7.Reges ex[1]nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita aut libera[2]potestas, et duces exemplo potius quam imperio, si prompti, si conspicui, si ante aciem agant, admiratione præsunt[3]. Ceterum neque animadvertere[4]neque vincire, ne verberare quidem nisi sacerdotibuspermissum, non quasi[5]in pœnam nec ducis jussu, sed velut deo imperante, quem adesse bellantibus credunt. Effigiesque et signa[6]quædam detracta lucis in prœlium ferunt. Quodque[7]præcipuum fortitudinis incitamentum est, non casus nec fortuita conglobatio[8]turmam aut cuneum[9]facit, sed familiæ et propinquitates; et in proximo pignora[10], unde feminarum ululatus audiri[11], unde vagitus infantium. Hi cuique sanctissimi testes, hi maximi laudatores: ad matres, ad conjuges vulnera ferunt[12]; nec illæ numerare aut exigere plagaspavent, cibosque et hortamina[13]pugnantibus gestant.
7.Reges ex[1]nobilitate, duces ex virtute sumunt. Nec regibus infinita aut libera[2]potestas, et duces exemplo potius quam imperio, si prompti, si conspicui, si ante aciem agant, admiratione præsunt[3]. Ceterum neque animadvertere[4]neque vincire, ne verberare quidem nisi sacerdotibuspermissum, non quasi[5]in pœnam nec ducis jussu, sed velut deo imperante, quem adesse bellantibus credunt. Effigiesque et signa[6]quædam detracta lucis in prœlium ferunt. Quodque[7]præcipuum fortitudinis incitamentum est, non casus nec fortuita conglobatio[8]turmam aut cuneum[9]facit, sed familiæ et propinquitates; et in proximo pignora[10], unde feminarum ululatus audiri[11], unde vagitus infantium. Hi cuique sanctissimi testes, hi maximi laudatores: ad matres, ad conjuges vulnera ferunt[12]; nec illæ numerare aut exigere plagaspavent, cibosque et hortamina[13]pugnantibus gestant.
[1]Ex, suivant, d’après: cf.3,ex ingenio suo.[2]Infinita aut libera. Bien que cette expression ait l’air d’un pléonasme, on peut trouver entre ces deux adjectifs une différence de sens accentuée par l’emploi deautau lieu deet. Trad.: «Le pouvoir des rois n’est pas illimité ou même simplement sans contrôle.» — Tandis que les Romains de la république méprisaient les barbares en les regardant comme les esclaves de leurs rois, les Romains de l’empire, opprimés par les tyrans, en étaient venus à envier la liberté de ces mêmes barbares; Lucain (Phars., VII) appelle la libertéGermanum Scythicumque bonum.[3]Cette phrase est remarquable par l’emploi répété (anaphore) desi, qui, entraînant la suppression de la liaison, ajoute beaucoup de vivacité. De plus l’asyndète entreexemplo potiusquam imperioetadmirationeindique une forte gradation. Pour le subjonctif aprèssi, cf. 14, note4.[4]Animadvertere, non pas simplement punir, mais punir de mort. La gradation dansanimadvertere,vincire,verberare, est descendante. Pour les Romainsvincireest plus fort queverberare. Cependant Cicéron (in Verr., II, 5, 170), à propos du supplice de Gavius, observe un ordre différent:Facinus est vinciri civem romanum, scelus verberari, prope parricidium necari.[5]Quasitombe également surducis jussu. On peut reconnaître ici une sorte d’hendiadyn:in pœnam nec ducis jussuéquivaut à:in poenam ducis jussu ab aliquo petendam. Cf. 25, note7. —Deo, la divinité en général parce qu’elle changeait de nom suivant les peuplades. — Ici, comme en beaucoup d’autres endroits, Tacite prête aux coutumes des Germains des raisons d’être que ceux-ci ne soupçonnaient pas. Il use habilement de ce procédé pour faire la leçon à ses compatriotes.[6]Effigies et signa, des images et des symboles. Ces images n’étaient pas des statues de forme humaine, mais représentaient des animaux tels que loups, ours. Cf.Hist., IV, 22. Ces symboles étaient des étendards ou des armes: ainsi la lance était l’attribut de Wôdan, le marteau celui de Thunar.[7]Quod. Cette proposition relative forme une apposition à toute la proposition qui suit. —Præcipuum: cf. 6, note18.[8]Non casus nec fortuita conglobatio, comme s’il y avait:non casus fortuitæ conglobationis; expression qui tient à la fois de l’hendiadyn et du pléonasme.[9]Turmase dit des cavaliers,cuneus, des fantassins. Cf.6.[10]Pignora, litt., «gages, objets d’affection». Suivi ou non deconjugum liberorumque, ce mot se dit souvent des membres de la famille.[11]Audiri. Cet emploi de l’infinitif est remarquable. On attendraitaudire est, ouaudiri possuntouaudias. C’est peut-être une imitation de cet infinitif descriptif chez Virgile,Énéide, VII, 15:Hinc exaudiri gemitus.[12]Il y a dans cette phrase un emploi répété de l’anaphore:unde, unde;hi, hi;ad, ad; la couleur poétique est très marquée dans ce passage.[13]Cibos et hortamina. Tacite réunit ici encore l’abstrait et le concret comme au ch.1:Metu aut montibus. Cf. Hugo (Burgraves, I,VII): «Debout sur sa montagne et dans sa volonté.» —Hortamen, au lieu deHortamentum, est poétique; on trouve chez Ovide une foule de mots de ce genre, qui ont l’avantage d’entrer facilement dans la mesure du vers.
[1]Ex, suivant, d’après: cf.3,ex ingenio suo.
[2]Infinita aut libera. Bien que cette expression ait l’air d’un pléonasme, on peut trouver entre ces deux adjectifs une différence de sens accentuée par l’emploi deautau lieu deet. Trad.: «Le pouvoir des rois n’est pas illimité ou même simplement sans contrôle.» — Tandis que les Romains de la république méprisaient les barbares en les regardant comme les esclaves de leurs rois, les Romains de l’empire, opprimés par les tyrans, en étaient venus à envier la liberté de ces mêmes barbares; Lucain (Phars., VII) appelle la libertéGermanum Scythicumque bonum.
[3]Cette phrase est remarquable par l’emploi répété (anaphore) desi, qui, entraînant la suppression de la liaison, ajoute beaucoup de vivacité. De plus l’asyndète entreexemplo potiusquam imperioetadmirationeindique une forte gradation. Pour le subjonctif aprèssi, cf. 14, note4.
[4]Animadvertere, non pas simplement punir, mais punir de mort. La gradation dansanimadvertere,vincire,verberare, est descendante. Pour les Romainsvincireest plus fort queverberare. Cependant Cicéron (in Verr., II, 5, 170), à propos du supplice de Gavius, observe un ordre différent:Facinus est vinciri civem romanum, scelus verberari, prope parricidium necari.
[5]Quasitombe également surducis jussu. On peut reconnaître ici une sorte d’hendiadyn:in pœnam nec ducis jussuéquivaut à:in poenam ducis jussu ab aliquo petendam. Cf. 25, note7. —Deo, la divinité en général parce qu’elle changeait de nom suivant les peuplades. — Ici, comme en beaucoup d’autres endroits, Tacite prête aux coutumes des Germains des raisons d’être que ceux-ci ne soupçonnaient pas. Il use habilement de ce procédé pour faire la leçon à ses compatriotes.
[6]Effigies et signa, des images et des symboles. Ces images n’étaient pas des statues de forme humaine, mais représentaient des animaux tels que loups, ours. Cf.Hist., IV, 22. Ces symboles étaient des étendards ou des armes: ainsi la lance était l’attribut de Wôdan, le marteau celui de Thunar.
[7]Quod. Cette proposition relative forme une apposition à toute la proposition qui suit. —Præcipuum: cf. 6, note18.
[8]Non casus nec fortuita conglobatio, comme s’il y avait:non casus fortuitæ conglobationis; expression qui tient à la fois de l’hendiadyn et du pléonasme.
[9]Turmase dit des cavaliers,cuneus, des fantassins. Cf.6.
[10]Pignora, litt., «gages, objets d’affection». Suivi ou non deconjugum liberorumque, ce mot se dit souvent des membres de la famille.
[11]Audiri. Cet emploi de l’infinitif est remarquable. On attendraitaudire est, ouaudiri possuntouaudias. C’est peut-être une imitation de cet infinitif descriptif chez Virgile,Énéide, VII, 15:Hinc exaudiri gemitus.
[12]Il y a dans cette phrase un emploi répété de l’anaphore:unde, unde;hi, hi;ad, ad; la couleur poétique est très marquée dans ce passage.
[13]Cibos et hortamina. Tacite réunit ici encore l’abstrait et le concret comme au ch.1:Metu aut montibus. Cf. Hugo (Burgraves, I,VII): «Debout sur sa montagne et dans sa volonté.» —Hortamen, au lieu deHortamentum, est poétique; on trouve chez Ovide une foule de mots de ce genre, qui ont l’avantage d’entrer facilement dans la mesure du vers.
8.Memoriæ proditur quasdam acies inclinatas jam et labantes[1]a feminis restitutas constantia precum et objectu pectorum[2]et monstrata cominus[3]captivitate, quam longe impatientius feminarum suarum nomine[4]timent, adeo ut[5]efficacius obligentur animi civitatum quibus inter obsides puellæ quoque nobiles imperantur[6]. Inesse quin etiam sanctum aliquid et providum[7]putant, nec aut consilia earum aspernantur aut responsa negligunt. Vidimus[8]sub divo Vespasiano Veledam diu apud plerosque[9]numinis loco habitam; sed et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec tanquam[10]facerent deas.
8.Memoriæ proditur quasdam acies inclinatas jam et labantes[1]a feminis restitutas constantia precum et objectu pectorum[2]et monstrata cominus[3]captivitate, quam longe impatientius feminarum suarum nomine[4]timent, adeo ut[5]efficacius obligentur animi civitatum quibus inter obsides puellæ quoque nobiles imperantur[6]. Inesse quin etiam sanctum aliquid et providum[7]putant, nec aut consilia earum aspernantur aut responsa negligunt. Vidimus[8]sub divo Vespasiano Veledam diu apud plerosque[9]numinis loco habitam; sed et olim Albrunam et complures alias venerati sunt, non adulatione nec tanquam[10]facerent deas.
[1]Inclinatas et labantes, qui commençaient à plier et à lâcher pied. —Restituere, de même que nous disons en français «rétablir» la bataille en ramenant les soldats au combat.[2]Objectu pectorum, au lieu deobjectis pectoribus. L’ablatif du nom abstrait, chez les auteurs de l’époque impériale, remplace souvent le participe passif. Tacite cherche ici la variété, puisquemonstrata captivitatesuit immédiatement. — Les Romains avaient observé cet usage des femmes germaines lors de l’invasion des Cimbres. D’après Plutarque (Marius, 19), les femmes des barbares tuaient les fuyards, écrasaient leurs enfants sous les chars, puis s’égorgeaient elles-mêmes.[3]Cominusa ici la valeur d’un adjectif, comme s’il y avait:dum captivitatem proximam (in proximo) esse monstrant. Cf.Ann., II, 20:Imparem cominus pugnam.[4]Nomine, «pour le compte de» ou simplement «pour».Cicéron:meo nomine, par égard pour moi, à ma considération.[5]Adeo utmarque une gradation, sur laquellequin etiam, deux lignes plus loin, renchérira encore.[6]Cet usage n’était pas inconnu en Italie, puisque les Romains eux-mêmes avaient donné comme otages à Porséna des jeunes filles, et parmi elles Clélie.[7]Providum. Il ne s’agit pas seulement de prudence ou de prévoyance, mais de caractère prophétique.[8]Bien queVidimusne signifie pas nécessairement que Tacite ait vu lui-même Véléda, on peut cependant le supposer, car elle fut amenée à Rome.Stace,Sylv., I, 4, 90:Captivæque preces Veledæ.[9]Pleriquese prend souvent chez Tacite dans le sens demulti.[10]Tanquam: cf. 20, note11. Ici encore Tacite interprète les actes des Germains pour faire la leçon aux Romains. Selon lui, les barbares agissaient ainsi par une superstition de bonne foi moins honteuse que la servilité qui poussait les Romains à déclarer déesses et à adorer, sans conviction, les sœurs et les épouses de leurs tyrans.
[1]Inclinatas et labantes, qui commençaient à plier et à lâcher pied. —Restituere, de même que nous disons en français «rétablir» la bataille en ramenant les soldats au combat.
[2]Objectu pectorum, au lieu deobjectis pectoribus. L’ablatif du nom abstrait, chez les auteurs de l’époque impériale, remplace souvent le participe passif. Tacite cherche ici la variété, puisquemonstrata captivitatesuit immédiatement. — Les Romains avaient observé cet usage des femmes germaines lors de l’invasion des Cimbres. D’après Plutarque (Marius, 19), les femmes des barbares tuaient les fuyards, écrasaient leurs enfants sous les chars, puis s’égorgeaient elles-mêmes.
[3]Cominusa ici la valeur d’un adjectif, comme s’il y avait:dum captivitatem proximam (in proximo) esse monstrant. Cf.Ann., II, 20:Imparem cominus pugnam.
[4]Nomine, «pour le compte de» ou simplement «pour».Cicéron:meo nomine, par égard pour moi, à ma considération.
[5]Adeo utmarque une gradation, sur laquellequin etiam, deux lignes plus loin, renchérira encore.
[6]Cet usage n’était pas inconnu en Italie, puisque les Romains eux-mêmes avaient donné comme otages à Porséna des jeunes filles, et parmi elles Clélie.
[7]Providum. Il ne s’agit pas seulement de prudence ou de prévoyance, mais de caractère prophétique.
[8]Bien queVidimusne signifie pas nécessairement que Tacite ait vu lui-même Véléda, on peut cependant le supposer, car elle fut amenée à Rome.Stace,Sylv., I, 4, 90:Captivæque preces Veledæ.
[9]Pleriquese prend souvent chez Tacite dans le sens demulti.
[10]Tanquam: cf. 20, note11. Ici encore Tacite interprète les actes des Germains pour faire la leçon aux Romains. Selon lui, les barbares agissaient ainsi par une superstition de bonne foi moins honteuse que la servilité qui poussait les Romains à déclarer déesses et à adorer, sans conviction, les sœurs et les épouses de leurs tyrans.
9.Deorum maxime Mercurium[1]colunt, cui certis diebus humanis quoque hostiis[2]litare fas habent. Herculem ac Martem[3]concessis animalibus[4]placant. Pars Sueborum et Isidi[5]sacrificat: unde causa et origo peregrino sacro[6], parum comperi, nisi quod signum ipsum in modum liburnæ figuratum docet advectam religionem[7].Ceterum nec cohibere parietibus deos neque in ullam humani oris speciem assimulare ex[8]magnitudine cælestium arbitrantur: lucos ac nemora[9]consecrant deorumque nominibus appellant secretum illud[10], quod sola reverentia vident.
9.Deorum maxime Mercurium[1]colunt, cui certis diebus humanis quoque hostiis[2]litare fas habent. Herculem ac Martem[3]concessis animalibus[4]placant. Pars Sueborum et Isidi[5]sacrificat: unde causa et origo peregrino sacro[6], parum comperi, nisi quod signum ipsum in modum liburnæ figuratum docet advectam religionem[7].Ceterum nec cohibere parietibus deos neque in ullam humani oris speciem assimulare ex[8]magnitudine cælestium arbitrantur: lucos ac nemora[9]consecrant deorumque nominibus appellant secretum illud[10], quod sola reverentia vident.
[1]Mercurium. Cet exposé de la religion des Germains, plein de détails intéressants, est malheureusement gâté par l’habitude d’interpréter à la romaine les croyances étrangères. L’assimilation de Wôdan à Mercure repose sur une ressemblance d’attributs. Cf.Mercurii dies, mercredi, etWednesdayen anglais.[2]Hostiis. C’étaient généralement des prisonniers de guerre. C’est ainsi que furent sacrifiés les officiers des légions de Varus. Selon Strabon, les prêtresses égorgeaient ces victimes et tiraient des présages de leur sang.[3]Herculem et Martem: Thunar et Tiu. Comparez l’anglaisTuesdayet le françaismardi.[4]Concessis animalibus, les animaux qu’il est permis de sacrifier, soit parce que les Germains distinguaient entre les animaux ceux qui étaient propres aux sacrifices, soit plus probablement par opposition aux sacrifices humains que la conscience réprouve.[5]Cette prétendue Isis est probablement l’épouse de Wôdan. Isis, épouse d’Osiris, était une divinité égyptienne acceptée par les Romains.[6]Peregrino sacro: datif de possession ou de destination. Cet emploi est fréquent chez Tacite. Cf.Ann., II, 64:Causas bello. —Nisi quod: cf. 29, note11.[7]Religionemsignifie ici non pas doctrine religieuse, mais culte extérieur. Les savants modernes ne sont pas plus renseignés sur ce point que Tacite. On ne sait trop ce que lui-même veut prouver dans ces quelques mots: comme Isis chez les Romains avait pour attribut un navire, a-t-il voulu dire que ce navire est une preuve que cette déesse est bien l’Isis des Romains et des Égyptiens? Le texte paraît signifier que le navire symbolise l’importation de ce culte. —Liburna, navire léger, d’abord propre aux Liburnes d’Illyrie.[8]Ex, en rapport avec. Cf. 7, note5. Encore une interprétation des usages des Germains. Il est fort possible que ce peuple n’eût ni temples ni statues, tout simplement parce qu’il ignorait l’architecture et la sculpture. Les Germains représentèrent d’abord leurs dieux par des symboles ou des attributs, mais plus tard par de vraies statues.[9]Lucos ac nemora. Pléonasme.Lucussignifie plus spécialement bois sacré, mais aussi forêt en général;Nemus, habituellement bois en général, surtout entouré de pâturages, s’emploie aussi pour bois sacré. Ces deux mots sont souvent réunis en poésie.Virgile,Buc., VIII, 86:Per nemora atque altos quærendo bucula lucos.[10]Secretum illud, ils se servent du nom des dieux pour désigner cette présence mystérieuse que la vénération seule leur rend sensible et pour ainsi dire visible. Au contraire les Romains désignaient du nom des dieux, non pas une présence spirituelle, mais la statue elle-même qui habitait le bois sacré et qu’ils voyaient de leurs yeux.
[1]Mercurium. Cet exposé de la religion des Germains, plein de détails intéressants, est malheureusement gâté par l’habitude d’interpréter à la romaine les croyances étrangères. L’assimilation de Wôdan à Mercure repose sur une ressemblance d’attributs. Cf.Mercurii dies, mercredi, etWednesdayen anglais.
[2]Hostiis. C’étaient généralement des prisonniers de guerre. C’est ainsi que furent sacrifiés les officiers des légions de Varus. Selon Strabon, les prêtresses égorgeaient ces victimes et tiraient des présages de leur sang.
[3]Herculem et Martem: Thunar et Tiu. Comparez l’anglaisTuesdayet le françaismardi.
[4]Concessis animalibus, les animaux qu’il est permis de sacrifier, soit parce que les Germains distinguaient entre les animaux ceux qui étaient propres aux sacrifices, soit plus probablement par opposition aux sacrifices humains que la conscience réprouve.
[5]Cette prétendue Isis est probablement l’épouse de Wôdan. Isis, épouse d’Osiris, était une divinité égyptienne acceptée par les Romains.
[6]Peregrino sacro: datif de possession ou de destination. Cet emploi est fréquent chez Tacite. Cf.Ann., II, 64:Causas bello. —Nisi quod: cf. 29, note11.
[7]Religionemsignifie ici non pas doctrine religieuse, mais culte extérieur. Les savants modernes ne sont pas plus renseignés sur ce point que Tacite. On ne sait trop ce que lui-même veut prouver dans ces quelques mots: comme Isis chez les Romains avait pour attribut un navire, a-t-il voulu dire que ce navire est une preuve que cette déesse est bien l’Isis des Romains et des Égyptiens? Le texte paraît signifier que le navire symbolise l’importation de ce culte. —Liburna, navire léger, d’abord propre aux Liburnes d’Illyrie.
[8]Ex, en rapport avec. Cf. 7, note5. Encore une interprétation des usages des Germains. Il est fort possible que ce peuple n’eût ni temples ni statues, tout simplement parce qu’il ignorait l’architecture et la sculpture. Les Germains représentèrent d’abord leurs dieux par des symboles ou des attributs, mais plus tard par de vraies statues.
[9]Lucos ac nemora. Pléonasme.Lucussignifie plus spécialement bois sacré, mais aussi forêt en général;Nemus, habituellement bois en général, surtout entouré de pâturages, s’emploie aussi pour bois sacré. Ces deux mots sont souvent réunis en poésie.Virgile,Buc., VIII, 86:Per nemora atque altos quærendo bucula lucos.
[10]Secretum illud, ils se servent du nom des dieux pour désigner cette présence mystérieuse que la vénération seule leur rend sensible et pour ainsi dire visible. Au contraire les Romains désignaient du nom des dieux, non pas une présence spirituelle, mais la statue elle-même qui habitait le bois sacré et qu’ils voyaient de leurs yeux.
10.Auspicia sortesque[1]ut qui maxime[2]observant. Sortium consuetudo simplex: virgam frugiferæ[3]arbori decisam in surculos amputant eosque notis quibusdam discretos super candidam vestem temere ac fortuito spargunt.Mox[4], si publice consultetur, sacerdos civitatis, sin privatim, ipse pater familiæ, precatus deos cælumque suspiciens ter singulos[5]tollit, sublatos secundum impressam ante notam interpretatur. Si prohibuerunt[6], nulla de eadem re in eumdem diem[7]consultatio; sin permissum, auspiciorum adhuc[8]fides exigitur. Et illud quidem etiam hic notum, avium voces volatusque interrogare: proprium gentis[9]equorum quoque præsagia ac monitus experiri. Publice aluntur iisdem nemoribus[10]ac lucis, candidi et nullo[11]mortali opere contacti; quos pressossacro curru[12]sacerdos ac rex vel princeps[13]civitatis comitantur hinnitusque ac fremitus observant. Nec ulli auspicio major fides, non solum apud plebem, sed apud proceres; sacerdotes enim ministros deorum, illos[14]conscios putant. Est et[15]alia observatio auspiciorum, qua gravium bellorum eventus explorant. Ejus gentis, cum qua bellum est, captivum quoquo modo[16]interceptum cum electo popularium suorum, patriis quemque armis, committunt: victoria hujus vel illius pro præjudicio[17]accipitur.
10.Auspicia sortesque[1]ut qui maxime[2]observant. Sortium consuetudo simplex: virgam frugiferæ[3]arbori decisam in surculos amputant eosque notis quibusdam discretos super candidam vestem temere ac fortuito spargunt.Mox[4], si publice consultetur, sacerdos civitatis, sin privatim, ipse pater familiæ, precatus deos cælumque suspiciens ter singulos[5]tollit, sublatos secundum impressam ante notam interpretatur. Si prohibuerunt[6], nulla de eadem re in eumdem diem[7]consultatio; sin permissum, auspiciorum adhuc[8]fides exigitur. Et illud quidem etiam hic notum, avium voces volatusque interrogare: proprium gentis[9]equorum quoque præsagia ac monitus experiri. Publice aluntur iisdem nemoribus[10]ac lucis, candidi et nullo[11]mortali opere contacti; quos pressossacro curru[12]sacerdos ac rex vel princeps[13]civitatis comitantur hinnitusque ac fremitus observant. Nec ulli auspicio major fides, non solum apud plebem, sed apud proceres; sacerdotes enim ministros deorum, illos[14]conscios putant. Est et[15]alia observatio auspiciorum, qua gravium bellorum eventus explorant. Ejus gentis, cum qua bellum est, captivum quoquo modo[16]interceptum cum electo popularium suorum, patriis quemque armis, committunt: victoria hujus vel illius pro præjudicio[17]accipitur.
[1]Auspiciaetsortes. Comme on le voit par le reste du chapitre, ces mots ne sont nullement synonymes.Sortes, divination par le sort. Cette coutume fut sévèrement réprimée par les lois après la conversion des Germains au Christianisme, mais elle survécut au paganisme sous la forme des jugements de Dieu.[2]Ut qui maxime, autant que personne. (Gr. lat., 371.)[3]Frugiferæest pris ici dans un sens plus général qu’au ch.5. Il désigne tout arbre qui porte des fruits, comme le poirier, le hêtre, etc. —Notis. C’étaient, soit les caractères spéciaux appelésrunes, en usage chez les anciens Germains, soit des signes quelconques auxquels on attribuait d’avance une signification conventionnelle. —Vestis, étoffe en général. Cf. 40, note10.[4]Moxsignifie «ensuite» chez Tacite. Il est souvent employé pour marquer le progrès de la narration. Cf.2, où il est précédé deprimum. —Publice. Cf. 15, note7.[5]Ter singulos. On emploie les adjectifs distributifs lorsque le nombre doit être répété plusieurs fois. C’est ainsi que l’on ditbis bini, deux fois deux; donc ici: il lève trois fois un morceau, c.-à-d. trois morceaux l’un après l’autre; et non pas: il lève trois fois chaque morceau.[6]Si prohibuerunt(surculi), si les pronostics qu’on en a tirés sont défavorables.[7]In eumdem diem, pour le même jour, c.-à-d. dans la même journée. Tite-Live, 29, 23:Ex Hispania forte in idem tempus Scipio atque Asdrubal convenerunt.[8]Adhuc, en outre. —Et etiamau lieu deetiamseul. Cf.Agricola, 10:et jugis etiam. Tacite emploie aussiet quoque.[9]Proprium gentis. Tacite compare toujours les coutumes des Germains à celles des Romains. En Italie on ne tirait pas de présages des chevaux, mais les Perses le faisaient, au dire d’Hérodote. Cet usage, à en juger par l’épisode du cheval d’Achille dans Homère, n’était peut-être pas inconnu aux Grecs. —Præsagia et monitus: ces deux mots ne sont pas entièrement synonymes, car le premier désigne le pronostic en lui-même, le second, par rapport aux conséquences qu’on en tire. Néanmoins l’expression est pléonastique.[10]Iisdem nemoribus. Ce sont les bois sacrés dont il a été question au ch.précédent. L’ablatif sans préposition pour marquer le lieu (questionubi) s’emploie chez Tacite avec toutes sortes de noms lorsqu’ils sont accompagnés d’un déterminatif. On trouve même (Hist., II, 16) l’ablatif du substantif seul:balineis interficitur.[11]Et nulloau lieu deneque ullo. Cf. 28, note5. —Contacti, touchés, c.-à-d. souillés par aucun travail profane. Cf. 4, note3, surinfectus. Le contraire, très employé, estintactus; Virgile dit du bétail qui n’a pas porté le joug:grex intactus.[12]Pressos sacro curru: expression poétique qu’Ovide emploie plusieurs fois.[13]Sacerdos ac rex vel princeps, le prêtre, auquel se joint le roi ou, s’il n’y a pas de roi, le chef de la cité.[14]Illos, les chevaux;conscios(s.-e.deorum), ils s’imaginent que ces animaux connaissent les secrets des dieux.Tibulle, 1, 9:conscia fibra deorum.[15]Et, aussi. Cf. 34, note5.[16]Quoquo modo: ellipse très correcte (Gr. lat., 370, rem.). Cf. Riemann,Synt. lat., 14, rem. 1. —Committunt: terme technique des écrivains de l’empire en parlant des combats de l’arène.[17]Pro præjudicio, comme une décision marquant d’avance quelle sera l’issue de la guerre.
[1]Auspiciaetsortes. Comme on le voit par le reste du chapitre, ces mots ne sont nullement synonymes.Sortes, divination par le sort. Cette coutume fut sévèrement réprimée par les lois après la conversion des Germains au Christianisme, mais elle survécut au paganisme sous la forme des jugements de Dieu.
[2]Ut qui maxime, autant que personne. (Gr. lat., 371.)
[3]Frugiferæest pris ici dans un sens plus général qu’au ch.5. Il désigne tout arbre qui porte des fruits, comme le poirier, le hêtre, etc. —Notis. C’étaient, soit les caractères spéciaux appelésrunes, en usage chez les anciens Germains, soit des signes quelconques auxquels on attribuait d’avance une signification conventionnelle. —Vestis, étoffe en général. Cf. 40, note10.
[4]Moxsignifie «ensuite» chez Tacite. Il est souvent employé pour marquer le progrès de la narration. Cf.2, où il est précédé deprimum. —Publice. Cf. 15, note7.
[5]Ter singulos. On emploie les adjectifs distributifs lorsque le nombre doit être répété plusieurs fois. C’est ainsi que l’on ditbis bini, deux fois deux; donc ici: il lève trois fois un morceau, c.-à-d. trois morceaux l’un après l’autre; et non pas: il lève trois fois chaque morceau.
[6]Si prohibuerunt(surculi), si les pronostics qu’on en a tirés sont défavorables.
[7]In eumdem diem, pour le même jour, c.-à-d. dans la même journée. Tite-Live, 29, 23:Ex Hispania forte in idem tempus Scipio atque Asdrubal convenerunt.
[8]Adhuc, en outre. —Et etiamau lieu deetiamseul. Cf.Agricola, 10:et jugis etiam. Tacite emploie aussiet quoque.
[9]Proprium gentis. Tacite compare toujours les coutumes des Germains à celles des Romains. En Italie on ne tirait pas de présages des chevaux, mais les Perses le faisaient, au dire d’Hérodote. Cet usage, à en juger par l’épisode du cheval d’Achille dans Homère, n’était peut-être pas inconnu aux Grecs. —Præsagia et monitus: ces deux mots ne sont pas entièrement synonymes, car le premier désigne le pronostic en lui-même, le second, par rapport aux conséquences qu’on en tire. Néanmoins l’expression est pléonastique.
[10]Iisdem nemoribus. Ce sont les bois sacrés dont il a été question au ch.précédent. L’ablatif sans préposition pour marquer le lieu (questionubi) s’emploie chez Tacite avec toutes sortes de noms lorsqu’ils sont accompagnés d’un déterminatif. On trouve même (Hist., II, 16) l’ablatif du substantif seul:balineis interficitur.
[11]Et nulloau lieu deneque ullo. Cf. 28, note5. —Contacti, touchés, c.-à-d. souillés par aucun travail profane. Cf. 4, note3, surinfectus. Le contraire, très employé, estintactus; Virgile dit du bétail qui n’a pas porté le joug:grex intactus.
[12]Pressos sacro curru: expression poétique qu’Ovide emploie plusieurs fois.
[13]Sacerdos ac rex vel princeps, le prêtre, auquel se joint le roi ou, s’il n’y a pas de roi, le chef de la cité.
[14]Illos, les chevaux;conscios(s.-e.deorum), ils s’imaginent que ces animaux connaissent les secrets des dieux.Tibulle, 1, 9:conscia fibra deorum.
[15]Et, aussi. Cf. 34, note5.
[16]Quoquo modo: ellipse très correcte (Gr. lat., 370, rem.). Cf. Riemann,Synt. lat., 14, rem. 1. —Committunt: terme technique des écrivains de l’empire en parlant des combats de l’arène.
[17]Pro præjudicio, comme une décision marquant d’avance quelle sera l’issue de la guerre.
11.De minoribus[1]rebus principes consultant, de majoribus omnes, ita tamen, ut ea quoque, quorum penes plebem arbitrium est, apud principes pertractentur[2]. Coeunt, nisi quid fortuitum et subitum incidit, certis diebus[3], cum aut inchoatur luna aut impletur[4]; nam agendis rebus hoc auspicatissimum initium credunt. Necdierum numerum, ut nos, sed noctium[5]computant. Sic constituunt, sic condicunt[6]; nox ducere[7]diem videtur. Illud[8]ex libertate vitium, quod non simul nec ut jussi conveniunt, sed et alter[9]et tertius dies cunctatione coeuntium absumitur. Ut turbæ placuit[10], considunt armati. Silentium per sacerdotes, quibus tum et coercendi jus est, imperatur. Mox rex vel princeps, prout[11]ætas cuique, prout nobilitas, prout decus bellorum, prout facundia est, audiuntur, auctoritate suadendi magis quam jubendi potestate. Si displicuit sententia, fremitu[12]aspernantur; sin placuit, frameas concutiunt: honoratissimum assensus genus est armis laudare.
11.De minoribus[1]rebus principes consultant, de majoribus omnes, ita tamen, ut ea quoque, quorum penes plebem arbitrium est, apud principes pertractentur[2]. Coeunt, nisi quid fortuitum et subitum incidit, certis diebus[3], cum aut inchoatur luna aut impletur[4]; nam agendis rebus hoc auspicatissimum initium credunt. Necdierum numerum, ut nos, sed noctium[5]computant. Sic constituunt, sic condicunt[6]; nox ducere[7]diem videtur. Illud[8]ex libertate vitium, quod non simul nec ut jussi conveniunt, sed et alter[9]et tertius dies cunctatione coeuntium absumitur. Ut turbæ placuit[10], considunt armati. Silentium per sacerdotes, quibus tum et coercendi jus est, imperatur. Mox rex vel princeps, prout[11]ætas cuique, prout nobilitas, prout decus bellorum, prout facundia est, audiuntur, auctoritate suadendi magis quam jubendi potestate. Si displicuit sententia, fremitu[12]aspernantur; sin placuit, frameas concutiunt: honoratissimum assensus genus est armis laudare.
[1]Minoribus, les choses de moindre importance, comme les difficultés entre particuliers;majoribus, surtout les questions de paix et de guerre, les traités.[2]Pertractentur. Les questions importantes sont d’abord examinées à fond par les chefs, ensuite présentées au peuple qui décide souverainement.[3]Certis diebus: à des jours déterminés et périodiquement. Ces assemblées, d’après ce passage de Tacite, paraissent avoir été tenues assez fréquemment, peut-être tous les quinze jours. Mais chez les peuples qui couvraient une grande étendue de pays, ces assemblées étaient plus rares. Les Francs ne se réunissaient régulièrement qu’une fois l’an.[4]Aut impletur: c’est le temps de la nouvelle ou de la pleine lune.[5]Noctium. César rapporte la même chose des Gaulois. On trouve des traces de cet usage dans certaines expressions allemandes et anglaises, par exemple: fortnight.[6]Sic constituunt, sic condicunt: termes du droit romain, qu’il faut prendre dans un sens plus large. C’est en comptant ainsi qu’ils fixent un terme, qu’ils datent leurs conventions.[7]Ducere. La nuit semble marcher la première et ramener le jour. Tacite veut dire que la nuit, d’après les idées des Germains et à cause du climat, semble commander le jour. C’est ainsi que l’hiver semble commencer l’année et qu’on ne compte que trois saisons:hiems et ver et æstas(ch.29).[8]Illudannonce la proposition qui commence parquod, comme au chapitre précédentilludannonçait un infinitif:illud etiam notum ..... interrogare. —Ut jussi, comme pour obéir à un ordre.[9]Alter, un second jour. Cf. 6, note9.[10]Ut turbæ placuit, dès que l’assemblée le juge à propos. Cette indépendance est en outre marquée par ce fait que les prêtres seuls ont alors le droit de punir (coercendi). —Mox: cf. 10, n.4.[11]Prout. Le roi ou le chef est alors écouté en raison de son âge, de son renom, de son éloquence, et non pas en vertu de son titre même, comme l’explique ce qui suit. —Auctoritate suadendi: l’ablatif de manière est employé chez Tacite plus librement que chez les auteurs classiques. Trad.: «Ils se font écouter plutôt par le pouvoir de la persuasion que par celui du commandement.»[12]Fremitus, murmures défavorables. Ce mot se prend aussi en bonne part.Virg.,Én., V, 148:Tum plausu fremituque virum... Consonat omne nemus, VIII, 717. —Sin:Gr. lat., § 491, rem. —Concutiunt, heurtent de manière à faire du bruit. César raconte la même chose des Gaulois.
[1]Minoribus, les choses de moindre importance, comme les difficultés entre particuliers;majoribus, surtout les questions de paix et de guerre, les traités.
[2]Pertractentur. Les questions importantes sont d’abord examinées à fond par les chefs, ensuite présentées au peuple qui décide souverainement.
[3]Certis diebus: à des jours déterminés et périodiquement. Ces assemblées, d’après ce passage de Tacite, paraissent avoir été tenues assez fréquemment, peut-être tous les quinze jours. Mais chez les peuples qui couvraient une grande étendue de pays, ces assemblées étaient plus rares. Les Francs ne se réunissaient régulièrement qu’une fois l’an.
[4]Aut impletur: c’est le temps de la nouvelle ou de la pleine lune.
[5]Noctium. César rapporte la même chose des Gaulois. On trouve des traces de cet usage dans certaines expressions allemandes et anglaises, par exemple: fortnight.
[6]Sic constituunt, sic condicunt: termes du droit romain, qu’il faut prendre dans un sens plus large. C’est en comptant ainsi qu’ils fixent un terme, qu’ils datent leurs conventions.
[7]Ducere. La nuit semble marcher la première et ramener le jour. Tacite veut dire que la nuit, d’après les idées des Germains et à cause du climat, semble commander le jour. C’est ainsi que l’hiver semble commencer l’année et qu’on ne compte que trois saisons:hiems et ver et æstas(ch.29).
[8]Illudannonce la proposition qui commence parquod, comme au chapitre précédentilludannonçait un infinitif:illud etiam notum ..... interrogare. —Ut jussi, comme pour obéir à un ordre.
[9]Alter, un second jour. Cf. 6, note9.
[10]Ut turbæ placuit, dès que l’assemblée le juge à propos. Cette indépendance est en outre marquée par ce fait que les prêtres seuls ont alors le droit de punir (coercendi). —Mox: cf. 10, n.4.
[11]Prout. Le roi ou le chef est alors écouté en raison de son âge, de son renom, de son éloquence, et non pas en vertu de son titre même, comme l’explique ce qui suit. —Auctoritate suadendi: l’ablatif de manière est employé chez Tacite plus librement que chez les auteurs classiques. Trad.: «Ils se font écouter plutôt par le pouvoir de la persuasion que par celui du commandement.»
[12]Fremitus, murmures défavorables. Ce mot se prend aussi en bonne part.Virg.,Én., V, 148:Tum plausu fremituque virum... Consonat omne nemus, VIII, 717. —Sin:Gr. lat., § 491, rem. —Concutiunt, heurtent de manière à faire du bruit. César raconte la même chose des Gaulois.
12.Licet apud concilium[1]accusare quoque et discrimen capitis intendere. Distinctio pœnarum ex[2]delicto: proditores et transfugas[3]arboribus suspendunt, ignavos et imbelles et corpore infames[4]cæno ac palude, injecta insuper crate, mergunt. Diversitas supplicii illuc respicit[5], tanquam scelera ostendi opporteat, dum puniuntur, flagitia abscondi. Sed et levioribus delictis pro modo[6]pœna: equorum pecorumque numero convicti multantur. Pars multæ regi vel civitati[7], pars ipsi, qui vindicatur, vel propinquis ejus exsolvitur.Eliguntur in iisdem conciliis et principes, qui jura per pagos vicosque[8]reddunt. Centeni singulis ex plebe comites[9]consilium simul et auctoritas adsunt.
12.Licet apud concilium[1]accusare quoque et discrimen capitis intendere. Distinctio pœnarum ex[2]delicto: proditores et transfugas[3]arboribus suspendunt, ignavos et imbelles et corpore infames[4]cæno ac palude, injecta insuper crate, mergunt. Diversitas supplicii illuc respicit[5], tanquam scelera ostendi opporteat, dum puniuntur, flagitia abscondi. Sed et levioribus delictis pro modo[6]pœna: equorum pecorumque numero convicti multantur. Pars multæ regi vel civitati[7], pars ipsi, qui vindicatur, vel propinquis ejus exsolvitur.
Eliguntur in iisdem conciliis et principes, qui jura per pagos vicosque[8]reddunt. Centeni singulis ex plebe comites[9]consilium simul et auctoritas adsunt.
[1]Concilium, l’assemblée dont Tacite vient de décrire la formation et dont il va indiquer les attributions. —Discrimen capitis intendere, intenter un procès pour crime capital.Cicéron,de Orat.; 1, 10:Singulæ familiæ litem tibi intenderent.[2]Ex: cf. 7, note1.[3]Proditores et transfugas, ceux qui trahissent leur patrie et marchent avec l’ennemi. —Ignavos et imbelles, non pas simplement les poltrons, mais ceux qui ont commis à la guerre quelque lâcheté insigne.[4]Corpore infames, ceux qui se sont déshonorés.Cæno ac palude: hendiadyn pourcæno paludis.[5]Illuc respicit tanquam, a pour raison d’être cette idée que...Tanquama souvent chez Tacite le sens deὡςen grec: dans la pensée que. Tite-Live l’emploie aussi dans ce sens avec un participe au lieu deut. Riemann,Synt. lat., § 262, rem. 1. Cf. 20, note11.[6]Pro modo, s.-e.delicti.[7]Regi vel civitati: datifs d’intérêt. L’amende est payée en partie au profit du roi, et là où il n’y a pas de roi, au profit de la cité. —Vel propinquis, aux parents lorsqu’il y a eu mort. Cf.21:luitur etiam homicidium, etc. Cette coutume des compensations exista longtemps chez les Francs. La loi salique fixait fort minutieusement la somme à payer pour chaque espèce de délit.[8]Pagus, canton;vicusgroupe d’habitations, village.[9]Ex plebe comites, des assesseurs choisis parmi les hommes libres.Ex pleberemplit la fonction d’adjectif. —Consilium simul et auctoritassert d’attribut: comme conseil et comme autorité, c.-à-d. pour former leur conseil et ajouter à leur autorité.
[1]Concilium, l’assemblée dont Tacite vient de décrire la formation et dont il va indiquer les attributions. —Discrimen capitis intendere, intenter un procès pour crime capital.Cicéron,de Orat.; 1, 10:Singulæ familiæ litem tibi intenderent.
[2]Ex: cf. 7, note1.
[3]Proditores et transfugas, ceux qui trahissent leur patrie et marchent avec l’ennemi. —Ignavos et imbelles, non pas simplement les poltrons, mais ceux qui ont commis à la guerre quelque lâcheté insigne.
[4]Corpore infames, ceux qui se sont déshonorés.Cæno ac palude: hendiadyn pourcæno paludis.
[5]Illuc respicit tanquam, a pour raison d’être cette idée que...Tanquama souvent chez Tacite le sens deὡςen grec: dans la pensée que. Tite-Live l’emploie aussi dans ce sens avec un participe au lieu deut. Riemann,Synt. lat., § 262, rem. 1. Cf. 20, note11.
[6]Pro modo, s.-e.delicti.
[7]Regi vel civitati: datifs d’intérêt. L’amende est payée en partie au profit du roi, et là où il n’y a pas de roi, au profit de la cité. —Vel propinquis, aux parents lorsqu’il y a eu mort. Cf.21:luitur etiam homicidium, etc. Cette coutume des compensations exista longtemps chez les Francs. La loi salique fixait fort minutieusement la somme à payer pour chaque espèce de délit.
[8]Pagus, canton;vicusgroupe d’habitations, village.
[9]Ex plebe comites, des assesseurs choisis parmi les hommes libres.Ex pleberemplit la fonction d’adjectif. —Consilium simul et auctoritassert d’attribut: comme conseil et comme autorité, c.-à-d. pour former leur conseil et ajouter à leur autorité.
13.Nihil autem neque publicæ neque privatæ rei[1]nisiarmati agunt. Sed arma sumere non ante cuiquam moris,[2]quam civitas suffecturum[3]probaverit. Tum in ipso concilio vel principum aliquis vel pater vel propinqui scuto frameaque juvenem ornant. Hæc[4]apud illos toga, hic primus juventæ honos; ante hoc domus pars videntur, mox reipublicæ. Insignis nobilitas aut magna patrum merita principis dignationem[5]etiam adolescentulis assignant; ceteris robustioribus ac jam pridem probatis aggregantur, nec rubor[6]inter comites[7]adspici. Gradusquin etiam ipse comitatus habet, judicio ejus quem sectantur; magnaque et comitum æmulatio[8], quibus primus apud principem suum locus, et principum, cui plurimi et acerrimi comites. Hæc[9]dignitas, hæ vires, magno semper electorum juvenum globo circumdari; in pace decus, in bello præsidium. Nec solum in sua gente cuique, sed apud finitimas quoque civitates id nomen, ea gloria[10]est, si numero ac virtute comitatus[11]emineat: expetuntur enim legationibus et muneribus ornantur, et ipsa[12]plerumque fama bella profligant.
13.Nihil autem neque publicæ neque privatæ rei[1]nisiarmati agunt. Sed arma sumere non ante cuiquam moris,[2]quam civitas suffecturum[3]probaverit. Tum in ipso concilio vel principum aliquis vel pater vel propinqui scuto frameaque juvenem ornant. Hæc[4]apud illos toga, hic primus juventæ honos; ante hoc domus pars videntur, mox reipublicæ. Insignis nobilitas aut magna patrum merita principis dignationem[5]etiam adolescentulis assignant; ceteris robustioribus ac jam pridem probatis aggregantur, nec rubor[6]inter comites[7]adspici. Gradusquin etiam ipse comitatus habet, judicio ejus quem sectantur; magnaque et comitum æmulatio[8], quibus primus apud principem suum locus, et principum, cui plurimi et acerrimi comites. Hæc[9]dignitas, hæ vires, magno semper electorum juvenum globo circumdari; in pace decus, in bello præsidium. Nec solum in sua gente cuique, sed apud finitimas quoque civitates id nomen, ea gloria[10]est, si numero ac virtute comitatus[11]emineat: expetuntur enim legationibus et muneribus ornantur, et ipsa[12]plerumque fama bella profligant.