Bâti sur la fondation des apôtres et des prophètes, c'est-à-dire des prophètes qui ont prédit la venuedu Christet les apôtres qui l'ont proclamée. Quoique Moïse ait été un apôtre deDieu, il n'est pas ici. Quoique Elie ait été un prophète deDieu, il n'est pas ici. La voix du moment tout entier est celle du Ciel à la Transfiguration: «Voici mon fils bien-aimé, écoutez-le[212].»
Il y a un autre prophète et plus grand encore, qui, comme il semble d'abord, n'est pas ici. Est-ce que le peuple entrera dans les portes du temple en chantant «Hosanna au fils de David[213]», et ne verra aucune image de son père?
Christ lui-même déclare: «Je suis la racine et l'épanouissement de David», et cependant la racine ne garde près d'elle aucun souvenir de la terre qui l'a nourrie?
Il n'en est pas ainsi, David et son Fils sont ensemble.
David est le piédestal du Christ. Nous commencerons donc notre examen de la façade du temple par ce beau piédestal.
La statue de David, qui n'a que les deux tiers de la grandeur naturelle, occupe la niche qui est sur le devant du piédestal. Il tient son sceptre dans la maindroite, son phylactère dans la gauche: Roi et Prophète, le symbole à jamais de toute royauté qui agit avec une justice divine, la réclame et la proclame.
Le piédestal qui a cette statue pour sculpture sur sa face occidentale, est carré et, sur les deux autres côtés, il y a des fleurs dans des vases; du côté nord le lys et du côté sud la rose. Et le monolithe entier est un des plus nobles morceaux de sculpture chrétienne du monde entier.
Au-dessus de ce piédestal en vient un moins important, portant en façade un pampre de vigne qui complète le symbolisme floral du tout. La plante que j'ai appelée un lys n'est pas la Fleur de Lys ni le lys de la Madone[214], mais une fleur idéale avec des clochettes comme la couronne impériale (le type des«lys de toutes les espèces» de Shakespeare[215]), représentant le mode de croissance du lys de la vallée qui ne pouvait pas être sculpté aussi grand dans sa forme littérale sans paraître monstrueux, et se trouve ainsi représenté sur cette pièce de sculpture où il réalise, associé à la rose et à la vigne ses compagnes, la triple parole du Christ: «Je suis la Rose de Saron et le Lys de la Vallée[216].» «Je suis la Vigne véritable[217].»
33. Sur les côtés de ce socle sont des supports d'un caractère différent. Des supports, non des captifs, ni des victimes; le Basilic et l'Aspic représentant les plus actifs des principes malfaisants sur la terre dans leur malignité extrême; pourtant piédestaux du Christ, et même dans leur vie délétère, accomplissant sa volonté finale.
Les deux créatures sont représentées exactement dans la forme médiévale traditionnelle, le basilic, moitié dragon, moitié coq; l'aspic, sourd, mettant uneoreille contre la terre et se bouchant l'autre avec sa queue[218].
Le premier représente l'incrédulité de l'Orgueil. Le basilic—serpent-roi ou le premier des serpents—disant qu'il est Dieu et qu'ilseraDieu.
Le second, l'incrédulité de la Mort. L'aspic (le plus bas serpent) disant qu'il est de la boue etserade la boue.
34. En dernier lieu, surmontant le tout, placés sous les pieds de la statue du Christ lui-même, sont le lion et le dragon; les images du péché charnel ou humain, en tant que distinct du péché spirituel et intellectuel de l'orgueil par lequel les anges tombèrent aussi.
Désirer régner plutôt que servir—péché du basilic—ou la mort sourde plutôt que la vie aux écoutes—péché de l'aspic—ces deux péchés sont possibles à toutes les intelligences de l'univers. Mais les péchés spécialement humains, la colère et la convoitise, semences en notre vie de sa perpétuelle tristesse, le Christ dans Sa propre humanité les a vaincus et les vainc encore dans Ses disciples. C'est pourquoi Sonpied est sur leur tête, et la prophétie: «Inculcabis super leonem et aspidem[219]» est toujours reconnue comme accomplie en Lui, et en tous Ses vrais serviteurs, selon la hauteur de leur autorité et la réalité de leur influence.
35. C'est en ce sens mystique qu'Alexandre III se servit de ces paroles en rétablissant la paix en Italie et en accordant le pardon à l'ennemi le plus mortel de ce pays sous le portique de Saint-Marc[220]. Mais le sens de chaque action, comme de chaque art des âges chrétiens, perdu maintenant depuis trois cents ans, ne peut dans notre temps être lu qu'à rebours[221], s'il peut être lu du tout, au travers de l'esprit contraire qui est maintenant le nôtre. Nous glorifions l'orgueil et l'avarice comme les vertus par lesquelles toutes choses existent et se meuvent, nous suivons nos désirs comme nos seuls guides vers le salut, et nous exhalons le bouillonnement de notre propre honte, qui est tout ce que peuvent produire sur la terre nos mains et nos lèvres.
36. De la statue du Christ elle-même je ne parlerai pas longuement ici, aucune sculpture ne satisfaisant ni ne devant satisfaire l'espérance d'une âme aimante qui a appris à croire en lui; mais à cette époque elle dépassa ce qui avait jamais été atteint jusque-là en tendresse sculptée; et elle était connue au loin comme deprès sous le nom de: «Le Beau Dieu d'Amiens[222].» Elle était toutefois comprise, remarquez-le, juste assez clairement pour n'être qu'un symbole de la Présence Divine, comme les pauvres reptiles enroulés en bas n'étaient que les symboles des présences démoniaques. Non une idole, dans notre sens du mot—seulement une lettre, un signe de l'Esprit Vivant, que pourtant chaque fidèle concevait comme venant à sa rencontre ici à la porte du temple: «la Parole de Vie, le Roi de Gloire[223]et le Seigneur des Armées.»
«Dominus Virtutum, le Seigneur des Vertus[224]», c'est la meilleure traduction de l'idée que donnait à un disciple instruit du XIIIesiècle les paroles du XXIVepsaume.
Aussi sous les pieds de Ses apôtres dans les quatre-feuilles de la fondation apostolique sont représentées les vertus que chaque apôtre a enseignées ou manifestées dans sa vie;—ce peut être une vertu qui aura été en lui durement mise à l'épreuve et il peut avoir manqué de la force même du caractère qu'il a ensuite conduità sa perfection. Ainsi saint Pierre reniant par crainte est ensuite l'apôtre du courage; et saint Jean, qui avec son frère aurait brûlé le village inhospitalier, est ensuite l'apôtre de l'Amour. Ayant compris ceci, vous voyez que dans les côtés des porches les apôtres avec leurs vertus spéciales sont placés sur deux rangs qui se font vis à vis.
Saint Paul,Foi.Courage,Saint Pierre.Saint Jacques l'év.,Espérance.Patience,Saint André.Saint Philippe,Charité.Douceur,Saint Jacques.Saint Barthélemy,Chasteté.Amour,Saint Jean.Saint Thomas,Sagesse.Obéissance,Saint Matthieu.Saint Jude,Humilité.Persévérance,Saint Simon.
Maintenant vous voyez comme ces vertus se répondent l'une à l'autre dans leurs rangs symétriques. Rappelez-vous que le côté gauche est toujours le premier et voyez comment les vertus de gauche conduisent à celles de droite.
Le Courageàla Foi.La Patienceàl'Espérance.La Douceuràla Charité.L'Amouràla Chasteté.L'Obéissanceàla Sagesse.La Persévéranceàl'Humilité.
Notez de plus que les Apôtres sont tous calmes, presque tous avec des livres, quelques-uns avec des croix, mais tous avec le même message,—«Que la Paix soit sur cette maison. Et si le Fils de la Paix est ici[225]», etc.[226].
Mais les Prophètes, tous chercheurs, ou pensifs, ou tourmentés, ou priant, à la seule exception de Daniel. Le plus tourmenté de tous est Isaïe, moralement scié en deux[227]. Le bas-relief qui est au-dessus ne représente aucune scène de son martyre, mais montre le prophète au moment où il voit le Seigneur dans son temple et où cependant il a le sentiment qu'il a les lèvres impures. Jérémie aussi porte sa croix mais avec plus de sérénité.
39. Et maintenant je donne, en une suite claire, l'ordre des statues de la façade entière avec les sujets des quatre-feuilles placés sous chacune d'elles, désignant le quatre-feuilles placé le plus haut par un A, le quatre-feuilles inférieur par un B.
Les six prophètes qui sont debout à l'angle des porches, Amos, Abdias, Michée, Nahum, Sophonie et Aggée ont chacun quatre quatre-feuilles, désignés, les quatre-feuilles supérieurs par A et C, les inférieurs par B et D.
En commençant donc, sur le côté gauche du porche central et en lisant de l'intérieur du porche vers le dehors, vous avez:
1. Saint Pierre{A. Courage.{B. Lâcheté.
2. Saint André{A. Patience.{B. Colère.
3. Saint Jacques{A. Douceur.{B. Grossièreté.
4. Saint Jean{A. Amour.{B. Discorde.
5. Saint Matthieu{A. Obéissance.{B. Rébellion.
6. Saint Simon{A. Persévérance.{B. Athéisme.
Maintenant, à droite du porche en lisant vers le dehors:
7. Saint Paul{A. Foi.{B. Idolâtrie.
8. Saint Jacques, l'év{A. Espérance.{B. Désespoir.
9. Saint Philippe{A. Charité.{B. Avarice.
10. Saint Barthélémy{A. Chasteté.{B. Luxure.
11. Saint Thomas{A. Prudence.{B. Folie.
12. Saint Jude{A. Humilité.{B. Orgueil.
Maintenant, de nouveau à gauche, les deux statues les plus éloignées du Christ.
13. Isaïe:
A. «Je vois le Seigneur assis sur un trône.» (VI, 1.)B. «Vois, ceci a touché tes lèvres.» (VI, 7.)
14. Jérémie:
A. L'enfouissement de la ceinture. (XIII, 4, 5.)B. Le bris du joug. (XVIII, 10.)
Et à droite:
15. Ézéchiel:
A. La roue dans la roue. (I, 16.)B. «Fils de l'homme, tourne ton visage vers Jérusalem.» (XXI, 2.)
16. Daniel:
A. «Il a fermé les gueules des lions.» (VI, 22.)B. «Au même moment sortirent les doigts de la main d'un homme.» (V, 5.)
40. Maintenant en commençant à gauche (côté sud de la façade entière), et en lisant tout droit à la suite sans jamais entrer dans les porches excepté pour les quatre-feuilles appariés aux statues qui nous concernent.
17. Osée:
A. «Ainsi je l'achetai pour moi, pour quinze pièces d'argent.» (III, 2.)B. «Ainsi serais-je aussi pour toi.» (III, 3.)
18. Joël:
A. Le soleil et la lune sans lumière. (II, 10.)B. Le figuier et la vigne sans feuilles. (I, 7.)
19. Amos:
Sur la façade{A. «Le Seigneur criera de Sion.» (I, 2.){B. « Les habitations des bergers se lamenteront.» (I, 2.)
À l'intérieur du{C. Le Seigneur avec le cordeau du maçon. (VII, 8.)porche.{D. La place où il ne pleuvait pas. (IV, 6.)
20. Abdias:
À l'intérieur du{A. «Je les cachai dans une caverne.» (I, lesporche.Rois, XVIII, 13.){B. «Il tomba sur la face.» (XVIII, 7.)
Sur la façade.{C. Le capitaine des 50.{D. Le messager.
21. Jonas:
A. Échappé à la mer.
B. Sous le calebassier.
22. Michée:
Sur la façade.{A. La tour du troupeau (IV, 8.){B. Chacun se repose et «personne ne leseffraiera». (IV, 4.){C. «Les épées en socs de charrue.» (IV, 3.){D. «Les lances en serpes.» (IV, 3.)
23. Nahum:
À l'intérieur du{A. «Nul ne regardera en arrière.» (II, 8.)porche.{B. «Prophétie contre Ninive.» (I, 1.){C. Tes princes et tes chefs, (III, 17.){D. Les figues précoces, (III, 12.)
24. Habacuc:
A. «Je veillerai pour voir ce qu'il dira.» (II, 1.)
B. Le ministère auprès de Daniel.
25. Sophonie:
Sur la façade.{A. Le Seigneur frappe l'Éthiopie. (II, 12.){B. Les bêtes dans Ninive. (II, 15.)
À l'intérieur du{C. Le Seigneur visite Jérusalem. (I, 12.)porche.{D. Le cormoran et le butor[228]. (II, 14.)
26. Aggée:
A. Les maisons des princesornées de lambris[229]. (I, 4.)B. «Le ciel retenant sa rosée.» (I, 10.)C. Le temple du Seigneur est désolé. (I, 4.)D. «Ainsi dit le Seigneur des armées.» (I, 7.)
27. Zacharie:
A. L'iniquité s'envole. (V, 6, 9.)B. «L'ange qui me parla.» (IV, 1.)
28. Malachi:
A. «Vous avez offensé le Seigneur.» (II, 17.)B. «Ce commandement est pour vous.» (II, 1.)
41. Ayant ainsi mis rapidement sous les yeux du spectateur la succession des statues et de leurs quatre-feuilles (au cas où l'heure du train presserait, il peut être charitable de lui faire savoir que, prendre à l'extrémité est de la cathédrale la rue qui va vers le sud, la rue Saint-Denis, est le plus court chemin pour arriver à la gare) je vais y revenir en commençant par saint Pierre et j'interpréterai un peu plus complètement les sculptures des quatre-feuilles.
En gardant pour les quatre-feuilles les chiffres adoptés pour les statues, les quatre-feuilles de saint Pierre seront désignés par 1 A et 1 B, et ceux de Malachi par 28 A et 28 B.
1. A.—Le Courage, avec un léopard[230]sur son bouclier; les Français et les Anglais étant d'accord dans la lecture de ce symbole jusqu'à l'époque du poinçonnage du léopard du Prince Noir sur la monnaie, en Aquitaine.
1. B. LaLâcheté.—Un homme effrayé par un animal s'élançant hors d'un fourré, pendant qu'un oiseau continue de chanter. Le poltron n'a pas le courage d'une grive[231].
2. A. LaPatienceayant un bœuf sur son bouclier (ne reculant jamais)[232].
2. B. LaColère[233].—Une femme perçant un homme d'une épée. La colère est essentiellement un vice féminin.—Un homme, digne d'être appelé ainsi, peut être conduit à la fureur ou à la démence par l'indignation(Voir le Prince Noir à Limoges), mais non par la colère. Il peut être alors assez infernal,—«Enflammé d'indignation, Satan restaitsans peur—» mais dans ce dernier mot est la différence, il y a autant de crainte dans la colère qu'il y en a dans la haine.
3. A. LaDouceurporte un agneau[234]sur son écu.
3. B. LaGrossièreté, encore une femme, envoyant uncoup de pied à son échanson. Les formes finales de l'extrême grossièreté française étant dans les gestes féminins du cancan; voyez les gravures favorites à la mode dans les boutiques de Paris.
4. A. L'Amour: l'amour divin, non l'amour humain: «Moi en eux et toi en moi.» Son écu supporte un arbre[235]avec un grand nombre de branches greffées dans son tronc abattu. «Dans ces jours le Messie sera abattu, mais non pour lui-même.»
4. B. LaDiscorde.—Un mari et une femme se querellant. Elle a laissé tomber sa quenouille (manufacture de laine d'Amiens, voyez plus loin—9, A)[236].
5. A. L'Obéissanceporte un écu avec un chameau. Actuellement la plus désobéissante de toutes les bêtes qui peuvent servir à l'homme, celle qui a le plus mauvais caractère, pourtant passant sa vie dans le service le plus pénible. Je ne sais pas jusqu'à quel point son caractère a été compris par le sculpteur du Nord; mais je crois qu'il l'a pris comme un type de porteur de fardeau qui n'a ni joie ni sympathie, comme le cheval, ni pouvoir de témoigner sa colère comme le bœuf[237]. Sa morsure est assez mauvaise (voyez ce qu'en raconte M. Palgrave), mais probablement peu connue à Amiens,même des Croisés qui voulaient monter leurs propres chevaux de guerre, ou rien[238].
5. B.Rébellion.—Un homme claquant ses doigts devant son évêque[239]. Comme Henri VIII devant le pape, et les modernes cockneys français et anglais devant tous les prêtres, quels qu'ils soient.
6. A.Persévérance, la grande forme spirituelle de la vertu communément appelée Fortitude.
D'habitude domptant ou mettant en pièces un lion; ici en caressant un et tenant sa couronne. «Tiens ferme ce que tu as[240]afin qu'aucun homme ne prenne ta couronne[241]».
6. B.Athéisme, laissant ses souliers à la porte de l'église. L'infidèle insensé est toujours représenté nu-pieds dans les manuscrits du XIIeet XIIIesiècle, le chrétien ayant «comme chaussure à ses pieds la préparation à l'Évangile de Paix[242]». Comparez: «Combiensont beaux tes pieds avec des souliers,ô fille de prince[243]!»
7. A.Foi, tenant un calice avec une croix au dessus[244], ce qui était universellement accepté dans l'ancienne Europe, comme étant le symbole de la foi. C'en est aussi un symbole tolérant, car, toutes différences d'église laissées de côté, les mots: «À moins que vous ne mangiez la chair du Fils de l'Homme et buviez son sang, vous n'avez pas de vie en vous[245]», restent dans leur mystère pour être compris seulement de ceux qui ont appris le caractère sacré de la nourriture[246], dans tous les temps etdans tous les pays, et les lois de la vie et de l'esprit qui dépendent de son acceptation, de son refus et de sa distribution.
7. B.Idolâtrie, s'agenouillant devant un monstre. Le contraire de la foi—non le manque de foi. L'idolâtrie est la foi en de faux dieux et tout à fait distincte de la foi en rien du tout (6, B), leDixit incipiens[247]. Des hommes très sages peuvent être idolâtres, mais ils ne peuvent pas être athées.
8. A.Espéranceavec l'étendard gonfalon[248]et une couronne devant elle, à distance[249]; opposée à la couronne que la Fortitude tient dans ses mains avec constance (6, A.).
Le gonfalon (Gund, guerre;fahr, étendard, d'après le Dictionnaire de Poitevin) est le drapeau qui dans la bataille signifie: en avant; essentiellement sacré; de là le nom de gonfalonier toujours donné aux porte-étendards dans les armées des républiques italiennes.
Il est dans la main de l'espérance, parce qu'elle combat toujours devant elle, allant à son but, ou au moins ayant la joie de le voir se rapprocher. La Foi et la Fortitude attendent, comme saint Jean en prison, mais sans être outragées.
L'Espérance est toutefois placée au-dessous de saint Jacques à cause des versets 7 et 8 de son dernier chapitre se terminant ainsi: «Affermissez vos cœurs, car la venue du Seigneur devient proche.» C'est lui qui interroge le Dante sur la nature de l'Espérance (Par., C. XXV et voyez les notes de Cary).
8. B. LeDésespoirse poignardant[250]. Le suicide n'est pas considéré comme héroïque ni sentimental au XIIIesiècle et il n'y a pas de morgue gothique bâtie au bord de la Somme.
9. A. LaCharitéportant sur son écu une toison laineuse et donnant un manteau à un mendiant nu. La vieille manufacture de laine d'Amiens avait cette notion de son but, qu'il fallait, notamment, vêtir le pauvre d'abord, le riche ensuite. Dans ces temps-là on ne disait aucune bêtise sur les fâcheuses conséquences d'une charité indistincte[251].
9 B.Avariceavec un coffre et de l'argent. La notion moderne commune aux Anglais et aux Amiénois sur la divine consommation de la manufacture de laine.
10. A.Chasteté, écu avec le Phénix[252].
10. B.Volupté, un baiser trop ardent[253].
11. A.Sagesse, sur son écu une racine mangeable, je crois[254]; signifiant la tempérance, comme le commencement de la sagesse.
11. B.Folie[255], le type ordinaire usité dans tous les psautiers primitifs, d'un glouton armé d'un gourdin.Cette vertu et ce vice sont la sagesse et la folie terrestres complétant la sagesse spirituelle et la folie correspondante (au dessous saint Matthieu). La tempérance, le complément de l'obéissance, et la cupidité avec violence, celui de l'athéisme.
12. A.Humilité, sur son écu une colombe.
12. B.Orgueil, tombant de son cheval.
42. Tous ces quatre-feuilles sont plutôt symboliques que représentatifs; et, comme leur but était suffisamment atteint si leur symbole était compris, ils avaient été confiés à un ouvrier très inférieur à celui qui sculpta la série de ceux que nous allons passer en revue et qui sont placés sous les statues des prophètes.
Le sujet de la plupart de ces quatre-feuilles est ou un fait historique, ou une scène dont parle le prophète comme y ayant effectivement assisté dans une vision. Et ce sont les mains les plus habiles que l'architecte a en général chargé de leur exécution. En donnant leur interprétation, je rappelle pour chacun d'eux le nom du prophète dont ils commentent la vie ou la prophétie[256].
13. A. «Isaïe[257].—J'ai vu le Seigneur assis sur un trône.» (VI, 1.)
La vision du trône «haut et élevé» entre les séraphins.
13. B. «Vois, ceci a touché tes lèvres.» (VI, 7.)
L'ange est debout devant le prophète et tient, ou plutôt tenait, le charbon avec des pincettes qui avaient été artistement sculptées, mais sont maintenant brisées.
Un fragment seulement est resté dans sa main[258].
14. A.Jérémie[259]—L'enfouissement de la ceinture. (XIII, 4, 5.)
Le prophète est en train de creuser au bord de l'Euphrate, représenté par des sinuosités verticales[260]qui descendent en serpentant vers le milieu du bas-relief. Notez que la traduction doit être «trou dans la terre», et non dans le «rocher».
14. B.Le bris du joug.(XXVIII, 10.)
Du cou du prophète Jérémie; il est représenté ici par une chaîne doublée et redoublée.
15. A.Ézéchiel[261].—La roue dans la roue. (I, 16.)
Le prophète est assis; devant lui deux roues d'égale dimension, l'une engagée dans la circonférence de l'autre.
15 B. «Fils de l'homme, tourne ton visage vers Jérusalem.» (XXI, 2.)
Le prophète devant la porte de Jérusalem.
16.Daniel.
16. A. «Il a fermé les gueules des Lions.» (VI, 22.)
Daniel tenant un livre; les lions sont traités comme des supports héraldiques. Le sujet est rendu avec plus de vie dans les séries que nous trouverons plus loin (24. B).
16. B. «Au même moment sortirent les doigts de la main d'un homme.» (V, 5.)
Le festin de Balthazar figuré par le roi seul, assis à une petite table oblongue. À côté de lui le jeune Daniel paraissant seulement quinze ou seize ans, gracieux et doux, interprète les caractères tracés. À côté du quatre-feuilles sortant d'un petit tourbillon de nuages paraît une petite, main courbée, écrivant, comme si c'était avec une plume renversée, sur un fragment de mur gothique[262].
Pour le boursouflage moderne opposé à la vieille simplicité, comparez le festin de Balthazar de John Martin[263].
43. Le sujet suivant commence la série des petits prophètes.
17.Osée[264].
17. A. «Ainsi je l'achetai pour moi pour quinze pièces d'argent et une mesure d'orge.» (III, 2.)
Le prophète versant le grain et l'argent sur les genouxde la femme «chérie de son ami[265]». Les pièces d'argent sculptées portent chacune une croix avec une inscription qui est celle de la monnaie du temps.
17. B. «Ainsi serais-je aussi pour toi.» (III, 3.)
Il passe un anneau à son doigt.
18.Joël[266].
18. A. Le soleil et la lune sans lumière. (II, 10.)
Le soleil et la lune comme deux petites boules plates dans le haut de la moulure extérieure.
18. B. Le figuier écorcé, et la vigne dénudée. (I, 7.)
Remarquez l'insistance continuelle sur le dépérissement de la végétation comme signe de la punition divine. (19, D.)
19.Amos.
19. A. Le Seigneur criera de Sion. (I, 2.)
Le Christ apparaît avec un nimbe traversé d'une petite croix.
19. B. «Les habitations des bergers se lamenteront.» (I, 2.)
Amos avec le bâton crochu ou le crochet des bergers, et une bouteille en osier, devant sa tente (L'architecture de la feuille droite est restaurée).
À l'Intérieur du Porche.
19. C. Le Seigneur avec le cordeau du maçon. (VII, 8.)
Le Christ cette fois encore, et désormais toujours,avec une petite croix dans son nimbe, a dans sa main une grande truelle qu'il pose sur le haut d'un mur à demi bâti. Il paraît y avoir un cordeau enroulé autour du manche.
19. D. La place où il ne pleuvait pas. (IV, 7.)
Amos est en train de cueillir les feuilles de la vigne sans fruits pour nourrir ses brebis qui ne trouvent pas d'herbe. C'est un des plus beaux morceaux de sculpture.
20.Abdias[267](à l'intérieur du porche).
20. A. «Je les cachai dans une caverne (I Les Rois, XVIII, 13).
Trois prophètes à l'ouverture d'un puits auxquels Abdias apporte des pains.
20. B. «Il tomba sur la face.» (XVIII, 7.)
Il s'agenouille devant Elie qui porte un manteau à longs poils[268].
En façade
20. C. Le capitaine des cinquante[269].
Elie? parlant à un homme armé sous un arbre.
20. D.Le messager.Un messager à genoux devant un roi. Je ne puis expliquer ces deux scènes. 20. C et 20. D.
Celle qui est le plus haut peut signifier le dialogue d'Elie avec les capitaines (II les Rois, I, 9,) et celled'au-dessus le retour des messagers[270](II les Rois, I, 5).
21.Jonas[271].
21. A. Échappé de la mer.
21. B. Sous le calebassier. Une petite bête ressemblant à une sauterelle rongeant le tronc d'un calebassier. J'aimerais savoir quels insectes attaquent les calebassiers d'Amiens[272]. Ceci peut être une étude entomologique pour qui voudra.
Michée.
En façade.
22. A.La tour du troupeau.(IV, 8.)
La tour est entourée de nuages, Dieu apparaît au-dessus.
22. B. Chacun se reposera, et «nul ne les effraiera.» (VI, 4.)
Un mari et sa femme «sous sa vigne et son figuier».
À l'intérieur du porche:
Les épées en socs de charrue.(IV, 3.)—Néanmoins, deux cents ans après que ces médaillons furent taillés, la fabrication des épées était devenue une des principales industries d'Amiens! Pas à son avantage.
22. D. «Les lances en serpes[273].» (IV, 3.)
23.Nahum:
À l'intérieur du porche.
23. A: «Nul ne regardera en arrière. (I, 8.)
23. B. «La malédiction de Ninive[274].» (I, 1.)
En façade.
23. C.Les princes et les grands.(III, 17.)
23. A, B et C ne sont aucun susceptibles d'une interprétation certaine. Le prophète A montre du doigt, vers le bas du quatre-feuilles, une colline que le P. Rozé dit être couverte de sauterelles? Je ne puis que copier ce qu'il en dit.
23. D.Les figuiers précoces.(III, 12.)
Trois personnes sous un figuier attrapent dans leur bouche son fruit qui tombe.
24.Habakuk.
24. A. «Je veillerai afin de voir ce qu'il me dira.» (II, 1.)
Le prophète écrit sur sa tablette sous la dictée du Christ.
24. B.Le ministère auprès de Daniel.
La visite traditionnelle à Daniel. Un ange emporte Habakuk par les cheveux, le prophète a un pain dans chaque main. Ils enfoncent le toit de la caverne. Daniel caresse le dos d'un jeune lion; la tête d'un autre est passée nonchalamment sous son bras. Un autre ronge des os au fond de la caverne[275].
25.Sophonie[276].
En façade.
25. A.Le Seigneur frappe l'Éthiopie.(II, 12.)
Le Christ frappant une cité avec une épée. Remarquez que dans ces bas-reliefs toutes les actions violentes sont rendues d'une manière faible ou ridicule; les actions calmes toujours bien rendues.
25. B.Les bêtes dans Ninive.(II, 15.)
Très beau. Toutes sortes de bêtes rampant parmi les murs chancelants, et sortant de leurs fentes et deleurs crevasses. Un singe accroupi devenant un démon présente la théorie darwinienne retournée.
À l'intérieur du porche.
25. C. Le Seigneur visite Jérusalem.
Le Christ traversant les rues de Jérusalem avec une lanterne dans chaque main.
25. D. Le hérisson et le butor[277](III, 14).
Avec un oiseau chantant dans une cage à la fenêtre.
26.Aggée.
À l'intérieur du porche.
26. A.Les maisons des princes ornées de lambris[278]. (I, 4.)
Une maison parfaitement bâtie de pierres carrées tristement solides; la grille (d'une prison?) sur la façade du soubassement.
26.Le ciel retient sa rosée.(I, 4.)
Les cieux comme une masse en saillie, avec des étoiles, le soleil, et la lune à la surface. Au-dessous, deux arbres flétris.
En façade.
26. C.Le temple du Seigneur désolé.(I, 4.)
La chute du temple, «pas une pierre laissée surl'autre», majestueusement vide. Encore des pierres carrées. Examinez le texte, (I, 6.)
26. D.Ainsi dit le Seigneur des Armées.(I, 7.)
Le Christ montrant du doigt son temple détruit.
27.Zacharie.
27. A.L'iniquité s'envolant.(V, 6 à 9.)
La méchanceté dans l'Epha[279].
27. B.L'ange qui me parlait.(IV, 1.)
Le prophète presque couché, un glorieux ange ailé sort du nuage en volant.
28.Malachie.
28. A.Vous avez blessé le Seigneur.(II, 17.)
Les prêtres percent le Christ de part en part avec une lance barbelée dont la pointe ressort par le dos.
28. B.Ce commandement est pour vous.(II, 1.)
Dans ces panneaux celui qui est placé le plus bas est souvent une introduction à celui d'au-dessus, sonexplication. C'est peut-être au chapitre I verset 6 aux titres indiqués que peut faire allusion ici l'image du Christ.
44. Avec ce bas-relief se termine la suite de sculptures destinées à illustrer l'enseignement apostolique et prophétique qui constitue ce que j'entends par la «Bible» d'Amiens. Mais les deux porches latéraux contiennent des sujets supplémentaires qui sont nécessaires à l'achèvement de l'enseignement pastoral et traditionnel adressé à son peuple en ces jours.
Le porche septentrional consacré à saint Firmin, qui le premier évangélisa Amiens, a sur son trumeau central la statue du saint; au-dessus, sur le tympan, l'histoire de la découverte de son corps; sur les côtés du porche les saints et les anges ses compagnons dans l'ordre suivant:
Statue centrale: Saint Firmin.
Côté sud (gauche):
41. Saint Firmin le confesseur.
42. Saint Domice.
43. Saint Honoré.
44. Saint Salve.
45. Saint Quentin.
46. Saint Gentian.
Côté nord (droit):
47. Saint Geoffroy.
48. Un ange.
49. Saint Fuscien, martyr.
50. Saint Victoric, martyr.
51. Un ange.
52. Sainte Ulpha.
De ces saints, en exceptant saint Firmin et saint Honoré, desquels j'ai déjà parlé[280], saint Geoffroy[281]est plus réel pour nous que les autres; il était né l'année de la bataille d'Hastings, à Molincourt dans le Soissonnais et fut évêque d'Amiens de 1104 à 1150. Un homme d'une vie entièrement simple, pure et juste: un des plus sévères entre les ascètes, mais sans rien de sombre—toujours doux et pitoyable. On rapporte de lui un grand nombre de miracles, mais tous indiquant une vie qui était surtout miraculeuse par sa justice et sa paix.
Consacré à Reims et accompagné à son diocèse d'un cortège d'autres évêques et de nobles, il descend de son cheval à Saint-Acheul, le lieu de la première tombe de saint Firmin, et marche nu-pieds d'Amiens à Picquigny pour demander au vidame d'Amiens la liberté du châtelain Adam, il défendit les privilèges des habitants de la ville, avec l'aide de Louis le Gros contre le comte d'Amiens, le battit, et rasa son château; néanmoins, les gens ne lui obéissant pas assez dans la discipline de la vie, il blâma sa propre faiblesse plutôt que la leur et se retira à la Grande-Chartreuse, ne se trouvant pas capable d'être leur évêque. Le supérieur chartreux le questionnant sur les raisons de sa retraite, et lui demandant s'il avait trafiqué des charges de l'Église, l'évêque répondit: «Mon Père, mes mains sont pures de simonie, maismille fois je me suis laissé séduire par la louange».
46. Saint Firmin le Confesseur était le fils du sénateur romain qui reçut le corps de saint Firmin lui-même. Il garda pieusement la tombe du martyr dans le jardin de son père et à la fin bâtit sur elle une église consacrée à Notre-Dame-des-Martyrs, qui fut le premier siège épiscopal d'Amiens, à Saint-Acheul, et dont nous avons parlé plus haut.
Sainte Ulpha était une jeune Amiénoise qui vivait dans une grotte calcaire au-dessus des marais de la Somme; si jamais M. Murray vous munit d'un guide comique pour aller à Amiens, nul doute que cet auteur éclairé pourra compter beaucoup sur le plaisir que vous causera l'histoire de cette sainte troublée dans ses dévotions par les grenouilles, et les faisant taire à force de prières. Vous êtes, bien entendu, maintenant, absolument au-dessus de telles extravagances et vous êtes assuré que Dieu ne peut pas ou ne veut pas faire tant pour vous que fermer la bouche d'une grenouille. Souvenez-vous, en conséquence, que comme Il laisse aussi maintenant ouverte la bouche du menteur, du blasphémateur et du traître, vous devez fermer vos propres oreilles à leurs voix, autant que vous le pourrez.
De son nom vient saint Wolf—ou Guelf.—Voyez de nouveau les noms chrétiens de Miss Yonge. Notre tour de pierre de Wolf, Ulverstone, et l'église d'Ulpha ignorent, je crois, leurs parents picards.
47. Les autres saints, dans ce porche, sont tous pareillement provinciaux, pour ainsi dire des amis personnels des Amiénois[282]; et au-dessous d'eux lesquatre-feuilles représentent l'ordre charmant de l'année qu'ils protègent et sanctifient, avec les signes du zodiaque au dessus, et les travaux des mois au-dessous; différant peu de la manière dont ils sont toujours représentés—excepté pour mai: voyez la page suivante. La libra aussi est assez rare dans la femme qui tient les balances; le lion particulièrement de bonne humeur, et la moisson, un des plus beaux morceaux dans toute la série de sculptures; plusieurs des autres particulièrement fines et fouillées[283].
41.Décembre.—Tuant et échaudant le cochon[284]. Au-dessus, le Capricorne avec une queue qui s'effile brusquement; je ne puis déchiffrer les accessoires.
42.Janvier.—À deux têtes[285], d'une exécution triste. Le Verseau plus faible que la plupart des bas-reliefs de cette série.
43.Février.—Très beau, chauffant ses pieds et mettant des charbons sur le feu. Le poisson au-dessus, travaillé, mais inintéressant.
44.Mars.—Au travail dans les sillons de vigne[286].
Le Bélier soigné mais assez lourd.
45.Avril.—Donnant à manger à son faucon; très joli.
Au-dessus, le Taureau avec de charmantes feuilles pour la pâture.
46.Mai.—Très singulier, un homme d'âge moyen est assis sous les arbres à écouter les oiseaux chanter et les Gémeaux au dessus, un fiancé et une fiancée.
Ce quatre-feuilles rejoint ceux de l'angle intérieur à Sophonie.
52.Juin.—En face rejoignant ceux de l'angle intérieur où est Aggée. Fauchant. Remarquez les charmantesfleurs sculptées tout en travers de l'herbe. Au-dessus, le Cancer avec ses écailles superbement modelées.
51.Juillet.—La moisson. Très beau. Le Lion souriant complète la démonstration que toutes les saisons et tous les signes sont regardés comme une égale bénédiction et providentiellement bienfaisants.
50.Août.—Battant le blé[287]. La Vierge au-dessus, tenant une fleur, sa draperie très moderne, et confuse pour un travail du XIIIesiècle.
49.Septembre.—Je ne suis pas sûr de son action soit qu'il émonde ou que d'une manière quelconque il cueille le fruit de l'arbre plein de feuilles[288]. La Balance au dessus; charmant.
48.Octobre.—Foulant la vendange[289]. Le Scorpion une figure très traditionnelle et douce avec une queue fourchue, il est vrai, mais sans aiguillon.
47.Novembre.—Semant, avec le Sagittaire; à moitié caché quand cette photographie fut prise grâce au bel arrangement qui règne maintenant sans interruption, que ce soit pour un travail ou pour un autre, dans les cathédrales françaises; ils ne peuvent jamais les laisser tranquilles dix minutes.
48. Et maintenant, pour finir, si vous vous souciezde le voir, nous entrerons dans le porche de la Madone—seulement, si vous venez, bonne protestante ma lectrice, venez civilement; et veuillez vous souvenir—si vous avez dans l'histoire connue, matière à souvenirs—si vous ne pouvez pas vous souvenir, recevez du moins l'assurance solennelle:—que le culte de la Madone, ni le culte d'aucune Dame, morte ou vivante, n'a jamais nui à une créature humaine—mais que le culte de l'argent, le culte de la perruque, du chapeau tricorne et à plumes, le culte des plats, le culte du pichet et le culte de la pipe, ont fait, et font beaucoup de mal et que tous offensent des millions de fois plus le Dieu du Ciel de la Terre et des Étoiles, que toutes les plus absurdes et les plus charmantes erreurs, commises par les générations de Ses simples enfants, sur ce que la Vierge-mère pourrait, ou voudrait, ou ferait, ou éprouverait pour eux.
49. Et ensuite, veuillez observer ce simple fait historique sur les trois sortes de Madones.
Il y a d'abord la Madone douloureuse—le type byzantin, et de Cimabue. Il est le plus noble de tous, et le plus ancien qui ait eu une influence populaire reconnaissable[290].
2° La Madone Reine qui est essentiellement la Madone franque et normande, couronnée, calme, pleine de puissance et de douceur. C'est celle qui est représentée dans le porche.
3° La Madone Nourrice qui est la Raphaëlesque[291]et généralement plus récente et de décadence, on envoit ici un bon modèle français dans le porche du sud, comme nous l'avons déjà remarqué.
Vous trouverez dans M. Viollet-le-Duc (l'articleViergedans sonDictionnaire, mérite tout entier l'étude la plus attentive) une admirable comparaison entre cette statue de la Madone Reine du porche sud et la Madone Nourrice du transept. Je pourrai peut-être obtenir une photographie de ces deux dessins, mis en regard, mais si je le puis, le lecteur voudra bien observer qu'il a un peu flatté la Reine et un peu vulgarisé la Nourrice, ce qui n'est pas juste. La statue de ce porche, dans le style du XIIIesiècle, est très belle, mais il n'y a pas de raison pour lui donner autrement d'importance, les types byzantins plus anciens avaient beaucoup plus de grandeur.
L'histoire de la Madone, en ses événements principaux, est racontée dans les séries des statues qui sont autour du porche et dans les quatre-feuilles placés au-dessous d'elles. Plusieurs d'entre eux se rapportent toutefois à une légende relative aux Mages que je n'ai pas pu pénétrer et je ne suis pas sûr de leur interprétation.
Les grandes statues à gauche, en lisant vers le dehors comme d'habitude, sont:
29. L'Ange Gabriel.
30. La Vierge Annonciade.
31. La Vierge Visitante.
32. Sainte Élisabeth.
33. La Présentation de la Vierge.
34. Saint Siméon.
À droite, en lisant vers le dehors:
35. 36, 37. Les trois Rois.
38. Hérode.
39. Salomon.
40. La Reine de Saba.
51. Je ne suis pas sûr de bien comprendre ce que viennent faire ici ces deux dernières statues; mais je crois que l'idée de l'auteur[292]a été que virtuellement la reine Marie rendait visite à Hérode en lui envoyant ou en lui faisant envoyer les Mages pour lui annoncer sa présence à Bethléem; et le contraste entre la réception de la reine de Saba par Salomon, et celle d'Hérode chassant la Madone en Égypte est décrit avec insistance tout le long de ce côté du Porche avec les conséquences diverses pour les deux Rois et pour le monde.
Les quatre-feuilles sous les grandes statues se déroulent dans l'ordre suivant:
29. Sous Gabriel.
A. Daniel voyant la pierre détachée sans mains[293].
B. Moïse et le buisson ardent[294].
30. Sous la Vierge Annonciade.
A. Gédéon et la rosée sur la toison[295].
B. Moïse se retirant avec les tables de la loi.
Aaron dominant, montre du doigt sa verge bourgeonnante[296].
31. Sous la Vierge Visitante.
A. Le message à Zacharie: «Ne crains pas, car ta prière est entendue[297].»
B. Le songe de Joseph: «Ne crains pas de prendre Marie pour femme[298].»
32. Sous sainte Élisabeth:
A. Le silence de Zacharie: «Ils s'aperçurent qu'il avait eu une vision dans le temple[299].»
B. Il n'y a pas un de tes parents qui soit appelé de ce nom[300]«Il écrivit en disant: son nom est Jean[301].»
33. Sous la présentation de la Vierge.
A. Fuite en Égypte.
B. Le Christ avec les Docteurs.
34. Sous saint Siméon.
A. Chute des Idoles en Égypte[302].
B. Le retour à Nazareth.
Ces deux derniers quatre-feuilles rejoignent ceux si beaux d'Amos (C. et D.).
Puis sur le côté opposé, sous la reine de Saba et rejoignant les A et B d'Abdias.
40. A. Salomon traite la reine de Saba. La coupe de Grâce.
B. Salomon enseigne la reine de Saba: «Dieu est au-dessus».
39. Sous Salomon:
A. Salomon sur son trône de Juge.
B. Salomon priant devant la porte de son temple.
38. Sous Hérode[303]:
A. Massacre des Innocents.
B. Hérode ordonne que le vaisseau des Rois soit brûlé[304].
37. Sous le troisième Roi:
A. Hérode faisant rechercher les Rois.
B. Incendie du vaisseau.
36. Sous le second Roi:
A. Adoration à Bethléem? Pas certain.
B. Le voyage des Rois.
33. Sous le premier Roi:
A. L'Étoile à l'Orient.
B. «Étant avertis dans un songe qu'ils ne devaient pas retourner vers Hérode[305].»
Je ne doute pas de trouver un jour l'enchaînement véritable de ces sujets, mais cela importe peu, ce groupe de quatre-feuilles étant de moindre intérêt que le reste, et celui du massacre des Innocents curieusement illustratif de l'incapacité du sculpteur à exprimer toute action ou passion violentes.
Mais je ne veux pas essayer d'entrer ici dans les questions relatives à l'art de ces bas-reliefs. Ils n'ont jamais eu d'autre objet que d'être des symboles, ou des guides pour la pensée. Et, si le lecteur veut se laisser doucement conduire par eux, il peut créer lui-même dans son cœur de plus beaux tableaux; et en tout cas, il peut reconnaître comme leur message à tous, les vérités générales qui suivent:
52. D'abord, que dans tout le Sermon sur cette Montagne d'Amiens, le Christ n'apparaît jamais comme le Crucifié, comme le Christ mort ni n'en éveille un instant la pensée; mais comme le Verbe Incarné, comme l'Ami présent—comme le Prince de la Paix sur la terre[306]—et comme le roi éternel dans le Ciel. Ce que Sa vieest, ce que Ses commandementssont, et ce que Son jugement sera sont les choses ici enseignées; non ce qu'il fit un jour, ce qu'il souffrit un jour, mais ce qu'il fait à présent, ce qu'il nous ordonne de faire. Ceci est la pure, joyeuse, belle leçondu Christianisme; et les causes de décadence de cette foi et toutes les corruptions de ses pratiques stériles peuvent se résumer brièvement ainsi: l'habitude d'avoir sous nos yeux la mort du Christ, au lieu de sa vie, la méditation de ses souffrances passées substituée à celles de notre devoir présent[307].»
Puis en second lieu, quoique le Christ; ne porte pas sa croix, les prophètes affligés, les apôtres persécutés,les disciples martyrs, portent la leur. Car s'il vous est salutaire de vous rappeler ce que votre Créateur immortel a fait pour vous, il ne l'est pas moins de vous rappeler ce que des hommes mortels nos semblables, ont fait aussi. Vous pouvez à votre gré nier le Christ ou le renier, mais le martyre, vous pouvez seulement l'oublier; le nier, vous ne le pouvez. Chaquepierre de cet édifice a été cimentée de son sang et il n'y a pas de sillon de ses piliers qui n'ait été labouré par sa souffrance.