49.—Au-delà de cette théorie de l'inspiration générale il y a celle d'un appel et d'un ordre spécial avec la dictée immédiate des actes qui doivent être accomplis ou des paroles qui doivent être prononcées. Je ne veux pas entrer à présent dans l'examen des témoignages d'une si effective élection; elle n'est pas revendiquée par les Pères de l'Église, ni pour eux-mêmes, ni même pour le corps entier des écrivains sacrés.
Elle est seulement attribuée à certains passages dictés à certains moments en vue de nécessités spéciales; et il n'est pas possible d'attacher l'idée de vérité infaillible à aucune forme de ce langage humain dans lequel même ces passages exceptionnels nous ont été donnés. Mais du volume entier qui les renferme tel que nous le possédons et le lisons, tel, pour chacun de nous,qu'il peut être rendu dans sa langue natale, on peut alarmer et démontrer que, quoique mêlé d'un mystère qu'on ne nous demande pas d'éclaircir ou de difficultés que nous serions insolents de vouloir résoudre, il contient l'enseignement véritable pour les hommes de tout rang et de toute situation dans la vie, enseignement grâce auquel, autant qu'ils y obéissent honnêtement et implicitement, ils seront heureux et innocents dans la pleine puissance de leur nature, et capables de triompher de toutes les adversités, qu'elles résident dans la tentation ou dans la douleur.
50. En effet le Psautier seul, qui pratiquement fut le livre d'offices de l'Église pendant bien des siècles, contient, simplement dans sa première moitié, la somme de la sagesse individuelle et sociale. Les Ier, VIIIe, XIIe, XVe, XIXe, XXIIIeet XXIVepsaumes bien appris et crus sont assez pour toute direction personnelle; les XLVIIIe,LXXIeet LXXVeont en eux la loi et la prophétie de tout gouvernement juste, et chaque découverte de la science naturelle est anticipée dans le CIVe. Quant au contenu du volume entier, considérez si un autre cycle de littérature historique et didactique a une étendue qui lui soit comparable. Il renferme:
I. L'histoire de la Chute et du Déluge, les deux plus grandes traditions humaines fondées sur l'horreur du péché.
II. L'histoire des Patriarches, dont la vérité permanente est encore visible aujourd'hui dans l'histoire des races juive et arabe.
III. L'histoire de Moïse avec ses résultats pour la loi morale de tout l'univers civilisé.
IV. L'histoire des Rois—virtuellement celle de toute royauté, dans David, et de toute la philosophie, dans Salomon, atteignant son point le plus élevé dans les Psaumes et les Proverbes, avec la sagesse encore plus serrée et pratique de l'Ecclésiaste et du fils de Sirach.
V. L'histoire des Prophètes—virtuellement celle du mystère le plus profond, de la tragédie, de la fatalité perpétuellement immanente à une existence nationale.
VI. L'histoire du Christ.
VII. La loi morale de saint Jean qui trouve à la fin dans l'Apocalypse son accomplissement.
Demandez-vous si vous pouvez comparer sa table des matières, je ne dis pas à aucun autre «livre», mais à aucune autre «littérature». Essayez, autant que cela est possible à chacun de nous,—qu'il soit adversaire ou défenseur de la foi,—de dégager votre intelligence de l'association que l'habitude a formée entre elle et le sentiment moral basé sur la Bible, et demandez-vousquelle littérature pourrait avoir pris sa place ou rempli sa fonction même si toutes les bibliothèques de l'univers étaient restées intactes et si toutes les paroles les plus riches de vérité des maîtres avaient été écrites?
52. Je ne suis pas contempteur de la littérature profane, si peu que je ne crois pas qu'aucune interprétation de la religion grecque ait été jamais aussi affectueuse, aucune de la religion romaine aussi révérente, que celle qui se trouve à la base de mon enseignement de l'art et qui court à travers le corps entier de mes œuvres. Mais ce fut de la Bible que j'appris les symboles d'Homère et la foi d'Horace[159].
Le devoir qui me fut imposé dans ma première jeunesse[160]de lire chaque mot des évangiles et des prophéties, comme s'il avait été écrit par la main de Dieu, me donna l'habitude d'une attention respectueuse qui, plus tard, rendit bien des passages des auteurs profanes, frivoles pour un lecteur irréligieux, profondément graves pour moi. Jusqu'à quel point mon esprit a été paralysé par les fautes et les chagrins de lavie[161],—jusqu'où ma connaissance de la vie est courte, comparée à ce que j'aurais pu apprendre si j'avais marché plus fidèlement dans la lumière qui m'avait été départie, dépasse ma conjecture ou ma confession. Mais comme je n'ai jamais écrit pour mon propre plaisir ou pour ma renommée, j'ai été préservé, comme les hommes qui écrivent ainsi le seront toujours, des erreurs dangereuses pour les autres[162], et les expressions fragmentaires de sentiments ou les expositions de doctrines, que de temps en temps, j'ai été capable de donner, apparaîtront maintenant à un lecteur attentif, comme se reliant à un système général d'interprétation de la littérature sacrée, à la fois classique et chrétienne, qui le rendra capable, sans injustice, de sympathiser avec la foi des âmes candides de tous temps et de tous pays.
53. Qu'il y ait une littérature sacrée classique, suivant un cours parallèle à celle des Hébreux et venant s'unir aux légendes symboliques de la chrétienté au moyen âge[163], c'est un fait qui apparaît de la manière la plus tendre et la plus expressive dans l'influence indépendante et cependant similaire de Virgile sur le Dante et l'évêque Gawaine Douglas. À des dates plus anciennes, l'enseignement de chaque maître formé dans les écoles de l'Orient était nécessairement greffé sur lasagesse de la mythologie grecque, et ainsi l'histoire du Lion de Némée[164], vaincu avec l'aide d'Athéné, est la véritable racine de la légende du compagnon de saintJérôme conquis par la douceur guérissante de l'esprit de vie.
54. Je l'appelle une légende seulement. Qu'Héraklèsait jamais tué, ou saint Jérôme jamais chéri la créature sauvage ou blessée, est sans importance pour nous enseigner ce que les Grecs entendaient nous dire en représentant le grand combat sur leurs vases[165], où les peintres chrétiens faisant leur thème de prédilection de la fermeté de l'Ami du Lion. Une tradition plus ancienne, celle du combat de Samson[166],—le prophète désobéissant,—de la premièrevictoire inspirée de David[167], et finalement du miracle opéré pour la défense du plus favorisé et fidèle des grands prophètes[168], suit son cours symbolique parallèlement à la fable dorienne. Mais la légende de saint Jérôme reprend la prophétie du Millenium et prédit, avec la Sibylle de Cumes[169], et avec Isaïe, un jour où la crainte de l'homme ne sera plus chez les êtres inférieurs de la haine mais s'étendra sur eux comme une bénédiction, où il ne sera plus fait de mal ni de destruction d'aucune sorte dans toute l'étendue de la Montagne sainte[170]et où la paix de la terre sera tirée aussi loin de son présent chagrin, que le glorieux univers animé l'est du désert naissant, dont les profondeurs étaient le séjour des dragons, et les montagnes, des dômes de feu. Ce jour-là aucun homme ne le connaît[171], mais le royaume de Dieu est déjà venu[172]pour ceux qui ont dompté dans leur propre cœurl'ardeur sans frein de la nature inférieure[173]et ont appris à chérir ce qui est charmant et humain dans les enfants errants des nuages et des champs.
Avallon, 28 août 1882.
[113]«On vous a appris que, puisque vous aviez des tapis..., des «kickshaws» au lieu de bœuf pour votre nourriture, des égouts au lieu de puits sacrés pour votre soif, vous étiez la crème de la création et chacun de vous un Salomon» (Pleasures of England, p. 49, cité par M. Bardoux, p. 237).
[113]«On vous a appris que, puisque vous aviez des tapis..., des «kickshaws» au lieu de bœuf pour votre nourriture, des égouts au lieu de puits sacrés pour votre soif, vous étiez la crème de la création et chacun de vous un Salomon» (Pleasures of England, p. 49, cité par M. Bardoux, p. 237).
[114]En prenant la San, bras de la Vistule supérieure.—(Note de l'Auteur.)
[114]En prenant la San, bras de la Vistule supérieure.—(Note de l'Auteur.)
[115]Remarquez, toutefois, que généralement, la force d'une rivière,ceteris paribus, doit être estimée d'après son cours direct, les plaines (qui donnent presque toujours naissance aux méandres) ne pouvant leur apporter aucun affluent. (Note de l'Auteur.)
[115]Remarquez, toutefois, que généralement, la force d'une rivière,ceteris paribus, doit être estimée d'après son cours direct, les plaines (qui donnent presque toujours naissance aux méandres) ne pouvant leur apporter aucun affluent. (Note de l'Auteur.)
[116]Les considérations sur la Vistule et le Dniester, fleuves-fossés de l'Europe, sont reprises dansCandida Casa(§ 22), quatrième conférence du recueilVéronaet premier chapitre deValle Crucis. Valle Crucisdevait prendre place dans nosNos Pères nous ont dit.Du reste cette partie deCandida Casarappelle beaucoup par ses vues historiques et géographiques et par les citations ironiques de Gibbon le chapitre duDrachenfels.—(Note du Traducteur.)
[116]Les considérations sur la Vistule et le Dniester, fleuves-fossés de l'Europe, sont reprises dansCandida Casa(§ 22), quatrième conférence du recueilVéronaet premier chapitre deValle Crucis. Valle Crucisdevait prendre place dans nosNos Pères nous ont dit.Du reste cette partie deCandida Casarappelle beaucoup par ses vues historiques et géographiques et par les citations ironiques de Gibbon le chapitre duDrachenfels.—(Note du Traducteur.)
[117]«Elles» (les sept églises d'Éphèse, de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée) sont bâties le long des collines, et par les plaines de Lydie, dessinant une large courbe comme un vol d'oiseaux ou comme un tourbillon de nuages, toutes en Lydie même ou sur la frontière, toutes de caractère essentiellement lydien, les plus enrichies d'or, les plus délicatement luxueuses, les plus doucement musicales, les plus tendrement sculptées des églises d'alors. En elles s'étaient réunis les talents et les félicités de l'Asiatique et du Grec. Si le dernier message du Christ eût été adressé aux églises de Grèce il n'eût été que pour l'Europe et pour une durée limitée. S'il eût été adressé aux églises de Syrie, il n'eût été que pour l'Asie et pour une durée limitée. Adressé à la Lydie, il est adressé à l'univers et pour toujours» (Fors Clavigere, lettre LXXXIV). Ce message du Christ aux sept églises—qui est longuement commenté dans le reste de la lettre—est contenu, comme l'on sait, dans les trois premiers chapitres de l'Apocalypse de saint Jean ou plus exactement dans le IIeet le IIIechapitres. Dans le Ier, Jésus ordonne à saint Jean d'écrire aux anges des sept églises. Voir aussi sur les églises d'Asie Mineure, le beau livre de M. de Voguë.—(Note du Traducteur.)
[117]«Elles» (les sept églises d'Éphèse, de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie et de Laodicée) sont bâties le long des collines, et par les plaines de Lydie, dessinant une large courbe comme un vol d'oiseaux ou comme un tourbillon de nuages, toutes en Lydie même ou sur la frontière, toutes de caractère essentiellement lydien, les plus enrichies d'or, les plus délicatement luxueuses, les plus doucement musicales, les plus tendrement sculptées des églises d'alors. En elles s'étaient réunis les talents et les félicités de l'Asiatique et du Grec. Si le dernier message du Christ eût été adressé aux églises de Grèce il n'eût été que pour l'Europe et pour une durée limitée. S'il eût été adressé aux églises de Syrie, il n'eût été que pour l'Asie et pour une durée limitée. Adressé à la Lydie, il est adressé à l'univers et pour toujours» (Fors Clavigere, lettre LXXXIV). Ce message du Christ aux sept églises—qui est longuement commenté dans le reste de la lettre—est contenu, comme l'on sait, dans les trois premiers chapitres de l'Apocalypse de saint Jean ou plus exactement dans le IIeet le IIIechapitres. Dans le Ier, Jésus ordonne à saint Jean d'écrire aux anges des sept églises. Voir aussi sur les églises d'Asie Mineure, le beau livre de M. de Voguë.—(Note du Traducteur.)
[118]«Puis prenant la parole, tu diras devant l'Éternel ton Dieu mon Père était un pauvre Syrien prêt à périr et il descendit en Égypte avec un petit nombre de gens et il y fit séjour et devint là une nation grande, forte et qui s'est fort multipliée.» (Deutéronome, XXVI, 5)—(Note du Traducteur.)
[118]«Puis prenant la parole, tu diras devant l'Éternel ton Dieu mon Père était un pauvre Syrien prêt à périr et il descendit en Égypte avec un petit nombre de gens et il y fit séjour et devint là une nation grande, forte et qui s'est fort multipliée.» (Deutéronome, XXVI, 5)—(Note du Traducteur.)
[119]Sir F. Palgrave,Arabie, vol. II, p. 155. J'adopte avec reconnaissance dans le paragraphe suivant sa division des nations asiatiques (p. 160).—(Note de l'Auteur.)
[119]Sir F. Palgrave,Arabie, vol. II, p. 155. J'adopte avec reconnaissance dans le paragraphe suivant sa division des nations asiatiques (p. 160).—(Note de l'Auteur.)
[120]Le XXXVIechapitre de Gibbon commence par une sentence qui peut être prise comme l'épitome de l'histoire tout entière que nous avons à étudier. «Les trois grandes nations du monde, les Grecs, les Sarrazins, les Francs, se rencontrèrent toutes sur le théâtre de l'Italie.» J'emploie le mot plus général de Goths au lieu de Francs et le mot plus précis Arabe au lieu de Sarrasins, mais en dehors de cela le lecteur remarquera que la division est la même que la mienne. Gibbon ne reconnaît pas le peuple romain comme nation, mais seulement la puissance romaine comme empire.—(Note de l'Auteur.)
[120]Le XXXVIechapitre de Gibbon commence par une sentence qui peut être prise comme l'épitome de l'histoire tout entière que nous avons à étudier. «Les trois grandes nations du monde, les Grecs, les Sarrazins, les Francs, se rencontrèrent toutes sur le théâtre de l'Italie.» J'emploie le mot plus général de Goths au lieu de Francs et le mot plus précis Arabe au lieu de Sarrasins, mais en dehors de cela le lecteur remarquera que la division est la même que la mienne. Gibbon ne reconnaît pas le peuple romain comme nation, mais seulement la puissance romaine comme empire.—(Note de l'Auteur.)
[121]De récents événements ont montré la force de ces paroles (Note de la révision, mai 1885).—(Note de l'Auteur.)
[121]De récents événements ont montré la force de ces paroles (Note de la révision, mai 1885).—(Note de l'Auteur.)
[122]Mais l'ange de l'Éternel la trouva auprès d'une fontaine d'eau au désert, près de la fontaine qui est au chemin de Sair. Et il lui dit: Agar, servante de Saraï, d'où viens-tu, etc. (Genèse, XVI, 1 et 8.)—(Note du Traducteur.)
[122]Mais l'ange de l'Éternel la trouva auprès d'une fontaine d'eau au désert, près de la fontaine qui est au chemin de Sair. Et il lui dit: Agar, servante de Saraï, d'où viens-tu, etc. (Genèse, XVI, 1 et 8.)—(Note du Traducteur.)
[123]Genèse, XII, 1.—(Note du Traducteur.)
[123]Genèse, XII, 1.—(Note du Traducteur.)
[124]Cf. Il n'y eut jamais qu'un seul art grec, des jours d'Homère à ceux du doge Selvo (St-Mark's Rest, VIII, § 92).—(Note du Traducteur.)
[124]Cf. Il n'y eut jamais qu'un seul art grec, des jours d'Homère à ceux du doge Selvo (St-Mark's Rest, VIII, § 92).—(Note du Traducteur.)
[125]DansCrown of wild oliveCincinnatus symbolisait aussi la force de Rome. «Elle fut (l'agriculture), la source de toute la force de Rome et de toute sa tendresse, l'orgueil de Cincinnatus et l'inspiration de Virgile (la Couronne d'olivier sauvage, p. 196).—(Note du Traducteur.)
[125]DansCrown of wild oliveCincinnatus symbolisait aussi la force de Rome. «Elle fut (l'agriculture), la source de toute la force de Rome et de toute sa tendresse, l'orgueil de Cincinnatus et l'inspiration de Virgile (la Couronne d'olivier sauvage, p. 196).—(Note du Traducteur.)
[126]Milman,Histoire du Christianisme, vol. III, p. 36.—(Note de l'Auteur.)
[126]Milman,Histoire du Christianisme, vol. III, p. 36.—(Note de l'Auteur.)
[127]Je trouve la même généralisation fournie à l'étudiant moderne dans le terme «péninsule balkanique» qui éteint à la fois tout rayon et toute trace de l'histoire du passé.—(Note de l'Auteur.)
[127]Je trouve la même généralisation fournie à l'étudiant moderne dans le terme «péninsule balkanique» qui éteint à la fois tout rayon et toute trace de l'histoire du passé.—(Note de l'Auteur.)
[128]Gibbon dit plus clairement: «De la côte ou de l'extrémité de Caithness et d'Ulster le souvenir de l'origine cette fut distinctement conservé dans la ressemblance perpétuelle du langage, de la religion et des manières, et le caractère particulier des différentes tribus britanniques peut être naturellement attribué à l'influence de circonstances accidentelles et locales.» Les Écossais des plaines, «mangeurs de froment», ou vagabonds et les Irlandais, sont entièrement identifiés par Gibbon à l'époque où commence notre propre histoire. «Il est certain(l'italique est de lui, non de moi) qu'à l'époque du déclin de l'empire romain la Calédonie, l'Irlande et l'île de Man étaient habitées par les Écossais» (chap. XXV, vol. IV, p. 279). La civilisation plus avancée et le moindre courage desAnglaisdes plaines faisaient d'eux les victimes de l'Écosse ou les sujets reconnaissants de Rome. Les montagnards, pictes dans les Grampians, ou autochtones dans la Cornouailles et le pays de Galles, n'ont jamais été instruits ni subjugués et restent aujourd'hui la force inculte et sans peur de la race britannique.—(Note de l'Auteur.)
[128]Gibbon dit plus clairement: «De la côte ou de l'extrémité de Caithness et d'Ulster le souvenir de l'origine cette fut distinctement conservé dans la ressemblance perpétuelle du langage, de la religion et des manières, et le caractère particulier des différentes tribus britanniques peut être naturellement attribué à l'influence de circonstances accidentelles et locales.» Les Écossais des plaines, «mangeurs de froment», ou vagabonds et les Irlandais, sont entièrement identifiés par Gibbon à l'époque où commence notre propre histoire. «Il est certain(l'italique est de lui, non de moi) qu'à l'époque du déclin de l'empire romain la Calédonie, l'Irlande et l'île de Man étaient habitées par les Écossais» (chap. XXV, vol. IV, p. 279). La civilisation plus avancée et le moindre courage desAnglaisdes plaines faisaient d'eux les victimes de l'Écosse ou les sujets reconnaissants de Rome. Les montagnards, pictes dans les Grampians, ou autochtones dans la Cornouailles et le pays de Galles, n'ont jamais été instruits ni subjugués et restent aujourd'hui la force inculte et sans peur de la race britannique.—(Note de l'Auteur.)
[129]«Le Phénix est, dès la plus haute antiquité chrétienne, le symbole de l'immortalité» (Émile Male,Histoire de l'art religieux auXIIIesiècle).—(Note du Traducteur.)
[129]«Le Phénix est, dès la plus haute antiquité chrétienne, le symbole de l'immortalité» (Émile Male,Histoire de l'art religieux auXIIIesiècle).—(Note du Traducteur.)
[130]Voir dansOn the old road, l'Espoir de la Résurrection, condition nécessaire du Chant pour les chrétiens. Même dans l'antiquité le chant d'Orphée, le chant de Philomèle, le chant du cygne, le chant d'Alcyon, sont inspirés par un espoir obscur de résurrection (On the old road, II, 45 et 46).—(Note du Traducteur.)
[130]Voir dansOn the old road, l'Espoir de la Résurrection, condition nécessaire du Chant pour les chrétiens. Même dans l'antiquité le chant d'Orphée, le chant de Philomèle, le chant du cygne, le chant d'Alcyon, sont inspirés par un espoir obscur de résurrection (On the old road, II, 45 et 46).—(Note du Traducteur.)
[131]Allusion au verset de la Genèse qui précède le Songe de Jacob: «Il prit donc des pierres du lieu et en fit son chevet et s'endormit au même lieu (Genèse, XXVIII, 11).—(Note du Traducteur.)
[131]Allusion au verset de la Genèse qui précède le Songe de Jacob: «Il prit donc des pierres du lieu et en fit son chevet et s'endormit au même lieu (Genèse, XXVIII, 11).—(Note du Traducteur.)
[132]Allusion à la Bible: «Alors Moïse dit: Je me détournerai maintenant et je verrai cette grande vision et pourquoi le buisson ne se consume pas» (Exode, III, 3).—(Note du Traducteur.)
[132]Allusion à la Bible: «Alors Moïse dit: Je me détournerai maintenant et je verrai cette grande vision et pourquoi le buisson ne se consume pas» (Exode, III, 3).—(Note du Traducteur.)
[133]I Samuel, XVII, 28.—(Note du Traducteur.)
[133]I Samuel, XVII, 28.—(Note du Traducteur.)
[134]Saint Luc, I, 80. Il s'agit de saint Jean-Baptiste.—(Note du Traducteur.)
[134]Saint Luc, I, 80. Il s'agit de saint Jean-Baptiste.—(Note du Traducteur.)
[135]Je dois moi-même marquer comme particulièrement fatale dans le déclin de l'empire romain, l'heure où Julien rejette le conseil des augures. «Pour la dernière fois les Aruspices Étrusques accompagnèrent un empereur romain, mais par une singulière fatalité leur interprétation défavorable des signes du ciel fut dédaignée, et Julien suivit l'avis des philosophes qui colorèrent leur prédiction des teintes brillantes de l'ambition de l'empereur». (Milman,Histoire du Christianisme, chap. VI.)—(Note de l'Auteur.)
[135]Je dois moi-même marquer comme particulièrement fatale dans le déclin de l'empire romain, l'heure où Julien rejette le conseil des augures. «Pour la dernière fois les Aruspices Étrusques accompagnèrent un empereur romain, mais par une singulière fatalité leur interprétation défavorable des signes du ciel fut dédaignée, et Julien suivit l'avis des philosophes qui colorèrent leur prédiction des teintes brillantes de l'ambition de l'empereur». (Milman,Histoire du Christianisme, chap. VI.)—(Note de l'Auteur.)
[136]«Je suis seul, à ce que je crois, à penser encore avec Hérodote.» Toute personne ayant l'esprit assez fin pour être frappée des traits caractéristiques de la physionomie d'un écrivain, et ne s'en tenant pas au sujet de Ruskin à tout ce qu'on a pu lui dire, que c'était un prophète, un voyant, un protestant et autres choses qui n'ont pas grand sens, sentira que de tels traits, bien que certainement secondaires, sont cependant très «ruskiniens». Ruskin vit dans une espèce de société fraternelle avec tous les grands esprits de tous les temps, et comme il ne s'intéresse à eux que dans la mesure où ils peuvent répondre à des questions éternelles, il n'y a pas pour lui d'anciens et de modernes et il pout parler d'Hérodote comme il ferait d'un contemporain. Comme les anciens n'ont de prix pour lui que dans la mesure où ils sont «actuels», peuvent servir d'illustration à nos méditations quotidiennes, il ne les traite pas du tout en anciens. Mais aussi toutes leurs paroles ne subissant pas le déchet du recul, n'étant plus considérées comme relatives à une époque, ont une plus grande importance pour lui, gardent en quelque sorte la valeur scientifique qu'elles purent avoir, mais que le temps leur avait fait perdre. De la façon dont Horace parle à la Fontaine de Bandusie, Ruskin déduit qu'il était pieux, «à la façon de Milton». Et déjà à onze ans, apprenant les odes d'Anacréon pour son plaisir, il y apprit «avec certitude, ce qui me fut très utile dans mes études ultérieures sur l'art grec, que les Grecs aimaient les colombes, les hirondelles et les roses tout aussi tendrement que moi» (Præterita, § 81). Évidemment pour un Emerson la «culture» a la même valeur. Mais sans même nous arrêter aux différences qui sont profondes, notons d'abord, pour bien insister sur les traits particuliers de la physionomie de Ruskin, que la science et l'art n'étant pas distincts à ses yeux (Voir la Préface, p. 51-57) il parle des anciens comme savants avec la même révérence que des anciens comme artistes. Il invoque le 104° psaume quand il s'agira de découvertes d'histoire naturelle, se range à l'avis d'Hérodote (et l'opposerait volontiers à l'opinion d'un savant contemporain) dans une question d'histoire religieuse, admire une peinture de Carpaccio comme une contribution importante à l'histoire descriptive des perroquets (St-Mark's Rest: The Shrine of the Slaves). Évidemment nous rejoindrions vite ici l'idée de l'art sacré classique (Voir plus loin les notes des pages 244, 245, 246 et des pages 338 et 339) «il n'y a qu'un art grec, etc., saint Jérôme et Hercule», etc., chacune de ces idées conduisant aux autres. Mais en ce moment nous n'avons encore qu'un Ruskin aimant tendrement sa bibliothèque, ne faisant pas de différence entre la science et l'art, par conséquent pensant qu'une théorie scientifique peut rester vraie comme une œuvre d'art peut demeurer belle (cette idée n'est jamais explicitement exprimée par lui, mais elle gouverne secrètement, et seule a pu rendre possible toutes les autres) et demandant à une ode antique ou à un bas-relief du moyen âge un renseignement d'histoire naturelle ou de philosophie critique, persuadé que tous les hommes sages de tous les temps et de tous les pays sont plu» utiles à consulter que les fous, fussent-ils d'aujourd'hui. Naturellement cette inclination est réprimée par un sens critique si juste que nous pouvons entièrement nous fier à lui, et il l'exagère seulement pour le plaisir de faire de petites plaisanteries sur «l'entomologie du XIIIesiècle», etc., etc.—(Note du Traducteur.)
[136]«Je suis seul, à ce que je crois, à penser encore avec Hérodote.» Toute personne ayant l'esprit assez fin pour être frappée des traits caractéristiques de la physionomie d'un écrivain, et ne s'en tenant pas au sujet de Ruskin à tout ce qu'on a pu lui dire, que c'était un prophète, un voyant, un protestant et autres choses qui n'ont pas grand sens, sentira que de tels traits, bien que certainement secondaires, sont cependant très «ruskiniens». Ruskin vit dans une espèce de société fraternelle avec tous les grands esprits de tous les temps, et comme il ne s'intéresse à eux que dans la mesure où ils peuvent répondre à des questions éternelles, il n'y a pas pour lui d'anciens et de modernes et il pout parler d'Hérodote comme il ferait d'un contemporain. Comme les anciens n'ont de prix pour lui que dans la mesure où ils sont «actuels», peuvent servir d'illustration à nos méditations quotidiennes, il ne les traite pas du tout en anciens. Mais aussi toutes leurs paroles ne subissant pas le déchet du recul, n'étant plus considérées comme relatives à une époque, ont une plus grande importance pour lui, gardent en quelque sorte la valeur scientifique qu'elles purent avoir, mais que le temps leur avait fait perdre. De la façon dont Horace parle à la Fontaine de Bandusie, Ruskin déduit qu'il était pieux, «à la façon de Milton». Et déjà à onze ans, apprenant les odes d'Anacréon pour son plaisir, il y apprit «avec certitude, ce qui me fut très utile dans mes études ultérieures sur l'art grec, que les Grecs aimaient les colombes, les hirondelles et les roses tout aussi tendrement que moi» (Præterita, § 81). Évidemment pour un Emerson la «culture» a la même valeur. Mais sans même nous arrêter aux différences qui sont profondes, notons d'abord, pour bien insister sur les traits particuliers de la physionomie de Ruskin, que la science et l'art n'étant pas distincts à ses yeux (Voir la Préface, p. 51-57) il parle des anciens comme savants avec la même révérence que des anciens comme artistes. Il invoque le 104° psaume quand il s'agira de découvertes d'histoire naturelle, se range à l'avis d'Hérodote (et l'opposerait volontiers à l'opinion d'un savant contemporain) dans une question d'histoire religieuse, admire une peinture de Carpaccio comme une contribution importante à l'histoire descriptive des perroquets (St-Mark's Rest: The Shrine of the Slaves). Évidemment nous rejoindrions vite ici l'idée de l'art sacré classique (Voir plus loin les notes des pages 244, 245, 246 et des pages 338 et 339) «il n'y a qu'un art grec, etc., saint Jérôme et Hercule», etc., chacune de ces idées conduisant aux autres. Mais en ce moment nous n'avons encore qu'un Ruskin aimant tendrement sa bibliothèque, ne faisant pas de différence entre la science et l'art, par conséquent pensant qu'une théorie scientifique peut rester vraie comme une œuvre d'art peut demeurer belle (cette idée n'est jamais explicitement exprimée par lui, mais elle gouverne secrètement, et seule a pu rendre possible toutes les autres) et demandant à une ode antique ou à un bas-relief du moyen âge un renseignement d'histoire naturelle ou de philosophie critique, persuadé que tous les hommes sages de tous les temps et de tous les pays sont plu» utiles à consulter que les fous, fussent-ils d'aujourd'hui. Naturellement cette inclination est réprimée par un sens critique si juste que nous pouvons entièrement nous fier à lui, et il l'exagère seulement pour le plaisir de faire de petites plaisanteries sur «l'entomologie du XIIIesiècle», etc., etc.—(Note du Traducteur.)
[137]Même les meilleurs historiens catholiques trop habituellement ont fermé les yeux à la connexité inéluctable entre la vertu monastique et la règle bénédictine du travail agricole.—(Note de l'Auteur à la révision de 1885.)
[137]Même les meilleurs historiens catholiques trop habituellement ont fermé les yeux à la connexité inéluctable entre la vertu monastique et la règle bénédictine du travail agricole.—(Note de l'Auteur à la révision de 1885.)
[138]Robert d'Humières me dit qu'il y a ici une allusion aux montagnes de la Suisse, telles que le Matterhorn, etc.—(Note du Traducteur.)
[138]Robert d'Humières me dit qu'il y a ici une allusion aux montagnes de la Suisse, telles que le Matterhorn, etc.—(Note du Traducteur.)
[139]La conclusion hypothétique de Gibbon relativement aux effets de la mortification et la constatation historique qui suit doivent être remarquées comme contenant déjà tous les systèmes des philosophes ou des politiques modernes qui ont, depuis, changé les monastères d'Italie en baraques et les églises de France en magasins. «Ce martyre volontaire a forcément détruit graduellement la sensibilité, aussi bien de l'esprit que du corps; caron ne peut admettreque les fanatiques qui se torturent eux-mêmes soient capables d'aucune affection vive pour le reste de l'espèce humaine.Une sorte d'insensibilité cruelle a caractérisé les moines de toute époque et de tout pays.»Combien de pénétration et de jugement, dénote cette sentence, apparaîtra, j'espère, au lecteur, à mesure que je déroulerai devant lui l'histoire véritable de sa foi; mais étant moi-même, je crois, un des derniers témoins de la vie recluse telle qu'elle existait encore au commencement de ce siècle, je puis renvoyer au portrait parfait et digne de foi dans la lettre comme dans l'esprit qui en est donné par Scott dans l'introduction duMonastère; quant à moi je puis dire que les sortes de caractères les plus doux, les plus raffinés, les plus aimables, au sens le plus profond du mot, que j'aie jamais connus, ont été ou ceux de moines, ou ceux de serviteurs ayant été élevés dans la foi catholique. Et quand je formulais ce jugement je ne connaissais pas l'Edwige de Miss Alexander (Note de la révision de 1885).—(Note de l'Auteur.)
[139]La conclusion hypothétique de Gibbon relativement aux effets de la mortification et la constatation historique qui suit doivent être remarquées comme contenant déjà tous les systèmes des philosophes ou des politiques modernes qui ont, depuis, changé les monastères d'Italie en baraques et les églises de France en magasins. «Ce martyre volontaire a forcément détruit graduellement la sensibilité, aussi bien de l'esprit que du corps; caron ne peut admettreque les fanatiques qui se torturent eux-mêmes soient capables d'aucune affection vive pour le reste de l'espèce humaine.Une sorte d'insensibilité cruelle a caractérisé les moines de toute époque et de tout pays.»
Combien de pénétration et de jugement, dénote cette sentence, apparaîtra, j'espère, au lecteur, à mesure que je déroulerai devant lui l'histoire véritable de sa foi; mais étant moi-même, je crois, un des derniers témoins de la vie recluse telle qu'elle existait encore au commencement de ce siècle, je puis renvoyer au portrait parfait et digne de foi dans la lettre comme dans l'esprit qui en est donné par Scott dans l'introduction duMonastère; quant à moi je puis dire que les sortes de caractères les plus doux, les plus raffinés, les plus aimables, au sens le plus profond du mot, que j'aie jamais connus, ont été ou ceux de moines, ou ceux de serviteurs ayant été élevés dans la foi catholique. Et quand je formulais ce jugement je ne connaissais pas l'Edwige de Miss Alexander (Note de la révision de 1885).—(Note de l'Auteur.)
[140]L'habitude de supposer à la conduite d'hommes de sens et de cœur des motifs intelligibles aux insensés et probables à ceux qui ont l'âme basse, prévaut, chez tous les historiens vulgaires, en partie par la satisfaction, en partie par l'orgueil qu'ils en ressentent; et il est horrible de contempler la quantité de faux témoignages contre leurs voisins que portent des écrivains médiocres, simplement pour arrondir leurs jugements superficiels et leur donner plus de force. «Jérôme admet, en effet,avec une humilité spécieuse mais sujette à caution, l'infériorité du moine non ordonné au prêtre ordonné», dit Dean Milman, dans son chapitre XI, faisant suivre son doute gratuit sur l'humilité de Jérôme d'une affirmation non moins gratuite de l'ambition de ses adversaires. «Le clergé, cela est hors de doute, eut la sagesse de deviner le rivaldangereux, quant à l'influence et l'autorité, qui apparaissait dans la société chrétienne.—(Note de l'Auteur.)
[140]L'habitude de supposer à la conduite d'hommes de sens et de cœur des motifs intelligibles aux insensés et probables à ceux qui ont l'âme basse, prévaut, chez tous les historiens vulgaires, en partie par la satisfaction, en partie par l'orgueil qu'ils en ressentent; et il est horrible de contempler la quantité de faux témoignages contre leurs voisins que portent des écrivains médiocres, simplement pour arrondir leurs jugements superficiels et leur donner plus de force. «Jérôme admet, en effet,avec une humilité spécieuse mais sujette à caution, l'infériorité du moine non ordonné au prêtre ordonné», dit Dean Milman, dans son chapitre XI, faisant suivre son doute gratuit sur l'humilité de Jérôme d'une affirmation non moins gratuite de l'ambition de ses adversaires. «Le clergé, cela est hors de doute, eut la sagesse de deviner le rivaldangereux, quant à l'influence et l'autorité, qui apparaissait dans la société chrétienne.—(Note de l'Auteur.)
[141]Le meilleur endroit pour lire ce chapitre est l'église San Giorgio dei Schiavoni à Venise. On prend une gondole et dans un calme canal, un peu avant d'arriver à l'infini frémissant et miroitant de la lagune on aborde à cet «Autel des Esclaves» où on peut voir (quand le soleil les éclaire) les peintures que Carpaccio a consacrées à saint Jérôme. Il faut avoir avec soiSaint Mark's Restet lire tout entier le chapitre dont je donne ici un important extrait, non que ce soit un des meilleurs de Ruskin, mais parce qu'il a été visiblement écrit sous l'empire des mêmes préoccupations que le chapitre III de la Bible d'Amiens,—et pour donner au «Dompteur du lion» une illustration où l'on voie «le lion». C'est de septembre 1876 à mai 1877, c'est-à-dire deux ou trois ans avant de commencer laBible d'Amiensque Ruskin était allé étudier Carpaccio à Venise. Voici le passage deSaint-Mark's Rest:«Mais le tableau suivant! Comment a-t-on jamais pu permettre que pareille chose fût placée dans une église! Assurément rien ne pourrait être plus parfait comme art comique; saint Jérôme, en vérité, introduisant son lion novice dans la vie monastique, et l'effet produit sur l'esprit monastique vulgaire.«Ne vous imaginez pas un instant que Carpaccio ne voie pas le comique de tout ceci, aussi bien que vous, peut-être même un peu mieux. «Demandez après lui demain, croyez-moi, et vous le trouverez un homme grave.»«Mais aujourd'hui Mercutio lui-même n'est pas plus fantasque ni Shakespeare lui-même plus gai dans sa fantaisie du «doux animal et d'une bonne conscience» que n'est ici le peintre quand il dessine son lion souriant délicatement avec sa tête penchée de côté comme un saint du Pérugin, et sa patte gauche levée, en partie pour montrer la blessure faite par l'épine, en partie en signe de prière:Car si je devais, comme lion venir en lutteEn ce lieu, ce serait pitié pour ma vie.«Les moines s'enfuyant sont tout d'abord à peine intelligibles et ne semblent que des masses obliques blanches et bleues; et il y a eu grande discussion entre M. Muray et moi pendant qu'il dessinait le tableau pour le Musée de Sheffield, pour savoir si l'action de fuir était, en réalité, bien rendue ou non: lui, maintenant que les moines couraient réellement comme des archers olympiques...; moi, au contraire, estimant que Carpaccio a échoué, n'ayant pas le don de représenter le mouvement rapide. Nous avons probablement raison tous deux, je ne doute pas que l'action de courir, du moment que M. Murray le dit, soit bien dessinée; mais à cette époque les peintres vénitiens n'avaient appris à représenter qu'un mouvement lent et digne, et ce n'est que cinquante ans plus tard, sous l'influence classique, que vint la puissance impétueuse de Véronèse et du Tintoret.«Mais il y a beaucoup de questions bien plus profondes à se poser relativement à ce sujet de saint Jérôme que celle de l'habileté artistique. Le tableau, en effet, est une raillerie; mais n'est-ce qu'une raillerie? La tradition elle-même est-elle une raillerie? ou est-ce seulement par notre faute, et peut-être par celle de Carpaccio, que nous la faisons telle?«En tous cas, veuillez, en premier lieu, vous souvenir que Carpaccio, comme je vous l'ai souvent dit, n'est pas responsable lui-même en cette circonstance. Il commence par se préoccuper de son sujet, comptant, sans aucun doute, l'exécuter très sérieusement. Mais son esprit n'est pas plus tôt fixé dessus que la vision s'en présente à lui comme une plaisanterie et il est forcé de le peindre ainsi. Forcé par les destins... C'est à Atropos et non à Carpaccio que nous devons demander pourquoi ce tableau nous fait rire; et pourquoi la tradition qu'il rappelle nous paraît purement chimérique et n'est plus qu'un objet de risée. Maintenant que ma vie touche à son déclin il n'est pas un jour qui ne passe sans avoir augmenté mes doutes sur le bien fondé des mépris où nous nous complaisons et mon désir anxieux de découvrir ce qu'il y avait à la racine des récits des hommes de bien, qui sont maintenant la fortune du moqueur.«Et j'ai besoin de lire une bonneVie de saint Jérôme.Et si je vais chez M. Ongania je trouverai, je suppose, l'autobiographie de George Sand, et la vie de M. Sterling peut-être; et de M. Werner, écrit par mon propre maître et qu'en effet j'ai lu, mais j'oublie maintenant qui furent soit M. Sterling ou M. Werner; et aussi peut-être j'y trouverai dans la littérature religieuse la vie de M. Wilberforce et de Mrs Fry; mais non le plus petit renseignement sur saint Jérôme. Auquel néanmoins, toute la charité de George Sand, et toute l'ingénuité de M. Sterling, et toute la bienfaisance de M. Wilberforce, et une grande quantité, sans que nous le sachions, du bonheur quotidien et de la paix de nos propres petites vies de chaque jour, sont véritablement redevables, comme à une charmante vieille paire de lunettes spirituelles sans lesquelles nous n'eussions jamais lu un mot de laBible protestante.Il est, toutefois, inutile de commencer une vie de saint Jérôme à présent, et de peu d'utilité pourtant de regarder ces tableaux sans avoir une vie de saint Jérôme, mais il faut seulement que vous sachiez clairement ceci sur lui, qui n'est pas le moins du monde douteux ni mythique, mais entièrement vrai, et qui est le commencement de faits d'une importance sans limites pour toute l'Europe moderne—à savoir, qu'il était né de bonne ou du moins de riche famille, en Dalmatie, c'est-à-dire à mi-chemin entre l'Orient et l'Occident; qu'il rendit le grand livre de l'Orient, la Bible, lisible pour l'Occident, qu'il fut le premier grand maître de la noblesse du savoir et de l'ascétisme affable et cultivé, comme opposés à l'ascétisme barbare; le fondateur, à proprement dire, de la cellule bien arrangée et du jardin soigné, là où avant il n'y avait que le désert et le bois inculte,—et qu'il mourut dans le monastère qu'il avait fondé à Bethléem.«C'est cette union d'une vie douce et raffinée avec une noble continence, cet amour et cette imagination illuminant la caverne de la montagne et en faisant un cloître couvert de fresques, amenant ses bêtes sauvages à devenir des amis domestiques, que Carpaccio a reçu ordre de peindre pour nous, et avec un incessant raffinement d'imagination exquise il remplit ces trois canevas d'incidents qui signifiaient, à ce que je crois, l'histoire de toute la vie monastique, et la mort, et la vie spirituelle pour toujours: le pouvoir de ce grand et sage et bienfaisant esprit régnant à jamais sur toute culture domestique; et le secours que la société des âmes des créatures inférieures apporte avec elle à la plus haute intelligence et à la vertu de l'homme. Et si au dernier tableau,—saint Jérôme en train de travailler, pendant que son chien blanc» [dansPræterita(III, II) Ruskin dit que son chien Wisie était exactement pareil au chien de saint Jérôme dans Carpaccio] «observe d'un air satisfait son visage,—vous voulez comparer, dans votre souvenir, un morceau de chasse par Rubens ou Snyders, où les chiens éventrés roulent sur le sol dans leur sang, vous commencerez peut-être à sentir qu'il y a quelque chose de plus sérieux dans ce kaléidoscope de la chapelle de Saint-Georges que vous ne l'aviez cru d'abord. Et, si vous vous soudez de continuer à le suivre avec moi, pensons à ce sujet risible un peu plus tranquillement.«180. Quel témoignage nous est apporté ici, volontairement ou involontairement, au sujet de la vie monastique, par un homme de la perception la plus subtile, vivant au milieu d'elle? Que tous les moines qui ont aperçu le lion sont terrifiés à en perdre l'esprit. Quelle preuve curieuse de la timidité du monachisme! Voici des hommes qui font profession de préférer à la Terre le Ciel—se préparant à passer de l'une à l'autre—comme à la récompense de tout leur sacrifice présent! Et voilà la façon dont ils reçoivent la première chance qui leur est offerte d'accomplir ce changement d'état.«Évidemment l'impression de Carpaccio sur les moines doit être qu'ils étaient plus braves ou meilleurs que les autres hommes, mais qu'ils aimaient les livres, et les jardins, et la paix, et avaient peur de la mort, par conséquent reculaient devant les formes du danger qui étaient l'affaire des guerriers de la chevalerie, d'une façon quelque peu égoïste et mesquine.«Il les regarde clairement dans leur rôle de chevaliers. Ce qu'il pourra nous dire ensuite de bien sur eux ne sera pas d'un témoin prévenu en leur faveur. Il nous en dit cependant quelque bien, même ici. L'arrangement, agréable dans la sauvagerie, des arbres; les bâtiments pour les besoins religieux et agricoles disposés comme dans une exploitation américaine de défrichement, çà et là, comme si le terrain avait été préparé pour eux; la grâce parfaite d'un art joyeux, pur, illuminant, remplissant chaque petit coin de corniche de la chapelle, d'un portrait de saint (*), enfin, et par-dessus tout, la parfaite bonté, la tendresse pour tous les animaux. N'êtes-vous pas, quand vous contemplez cet heureux spectacle, mieux en état de comprendre quelle sorte d'hommes furent ceux qui mirent à l'abri du tumulte des guerres les doux coins de prairies qu'arrosent vos propres rivières descendues des montagnes, à Bolton et Fountains, Furnest et Tintern? Mais, du saint lui-même, Carpaccio n'a que du bien à vous dire. Les moines vulgaires étaient, du moins, des créatures inoffensives, mais lui est une créature forte et bienfaisante. «Calme, devant le lion!» dit le Guide avec sa perspicacité habituelle, comme si, seul, le saint avait le courage d'affronter la bête furieuse,—un Daniel dans la fosse aux lions! Ils pourraient aussi bien dire de la beauté vénitienne de Carpaccio qu'elle est calme devant le petit chien. Le saint fait entrer son nouveau favori comme il amènerait un agneau, et il exhorte vainement ses frères à ne pas être ridicules.«L'herbe sur laquelle ils ont laissé tomber leurs livres est ornée de fleurs; il n'y a aucun signe de trouble ni d'ascétisme sur le visage du vieillard, il est évidemment tout à fait heureux, sa vie étant complète et la scène entière est le spectacle de la simplicité et de la sécurité idéales de la sagesse céleste:«Ses chemins sont des chemins charmants et tous ses sentiers sont la paix.»—(Note du Traducteur.)Le verset biblique qui termine cette citation est tiré des Proverbes (III, 17).(*) Voyez la partie du monastère qu'on aperçoit au loin, dans le tableau du lion, avec ses fragments de fresque sur le mur, sa porte couverte de lierre et sa corniche enluminée.
[141]Le meilleur endroit pour lire ce chapitre est l'église San Giorgio dei Schiavoni à Venise. On prend une gondole et dans un calme canal, un peu avant d'arriver à l'infini frémissant et miroitant de la lagune on aborde à cet «Autel des Esclaves» où on peut voir (quand le soleil les éclaire) les peintures que Carpaccio a consacrées à saint Jérôme. Il faut avoir avec soiSaint Mark's Restet lire tout entier le chapitre dont je donne ici un important extrait, non que ce soit un des meilleurs de Ruskin, mais parce qu'il a été visiblement écrit sous l'empire des mêmes préoccupations que le chapitre III de la Bible d'Amiens,—et pour donner au «Dompteur du lion» une illustration où l'on voie «le lion». C'est de septembre 1876 à mai 1877, c'est-à-dire deux ou trois ans avant de commencer laBible d'Amiensque Ruskin était allé étudier Carpaccio à Venise. Voici le passage deSaint-Mark's Rest:
«Mais le tableau suivant! Comment a-t-on jamais pu permettre que pareille chose fût placée dans une église! Assurément rien ne pourrait être plus parfait comme art comique; saint Jérôme, en vérité, introduisant son lion novice dans la vie monastique, et l'effet produit sur l'esprit monastique vulgaire.
«Ne vous imaginez pas un instant que Carpaccio ne voie pas le comique de tout ceci, aussi bien que vous, peut-être même un peu mieux. «Demandez après lui demain, croyez-moi, et vous le trouverez un homme grave.»
«Mais aujourd'hui Mercutio lui-même n'est pas plus fantasque ni Shakespeare lui-même plus gai dans sa fantaisie du «doux animal et d'une bonne conscience» que n'est ici le peintre quand il dessine son lion souriant délicatement avec sa tête penchée de côté comme un saint du Pérugin, et sa patte gauche levée, en partie pour montrer la blessure faite par l'épine, en partie en signe de prière:
Car si je devais, comme lion venir en lutteEn ce lieu, ce serait pitié pour ma vie.
«Les moines s'enfuyant sont tout d'abord à peine intelligibles et ne semblent que des masses obliques blanches et bleues; et il y a eu grande discussion entre M. Muray et moi pendant qu'il dessinait le tableau pour le Musée de Sheffield, pour savoir si l'action de fuir était, en réalité, bien rendue ou non: lui, maintenant que les moines couraient réellement comme des archers olympiques...; moi, au contraire, estimant que Carpaccio a échoué, n'ayant pas le don de représenter le mouvement rapide. Nous avons probablement raison tous deux, je ne doute pas que l'action de courir, du moment que M. Murray le dit, soit bien dessinée; mais à cette époque les peintres vénitiens n'avaient appris à représenter qu'un mouvement lent et digne, et ce n'est que cinquante ans plus tard, sous l'influence classique, que vint la puissance impétueuse de Véronèse et du Tintoret.
«Mais il y a beaucoup de questions bien plus profondes à se poser relativement à ce sujet de saint Jérôme que celle de l'habileté artistique. Le tableau, en effet, est une raillerie; mais n'est-ce qu'une raillerie? La tradition elle-même est-elle une raillerie? ou est-ce seulement par notre faute, et peut-être par celle de Carpaccio, que nous la faisons telle?
«En tous cas, veuillez, en premier lieu, vous souvenir que Carpaccio, comme je vous l'ai souvent dit, n'est pas responsable lui-même en cette circonstance. Il commence par se préoccuper de son sujet, comptant, sans aucun doute, l'exécuter très sérieusement. Mais son esprit n'est pas plus tôt fixé dessus que la vision s'en présente à lui comme une plaisanterie et il est forcé de le peindre ainsi. Forcé par les destins... C'est à Atropos et non à Carpaccio que nous devons demander pourquoi ce tableau nous fait rire; et pourquoi la tradition qu'il rappelle nous paraît purement chimérique et n'est plus qu'un objet de risée. Maintenant que ma vie touche à son déclin il n'est pas un jour qui ne passe sans avoir augmenté mes doutes sur le bien fondé des mépris où nous nous complaisons et mon désir anxieux de découvrir ce qu'il y avait à la racine des récits des hommes de bien, qui sont maintenant la fortune du moqueur.
«Et j'ai besoin de lire une bonneVie de saint Jérôme.Et si je vais chez M. Ongania je trouverai, je suppose, l'autobiographie de George Sand, et la vie de M. Sterling peut-être; et de M. Werner, écrit par mon propre maître et qu'en effet j'ai lu, mais j'oublie maintenant qui furent soit M. Sterling ou M. Werner; et aussi peut-être j'y trouverai dans la littérature religieuse la vie de M. Wilberforce et de Mrs Fry; mais non le plus petit renseignement sur saint Jérôme. Auquel néanmoins, toute la charité de George Sand, et toute l'ingénuité de M. Sterling, et toute la bienfaisance de M. Wilberforce, et une grande quantité, sans que nous le sachions, du bonheur quotidien et de la paix de nos propres petites vies de chaque jour, sont véritablement redevables, comme à une charmante vieille paire de lunettes spirituelles sans lesquelles nous n'eussions jamais lu un mot de laBible protestante.Il est, toutefois, inutile de commencer une vie de saint Jérôme à présent, et de peu d'utilité pourtant de regarder ces tableaux sans avoir une vie de saint Jérôme, mais il faut seulement que vous sachiez clairement ceci sur lui, qui n'est pas le moins du monde douteux ni mythique, mais entièrement vrai, et qui est le commencement de faits d'une importance sans limites pour toute l'Europe moderne—à savoir, qu'il était né de bonne ou du moins de riche famille, en Dalmatie, c'est-à-dire à mi-chemin entre l'Orient et l'Occident; qu'il rendit le grand livre de l'Orient, la Bible, lisible pour l'Occident, qu'il fut le premier grand maître de la noblesse du savoir et de l'ascétisme affable et cultivé, comme opposés à l'ascétisme barbare; le fondateur, à proprement dire, de la cellule bien arrangée et du jardin soigné, là où avant il n'y avait que le désert et le bois inculte,—et qu'il mourut dans le monastère qu'il avait fondé à Bethléem.
«C'est cette union d'une vie douce et raffinée avec une noble continence, cet amour et cette imagination illuminant la caverne de la montagne et en faisant un cloître couvert de fresques, amenant ses bêtes sauvages à devenir des amis domestiques, que Carpaccio a reçu ordre de peindre pour nous, et avec un incessant raffinement d'imagination exquise il remplit ces trois canevas d'incidents qui signifiaient, à ce que je crois, l'histoire de toute la vie monastique, et la mort, et la vie spirituelle pour toujours: le pouvoir de ce grand et sage et bienfaisant esprit régnant à jamais sur toute culture domestique; et le secours que la société des âmes des créatures inférieures apporte avec elle à la plus haute intelligence et à la vertu de l'homme. Et si au dernier tableau,—saint Jérôme en train de travailler, pendant que son chien blanc» [dansPræterita(III, II) Ruskin dit que son chien Wisie était exactement pareil au chien de saint Jérôme dans Carpaccio] «observe d'un air satisfait son visage,—vous voulez comparer, dans votre souvenir, un morceau de chasse par Rubens ou Snyders, où les chiens éventrés roulent sur le sol dans leur sang, vous commencerez peut-être à sentir qu'il y a quelque chose de plus sérieux dans ce kaléidoscope de la chapelle de Saint-Georges que vous ne l'aviez cru d'abord. Et, si vous vous soudez de continuer à le suivre avec moi, pensons à ce sujet risible un peu plus tranquillement.
«180. Quel témoignage nous est apporté ici, volontairement ou involontairement, au sujet de la vie monastique, par un homme de la perception la plus subtile, vivant au milieu d'elle? Que tous les moines qui ont aperçu le lion sont terrifiés à en perdre l'esprit. Quelle preuve curieuse de la timidité du monachisme! Voici des hommes qui font profession de préférer à la Terre le Ciel—se préparant à passer de l'une à l'autre—comme à la récompense de tout leur sacrifice présent! Et voilà la façon dont ils reçoivent la première chance qui leur est offerte d'accomplir ce changement d'état.
«Évidemment l'impression de Carpaccio sur les moines doit être qu'ils étaient plus braves ou meilleurs que les autres hommes, mais qu'ils aimaient les livres, et les jardins, et la paix, et avaient peur de la mort, par conséquent reculaient devant les formes du danger qui étaient l'affaire des guerriers de la chevalerie, d'une façon quelque peu égoïste et mesquine.
«Il les regarde clairement dans leur rôle de chevaliers. Ce qu'il pourra nous dire ensuite de bien sur eux ne sera pas d'un témoin prévenu en leur faveur. Il nous en dit cependant quelque bien, même ici. L'arrangement, agréable dans la sauvagerie, des arbres; les bâtiments pour les besoins religieux et agricoles disposés comme dans une exploitation américaine de défrichement, çà et là, comme si le terrain avait été préparé pour eux; la grâce parfaite d'un art joyeux, pur, illuminant, remplissant chaque petit coin de corniche de la chapelle, d'un portrait de saint (*), enfin, et par-dessus tout, la parfaite bonté, la tendresse pour tous les animaux. N'êtes-vous pas, quand vous contemplez cet heureux spectacle, mieux en état de comprendre quelle sorte d'hommes furent ceux qui mirent à l'abri du tumulte des guerres les doux coins de prairies qu'arrosent vos propres rivières descendues des montagnes, à Bolton et Fountains, Furnest et Tintern? Mais, du saint lui-même, Carpaccio n'a que du bien à vous dire. Les moines vulgaires étaient, du moins, des créatures inoffensives, mais lui est une créature forte et bienfaisante. «Calme, devant le lion!» dit le Guide avec sa perspicacité habituelle, comme si, seul, le saint avait le courage d'affronter la bête furieuse,—un Daniel dans la fosse aux lions! Ils pourraient aussi bien dire de la beauté vénitienne de Carpaccio qu'elle est calme devant le petit chien. Le saint fait entrer son nouveau favori comme il amènerait un agneau, et il exhorte vainement ses frères à ne pas être ridicules.
«L'herbe sur laquelle ils ont laissé tomber leurs livres est ornée de fleurs; il n'y a aucun signe de trouble ni d'ascétisme sur le visage du vieillard, il est évidemment tout à fait heureux, sa vie étant complète et la scène entière est le spectacle de la simplicité et de la sécurité idéales de la sagesse céleste:
«Ses chemins sont des chemins charmants et tous ses sentiers sont la paix.»—(Note du Traducteur.)
Le verset biblique qui termine cette citation est tiré des Proverbes (III, 17).
(*) Voyez la partie du monastère qu'on aperçoit au loin, dans le tableau du lion, avec ses fragments de fresque sur le mur, sa porte couverte de lierre et sa corniche enluminée.
[142]Milman,Histoire du Christianisme, vol. III, p. 162. Remarquez la phrase en italique, car elle relate la vraie origine de la papauté.—(Note de l'Auteur.)
[142]Milman,Histoire du Christianisme, vol. III, p. 162. Remarquez la phrase en italique, car elle relate la vraie origine de la papauté.—(Note de l'Auteur.)
[143]Saint Mathieu, X, 37. Cf.Fors Clavigera: «Il vient une heure pour tous ses vrais disciples où cette parole du Christ doit entrer dans leur cœur: «Celui qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi.» Quitter la maison où est votre paix, être en rivalité avec ceux qui vous sont chers: c'est cela—si les paroles du Christ ont un sens—c'est bien cela qui sera demandé à ses vrais disciples.»—(Note du Traducteur.)
[143]Saint Mathieu, X, 37. Cf.Fors Clavigera: «Il vient une heure pour tous ses vrais disciples où cette parole du Christ doit entrer dans leur cœur: «Celui qui aime son père et sa mère plus que moi n'est pas digne de moi.» Quitter la maison où est votre paix, être en rivalité avec ceux qui vous sont chers: c'est cela—si les paroles du Christ ont un sens—c'est bien cela qui sera demandé à ses vrais disciples.»—(Note du Traducteur.)
[144]Cf.Sesame and Lilies, of Kings Treasuries, 17: «Quel effet singulier et salutaire cela aurait sur nous qui sommes habitués à prendre l'acception usuelle d'un mot pour le sens véritable de ce mot, si nous gardions la forme grecquebiblosoubiblioncomme l'expression juste pour «livre», au lieu de l'employer seulement dans le cas particulier où nous désirons donner de la dignité à l'idée et si nous le traduisions en anglais partout ailleurs. Par exemple, nous traduirions ainsiles Actes des Apôtres(XIX, 19): «Beaucoup de ceux qui exerçaient des arts magiques réunirent leurs Bibles et les brûlèrent devant tous les hommes, et en comptèrent le prix et le trouvèrent de cinquante mille pièces d'argent.» Et si au contraire nous traduisions là où nous la conservons, et parlons toujours du Saint Livre au lieu de la Sainte Bible, etc.»—(Note du Traducteur.)
[144]Cf.Sesame and Lilies, of Kings Treasuries, 17: «Quel effet singulier et salutaire cela aurait sur nous qui sommes habitués à prendre l'acception usuelle d'un mot pour le sens véritable de ce mot, si nous gardions la forme grecquebiblosoubiblioncomme l'expression juste pour «livre», au lieu de l'employer seulement dans le cas particulier où nous désirons donner de la dignité à l'idée et si nous le traduisions en anglais partout ailleurs. Par exemple, nous traduirions ainsiles Actes des Apôtres(XIX, 19): «Beaucoup de ceux qui exerçaient des arts magiques réunirent leurs Bibles et les brûlèrent devant tous les hommes, et en comptèrent le prix et le trouvèrent de cinquante mille pièces d'argent.» Et si au contraire nous traduisions là où nous la conservons, et parlons toujours du Saint Livre au lieu de la Sainte Bible, etc.»—(Note du Traducteur.)
[145]Cette sorte d'ignorance de ce qui est au fond de leur âme est à la base de l'idée que Ruskin se fait de tous les prophètes, c'est-à-dire de tous les hommes vraiment géniaux. Parlant de lui-même il dit: «Ainsi, d'année en année, j'ai été amené à parler, ne sachant pas, lorsque je dépliais le rouleau où était contenu mon message, ce qui se trouverait plus bas, pas plus qu'un brin d'herbe ne sait quelle sera la forme de son fruit (Fors, IV, lettre LXXVIII, p. 121) et parlant des derniers jours de la vie de Moïse: «Quand il vit se dérouler devant lui l'histoire entière de ces quarante dernières années et quand le mystère de son propre ministère lui fut enfin révélé» (Modern Painters, IV, V, XX, 46, cité par M. Brunhes). Mais cet avenir que les hommes ne voient pas, est déjà contenu dans leur cœur. Et Ruskin me semble ne jamais l'avoir exprimé d'une façon plus mystérieuse et plus belle que dans cette phrase sur Giotto enfant, quand pour la première fois il vit Florence: «Il vit à ses pieds les innombrables tours de la cité des lys; mais la plus belle de toutes (le Campanile) était encore cachée dans les profondeurs de son propre cœur» (Giotto and his work in Padua, p. 321 de l'édition américaine:The Poetry of Architecture; Giotto and his work in Padua).—(Note du Traducteur.)
[145]Cette sorte d'ignorance de ce qui est au fond de leur âme est à la base de l'idée que Ruskin se fait de tous les prophètes, c'est-à-dire de tous les hommes vraiment géniaux. Parlant de lui-même il dit: «Ainsi, d'année en année, j'ai été amené à parler, ne sachant pas, lorsque je dépliais le rouleau où était contenu mon message, ce qui se trouverait plus bas, pas plus qu'un brin d'herbe ne sait quelle sera la forme de son fruit (Fors, IV, lettre LXXVIII, p. 121) et parlant des derniers jours de la vie de Moïse: «Quand il vit se dérouler devant lui l'histoire entière de ces quarante dernières années et quand le mystère de son propre ministère lui fut enfin révélé» (Modern Painters, IV, V, XX, 46, cité par M. Brunhes). Mais cet avenir que les hommes ne voient pas, est déjà contenu dans leur cœur. Et Ruskin me semble ne jamais l'avoir exprimé d'une façon plus mystérieuse et plus belle que dans cette phrase sur Giotto enfant, quand pour la première fois il vit Florence: «Il vit à ses pieds les innombrables tours de la cité des lys; mais la plus belle de toutes (le Campanile) était encore cachée dans les profondeurs de son propre cœur» (Giotto and his work in Padua, p. 321 de l'édition américaine:The Poetry of Architecture; Giotto and his work in Padua).—(Note du Traducteur.)
[146]Saint Luc, XVI, 31.—(Note du Traducteur.)
[146]Saint Luc, XVI, 31.—(Note du Traducteur.)
[147]Gibbon, chap. XV (II, 277).
[147]Gibbon, chap. XV (II, 277).
[148]Ibid., II, 283.—Son expression «les plus instruits et les plus riches» doit être retenue comme confirmation de ce fait qui apparaît éternellement dans le christianisme que des cerveaux modestes dans leurs conceptions, et des vies peu soucieuses du gain sont les plus aptes à recevoir ce qu'il y a d'éternel dans les principes chrétiens.—(Note de l'Auteur.)
[148]Ibid., II, 283.—Son expression «les plus instruits et les plus riches» doit être retenue comme confirmation de ce fait qui apparaît éternellement dans le christianisme que des cerveaux modestes dans leurs conceptions, et des vies peu soucieuses du gain sont les plus aptes à recevoir ce qu'il y a d'éternel dans les principes chrétiens.—(Note de l'Auteur.)
[149]Saint Paul, Éphésiens, II, 2, et V, 6 ;—Colossiens, III, 6.—(Note du Traducteur.)
[149]Saint Paul, Éphésiens, II, 2, et V, 6 ;—Colossiens, III, 6.—(Note du Traducteur.)
[150]Saint Matthieu, XVI, 24;—Saint Marc, VIII, 34, et X, 21. Voir dans le post-scriptum de mon Introduction une phrase desLectures on Artoù cette parole de saint Matthieu est magnifiquement commentée.—(Note du Traducteur.)
[150]Saint Matthieu, XVI, 24;—Saint Marc, VIII, 34, et X, 21. Voir dans le post-scriptum de mon Introduction une phrase desLectures on Artoù cette parole de saint Matthieu est magnifiquement commentée.—(Note du Traducteur.)
[151]Un des plus curieux aspects de la pensée évangélique moderne est l'aimable connexité qu'elle établit entre la vérité de l'Évangile et l'extension du commerce lucratif! Voyez plus loin la note pages 231, 238, 239.—(Note de l'Auteur.)
[151]Un des plus curieux aspects de la pensée évangélique moderne est l'aimable connexité qu'elle établit entre la vérité de l'Évangile et l'extension du commerce lucratif! Voyez plus loin la note pages 231, 238, 239.—(Note de l'Auteur.)
[152]«Prenez aussi le casque du salut et l'épée de l'Esprit qui est la parole de Dieu (saint Paul, Éphésiens, VI, 17). Saint Paul développe l'image dans l'Épître aux Hébreux (IV, 12).—(Note du Traducteur.)
[152]«Prenez aussi le casque du salut et l'épée de l'Esprit qui est la parole de Dieu (saint Paul, Éphésiens, VI, 17). Saint Paul développe l'image dans l'Épître aux Hébreux (IV, 12).—(Note du Traducteur.)