Chapter 6

En voilà assez sur leur nom de «Salien», mais de l'interprétation de la Franchise nous sommes aussi loin que jamais, et il faut nous contenter cependant d'en rester là, en notant toutefois deux idées liées dans la suite à ce nom, qui sont pour nous d'une très grande importance de définition.

32. «Le poète français dans les premiers livres de sa Franciade, dit M. Favine» (mais quel poète, je ne sais, ni ne puis me renseigner là-dessus)[96]«raconte»[97](dans le sens de écartèle, ou peint comme fait un héraldiste) «certaines fables sur le nomdes Français pour lequel on aurait adopté et réuni deux mots gaulois ensemble, Phere-Encos qui signifie «Porte-Lance» (Brandit-Lance, pourrions-nous peut-être nous risquer à traduire), une arme plus légère que la pique commençant ici à s'agiter dans les mains de leur chevalerie et Fere-Encos devenant assez vite dans le langage parlé «Francos»;—une dérivation certes à ne pas accepter, mais à cause de l'idée qu'elle donne de l'arme elle vaut qu'on y prête attention de même qu'à la suivante: parmi les armes des anciens Français, au-dessus et à côté de la lance, il y avait la hache d'arme qu'ils appelaient anchon, et qui existe encore aujourd'hui dans beaucoup de provinces de France où on l'appelle un achon; ils s'en aidaient à la guerre en le jetant au loin sur l'ennemi dans le seul but de le mettre à découvert et pour fendre son bouclier. Cetachonétait dardé avec une telle violence qu'il pourfendait le bouclier, forçait son possesseur à abaisser le bras et ainsi le laissait découvert et désarmé et permettait de le surprendre plus facilement et plus vite. Il paraît que cette arme était proprement et spécialement l'arme du soldat français, aussi bien à pied qu'à cheval. Pour cette raison, on l'appelaitFranciscus.Francisca,securis oblonga, quam Franci librabant in hostes.Car le cavalier, outre son bouclier et sa francisca (arme commune, comme nous l'avons dit, au fantassin et au cavalier), avait aussi la lance; lorsqu'elle était brisée et ne pouvait plus servir, il portait la main sur sa francisca, sur l'usage de laquelle nous renseigne l'archevêque de Tours, dans son second livre, chapitre XXVII.»

33. Il est agréable de voir avec quel respect les leçons de l'archevêque de Tours étaient écoutées parles chevaliers français, et curieux de noter la préférence des meilleurs d'entre eux à user de la francisca, non seulement aux temps de Cœur de Lion, mais même aux jours de Poitiers. Dans le dernier engagement de cette bataille aux portes de Poitiers: «Là, fit le roi Jehan de sa main merveilles d'armes, et tenait une hache de guerre dont bien se dépendait et combattait, si la quartre partie de ses gens luy eussent ressemblé, la journée eust été pour eux.» Plus remarquable encore à ce point de vue est l'épisode du combat que Froissart s'arrête pour nous dire avant de commencer son récit, et qui met aux prises le Sire de Verclef (sur la Severn) et l'écuyer Picard Jean de Helennes; l'Anglais perdant son sabre descend pour le reprendre; sur quoi Helennes luijettele sien avec un tel visé et une telle force «qu'il accousuit l'Anglais es cuisses, tellement que l'épée entre dedans et le cousit tout parmi, jusqu'au hans».

Là-dessus, le chevalier se rendant, l'écuyer bande sa plaie, et le soigne, restant quinze jours «pour l'amour de lui», à Châtellerault, tant que sa vie fut en danger, et ensuite lui faisant faire toute la route en litière jusqu'à son propre château de Picardie. Sa rançon est de 6.000 nobles. Je pense environ 25.000 livres de notre valeur actuelle et vous pouvez tenir pour un signe particulièrement fatal du proche déclin des temps de la chevalerie ce fait que «devint celuy Escuyer, chevalier, pour le grand profit qu'il eut du Seigneur de Verclef».

Je reviens volontiers à l'aube de la chevalerie, alors qu'heure par heure, année par année, les hommes devenaient plus doux et plus sages, alors que même au travers des pires cruautés et des pires erreurs on pouvait voir les qualités natives de la caste la plus nobles'affirmer d'abord, en vertu d'un principe inné, se soumettre ensuite en vue des tâches futures.

34. Les deux principales armes, voilà tout ce que nous connaissons jusqu'ici du Franc salien; pourtant sa silhouette commence à se dessiner pour nous dans le brouillard du Brocken, portant la lance légère qui deviendra le javelot; mais la hache, son arme de bûcheron, est lourde;—pour des raisons économiques, comme la rareté du fer, c'est l'arme préférable à toutes, donnant la plus grande force d'impulsion et la plus grande puissance de choc avec la plus petite quantité de métal, et le travail de forge le plus sommaire. Gibbon leur donne aussi une «pesante» épée, suspendue à un «large» ceinturon; mais les épithètes de Gibbon sont toujours données gratis[98], et l'épée à ceinturon, quelle que fut sa mesure, était probablement destinée aux chefs seulement; le ceinturon, lui-même en or, celui-là même qui distinguait les comtes romains et sans aucun doute adopté, à leur exemple, par les chefs francs alliés; prenant par la suite la signification symbolique que lui donne saint Paul[99]de ceinturon de vérité; enfin, l'emblème principal de l'Ordre de la Chevalerie.

35. Le bouclier pour tous était rond, se maniant comme le bouclier d'un highlander: armure qui probablement n'était rien que du cuir fortement tanné, ou du chanvre patiemment et solidement tricoté: «Leur costume collant», dit M. Gibbon, «figurait exactement la forme de leurs membres», mais «costume» est seulement une expression Miltono-Gibbonienne pour signifier «personne sait quoi». Il est plus intelligible en ce qui concerne leurs personnes. «La stature élevée des Francs, leurs yeux bleus, dénotaient une origine germanique; les belliqueux barbares étaient formés dès leur première jeunesse à courir, sauter, nager, lancer le javelot et la hache d'armes sans manquer le but, à marcher sans hésitation contre un ennemi supérieur en nombre, et à garder dans la vie ou la mort la réputation d'invincibles qui était celle de leurs ancêtres» (VI, 93). Pour la première fois, en 358, épouvanté par la victoire de l'empereur Julien à Strasbourg, et assiégé par lui sur la Meuse, un corps de six cents Francs «méconnut l'ancienne loi qui leur ordonnait de vaincre ou de mourir». «Bien que l'espoir de la rapine eût pour les entraîner une force extrême, ils professaient un amour désintéressé de la guerre qu'ils considéraient comme le suprême honneur et la suprême félicité de la nature humaine, et leurs esprits et leurs corps étaient si endurcis par une activité perpétuelle, que selon la vivante expression d'un orateur, les neiges de l'hiver étaient aussi agréables pour eux que les fleurs du printemps» (III, 220).

36. Ces vertus morales et corporelles ou cet endurcissement étaient probablement universels dans les rangs militaires de la nation; mais nous apprendrons tout à l'heure avec surprise, d'un peuple si remarquablement«libre» que seuls le Roi et la famille royale y pouvaient porter leur chevelure comme il leur plaisait. Les rois portaient la leur en boucles flottantes sur le closet les épaules, les reines en tresses ondulantes jusqu'à leurs pieds, mais tout le reste de la nation était obligé par la loi ou l'usage de se raser la partie postérieure de la tête, de porter ses cheveux courts sur le front, et de se contenter de l'ornement de deux petites whiskers[100].

37. Moustaches, veut dire M. Gibbon j'imagine, et je me permets de supposer aussi que les nobles et leurs femmes pouvaient porter leurs tresses et leurs boucles comme il leur convenait. Mais, de nouveau, il nous ouvre un jour inattendu et gênant sur les institutions démocratiques des Francs en nous apprenant «que les différents commerces, les travaux de l'agriculture et les arts de la chasse et de la pêche étaientexercéspar des mainsservilespour unsalairedu souverain».

«Servile et salaire» toutefois, quoiqu'ils donnent d'abord l'idée terrible d'un ordre de choses injuste ne sont que les expressions Miltono-Gibboniennes du fait général que les rois francs avaient des laboureurs dans leurs champs, employaient des tisserands et des forgerons pour faire leurs vêtements et leurs épées, chassaient avec des veneurs, au faucon avec des fauconniers,et étaient sous les autres rapports tyranniques dans la proportion où peut l'être un grand propriétaire de terres anglais. «Le château des rois à longs cheveux était entouré de cours commodes et d'écuries pour la volaille et le bétail, le jardin était planté de légumes utiles, les magasins remplis de blé, de vins, soit pour la vente, soit pour la consommation, et toute l'administration, conduite dans les règles les plus strictes de l'économie privée.»

38. J'ai rassemblé ces remarques souvent incomplètes et pas toujours très consistantes, de l'aspect et du caractère des Francs, extraites des références de M. Gibbon, pendant une période de plus de deux siècles,—et le dernier passage cité,—qu'il accompagne de la constatation que «cent-soixante de ces palais ruraux étaient disséminés à travers les provinces de leur royaume», sans nous dire quel royaume, ou à quelle époque,—doit être tenu pour descriptif des coutumes et du système général de leur monarchie après les victoires de Clovis. Mais dès la première heure où vous entendrez parler de lui, le Franc, à le bien considérer, est toujours un personnage extrêmement ingénieux, bien intentionné et industrieux; s'il est impatient d'acquérir, il sait aussi intelligemment conserver et édifier; il y a là tout un don d'ordonnance et de claire architecture qui trouvera un jour sa suprême expression dans les bas-côtés d'Amiens; et des choses en tout genre sans rivales et qui eussent été indestructibles si ceux qui vécurent au milieu d'elles avaient eu même force de cœur que ceux qui les avaient construites bien des années auparavant[101].

39. Mais pour le moment il nous faut revenir sur nos pas, car dernièrement, relisant quelques-uns de mes livres pour une édition revue et corrigée, j'ai remarqué et non sans remords, que toutes les fois que dans un paragraphe ou un chapitre je promets pour le chapitre suivant un examen attentif de quelque point particulier le paragraphe suivant n'a trait en quoi que ce soit au point promis, mais ne manque pas de s'attacher passionnément à quelque point antithétique, antipathique ou antipodique, dans l'hémisphère opposé; je trouve cette façon de composer un livre extrêmement favorable à l'impartialité et la largeur des vues; mais je puis concevoir qu'elle doit être pour le commun des lecteurs non seulement décevante (si je puis vraiment me flatter d'intéresser jamais suffisamment pour décevoir) mais mêmecapable de confirmer dans son esprit quelques-unes des insinuations fallacieuses et absolument absurdes de critiques hostiles, concernant mon inconsistance, mes vacillations, et ma facilité à être influencé par les changements de température dans mes principes ou dans mes opinions. Aussi je me propose dans ces esquisses historiques, pour le moins de me surveiller, et j'espère de me corriger en partie de ce travers de manquer à mes promesses, et, dût-il en coûter aux flux et reflux variés de mon humeur, de dire dans une certaine mesure en chaque chapitre ce que le lecteur à le droit de compter qui y sera dit.

40. J'ai abandonné dans mon chapitre Ieraprès y avoir jeté un simple coup d'œil, l'histoire du vase de Soissons. On peut la trouver (et c'est bien à peu près la seule chose que l'on y puisse trouver concernant la vie ou le caractère individuel du premier Louis) dans toute histoire de France populaire à bon marché avec sa moralité populaire à bon marché imprimée à la suite. Si j'avais le temps de remonter à ses premières sources, peut-être prendrait-elle un autre aspect. Mais je vous la donne telle qu'on peut la trouver partout en vous demandant seulement d'examiner si—même lue ainsi—elle ne peut pas porter en elle une signification quelque peu différente.

41. L'histoire dit donc que, après la bataille de Soissons, dans le partage des dépouilles romaines ou gauloises, le roi revendiqua un vase d'argent d'un superbe travail pour—«lui», étais-je sur le point d'écrire,—et dans mon dernier chapitre, j'ai inexactementsupposéqu'il le voulait pour son meilleur lui-même, sa reine. Mais il ne le voulait ni pour l'un ni pour l'autre, c'était pour le rendre à saint Rémi, afin qu'il pût resterparmi les trésors consacrés à Reims. Ceci est le premier point sur lequel les historiens populaires n'insistent pas, et qu'un de ses guerriers qui réclama l'égal partage du trésor préféra aussi ignorer. Le vase était demandé par le roi en supplément de sa propre part et les chevaliers francs tout en rendant fidèle obéissance à leur roi comme chef n'avaient pas la moindre intention de lui accorder ce que des rois plus modernes appellent des taxes «régaliennes» prélevées sur tout ce qu'ils touchent. Et un de ces chevaliers ou comtes francs, un peu plus franc que les autres et aussi incrédule à la sainteté de saint Rémi qu'un évêque protestant ou un philosophe positiviste, prit sur lui de discuter la prétention du roi et de l'Église, à la façon, supposez, d'une opposition libérale à la Chambre des Communes; et la discuta avec une telle confiance d'être soutenu par l'opinion publique du Vesiècle, que le roi persistant dans sa requête le soldat sans peur mit le vase en pièces avec sa hache de guerre en s'écriant: «Tu n'auras pas plus que ta part de butin.»

42. C'est la première et nette affirmation de la «Liberté, Fraternité et Égalité» françaises, soutenue alors comme maintenant par la destruction qui est la seule manifestation artistique active possible à des personnages «libres», incapables de rien créer.

Le roi ne donna pas suite à la querelle. Les poltrons penseront qu'il en resta là par poltronnerie, et les méchants par méchanceté. Il est certain, en tous cas c'est fort à croire, qu'il en resta là; mais il attendit son heure; ce que la colère d'un homme fort peut toujours, ainsi que s'échauffer plus ardemment dans l'attente, et c'est une des principales raisons pourquoi on enseigne aux chrétiens de ne pas laisser le soleil se coucher surelle[102]. Précepte auquel les chrétiens de nos jours sont parfaitement prêts à obéir si c'est quelqu'un d'autre qui a été offensé, et en effet dans ce cas la difficulté est habituellement de les faire penser à l'injure, même dans la minute où le soleil n'est pas encore couché sur leur indignation[103].

43. La suite est vraiment choquante pour la sensibilité moderne. Je la donne dans le langage sinon poli du moins délicatement verni de l'histoire illustrée.

«Environ un an après, passant la revue de ses troupes, il alla à l'homme qui avait brisé le vase, et,examinant ses armes, se plaignitqu'ellesfussent en mauvais état!» (l'italique est de moi) et «les jeta» (Quoi? le bouclier et l'épée?) «à terre». Le soldat se baissa pour les ramasser et à ce moment le roi le frappa à la tête de sa hache de guerre en s'écriant: «Ainsi fis-tu au vase de Soissons.» L'historien moral moderne ajoute cette remarque que: «Ceci comme document sur l'état des Francs et les liens par lesquels ils étaient unis ne donne que l'idée d'une bande de voleurs et de leur chef.» Ce qui est en effet autant que je puis moi-même pénétrer et déchiffrer la nature des choses l'idée première à concevoir relativement à la plupart des organisations royales et militaires dans ce monde jusqu'à nos jours (à moins par hasard que ce ne soient les Afghans et les Zoulous qui volent nos propres terres en Angleterre au lieu de nous les leurs dans leurs pays respectifs). Mais en ce qui regarde la manière dont fut accomplie cette exécution militaire type, jedois pour le moment demander au lecteur la permission de rechercher avec lui, s'il est moins royal, ou plus cruel de frapper un soldat insolent sur la tête avec sa hache d'armes à soi, que de frapper une personne telle que Sir Thomas More[104]sur le cou avec celle d'un exécuteur, ayant recours au fonctionnement mécanique—comme serait celui du couperet, de la guillotine ou de la corde, pour donner le coup de grâce—des formes accommodantes de la loi nationale et de l'intervention gracieusement mêlée d'un groupe élégant de nobles et d'évêques.

44. Il y a des choses bien plus noires à dire de Clovis que celle-ci, alors que sa vie fière tirait vers sa fin, des choses qui vous seraient racontées dans toute leur vérité, si aucun de nous pouvait voir clair dans la noirceur. Mais nous ne pouvons jamais savoir la vérité sur le péché; car sa nature est de tromper également le pécheur d'une part, et le juge de l'autre. Diabolique, nous trompant si nous y succombons, ou le condamnons; voici à ce sujet les facéties de Gibbon si vous vous en souciez; mais j'extrais d'abord des paragraphes confus qui y amènent, des phrases de louange que le sage de Lausanne n'accorde pas d'ordinaire aussi généreusement qu'en cette circonstance à ceux de ses héros qui ont confessé la puissance du christianisme.

45. «Clovis n'avait pas plus de quinze ans, quand, par la mort de son père, il lui succéda comme chef de la tribu salienne. Les limites étroites de son royaume s'arrêtaient à l'île des Bataves, avec les anciens diocèsesde Tournay et Arras; et au baptême de Clovis le nombre de ses guerriers ne pouvait pas excéder 5.000. Les tribus de même race que les Francs qui s'étaient installées le long de l'Escaut, de la Meuse, de la Moselle et du Rhin, étaient gouvernées par leurs rois autonomes de race mérovingienne, les égaux et les alliés, et quelquefois les ennemis, du prince salique. Quand il avait commencé la campagne, il n'avait ni or ni argent dans ses coffres, ni vin ni blé dans ses magasins; mais il imita l'exemple de César qui dans le même pays s'était enrichi à la pointe de l'épée, et avait acheté des mercenaires avec les fruits de la conquête.

«L'esprit indompté des Barbares apprit à reconnaître les avantages d'une discipline régulière. À la revue annuelle du mois de Mars, leurs armes étaient exactement inspectées; et, quand ils traversaient un territoire pacifique, il leur était défendu de toucher à un brin d'herbe. La justice de Clovis était inexorable; et ceux de ses soldats qui se montraient insouciants ou désobéissants étaient à l'instant punis de mort. Il serait superflu de louer la valeur d'un Franc; mais la valeur de Clovis était gouvernée par une prudence froide et consommée. Dans toutes ses relations avec les hommes il faisait la balance entre le poids de l'intérêt, de la passion et de l'opinion; et ses mesures étaient tantôt en harmonie avec les usages sanguinaires des Germains, tantôt modérées par le génie plus doux de Rome et du christianisme.

46. «Mais le farouche conquérant de la Gaule était incapable de discuter la valeur des preuves d'une religion qui repose sur l'investigation laborieuse du témoignage historique et sur la théologie spéculative. Il était encore plus incapable de ressentir la douce influencede l'Évangile qui persuade et purifie le cœur d'un véritable converti. Son règne ambitieux fut une violation perpétuelle des devoirs moraux et chrétiens: ses mains furent tachées de sang dans la paix comme dans la guerre; et, dès que Clovis se fût débarrassé d'un synode de l'Église Gallicane, il assassina avec tranquillité tous les princes de la race mérovingienne.»

47. C'est trop vrai[105]; mais d'abord c'est de la rhétorique—car nous aurions besoin qu'on nous dise combien étaient tous les princes—en second lieu nous devons remarquer qu'en admettant que Clovis ait à un degré quelconque «étudié les Écritures» telles qu'elles étaient présentées au monde occidental par saint Jérôme, il était à présumer que lui, roi-soldat, penserait davantage à la mission de Josué[106]et de Jéhu qu'à la patiencedu Christ, dont il songeait plutôt à venger qu'à imiter la passion; et la crainte que les autres rois francs lui succèdent, ou par envie du vaste royaume qu'il avait agrandi l'attaquent et le détrônent, pouvait facilement lui apparaître comme inspirée non par un danger personnel, mais par le retour possible de la nation tout entière à l'idolâtrie. De plus, dans les derniers temps, sa foi dans la protection divine accordée à sa cause avait été ébranlée par la défaite que les Ostrogoths lui avaient infligée devant Arles, et le léopard franc n'avait pas assez complètement perdu ses taches[107]pour abandonner à un ennemi l'occasion du premier bond.

48. Pour en finir, et nous plaçant au-dessus de ces questions de personnes, les diverses formes de la cruauté et de la ruse—la première, remarquez-le, provenant beaucoup d'un mépris de la souffrance qui était une condition d'honneur pour les femmes aussi bien que pour les hommes,—sont dans ces races barbares toujours fondées sur leur amour de la gloire dans la guerre; ce qui ne peut être compris qu'en se rapportant à ce qui reste de ces mêmes caractères dans les castes les plus élevées des Indiens de l'Amérique du Nord; et, avant d'exposer clairement pour finir les événementscertains du règne de Clovis jusqu'à la fin, le lecteur fera bien d'apprendre cette liste des personnages du grand Drame, en prenant à cœur la signification du nom de chacun, à cause à la fois de son influence probable sur l'esprit de celui qui le portait, et comme une expression fatale de l'ensemble de ses actes et de leurs conséquences pour les générations futures.

I. CLOVIS.—En forme franque, Hluodoveh[108]. «Glorieuse sainteté» ou sacre. En latinChlodovisus, quand il fut baptisé par saint Remi, s'adoucissant à travers les siècles enLhodovisus, Ludovicus, Louis.

II. ALBOFLEDA.—«Blanche fée domestique?» Sa plus jeune sœur épouse Théodoric («Theudreich», le maître du peuple), le grand roi des Ostrogoths.

III. CLOTILDE.—Hlod-hilda, «Glorieuse vierge de batailles». Sa femme. «Hilda» signifiant d'abord bataille, pure; et devenant ensuite Reine ou vierge de bataille. Christianisée en sainte Clotilde en France et sainte Hilda du rocher de Whitby.

III. CLOTILDE.—Sa seule fille, morte pour la foi catholique, sous la persécution arienne.

IV. CHILDEBERT, l'aîné des fils qu'il eut de Clotilde, le premier roi franc à Paris. «Splendeur des Batailles», s'adoucissant en Hildebert, et ensuite Hildebrant comme dans les Nibelung.

V. CHLODOMIR.—«Glorieuse Renommée». Son second fils du lit de Clotilde.

VI. CLOTAIRE.—Son plus jeune fils du lit de Clotilde;de fait le destructeur de la maison de son père. «Glorieux guerrier».

VII. CHLODOWALD.—Le plus jeune fils de Chlodomir. «Glorieux Pouvoir», plus tard, saint Cloud.

49. Je suivrai maintenant sans plus de détours, à travers sa lumière et son ombre, la suite du règne de Clovis et de ses actes.

A. D. 481.—Couronné quand il n'avait que quinze ans. Cinq ans après il provoque «dans l'esprit et presque dans le langage de la chevalerie «le gouverneur romain Syagrius, qui se maintenait dans le district de Reims et de Soissons:Campum sibi præparari jussit, il provoqua son adversaire comme en champ clos» (Voyez la note et la référence de Gibbon, chap. XXXVIII). L'abbaye bénédictine de Nogent fut dans la suite bâtie sur le champ de bataille indiqué par un cercle de sépulcres païens. «Clovis donne les terres adjacentes de Leuilly et Coucy à l'église de Reims[109].»

A. D. 485.—La bataille de Soissons. Gibbon n'en donne pas la date: suit la mort de Syagrius à la cour d'Alaric (le Jeune) en 486, prenez 485 pour la bataille.

30. A. D. 493.—Je ne puis trouver aucun récit des relations de Clovis avec le roi des Burgondes, l'oncle de Clotilde, qui précédèrent ses fiançailles avec la princesse orpheline. Son oncle, disent tous les historiens, avait tué son père et sa mère et forcé sa sœur à prendre le voile. On ne donne aucun motif, et on ne cite aucune source. Clotilde elle-même fut poursuivie comme ellefaisait route pour la France[110]et la litière dans laquelle elle voyageait capturée avec une partie de sa dot. Mais la princesse elle-même monta à cheval, se dirigea avec une partie de son escorte vers la France, «ordonnant à ses serviteurs de mettre le feu à toute chose appartenantà son oncle et à ses sujets qu'ils pourraient rencontrer sur la route».

51. Le fait n'est pas raconté, habituellement, dans les dicts ou les actes des saints; mais punir les rois en détruisant les propriétés de leurs sujets est un usage de guerre trop accepté aujourd'hui pour permettre à notre indignation d'être bien vive contre Clotilde qui agissait sous l'empire de la douleur et de la colère. Les années de sa jeunesse ne nous sont pas racontées: Clovis avait déjà vingt-sept ans et avait pendant trois ans maintenu la foi de ses ancêtres contre toute l'influence de sa reine.

52. A. D. 496.—Je n'ai pas dans le chapitre du début attaché tout à fait assez d'importance à la bataille de Tolbiac, m'en occupant simplement en tant qu'elle obligeait les Alamans à repasser le Rhin, et établissait la puissance des Francs sur sa rive occidentale. Mais des résultats infiniment plus vastes sont indiqués dans la courte phrase par laquelle Gibbon clôt son récit de la bataille. «Après la conquête des provinces de l'ouest, les Francsseulsgardèrent leurs anciennes possessions d'au delà du Rhin. Ils soumirent etcivilisèrentgraduellement les peuples dont ils avaient brisé la résistance jusqu'à l'Elbe et aux montagnes de Bohème; et lapaix de l'Europefut assurée par la soumission de la Germanie.»

53. Car, dans le sud, Théodoric avait déjà «remis le sabre au fourreau dans l'orgueil de sa victoire et la vigueur de son âge et son règne qui continue pendant trente-trois ans fut consacré aux devoirs du gouvernement civil». Même quand son beau-fils Alaric périt de la main de Clovis à la bataille de Poitiers, Théodoric se contenta d'arrêter la puissance des Francs à Arles,sans poursuivre son succès, et de protéger son petit-fils en bas-âge, corrigeant en même temps certains abus dans le gouvernement civil de l'Espagne. En sorte que la souveraineté bienfaisante du grand Goth fut établie de la Sicile au Danube et de Sirmium à l'Océan Atlantique.

54. Ainsi donc, à la fin du Vesiècle, vous avez une Europe divisée simplement par la ligne de partage de ses eaux; et deux rois chrétiens[111]régnant, avec un pouvoir entièrement bienfaisant et sain—l'un au nord—l'autre au sud—le plus puissant et le plus digne des deux mariés à la plus jeune sœur de l'autre: une sainte reine au nord, une reine-mère catholique, pieuse et sincère, au sud. C'est là une conjonction de circonstances assez mémorable dans l'histoire de la terre et certes à méditer, si jamais dans le tourbillon de vos voyages, ô lecteur, vous pouvez vous séparer pour une heure du bétail parqué qu'on pousse sur le Rhin ou l'Adige et vous promener en paix, passé la porte sud de Cologne, ou sur le pont de Fra-Giacondo à Vérone.—Alors, arrêtez-vous et regardez dans l'air limpide au delà du champ de bataille de Tolbiac, vers le bleu Drachenfels, ou, par la plaine de St-Ambrogio vers les montagnes de Garde. Car là furent remportées si vous voulez y penser sérieusement, les deux grandes victoires du monde chrétien. Celle de Constantin donna seulement une autre forme et une nouvelle couleur aux murs tombants de Rome; mais les races Franque et Gothique, par ces conquêtes et sous ces gouvernements, fondèrent les arts et établirent les lois qui donnèrent à toute l'Europe future sa joie et savertu. Et il est charmant de voir comment, d'aussi bonne heure, la chevalerie féodale avait déjà sa vie liée à la noblesse de la femme.

Il n'y eut pas d'apparition à Tolbiac et la tradition n'a pas prétendu depuis qu'il y en ait eu. Le roi pria simplement le Dieu de Clotilde. Le matin de la bataille de Vérone, Théodoric visita la tente de sa mère et de sa sœur «et demanda que pour la fête la plus brillante de sa vie, elles le parassent des riches vêtements qu'elles avaient faits de leurs propres mains».

55. Mais sur Clovis s'étendit encore une autre influence—plus grande que celle de sa reine. Lorsque son royaume atteignit la Loire, la bergère de Nanterre était déjà âgée;—elle n'était ni une vierge porte-flambeau des batailles, comme Clotilde, ni un guide chevaleresque de délivrance comme Jeanne; elle avait blanchi dans la douceur de la sagesse et était maintenant «pleine de plus en plus d'une lumière cristalline». Le père de Clovis l'avait connue; lui-même en avait fait son amie, et quand il quitta Paris pour la plaine de Poitiers, il fit le vœu que, s'il était victorieux, il bâtirait une église chrétienne sur les collines de la Seine. Il revint victorieux et, avec sainte Geneviève à son côté, s'arrêta sur l'emplacement des ruines des Thermes Romains, juste au-dessus de l'«Ile» de Paris, pour accomplir son vœu: et pour déterminer les limites des fondations de la première église métropolitaine de la Chrétienté franque[112].

Le roi donne le branle à sa hache de guerre et lalança de toute sa force.—Mesurant ainsi dans son vol la place de son propre tombeau, et de celui de Clotilde, et de sainte Geneviève.

«Là ils reposèrent et reposent,—en âme,—ensemble. La colline tout entière porte encore le nom de la patronne de Paris; une petite rue obscure a gardé celui du Roi Conquérant.»

[81]Sur saint Benoît, voir dansVerona and other lecturesles deux chapitres qui devaient faire partie deNos pères nous ont dit, dans le VIevolumeValle Crucis, sur l'Angleterre. Et notamment les pages 124-128 de Verona.—(Note du Traducteur.)

[81]Sur saint Benoît, voir dansVerona and other lecturesles deux chapitres qui devaient faire partie deNos pères nous ont dit, dans le VIevolumeValle Crucis, sur l'Angleterre. Et notamment les pages 124-128 de Verona.—(Note du Traducteur.)

[82]Personnage des romans chevaleresques, introduit par Tennyson dansIdylles du roi.—(Note du Traducteur.)

[82]Personnage des romans chevaleresques, introduit par Tennyson dansIdylles du roi.—(Note du Traducteur.)

[83]Miss Ingelow.—(Note de l'Auteur.)

[83]Miss Ingelow.—(Note de l'Auteur.)

[84]Après enquête je trouve dans la plaine entre Paris et Sèvres.—(Note de l'Auteur.)

[84]Après enquête je trouve dans la plaine entre Paris et Sèvres.—(Note de l'Auteur.)

[85]On les montrerait encore à Nanterre sous les noms de Parc de Sainte-Geneviève et de Clos de Sainte-Geneviève (abbé Vidieu, Sainte Geneviève,patronne de Paris).—(Note du Traducteur.)

[85]On les montrerait encore à Nanterre sous les noms de Parc de Sainte-Geneviève et de Clos de Sainte-Geneviève (abbé Vidieu, Sainte Geneviève,patronne de Paris).—(Note du Traducteur.)

[86]Allusion à Michée, IV, 8.—(Note du Traducteur.)

[86]Allusion à Michée, IV, 8.—(Note du Traducteur.)

[87]Voyez, d'une manière générale, toutes les descriptions que Carlyle a eu occasion de donner de la terre prussienne et polonaise, ou de l'extrémité des rivages de la Baltique.—(Note de l'Auteur.)

[87]Voyez, d'une manière générale, toutes les descriptions que Carlyle a eu occasion de donner de la terre prussienne et polonaise, ou de l'extrémité des rivages de la Baltique.—(Note de l'Auteur.)

[88]Gigantesque—et pas encore fossile! Voyez la note de Gibbon sur la mort de Théodebert: «le roi pointa sa lance—le taureaurenversa un arbre sur sa tête—il mourut le même jour» (VII, 255). La corne d'Uri et son bouclier surmonté des hauts panaches du casque allemand attestent la terreur qu'inspiraient ces troupeaux d'aurochs.—(Note de l'Auteur.)

[88]Gigantesque—et pas encore fossile! Voyez la note de Gibbon sur la mort de Théodebert: «le roi pointa sa lance—le taureaurenversa un arbre sur sa tête—il mourut le même jour» (VII, 255). La corne d'Uri et son bouclier surmonté des hauts panaches du casque allemand attestent la terreur qu'inspiraient ces troupeaux d'aurochs.—(Note de l'Auteur.)

[89]Claudius, Aurélien, Probus, Constantius; et après le partage de l'empire, à l'est Justinien. «L'empereur Justinien était né d'une obscure race de barbares, les habitants d'un pays sauvage et désolé, auquel les noms de Dardanie, de Dacie, et de Bulgarie ont été successivement appliqués. Les noms de ces paysans Dardaniens sont goths, et presque anglais, Justinien est une traduction de Uprauder (upright); son père Sabatius (en langue greco-barbare, Stipes) était appelé dans son village «Istock» (Stock). (Gibbon, commencement du chap. XI et note.)—(Note de l'Auteur.)

[89]Claudius, Aurélien, Probus, Constantius; et après le partage de l'empire, à l'est Justinien. «L'empereur Justinien était né d'une obscure race de barbares, les habitants d'un pays sauvage et désolé, auquel les noms de Dardanie, de Dacie, et de Bulgarie ont été successivement appliqués. Les noms de ces paysans Dardaniens sont goths, et presque anglais, Justinien est une traduction de Uprauder (upright); son père Sabatius (en langue greco-barbare, Stipes) était appelé dans son village «Istock» (Stock). (Gibbon, commencement du chap. XI et note.)—(Note de l'Auteur.)

[90]Personnage de l'Antiquaire.—(Note du Traducteur.)

[90]Personnage de l'Antiquaire.—(Note du Traducteur.)

[91]Voir leChilde Haroldde Byron.—(Note du Traducteur.)

[91]Voir leChilde Haroldde Byron.—(Note du Traducteur.)

[92]Sur le confluent du Teess et de la Greta, voir les pages deModern Paintersoù sont cités les vers de Walter Scott (Modern Painters, III, IV, 16, § 36 et 37. Sur la Greta par Turner, voirLectures on art, § 170).—(Note du Traducteur.)

[92]Sur le confluent du Teess et de la Greta, voir les pages deModern Paintersoù sont cités les vers de Walter Scott (Modern Painters, III, IV, 16, § 36 et 37. Sur la Greta par Turner, voirLectures on art, § 170).—(Note du Traducteur.)

[93]Gibbon serre le sujet de plus près dans une phrase de son XXIIechapitre: «Les guerriers indépendants de Germaniequi considéraient la sincérité comme la plus noble de leurs vertuset la liberté comme le plus précieux de leurs biens.» Il parle spécialement de la tribu franque des Attuarii contre laquelle l'empereur Julien eut à refortifier le Rhin de Clèves à Bâle. Mais les premières lettres de l'empereur Jovien, après la mort de Julien «déléguaient le commandement militaire de la Gaule et de l'Illyrie (quel vaste commandement c'était, nous le verrons plus tard) à Malarich, unbrave et fidèleofficier de la nation des Francs»; et ils restent les loyaux alliés de Rome dans sa dernière lutte avec Alaric. Apparemment, pour le plaisir seul de varier d'une façon captivante sa manière de dire et, en tout cas, sans donner à entendre qu'il y eut une cause quelconque à un si grand changement dans le caractère national, nous voyons M. Gibbon, dans son volume suivant, adopter tout à coup les épithètes abusives de Procope et appeler les Francs «une nation légère et perfide» (VII, 251). Les seuls motifs discernables de cette définition inattendue sont qu'ils refusent de vendre leur amitié ou leur alliance à Rome et Ravenne; et que dans son invasion d'Italie le petit-fils de Clovis n'envoya pas préalablement l'avis direct de la route qu'il se proposait de suivre, ni même ne signifia entièrement ses intentions avant qu'il ne se fût assuré du Pô à Pavie; dévoilant son plan ensuite avec une clarté suffisante, en «attaquant presque au même instant les camps hostiles des Goths et des Romains qui, au lieu d'unir leurs armes, fuirent avec une égale précipitation».—(Note de l'Auteur.)

[93]Gibbon serre le sujet de plus près dans une phrase de son XXIIechapitre: «Les guerriers indépendants de Germaniequi considéraient la sincérité comme la plus noble de leurs vertuset la liberté comme le plus précieux de leurs biens.» Il parle spécialement de la tribu franque des Attuarii contre laquelle l'empereur Julien eut à refortifier le Rhin de Clèves à Bâle. Mais les premières lettres de l'empereur Jovien, après la mort de Julien «déléguaient le commandement militaire de la Gaule et de l'Illyrie (quel vaste commandement c'était, nous le verrons plus tard) à Malarich, unbrave et fidèleofficier de la nation des Francs»; et ils restent les loyaux alliés de Rome dans sa dernière lutte avec Alaric. Apparemment, pour le plaisir seul de varier d'une façon captivante sa manière de dire et, en tout cas, sans donner à entendre qu'il y eut une cause quelconque à un si grand changement dans le caractère national, nous voyons M. Gibbon, dans son volume suivant, adopter tout à coup les épithètes abusives de Procope et appeler les Francs «une nation légère et perfide» (VII, 251). Les seuls motifs discernables de cette définition inattendue sont qu'ils refusent de vendre leur amitié ou leur alliance à Rome et Ravenne; et que dans son invasion d'Italie le petit-fils de Clovis n'envoya pas préalablement l'avis direct de la route qu'il se proposait de suivre, ni même ne signifia entièrement ses intentions avant qu'il ne se fût assuré du Pô à Pavie; dévoilant son plan ensuite avec une clarté suffisante, en «attaquant presque au même instant les camps hostiles des Goths et des Romains qui, au lieu d'unir leurs armes, fuirent avec une égale précipitation».—(Note de l'Auteur.)

[94]Pour illustrer en détail ce mot, voyez «Val d'Arno»,CoursVIII;Fors Clavigera, lettres XLVI, 231, LXXVII, 137;—et Chaucer,le Roman de la rose(1212). À côté de lui (le chevalier Arthur) «dansait dame Franchise». Les vers anglais sont cités et commentés dans le premier cours deAriadne Florentina(§ 26); je donne ici le français:«Après tous ceulx estait FranchiseQue ne fut ne brune ne biseAins fut comme la neige blancheCourtoyseestait,joyeuse, etfrancheLe nez avait long et tretisYeulx vers, riants; sourcils faitis,Les cheveulx eut très blons et longsSimple fut comme les coulonsLe cœur eut doux et débonnaire.Elle n'osait dire ni faireNulle riens que faire ne deust.»Et j'espère que mes lectrices ne confondront plus Franchiseavec Liberté.(Note de l'Auteur.)

[94]Pour illustrer en détail ce mot, voyez «Val d'Arno»,CoursVIII;Fors Clavigera, lettres XLVI, 231, LXXVII, 137;—et Chaucer,le Roman de la rose(1212). À côté de lui (le chevalier Arthur) «dansait dame Franchise». Les vers anglais sont cités et commentés dans le premier cours deAriadne Florentina(§ 26); je donne ici le français:

«Après tous ceulx estait FranchiseQue ne fut ne brune ne biseAins fut comme la neige blancheCourtoyseestait,joyeuse, etfrancheLe nez avait long et tretisYeulx vers, riants; sourcils faitis,Les cheveulx eut très blons et longsSimple fut comme les coulonsLe cœur eut doux et débonnaire.Elle n'osait dire ni faireNulle riens que faire ne deust.»Et j'espère que mes lectrices ne confondront plus Franchiseavec Liberté.

(Note de l'Auteur.)

[95]Leur première mauvaise exultation, en Alsace, avait été provoquée par les Romains eux-mêmes (ou du moins par Constantin dans sa jalousie de Julien) qui y avaient employé «présents et promesses, l'espoir du butin et la concession perpétuelle de tous les territoires qu'ils seraient capables de conquérir» (Gibbon, chap. IX, 3-208). Chez tout autre historien que Gibbon (qui n'a réellement aucune opinion arrêtée sur aucun caractère ni sur aucune question, mais s'en tient au truisme général que les pires hommes agissent quelquefois bien, et les meilleurs souvent mal, loue quand il a besoin d'arrondir une phrase et blâme quand il ne peut pas, sans cela, en terminer une autre),—nous aurions été surpris d'entendre dire de la nation «qui mérita, prit et garde le nom honorable d'hommes libres», que «ces voleurs indisciplinés traitaient comme leurs ennemis naturels tous les sujets de l'empire possédant une propriété qu'ils désiraient acquérir». La première campagne de Julien qui rejette les Francs et les Allemands au-delà du Rhin, mais accorde aux Francs Saliens, sous serment solennel, les territoires situés dans les Pays-Bas, sera retracée une autre fois.—(Note de l'Auteur.)

[95]Leur première mauvaise exultation, en Alsace, avait été provoquée par les Romains eux-mêmes (ou du moins par Constantin dans sa jalousie de Julien) qui y avaient employé «présents et promesses, l'espoir du butin et la concession perpétuelle de tous les territoires qu'ils seraient capables de conquérir» (Gibbon, chap. IX, 3-208). Chez tout autre historien que Gibbon (qui n'a réellement aucune opinion arrêtée sur aucun caractère ni sur aucune question, mais s'en tient au truisme général que les pires hommes agissent quelquefois bien, et les meilleurs souvent mal, loue quand il a besoin d'arrondir une phrase et blâme quand il ne peut pas, sans cela, en terminer une autre),—nous aurions été surpris d'entendre dire de la nation «qui mérita, prit et garde le nom honorable d'hommes libres», que «ces voleurs indisciplinés traitaient comme leurs ennemis naturels tous les sujets de l'empire possédant une propriété qu'ils désiraient acquérir». La première campagne de Julien qui rejette les Francs et les Allemands au-delà du Rhin, mais accorde aux Francs Saliens, sous serment solennel, les territoires situés dans les Pays-Bas, sera retracée une autre fois.—(Note de l'Auteur.)

[96]Il s'agit pourtant de Ronsard.—(Note du Traducteur.)

[96]Il s'agit pourtant de Ronsard.—(Note du Traducteur.)

[97]«Encounters, en quartiers».

[97]«Encounters, en quartiers».

[98]C'est, pour Ruskin, la caractéristique des mauvais écrivains Cf. «N'ayez jamais la pensée que Milton emploie ces épithètes pour remplir son vers, comme ferait un écrivain vide. Il a besoin de toutes, et de pas une de plus que celles-ci.» (Sesame and Liles, of Kings Treasuries, 21). Voir également plus loin.—(Note du Traducteur.)

[98]C'est, pour Ruskin, la caractéristique des mauvais écrivains Cf. «N'ayez jamais la pensée que Milton emploie ces épithètes pour remplir son vers, comme ferait un écrivain vide. Il a besoin de toutes, et de pas une de plus que celles-ci.» (Sesame and Liles, of Kings Treasuries, 21). Voir également plus loin.—(Note du Traducteur.)

[99]Allusion à l'Épître aux Éphésiens: «Ayez à vos reins la vérité pour ceinture» (Saint Paul, Épître aux Éphésiens, VI, 14). Saint Paul ne fait, d'ailleurs, ici, que reprendre une image d'Isaïe. «Et la justice sera la ceinture de ses reins» (Isaïe, XI, 5). Voir aussi saint Pierre: «Venez donc, ayant ceint les reins de votre esprit.» (IerÉpître, I, 13.)—(Note du Traducteur.)

[99]Allusion à l'Épître aux Éphésiens: «Ayez à vos reins la vérité pour ceinture» (Saint Paul, Épître aux Éphésiens, VI, 14). Saint Paul ne fait, d'ailleurs, ici, que reprendre une image d'Isaïe. «Et la justice sera la ceinture de ses reins» (Isaïe, XI, 5). Voir aussi saint Pierre: «Venez donc, ayant ceint les reins de votre esprit.» (IerÉpître, I, 13.)—(Note du Traducteur.)

[100]Cf. Val d'Arno à propos d'une statue de la cathédrale de Chartres et d'une peinture de l'abbaye de Westminster: «À Chartres et à Westminster... le plus haut rang a pour signe distinctif la chevelure flottante, etc. Si vous ne savez pas lire ces symboles vous n'avez plus devant vous qu'une figure raide et sans intérêt» (Val d'Arno, VIII, 212). Il y a là, d'ailleurs, bien d'autres choses que cela—et qu'on peut aimer sans savoir lire ces symboles—dans ces statues de Chartres. Et Ruskin l'a lui-même montré dans des pages admirables (les Deux sentiers, I, 33 et suivants) que j'ai citées plus loin, pages 260, 261 et 262, en note.—(Note du Traducteur.)

[100]Cf. Val d'Arno à propos d'une statue de la cathédrale de Chartres et d'une peinture de l'abbaye de Westminster: «À Chartres et à Westminster... le plus haut rang a pour signe distinctif la chevelure flottante, etc. Si vous ne savez pas lire ces symboles vous n'avez plus devant vous qu'une figure raide et sans intérêt» (Val d'Arno, VIII, 212). Il y a là, d'ailleurs, bien d'autres choses que cela—et qu'on peut aimer sans savoir lire ces symboles—dans ces statues de Chartres. Et Ruskin l'a lui-même montré dans des pages admirables (les Deux sentiers, I, 33 et suivants) que j'ai citées plus loin, pages 260, 261 et 262, en note.—(Note du Traducteur.)

[101]On entrera plus avant dans la pensée de cette phrase en la rapprochant de la fin du IIechapitre desSept Lampes de l'architecture(Lampe de vérité, p. 139 de la traduction Elwall): «L'architecture du moyen âge s'écroula parce qu'elle avait perdu sa puissance et perdu toute force de résistance, en manquant à ses propres lois, en sacrifiant une seule vérité. Il nous est bon de nous le rappeler en foulant l'emplacement nu de ses fondations et en trébuchant sur ces pierres éparses. Ces squelettes brisés de murs troués où mugissent et murmurent nos brises de mer, les jonchant morceau par morceau et ossement par ossement, le long des mornes promontoires, sur lesquels jadis les maisons de la Prière tenaient lieu de phares,—ces voûtes grises et ces paisibles nefs sous lesquelles les brebis de nos vallées paissent et se reposent dans l'herbe qui a enseveli les autels—ces morceaux informes, qui ne sont point de la terre, qui bombent nos champs d'étranges talus émaillés, ou arrêtent le cours de nos torrents de pierres qui ne sont pas à eux, réclament de nous d'autres pensées que celles qui déploreraient la rage qui les dévasta ou la peur qui les délaissa. Ce ne fut ni le bandit, ni le fanatique, ni le blasphémateur qui mirent là le sceau à leur œuvre de destruction; guerre, courroux, terreur auraient pu se déchaîner et les puissantes murailles se seraient de nouveau dressées et les légères colonnes se seraient élancées de nouveau de dessous la main du destructeur. Mais elles ne pouvaient surgir des ruines de leur propre vérité violée.»—(Note du Traducteur.)

[101]On entrera plus avant dans la pensée de cette phrase en la rapprochant de la fin du IIechapitre desSept Lampes de l'architecture(Lampe de vérité, p. 139 de la traduction Elwall): «L'architecture du moyen âge s'écroula parce qu'elle avait perdu sa puissance et perdu toute force de résistance, en manquant à ses propres lois, en sacrifiant une seule vérité. Il nous est bon de nous le rappeler en foulant l'emplacement nu de ses fondations et en trébuchant sur ces pierres éparses. Ces squelettes brisés de murs troués où mugissent et murmurent nos brises de mer, les jonchant morceau par morceau et ossement par ossement, le long des mornes promontoires, sur lesquels jadis les maisons de la Prière tenaient lieu de phares,—ces voûtes grises et ces paisibles nefs sous lesquelles les brebis de nos vallées paissent et se reposent dans l'herbe qui a enseveli les autels—ces morceaux informes, qui ne sont point de la terre, qui bombent nos champs d'étranges talus émaillés, ou arrêtent le cours de nos torrents de pierres qui ne sont pas à eux, réclament de nous d'autres pensées que celles qui déploreraient la rage qui les dévasta ou la peur qui les délaissa. Ce ne fut ni le bandit, ni le fanatique, ni le blasphémateur qui mirent là le sceau à leur œuvre de destruction; guerre, courroux, terreur auraient pu se déchaîner et les puissantes murailles se seraient de nouveau dressées et les légères colonnes se seraient élancées de nouveau de dessous la main du destructeur. Mais elles ne pouvaient surgir des ruines de leur propre vérité violée.»—(Note du Traducteur.)


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