas.)

Il ne tiendra qu'à vous d'en aprendre le reste,Et de le rendre encore ou plus ou moins funeste.

Il ne tiendra qu'à vous d'en aprendre le reste,Et de le rendre encore ou plus ou moins funeste.

ISMENIE.

Je vous entens, tantost nous en sçaurons la fin.

Je vous entens, tantost nous en sçaurons la fin.

EVANDRE.

L'affaire, ce me semble est en fort bon chemin.

L'affaire, ce me semble est en fort bon chemin.

TENARE, aux filles.

Mon Maistre est un peu fou, mais il est sans malice,C'est pourquoy je le souffre.

Mon Maistre est un peu fou, mais il est sans malice,C'est pourquoy je le souffre.

ISMENIE.

Armille, & vous Felice,Faites voir ma voliere & mes jardins au Roy,Evandre, cependant demeurez avec moy.

Armille, & vous Felice,Faites voir ma voliere & mes jardins au Roy,Evandre, cependant demeurez avec moy.

TENAREà CELIE.

Adieu donc doux Nectar de mon ame alterée.

Adieu donc doux Nectar de mon ame alterée.

CELIE.

Adieu, mon Adonis.

Adieu, mon Adonis.

TENARE.

Adieu ma Cytherée:Adieu belle Princesse.

Adieu ma Cytherée:Adieu belle Princesse.

ISMENIE.

Adieu beau Cavalier;Allez l'accompagner jusqu'au grand escallier.

Adieu beau Cavalier;Allez l'accompagner jusqu'au grand escallier.

ISMENIE, EVANDRE.

ISMENIE.

Ayez soin de ces gens, cher & fidelle Evandre,Et sçachez du Marchand combien il les veut vendre,Sur tout pour contenter mon desir curieux,R'amenez-moy tantost nostre Amant serieux:Mais prenez vostre temps en l'absence d'Armille,Qui sortira bien tost pour s'en aller en ville.

Ayez soin de ces gens, cher & fidelle Evandre,Et sçachez du Marchand combien il les veut vendre,Sur tout pour contenter mon desir curieux,R'amenez-moy tantost nostre Amant serieux:Mais prenez vostre temps en l'absence d'Armille,Qui sortira bien tost pour s'en aller en ville.

EVANDRE.

Madame, asseurez-vous que cela sera fait.

Madame, asseurez-vous que cela sera fait.

ISMENIE.

Allez donc.

Allez donc.

EVANDRE.

Jusqu'icy tout succede à souhait.

Jusqu'icy tout succede à souhait.

ISMENIE, seule.

O! grands Dieux qu'est-cecy, parmy tant de merveillesDoy-je point soupçonner mes yeux & mes oreilles?Qu'ay-je oüy? qu'ay-je veu? mes sens émerveillez,Pouvez-vous m'asseurer d'estre bien éveillez?Non, non, j'ay fait un songe, ou je suis enchantée.

O! grands Dieux qu'est-cecy, parmy tant de merveillesDoy-je point soupçonner mes yeux & mes oreilles?Qu'ay-je oüy? qu'ay-je veu? mes sens émerveillez,Pouvez-vous m'asseurer d'estre bien éveillez?Non, non, j'ay fait un songe, ou je suis enchantée.

CELIErevenuë.

Quoy, Madame, ce fou vous a-t'il attristée?

Quoy, Madame, ce fou vous a-t'il attristée?

ISMENIE.

Non pas tant que surprise.

Non pas tant que surprise.

CELIE.

Eh bons Dieux! & comment?

Eh bons Dieux! & comment?

ISMENIE.

Ou j'ay sujet de l'estre, ou par enchantementCe qui c'est dit & veu, n'est qu'ombre & que mensonge,Ou tous les assistans n'ont fait qu'un mesme songe.

Ou j'ay sujet de l'estre, ou par enchantementCe qui c'est dit & veu, n'est qu'ombre & que mensonge,Ou tous les assistans n'ont fait qu'un mesme songe.

CELIE.

Je sçay trop que pour moy je n'ay point sommeillé,Et qu'encore à present j'ay l'œil bien éveillé:Mais que vous a-t'il dit qui vous ait pu surprendre?

Je sçay trop que pour moy je n'ay point sommeillé,Et qu'encore à present j'ay l'œil bien éveillé:Mais que vous a-t'il dit qui vous ait pu surprendre?

ISMENIE.

Ce que rien de mortel ne luy pouvoit apprendre;Si bien qu'absolument je conclus tout de bon,Ou que c'est mon Lepante, ou que c'est un Demon.

Ce que rien de mortel ne luy pouvoit apprendre;Si bien qu'absolument je conclus tout de bon,Ou que c'est mon Lepante, ou que c'est un Demon.

CELIE.

Puisque vous en parlez avec tant d'assurance,Le premier, ce me semble, a bien plus d'apparence.

Puisque vous en parlez avec tant d'assurance,Le premier, ce me semble, a bien plus d'apparence.

ISMENIE.

Le retour des Enfers est aux morts defendu.

Le retour des Enfers est aux morts defendu.

CELIE.

Et pourquoy voulez-vous qu'il y soit descendu?

Et pourquoy voulez-vous qu'il y soit descendu?

ISMENIE.

Helas! sans le vouloir, ma colere, ou sa rage,L'y fit precipiter au plus beau de son âge:Si je vous avois dit quel fut son triste sortVous n'auriez pas raison de douter de sa mort:Mais, horsmis ma Nourrice au monument enclose,Aucun n'en sceut jamais le genre ny la cause.

Helas! sans le vouloir, ma colere, ou sa rage,L'y fit precipiter au plus beau de son âge:Si je vous avois dit quel fut son triste sortVous n'auriez pas raison de douter de sa mort:Mais, horsmis ma Nourrice au monument enclose,Aucun n'en sceut jamais le genre ny la cause.

CELIE.

Et vous l'avez veu mort?

Et vous l'avez veu mort?

ISMENIE.

Non, mais je l'ay veu choirD'un lieu qui fait mourir seulement à le voir:Car pour vous reveler sa derniere adventure,Dans l'horreur d'une nuit des nuits la plus obscure,Je l'ay veu (mais ô Dieux! vous n'en parlerez pas)Se jetter dans la Mer de ma fenestre en bas;Et le cours du Soleil a fait un second lustreDepuis que mon amour fit cette perte illustre.

Non, mais je l'ay veu choirD'un lieu qui fait mourir seulement à le voir:Car pour vous reveler sa derniere adventure,Dans l'horreur d'une nuit des nuits la plus obscure,Je l'ay veu (mais ô Dieux! vous n'en parlerez pas)Se jetter dans la Mer de ma fenestre en bas;Et le cours du Soleil a fait un second lustreDepuis que mon amour fit cette perte illustre.

CELIE.

Seroit-il le premier qu'en pareil accidentLes Dieux ont retiré d'un trépas évident?Les livres sont tous pleins de semblables exemplesDont nous voyons encor les tableaux dans nos Temples.

Seroit-il le premier qu'en pareil accidentLes Dieux ont retiré d'un trépas évident?Les livres sont tous pleins de semblables exemplesDont nous voyons encor les tableaux dans nos Temples.

ISMENIE.

Mais où depuis dix ans se seroit-il tenu?

Mais où depuis dix ans se seroit-il tenu?

CELIE.

C'est un secret du sort qui nous est inconnu;Mais qui n'empesche pas que ce ne soit Lepante.

C'est un secret du sort qui nous est inconnu;Mais qui n'empesche pas que ce ne soit Lepante.

ISMENIE.

Ah! Dieux, si c'estoit luy, que je mourrois contente.

Ah! Dieux, si c'estoit luy, que je mourrois contente.

CELIE.

Si personne en sçait rien il faut que ce soit vous.En a-t'il quelque signe?

Si personne en sçait rien il faut que ce soit vous.En a-t'il quelque signe?

ISMENIE.

Il les a presque tous,Sa bouche, son regard, sa parole, son geste,Et bref, horsmis son teint, il en a tout le reste;Car lors qu'il se perdit il avoit la façonD'une jeune beauté sous l'habit d'un garçon.

Il les a presque tous,Sa bouche, son regard, sa parole, son geste,Et bref, horsmis son teint, il en a tout le reste;Car lors qu'il se perdit il avoit la façonD'une jeune beauté sous l'habit d'un garçon.

CELIE.

Madame, c'est lui-mesme, & toute sa folieN'est qu'un sage artifice.

Madame, c'est lui-mesme, & toute sa folieN'est qu'un sage artifice.

ISMENIE.

Ah! que je crains, Celie,Que l'Amour, une fievre, une longue prison,Ou quelque autre accident n'ait troublé sa raison.

Ah! que je crains, Celie,Que l'Amour, une fievre, une longue prison,Ou quelque autre accident n'ait troublé sa raison.

CELIE.

Bien loin d'avoir pour luy cette obligeante crainte,Croyez que sa folie est une accorte feinte,Par où, l'adroit qu'il est, a voulu rechercherLes moyens de vous voir, & de vous aprocher;Mesme je croy qu'Evandre, ou je suis bien trompée,Est de l'intelligence, & qu'Armille est dupée,L'industrieux vieillard, qui sans doute le sert,L'employe à le produire, & se met à couvert.

Bien loin d'avoir pour luy cette obligeante crainte,Croyez que sa folie est une accorte feinte,Par où, l'adroit qu'il est, a voulu rechercherLes moyens de vous voir, & de vous aprocher;Mesme je croy qu'Evandre, ou je suis bien trompée,Est de l'intelligence, & qu'Armille est dupée,L'industrieux vieillard, qui sans doute le sert,L'employe à le produire, & se met à couvert.

ISMENIE.

A ce conte, Celie, elle n'est pas trop fine;

A ce conte, Celie, elle n'est pas trop fine;

CELIE.

Non, mesme il a tant fait que pour la bonne mineDu plus interessé de nos deux Amoureux,Elle a tiré de vous deux beaux habits pour eux.

Non, mesme il a tant fait que pour la bonne mineDu plus interessé de nos deux Amoureux,Elle a tiré de vous deux beaux habits pour eux.

ISMENIE.

En effect il est vray que plus je vous écoute,Moins sur cette matiere il me reste de doute:Mais allons aux jardins nous en entretenir,Attendant le vieillard qui l'y fera venir,Afin que mes soupçons changez en certitudeMon esprit desormais n'ait plus d'inquietude.

En effect il est vray que plus je vous écoute,Moins sur cette matiere il me reste de doute:Mais allons aux jardins nous en entretenir,Attendant le vieillard qui l'y fera venir,Afin que mes soupçons changez en certitudeMon esprit desormais n'ait plus d'inquietude.

Fin du second Acte.

ISMENIE, seule apres la reconnoissance de Lepante.

Apres dix ans de mort Lepante voit le jour!Apres dix ans d'ennuy ma joye est revenuë;O! surprise agreable, ô! fortuné retour,O! merveille du Ciel à la terre inconnuë,Effaits prodigieux de Fortune & d'Amour,Aveugles Deitez que je vous suis tenuë,Et que j'esprouve bien qu'un bien fait est plus grandAlors qu'il nous surprend.C'est à toy proprement que ce miracle est deuFortune, dont la main en merveilles feconde,Me redonne un tresor que j'estimois perdu:Mais, ô puissant Demon, si craint par tout le monde,Je te doy beaucoup moins pour me l'avoir rendu,Que pour l'avoir sauvé des abismes de l'onde,Quand mon juste courroux trop prompt à s'irriterL'y fit precipiter.Cruel ressouvenir du succez mal-heureuxQui suivit cette nuit si tragique & si noirePar l'expiation de son crime amoureux;Effroyables objets sortez de ma memoire,Afin qu'apres dix ans de pensers douleureuxJe compte un seul instant d'esperance & de gloire,Où je puisse gouster aussi purs qu'innocensLes transports que je sens.Mais helas! cet instant, s'il m'estoit accordé,Seroit un bien pour moy de trop longue durée,Non, non, c'est desja trop de l'avoir demandé,A des peines sans fin je me sens preparée,Et par l'ordre du Ciel qui doit estre gardé,La Fortune & l'Amour ont ma perte juréePuisque je n'en reçoy cet aymable tresorQue pour le perdre encor.Cet infame Tyran riche du bien d'autruy,Esgallement hay des peuples qu'il opprime,Et de ceux dont par force il veut estre l'appuy,Ce monstre à qui l'hymen doit m'offrir en victime,Me conduit à la mort, que je crains moins que luy.Par les degrez d'un trône estably par le crime;Si Lepante au besoin ne donne un prompt effaitAu dessein que j'ay fait.

Apres dix ans de mort Lepante voit le jour!Apres dix ans d'ennuy ma joye est revenuë;O! surprise agreable, ô! fortuné retour,O! merveille du Ciel à la terre inconnuë,Effaits prodigieux de Fortune & d'Amour,Aveugles Deitez que je vous suis tenuë,Et que j'esprouve bien qu'un bien fait est plus grandAlors qu'il nous surprend.

C'est à toy proprement que ce miracle est deuFortune, dont la main en merveilles feconde,Me redonne un tresor que j'estimois perdu:Mais, ô puissant Demon, si craint par tout le monde,Je te doy beaucoup moins pour me l'avoir rendu,Que pour l'avoir sauvé des abismes de l'onde,Quand mon juste courroux trop prompt à s'irriterL'y fit precipiter.

Cruel ressouvenir du succez mal-heureuxQui suivit cette nuit si tragique & si noirePar l'expiation de son crime amoureux;Effroyables objets sortez de ma memoire,Afin qu'apres dix ans de pensers douleureuxJe compte un seul instant d'esperance & de gloire,Où je puisse gouster aussi purs qu'innocensLes transports que je sens.

Mais helas! cet instant, s'il m'estoit accordé,Seroit un bien pour moy de trop longue durée,Non, non, c'est desja trop de l'avoir demandé,A des peines sans fin je me sens preparée,Et par l'ordre du Ciel qui doit estre gardé,La Fortune & l'Amour ont ma perte juréePuisque je n'en reçoy cet aymable tresorQue pour le perdre encor.

Cet infame Tyran riche du bien d'autruy,Esgallement hay des peuples qu'il opprime,Et de ceux dont par force il veut estre l'appuy,Ce monstre à qui l'hymen doit m'offrir en victime,Me conduit à la mort, que je crains moins que luy.Par les degrez d'un trône estably par le crime;Si Lepante au besoin ne donne un prompt effaitAu dessein que j'ay fait.

ISMENIE, LEPANTE, EVANDRE.

ISMENIE.

Mais le voicy qui vient, ô Prince déplorable!Que ma faute & la vostre ont rendu miserable,Trop prompt à m'offencer & trop à m'obeir,Qu'avec juste raison vous me devez haïr.

Mais le voicy qui vient, ô Prince déplorable!Que ma faute & la vostre ont rendu miserable,Trop prompt à m'offencer & trop à m'obeir,Qu'avec juste raison vous me devez haïr.

LEPANTE.

Ny mes Estats perdus, ny depuis dix annéesMa fortune, & ma vie à tout abandonnées,Ne m'ont rien fait souffrir que n'ait trop meritéMon indiscrette audace envers vostre beauté,Et je prendrois à gré ma fortune presentePourveu que mon retour vous pleust.

Ny mes Estats perdus, ny depuis dix annéesMa fortune, & ma vie à tout abandonnées,Ne m'ont rien fait souffrir que n'ait trop meritéMon indiscrette audace envers vostre beauté,Et je prendrois à gré ma fortune presentePourveu que mon retour vous pleust.

ISMENIE.

Oüy, cher Lepante,Je vous le dis encore, le bien de vous revoirEst un des plus parfaits que je pouvois avoir,Quelque severe loy que la pudeur m'impose,Je veux montrer ma joye à celuy qui la cause,Apres tant de travaux, de constance & de soins,Le cœur le plus ingrat ne pourroit faire moins.

Oüy, cher Lepante,Je vous le dis encore, le bien de vous revoirEst un des plus parfaits que je pouvois avoir,Quelque severe loy que la pudeur m'impose,Je veux montrer ma joye à celuy qui la cause,Apres tant de travaux, de constance & de soins,Le cœur le plus ingrat ne pourroit faire moins.

LEPANTE.

Vous loüez ma constance, & moy tout au contraire,J'ay sur cette matiere un reproche à vous faire,Puis qu'apres le discours que je vous ay tenuEncor ne sçay-je pas si vous m'eussiez connu,Si l'homme que voila ne vous eust point aydéeA retracer de moy quelque confuse idée.

Vous loüez ma constance, & moy tout au contraire,J'ay sur cette matiere un reproche à vous faire,Puis qu'apres le discours que je vous ay tenuEncor ne sçay-je pas si vous m'eussiez connu,Si l'homme que voila ne vous eust point aydéeA retracer de moy quelque confuse idée.

EVANDRE.

Je ne l'ay secouruë en aucune façon.

Je ne l'ay secouruë en aucune façon.

ISMENIE.

Non, vostre seule histoire a causé mon soupçon;Car pour vostre personne, encore que j'y treuvasseMesme bouche, mesme œil, mesme air, & mesme grace,Ce ne m'estoit pourtant qu'un indigne rapportD'un Esclave vivant avec un Prince mort:Mais de vostre trépas la triste renomméeEstant par tout receuë, & par tout confirmée,Que pouvois-je penser, sinon que vous estiezCe mesme extravagant que vous representiez,Et si naïfvement, que j'ay dit à CelieQue je craignois pour vous quelque accez de folie.

Non, vostre seule histoire a causé mon soupçon;Car pour vostre personne, encore que j'y treuvasseMesme bouche, mesme œil, mesme air, & mesme grace,Ce ne m'estoit pourtant qu'un indigne rapportD'un Esclave vivant avec un Prince mort:Mais de vostre trépas la triste renomméeEstant par tout receuë, & par tout confirmée,Que pouvois-je penser, sinon que vous estiezCe mesme extravagant que vous representiez,Et si naïfvement, que j'ay dit à CelieQue je craignois pour vous quelque accez de folie.

LEPANTE.

Vrayment mon personnage a fait un bel effait.

Vrayment mon personnage a fait un bel effait.

ISMENIE.

Prenez vous en à vous qui l'avez si bien fait.

Prenez vous en à vous qui l'avez si bien fait.

EVANDRE.

Tout indigne qu'il est il faut bien qu'il l'exerce,S'il veut continuer son amoureux commerce.

Tout indigne qu'il est il faut bien qu'il l'exerce,S'il veut continuer son amoureux commerce.

ISMENIE.

Oüy, Lepante, il le faut, si vous me voulez voir,Et nous vous ayderons de tout nostre pouvoir,Evandre, moy, Celie, & peut estre Felice,Couvrirons vostre jeu d'un commun artifice;Ainsi quelque fascheux qui puisse survenir,J'auray tousjours moyen de vous entretenir,Et de gouster au moins cette innocente joye.

Oüy, Lepante, il le faut, si vous me voulez voir,Et nous vous ayderons de tout nostre pouvoir,Evandre, moy, Celie, & peut estre Felice,Couvrirons vostre jeu d'un commun artifice;Ainsi quelque fascheux qui puisse survenir,J'auray tousjours moyen de vous entretenir,Et de gouster au moins cette innocente joye.

LEPANTE.

Tous m'est doux, tout m'est beau pourveu que je vous voye;Que je passe par tout pour un fol serieux,Si j'ay vostre entretien je suis Roy glorieux,Et tiens qu'à ce prix-là les plus sages de GreceVoudroient à ma folie échanger leur sagesse.

Tous m'est doux, tout m'est beau pourveu que je vous voye;Que je passe par tout pour un fol serieux,Si j'ay vostre entretien je suis Roy glorieux,Et tiens qu'à ce prix-là les plus sages de GreceVoudroient à ma folie échanger leur sagesse.

ISMENIE.

Au lieu de me tenir ces discours obligeansContez-moy sous quel Ciel, & parmy quelles gensLes Dieux & la Fortune ont depuis dix annéesLaissé couler sans bruit vos tristes destinées;Sur tout apprenez-moy quel caprice du sort,Contre toute apparence empescha vostre mort,Car c'est, à dire vray, de toute la NatureLa plus prodigieuse & plus rare advanture.

Au lieu de me tenir ces discours obligeansContez-moy sous quel Ciel, & parmy quelles gensLes Dieux & la Fortune ont depuis dix annéesLaissé couler sans bruit vos tristes destinées;Sur tout apprenez-moy quel caprice du sort,Contre toute apparence empescha vostre mort,Car c'est, à dire vray, de toute la NatureLa plus prodigieuse & plus rare advanture.

EVANDRE.

Je brusle de l'entendre.

Je brusle de l'entendre.

ISMENIE.

Et moy.

Et moy.

LEPANTE.

Puis qu'il vous plaist,Oyez en peu de mots la chose comme elle est.J'avois par la douleur, & l'eau que j'avois beuëPerdu le sentiment, la parole & la veuë,Quand des coups & des cris accompagnez d'effroyMe furent un sujet de revenir à moy,Dans le coin d'un navire, & presque à fonds de cale,Je me treuve estendu sur un lit dur & sale,Du sang d'un homme mort tout fraischement soüillé,Et de quantité d'eau dont je l'avois moüillé.

Puis qu'il vous plaist,Oyez en peu de mots la chose comme elle est.

J'avois par la douleur, & l'eau que j'avois beuëPerdu le sentiment, la parole & la veuë,Quand des coups & des cris accompagnez d'effroyMe furent un sujet de revenir à moy,Dans le coin d'un navire, & presque à fonds de cale,Je me treuve estendu sur un lit dur & sale,Du sang d'un homme mort tout fraischement soüillé,Et de quantité d'eau dont je l'avois moüillé.

ISMENIE.

Mon Pere je fremis.

Mon Pere je fremis.

EVANDRE.

Et moy je vous proteste.

Et moy je vous proteste.

LEPANTE.

Comme je contemplois ce spectacle funesteDeux soldats, la lanterne & l'espée en avant,Vinrent voir si quelqu'un estoit encor vivant,Et treuvant un vieillard caché parmy des hardesLuy passerent deux fois leurs glaive jusqu'aux gardes;Apres venans à moy qui n'attendois pas mieux,Je vis que le plus jeune arresta le plus vieux,Observa mon habit, ma phisionomie,Et luy montra du doigt l'eau que j'avois vomie,Puis en mauvais Romain lui dit semblables mots:Celuy-cy, que sans doute on a tiré des flots,En l'estat qu'on le void, moüillé, pasle & malade,N'a pas causé la mort du vaillant Encelade,Il est pour un Marchand trop richement vestu,Et ne doit point mourir s'il n'a point combatu:Il en faut consulter le reste de la troupeDit l'autre, & le porter dans la chambre de poupe:Cela dit, chacun d'eux me transporte à son rangSur un tillac couvert d'une mare de sang,Et qui servoit encor de Scene & de TheatreA la fureur de Mars qui s'y venoit d'ébatre;Là par raison d'Estat, & par necessitéJe déguise mon nom, mon sort, ma qualité,Et dis que pour m'oster à la fureur d'un maistreJ'avois sauté dans l'eau d'une haute fenestre,De sorte qu'en l'estat où l'on m'avoit treuvéJe ne pouvois sçavoir qui m'en avoit sauvé:Lors des plus apparents un bon nombre s'assemble,Qui long-temps & tous bas deliberent ensemble.

Comme je contemplois ce spectacle funesteDeux soldats, la lanterne & l'espée en avant,Vinrent voir si quelqu'un estoit encor vivant,Et treuvant un vieillard caché parmy des hardesLuy passerent deux fois leurs glaive jusqu'aux gardes;Apres venans à moy qui n'attendois pas mieux,Je vis que le plus jeune arresta le plus vieux,Observa mon habit, ma phisionomie,Et luy montra du doigt l'eau que j'avois vomie,Puis en mauvais Romain lui dit semblables mots:Celuy-cy, que sans doute on a tiré des flots,En l'estat qu'on le void, moüillé, pasle & malade,N'a pas causé la mort du vaillant Encelade,Il est pour un Marchand trop richement vestu,Et ne doit point mourir s'il n'a point combatu:Il en faut consulter le reste de la troupeDit l'autre, & le porter dans la chambre de poupe:Cela dit, chacun d'eux me transporte à son rangSur un tillac couvert d'une mare de sang,Et qui servoit encor de Scene & de TheatreA la fureur de Mars qui s'y venoit d'ébatre;Là par raison d'Estat, & par necessitéJe déguise mon nom, mon sort, ma qualité,Et dis que pour m'oster à la fureur d'un maistreJ'avois sauté dans l'eau d'une haute fenestre,De sorte qu'en l'estat où l'on m'avoit treuvéJe ne pouvois sçavoir qui m'en avoit sauvé:Lors des plus apparents un bon nombre s'assemble,Qui long-temps & tous bas deliberent ensemble.

ISMENIE.

Dieux que je crains pour vous.

Dieux que je crains pour vous.

LEPANTE.

Ils furent plus courtoisQue dans mon desespoir je ne le souhaittois;Ils me firent seicher, & par leur bonne chereS'efforcerent en vain de charmer ma misere;Car je gardois tousjours pour nourrir ma langueurL'image de ma faute & de vostre rigueur.

Ils furent plus courtoisQue dans mon desespoir je ne le souhaittois;Ils me firent seicher, & par leur bonne chereS'efforcerent en vain de charmer ma misere;Car je gardois tousjours pour nourrir ma langueurL'image de ma faute & de vostre rigueur.

ISMENIE.

Mais que devintes-vous?

Mais que devintes-vous?

LEPANTE.

Je m'en vay vous le dire.Apres avoir destruit ce mal-heureux NavireDe qui je fus le seul & le dernier vivant,Ils reprennent soudain la route du Levant,Et je passe avec eux dans un vaisseau de guerreQui ne craignoit en tout que la flame & la terre;Je fus leur prisonnier un mois & presque deuxEn attendant le temps de me dérober d'eux,Qui m'eussent fait payer une rançon immenseSi ma discretion n'eust caché ma naissance,Quand le plus grand ennuy qui pouvoit me saisir,Sur le poinct d'échaper m'en osta le desir;J'apris auprés de Tyr le bruit faux & funesteQue la belle Ismenie estoit morte de peste;Et quelque temps apres je sceus la veritéQu'un injuste voisin m'avoit desherité:Car, comme vous sçavez, cette honte des PrincesUn mois apres ma perte entra dans mes Provinces,Où mon frere Anaxandre, en defendant le sien,Perdit à la bataille & la vie & le bien;Ainsi donc n'ayant plus ny d'espoir ny d'envie,Je mis à l'abandon ma fortune & ma vie,Courus par desespoir tous les bords estrangersOù l'on peut mieux treuver les extrémes dangers;Et bref cherchay la mort sur la terre & sur l'ondeTant que je ne creus pas que vous fussiez au monde.

Je m'en vay vous le dire.Apres avoir destruit ce mal-heureux NavireDe qui je fus le seul & le dernier vivant,Ils reprennent soudain la route du Levant,Et je passe avec eux dans un vaisseau de guerreQui ne craignoit en tout que la flame & la terre;Je fus leur prisonnier un mois & presque deuxEn attendant le temps de me dérober d'eux,Qui m'eussent fait payer une rançon immenseSi ma discretion n'eust caché ma naissance,Quand le plus grand ennuy qui pouvoit me saisir,Sur le poinct d'échaper m'en osta le desir;J'apris auprés de Tyr le bruit faux & funesteQue la belle Ismenie estoit morte de peste;Et quelque temps apres je sceus la veritéQu'un injuste voisin m'avoit desherité:Car, comme vous sçavez, cette honte des PrincesUn mois apres ma perte entra dans mes Provinces,Où mon frere Anaxandre, en defendant le sien,Perdit à la bataille & la vie & le bien;Ainsi donc n'ayant plus ny d'espoir ny d'envie,Je mis à l'abandon ma fortune & ma vie,Courus par desespoir tous les bords estrangersOù l'on peut mieux treuver les extrémes dangers;Et bref cherchay la mort sur la terre & sur l'ondeTant que je ne creus pas que vous fussiez au monde.

ISMENIE.

Au moins depuis six mois ayant sceu que j'y suisVostre cœur a fait trevve avec ses ennemis,Où croyant jusqu'icy vostre perte assuréeJ'ay bien souffert des maux de plus longue durée:Mais quel sort tenebreux a caché vos beaux jours?

Au moins depuis six mois ayant sceu que j'y suisVostre cœur a fait trevve avec ses ennemis,Où croyant jusqu'icy vostre perte assuréeJ'ay bien souffert des maux de plus longue durée:Mais quel sort tenebreux a caché vos beaux jours?

LEPANTE.

C'est d'une estrange vie, un estrange discours,A quoy le jour entier auroit peine à suffire.

C'est d'une estrange vie, un estrange discours,A quoy le jour entier auroit peine à suffire.

ISMENIE.

Bien donc, une autre fois vous pourrez nous le dire:Mais éclaircissez-moy l'histoire du vaisseauDont le Ciel se servit à vous tirer de l'eau?

Bien donc, une autre fois vous pourrez nous le dire:Mais éclaircissez-moy l'histoire du vaisseauDont le Ciel se servit à vous tirer de l'eau?

LEPANTE.

Vous m'obligez, Madame, au recit d'une chose,Que pour n'avoir point veuë il faut que je supose,Et dont tous les témoins ont pery devant moy;Mais tousjours, en tout cas voicy ce que j'en croy.C'estoit un vaisseau Grec, qui sortoit de Marseille,(Comme j'ay sceu depuis) riche & fort à merveille,Il ne vit pas ma cheute à cause de la nuit,Mais il ne laissa pas d'en entendre le bruit,Il dépescha l'esquif, & remarqua la placeAvec tant d'heur pour nous, ou plustost de disgrace,Qu'il est à presumer que revenant sur l'eauQuelqu'un des Mariniers nous mit dans le bateau:Mais soit que la pitié qu'ils m'avoient témoignéeEut contre leur vertu la Fortune indignée,Ou soit que ma disgrace eut attiré la leurPar la contagion de mon propre malheur,A ce premier éclat que le Soleil nous montreUn Navire Africain leur vint à la rencontre,A qui l'avare faim, & l'espoir du butinFait commencer la charge avec son Brigantin:Nos Marchands, gens de cœur, songent à se defendre,Resolus de perir plustost que de se rendre:En ce premier combat, le Chef des assaillansEst porté dans la Mer, & trois des plus vaillans,Il y meurt; cependant le gros Navire aproche,Qui donne l'escalade à l'autre qu'il acroche;En fin, pour faire court, apres un long effortCet injuste agresseur demeure le plus fort;Alors sur [le] vaincu le vainqueur fait main basse,Et le pauvre Marchant ne treuve point de grace,Tous sont sacrifiez par la flame & le ferAux manes d'Encelade estouffé dans la Mer.

Vous m'obligez, Madame, au recit d'une chose,Que pour n'avoir point veuë il faut que je supose,Et dont tous les témoins ont pery devant moy;Mais tousjours, en tout cas voicy ce que j'en croy.C'estoit un vaisseau Grec, qui sortoit de Marseille,(Comme j'ay sceu depuis) riche & fort à merveille,Il ne vit pas ma cheute à cause de la nuit,Mais il ne laissa pas d'en entendre le bruit,Il dépescha l'esquif, & remarqua la placeAvec tant d'heur pour nous, ou plustost de disgrace,Qu'il est à presumer que revenant sur l'eauQuelqu'un des Mariniers nous mit dans le bateau:Mais soit que la pitié qu'ils m'avoient témoignéeEut contre leur vertu la Fortune indignée,Ou soit que ma disgrace eut attiré la leurPar la contagion de mon propre malheur,A ce premier éclat que le Soleil nous montreUn Navire Africain leur vint à la rencontre,A qui l'avare faim, & l'espoir du butinFait commencer la charge avec son Brigantin:Nos Marchands, gens de cœur, songent à se defendre,Resolus de perir plustost que de se rendre:En ce premier combat, le Chef des assaillansEst porté dans la Mer, & trois des plus vaillans,Il y meurt; cependant le gros Navire aproche,Qui donne l'escalade à l'autre qu'il acroche;En fin, pour faire court, apres un long effortCet injuste agresseur demeure le plus fort;Alors sur [le] vaincu le vainqueur fait main basse,Et le pauvre Marchant ne treuve point de grace,Tous sont sacrifiez par la flame & le ferAux manes d'Encelade estouffé dans la Mer.

EVANDRE.

Et ces cœurs sans pitié, ces Conquerans avares,Estoient assurément Pirates & Barbares?

Et ces cœurs sans pitié, ces Conquerans avares,Estoient assurément Pirates & Barbares?

LEPANTE.

Oüy, des plus redoutez, & des plus belliqueux.

Oüy, des plus redoutez, & des plus belliqueux.

ISMENIE.

Mais vous, combien de temps fustes-vous avec eux?

Mais vous, combien de temps fustes-vous avec eux?

LEPANTE.

Il luy faut desormais déguiser la matiere;J'y passay d'un Soleil la course presque entiere;Mais ayant en horreur leurs actes inhumainsJe fis tant qu'à la fin j'eschapay de leurs mains.

Il luy faut desormais déguiser la matiere;J'y passay d'un Soleil la course presque entiere;Mais ayant en horreur leurs actes inhumainsJe fis tant qu'à la fin j'eschapay de leurs mains.

EVANDRE.

Ah que vous fistes bien, ce sont ceux-là peut-estre,Qui prirent nos vaisseaux, & le Prince mon Maistre.

Ah que vous fistes bien, ce sont ceux-là peut-estre,Qui prirent nos vaisseaux, & le Prince mon Maistre.

LEPANTE.

Comment, que dites-vous, l'ont ils fait prisonnier?

Comment, que dites-vous, l'ont ils fait prisonnier?

ISMENIE.


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