Chapter 5

20.In omni[1]domo nudi ac sordidi in hos artus[2], in hæc corpora, quæ miramur, excrescunt. Sua quemque mater uberibus alit, nec ancillis aut nutricibus[3]delegantur. Dominum ac servum nullis educationis deliciis[4]dignoscas; inter eadem pecora, in eadem humo degunt, donec ætas separet[5]ingenuos, virtus agnoscat. Sera juvenum venus, eoque inexhausta pubertas[6]. Nec virgines festinantur[7]; eadem juventa, similis proceritas: pares validæque[8]miscentur, ac robora parentum liberi referunt. Sororum filiis idem apud avunculum qui[9]ad patrem honor. Quidam sanctiorem arctioremque hunc nexum sanguinis arbitrantur et in accipiendis obsidibus magis exigunt[10],tanquam[11]et animum firmius et domum latius teneant. Heredes tamen successoresque sui cuique liberi, et nullum testamentum[12]. Si liberi non sunt, proximus gradus in possessione[13]fratres, patrui, avunculi. Quanto plus propinquorum[14], quanto major affinium numerus, tanto gratiosior senectus; nec ulla orbitatis pretia.

20.In omni[1]domo nudi ac sordidi in hos artus[2], in hæc corpora, quæ miramur, excrescunt. Sua quemque mater uberibus alit, nec ancillis aut nutricibus[3]delegantur. Dominum ac servum nullis educationis deliciis[4]dignoscas; inter eadem pecora, in eadem humo degunt, donec ætas separet[5]ingenuos, virtus agnoscat. Sera juvenum venus, eoque inexhausta pubertas[6]. Nec virgines festinantur[7]; eadem juventa, similis proceritas: pares validæque[8]miscentur, ac robora parentum liberi referunt. Sororum filiis idem apud avunculum qui[9]ad patrem honor. Quidam sanctiorem arctioremque hunc nexum sanguinis arbitrantur et in accipiendis obsidibus magis exigunt[10],tanquam[11]et animum firmius et domum latius teneant. Heredes tamen successoresque sui cuique liberi, et nullum testamentum[12]. Si liberi non sunt, proximus gradus in possessione[13]fratres, patrui, avunculi. Quanto plus propinquorum[14], quanto major affinium numerus, tanto gratiosior senectus; nec ulla orbitatis pretia.

[1]Omni: chez les pauvres comme chez les riches. Cf. plus loin:donec ætas separet ingenuos. —Nudi ac sordidi: il s’agit des jeunes enfants, à peine vêtus; ils étaient facilement malpropres.[2]In hos artus: cf. 17, note11. —Miramur. Les Romains avaient souvent l’occasion de voir des Germains à Rome même, en qualité de soldats ou d’esclaves.[3]Nutricibus: le contraire se faisait à Rome, et Tacite (Dial. Or., 29) déplore explicitement les funestes effets de cette coutume sur l’éducation:At nunc infans delegatur græculæ alicui ancillæ, etc.[4]Deliciis, délicatesse, raffinements.[5]Donec separet. Tacite emploie volontiers le subjonctif présent aprèsdonecpour marquer la répétition de l’action. Cf. 1, note10. —Separet,agnoscat. L’âge met à part les jeunes gens libres, mais c’est le courage seul qui les désigne comme vraiment tels. Ici la vertu est personnifiée. Cf. 34, note6.[6]Sera... pubertas, «une longue ignorance de la volupté assure aux garçons une jeunesse pleine de vigueur».[7]Festinantur. On ne hâte pas leur mariage.[8]Pares validæqueinsiste sur l’idée précédente. Elles s’unissent lorsque l’âge les a faites également vigoureuses, comme s’il y avait:pares ætate pariterque validæ.[9]Idem qui: cf. Ragon,Gr. lat., 337, rem. —Ad patreméquivaut àapud patrem.[10]Magis exigunt, c.-à-d.hujusmodi obsides, sororum filios.[11]Tanquam, chez Tacite, indique souvent la cause telle qu’elle est envisagée par les gens dont il s’agit: «dans la pensée que», en grecὡςavec le participe. —Latius: les engagements s’étendent ainsi à plus de personnes. —Domum: cf. 21, note3.[12]Et nullum testamentum. Il y avait des coutumes et plus tard des lois qui réglaient la transmission des biens, mais ces lois ne faisaient que consacrer les droits naturels des parents. — Suretsuivi de la négation, cf. 28, note5.[13]Possessione, prise de possession. Ce mot se rattache non seulement àpossideo, être en possession, mais aussi àpossido, se rendre maître de.[14]Propinqui, parents par le sang;affines, parents par alliance. —Orbitatis pretia: il n’y a aucun avantage à n’avoir pas d’héritier direct, tandis qu’à Rome les vieillards riches et sans enfants étaient entourés des soins et des respects d’une foule de gens attentifs à capter leur héritage. Beaucoup d’auteurs latins ou grecs nous dépeignent le cynisme avec lequel se pratiquait cette chasse aux testaments.

[1]Omni: chez les pauvres comme chez les riches. Cf. plus loin:donec ætas separet ingenuos. —Nudi ac sordidi: il s’agit des jeunes enfants, à peine vêtus; ils étaient facilement malpropres.

[2]In hos artus: cf. 17, note11. —Miramur. Les Romains avaient souvent l’occasion de voir des Germains à Rome même, en qualité de soldats ou d’esclaves.

[3]Nutricibus: le contraire se faisait à Rome, et Tacite (Dial. Or., 29) déplore explicitement les funestes effets de cette coutume sur l’éducation:At nunc infans delegatur græculæ alicui ancillæ, etc.

[4]Deliciis, délicatesse, raffinements.

[5]Donec separet. Tacite emploie volontiers le subjonctif présent aprèsdonecpour marquer la répétition de l’action. Cf. 1, note10. —Separet,agnoscat. L’âge met à part les jeunes gens libres, mais c’est le courage seul qui les désigne comme vraiment tels. Ici la vertu est personnifiée. Cf. 34, note6.

[6]Sera... pubertas, «une longue ignorance de la volupté assure aux garçons une jeunesse pleine de vigueur».

[7]Festinantur. On ne hâte pas leur mariage.

[8]Pares validæqueinsiste sur l’idée précédente. Elles s’unissent lorsque l’âge les a faites également vigoureuses, comme s’il y avait:pares ætate pariterque validæ.

[9]Idem qui: cf. Ragon,Gr. lat., 337, rem. —Ad patreméquivaut àapud patrem.

[10]Magis exigunt, c.-à-d.hujusmodi obsides, sororum filios.

[11]Tanquam, chez Tacite, indique souvent la cause telle qu’elle est envisagée par les gens dont il s’agit: «dans la pensée que», en grecὡςavec le participe. —Latius: les engagements s’étendent ainsi à plus de personnes. —Domum: cf. 21, note3.

[12]Et nullum testamentum. Il y avait des coutumes et plus tard des lois qui réglaient la transmission des biens, mais ces lois ne faisaient que consacrer les droits naturels des parents. — Suretsuivi de la négation, cf. 28, note5.

[13]Possessione, prise de possession. Ce mot se rattache non seulement àpossideo, être en possession, mais aussi àpossido, se rendre maître de.

[14]Propinqui, parents par le sang;affines, parents par alliance. —Orbitatis pretia: il n’y a aucun avantage à n’avoir pas d’héritier direct, tandis qu’à Rome les vieillards riches et sans enfants étaient entourés des soins et des respects d’une foule de gens attentifs à capter leur héritage. Beaucoup d’auteurs latins ou grecs nous dépeignent le cynisme avec lequel se pratiquait cette chasse aux testaments.

21.Suscipere tam inimicitias seu patris seu propinqui quam amicitias necesse est[1]. Nec[2]implacabiles durant: luitur enim etiam homicidium certo armentorum ac pecorum numero[3]recipitque satisfactionem universa domus, utiliter in publicum[4], quia periculosiores sunt inimicitiæ juxta libertatem[5]. Convictibus et hospitiis[6]non alia genseffusius indulget. Quemcumque mortalium arcere tecto nefas habetur; pro fortuna[7]quisque apparatis epulis excipit. Cum defecere[8], qui modo hospes fuerat, monstrator hospitii et comes; proximam domum non invitati adeunt. Nec interest: pari humanitate accipiuntur. Notum ignotumque quantum ad[9]jus hospitis nemo discernit. Abeunti, si quid poposcerit, concedere moris[10]; et poscendi invicem eadem facilitas. Gaudent muneribus, sed nec data imputant[11]nec acceptis obligantur: vinculum inter hospites comitas.

21.Suscipere tam inimicitias seu patris seu propinqui quam amicitias necesse est[1]. Nec[2]implacabiles durant: luitur enim etiam homicidium certo armentorum ac pecorum numero[3]recipitque satisfactionem universa domus, utiliter in publicum[4], quia periculosiores sunt inimicitiæ juxta libertatem[5]. Convictibus et hospitiis[6]non alia genseffusius indulget. Quemcumque mortalium arcere tecto nefas habetur; pro fortuna[7]quisque apparatis epulis excipit. Cum defecere[8], qui modo hospes fuerat, monstrator hospitii et comes; proximam domum non invitati adeunt. Nec interest: pari humanitate accipiuntur. Notum ignotumque quantum ad[9]jus hospitis nemo discernit. Abeunti, si quid poposcerit, concedere moris[10]; et poscendi invicem eadem facilitas. Gaudent muneribus, sed nec data imputant[11]nec acceptis obligantur: vinculum inter hospites comitas.

[1]Necesse est: ils regardent cette coutume comme fondée sur le droit naturel au même titre que les successions.[2]Nec, de même queet, a souvent le sens adversatif; ici il équivaut àneque tamen.[3]Certo numero: cf. 12, note7. —Domus, dans le sens de «famille» comme au ch.20.[4]In publicum: cf. 5, note2.[5]Juxta libertatem=apud liberos homines. En prose classique,juxtane s’emploie guère que pour signifier «près de», et au propre. Cf. ch.30, encore un autre sens non classique et un emploi spécial à Tacitejuxta formidinem.[6]Convictibus et hospitiis. Le premier mot s’applique aux rapports avec voisins et amis, le second, aux relations d’hospitalité avec les étrangers. On remarque les mêmes coutumes à l’origine de toutes les civilisations; la Bible, Homère nous montrent déjà la même hospitalité cordiale: bienveillance dans l’accueil, présents au départ, respect de l’hôte comme d’un être sacré.[7]Pro fortuna, selon sa fortune.Apparatusseul signifie bien apprêté. Tite-Live, XXIII, 4:apparatis accipere epulis.[8]Cum defecere, s.-e.epulæ. —Monstrator, s.-e.fit.[9]Quantum ad, pour ce qui est de, quant à, au lieu du classiquequod attinet ad. Cette expression, qui se retrouve,Histoires, V, 10 etAgricola, 44, est déjà dans Ovide.[10]Moris, s.-e.est. Cf. 14, note2.[11]Imputant, litt., porter quelque chose en ligne de compte; ici, se faire un titre à la reconnaissance.

[1]Necesse est: ils regardent cette coutume comme fondée sur le droit naturel au même titre que les successions.

[2]Nec, de même queet, a souvent le sens adversatif; ici il équivaut àneque tamen.

[3]Certo numero: cf. 12, note7. —Domus, dans le sens de «famille» comme au ch.20.

[4]In publicum: cf. 5, note2.

[5]Juxta libertatem=apud liberos homines. En prose classique,juxtane s’emploie guère que pour signifier «près de», et au propre. Cf. ch.30, encore un autre sens non classique et un emploi spécial à Tacitejuxta formidinem.

[6]Convictibus et hospitiis. Le premier mot s’applique aux rapports avec voisins et amis, le second, aux relations d’hospitalité avec les étrangers. On remarque les mêmes coutumes à l’origine de toutes les civilisations; la Bible, Homère nous montrent déjà la même hospitalité cordiale: bienveillance dans l’accueil, présents au départ, respect de l’hôte comme d’un être sacré.

[7]Pro fortuna, selon sa fortune.Apparatusseul signifie bien apprêté. Tite-Live, XXIII, 4:apparatis accipere epulis.

[8]Cum defecere, s.-e.epulæ. —Monstrator, s.-e.fit.

[9]Quantum ad, pour ce qui est de, quant à, au lieu du classiquequod attinet ad. Cette expression, qui se retrouve,Histoires, V, 10 etAgricola, 44, est déjà dans Ovide.

[10]Moris, s.-e.est. Cf. 14, note2.

[11]Imputant, litt., porter quelque chose en ligne de compte; ici, se faire un titre à la reconnaissance.

22.Statim e[1]somno, quem plerumque in diem[2]extrahunt, lavantur[3], sæpius calida, ut apud quos[4]plurimumhiems occupat. Lauti cibum capiunt; separatæ singulis sedes[5]et sua cuique mensa. Tum ad negotia nec minus sæpe ad convivia procedunt armati. Diem noctemque[6]continuare potando nulli probrum. Crebræ, ut inter vinolentos[7], rixæ raro conviciis[8], sæpius cæde et vulneribus transiguntur. Sed et de reconciliandis invicem[9]inimicis et jungendis affinitatibus et adsciscendis principibus, de pace denique ac bello plerumque in conviviis consultant, tanquam[10]nullo magis tempore aut ad simplices[11]cogitationes pateat animus aut ad magnas incalescat. Gens non astuta nec callida aperit adhuc[12]secretapectoris licentia joci. Ergo detecta et nuda[13]omnium mens postera die retractatur[14], et salva utriusque temporis ratio est[15]: deliberant dum fingere nesciunt, constituunt dum errare non possunt.

22.Statim e[1]somno, quem plerumque in diem[2]extrahunt, lavantur[3], sæpius calida, ut apud quos[4]plurimumhiems occupat. Lauti cibum capiunt; separatæ singulis sedes[5]et sua cuique mensa. Tum ad negotia nec minus sæpe ad convivia procedunt armati. Diem noctemque[6]continuare potando nulli probrum. Crebræ, ut inter vinolentos[7], rixæ raro conviciis[8], sæpius cæde et vulneribus transiguntur. Sed et de reconciliandis invicem[9]inimicis et jungendis affinitatibus et adsciscendis principibus, de pace denique ac bello plerumque in conviviis consultant, tanquam[10]nullo magis tempore aut ad simplices[11]cogitationes pateat animus aut ad magnas incalescat. Gens non astuta nec callida aperit adhuc[12]secretapectoris licentia joci. Ergo detecta et nuda[13]omnium mens postera die retractatur[14], et salva utriusque temporis ratio est[15]: deliberant dum fingere nesciunt, constituunt dum errare non possunt.

[1]Exsignifie souvent au sortir de, immédiatement après. César,Bell. Civ., I, 22, 4,ex prætura. Ce sens peut être précisé comme ici parstatim. Cf.Ann., XV, 69,ex mensa.[2]Plerumque: cf. 13, note12. —In diem, jusque dans le jour, et non pas jusqu’au jour, sens queina quelquefois à l’époque impériale. Quintilien, 8, 3, 68:usque in illum diem. Cf.45,in ortum, et lanote.[3]Lavantur: forme passive qu’on peut rattacher à une voix moyenne (Ragon,Gr. lat., 409, et Riemann,Synt. lat., § 133, a 1o).Calida, s.-e.aqua.[4]Ut apud quos: cf. 2, note15. Cette proposition relative marquant la cause devrait être construite avec le subjonctif (Ragon,Gr. lat., 503, 3o). L’exception, qu’on rencontre quelquefois, est une construction incorrecte (Riemann,Synt. lat., § 221, rem. II et note 3). On propose d’ailleursoccupetau lieu deoccupat, mais déjà au ch.XVIII, dansut quibus nullus per commercia cultus, il semble bien qu’on doive sous-entendreest, et non passit. —Plurimum, s.-e.temporisouanni.[5]Separatæ sedes. Tacite, comme on peut s’y attendre chez un écrivain qui peint un peuple étranger, signale surtout les détails de mœurs qui s’écartent le plus des habitudes de son pays. Chez les Romains la salle à manger contenait trois lits, sur chacun desquels trois et quelquefois quatre convives prenaient place. Horace,Sat., I,IV, 86:Sæpe tribus lectis videas cenare quaternos. —Sua cuique mensa. C’était sans doute moins une table qu’un simple plateau sur lequel chacun mettait sa part du repas. Cf. l’allemandTisch, qui vient du latindiscus.[6]Diem noctemque, un jour entier et la nuit suivante, comme l’indique le verbecontinuare.[7]Ut inter vinolentos: cf. 2, note15. —Vinolentusdésigne l’état d’ivresse en général, car nous voyons au commencement du chapitre suivant que les Germains s’enivraient avec autre chose que du vin.[8]Raro conviciis: les injures sont le fait d’un homme qui n’ose en venir aux mains, d’un poltron. Dans lesNiebelungenon lit: «Il ne convient pas à des guerriers de se blesser avec des paroles à la manière des vieilles femmes.» —Transigitur: cf. 19, note7.[9]Proprement,invicemne signifie quetour à tour; mais à l’époque impériale on l’emploie fréquemment pour marquer la réciprocité au lieu deinter se. Cf.37,multa invicem damna.[10]Tanquam, dans la conviction que. Cf. 20, note11.[11]Simplices(desim, «un», comme danssemel,singuli, etplico), litt., qui n’a qu’un pli, sans détour, franc, ouvert.[12]Adhuc, si on le rapporte àaperit, signifie «jusqu’ici», Tacite voulant dire qu’à l’époque où il écrit, ce peuple n’a pas encore appris l’art de dissimuler; mais il vaut mieux le rattacher àsecreta: des choses restées cachées jusqu’alors. Un commentateur allemand, qui voit partout de l’ironie, prend le contrepied de cette pensée (cf. Introduction), et cite non sans quelque apparence de raison Velleius Paterculus, 118, qui appelle les Germainsnatum mendacio genus.[13]Detecta et nuda omnium mens.Corneille,Théodore, II,II: «Voilà pour vous montrer mon âme toute nue.»Racine,Britannicus, II,II: «Mais je t’expose ici mon âme toute nue.»[14]Retractatur. Les idées exprimées en toute franchise durant le festin sont de nouveau discutées.[15]Salva utriusque temporis ratio est. Ce qui convient dans les deux cas (la délibération et la décision) est ainsi sauvegardé.

[1]Exsignifie souvent au sortir de, immédiatement après. César,Bell. Civ., I, 22, 4,ex prætura. Ce sens peut être précisé comme ici parstatim. Cf.Ann., XV, 69,ex mensa.

[2]Plerumque: cf. 13, note12. —In diem, jusque dans le jour, et non pas jusqu’au jour, sens queina quelquefois à l’époque impériale. Quintilien, 8, 3, 68:usque in illum diem. Cf.45,in ortum, et lanote.

[3]Lavantur: forme passive qu’on peut rattacher à une voix moyenne (Ragon,Gr. lat., 409, et Riemann,Synt. lat., § 133, a 1o).Calida, s.-e.aqua.

[4]Ut apud quos: cf. 2, note15. Cette proposition relative marquant la cause devrait être construite avec le subjonctif (Ragon,Gr. lat., 503, 3o). L’exception, qu’on rencontre quelquefois, est une construction incorrecte (Riemann,Synt. lat., § 221, rem. II et note 3). On propose d’ailleursoccupetau lieu deoccupat, mais déjà au ch.XVIII, dansut quibus nullus per commercia cultus, il semble bien qu’on doive sous-entendreest, et non passit. —Plurimum, s.-e.temporisouanni.

[5]Separatæ sedes. Tacite, comme on peut s’y attendre chez un écrivain qui peint un peuple étranger, signale surtout les détails de mœurs qui s’écartent le plus des habitudes de son pays. Chez les Romains la salle à manger contenait trois lits, sur chacun desquels trois et quelquefois quatre convives prenaient place. Horace,Sat., I,IV, 86:Sæpe tribus lectis videas cenare quaternos. —Sua cuique mensa. C’était sans doute moins une table qu’un simple plateau sur lequel chacun mettait sa part du repas. Cf. l’allemandTisch, qui vient du latindiscus.

[6]Diem noctemque, un jour entier et la nuit suivante, comme l’indique le verbecontinuare.

[7]Ut inter vinolentos: cf. 2, note15. —Vinolentusdésigne l’état d’ivresse en général, car nous voyons au commencement du chapitre suivant que les Germains s’enivraient avec autre chose que du vin.

[8]Raro conviciis: les injures sont le fait d’un homme qui n’ose en venir aux mains, d’un poltron. Dans lesNiebelungenon lit: «Il ne convient pas à des guerriers de se blesser avec des paroles à la manière des vieilles femmes.» —Transigitur: cf. 19, note7.

[9]Proprement,invicemne signifie quetour à tour; mais à l’époque impériale on l’emploie fréquemment pour marquer la réciprocité au lieu deinter se. Cf.37,multa invicem damna.

[10]Tanquam, dans la conviction que. Cf. 20, note11.

[11]Simplices(desim, «un», comme danssemel,singuli, etplico), litt., qui n’a qu’un pli, sans détour, franc, ouvert.

[12]Adhuc, si on le rapporte àaperit, signifie «jusqu’ici», Tacite voulant dire qu’à l’époque où il écrit, ce peuple n’a pas encore appris l’art de dissimuler; mais il vaut mieux le rattacher àsecreta: des choses restées cachées jusqu’alors. Un commentateur allemand, qui voit partout de l’ironie, prend le contrepied de cette pensée (cf. Introduction), et cite non sans quelque apparence de raison Velleius Paterculus, 118, qui appelle les Germainsnatum mendacio genus.

[13]Detecta et nuda omnium mens.Corneille,Théodore, II,II: «Voilà pour vous montrer mon âme toute nue.»Racine,Britannicus, II,II: «Mais je t’expose ici mon âme toute nue.»

[14]Retractatur. Les idées exprimées en toute franchise durant le festin sont de nouveau discutées.

[15]Salva utriusque temporis ratio est. Ce qui convient dans les deux cas (la délibération et la décision) est ainsi sauvegardé.

23.Potui humor ex[1]hordeo aut frumento in quamdam similitudinem vini corruptus[2]; proximi ripæ[3]et vinum mercantur. Cibi simplices: agrestia poma[4], recens fera[5], aut lac concretum: sine apparatu, sine blandimentis[6]expellunt famem. Adversus sitim non eadem[7]temperantia: si indulseris[8]ebrietati suggerendo quantumconcupiscunt, haud minus facile[9]vitiis quam armis vincentur.

23.Potui humor ex[1]hordeo aut frumento in quamdam similitudinem vini corruptus[2]; proximi ripæ[3]et vinum mercantur. Cibi simplices: agrestia poma[4], recens fera[5], aut lac concretum: sine apparatu, sine blandimentis[6]expellunt famem. Adversus sitim non eadem[7]temperantia: si indulseris[8]ebrietati suggerendo quantumconcupiscunt, haud minus facile[9]vitiis quam armis vincentur.

[1]Exmarque la matière dont une chose est faite (Gr. lat., 250).[2]Corruptusn’a pas ici un sens défavorable: altéré, c.-à-d. fermenté. On voit assez qu’il s’agit d’une sorte de bière. —In similitudinem vini, non pas à la manière du vin, mais de façon à ressembler à du vin. Surinmarquant le résultat ou l’intention, voir des exemples dans Draeger, § 80. Cf.38:in altitudinem quamdam et terrorem... ornantur; et 17, note11; 24, note3.[3]Proximi ripæ. Il s’agit des rives du Rhin et du Danube. Cf. 5, note13.[4]Agrestia poma. De même quefrugifera arbor(10, note3) signifie toute espèce d’arbre qui porte des fruits, icipomadésigne des fruits ou productions sauvages de toute espèce, des noix ou des baies, peut-être même certains légumes sauvages.[5]Recens fera, venaison fraîche. —Lac concretum, lait caillé ou peut-être le lait à tous les états où il peut être rangé parmi lescibique Tacite énumère ici par opposition à la boisson.[6]Sine blandimentis, sans tous les raffinements inventés pour réveiller l’appétit paresseux, ce que Salluste appelleirritamenta gulæ.[7]Eadem: formule de transition que nous avons déjà vue au ch.4:non eadem patientia. Pour la pensée, voir aussi ce chapitre:minime sitim tolerare, etc.[8]Si indulseris, si on se prête à.[9]Haud minus facileest une litote, au lieu defacilius. Cependant l’affirmation de Tacite est relative: il ne veut pas dire qu’en fait les Germains sont faciles à vaincre (cf.37), mais il compare seulement les deux moyens qu’on a de les dompter.

[1]Exmarque la matière dont une chose est faite (Gr. lat., 250).

[2]Corruptusn’a pas ici un sens défavorable: altéré, c.-à-d. fermenté. On voit assez qu’il s’agit d’une sorte de bière. —In similitudinem vini, non pas à la manière du vin, mais de façon à ressembler à du vin. Surinmarquant le résultat ou l’intention, voir des exemples dans Draeger, § 80. Cf.38:in altitudinem quamdam et terrorem... ornantur; et 17, note11; 24, note3.

[3]Proximi ripæ. Il s’agit des rives du Rhin et du Danube. Cf. 5, note13.

[4]Agrestia poma. De même quefrugifera arbor(10, note3) signifie toute espèce d’arbre qui porte des fruits, icipomadésigne des fruits ou productions sauvages de toute espèce, des noix ou des baies, peut-être même certains légumes sauvages.

[5]Recens fera, venaison fraîche. —Lac concretum, lait caillé ou peut-être le lait à tous les états où il peut être rangé parmi lescibique Tacite énumère ici par opposition à la boisson.

[6]Sine blandimentis, sans tous les raffinements inventés pour réveiller l’appétit paresseux, ce que Salluste appelleirritamenta gulæ.

[7]Eadem: formule de transition que nous avons déjà vue au ch.4:non eadem patientia. Pour la pensée, voir aussi ce chapitre:minime sitim tolerare, etc.

[8]Si indulseris, si on se prête à.

[9]Haud minus facileest une litote, au lieu defacilius. Cependant l’affirmation de Tacite est relative: il ne veut pas dire qu’en fait les Germains sont faciles à vaincre (cf.37), mais il compare seulement les deux moyens qu’on a de les dompter.

24.Genus spectaculorum unum atque in omni cœtu idem: nudi juvenes, quibus id ludicrum[1]est, inter gladios se atque infestas[2]frameas saltu jaciunt. Exercitatio artem paravit, ars decorem, non in quæstum[3]tamen aut mercedem: quamvis[4]audacis lasciviæ pretium est voluptas spectantium. Aleam, quod mirere, sobrii inter seria[5]exercent, tanta lucrandi perdendive temeritate[6], ut, cum omnia defecerunt, extremo ac novissimo[7]jactu de libertate ac de corpore contendant. Victus voluntariam servitutem adit: quamvis juvenior, quamvis robustior,alligari se ac venire[8]patitur. Ea est[9]in re prava pervicacia; ipsi fidem vocant. Servos conditionis hujus per commercia[10]tradunt, ut se quoque[11]pudore victoriæ exsolvant.

24.Genus spectaculorum unum atque in omni cœtu idem: nudi juvenes, quibus id ludicrum[1]est, inter gladios se atque infestas[2]frameas saltu jaciunt. Exercitatio artem paravit, ars decorem, non in quæstum[3]tamen aut mercedem: quamvis[4]audacis lasciviæ pretium est voluptas spectantium. Aleam, quod mirere, sobrii inter seria[5]exercent, tanta lucrandi perdendive temeritate[6], ut, cum omnia defecerunt, extremo ac novissimo[7]jactu de libertate ac de corpore contendant. Victus voluntariam servitutem adit: quamvis juvenior, quamvis robustior,alligari se ac venire[8]patitur. Ea est[9]in re prava pervicacia; ipsi fidem vocant. Servos conditionis hujus per commercia[10]tradunt, ut se quoque[11]pudore victoriæ exsolvant.

[1]Ludicrumest attribut deid: pour qui c’est un jeu. À Rome on voyait dans les arènes des exercices plus dangereux, mais ils étaient exécutés par de misérables condamnés pour qui ce n’était point un passe-temps.[2]Infestasse rapporte également àgladios(Gr. lat., 228): menaçantes, dangereuses par la manière dont elles sont placées. Sidoine Apollinaire, 5, 246:Intortas præcedere saltibus hastas. —Saltu se jacere: expression plus pittoresque quesaltare.[3]In quæstum, «en vue d’un gain». Cf. 23, note2.[4]Quamvisne signifie pasquoiqueet ne tombe pas sur le verbe à l’indicatif, ce qui serait doublement contraire au bon usage classique (Ragon,Gr. lat., 501, et rem.; Riemann, § 201, 2). Il tombe ici exclusivement suraudacis: quelque audacieux que soit. Tacite emploie d’ailleursquamvisdans le sens de quoique avec le subjonctif: cf.Histoires, II, 79 et 85.[5]Sobrii inter seria. Cette habitude pouvait étonner les Romains, pour qui ce jeu faisait partie des divertissements d’un festin, quand le vin avait déjà échauffé les têtes.[6]Temeritate, s’exposant avec tant d’audace aux chances de gain ou de perte.[7]Extremo ac novissimo: pléonasme oratoire. Cf. 1, note9. Mais il n’en est pas de même delibertate et corpore: le second mot marque la conséquence du premier, la perte de la liberté entraînait le risque de perdre la vie même dans un pays où le maître pouvait punir l’esclave de mort. Cf.25:occidere solent. —Jactu, coup de dés.[8]Venire: inf. deveneo, qui sert de passif àvendo(Gr. lat., 411).[9]Ea est, telle est.[10]Per commercia. Cf.17:nullus per commercia cultus.[11]Quoque. Les vainqueurs veulent échappereux aussià la honte de leur victoire, comme le vaincu a voulu échapper en risquant sa liberté à la honte d’une défaite où il avait tout perdu.

[1]Ludicrumest attribut deid: pour qui c’est un jeu. À Rome on voyait dans les arènes des exercices plus dangereux, mais ils étaient exécutés par de misérables condamnés pour qui ce n’était point un passe-temps.

[2]Infestasse rapporte également àgladios(Gr. lat., 228): menaçantes, dangereuses par la manière dont elles sont placées. Sidoine Apollinaire, 5, 246:Intortas præcedere saltibus hastas. —Saltu se jacere: expression plus pittoresque quesaltare.

[3]In quæstum, «en vue d’un gain». Cf. 23, note2.

[4]Quamvisne signifie pasquoiqueet ne tombe pas sur le verbe à l’indicatif, ce qui serait doublement contraire au bon usage classique (Ragon,Gr. lat., 501, et rem.; Riemann, § 201, 2). Il tombe ici exclusivement suraudacis: quelque audacieux que soit. Tacite emploie d’ailleursquamvisdans le sens de quoique avec le subjonctif: cf.Histoires, II, 79 et 85.

[5]Sobrii inter seria. Cette habitude pouvait étonner les Romains, pour qui ce jeu faisait partie des divertissements d’un festin, quand le vin avait déjà échauffé les têtes.

[6]Temeritate, s’exposant avec tant d’audace aux chances de gain ou de perte.

[7]Extremo ac novissimo: pléonasme oratoire. Cf. 1, note9. Mais il n’en est pas de même delibertate et corpore: le second mot marque la conséquence du premier, la perte de la liberté entraînait le risque de perdre la vie même dans un pays où le maître pouvait punir l’esclave de mort. Cf.25:occidere solent. —Jactu, coup de dés.

[8]Venire: inf. deveneo, qui sert de passif àvendo(Gr. lat., 411).

[9]Ea est, telle est.

[10]Per commercia. Cf.17:nullus per commercia cultus.

[11]Quoque. Les vainqueurs veulent échappereux aussià la honte de leur victoire, comme le vaincu a voulu échapper en risquant sa liberté à la honte d’une défaite où il avait tout perdu.

25.Ceteris[1]servis non in nostrum morem[2]descriptis per familiam ministeriis utuntur: suam quisque sedem, suos penates regit. Frumenti modum[3]dominus aut pecoris aut vestis ut colono injungit, et servus hactenus[4]paret. Cetera[5]domus officia uxor ac liberi exsequuntur.Verberare servum ac vinculis et opere[6]coercere rarum: occidere solent, non disciplina et severitate[7], sed impetu et ira, ut inimicum, nisi quod[8]impune est. Liberti non multum supra servos sunt, raro aliquod momentum[9]in domo, nunquam in civitate[10], exceptis dumtaxat iis gentibus quæ regnantur[11]. Ibi enim et super ingenuos et super nobiles ascendunt: apud ceteros impares libertini[12]libertatis argumentum sunt.

25.Ceteris[1]servis non in nostrum morem[2]descriptis per familiam ministeriis utuntur: suam quisque sedem, suos penates regit. Frumenti modum[3]dominus aut pecoris aut vestis ut colono injungit, et servus hactenus[4]paret. Cetera[5]domus officia uxor ac liberi exsequuntur.Verberare servum ac vinculis et opere[6]coercere rarum: occidere solent, non disciplina et severitate[7], sed impetu et ira, ut inimicum, nisi quod[8]impune est. Liberti non multum supra servos sunt, raro aliquod momentum[9]in domo, nunquam in civitate[10], exceptis dumtaxat iis gentibus quæ regnantur[11]. Ibi enim et super ingenuos et super nobiles ascendunt: apud ceteros impares libertini[12]libertatis argumentum sunt.

[1]Ceterissert de transition; il s’agit maintenant des esclaves autres que ceux dont il vient d’être parlé. C’étaient des prisonniers de guerre ou des fils d’esclaves.[2]In nostrum morem, à notre manière. Cf. 16, note3. En effet, les Romains pouvaient distribuer à tout un personnel composé parfois de plusieurs centaines d’esclaves (familia) une foule de rôles distincts qui répondaient à autant de besoins créés par le luxe. Les Germains qui n’avaient point de palais et dont la vie était fort simple auraient été plutôt embarrassés de tenir chez eux leurs esclaves. Ces derniers avaient donc leurs habitations sans doute groupées autour de celle du maître et se livraient aux travaux des champs. Ces mœurs, avec les modifications amenées par le christianisme, sont reconnaissables durant tout le moyen âge.[3]Modum, une quantité déterminée. —Colono: le colon romain était un homme libre, mais la terre qu’il cultivait ne lui appartenait pas.[4]Hactenuss’emploie tantôt en parlant du lieu (Agricola, 16), tantôt en parlant du temps (Virg.,Énéide, XI, 823), ou comme ici au figuré: à cela se borne son esclavage. Il s’agit, bien entendu, de ce qui se passait habituellement, car l’esclave pouvait en certains cas être mis à mort par son maître.[5]Cetera domus officiane peut signifier les autres emplois de la maison, puisque Tacite n’en a encore cité aucun; il faut traduire: les autres services, ceux qui se font dans la maison, par opposition à la culture des champs.Ἄλλοςa très fréquemment cet emploi,Odyssée, I, 132:ἔκτοσθεν ἄλλων μνηστήρων, loin des autres, à savoir des prétendants (Ragon,Gr. gr., 187bis, rem.). —Uxor et liberi, s.-e.domini.[6]Vinculis et opere, les fers et les travaux forcés. Tacite songe peut-être aux malheureux condamnés à Rome à tourner la meule. —Coercere: cf.11.[7]Disciplina et severitate=disciplinæ severitate, disciplina severa.Impetu et ira=impetu iræ. C’est la figure appelée hendiadyn (ἓν διὰ δυοῖν) qui consiste à réunir paretdeux substantifs dont l’un précise l’autre et remplace soit un génitif, soit un adjectif.[8]Nisi quodaprès une proposition affirmative etnisiseul après une négation, s’emploient avec l’indicatif pour signifier: si ce n’est que, avec cette restriction que (Gr. lat., 494).[9]Momentum. Les affranchis ont rarement quelque influence. On dit plutôtmomenti esse; Cicéron dit:esse maximi ponderis et momenti. Mais Tacite aime à employer le nominatif attribut au lieu d’un génitif ou d’un datif avecesse; il semble qu’ainsi la relation avec le sujet devienne plus directe. Cf. 13, note6, et plus basargumentum sunt.[10]In civitate. À Rome, au contraire, des affranchis, tout-puissants auprès des empereurs, tenaient souvent les rênes du gouvernement.[11]Le passifregnarin’appartient pas à la prose classique (Riemann,Synt. lat., § 31,d, et la note). Cf.37,triumphati.[12]Impares libertini. Le fait que les affranchis sont au-dessous des citoyens libres est une preuve de liberté chez un peuple.Imparesjoue ici le rôle d’une proposition circonstancielle. —Libertus, l’affranchi par rapport à son maître;libertinus, l’affranchi considéré dans ses rapports avec l’État,libertini, la classe des affranchis.

[1]Ceterissert de transition; il s’agit maintenant des esclaves autres que ceux dont il vient d’être parlé. C’étaient des prisonniers de guerre ou des fils d’esclaves.

[2]In nostrum morem, à notre manière. Cf. 16, note3. En effet, les Romains pouvaient distribuer à tout un personnel composé parfois de plusieurs centaines d’esclaves (familia) une foule de rôles distincts qui répondaient à autant de besoins créés par le luxe. Les Germains qui n’avaient point de palais et dont la vie était fort simple auraient été plutôt embarrassés de tenir chez eux leurs esclaves. Ces derniers avaient donc leurs habitations sans doute groupées autour de celle du maître et se livraient aux travaux des champs. Ces mœurs, avec les modifications amenées par le christianisme, sont reconnaissables durant tout le moyen âge.

[3]Modum, une quantité déterminée. —Colono: le colon romain était un homme libre, mais la terre qu’il cultivait ne lui appartenait pas.

[4]Hactenuss’emploie tantôt en parlant du lieu (Agricola, 16), tantôt en parlant du temps (Virg.,Énéide, XI, 823), ou comme ici au figuré: à cela se borne son esclavage. Il s’agit, bien entendu, de ce qui se passait habituellement, car l’esclave pouvait en certains cas être mis à mort par son maître.

[5]Cetera domus officiane peut signifier les autres emplois de la maison, puisque Tacite n’en a encore cité aucun; il faut traduire: les autres services, ceux qui se font dans la maison, par opposition à la culture des champs.Ἄλλοςa très fréquemment cet emploi,Odyssée, I, 132:ἔκτοσθεν ἄλλων μνηστήρων, loin des autres, à savoir des prétendants (Ragon,Gr. gr., 187bis, rem.). —Uxor et liberi, s.-e.domini.

[6]Vinculis et opere, les fers et les travaux forcés. Tacite songe peut-être aux malheureux condamnés à Rome à tourner la meule. —Coercere: cf.11.

[7]Disciplina et severitate=disciplinæ severitate, disciplina severa.Impetu et ira=impetu iræ. C’est la figure appelée hendiadyn (ἓν διὰ δυοῖν) qui consiste à réunir paretdeux substantifs dont l’un précise l’autre et remplace soit un génitif, soit un adjectif.

[8]Nisi quodaprès une proposition affirmative etnisiseul après une négation, s’emploient avec l’indicatif pour signifier: si ce n’est que, avec cette restriction que (Gr. lat., 494).

[9]Momentum. Les affranchis ont rarement quelque influence. On dit plutôtmomenti esse; Cicéron dit:esse maximi ponderis et momenti. Mais Tacite aime à employer le nominatif attribut au lieu d’un génitif ou d’un datif avecesse; il semble qu’ainsi la relation avec le sujet devienne plus directe. Cf. 13, note6, et plus basargumentum sunt.

[10]In civitate. À Rome, au contraire, des affranchis, tout-puissants auprès des empereurs, tenaient souvent les rênes du gouvernement.

[11]Le passifregnarin’appartient pas à la prose classique (Riemann,Synt. lat., § 31,d, et la note). Cf.37,triumphati.

[12]Impares libertini. Le fait que les affranchis sont au-dessous des citoyens libres est une preuve de liberté chez un peuple.Imparesjoue ici le rôle d’une proposition circonstancielle. —Libertus, l’affranchi par rapport à son maître;libertinus, l’affranchi considéré dans ses rapports avec l’État,libertini, la classe des affranchis.

26.Fenus agitare[1]et in usuras extendere ignotum;ideoque magis servatur[2]quam si vetitum esset. Agri pro numero cultorum ab universis vicis[3]occupantur, quos mox inter se secundum dignationem[4]partiuntur. Facilitatem partiendi camporum spatia præbent. Arva[5]per annos mutant[6], et superest ager. Nec enim cum ubertate et amplitudine soli labore contendunt[7], ut[8]pomaria conserant et prata separent et hortos rigent: sola terræ seges[9]imperatur. Unde annum quoque ipsum non in totidem[10]digerunt species: hiems et ver et æstas intellectum[11]ac vocabula habent, autumni perinde nomen ac bona ignorantur.

26.Fenus agitare[1]et in usuras extendere ignotum;ideoque magis servatur[2]quam si vetitum esset. Agri pro numero cultorum ab universis vicis[3]occupantur, quos mox inter se secundum dignationem[4]partiuntur. Facilitatem partiendi camporum spatia præbent. Arva[5]per annos mutant[6], et superest ager. Nec enim cum ubertate et amplitudine soli labore contendunt[7], ut[8]pomaria conserant et prata separent et hortos rigent: sola terræ seges[9]imperatur. Unde annum quoque ipsum non in totidem[10]digerunt species: hiems et ver et æstas intellectum[11]ac vocabula habent, autumni perinde nomen ac bona ignorantur.


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