[52]L'éminent érudit, M. Charles Newton Scott, veut bien m'écrire qu'il voit dans ce titreBy the rivers of watersune citation duCantique des Cantiques, V. 2 «(Tes yeux sont comme des colombes) au bord des eaux vives.»—(Note du traducteur.)
[52]L'éminent érudit, M. Charles Newton Scott, veut bien m'écrire qu'il voit dans ce titreBy the rivers of watersune citation duCantique des Cantiques, V. 2 «(Tes yeux sont comme des colombes) au bord des eaux vives.»—(Note du traducteur.)
[53]Cf. avecPræterita:«Vers le moment de l'après-midi où le moderne voyageur fashionable, parti par le train du matin de Charing Cross pour Paris, Nice et Monte-Carlo, s'est un peu remis des nausées de sa traversée, et de l'irritation d'avoir eu à se battre pour trouver des places à Boulogne, et commence à regarder à sa montre pour voir à quelle distance il est du buffet d'Amiens, il est exposé au désappointement et à l'ennui d'un arrêt inutile du train aune gare sans importance où il lit le nom: «Abbeville».Au moment où le train se remet en marche, il pourra voir, s'il se soucie de lever pour un instant les yeux de son journal, deux tours carrées que dominent les peupliers et les osiers du sol marécageux qu'il traverse. Il est probable que ce coup d'œil est tout ce qu'il souhaitera jamais leur accorder d'attention; et je ne sais guère jusqu'à quel point je pourrai arriver à faire comprendre au lecteur, même le plus sympathique, l'influence qu'elles ont eue sur ma propre vie.Je dois ici, d'avance, dire au lecteur qu'il y a eu, en somme, trois centres de la pensée de ma vie: Rouen, Genève et Pise.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .C'est en 1835 que je vis pour la première fois Rouen et Venise—Pise seulement en 1840—et je ne pus comprendre la puissance complète d'aucun de ces trois grands spectacles que beaucoup plus tard. Mais, pour Abbeville, qui est comme là préface et l'interprétation de Rouen, j'étais déjà alors en état de la comprendre et je sentis qu'il y avait là, pour moi accès immédiat dans un travail sain et dans la joie.... Mes bonheurs les plus intenses, je les ai connus dans les montagnes. Mais comme plaisir joyeux et sans mélange, arriver en vue d'Abbeville par une belle après-midi d'été, sauter à terre dans la cour de l'hôtel de l'Europe et descendre la rue en courant pour voir Saint-Wulfran avant que le soleil ait quitté les tours, sont des choses pour lesquelles il faut chérir le passé jusqu'à la fin. De Rouen et de sa cathédrale ce que j'ai à dire trouvera place, si les jours me sont donnés, dansNos Pères nous ont dit.» (Præterita, I, IX, § 177, 180, 181.)—(Note du Traducteur.)
[53]Cf. avecPræterita:
«Vers le moment de l'après-midi où le moderne voyageur fashionable, parti par le train du matin de Charing Cross pour Paris, Nice et Monte-Carlo, s'est un peu remis des nausées de sa traversée, et de l'irritation d'avoir eu à se battre pour trouver des places à Boulogne, et commence à regarder à sa montre pour voir à quelle distance il est du buffet d'Amiens, il est exposé au désappointement et à l'ennui d'un arrêt inutile du train aune gare sans importance où il lit le nom: «Abbeville».
Au moment où le train se remet en marche, il pourra voir, s'il se soucie de lever pour un instant les yeux de son journal, deux tours carrées que dominent les peupliers et les osiers du sol marécageux qu'il traverse. Il est probable que ce coup d'œil est tout ce qu'il souhaitera jamais leur accorder d'attention; et je ne sais guère jusqu'à quel point je pourrai arriver à faire comprendre au lecteur, même le plus sympathique, l'influence qu'elles ont eue sur ma propre vie.
Je dois ici, d'avance, dire au lecteur qu'il y a eu, en somme, trois centres de la pensée de ma vie: Rouen, Genève et Pise.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
C'est en 1835 que je vis pour la première fois Rouen et Venise—Pise seulement en 1840—et je ne pus comprendre la puissance complète d'aucun de ces trois grands spectacles que beaucoup plus tard. Mais, pour Abbeville, qui est comme là préface et l'interprétation de Rouen, j'étais déjà alors en état de la comprendre et je sentis qu'il y avait là, pour moi accès immédiat dans un travail sain et dans la joie.
... Mes bonheurs les plus intenses, je les ai connus dans les montagnes. Mais comme plaisir joyeux et sans mélange, arriver en vue d'Abbeville par une belle après-midi d'été, sauter à terre dans la cour de l'hôtel de l'Europe et descendre la rue en courant pour voir Saint-Wulfran avant que le soleil ait quitté les tours, sont des choses pour lesquelles il faut chérir le passé jusqu'à la fin. De Rouen et de sa cathédrale ce que j'ai à dire trouvera place, si les jours me sont donnés, dansNos Pères nous ont dit.» (Præterita, I, IX, § 177, 180, 181.)—(Note du Traducteur.)
[54]Cf.Præterita, l'impression des lents courants de marée montante et descendante le long des marches de l'hôtel Danielli.—(Note du Traducteur.)
[54]Cf.Præterita, l'impression des lents courants de marée montante et descendante le long des marches de l'hôtel Danielli.—(Note du Traducteur.)
[55]Isaac Walton, célèbre pêcheur de la Dove, né en 1593 à Strafford, mort en 1683, qui a écrit notammentle Parfait pêcheur à la ligne(Londres, 1653).—(Note du Traducteur.)
[55]Isaac Walton, célèbre pêcheur de la Dove, né en 1593 à Strafford, mort en 1683, qui a écrit notammentle Parfait pêcheur à la ligne(Londres, 1653).—(Note du Traducteur.)
[56]Déjà, dansModern Painters, il est question «de la simplicité sereine et de la grâce des peupliers d'Amiens» (Modern Painters, IV, V, 20). Le IVevolume desModern Paintersest de 1855.—(Note du Traducteur.)
[56]Déjà, dansModern Painters, il est question «de la simplicité sereine et de la grâce des peupliers d'Amiens» (Modern Painters, IV, V, 20). Le IVevolume desModern Paintersest de 1855.—(Note du Traducteur.)
[57]M. H. Dusevel,Histoire de la ville d'Amiens.Amiens, Caron et Lambert, 1848, p. 305.—(Note de l'Auteur.)
[57]M. H. Dusevel,Histoire de la ville d'Amiens.Amiens, Caron et Lambert, 1848, p. 305.—(Note de l'Auteur.)
[58]Carpaccio, lorsque, représentant une fête dans une ville, il veut donner une impression de grande splendeur, a recours aux draperies déployées aux fenêtres.—(Note de l'Auteur.)Dans aucune des deux grandes études que Ruskin a consacrées à Carpaccio (Guide de l'Académie des Beaux Arts à Veniseet dansle Repos de Saint-Marc, l'Autel des Esclaves), je n'ai trouvé cette remarque. Ceci vient à l'appui de ce que je dis dans l'introduction, p. 60 et 61 de ce volume. Je n'ai pas souvenir qu'il en soit question non plus dans les pages deFors Clavigeraconsacrées à Carpaccio (Fors Clavigera, lettre 71.)—(Note du Traducteur.)
[58]Carpaccio, lorsque, représentant une fête dans une ville, il veut donner une impression de grande splendeur, a recours aux draperies déployées aux fenêtres.—(Note de l'Auteur.)
Dans aucune des deux grandes études que Ruskin a consacrées à Carpaccio (Guide de l'Académie des Beaux Arts à Veniseet dansle Repos de Saint-Marc, l'Autel des Esclaves), je n'ai trouvé cette remarque. Ceci vient à l'appui de ce que je dis dans l'introduction, p. 60 et 61 de ce volume. Je n'ai pas souvenir qu'il en soit question non plus dans les pages deFors Clavigeraconsacrées à Carpaccio (Fors Clavigera, lettre 71.)—(Note du Traducteur.)
[59]Le nom de Pénélope, évoqué ici à propos d'une petite Picarde, l'est dansThe Story of Arachnéà propos d'une ouvrière normande. «Arachné était une jeune fille lydienne d'une pauvre famille. Et comme devraient faire toutes les jeunes filles, elle avait appris à filer et à tisser, et non pas seulement à tisser et à tricoter de bons vêtements solides mais à les couvrir d'images, comme vous le savez, on dit que Pénélope en a tissées, ou comme celles que la reine de notre propre Guillaume le Conquérant broda. Desquelles il ne subsiste plus que celles de Bayeux en Normandie, connues du monde entier sous le nom dela Tapisserie de Bayeux.» (Verona and other lectures, II,The Story of Arachné, § 18.)—(Note du Traducteur.)
[59]Le nom de Pénélope, évoqué ici à propos d'une petite Picarde, l'est dansThe Story of Arachnéà propos d'une ouvrière normande. «Arachné était une jeune fille lydienne d'une pauvre famille. Et comme devraient faire toutes les jeunes filles, elle avait appris à filer et à tisser, et non pas seulement à tisser et à tricoter de bons vêtements solides mais à les couvrir d'images, comme vous le savez, on dit que Pénélope en a tissées, ou comme celles que la reine de notre propre Guillaume le Conquérant broda. Desquelles il ne subsiste plus que celles de Bayeux en Normandie, connues du monde entier sous le nom dela Tapisserie de Bayeux.» (Verona and other lectures, II,The Story of Arachné, § 18.)—(Note du Traducteur.)
[60]«Vos cheminées d'usines, combien plus hautes et plus aimées que les flèches des cathédrales» (Crown of wild olive, XIeConference).—(Note du Traducteur.)
[60]«Vos cheminées d'usines, combien plus hautes et plus aimées que les flèches des cathédrales» (Crown of wild olive, XIeConference).—(Note du Traducteur.)
[61]Saint Jean, VI, 29.—(Note du Traducteur.)
[61]Saint Jean, VI, 29.—(Note du Traducteur.)
[62]Cf. la description de la tour de l'église de Calais (Modern Painters, V, I, § 2 et 3.)—(Note du Traducteur.)
[62]Cf. la description de la tour de l'église de Calais (Modern Painters, V, I, § 2 et 3.)—(Note du Traducteur.)
[63]Cf., dansQueen of the Air(I, 11), Proserpine appelée la Reine du Destin.—(Note du Traducteur.)
[63]Cf., dansQueen of the Air(I, 11), Proserpine appelée la Reine du Destin.—(Note du Traducteur.)
[64]En réalité, Ruskin ne parlera plus de cette clôture extérieure du chœur, sauf, sous forme de simple allusion, au IVechapitre. Mais vous pourrez en lire une superbe description aux pages 400 et 401 dela Cathédralede M. Huysmans. Nous n'avons pas malheureusement la place de la reproduire ici. M. Huysmans qui a voué une dévotion toute particulière à Notre-Dame de Chartres reconnaît pourtant que la clôture du chœur est beaucoup plus belle à Amiens qu'à Chartres.—(Note du Traducteur.)
[64]En réalité, Ruskin ne parlera plus de cette clôture extérieure du chœur, sauf, sous forme de simple allusion, au IVechapitre. Mais vous pourrez en lire une superbe description aux pages 400 et 401 dela Cathédralede M. Huysmans. Nous n'avons pas malheureusement la place de la reproduire ici. M. Huysmans qui a voué une dévotion toute particulière à Notre-Dame de Chartres reconnaît pourtant que la clôture du chœur est beaucoup plus belle à Amiens qu'à Chartres.—(Note du Traducteur.)
[65]Les premiers pas fixés et établis; des tribus errantes du nom de Francs avaient tour à tour balayé le pays puis reculé. Maiscetteinvasion des Francs, dits Francs Saliens, ne se retirera plus.—(Note de l'Auteur.)
[65]Les premiers pas fixés et établis; des tribus errantes du nom de Francs avaient tour à tour balayé le pays puis reculé. Maiscetteinvasion des Francs, dits Francs Saliens, ne se retirera plus.—(Note de l'Auteur.)
[66]Voir la note à la fin du chapitre ainsi que la pape 118 pour les allusions à la bataille de Soissons.—(Note de l'Auteur.)
[66]Voir la note à la fin du chapitre ainsi que la pape 118 pour les allusions à la bataille de Soissons.—(Note de l'Auteur.)
[67]Les quatre premières figures de cette illustration sont expliquées dans le texte. La cinquième représente les relations de la Normandie, du Maine, de l'Anjou et de l'Aquitaine. Voyez Viollet-le-Duc,Dict. Arch., vol. I, p. 136.—(Note de l'Auteur.)Voici l'aspect que présentent les quatre premières cartes de France, que nous n'avons pas reproduites ici. La première est simplement une carte physique de la France. Dans la seconde, il y a au nord, jusqu'à la Somme, deux petites rangées de fleurs de lis, c'est-à-dire des Francs. De la Somme à la Loire, un espace laissé en blanc figure, je crois, la domination romaine. La Bretagne est couverte de hachures diagonales descendant de gauche à droite, qui signifient les Bretons; la Burgondie, de hachures diagonales descendant de droite à gauche, qui signifient les Burgondes; le midi de la France, de la Loire aux Pyrénées, de hachures horizontales qui indiquent les Wisigoths. Dans les cartes 3 et 4, la Bretagne et la Burgondie resteront couvertes respectivement de Bretons et de Burgondes. Mais ce sont les seules parties de la France qui ne changeront pas. En effet, dans la carte 3 qui expose les résultats de la bataille de Soissons, l'espace, blanc tout à l'heure, qui est compris entre la Seine et la Loire, est maintenant couvert de fleurs de lis (de Francs). Et dans la carte 4, carte de la France après la bataille de Poitiers, les fleurs de lis ont partout remplacé les hachures horizontales (les Wisigoths) de la Loire aux Pyrénées, sauf dans la partie comprise entre la Garonne et la mer.—(Note du Traducteur.)
[67]Les quatre premières figures de cette illustration sont expliquées dans le texte. La cinquième représente les relations de la Normandie, du Maine, de l'Anjou et de l'Aquitaine. Voyez Viollet-le-Duc,Dict. Arch., vol. I, p. 136.—(Note de l'Auteur.)
Voici l'aspect que présentent les quatre premières cartes de France, que nous n'avons pas reproduites ici. La première est simplement une carte physique de la France. Dans la seconde, il y a au nord, jusqu'à la Somme, deux petites rangées de fleurs de lis, c'est-à-dire des Francs. De la Somme à la Loire, un espace laissé en blanc figure, je crois, la domination romaine. La Bretagne est couverte de hachures diagonales descendant de gauche à droite, qui signifient les Bretons; la Burgondie, de hachures diagonales descendant de droite à gauche, qui signifient les Burgondes; le midi de la France, de la Loire aux Pyrénées, de hachures horizontales qui indiquent les Wisigoths. Dans les cartes 3 et 4, la Bretagne et la Burgondie resteront couvertes respectivement de Bretons et de Burgondes. Mais ce sont les seules parties de la France qui ne changeront pas. En effet, dans la carte 3 qui expose les résultats de la bataille de Soissons, l'espace, blanc tout à l'heure, qui est compris entre la Seine et la Loire, est maintenant couvert de fleurs de lis (de Francs). Et dans la carte 4, carte de la France après la bataille de Poitiers, les fleurs de lis ont partout remplacé les hachures horizontales (les Wisigoths) de la Loire aux Pyrénées, sauf dans la partie comprise entre la Garonne et la mer.—(Note du Traducteur.)
[68]Hachures diagonales descendant de gauche à droite.
[68]Hachures diagonales descendant de gauche à droite.
[69]Hachures diagonales descendant de droite à gauche.
[69]Hachures diagonales descendant de droite à gauche.
[70]Hachures horizontales.
[70]Hachures horizontales.
[71]Plus exactement son manteau de chevalier, selon toute probabilité la trabea à raies rouges et blanches, le vêtement même des rois de Rome et principalement de Romulus.—(Note de l'Auteur.)
[71]Plus exactement son manteau de chevalier, selon toute probabilité la trabea à raies rouges et blanches, le vêtement même des rois de Rome et principalement de Romulus.—(Note de l'Auteur.)
[72]MM. Jameson,Art légendaire, vol. II, p. 721.—(Note de l'Auteur.)
[72]MM. Jameson,Art légendaire, vol. II, p. 721.—(Note de l'Auteur.)
[73]Personnage duPilgrim's Progressde John Bunyan.—(Note du Traducteur.)
[73]Personnage duPilgrim's Progressde John Bunyan.—(Note du Traducteur.)
[74]MM. Jameson, vol. II, p. 722.—(Note de l'Auteur.)
[74]MM. Jameson, vol. II, p. 722.—(Note de l'Auteur.)
[75]Ce n'est pas seulement Ruskin, il me semble, qui aime à se représenter un saint sous ces traits. Les meilleurs d'entre les clergymens de George Eliot et d'entre les prophètes de Carlyle ne sont pas davantage des «saints qui prêchent», ni «des sortes de saints à la saint Jean-Baptiste». Ils «ne dépensent pas non plus un souffle en une exhortation désagréable». Ils sont aussi aimables «pour le manant que pour le roi», aiment eux aussi « une honnête boisson».D'abord, dans Carlyle, voyez Knox: «Ce que j'aime beaucoup en ce Knox, c'est qu'il avait une veine de drôlerie en lui. C'était un homme de cœur, honnête, fraternel, frère du grand, frère aussi du petit, sincère dans sa sympathie pour les deux; il avait sa pipe de Bordeaux dans sa maison d'Édimbourg, c'était un homme joyeux et sociable. Ils errent grandement, ceux qui pensent que ce Knox était un fanatique sombre, spasmodique, criard. Pas du tout: c'était un des plus solides d'entre les hommes. Pratique, prudent, patient, etc.» De même Burns: «était habituellement gai de paroles, un compagnon d'infini enjouement, rire, sens et cœur. Ce n'est pas un homme lugubre; il a les plus gracieuses expressions de courtoisie, les plus bruyants flots de gaieté, etc.» C'est encore Mahomet: «Mahomet sincère, sérieux, cependant aimable, cordial, sociable, enjoué même, un bon rire en lui avec tout cela.» Et de même Carlyle aime à parler du rire de Luther. (Carlyle,les Héros, traduction Izoulet, pages 237, 298, 299, 83, etc.)Et dans Georges Eliot, voyez M. Irwine dansAdam BedeM. Gilfil dans lesScènes de la vie du Clergé, M. Farebrother dansMiddlemarch, etc.«Je suis obligé de reconnaître que M. Gilfil ne demanda pas à MmeFripp pourquoi elle n'avait pas été à l'église et ne fit pas le moindre effort pour son édification spirituelle. Mais le jour suivant il lui envoya un gros morceau de lard, etc. Vous pouvez conclure de cela que ce vicaire ne brillait pas dans les fonctions spirituelles de sa place et, à la vérité, ce que je puis dire de mieux sur son compte, c'est qu'il s'appliquait à remplir ses fonctions avec célérité et laconisme.» Il oubliait d'enlever ses éperons avant de monter en chaire et ne faisait pour ainsi dire pas de sermons. Pourtant jamais vicaire ne fut aussi aimé de ses ouailles et n'eut sur elles une meilleure influence. «Les fermiers aimaient tout particulièrement la société de M. Gilfil, car non seulement il pouvait fumer sa pipe et assaisonner les détails des affaires paroissiales de force plaisanteries, etc. Aller à cheval était la principale distraction du vieux monsieur maintenant que les jours de chasse étaient passés pour lui. Ce n'était pas aux seuls fermiers de Shepperton que la société de M. Gilfil était agréable, il était l'hôte bienvenu des meilleures maisons de ce côté du pays. Si vous l'aviez vu conduire Lady Sitwell à la salle à manger (comme tout à l'heure saint Martin l'impératrice de Germanie) et que vous l'eussiez entendu lui parler avec sa galanterie fine et gracieuse, etc.». «Mais le plus souvent il restait à fumer sa pipe en buvant de l'eau et du gin. Ici, je me trouve amené à vous parler d'une autre faiblesse du vicaire, etc.» (le Roman de M. Gilfil, traduction d'Albert-Durade, pages 116, 117, 121, 124, 125, 126). «Quant au ministre, M. Gilfil, vieux monsieur qui fumait de très longues pipes et prêchait des sermons très courts.» (Tribulations du Rév. Amos Barton, même trad., p. 4.) «M. Irwine n'avait effectivement ni tendances élevées, ni enthousiasme religieux et regardait comme une vraie perte de temps de parler doctrine et réveil chrétien au vieux père Taft ou à Cranage, le forgeron. Il n'était ni laborieux, ni oublieux de lui-même, ni très abondant en aumônes et sa croyance même était assez large. Ses goûts intellectuels étaient plutôt païens, etc. Mais il avait cette charité chrétienne qui a souvent manqué à d'illustres vertus. Il était indulgent pour les fautes du prochain et peu enclin à supposer le mal, etc. Si vous l'aviez rencontré monté sur sa jument grise, ses chiens courant à ses côtés, avec un sourire de bonne humeur, etc. L'influence de M. Irwine dans sa paroisse fut plus utile que celle de M. Ryde qui insistait fortement sur les doctrines de la Réformation, condamnait sévèrement les convoitises de la chair, etc., qui était très savant. M. Irwine était aussi différent de cela que possible, mais il était si pénétrant; il comprenait ce qu'on voulait dire à la minute, il se conduisait en gentilhomme avec les fermiers, etc. Il n'était pas un fameux prédicateur, mais ne disait rien qui ne fût propre à vous rendre plus sage si vous vous en souveniez.» (Adam Bede, même trad., pages 84, 85, 226, 227, 228, 230).—(Note du Traducteur.)
[75]Ce n'est pas seulement Ruskin, il me semble, qui aime à se représenter un saint sous ces traits. Les meilleurs d'entre les clergymens de George Eliot et d'entre les prophètes de Carlyle ne sont pas davantage des «saints qui prêchent», ni «des sortes de saints à la saint Jean-Baptiste». Ils «ne dépensent pas non plus un souffle en une exhortation désagréable». Ils sont aussi aimables «pour le manant que pour le roi», aiment eux aussi « une honnête boisson».
D'abord, dans Carlyle, voyez Knox: «Ce que j'aime beaucoup en ce Knox, c'est qu'il avait une veine de drôlerie en lui. C'était un homme de cœur, honnête, fraternel, frère du grand, frère aussi du petit, sincère dans sa sympathie pour les deux; il avait sa pipe de Bordeaux dans sa maison d'Édimbourg, c'était un homme joyeux et sociable. Ils errent grandement, ceux qui pensent que ce Knox était un fanatique sombre, spasmodique, criard. Pas du tout: c'était un des plus solides d'entre les hommes. Pratique, prudent, patient, etc.» De même Burns: «était habituellement gai de paroles, un compagnon d'infini enjouement, rire, sens et cœur. Ce n'est pas un homme lugubre; il a les plus gracieuses expressions de courtoisie, les plus bruyants flots de gaieté, etc.» C'est encore Mahomet: «Mahomet sincère, sérieux, cependant aimable, cordial, sociable, enjoué même, un bon rire en lui avec tout cela.» Et de même Carlyle aime à parler du rire de Luther. (Carlyle,les Héros, traduction Izoulet, pages 237, 298, 299, 83, etc.)
Et dans Georges Eliot, voyez M. Irwine dansAdam BedeM. Gilfil dans lesScènes de la vie du Clergé, M. Farebrother dansMiddlemarch, etc.
«Je suis obligé de reconnaître que M. Gilfil ne demanda pas à MmeFripp pourquoi elle n'avait pas été à l'église et ne fit pas le moindre effort pour son édification spirituelle. Mais le jour suivant il lui envoya un gros morceau de lard, etc. Vous pouvez conclure de cela que ce vicaire ne brillait pas dans les fonctions spirituelles de sa place et, à la vérité, ce que je puis dire de mieux sur son compte, c'est qu'il s'appliquait à remplir ses fonctions avec célérité et laconisme.» Il oubliait d'enlever ses éperons avant de monter en chaire et ne faisait pour ainsi dire pas de sermons. Pourtant jamais vicaire ne fut aussi aimé de ses ouailles et n'eut sur elles une meilleure influence. «Les fermiers aimaient tout particulièrement la société de M. Gilfil, car non seulement il pouvait fumer sa pipe et assaisonner les détails des affaires paroissiales de force plaisanteries, etc. Aller à cheval était la principale distraction du vieux monsieur maintenant que les jours de chasse étaient passés pour lui. Ce n'était pas aux seuls fermiers de Shepperton que la société de M. Gilfil était agréable, il était l'hôte bienvenu des meilleures maisons de ce côté du pays. Si vous l'aviez vu conduire Lady Sitwell à la salle à manger (comme tout à l'heure saint Martin l'impératrice de Germanie) et que vous l'eussiez entendu lui parler avec sa galanterie fine et gracieuse, etc.». «Mais le plus souvent il restait à fumer sa pipe en buvant de l'eau et du gin. Ici, je me trouve amené à vous parler d'une autre faiblesse du vicaire, etc.» (le Roman de M. Gilfil, traduction d'Albert-Durade, pages 116, 117, 121, 124, 125, 126). «Quant au ministre, M. Gilfil, vieux monsieur qui fumait de très longues pipes et prêchait des sermons très courts.» (Tribulations du Rév. Amos Barton, même trad., p. 4.) «M. Irwine n'avait effectivement ni tendances élevées, ni enthousiasme religieux et regardait comme une vraie perte de temps de parler doctrine et réveil chrétien au vieux père Taft ou à Cranage, le forgeron. Il n'était ni laborieux, ni oublieux de lui-même, ni très abondant en aumônes et sa croyance même était assez large. Ses goûts intellectuels étaient plutôt païens, etc. Mais il avait cette charité chrétienne qui a souvent manqué à d'illustres vertus. Il était indulgent pour les fautes du prochain et peu enclin à supposer le mal, etc. Si vous l'aviez rencontré monté sur sa jument grise, ses chiens courant à ses côtés, avec un sourire de bonne humeur, etc. L'influence de M. Irwine dans sa paroisse fut plus utile que celle de M. Ryde qui insistait fortement sur les doctrines de la Réformation, condamnait sévèrement les convoitises de la chair, etc., qui était très savant. M. Irwine était aussi différent de cela que possible, mais il était si pénétrant; il comprenait ce qu'on voulait dire à la minute, il se conduisait en gentilhomme avec les fermiers, etc. Il n'était pas un fameux prédicateur, mais ne disait rien qui ne fût propre à vous rendre plus sage si vous vous en souveniez.» (Adam Bede, même trad., pages 84, 85, 226, 227, 228, 230).—(Note du Traducteur.)
[76]Modern Painters, planche LXXIII.—(Note de l'Auteur.)
[76]Modern Painters, planche LXXIII.—(Note de l'Auteur.)
[77]Parole faussement attribuée à Foulon, commissaire des guerres, et pour laquelle il fut égorgé (juillet 1789).—(Note du Traducteur.)
[77]Parole faussement attribuée à Foulon, commissaire des guerres, et pour laquelle il fut égorgé (juillet 1789).—(Note du Traducteur.)
34. Le lecteur voudra bien remarquer que des notes immédiatement nécessaires à l'intelligence du texte sont données, avec un numéro d'ordre, au bas même de la page; tandis que les références aux écrivains qui font autorité dans la matière en discussion, ou aux textes qu'on peut citer à l'appui, sont indiquées par une lettre et rejetées à la fin de chaque chapitre. Un bon côté de cette méthode[78]sera que, après la mise en ordre des notes numérotées, je pourrai, si je vois, en relisant l'épreuve, la nécessité d'une plus ample explication, insérer une lettre renvoyant à une notefinalesans possibilité de confusion typographique. Les notes finales auront aussi cette utilité de résumer les chapitres et de faire ressortir ce qui est le plus important à se rappeler. Ainsi il est pour le moment sans importance de se rappeler que la première prise d'Amiens fut en 445, parce que ce n'est pas de là que date la fondation de la dynastie mérovingienne; ou que Mérovée s'empara du trône en 447 et mourut dix ans plus tard, La vraie date à se rappeler est 481 qui est celle de l'avènement au trône de Clovis à l'âge de quinze ans;et les trois batailles du règne de Clovis à retenir sont Soissons, Tolbiac et Poitiers—en se souvenant aussi que celle-ci fut la première des trois grandes batailles de Poitiers;—comment ce pays de Poitiers arriva-t-il à avoir une telle importance comme champ de bataille, nous le découvrirons après si nous le pouvons. De la reine Clotilde et de sa fuite de Bourgogne pour retrouver son amant Frank, nous apprendrons davantage dans le chapitre suivant; l'histoire du vase de Soissons est donnée dans l'Histoire de France illustrée, mais nous la reporterons aussi avec tels commentaires dont elle a besoin au chapitre suivant; car je veux que l'esprit du lecteur, à la fin de ce premier chapitre, soit fixé sur deux descriptions du Frank moderne (en prenant ce mot dans son sens sarrasin) comme distinct du Sarrasin moderne. La première description est du colonel Butler, entièrement vraie et admirable sans réserve, excepté l'extension (qu'elle semble impliquer) de ce contraste à l'ancien temps, car l'âme saxonne sous Alfred, l'âme teutonne sous Charlemagne, l'âme franque sous saint Louis, étaient tout aussi religieuses que celles d'aucun Asiatique, quoique plus pratique; c'est seulement la tourbe moderne occidentale de mécréants sans rois qui s'est abaissée par le jeu, l'escroquerie, la construction des machines, et la gloutonnerie jusqu'à comprendre les plus méprisables rustres qui aient jamais foulé la terre avec les carcasses qu'elle leur a prêtées.
35. «Des traits du caractère anglais mis en lumière par l'extension de la domination anglaise en Asie, il n'en est pas de plus remarquable que le contraste entre la tendance religieuse de la pensée orientale et l'absence innée de religion dans l'esprit anglo-saxon.
Le Turc et le Grec, le Bouddhiste et l'Arménien, le Copte et le Parsi, tous manifestent dans une centaine d'actes de la vie quotidienne le grand fait de leur croyance en Dieu. Avant tout leurs vices comme leurs vertus témoignent qu'ils reconnaissent un Dieu.
«Pour les occidentaux, au contraire, toute pratique extérieure est un objet de honte, une chose à cacher. Une procession de prêtres dans quelque Strade Reale serait probablement regardée par un Anglais ordinaire d'un œil moins tolérant qu'une fête deJuggernaut[79]à Orissa; mais devant l'une comme devant l'autre il laissera paraître le même zèle iconoclaste, elles lui inspireront toutes deux la même idée, qui n'en est pas moins arrêtée parce qu'elle est rarement affirmée en paroles. «Vous priez, c'est pourquoi je fais peu de cas de vous.»
Mais, en réalité, cette impatience d'humeur des Anglais modernes à accepter le tour religieux de la pensée orientale semble cacher une différence plus profonde entre l'Orient et l'Occident. Tous les peuples orientaux possèdent cette tournure d'esprit religieuse. C'est le lien qui rattache ensemble leurs races si profondément différentes. Voici qui pourra servir d'illustration à ce que je veux dire.
Sur un bateau à vapeur autrichien de la Compagnie Lloyd dans le Levant, un voyageur de Beyrouth verra souvent d'étranges groupes d'hommes rassemblés sur le gaillard d'arrière. Le matin les missels de l'église grecque seront posés sur les bastingages, et un couplede prêtres russes venant de Jérusalem occupés à murmurer la messe. À un yard de distance, à droite ou à gauche, est assis un pèlerin turc revenant de la Mecque, respectueux spectateur de la scène. C'est en effet la prière et, par conséquent, quelque chose de sacré à ses yeux. De même aussi quand l'heure du soir est venue, et que le Turc étend son morceau de tapis pour les prières du coucher du soleil et les salutations vers la Mecque, le Grec regarde en silence sans aucun air de dédain, car il s'agit encore de l'adoration du Créateur par sa créature. Tous deux accomplissent lapremièreloi de l'Orient, la prière à Dieu; et que l'autel soit Jérusalem, la Mecque ou Lassa[80], la sainteté du culte se communique au fidèle et protège le pèlerin.
Dans cette société vient l'Anglais généralement dépourvu de tout sentiment de sympathie pour les prières d'aucun peuple ou la foi en aucune idée religieuse; c'est pourquoi notre autorité en Orient a toujours reposé et reposera toujours sur la baïonnette. Nous n'avons jamais pu dépasser l'état de conquête; jamais assimilé un peuple à nos coutumes, jamais même civilisé une seule tribu dans le vaste domaine de notre empire. Il est curieux de voir combien il arrive souvent qu'un Anglais bien intentionné parle d'une église ou d'un temple étranger comme si son esprit le voyait sous le même jour où la cité de Londres apparaissait à Blucher, comme un objet de pillage. L'autre idée, à savoir qu'un prêtre est un homme bon à être pendu, est une idée aussi souvent observable dansle cerveau anglais. Un jour que nous nous efforcions de mettre un peu de lumière dans nos esprits sur la question grecque, en questionnant un officier de marine dont le vaisseau avait stationné dans les eaux grecques et adriatiques durant notre occupation de Corfou et des autres îles Ioniennes, nous pûmes seulement tirer de notre informateur qu'un matin, avant déjeuner, il avait pendu soixante-dix-sept prêtres.
36. Le second passage que je mets en réserve dans ces notes pour l'utilité que nous en tirerons plus tard est le suivant, absolument merveilleux, pris dans un livre plein de merveilles—si on peut mettre une idée vraie sur le même rang que des faits et lui attribuer la même valeur: lesGrains de bon sensd'Alphonse Karr. Je ne puis louer ce livre ni son plus récent:Bourdonnements, au gré de mon cœur, simplement parce qu'ils sont d'un homme qui est entièrement selon mon propre cœur, qui a dit en France depuis bien des années ce que, moi aussi, depuis bien des années, je dis en Angleterre, sans nous connaître l'un l'autre, et tous deux en vain (Voir § 11 et 12 deBourdonnements).
Le passage donné ici est le chapitre LXIII desGrains de bon sens.
«Et tout cela, Monsieur, vient de ce qu'il n'y a plus de croyances,—de ce qu'on ne croit plus à rien.
«Ah! saperlipopette, Monsieur, vous me la baillez belle! Vous dites qu'on ne croit plus à rien! Mais jamais, à aucune époque, on n'a cru à tant de billevesées, de bourdes, de mensonges, de sottises, d'absurdités qu'aujourd'hui.
«D'abord, on croit à l'incrédulité—l'incrédulité est une croyance, une religion très exigeante, qui a ses dogmes, sa liturgie, ses pratiques, ses rites!... sonintolérance, ses superstitions. Nous avons des incrédules et des impies jésuites et des incrédules et des impies jansénistes; des impies molinistes, et des impies quiétistes; des impies pratiquants, et non pratiquants; des impies indifférents et des impies fanatiques; des incrédules cagots et des impies hypocrites et tartuffes.—La religion de l'incrédulité ne se refuse pas même le luxe des hérésies.
«On ne croit plus à la Bible, je le veux bien, mais on croit aux écritures des journaux, on croit au sacerdoce des gazettes et carrés de papier, et à leurs oracles quotidiens.
«Oncroitau «baptême» de la police correctionnelle et de la Cour d'Assises—on appelle «martyrs» et «confesseurs» les «absents» à Nouméa et les «frères» de Suisse, d'Angleterre et de Belgique—et quand on parle des «martyrs» de la Commune ça ne s'entend pas des assassinés mais des assassins.
«On se fait enterrer « civilement», on ne veut plus sur son cercueil des prières de l'Église, on ne veut ni cierges, ni chants religieux, mais on veut un cortège portant derrière la bière des immortelles rouges;—on veut une «oraison», une «prédication» de Victor Hugo qui a ajouté cette spécialité à ses autres spécialités, si bien qu'un de ces jours derniers, comme il suivait un convoi en amateur, un croque-mort s'approcha de lui, le poussa du coude, et lui dit en souriant: «Est-ce que nous n'aurons pas quelque chose de vous aujourd'hui?»—Et cette prédication il la lit ou la récite—ou, s'il ne juge pas à propos «d'officier» lui-même, s'il s'agit d'un mort de peu, il envoie, pour la psalmodier, M. Meurice ou tout autre «prêtre» ou enfant de chœur du «Dieu».—À défaut de M. Hugo, s'il s'agitd'un citoyen obscur, on se contente d'une homélie improvisée pour la dixième fois par n'importe quel député intransigeant—et leMiserereest remplacé par les cris de «Vive la République» poussés dans le cimetière.
«On n'entre plus dans les églises, mais on fréquente les brasseries et les cabarets, on y officie, on y célèbre les mystères, on y chante les louanges d'une prétendue république sacro-sainte, une, indivisible, démocratique, sociale, athénienne, intransigeante, despotique, invisible quoique étant partout. On y communie sous différentes espèces; le matin (matines) on «tue le ver» avec le vin blanc;—il y a plus tard les vêpres de l'absinthe, auxquelles on se ferait un crime de manquer d'assiduité. On ne croit plus en Dieu, mais oncroitpieusement en M. Gambetta, en MM. Marcou, Naquet, Barodet, Tartempion, etc., et en toute une kyrielle de saints et dedii minores, tels que Goutte-Noire, Polosse Bariasse et Silibat, le héros lyonnais.
«Oncroità l'«immuabilité» de M. Thiers, qui a dit avec aplomb: «Je ne change jamais», et qui aujourd'hui est à la fois le protecteur et le protégé de ceux qu'il a passé une partie de sa vie à fusiller et qu'il fusillait encore hier.
«Oncroitau républicanisme immaculé de l'avocat de Cahors, qui a jeté par-dessus bord tous les principes républicains,—qui est à la fois de son côté le protecteur et le protégé de M. Thiers qui, hier, l'appelait «fou furieux», déportait et fusillait ses amis.
«Tous deux, il est vrai, en même temps protecteurs hypocrites, et protégés dupés.
«On ne croit plus aux miracles anciens, mais oncroità des miracles nouveaux.
«Oncroità une république sans le respect religieux et presque fanatique des lois.
«Oncroitqu'on peut s'enrichir en restant imprévoyants, insouciants et paresseux, et autrement que par le travail et l'économie.
«On secroitlibre en obéissant aveuglément et bêtement à deux ou trois coteries.
«On secroitindépendant parce qu'on a tué ou chassé un lion, et qu'on l'a remplacé par deux douzaines de caniches teints en jaune.
«Oncroitavoir conquis le «suffrage universel» en votant par des mots d'ordre qui en font le contraire du suffrage universel—mené au vote comme on mène un troupeau au pâturage, avec cette différence que ça ne nourrit pas.—D'ailleurs par «ce suffrage universel» qu'on croit avoir et qu'on n'a pas, il faudraitcroireque les soldats doivent commander au général, les chevaux mener le cocher,croireque deux radis valent mieux qu'une truffe, deux cailloux mieux qu'un diamant, deux crottins mieux qu'une rose.
«On secroiten République, parce que quelques demi-quarterons de farceurs occupent les mêmes places, émargent les mêmes appointements, pratiquent, les mêmes abus que ceux qu'on a renversés à leur bénéfice.
«On secroitun peuple opprimé héroïque, qui brise ses fers, et n'est qu'un domestique capricieux qui aime à changer de maîtres.
«Oncroitau génie d'avocats de sixième ordre, qui ne se sont jetés dans la politique et n'aspirent au gouvernement despotique de la France que faute d'avoir pu gagner honnêtement, sans grand travail, dans l'exercice d'une profession correcte, une vie obscure humectée de chopes.
«Oncroitque des hommes dévoyés, déclassés, décavés, fruits secs, etc., et qui n'ont étudié que «le domino à quatre» et le «bezigue en quinze cents» se réveillent un matin, après un sommeil alourdi par le tabac et la bière, possédant la science de la politique, et l'art de la guerre, et aptes à être dictateurs, généraux, ministres, préfets, sous-préfets, etc.
«Et les soi-disant conservateurs eux-mêmes croient que la France peut se relever et vivre tant qu'on n'aura pas fait justice de ce prétendu suffrage universel qui est le contraire du suffrage universel.
«Les croyances ont subi le sort de ce serpent de la fable, coupé, haché par morceaux, dont chaque tronçon devenait un serpent.
«Les croyances se sont changées en monnaie, en billon des crédulités.
«Et pour finir la liste bien incomplète des croyances et des crédulités, vouscroyez, vous, qu'on ne croit à rien!»
[78]Cette méthode n'est, du reste, pas suivie dans les chapitres suivants.—(Note de l'Auteur.)
[78]Cette méthode n'est, du reste, pas suivie dans les chapitres suivants.—(Note de l'Auteur.)
[79]Nom de la déesse Kim, une des incarnations de Siva, donné par extension au temple et à la ville de Pouri sur la côte d'Orissa (Coromandel).—(Note du Traducteur.)
[79]Nom de la déesse Kim, une des incarnations de Siva, donné par extension au temple et à la ville de Pouri sur la côte d'Orissa (Coromandel).—(Note du Traducteur.)
[80]Capitale du Thibet. Aux environs de Lassa le Dalaï Lama habite dans un monastère. C'est un lieu de pèlerinage extrêmement fréquenté.—(Note du Traducteur.)
[80]Capitale du Thibet. Aux environs de Lassa le Dalaï Lama habite dans un monastère. C'est un lieu de pèlerinage extrêmement fréquenté.—(Note du Traducteur.)
Ne voulant pas recourir lâchement aux stratagèmes de la mémoire artificielle et encore moins dédaigner ce que donne de force réelle une mémoire ferme et réfléchie, mes jeunes lecteurs s'aperceveront qu'il est extrêmement utile de noter tous les rapports de coïncidence, ou autres, entre les nombres, qui aident à retenir ce qu'on pourrait appeler les dates d'ancrage: autour d'elles, d'autres, moins importantes, peuvent osciller au bout de câbles de longueurs variées.
Ainsi on usera d'abord d'un procédé des plus simples et des plus commodes pour compter les années à partir de la naissance du Christ, en les partageant par périodes de cinq siècles, c'est-à-dire par les périodes appelées Ve, Xeet XVesiècles, et celle qui s'approche de nous maintenant, le XXesiècle.
Et cette division, qui paraît au premier abord formelle et arithmétique, nous la verrons, à mesure que nous en ferons usage, recevoir une signification singulière d'événements qui marquent un changement notable dans le savoir, la discipline et la morale du genre humain.
Toute date, il faudra plus loin s'en souvenir, appartenant au Vesiècle, commencera par le nombre 4 (401, 402, etc.). Toute date du Xesiècle, par le nombre 9 (901, 902, etc.) et toute date du XVesiècle, par le nombre 14 (1401, 1402, etc.).
Dans le sujet qui fait nôtre étude immédiate, nous avons à nous occuper du premier de ces siècles, le Ve, dont je vais, en conséquence, vous demander d'observer deux divisions très intéressantes.
Toutes les dates, nous l'avons dit, doivent dans ce siècle commencer par le nombre 4.
Si vous mettez la moitié de ce nombre comme second chiffre vous avez 42.
Et si vous en mettez à la place le double, vous avez 48; ajoutez 1 comme troisième chiffre à chacun de ces nombres et vous avez 421 et 481, deux dates que vous voudrez bien fixer dans vos têtes sans vous permettre le moindre vague à leur égard.
Car la première est la date de la naissance de Venise elle-même et de son duché (Voyezle Repos de saint Marc, Irepartie, p. 30); et la seconde est la date de la naissance de la Venise française et de son royaume, Clovis étant, cette année-là, couronné à Amiens.
3. Ce sont les deux grands anniversaires de naissance, «jours de naissance», de nations, au Vesiècle; leurs anniversaires de mort, nous en donnerons les dates une autre fois.
Et ce n'est pas seulement à cause du duché du sombre Rialto, ni à cause du beau royaume de France, que ces deux dates doivent dominer toutes les autres dans le farouche Vesiècle, mais parce qu'elles sont aussi les années de naissance d'une grande dame et d'un plusgrand seigneur, de toute la future chrétienté, sainte Geneviève et saint Benoît[81].
Geneviève, «la vague blanche» (Eau riante), la plus pure de toutes les vierges qui aient tiré leur nom de l'écume de la mer ou des bouillons du ruisseau, sans tache, non la troublée et troublante Aphrodite, mais la Leucothéa d'Ulysse, la vague qui conduit à la délivrance.
Vague blanche sur le bleu du lac ou de la mer ensoleillée qui sont depuis les couleurs de France, lis d'argent sur champ d'azur; elle est à jamais le type de la pureté, dans l'active splendeur de l'âme entière et de la vie (distincte en cela de l'innocence plus tranquille et plus réservée de sainte Agnès) et toutes les légendes de chagrin dans l'épreuve ou de chute de toute âme noble de femme sont liées à son nom, en Italien Ginevra devenant l'Imogène de Shakespeare; et Guinevere[82], la vague torrentueuse des eaux des montagnes de la Grande-Bretagne de la pollution desquelles vos modernes ménestrels sentimentaux se lamentent dans leurs chants lugubrement inutiles; mais aucun ne vous dit rien, autant que je sache, de la victoire et de la puissance de cette blanche vague de France.
4. Elle était bergère, une chétive créature, nu-pieds, nu-tête, telle que vous en pouvez voir courant dans leur inculte innocence et dont on s'occupe moins que de leur troupeau, sur bien des collines de France et d'Italie.Assez chétive, âgée de sept ans, c'est tout ce qui en est dit quand on entend d'abord parler d'elle: «Sept fois 1 font 7 (je suis vieille, tu peux me croire, linotte, linotte[83]) et tout autour d'elle, déchaînées comme les Furies, farouches comme les vents du ciel, les armées gothes, dont le tonnerre retentit sur les ruines de l'Univers.
5. À deux lieues de Paris (le Paris Romain appelé à bientôt disparaître avec Rome elle-même), la petite créature garde son troupeau, pas même le sien propre, ni le troupeau de son père, comme David; elle est la servante louée d'un riche fermier de Nanterre. Qui peut me dire quoi que ce soit sur Nanterre? Quel pèlerin de notre époque omni-spéculante, omni-ignorante, a eu la pensée d'aller voir quelles reliques il peut y avoir encore là? Je ne sais pas même de quel côté de Paris ce lieu est situé[84], ni sous quel amas de poussière charbonneuse de chemin de fer et de fer, il faut se représenter les pâturages et les champs fleuris de cette sainte Phyllis de féerie[85]. Il y avait encore de tels champs, même de mon temps, entre Paris et Saint-Denis (voyez le plus joli de tous les chapitres desMystères de Paris, où Fleur-de-Marie y court librement pour la première fois); mais, à présent, je suppose que la terre natale de sainte Phyllis a servi toute à élever des bastions et des glacis (profitables et bénis de tous les saints et d'elle comme ils en ont depuis donné la preuve), ou est couverte de manufactures et de cabarets.
Elle avait sept ans quand, allant d'Auxerre en Angleterre, saint Germain s'arrêta une nuit dans son village, et, parmi les enfants qui, le matin, le mirent dans son chemin d'une manière plus aimable que l'escorte d'Élisée, remarqua celle-ci qui le regardait de ses yeux plus écarquillés par le respect que ceux des autres; il la fit venir à lui, la questionna, et il lui fut répondu par elle avec douceur qu'elle serait contente d'être la servante du Christ. Et il suspendit à son cou une petite pièce de cuivre marquée de la croix. À partir de ce moment Geneviève se tint pour «séparée du monde».
Il n'en advint pas ainsi cependant. Bien au contraire, il vous faut penser à elle au lieu de cela comme à la première des Parisiennes. Reine de la Foire aux Vanités, voilà ce que devait devenir la tranquille pauvre sainte Phyllis avec son liard de cuivre marqué de la croix autour du cou! Plus que Nicotris ne fut pour l'Égypte, plus que Sémiramis pour Ninive, plus que Zénobie pour la cité des palmiers, voilà ce que cette bergère de sept ans devint pour Paris et sa France. Vous n'avez jamais entendu parler d'elle sous cet aspect? Non, comment l'auriez-vous pu? Car elle ne conduisit pas d'armées, mais les arrêta, et toute sa puissance fut dans la paix.
7. Il y a cependant quelque vingt-sept ou vingt-huit vies d'elle, je crois, dans la littérature desquelles je ne puis ni n'ai besoin d'entrer, toutes s'étant montrées également impuissantes à éveiller d'elle une image claire dans l'esprit des Français ou Anglais d'aujourd'hui, et je laisse les pauvres sagacités et imaginations de chacun toucher à sa sainteté, la modeler et lui donner une forme intelligible, je ne dis pas croyable, car il n'est pas question ici de croyance, la créature est aussi réelle queJeanne d'Arc et a en elle beaucoup plus de puissance. Elle se distingue par le calme de sa force (exactement comme saint Martin par sa patience se distingue des prélats combatifs)—de la foule digne de pitié des saintes femmes martyres.
Il y a des milliers de jeunes filles pieuses qui n'ont jamais figuré dans aucun calendrier, mais qui ont passé et gâché leur vie dans la désolation, Dieu sait pourquoi, car nous ne le savons pas, mais en voici une, en tout cas, qui ne soupire pas après le martyre et ne se consume pas dans les tourments, mais devient une Tour du Troupeau[86]et toute sa vie lui construit un bercail.
8. La première chose ensuite que vous avez à remarquer à son sujet c'est qu'elle est absolument gauloise de naissance. Elle ne vient pas comme missionnaire de Hongrie ou d'Illyrie, ou d'Égypte, ou de quelque région mystérieuse dont on ne dit pas le nom, mais elle grandit à Nanterre, comme une marguerite dans la rosée, la première «Reine Blanche» de Gaule.
Je n'ai pas encore fait usage de ce vilain mot «Gaule», et nous devons tout de suite nous bien assurer de sa signification, bien que cela doive nous coûter une longue parenthèse.
9. Au temps de la puissance grandissante de Rome, son peuple appelait Gaulois tous ceux qui vivaient au nord des sources du Tibre. Si cette définition générale ne vous suffit pas, vous pouvez lire l'articleGalliadans leDictionnairede Smith qui tient soixante et onze colonnes d'impression serrée, chacune de la longueur de trois de mes pages: et il vous dit à la fin: «Quoique long, ce n'est pas complet.» Vous pouvezcependant, après une lecture attentive, en tirer à peu près autant que je vous en ai dit plus haut.
Mais dès le IIesiècle après le Christ et, d'une manière beaucoup plus nette à l'époque dont nous nous occupons—le Vesiècle—les nations barbares ennemies de Rome, en partie subjuguées ou tenues en échec par elle, s'étaient constituées en deux masses distinctes, appartenant à deux latitudes distinctes. L'une ayant fixé sa demeure dans l'agréable zone tempérée d'Europe: l'Angleterre avec ses montagnes occidentales, les salubres plateaux calcaires et les montagnes granitiques de France, les labyrinthes germaniques de montagnes boisées et de vallées sinueuses du Tyrol au Harz, et tout le vaste bassin fermé des Carpathes avec le réseau de vallées qui en rayonnent. Rappelez-vous ces quatre contrées d'une manière succincte et claire en les appelant la «Bretagne», la «Gaule», la «Germanie» et la «Dacie».
10. Au nord de ces populations sédentaires, frustes mais endurantes, possédant des champs et des vergers, des troupeaux paisibles, des homes à leur manière, des mœurs et des traditions qui n'étaient pas sans grandeur, habitait, ou plutôt flottait à la dérive et s'agitait une chaîne, çà et là interrompue, de tribus plus tristes, surtout pillardes et déprédatrices, essentiellement nomades; sans loyer, par la force des choses, ne trouvant ni repos, ni réconfort dans la terre et le ciel triste; errant désespérément le long des sables arides et des eaux marécageuses du pays plat qui s'étend des bouches du Rhin à celles de la Vistule, et, au delà de la Vistule, nul ne sait où, ni n'a besoin de le savoir. Des sables déserts et des marécages à fleur de sol, telle était leur part; une prison de glace et l'ombre desnuages pendant de longs jours de la rigoureuse année, des flaques sans profondeur, les infiltrations ou les méandres de cours d'eau ralentis, le noir dépérissement des bois en friche, pays difficile à habiter, impossible à aimer. Depuis cette époque l'intérieur des terres ne s'est guère amélioré[87]. Et des temps encore plus tristes sont maintenant venus pour leurs habitants.
11. Car au Vesiècle ils avaient des troupeaux de bétail[88]à conduire et à manger, des terres qui étaient de vraies chasses non gardées, pleines de gibier et de cerfs et aussi des rennes apprivoisables, même dans le sud, des sangliers fougueux bons pour le combat, comme au temps de Méléagre, et ensuite pour le lard; d'innombrables bêtes à fourrures dont on utilisait la chair et le pelage. Les poissons de la mer infinie à rompre leurs filets, des oiseaux innombrables, errant dans les cieux, comme cibles à leurs flèches aux pointes aiguës, des chevaux dressés à recevoir un cavalier, des vaisseaux, et non de taille médiocre, et de toutes sortes, à fond plat pour les flaques boueuses, à quille et à pont pour l'impétueux courant de l'Elbe et la furieuse Baltique d'un côté, au sud pour le Danube, qui fend les montagnes et le lac noir de Colchos.
12. Et ils étaient dans tout leur aspect extérieur et aussi dans toute leur force éprouvée, les puissancesvivantes du monde, dans cette longue heure de sa transfiguration. Tout le reste qui avait été tenu à une époque pour redoutable était devenu formalisme, démence ou infamie. Les armées romaines rien qu'un mécanisme armé d'une épée, s'abattant en désordre chaque épée contre l'épée amie;—la Rome civile une multitude mêlée d'esclaves, de maîtres d'esclaves, et de prostituées. L'Orient, séparé de l'Europe par les Grecs impuissants. Ces troupes affamées des forêts Noires et des mers Blanches, elles-mêmes à moitié loups, à moitié bois flottants (comme nous nous appelions Cœurs de Lion, Cœurs de Chêne, eux faisaient de même) sans pitié comme le chien du troupeau, endurants comme le bouleau et le pin sauvages. Vous n'entendez guère parler que d'eux pendant les cinq siècles encore à venir; Wisigoths, à l'ouest de la Vistule; Ostrogoths, à l'est de la Vistule, et, rayonnant autour de la petite Holy Island (Heligoland), nos propres Saxons et Hamlet le Danois, et en traîneau sur la glace, son ennemi le Polonais, tous ceux-ci au sud de la Baltique; et jetant sans arrêter par-dessus la Baltique sa force, issue des montagnes, la Scandinavie,—jusqu'à ce qu'enfin pour un tempsellegouverne tout, et que le nom de Normand, voie son autorité incontestée du Cap Nord à Jérusalem.
13. Ceci est l'histoire apparente, ceci est la seule histoire connue du monde, comme je l'ai dit, pour les cinq siècles qui vont venir. Et cependant ce n'est que la surface, au-dessous de laquelle se passe l'histoire réelle.
Les armées errantes ne sont, en réalité, que de la grêle et du tonnerre et du feu vivants sur la terre. Mais la Vie Souffrante, le cœur profond de l'humanité primitive, se développant dans une éternelle douceur et bien que ravagée, oubliée, dépouillée, elle-mêmerestant sur place et jamais dévastatrice, ni meurtrière, mais ne pouvant être vaincue par la douleur, ni par la mort,—devint la semence de tout l'amour qui était appelé à naître et le moment venu donna alors à l'humanité mortelle ce qu'elle était capable de recevoir d'espérance, de joie ou de génie et,—s'il y a une immortalité—amena, par-delà le tombeau, à l'Église ses Saints protecteurs et au Ciel ses Anges secourables.
14. De cet ordre de créatures d'humble condition, silencieuses, inoffensives, infiniment soumises, infiniment dévouées, aucun historien ne s'occupe jamais le moins du monde, excepté quand elles sont volées ou tuées. Je ne puis vous en donner aucune image, en amener jusqu'à votre oreille aucun murmure, aucun cri. Je puis seulement vous montrer l'absolu «doit avoir été» de leur passé non récompensé, et l'idée que tous nous nous sommes faite d'elles, et les choses qui nous en ont été dites reposent sur des faits plus profonds de leur histoire, qui n'ont jamais été ni conçus, ni racontés.
15. La grande masse de cette innocente et invincible vie paysanne, est, comme je vous l'ai dit plus haut, groupée dans les districts féconds et tempérés (relativement) de l'Europe montagneuse, allant, de l'ouest à l'est, de l'extrémité du pays de Cornouailles à l'embouchure du Danube.
Déjà, dans les temps dont nous nous occupons en ce moment, elle était pleine d'une ardeur naturellement généreuse et d'une intelligence ouverte à tout. La Dacie donne à Rome ses quatre derniers grands empereurs[89];la Bretagne donne à la chrétienté les premiers exploits et les légendes dernières de sa chevalerie; la Germanie à tous les hommes la sincérité et la flamme du Franc; la Gaule, à toutes les femmes la patience et la force de sainte Geneviève.
16. Lasincéritéet la flamme du Franc, il faut que je le répète avec insistance, car mes plus jeunes lecteurs ont été probablement habitués à penser que les Français étaient plus polis que sincères. Ils trouveront, s'ils approfondissent la matière, que la sincérité seule peut être policée, et que tout ce que nous reconnaissons de beauté, de délicatesse et de proportions dans les manières, le langage ou l'architecture des Français, vient d'une pure sincérité de leur nature, que vous sentirez bientôt dans les créatures vivantes elles-mêmes si vous les aimez; et si vous comprenez sainement jusqu'à leurs pires fautes, vous verrez, que leur Révolution elle-même fut une révolte contre les mensonges, et la révolte de l'amour trahi. Jamais peuple ne fut si vainement loyal.
17. Qu'ils aient été à l'origine, des Germains, eux-mêmes je suppose seraient bien aises de l'oublier maintenant; mais comment ils secouèrent de leurs pieds la poussière de Germanie et se donnèrent un nom nouveau est le premier des phénomènes que nous ayons maintenant à observer attentivement en ce qui les concerne. «Les critiques les plus sagaces», dit M. Gibbon dans son Xechapitre, «admettentqueversl'an 240 environ»(nousadmettronsalors, pour plus de commodité, que ce futversl'an 250 environ, à moitié chemin de la fin du Vesiècle, là où nous sommes,—dix ans de plus ou de moins dans les cas de «admettons que vers... environ», importent peu, mais nous aurons au moins quelque bouée flottante de date à la portée de la main).
«Vers A. D. 250, donc, «une nouvelle confédération» fut formée sous le nom de Francs par les anciens habitants du Bas-Rhin et du Weser.»
18. Ma propre impression relativement aux anciens habitants du Bas-Rhin et du Weser, eût été qu'ils se composaient surtout de poissons, avec des grenouilles et des canards à la surface, mais une note ajoutée par Gibbon, à ce passage, nous fait savoir que la nouvelle confédération se composait de créatures humaines, dans les items suivants:
1° Les Chauces, qui vivaient on ne nous dit pas où;
2° Les Sicambres,» dans la Principauté de Waldeck;
3° Les Attuarii,» dans le duché de Berg;
4° Les Bructères,» sur les bords de la Lippe;
5° Les Chamaves,» dans le pays des Bructères;
6° Les Cattes,» en Hesse.
Tout cela sera, je crois, plutôt plus clair dans vos têtes si vous l'oubliez que si vous vous le rappelez; mais, s'il vous plaît de lire ou relire (ou le mieux de tout, de trouver pour vous lire quelque réelle Miss Isabelle Wardour[90]) l'histoire de Martin Waldeck dans l'Antiquaire, vous y gagnerez une notion suffisante du caractère principal de «la principauté de Waldeck», certainement lié à cet important mot germain «woody»(c'est-à-dire «woodish», je suppose?)—descriptif de rochers et de forêts à moitié poussées; en même temps qu'un respect salutaire pour les bases profondes que Scott donne instinctivement aux noms propres dans son œuvre.
Mais ne perdons pas de vue notre but. Le plus pressé est de revenir sérieusement maintenant à nos cartes, et de situer les choses dans un espace déterminé par des limites linéaires.
Toutes les cartes de Germanie que j'ai personnellement l'avantage de posséder, deviennent extrêmement confuses juste au nord de Francfort, et ressemblent alors à un vitrail peint qui aurait été brisé en mille morceaux par la rancune puritaine, et restauré par d'ingénieux gardiens d'église qui auraient remis chaque morceau à l'envers, cette curieuse vitrerie se proposant de représenter les soixante, soixante-dix, quatre-vingts ou quatre-vingt-dix duchés, marquisats, comtés, baronnies, électorats, etc., héréditaires, en lesquels s'est craquelée et morcelée l'Allemania, sous cette latitude.
Mais sous les couleurs bigarrées et à travers les alphabets interpolés et surchargés de dignités tronquées auxquelles s'ajoutent les trois réseaux des chemins de fer mis sur le tout, réseaux non pas unis, mais hérissés de jambes comme des myriapodes, un dur travail d'une journée avec une bonne loupe vous met en état de découvrir approximativement le cours du Weser, et les noms de certaines villes voisines de ses sources, lesquels méritent d'être retenus.
20. Au cas où vous n'avez pas à disposer d'un après midi, ni votre vue à user, vous devrez vous contenter de ceci, qui est forcément un simple abrégé: à savoirque du Drachenfels[91]et de ses six frères Fels, se dirigeant de l'est au nord, court et s'étend une troupe éparpillée de petits rochers noueux, de mystérieuses crêtes qui surplombent, sourcilleuses, des vallées bordées de petits bois, où un torrent met tantôt sa fureur et tantôt sa mélodie; les crêtes, la plupart couronnées de châteaux par la piété chrétienne des vieux âges dans des buts lointains ou chimériques; les vallées résonnant du bruit des bûcherons, et creusées par les mineurs, habitées sous la terre par les gnomes et dessus par les génies sylvestres et autres. Le pays entier agrafant rocher par rocher, rattachant de vallon en vallon pendant quelque 150 milles (avec des intervalles) la montagne du Dragon, au-dessus du Rhin à la montagne Résine, le «Harz», encore obscur aujourd'hui, vers le sud des terrains foulés par les noirs Brunswickois, de réalité corporelle indiscutable; anciennement obscurci par la forêt «Hercynienne» (haie ou barrière) d'où par corruption Harz, où se trouve aujourd'hui le Harz ou la forêt Résine, hantée de sombres forestiers, de souche au moins résineuse, pour ne pas dire sulfureuse.
21. Cent cinquante milles de l'est à l'ouest, disons moitié autant du nord au sud, environ dix mille milles carrés en tout de montagnes métallifères, conifères et fantomifères, fluidifiées et diffluant pour nous, au moyen âge et dans les temps modernes, en l'huile la plus essentielle de térébenthine, et cette myrrhe, ou cet encens, de l'imagination et du caractère que produit naturellement la Germanie et dont l'huile de térébenthine est le symbole. Je songe particulièrement au développementqu'ont pris les usages les plus délicats de la résine, en tant qu'indispensable à l'archet du violon, depuis les jours de sainte Élisabeth de Marbourg, à ceux de saint Méphistophélès de Weimar.
22. Autant que je sache, ce bouquet de rochers capricieux et de vallées n'a pas de nom général comme groupe de collines; et il est tout à fait impossible de découvrir ses différentes ramifications sur aucune des cartes que je peux me procurer, mais nous pouvons nous rappeler facilement, et utilement, que c'esttoutle nord du Mein, qu'il s'appuie sur le Drachenfels à une extrémité, et s'élance tout à coup par voûtes vers la lumière du matin, jusqu'au Harz (sommet du Brocken 3.700 pieds au-dessus de la mer, c'est le plus haut), avec un large espace réservé au cours du Weser, dont nous parlerons tout à l'heure.
23. Nous appellerons ceci désormais la chaîne ou le groupe des Montagnes Enchantées; et alors nous les relierons d'autant plus facilement aux montagnes des Géants, Riesen Gebirge, quand nous aurons besoin d'elles; mais celles-ci sont toutes plus hautes, plus sévères, et nous n'avons pas encore à les approcher; celles plus proches au travers desquelles se trouve notre route, nous pourrions peut-être plus justement les nommer les montagnes des Démons; mais ce ne serait guère respectueux pour sainte Élisabeth ni pour les innombrables jolies châtelaines des tours, ou pour les princesses du parc et de la vallée, qui ont rendu les mœurs domestiques germaines douces et exemplaires et ont coulé le flot transparent et léger de leur vie jusqu'au bas des vallées des âges avant que l'enchantement prenne une forme peut être trop canonique dans l'Almanach de Gotha.
Nous les appellerons donc les Montagnes Enchantées, non les Démons; remarquant aussi avec reconnaissance que les esprits de leurs rochers ont réellement beaucoup plus du caractère des fées guérissantes que des gnomes, chacun (comme s'il portait une baguette magique de coudrier au lieu d'une verge cinglante), faisant surgir des souterrains ferrugineux des sources effervescentes, salutairement salées et chaudes.
24. Au cœur même de cette chaîne enchantée, jaillit (et la plus bienfaisante, si on en use et la dirige bien de toutes les fontaines de la région) la source de la plus ancienne race franque; «dans la principauté de Waldeck», vous ne pouvez la faire remonter à aucune plus lointaine; là elle sort de la terre.
«Frankenberg» (burg) sur la rive droite de l'Eder et à dix-neuf milles au nord de Marbourg, clairement indiqué dans la carte numéro 13 de l'Atlas généralde Black, dans lequel le groupe de Montagnes Enchantées qui l'entourent et la vallée de l'Eder, autrement «Engel-Bach», «Ruisseau des Anges» (comme se nomme encore le village situé plus haut dans le vallon) qui rejoint la Fulda, juste au-dessus de Cassel, sont aussi tracés d'une manière intelligible pour des regards mortels qui font un peu attention. Je serais gêné par les noms si j'essayais un dessin; mais quelques traits de plume un peu minutieux ou quelques esquisses que vous feriez vous-même à la main, vous donneraient toutes les sources actuelles du Weser avec une clarté suffisante, ainsi que les villes à se rappeler qui sont sur son cours ou juste au sud sur l'autre pente de la ligne de partage vers le Mein: Frankenberg et Waldeck sur l'Eder, Fulda et Cassel sur la Fulda, Eisenach sur la Werra, qui forme le Weser après avoirpris la Fulda comme épouse (comme le Tees la Greta[92]), au delà d'Eisenach, sous la Wartbourg (dont vous avez entendu parler comme château affecté aux missions chrétiennes, et aux besoins de la Société Biblique). Les rues de la ville sont pavées en dure basalte (son nom—eau de fer—rappelant les armures Thuringiennes de l'ancien temps), elle est encore en pleine activité avec ses moulins qui servent à tout.
25. Les rochers sur tout le chemin depuis le Rhin sont jusque-là des jaillissements et des soulèvements de basalte à travers des roches ferrugineuses, avec un ou deux gisements de charbon vers le nord, ne valant pas, grâce à Dieu, la peine d'être extraits; à Frankenberg même une mine d'or; encore la pitié du ciel veut-elle qu'elle soit assez pauvre en métal; mais du bois et du fer le pays en produit en quantité suffisante si l'on met à l'avoir la peine voulue; et il y a des richesses plus douces à la surface de la terre, du gibier, du blé, des fruits, du lin, du vin, de la laine et du chanvre. Enfin couronnant le tout, le zèle monastique dans les maisons de Fulda et de Walter que je trouve indiquée par une croix comme ayant été bâtie par un certain pieux Walter, chevalier de Meiningen sur le Bodenwasser «eau du fond», c'est-à-dire une eau ayant finalement bien trouvé sa voie vers sa chute (dans le sens où «Boden See» est dit du Rhin descendu de la Via Mala).
26. Et ainsi, ayant bien dégagé des rochers vos sources du Weser, et pour ainsi dire rassemblé lesrênes de votre fleuve, vous pouvez dessiner assez facilement pour votre usage personnel la partie plus éloignée de son cours allant au nord en ligne droite, vers la mer du Nord. Et tracez-le d'un trait énergique sur votre esquisse de la carte d'Europe, après la frontière de la Vistule, laissant de côté l'Elbe pour un temps. Pour le moment, vous pouvez tenir tout l'espace compris entre le Weser et la Vistule (au nord des montagnes) pour sauvage et barbare (Saxon et Goth); mais donnez passage à la source des Francs à Waldeck et vous les verrez graduellement mais rapidement remplir tout l'espace entre le Weser et les Bouches du Rhin et, écumeux dans les montagnes, se répandre en une nappe plus tranquille sur les Pays-Bas, où leur errante vie forestière et pastorale trouve enfin à s'endiguer dans la culture des champs de boue, et oublie dans la brume glacée qui flotte sur la mer l'éclat du soleil sur les rochers de basalte.
27. Sur quoi nous aussi devons-nous arrêter pour nous endiguer quelque peu; et ayant toute autre chose, voir ce que nous pouvons comprendre à ce nom de Francs relativement auquel Gibbon nous dit de son ton le plus doux de sérénité morale satisfaite: «L'amour de la liberté était la passion maîtresse de ces Germains. Ils méritèrent, ils prirent, ils gardèrent l'épithète honorable de Francs, ou hommes libres.» Il ne nous dit pas toutefois en quelle langue de l'époque (Chaucien, Sicambrien, Chamave ou Catte) «Franc» a jamais signifié Libre; et je ne puis moi-même découvrir à quelle langue, de quelque temps que ce soit, ce mot appartient d'abord; mais je ne doute pas que Miss Yonge (Histoire des Noms Chrétiens, articles surFreyetFrank) ne donne la vraie racine quand elle parle de ce qu'elleappelle le «Puissant Germain, «Frang» FreeLord.Nullement un libre homme du peuple, rien de pareil; mais une personne dont la nature et le nom impliquaient l'existence autour de lui et au-dessous de lui d'un nombre considérable d'autres personnes qui n'étaient en rien «Frang» ni Frangs. Son titre est un des plus fiers de ceux qui existaient alors; consacré à la fin par la dignité de l'âge ajoutée à celle de la valeur dans le nom de Seigneur, ou Monseigneur, pas encore dans sa dernière forme cokney de «Mossoo» prise dans une acception tout à fait républicaine!
28. De sorte que, en y réfléchissant bien, la qualité de franchise ne donne que son bord plat dans la signification de «Libre», mais du côté du tranchant et de la pointe, sans aucun doute et en tout temps signifie brave, fort, et honnête, au-dessus des autres hommes[93].
Le vieux peuple du pays de forêts ne fut jamais enaucune méchante acception «libre»; mais dans un sens vraiment humain il fut Franc, pensant ce qu'il disait tout haut, et s'y tenant jusqu'à ce qu'il l'eût réalisé. Prompts et nets dans les paroles et dans l'action, absolument sans peur et toujours sans repos; mais sans loi, indisciplinés par laisser-aller ou prodigues par faiblesse, cela ils ne le sont ni en action ni en paroles. Leur franchise, si vous lisez le mot comme un savant et un chrétien, et non comme un moderne infidèle de demi-culture et n'ayant qu'une moitié de cerveau, ne connaissant de toutes les langues de l'univers que son argot, est, en réalité, opposée non à servitude, mais à timidité[94].
C'est aujourd'hui la marque de ce qu'il y a de plus doux et de plus français dans le caractère français qu'il produit des serviteurs qui sont tout bonnement parfaits. Infatigablement attachés à leurs protecteurs, dans une douce adresse à tout faire, sous une tutelle latente; les plus aimablement utiles des valets, les plus gentilles (de mentalité et de personnalité tout à fait bonnes) des bonnes. Mais à aucun degré, ne seront intimidés par vous. Vous aurez beau être le duc ou la duchesse de Montaltissimo vous ne les verrez pas troublés par votre rang élevé. Ils entameront la conversation avec vous s'ils en ont envie.
29. Les meilleurs des serviteurs; les meilleurs des sujets aussi quand ils ont un roi, ou un comte, ou un chef, franc aussi, pour les conduire; ce dont nous verrons la preuve en temps voulu; mais, en ce moment, notez encore ceci, quelque éclat accessoire de la chose appelée par eux dans la suite Liberté que puisse suggérer le nom Frank, vous devez dès maintenant, et toujours dans l'avenir, vous garder de confondre leurs Libertés avec leur Puissance d'agir. Ce que l'attitude de l'armée peut être vis-à-vis de son chef est une question; si chef ou armée peut se tenir en repos six mois, une autre et toute différente. Il leur faut toujours combattre quelqu'un ou aller quelque part, la vie ne leur paraît pas valoir sans cela la peine d'être vécue; et cette activité, cet éclat et cet éclair de vif-argent qui brille à la fois ici et là, qui dans son essence n'est l'amour ni de la guerre ni de la rapine, mais seulement le besoin de changer de place et d'humeur (pour ainsi dire de modes et de temps—et d'intensité)—chez des gens qui ne veulent jamais laisser reposer leurs éperons mais les ont toujours brillants etaux pieds, et aiment mieux jeûner à cheval que festoyer au repos, cette peur enfantine d'être mis dans le coin, et ce besoin continuel d'avoir quelque chose à faire, tout cela doit être considéré par nous avec une sympathie étonnée dans toutes ses conséquences quelquefois éblouissantes, mais trop souvent malheureuses et désastreuses pour la nation elle-même aussi bien que pour ses voisins.
30. Et cette activité que nous, lourds mangeurs de bœufs que nous sommes, nous avions l'habitude, avant que la science moderne nous eût enseigné que nous n'étions nous-mêmes rien de mieux que des babouins, de comparer discourtoisement à celle des tribus plus vives des singes, fit en réalité une si grande impression sur les Hollandais (quand pour la première fois l'irrigation franque donna quelque mouvement et quelque courant à leurs marais) que les plus anciennes armoiries dans lesquelles nous trouvions un blason rappelant la puissance franque, paraissent avoir été l'œuvre d'un Hollandais qui voulait en donner une représentation dédaigneusement satirique.
«Car, dit un très ingénieux historien, M. André Favine, «Parisien et avocat à la Haute-Cour du Parlement français en l'an 1626», ces peuples qui bordaient la Sala appelés «Salts» par les Allemagnes, furent à leur descente dans les pays hollandais appelés par les Romains «Francs Saliques» (d'où la future loi «Salique», remarquez-le) et par abréviation «Salii», apparemment du verbesalire, c'est-à-dire «saulter», «sauter» (et dans l'avenir par conséquent dûment aussi danser—d'une manière incomparable), être «vif et agile du pied, bien sauter et monter, qualités tout particulièrement requises chez ceux qui habitent des lieuxhumides et marécageux. Aussi pendant que tels des Français comme ceux qui habitaient sur le bras principal du fleuve (Rhin) étaient nommés «Nageurs» (Swimmers), ceux des marais étaient appelés «Saulteurs» (Leapers); c'était un sobriquet donné aux Français en raison et de leur disposition naturelle et de leur résidence; et encore aujourd'hui, leurs ennemis les appellent les Crapauds Français (ou Grenouilles plus exactement), d'où est venue la fable que leurs anciens rois portaient de telles créatures dans leurs armes.»
31. Sans aborder en ce moment la question de savoir si c'est une fable ou non, vous vous rappellerez aisément l'épithète «Salien», caractérisant les gens qui sautent les fossés, traversent les fleuves à la nage, si bien que, comme nous l'avons dit précédemment, toute la longueur du Rhin dut être refortifiée contre eux, épithète toutefois, où il paraît à l'origine y avoir un certain Sel délicat, de sorte que nous pouvons justement, comme nous appelons «vieux Salés» nos marins endurcis, songer à ces Francs plus brillants, plus étincelants, comme à de «Jeunes Salés»; mais les Romains joueront en quelque sorte sur le mot, et dans leur respect naturel pour la flamme martiale et «l'élan» de ces Franks, ils en feront «Salii exsudantes[95]» du nom même de leurs propres prêtres armés qui les suivaient à la guerre.
Allant jusqu'à une dérivation un peu plus lointaine mais subtile, nous pouvons considérer ce premier «Saillant» comme un promontoire en bec d'aigle sur la France que nous connaissons, vers ce que nous appelons aujourd'hui la France; et à jamais dans sa brillante élasticité de tempérament, une nation à sauts et saillies, nous fournissant à nous Anglais, car nous pouvons risquer pour cette fois ce peu d'érudition héraldique, leur «Léopard» (non comme une créature mouchetée et tachetée, mais naturellement élancée et bondissante) pour nos écussons royaux et princiers.