[1]Nihil rei=nullam rem(Ragon,Gr. lat., § 255, rem. 2, et Riemann,Synt. lat., § 51, rem. 1). —Nisi armati. La loi salique ordonnait à plusieurs reprises d’apporter ces armes dans les réunions publiques. — Tite-Live (21, 20) rapporte la même chose des Gaulois:In his nova terribilisque species visa est quod armati (ita mos gentis) in concilium venerunt.[2]Moris(s.-e.est) équivaut àmos est, qui est plus ordinaire. Cf.15:mos est civitatibus. On trouve aussimos estoumoris estavecutau lieu de l’infinitif.[3]Suffecturum, suppléezarmis gerendis: avant que la cité ait reconnu qu’il sera capable de les porter. —Probaverit. Tacite emploie le subjonctif avecantequampour marquer une action qui se répète. Cf.Ann., XV, 74:Deum honor principi non ante habetur quam agere inter homines desierit.[4]Hæc,hic, les pronoms neutresid,hoc,illud,quod, s’accordent souvent avec le substantif attribut (Ragon,Gr. lat., 358). —Toga, c’est chez eux la robe virile, c.-à-d. cette cérémonie place le jeune homme au nombre des citoyens comme à Rome la robe virile. D’après les lois de certaines nations germaniques cette remise des armes devait se faire lorsque le jeune homme avait atteint quinze ans. C’est de là que semble venir l’usage si répandu plus tard d’armer chevalier. —Mox, ensuite. Cf. 10, note4.[5]Dignationem principispeut signifier: la dignité de chef ou la faveur, la considération du chef de la cité. Mais le second sens paraît mieux expliquer ce qui suit: ces jeunes gens sont rangés, par préférence, dans la suite du prince parmi les guerriers plus âgés et déjà éprouvés.[6]Ruborau lieu derubori: le nominatif au lieu du datif de destination ou d’effet. Cf.Agricola, 6:idque matrimonium ad majora nitenti decus ac robur fuit.Virg.,Égl.III, 101:Amor exitium est, pourexitio est(Gr. lat., § 283, rem. 3). On trouve même (Germanie,44) le double datif de destination remplacé d’une façon tout à fait insolite par un nominatif accompagné d’un adjectif:regia utilitas estpourregibus utilitati est.[7]Comites, compagnons, gens de la suite du prince. On voit dans cet usage l’origine des leudes ou vassaux et l’explication des liens de fidélité qui les rattachaient à leur seigneur.[8]Æmulatio quibus, il y a entre les compagnons une grande émulation pour avoir la première place. —Locus, s.-e.sit, etsintaprèscomites. Le verbeessese sous-entend en latin, mais rarement au subjonctif, au moins chez Cicéron. Tacite l’omet souvent à ce mode, surtout lorsque suit un autre subjonctif. Cf.19:Ne ulla cogitatio ultra (sit), ne ament.[9]Hæc,hæ. Cf. 19, note4. Un peu plus bas, dansid nomen, ea gloria,idetea, qui s’accordent aussi par attraction, annoncent la proposition commençant parsi.[10]Nomen,gloria. Pléonasme. Le plus souvent en pareil cas le second mot est plus spécial ou plus expressif, de manière à renchérir sur l’autre. Cf. 2, note10.[11]Comitatus: génitif;emineata pour sujetquisquesous-entendu.[12]Ipseprécise et par conséquent restreint: par lui-même, sans secours étranger, seul. En grecαὐτόςa le même sens:Iliade, VIII, 99:αὐτός περ ἐών, quoique n’étant que lui, c.-à-d. quoique seul. Cf.43,ipsa formidine. —Plerumquea souvent chez Tacite le sens desæpe. Cf. 8, note9. Plus bas,pleriqueéquivaut àmulti.
[1]Nihil rei=nullam rem(Ragon,Gr. lat., § 255, rem. 2, et Riemann,Synt. lat., § 51, rem. 1). —Nisi armati. La loi salique ordonnait à plusieurs reprises d’apporter ces armes dans les réunions publiques. — Tite-Live (21, 20) rapporte la même chose des Gaulois:In his nova terribilisque species visa est quod armati (ita mos gentis) in concilium venerunt.
[2]Moris(s.-e.est) équivaut àmos est, qui est plus ordinaire. Cf.15:mos est civitatibus. On trouve aussimos estoumoris estavecutau lieu de l’infinitif.
[3]Suffecturum, suppléezarmis gerendis: avant que la cité ait reconnu qu’il sera capable de les porter. —Probaverit. Tacite emploie le subjonctif avecantequampour marquer une action qui se répète. Cf.Ann., XV, 74:Deum honor principi non ante habetur quam agere inter homines desierit.
[4]Hæc,hic, les pronoms neutresid,hoc,illud,quod, s’accordent souvent avec le substantif attribut (Ragon,Gr. lat., 358). —Toga, c’est chez eux la robe virile, c.-à-d. cette cérémonie place le jeune homme au nombre des citoyens comme à Rome la robe virile. D’après les lois de certaines nations germaniques cette remise des armes devait se faire lorsque le jeune homme avait atteint quinze ans. C’est de là que semble venir l’usage si répandu plus tard d’armer chevalier. —Mox, ensuite. Cf. 10, note4.
[5]Dignationem principispeut signifier: la dignité de chef ou la faveur, la considération du chef de la cité. Mais le second sens paraît mieux expliquer ce qui suit: ces jeunes gens sont rangés, par préférence, dans la suite du prince parmi les guerriers plus âgés et déjà éprouvés.
[6]Ruborau lieu derubori: le nominatif au lieu du datif de destination ou d’effet. Cf.Agricola, 6:idque matrimonium ad majora nitenti decus ac robur fuit.Virg.,Égl.III, 101:Amor exitium est, pourexitio est(Gr. lat., § 283, rem. 3). On trouve même (Germanie,44) le double datif de destination remplacé d’une façon tout à fait insolite par un nominatif accompagné d’un adjectif:regia utilitas estpourregibus utilitati est.
[7]Comites, compagnons, gens de la suite du prince. On voit dans cet usage l’origine des leudes ou vassaux et l’explication des liens de fidélité qui les rattachaient à leur seigneur.
[8]Æmulatio quibus, il y a entre les compagnons une grande émulation pour avoir la première place. —Locus, s.-e.sit, etsintaprèscomites. Le verbeessese sous-entend en latin, mais rarement au subjonctif, au moins chez Cicéron. Tacite l’omet souvent à ce mode, surtout lorsque suit un autre subjonctif. Cf.19:Ne ulla cogitatio ultra (sit), ne ament.
[9]Hæc,hæ. Cf. 19, note4. Un peu plus bas, dansid nomen, ea gloria,idetea, qui s’accordent aussi par attraction, annoncent la proposition commençant parsi.
[10]Nomen,gloria. Pléonasme. Le plus souvent en pareil cas le second mot est plus spécial ou plus expressif, de manière à renchérir sur l’autre. Cf. 2, note10.
[11]Comitatus: génitif;emineata pour sujetquisquesous-entendu.
[12]Ipseprécise et par conséquent restreint: par lui-même, sans secours étranger, seul. En grecαὐτόςa le même sens:Iliade, VIII, 99:αὐτός περ ἐών, quoique n’étant que lui, c.-à-d. quoique seul. Cf.43,ipsa formidine. —Plerumquea souvent chez Tacite le sens desæpe. Cf. 8, note9. Plus bas,pleriqueéquivaut àmulti.
14.Cum ventum in aciem, turpe principi virtute vinci, turpe comitatui virtutem principis non adæquare. Jam vero[1]infame in omnem vitam ac probrosum superstitem[2]principi suo ex acie recessisse: illum defendere,tueri[3], sua quoque fortia facta gloriæ ejus assignare præcipuum sacramentum est; principes pro victoria pugnant, comites pro principe. Si civitas in qua orti sunt longa pace et otio torpeat[4], plerique nobilium adolescentium petunt ultro[5]eas nationes, quæ tum bellum aliquod gerunt, quia et ingrata[6]genti quies et facilius inter ancipitia[7]clarescunt magnumque comitatum non nisi vi belloque tueare[8]. Exigunt[9]enim principis sui liberalitate illum[10]bellatorem equum, illam cruentam victricemque frameam; nam[11]epulæ et quanquam incompti, largi tamen apparatus pro stipendio cedunt. Materia munificentiæ per bella et raptus. Nec arare terram, aut exspectare annum[12]tam facile persuaseris[13]quam vocare hostem et vulnera mereri. Pigrum quin imo et iners videtur sudore acquirere quod possis sanguine[14]parare.
14.Cum ventum in aciem, turpe principi virtute vinci, turpe comitatui virtutem principis non adæquare. Jam vero[1]infame in omnem vitam ac probrosum superstitem[2]principi suo ex acie recessisse: illum defendere,tueri[3], sua quoque fortia facta gloriæ ejus assignare præcipuum sacramentum est; principes pro victoria pugnant, comites pro principe. Si civitas in qua orti sunt longa pace et otio torpeat[4], plerique nobilium adolescentium petunt ultro[5]eas nationes, quæ tum bellum aliquod gerunt, quia et ingrata[6]genti quies et facilius inter ancipitia[7]clarescunt magnumque comitatum non nisi vi belloque tueare[8]. Exigunt[9]enim principis sui liberalitate illum[10]bellatorem equum, illam cruentam victricemque frameam; nam[11]epulæ et quanquam incompti, largi tamen apparatus pro stipendio cedunt. Materia munificentiæ per bella et raptus. Nec arare terram, aut exspectare annum[12]tam facile persuaseris[13]quam vocare hostem et vulnera mereri. Pigrum quin imo et iners videtur sudore acquirere quod possis sanguine[14]parare.
[1]Jam veroindique une gradation énergique: en français,mais.[2]Superstitem. César,B. G., III, 22:Neque adhuc hominum memoria repertus est quisquam, qui, eo interfecto cujus se amicitiæ devovisset, recusaret mori.Ce dévouement héroïque était donc commun aux Germains et aux Gaulois.[3]Defendere, tueri: l’asyndète marque la gradation;defendere, le défendre lorsqu’il est attaqué;tueri, avoir l’œil fixé, veiller sur lui pour écarter les dangers possibles. —Præcipuum. Cf. 6, note18et 7, note7.[4]Torpeat: le subjonctif pour marquer le fait qui se répète, comme au chap.10,si publice consultetur. —Plerique. Cf. 13, note12.[5]Ultro, d’eux-mêmes, de leur propre mouvement.[6]Ingrata, s.-e.est. Cf. 13, note8.[7]Ancipitia, les choses dont l’issue est double, c.-à-d. incertaine, les hasards de la guerre.[8]Tueare, commeinstes, ch.6. (Ragon,Gr. lat., 373.)[9]Exigunta pour sujetcomitescontenu dans le collectifcomitatus.[10]Illum,illam: sens emphatique (Gr. lat., 352, rem. 2). —Bellatorem: les substantifs entor, employés comme adjectifs, marquent la destination, l’habitude.[11]Nam, car les repas ne sont pas des présents gratuits, mais sont dus à titre de solde. —Pro stipendio cedere, tenir lieu de solde.[12]Annum, ce que produit une année, la récolte. Ce mot est poétique en ce sens.Stace,Sylv., IV, 2:Nilus magnum inducit annum. Cf.Agricola, 31.[13]Persuaseris, et plus baspossis: cf. note8. —Vocareau lieu deprovocare; Tacite aime à employer le simple pour le composé: il met ainsi en relief la valeur étymologique du mot et ajoute de l’énergie au style. Cf.Annales, XIII, 55,vocarepourinvocare:sidera vocans. —Mereri. L’emploi de ce verbe est justifié, car les blessures sont un titre d’honneur: «gagner de glorieuses blessures».[14]Sudore,sanguine. Allitération qui accentue le trait final. Tacite, en habile styliste, aime à achever son paragraphe par un trait qui le résume et le grave dans l’esprit du lecteur.
[1]Jam veroindique une gradation énergique: en français,mais.
[2]Superstitem. César,B. G., III, 22:Neque adhuc hominum memoria repertus est quisquam, qui, eo interfecto cujus se amicitiæ devovisset, recusaret mori.Ce dévouement héroïque était donc commun aux Germains et aux Gaulois.
[3]Defendere, tueri: l’asyndète marque la gradation;defendere, le défendre lorsqu’il est attaqué;tueri, avoir l’œil fixé, veiller sur lui pour écarter les dangers possibles. —Præcipuum. Cf. 6, note18et 7, note7.
[4]Torpeat: le subjonctif pour marquer le fait qui se répète, comme au chap.10,si publice consultetur. —Plerique. Cf. 13, note12.
[5]Ultro, d’eux-mêmes, de leur propre mouvement.
[6]Ingrata, s.-e.est. Cf. 13, note8.
[7]Ancipitia, les choses dont l’issue est double, c.-à-d. incertaine, les hasards de la guerre.
[8]Tueare, commeinstes, ch.6. (Ragon,Gr. lat., 373.)
[9]Exigunta pour sujetcomitescontenu dans le collectifcomitatus.
[10]Illum,illam: sens emphatique (Gr. lat., 352, rem. 2). —Bellatorem: les substantifs entor, employés comme adjectifs, marquent la destination, l’habitude.
[11]Nam, car les repas ne sont pas des présents gratuits, mais sont dus à titre de solde. —Pro stipendio cedere, tenir lieu de solde.
[12]Annum, ce que produit une année, la récolte. Ce mot est poétique en ce sens.Stace,Sylv., IV, 2:Nilus magnum inducit annum. Cf.Agricola, 31.
[13]Persuaseris, et plus baspossis: cf. note8. —Vocareau lieu deprovocare; Tacite aime à employer le simple pour le composé: il met ainsi en relief la valeur étymologique du mot et ajoute de l’énergie au style. Cf.Annales, XIII, 55,vocarepourinvocare:sidera vocans. —Mereri. L’emploi de ce verbe est justifié, car les blessures sont un titre d’honneur: «gagner de glorieuses blessures».
[14]Sudore,sanguine. Allitération qui accentue le trait final. Tacite, en habile styliste, aime à achever son paragraphe par un trait qui le résume et le grave dans l’esprit du lecteur.
15.Quoties bella non ineunt, non multum venatibus[1], plus per otium transigunt, dediti somno ciboque, fortissimus[2]quisque ac bellicosissimus nihil agens, delegata domus et penatium[3]et agrorum cura feminis senibusque et infirmissimo cuique ex familia: ipsi hebent, mira diversitate[4]naturæ, cum iidem homines sic ament inertiam et oderint quietem. Mos est[5]civitatibus ultro ac viritim conferre principibus vel armentorum[6]vel frugum, quod pro honore acceptum etiam necessitatibus subvenit. Gaudent præcipue finitimarum gentium donis, quæ non modo a singulis, sed et[7]publice mittuntur, electi equi, magna arma, phaleræ torquesque[8]. Jam et pecuniam accipere docuimus.
15.Quoties bella non ineunt, non multum venatibus[1], plus per otium transigunt, dediti somno ciboque, fortissimus[2]quisque ac bellicosissimus nihil agens, delegata domus et penatium[3]et agrorum cura feminis senibusque et infirmissimo cuique ex familia: ipsi hebent, mira diversitate[4]naturæ, cum iidem homines sic ament inertiam et oderint quietem. Mos est[5]civitatibus ultro ac viritim conferre principibus vel armentorum[6]vel frugum, quod pro honore acceptum etiam necessitatibus subvenit. Gaudent præcipue finitimarum gentium donis, quæ non modo a singulis, sed et[7]publice mittuntur, electi equi, magna arma, phaleræ torquesque[8]. Jam et pecuniam accipere docuimus.
[1]Venatibus: l’ablatif de manière s’emploie rarement sans qualificatif, sauf dans un nombre déterminé d’expressions toutes faites. — César semble contredire ce que dit ici Tacite:Bell. Gall., VI, 21:Vita omnis in venationibus consistit; mais chez Tacite il ne s’agit peut-être que descomites, gens d’un certain rang. —Per otium. Remarquez la variété d’expression: Cicéron recherche la symétrie, Tacite la fuit le plus souvent. —Plus transigunt, s.-e.ætatis.[2]Fortissimus quisque, et plus basinfirmissimo cuique. Cf. Ragon,Gr. lat., 369.[3]Penates, l’intérieur, le ménage.[4]Mira diversitate. Tacite semble oublier que, selon une idée chère à l’antiquité, une certaine paresse pour ce qui concerne les occupations matérielles est sœur de la liberté et du courage. C’était l’avis de Socrate lui-même, qui donnait pour exemple les Indiens, paresseux mais libres, et les Lydiens, travailleurs mais esclaves.[5]Mos est: cf. 13, note2. —Ultro ac viritim: chacun offre sa contribution volontairement et pour son propre compte, sans qu’il soit besoin de collecteur. Cf.29,nec publicanus (eos) atterit.[6]Armentorum vel frugum: il faut suppléeraliquidavec ce génitif, à moins qu’on ne le fasse dépendre dequod. Cf.18:Armorum aliquid.[7]Sed et: cf. 35, note5. —Publice, au nom de la cité, comme au chapitre 10,si publice consultetur.[8]Phaleræ torquesque. Les phalères étaient des ornements en métal en forme de médaillon, que les soldats portaient sur la poitrine, les chevaux sur le poitrail; lestorquesétaient des ornements en forme d’anneau ou de chaîne, qu’on portait au cou ou au bras.
[1]Venatibus: l’ablatif de manière s’emploie rarement sans qualificatif, sauf dans un nombre déterminé d’expressions toutes faites. — César semble contredire ce que dit ici Tacite:Bell. Gall., VI, 21:Vita omnis in venationibus consistit; mais chez Tacite il ne s’agit peut-être que descomites, gens d’un certain rang. —Per otium. Remarquez la variété d’expression: Cicéron recherche la symétrie, Tacite la fuit le plus souvent. —Plus transigunt, s.-e.ætatis.
[2]Fortissimus quisque, et plus basinfirmissimo cuique. Cf. Ragon,Gr. lat., 369.
[3]Penates, l’intérieur, le ménage.
[4]Mira diversitate. Tacite semble oublier que, selon une idée chère à l’antiquité, une certaine paresse pour ce qui concerne les occupations matérielles est sœur de la liberté et du courage. C’était l’avis de Socrate lui-même, qui donnait pour exemple les Indiens, paresseux mais libres, et les Lydiens, travailleurs mais esclaves.
[5]Mos est: cf. 13, note2. —Ultro ac viritim: chacun offre sa contribution volontairement et pour son propre compte, sans qu’il soit besoin de collecteur. Cf.29,nec publicanus (eos) atterit.
[6]Armentorum vel frugum: il faut suppléeraliquidavec ce génitif, à moins qu’on ne le fasse dépendre dequod. Cf.18:Armorum aliquid.
[7]Sed et: cf. 35, note5. —Publice, au nom de la cité, comme au chapitre 10,si publice consultetur.
[8]Phaleræ torquesque. Les phalères étaient des ornements en métal en forme de médaillon, que les soldats portaient sur la poitrine, les chevaux sur le poitrail; lestorquesétaient des ornements en forme d’anneau ou de chaîne, qu’on portait au cou ou au bras.
16.Nullas Germanorum populis[1]urbes habitari satis notum est, ne pati quidem inter se junctas sedes. Colunt discreti ac diversi[2], ut fons, ut campus, ut nemus placuit. Vicos locant non in[3]nostrum morem connexis et cohærentibus ædificiis: suam quisque domum spatio circumdat, sive adversus casus ignis remedium[4], sive inscitia ædificandi. Ne cæmentorum quidem apud illos aut tegularum usus: materia[5]ad omnia utuntur informi et citra[6]speciem aut delectationem. Quædam loca[7]diligentius illinunt terra ita pura ac splendente, ut picturam[8]ac lineamenta colorum imitetur. Solent et[9]subterraneos specus aperire eosque multo insuper fimo onerant, suffugium[10]hiemis et receptaculum frugibus, quia rigorem frigorum ejusmodi loci molliunt, et si quando hostis advenit[11], aperta populatur, abdita autem et defossa aut ignorantur aut eo ipso fallunt, quod quærenda sunt[12].
16.Nullas Germanorum populis[1]urbes habitari satis notum est, ne pati quidem inter se junctas sedes. Colunt discreti ac diversi[2], ut fons, ut campus, ut nemus placuit. Vicos locant non in[3]nostrum morem connexis et cohærentibus ædificiis: suam quisque domum spatio circumdat, sive adversus casus ignis remedium[4], sive inscitia ædificandi. Ne cæmentorum quidem apud illos aut tegularum usus: materia[5]ad omnia utuntur informi et citra[6]speciem aut delectationem. Quædam loca[7]diligentius illinunt terra ita pura ac splendente, ut picturam[8]ac lineamenta colorum imitetur. Solent et[9]subterraneos specus aperire eosque multo insuper fimo onerant, suffugium[10]hiemis et receptaculum frugibus, quia rigorem frigorum ejusmodi loci molliunt, et si quando hostis advenit[11], aperta populatur, abdita autem et defossa aut ignorantur aut eo ipso fallunt, quod quærenda sunt[12].
[1]Populis: datif. Dans la prose classique le datif ne s’emploie ainsi avec le passif qu’aux formes composées du participe, mais les poètes et les prosateurs de la décadence l’emploient avec une forme quelconque du passif. Il y a d’ailleurs entre le sens de ce datif et celui de l’ablatif avecabune différence assez sensible. Cf. Ragon,Gr. lat., 293, rem., et Riemann,Synt. lat., § 46 (c). —Urbes. Il s’agit de villes véritables comme il y en avait en Italie. Car César et Tacite lui-même parlent d’agglomérations assez considérables qui pouvaient passer pour des villes au sens large du mot.[2]Discreti ac diversi, leurs maisons sont isolées et éparses au hasard sans souci de la symétrie, comme aujourd’hui dans les pays de montagnes.[3]In, dans le sens de c.-à-d., conformément à, selon.[4]Sive remedium, sive inscitia, le premier à l’accusatif comme apposition à toute la phrase (Gantrelle,Gramm. de Tacite, § 75), le second à l’ablatif de cause.[5]Materia, le bois. —Informi, non pas simplement informe, brut, mais disgracieux, employé sans souci de la beauté.[6]Citra, en deçà de; par conséquent, sans aller jusqu’à (Ovide,Trist., 5, 8, 23:Citra scelus), puis par extension comme ici: sans.[7]Quædam loca, certaines parties des parois à l’intérieur ou à l’extérieur.[8]Picturam et lineamenta colorum. On change quelquefoiscolorumencorporumet on expliqueimitaripar refléter comme un miroir; mais cette explication peu naturelle est difficile à admettre. Tacite veut dire que cet enduit de terre remplaçait et imitait, de loin sans doute, la peinture et les dessins au trait qui ornaient les maisons romaines. La chaux surtout devait être employée ainsi que des terres colorées de diverses nuances.[9]Eta assez souvent chez Tacite le sens deetiam(et jam), aussi. Il se rattache ici àsubterraneos specus. Il est souvent précédé dejam. Cf.Agricola, 30:Postquam defuere terræ, jam et mare scrutantur.[10]Suffugiumavec le génitifhiemis, comme46,imbrium suffugium. Tacite emploie très hardiment le génitif objectif. AinsiAnn., I, 46:Vulgi largitione, pourin vulgus.[11]Advenitau parfait marque la répétition.[12]Eo ipso fallunt quod quærenda sunt. Une de ces pointes qui flattaient le goût de l’époque.
[1]Populis: datif. Dans la prose classique le datif ne s’emploie ainsi avec le passif qu’aux formes composées du participe, mais les poètes et les prosateurs de la décadence l’emploient avec une forme quelconque du passif. Il y a d’ailleurs entre le sens de ce datif et celui de l’ablatif avecabune différence assez sensible. Cf. Ragon,Gr. lat., 293, rem., et Riemann,Synt. lat., § 46 (c). —Urbes. Il s’agit de villes véritables comme il y en avait en Italie. Car César et Tacite lui-même parlent d’agglomérations assez considérables qui pouvaient passer pour des villes au sens large du mot.
[2]Discreti ac diversi, leurs maisons sont isolées et éparses au hasard sans souci de la symétrie, comme aujourd’hui dans les pays de montagnes.
[3]In, dans le sens de c.-à-d., conformément à, selon.
[4]Sive remedium, sive inscitia, le premier à l’accusatif comme apposition à toute la phrase (Gantrelle,Gramm. de Tacite, § 75), le second à l’ablatif de cause.
[5]Materia, le bois. —Informi, non pas simplement informe, brut, mais disgracieux, employé sans souci de la beauté.
[6]Citra, en deçà de; par conséquent, sans aller jusqu’à (Ovide,Trist., 5, 8, 23:Citra scelus), puis par extension comme ici: sans.
[7]Quædam loca, certaines parties des parois à l’intérieur ou à l’extérieur.
[8]Picturam et lineamenta colorum. On change quelquefoiscolorumencorporumet on expliqueimitaripar refléter comme un miroir; mais cette explication peu naturelle est difficile à admettre. Tacite veut dire que cet enduit de terre remplaçait et imitait, de loin sans doute, la peinture et les dessins au trait qui ornaient les maisons romaines. La chaux surtout devait être employée ainsi que des terres colorées de diverses nuances.
[9]Eta assez souvent chez Tacite le sens deetiam(et jam), aussi. Il se rattache ici àsubterraneos specus. Il est souvent précédé dejam. Cf.Agricola, 30:Postquam defuere terræ, jam et mare scrutantur.
[10]Suffugiumavec le génitifhiemis, comme46,imbrium suffugium. Tacite emploie très hardiment le génitif objectif. AinsiAnn., I, 46:Vulgi largitione, pourin vulgus.
[11]Advenitau parfait marque la répétition.
[12]Eo ipso fallunt quod quærenda sunt. Une de ces pointes qui flattaient le goût de l’époque.
17.Tegumen omnibus sagum[1]fibula aut, si desit, spina consertum: cetera intecti[2]totos dies juxta focum atque ignem agunt. Locupletissimi veste distinguuntur non fluitante[3], sicut Sarmatæ ac Parthi, sed stricta et singulos artus exprimente. Gerunt et ferarum pelles, proximi ripæ[4]negligenter, ulteriores exquisitius, ut quibus[5]nullusper commercia cultus. Eligunt[6]feras et detracta velamina spargunt maculis pellibusque[7]belluarum, quas exterior Oceanus[8]atque ignotum mare gignit. Nec alius feminis quam viris habitus[9], nisi quod feminæ sæpius lineis amictibus velantur eosque purpura[10]variant, partemque vestitus superioris in manicas[11]non extendunt, nudæ brachia ac lacertos[12]; sed et[13]proxima pars pectoris patet.
17.Tegumen omnibus sagum[1]fibula aut, si desit, spina consertum: cetera intecti[2]totos dies juxta focum atque ignem agunt. Locupletissimi veste distinguuntur non fluitante[3], sicut Sarmatæ ac Parthi, sed stricta et singulos artus exprimente. Gerunt et ferarum pelles, proximi ripæ[4]negligenter, ulteriores exquisitius, ut quibus[5]nullusper commercia cultus. Eligunt[6]feras et detracta velamina spargunt maculis pellibusque[7]belluarum, quas exterior Oceanus[8]atque ignotum mare gignit. Nec alius feminis quam viris habitus[9], nisi quod feminæ sæpius lineis amictibus velantur eosque purpura[10]variant, partemque vestitus superioris in manicas[11]non extendunt, nudæ brachia ac lacertos[12]; sed et[13]proxima pars pectoris patet.
[1]Sagum. Cette sorte de manteau consistait en un simple carré d’étoffe suspendu à l’épaule par les deux extrémités supérieures; il ne couvrait donc que le dos et une partie de la poitrine. Ce vêtement est ici assimilé ausagumdes soldats romains, moins à cause de sa forme qu’à cause de la matière dont il était fait et de sa couleur. —Si desit: cf. 14, note4.[2]Cetera: acc. de relation qui dépend deintecti: pour le reste, c.-à-d. à cela près. Cf. Salluste:Cetera ignarus, et Tite-Live:cetera egregius. Traduisez: «sans autre vêtement». —Totos dies: acc. de durée;aguntseul signifie passer le temps, vivre.[3]Fluitante. Nous disons de même un vêtementflottant. —Stricta: serré, collant, de manière à mouler tous les membres.[4]Proximi ripæ: les plus voisins des rives du Danube et du Rhin, c.-à-d. les plus rapprochés des Romains. Ces Germains, connaissant et appréciant les étoffes importées chez eux, portaient avec indifférence les peaux de bêtes lorsqu’ils étaient réduits à s’en servir, tandis que les plus éloignés, ne pouvant se procurer des vêtements plus élégants, y mettaient plus de recherche.[5]Ut quibus: cf. 2, note15, et 22, note4. —Cultus: cf. 6, note7.[6]Eligunt: ils ne prennent pas au hasard, ils choisissent les animaux qui ont la plus belle fourrure.[7]Maculis pellibusque: hendiadyn. Cf. 7, note5, et 25, note7. Ils les parsèment de taches, c.-à-d. de touffes de poils de couleur différente confectionnées avec les dépouilles d’autres animaux.[8]Exterior Oceanus atque ignotum maredésignent la même chose. Il s’agit des mers qui s’étendent au nord de la Germanie et que l’insuffisance des renseignements géographiques ne permettait pas à Tacite de désigner autrement. Voyez aulexiqueOceanus.[9]Habitusne désigne pas seulement le vêtement, mais d’une façon générale tout ce qui contribue à modifier l’aspect, l’extérieur, ou cet extérieur même. —Nisi quod: cf. 29, note11.[10]Purpura: ce n’est sans doute pas la pourpre proprement dite, connue des Romains, mais une teinture rouge quelconque.[11]In manicas, en forme de manches. Notez l’acc. avecextendere. Cf.20:in hos artus excrescunt.[12]Brachia et lacertos: accusatifs de relation marquant une idée d’extension. —Brachiumordinairement désigne tout le bras; ici seulement l’avant-bras.Lacertus, le bras du coude à l’épaule.[13]Sed et: cf. 35, note5. —Patet. La partie de la poitrine la plus rapprochée de la tête et des épaules, c.-à-d. la partie supérieure, est à découvert.
[1]Sagum. Cette sorte de manteau consistait en un simple carré d’étoffe suspendu à l’épaule par les deux extrémités supérieures; il ne couvrait donc que le dos et une partie de la poitrine. Ce vêtement est ici assimilé ausagumdes soldats romains, moins à cause de sa forme qu’à cause de la matière dont il était fait et de sa couleur. —Si desit: cf. 14, note4.
[2]Cetera: acc. de relation qui dépend deintecti: pour le reste, c.-à-d. à cela près. Cf. Salluste:Cetera ignarus, et Tite-Live:cetera egregius. Traduisez: «sans autre vêtement». —Totos dies: acc. de durée;aguntseul signifie passer le temps, vivre.
[3]Fluitante. Nous disons de même un vêtementflottant. —Stricta: serré, collant, de manière à mouler tous les membres.
[4]Proximi ripæ: les plus voisins des rives du Danube et du Rhin, c.-à-d. les plus rapprochés des Romains. Ces Germains, connaissant et appréciant les étoffes importées chez eux, portaient avec indifférence les peaux de bêtes lorsqu’ils étaient réduits à s’en servir, tandis que les plus éloignés, ne pouvant se procurer des vêtements plus élégants, y mettaient plus de recherche.
[5]Ut quibus: cf. 2, note15, et 22, note4. —Cultus: cf. 6, note7.
[6]Eligunt: ils ne prennent pas au hasard, ils choisissent les animaux qui ont la plus belle fourrure.
[7]Maculis pellibusque: hendiadyn. Cf. 7, note5, et 25, note7. Ils les parsèment de taches, c.-à-d. de touffes de poils de couleur différente confectionnées avec les dépouilles d’autres animaux.
[8]Exterior Oceanus atque ignotum maredésignent la même chose. Il s’agit des mers qui s’étendent au nord de la Germanie et que l’insuffisance des renseignements géographiques ne permettait pas à Tacite de désigner autrement. Voyez aulexiqueOceanus.
[9]Habitusne désigne pas seulement le vêtement, mais d’une façon générale tout ce qui contribue à modifier l’aspect, l’extérieur, ou cet extérieur même. —Nisi quod: cf. 29, note11.
[10]Purpura: ce n’est sans doute pas la pourpre proprement dite, connue des Romains, mais une teinture rouge quelconque.
[11]In manicas, en forme de manches. Notez l’acc. avecextendere. Cf.20:in hos artus excrescunt.
[12]Brachia et lacertos: accusatifs de relation marquant une idée d’extension. —Brachiumordinairement désigne tout le bras; ici seulement l’avant-bras.Lacertus, le bras du coude à l’épaule.
[13]Sed et: cf. 35, note5. —Patet. La partie de la poitrine la plus rapprochée de la tête et des épaules, c.-à-d. la partie supérieure, est à découvert.
18.Quanquam[1]severa illic matrimonia, nec ullam morum partem magis laudaveris. Nam prope soli barbarorum singulis[2]uxoribus contenti sunt, exceptis admodum paucis, qui non libidine[3], sed ob nobilitatem plurimisnuptiis ambiuntur. Dotem non uxor marito, sed uxori maritus[4]offert. Intersunt parentes et propinqui ac munera probant, non ad delicias muliebres[5]quæsita nec quibus nova nupta comatur, sed boves et frenatum equum et scutum cum framea gladioque. In[6]hæc munera uxor accipitur, atque invicem ipsa armorum aliquid[7]viro affert. Hoc maximum vinculum, hæc arcana sacra, hos conjugales deos arbitrantur. Ne se mulier extra virtutum cogitationes extraque bellorum casus putet, ipsis incipientis matrimonii auspiciis admonetur venire se laborum periculorumque sociam, idem[8]in pace, idem in prœlio passuram ausuramque: hoc juncti boves, hoc paratus equus, hoc data arma denuntiant; sic vivendum[9], sic pereundum; accipere se quæ[10]liberis inviolata ac digna reddat, quæ nurus accipiant rursusque ad nepotes referantur.
18.Quanquam[1]severa illic matrimonia, nec ullam morum partem magis laudaveris. Nam prope soli barbarorum singulis[2]uxoribus contenti sunt, exceptis admodum paucis, qui non libidine[3], sed ob nobilitatem plurimisnuptiis ambiuntur. Dotem non uxor marito, sed uxori maritus[4]offert. Intersunt parentes et propinqui ac munera probant, non ad delicias muliebres[5]quæsita nec quibus nova nupta comatur, sed boves et frenatum equum et scutum cum framea gladioque. In[6]hæc munera uxor accipitur, atque invicem ipsa armorum aliquid[7]viro affert. Hoc maximum vinculum, hæc arcana sacra, hos conjugales deos arbitrantur. Ne se mulier extra virtutum cogitationes extraque bellorum casus putet, ipsis incipientis matrimonii auspiciis admonetur venire se laborum periculorumque sociam, idem[8]in pace, idem in prœlio passuram ausuramque: hoc juncti boves, hoc paratus equus, hoc data arma denuntiant; sic vivendum[9], sic pereundum; accipere se quæ[10]liberis inviolata ac digna reddat, quæ nurus accipiant rursusque ad nepotes referantur.
[1]Quanquam, cependant (Gr. lat., 499, rem.). Ce sens est rare chez Tacite (Dialog., 28–33). Sur l’autre emploi dequanquam, cf. 28, note16.[2]Singulis, une pour chacun. Cet usage n’était pas sans exception, comme l’avoue Tacite lui-même. Les premiers rois francs eurent souvent plusieurs épouses et il fallut leur conversion au christianisme pour extirper la polygamie.[3]Non libidine, non par libertinage. Le sens s’oppose à ce que cet ablatif soit rattaché àambiuntur; il faut suppléer un autre verbe. C’est la figure de style, assez fréquente chez Tacite, qu’on appelle zeugma. —Nuptiis: datif d’intérêt (Gr. lat., § 280). —Plurimisa un sens affaibli: plusieurs. Cf. 13, note12, et 14, note4.[4]Non uxor marito, sed uxori maritus. Remarquez la disposition des mots: c’est la figure appeléeentrecroisement, fréquente chez Tacite. — Tout ce chapitre, comme le suivant, est une satire à peine dissimulée des mœurs romaines.[5]Delicias muliebres, la vaine parure des femmes. La proposition qui suit exprime la même idée.[6]In hæc munera, contre, c.-à-d. à la condition de, en échange de, comme en grecἐπὶ τούτοις.[7]Armorum aliquid, une arme quelconque, spécialement une épée. Cf. 15, note6. —Hoc,hæc,hos: cf. 13, note4.[8]Remarquez les anaphores fréquentes à la fin de ce chapitre:idem,hoc,sic,quæsont répétés. Visiblement Tacite est entraîné par le tableau de ces mœurs viriles.[9]Vivendum (esse)dépend dedenuntiant; —accipereest suivi du réfléchi se parce que l’idée contenue dansadmoneturse poursuit jusqu’à la fin de la phrase.[10]Quæ: il s’agit moins des objets eux-mêmes que des sentiments qu’ils symbolisent. Le secondquæne dépend pas dedigna; un troisièmequæest à sous-entendre comme sujet dereferanturet se tire du second qui est complément.
[1]Quanquam, cependant (Gr. lat., 499, rem.). Ce sens est rare chez Tacite (Dialog., 28–33). Sur l’autre emploi dequanquam, cf. 28, note16.
[2]Singulis, une pour chacun. Cet usage n’était pas sans exception, comme l’avoue Tacite lui-même. Les premiers rois francs eurent souvent plusieurs épouses et il fallut leur conversion au christianisme pour extirper la polygamie.
[3]Non libidine, non par libertinage. Le sens s’oppose à ce que cet ablatif soit rattaché àambiuntur; il faut suppléer un autre verbe. C’est la figure de style, assez fréquente chez Tacite, qu’on appelle zeugma. —Nuptiis: datif d’intérêt (Gr. lat., § 280). —Plurimisa un sens affaibli: plusieurs. Cf. 13, note12, et 14, note4.
[4]Non uxor marito, sed uxori maritus. Remarquez la disposition des mots: c’est la figure appeléeentrecroisement, fréquente chez Tacite. — Tout ce chapitre, comme le suivant, est une satire à peine dissimulée des mœurs romaines.
[5]Delicias muliebres, la vaine parure des femmes. La proposition qui suit exprime la même idée.
[6]In hæc munera, contre, c.-à-d. à la condition de, en échange de, comme en grecἐπὶ τούτοις.
[7]Armorum aliquid, une arme quelconque, spécialement une épée. Cf. 15, note6. —Hoc,hæc,hos: cf. 13, note4.
[8]Remarquez les anaphores fréquentes à la fin de ce chapitre:idem,hoc,sic,quæsont répétés. Visiblement Tacite est entraîné par le tableau de ces mœurs viriles.
[9]Vivendum (esse)dépend dedenuntiant; —accipereest suivi du réfléchi se parce que l’idée contenue dansadmoneturse poursuit jusqu’à la fin de la phrase.
[10]Quæ: il s’agit moins des objets eux-mêmes que des sentiments qu’ils symbolisent. Le secondquæne dépend pas dedigna; un troisièmequæest à sous-entendre comme sujet dereferanturet se tire du second qui est complément.
19.Ergo sæpta pudicitia[1]agunt, nullis spectaculorumillecebris, nullis conviviorum irritationibus corruptæ. Litterarum secreta[2]viri pariter ac feminæ ignorant. Paucissima in tam numerosa gente adulteria, quorum pœna præsens[3]et maritis permissa: accisis crinibus, nudatam coram propinquis expellit domo maritus ac per omnem vicum verbere agit. Publicatæ enim pudicitiæ[4]nulla venia: non forma, non ætate, non opibus maritum invenerit. Nemo enim illic vitia ridet, nec corrumpere et corrumpi sæculum[5]vocatur. Melius[6]quidem adhuc eæ civitates in quibus tantum virgines nubunt et cum spe votoque uxoris semel transigitur[7]. Sic unum accipiunt maritum quomodo unum corpus unamque vitam, ne ulla cogitatio ultra[8], ne longior cupiditas, ne tanquam maritum, sed tanquam matrimonium ament. Numerum liberorum finire[9]aut quemquam ex agnatis[10]necare flagitium[11]habetur, plusque ibi boni mores valent quam alibi[12]bonæ leges.
19.Ergo sæpta pudicitia[1]agunt, nullis spectaculorumillecebris, nullis conviviorum irritationibus corruptæ. Litterarum secreta[2]viri pariter ac feminæ ignorant. Paucissima in tam numerosa gente adulteria, quorum pœna præsens[3]et maritis permissa: accisis crinibus, nudatam coram propinquis expellit domo maritus ac per omnem vicum verbere agit. Publicatæ enim pudicitiæ[4]nulla venia: non forma, non ætate, non opibus maritum invenerit. Nemo enim illic vitia ridet, nec corrumpere et corrumpi sæculum[5]vocatur. Melius[6]quidem adhuc eæ civitates in quibus tantum virgines nubunt et cum spe votoque uxoris semel transigitur[7]. Sic unum accipiunt maritum quomodo unum corpus unamque vitam, ne ulla cogitatio ultra[8], ne longior cupiditas, ne tanquam maritum, sed tanquam matrimonium ament. Numerum liberorum finire[9]aut quemquam ex agnatis[10]necare flagitium[11]habetur, plusque ibi boni mores valent quam alibi[12]bonæ leges.
[1]Sæpta pudicitia, leur vertu est comme entourée, c.-à-d. défendue, protégée par les mœurs et les institutions. —Agunt: cf. 17, note2.[2]Litterarum secreta, non pas en général l’art de se faire comprendre au moyen de signes appelés lettres, c.-à-d. l’écriture, mais les correspondances secrètes:litteræéquivaut àepistolæ. Ici la satire des mœurs romaines devient presque directe.[3]Præsens, immédiate, qui n’attend pas les délais de la procédure.[4]Publicatæ pudicitiæ nulla venia, point de pardon pour celle qui prostitue son honneur.[5]Sæculum, les mœurs du siècle. Traduisez: «ne s’appelle pas vivre selon le siècle, ou être de son temps».[6]Melius, s.-e.agunt. Cf.Ann., I, 43:Melius et amantius ille qui gladium offerebat.[7]Semel transigitur: on en finit une fois pour toutes avec... Ainsi la mort même d’un époux ne rendait pas au survivant sa liberté et n’autorisait pas les secondes noces. Tacite songe aux Romains, pour qui le divorce, introduit dans les lois et dans les mœurs, réduisait le mariage à n’être qu’une formalité, révocable presque sans motif.[8]Ultra, s.-e.sit. Cf. 13, note8.[9]Finire numerum, limiter le nombre.[10]Agnatis, litt., qui naît en sus, c.-à-d. nouveau-né qui vient grossir le nombre des enfants déjà existants.[11]Flagitium habetur: en réalité le père avait droit de vie et de mort sur ses enfants, mais sans doute on considérait comme un crime honteux d’en user contre les nouveau-nés.[12]Alibi: à Rome sans doute, où on avait dû, pour arrêter la dissolution croissante de la famille, attribuer par des lois des récompenses aux citoyens pères de plusieurs enfants.
[1]Sæpta pudicitia, leur vertu est comme entourée, c.-à-d. défendue, protégée par les mœurs et les institutions. —Agunt: cf. 17, note2.
[2]Litterarum secreta, non pas en général l’art de se faire comprendre au moyen de signes appelés lettres, c.-à-d. l’écriture, mais les correspondances secrètes:litteræéquivaut àepistolæ. Ici la satire des mœurs romaines devient presque directe.
[3]Præsens, immédiate, qui n’attend pas les délais de la procédure.
[4]Publicatæ pudicitiæ nulla venia, point de pardon pour celle qui prostitue son honneur.
[5]Sæculum, les mœurs du siècle. Traduisez: «ne s’appelle pas vivre selon le siècle, ou être de son temps».
[6]Melius, s.-e.agunt. Cf.Ann., I, 43:Melius et amantius ille qui gladium offerebat.
[7]Semel transigitur: on en finit une fois pour toutes avec... Ainsi la mort même d’un époux ne rendait pas au survivant sa liberté et n’autorisait pas les secondes noces. Tacite songe aux Romains, pour qui le divorce, introduit dans les lois et dans les mœurs, réduisait le mariage à n’être qu’une formalité, révocable presque sans motif.
[8]Ultra, s.-e.sit. Cf. 13, note8.
[9]Finire numerum, limiter le nombre.
[10]Agnatis, litt., qui naît en sus, c.-à-d. nouveau-né qui vient grossir le nombre des enfants déjà existants.
[11]Flagitium habetur: en réalité le père avait droit de vie et de mort sur ses enfants, mais sans doute on considérait comme un crime honteux d’en user contre les nouveau-nés.
[12]Alibi: à Rome sans doute, où on avait dû, pour arrêter la dissolution croissante de la famille, attribuer par des lois des récompenses aux citoyens pères de plusieurs enfants.