CHAPITRE XVII1778-1779

CHAPITRE XVII1778-1779Maladie grave de Mme de Boufflers.—Correspondance avec Panpan.—Supplique de Panpan pour obtenir une pension.

Maladie grave de Mme de Boufflers.—Correspondance avec Panpan.—Supplique de Panpan pour obtenir une pension.

Pendant le séjour de Voltaire dans la capitale, Mme de Boufflers avait fait à deux reprises différentes, et à quelques jours seulement d'intervalle, le voyage de Nancy à Paris; en apparence elle avait supporté assez aisément cette grande fatigue, mais à peine était-elle de retour à Nancy, qu'elle fut prise d'une crise d'estomac violente, si violente même que son entourage fut pendant quelques jours extrêmement inquiet. Fort heureusement le chevalier se trouvait par hasard à la Malgrange, il accourut auprès de sa mère qu'il adorait, et il l'entoura des soins les plus intelligents et les plus tendres.

Mme de Boisgelin était retenu à Versailles par les soins de sa charge, et on lui cacha combien l'état de sa mère était grave.

Dès qu'il y eut un peu de mieux, le chevalier voulut la mettre lui-même au courant de la situation. Il lui écrivait:

«Ce samedi 19.

«Tant que je n'avais que mes inquiétudes à te communiquer, chère enfant, je ne t'ai rien mandé; je n'aurais fait que t'affliger, te troubler, peut-être te faire venir ici inutilement.

«Dès que les grandes alarmes ont cessé, je t'ai écrit un petit mot au bas de la lettre de M. Marcel, et ce petit mot a dû te prouver qu'on ne t'avait pas tout dit jusque-là.

«Il paraît que M. Dubreuil s'est trompé, qu'il n'y a absolument rien à la matrice, que tout tenait et tient encore à un engorgement à l'intestin qu'on appelle cœcum, et que cet embarras se prolongeait au-dessous de l'estomac et pouvait d'un moment à l'autre gêner les fonctions vitales. On croit l'obstruction ancienne, mais elle était irritée et augmentée par les suites nécessaires d'une constipation absolue, de plus de vingt-cinq jours, pendant lesquels notre pauvre mère a fait deux fois le chemin d'ici à Paris, sans compter les fatigues du séjour, pires que celles du voyage.

«Je croyais tout rétabli il y a trois jours, mais les accidents ont recommencé avant-hier, à la vérité moins forts. Hier elle a pris de la magnésie bien malgré elle, mais elle s'en trouve mieux sans trop en convenir. Sa force diminue et son courage se lasse; elle déteste la médecine, le médecin, le régime, elle ne trouve de goût qu'aux choses qu'on lui défend de manger; il faut avec elle beaucoup de patience et un peu de ruse; il est vraique par sensibilité pour les soins que je lui rends, elle devient un peu plus traitable, mais ceci n'est pas encore au point où il le faudrait, et je vois aisément tout ce qu'il lui en coûte.

«Si cela se soutient encore huit ou dix jours, je pourrai retourner à Paris, où je sais trop combien j'ai à faire, mais je sens encore plus combien j'ai à faire ici.

«...Adieu, chère enfant, mets des points, des virgules, et de l'orthographe dans ma lettre, car je n'en ai pas le temps, je n'ai que celui de t'embrasser encore.»

Quelques jours après le chevalier écrit de nouveau:

«Ma mère n'est ni mieux ni plus mal; elle a presque régulièrement un bon et un mauvais jour. Cependant, malgré les inquiétudes qu'elle donne à tout le monde, je commence à me flatter d'une vraie guérison, car il paraît démontré que le siège du mal est à l'estomac, et que tout tient à des vaisseaux engorgés et engourdis qui n'absorbent point assez les sucs que l'on nommegastriques, et le médecin se propose de lui donner le quinquina, malgré le préjugé où l'on est que ce remède est la cause des obstructions.

«Ma mère a toujours un peu d'humeur, beaucoup d'ennui et des idées noires qu'elle s'efforce de cacher; la journée d'hier a été fâcheuse, elle a eu des crachements dès le matin, elle a senti des angoisses et des maux de cœur; elle en a été accablée après pendant deux heures; ensuite elle s'est remise au jeu et à la conversation.

«Adieu, chère Catherine, c'est aujourd'hui ta fête;je te la souhaite, comme je te la donnerais si j'étais Dieu, le Roi, ou seulement mon beau-frère.

«Embrasse tout le faubourg Saint-Germain de ma part.»

Dès qu'elle se sentait un peu mieux, Mme de Boufflers reprenait le dessus avec une rapidité étonnante. Un moment on la croyait au plus mal, une heure après on la trouvait installée au trictrac, causant le plus aimablement du monde.

Cependant l'amélioration persistait et tout faisait espérer la fin de ces pénibles accidents.

Le chevalier écrit à Mme de Boisgelin:

«Ce lundi 29.

«Tout va bien, ma fille, et je commence à espérer une guérison prochaine et parfaite. Les accidents sont moindres de jour en jour; les mauvais jours sont déroutés. Hier devait en être un et c'est le meilleur que nous ayons eu depuis le retour et même depuis longtemps avant le voyage. Nous devions prendre aujourd'hui un grain d'ipécacuanha, mais nous avons jugé à propos de retarder jusqu'au moment où le besoin serait plus indiqué, car, quand la nature suffit à la guérison, il ne faut point y joindre la pharmacie...»

(De la main de Mme de Boufflers.)

«J'ai été désolée, ma bonne fille, en lisant votre lettre du 25; je me suis presque reproché de me porter si bien. Chargez-vous de donner de mes nouvelles àvotre oncle et à votre tante, parce que j'écris alternativement à l'un de vous trois.»

Enfin l'on est complètement maître de la maladie:

«Rassure-toi pleinement, ma chère fille, mande le chevalier à sa sœur, la journée s'est encore très bien passée; il ne reste presque plus de crachements, aucune angoisse, aucune douleur, très peu de goût de levain dans la gorge et à peine un faible ressentiment de l'embarras dans les intestins. Je compte que demain ou après la maladie sera non seulement guérie mais même oubliée, car un jour peut plus dans la convalescence de ma mère qu'un mois ne ferait dans celle de tout autre. Encore une fois, plus d'inquiétudes ni de scrupules, on n'a plus besoin de toi, quoiqu'on t'aime à la folie.»

Dès qu'il a appris la maladie si grave de Mme de Boufflers, Panpan, moins égoïste que d'habitude, est accouru pour tenir compagnie à son amie. Aussi est-ce à lui que s'adressent les intimes de la maison pour avoir des nouvelles; presque chaque jour il envoie un bulletin à la «céleste» Durival.

Mme de Brancas n'est guère moins anxieuse, elle charge Cerutti de demander en hâte des nouvelles. Mais Mme de Boufflers est déjà hors d'affaires et dans son ravissement, c'est en vers que Panpan répond à la demande de Cerutti:

Eh! mon dieu! mon charmant ami,Que de choses il faut vous dire!Pour vous satisfaire à demi,Tout un jour il faudrait écrire.Le moyen de vous dire, non?De notre adorable duchesseVous empruntez l'ordre et le nomPour tyranniser ma paresse.De mon autre DivinitéElle veut savoir des nouvelles.Une fièvre des plus cruellesAvait attaqué sa santé.De cet accident éphémère,Grâce au ciel, il n'est rien resté;Elle a recouvré sa gaîté,Et repris tous ses droits de plaire.Je la quitte, elle va jouirD'un renouvellement de vie.Un nouveau genre de plaisir,C'est une santé mieux sentie.De retour au coin de mon feu,Dépensant sottement la mienne,Platement épris d'un plat jeu,J'attends que la goutte revienne,Je l'attends, et je la crains peuJusqu'à présent; mais courte et bénigne,Patiemment j'en sens l'effet,Elle sait que je suis peu digneDu triste honneur qu'elle me fait[134].

Eh! mon dieu! mon charmant ami,Que de choses il faut vous dire!Pour vous satisfaire à demi,Tout un jour il faudrait écrire.Le moyen de vous dire, non?De notre adorable duchesseVous empruntez l'ordre et le nomPour tyranniser ma paresse.De mon autre DivinitéElle veut savoir des nouvelles.Une fièvre des plus cruellesAvait attaqué sa santé.De cet accident éphémère,Grâce au ciel, il n'est rien resté;Elle a recouvré sa gaîté,Et repris tous ses droits de plaire.Je la quitte, elle va jouirD'un renouvellement de vie.Un nouveau genre de plaisir,C'est une santé mieux sentie.De retour au coin de mon feu,Dépensant sottement la mienne,Platement épris d'un plat jeu,J'attends que la goutte revienne,Je l'attends, et je la crains peuJusqu'à présent; mais courte et bénigne,Patiemment j'en sens l'effet,Elle sait que je suis peu digneDu triste honneur qu'elle me fait[134].

Eh! mon dieu! mon charmant ami,

Que de choses il faut vous dire!

Pour vous satisfaire à demi,

Tout un jour il faudrait écrire.

Le moyen de vous dire, non?

De notre adorable duchesse

Vous empruntez l'ordre et le nom

Pour tyranniser ma paresse.

De mon autre Divinité

Elle veut savoir des nouvelles.

Une fièvre des plus cruelles

Avait attaqué sa santé.

De cet accident éphémère,

Grâce au ciel, il n'est rien resté;

Elle a recouvré sa gaîté,

Et repris tous ses droits de plaire.

Je la quitte, elle va jouir

D'un renouvellement de vie.

Un nouveau genre de plaisir,

C'est une santé mieux sentie.

De retour au coin de mon feu,

Dépensant sottement la mienne,

Platement épris d'un plat jeu,

J'attends que la goutte revienne,

Je l'attends, et je la crains peu

Jusqu'à présent; mais courte et bénigne,

Patiemment j'en sens l'effet,

Elle sait que je suis peu digne

Du triste honneur qu'elle me fait[134].

A peine remise de la grave indisposition qui a tant alarmé ses enfants et ses amis, Mme de Boufflers reprend avec Panpan sa correspondance à bâtons rompus. Il est question de tout dans ces lettres, mais surtout du petit cercle intime dans lequel ils vivent, de Mme de Brancas, de Mme de Lenoncourt, de Mme Durival, de Thérèse, de Marianne, de Manon, etc., etc.; leurs moindres occupations prennent à leurs yeux une importanceconsidérable et deviennent le sujet de longues discussions.

«Nancy, 15 juin 1778.

«Mon cher Veau, dès que tu parles de venir, tout est oublié et je me réjouis. Mais je voudrais bien savoir qui vous donne les airs de vous tourmenter comme si cela appartenait à tout le monde.

«Voilà la lettre de Mme L. M. de la Fare me mande qu'il compte venir lundi 19, dîner à Fléville. Si je lui envoyais le carrosse, en profiteriez-vous? Sur cela ne vous gênez pas, parce que je ne veux pas, pour quelques jours de différence, que vous m'arriviez de mauvaise humeur. Je veux mon Veau avec tous ses charmes, parce qu'il faut que je l'aime par-dessus tout.

«Savez-vous ce que fait votre Durival depuis ce matin? Elle collationne les mémoires de M. de Bellegarde avec M. Boutillier.

«Je suis en commerce de lettres avec M. Delisle, et il m'a envoyé des lettres pour vous[135].»

«Nancy, 24 juin.

«Voilà M. d'Autichamp[136]qui implore ma protection pour obtenir la grâce de louer votre maison jusqu'au1ernovembre. Je lui ai presque promis que vous y consentiriez.

«Ma Durival dit que vous êtes trop heureux de gagner 15 louis comme en dormant, tandis qu'elle ne fait que perdre son argent en veillant. Il faut vous dire qu'elle a pris un tel goût pour le jeu en général, et en particulier pour le reversi, qu'elle joue depuis dîner jusqu'à souper, et depuis souper jusqu'à minuit, de manière qu'on ne jouit d'elle que le matin.

«Adieu, mon aimable Veau.»

«Nancy, 12 juillet 1778.

«J'ai reçu hier votre lettre du 10. Je n'ai pas vu Mme Durival depuis, mais je sais déjà sa réponse:elle ne voudrait pas vous déranger.

«Elle a été hier matin voir la duchesse avec l'évêque de Saint-Dié[137], sans rester à dîner. Je la trouve fort changée et je crois que son bâtiment y contribue. Je pense que vous ne la verrez qu'à Sommerviller, car elle y serait déjà sans l'évêque, et elle part après-demain. Vous voyez que je vous ai pressé sans intérêt. Mais pourquoi m'aviez-vous dit qu'elle n'avait pas répondu à vos lettres?

«Il me semble aujourd'hui que je devais aimer mieux la folie de Marianne que toute votre raison qui n'est guère raisonnable. Pourquoi ne pas vivre à Nancy quand tout est cher à Lunéville?

«Comment n'êtes-vous pas inquiet de Chalabre qui ne me gagne rien du tout, quoique le Dumast soit toujours grande bredouille.

«Le prince a pris pendant trois jours des pilules, et ne croit pas qu'une médecine achève aucune guérison. Il est un peu moins souffrant.»

En 1778 la marquise fait part à son ami Panpan d'un événement qui pour elle a une importance considérable, le mariage de sa chère Thérèse, de cette femme de chambre qui ne la quitte jamais et à laquelle elle est tendrement attachée. Thérèse épouse un certain M. Petitdemange, d'une bonne famille du pays. La cérémonie est célébrée le 2 mars, à Saint-Nicolas de Nancy et le soir, touchant exemple de l'affection que les maîtres portaient à leurs serviteurs, la marquise offre chez elle un grand dîner en l'honneur des mariés. Pour ne pas se séparer de Thérèse, Mme de Boufflers prend M. Petitdemange à son service, elle en fait son intendant, son homme de confiance et... son professeur d'orthographe!

Panpan n'est pas toujours impitoyable et quelquefois il cède aux instances de son amie. Ainsi il vient passer auprès d'elle les mois d'octobre et de novembre: ce fut un temps délicieux pour la marquise, trop court, hélas! En décembre le lecteur regagne Lunéville. Mme de Boufflers est désolée. Autant elle éprouve de joie quand le Veau annonce son arrivée, autant elle ressent de chagrin quand il s'éloigne. Elle a la franchise de le lui dire:

«Nancy, 20 décembre 1778.

«J'étais sûrement bien fâchée de vous voir partir pour des siècles, mon bon Veau, et je le suis encore, mais puisque votre absence est un chagrin inévitable pour moi, il sera plus raisonnable désormais de le souffrir sans m'en plaindre.

«J'ai laissé avant-hier Mme de Beauvau entre MM. Cerutti et Saint-Martin, et je suis venue ici avec la pauvre veuve, qui ne retournera à Fléville que vers la fin de la semaine.

«J'y vais tout à l'heure avec Mme Philips qui me mène. Son mari est presque bien. Je reviendrai ici lundi; je tâcherai de finir votre logement.

«Toutes mes caisses, il y en a six, sont arrivées à bon port.

«Mon Dumast est arrivé une heure après moi, avec tant d'empressement et d'amitié pour moi que j'ai bien regretté de lui avoir enlevé la lanterne.

«J'ai fait connaissance avec l'intendante, qui me paraît aimable et bien gaie, quoique bien malade, car elle tousse continuellement; j'y soupe lundi[138].

«Adieu, charmant Veau.»

(De la main de Mme de Boisgelin.)

«Ma pauvre Thérèse a la colique tous les matins, cela m'afflige beaucoup.

(Mme de Boisgelin termine en son nom personnel.)

«Maman a trouvé la confiture excellente, beau Veau, et moi je trouve que Mlle Marianne ne devrait payer que de sa personne le plaisir que j'ai eu de la voir.

«Malgré les invitations de Mme de Brancas, Mme Durival n'a pas voulu aller à Fléville.»

Pendant l'hiver de 1779, Mme de Boufflers est encore à Nancy. Elle a fait des économies et elle peut, à sa grande satisfaction, rembourser à Mme Durival une dette qu'elle a contractée vis-à-vis d'elle, de compte à demi avec Panpan. Elle raconte à son ami la joie qu'elle éprouve à pouvoir enfin se libérer et elle lui promet bien qu'elle ne recommencera jamais pareille aventure:

«2 janvier 1779.

«Tenez, mon bon cœur de Veau, je vais répondre à tout jusqu'à ce que Mme de Lenoncourt vienne ici pour que je la mène chez notre Durival, qui a fait hier une apparition ici, et à qui je n'ai pas dit un mot des 20 louis, mais je vais les lui porter. Vous ne sauriez croire la joie que j'ai de n'avoir plus de dettes. Je me promets bien et à mon meilleur ami que cela n'arrivera plus. Ne croyez pas que j'irai présenter à ma Durival notre argent tout sec; je compte bien l'accompagner de tous nos sentiments de tendresse, d'estime, promesse, serment, parole d'honneur, etc., enfin de tout ce que vous diriez vous-même pour lui plaire. Voilà donc une affaire finie.

«Mme d'Hénin[139]est aussi à la Reine, et puisqu'elle

veut bien s'en mêler, ainsi que Mme de Poix, je crois qu'il faut les laisser faire.

«Je ne sais ce que c'est que l'histoire du bulletin. Ce que je sais bien, c'est que M. de Beauvau ne pue pas, qu'il n'est guères dans la chambre du Roi, et que s'il avait pué dans cette chambre, le Roi en serait plutôt sorti lui-même que d'en faire sortir tout le monde. Au reste le prince a peut-être fait chez le Roi comme Mme du Deffant chez Mme de la Vallière.

«Ne m'envoyez plus de dattes, parce qu'il en arrive de Marseille...

«Les sixains et quatrains sont charmants. Je vais relire tout cela à Mme Durival, car je lis mieux qu'elle.

«Envoyez-moi toujours les vers à la duchesse, ils seront assez bons pour moi.

«Notre Thérèse prend enfin une bouteille d'eau de Bussang le matin, mais je ne sais si, par le froid, cela est bon. Aujourd'hui elle a la foire.

«Je voulais vous dire de lire l'article Sévigné qui m'a charmée et celui de Sénèque. Je vais chercher l'anecdote.

«Quand j'ai vu mon bonheur remis à quinze jours j'ai couru à la date, et j'ai vu que j'avais trois jours, sur la quinzaine.»

«Nancy, 11 janvier 1779.

«Je doute, mon cher Veau, qu'on obtienne jamais rien de M. de la Porte[140], qui ne soit dans toutes lesrègles de la justice. Comme je me doutais bien du chagrin que le déplacement de ce Colé vous ferait, j'ai encore dit hier à l'intendant tout ce que j'ai pensé qui pourrait le toucher; il répond à tout que si cet homme était un bon sujet, il le déplacerait encore comme inutile. Cela me fait voir que vous avez raison d'aimer les fripons, car la rectitude a ses inconvénients. Mme de la Porte m'a promis d'engager son mari à faire tout ce qu'il pourra, mais comme elle serait bien fâchée de l'engager à manquer à ses principes, je n'ose espérer rien.

(De la main de Mme de Boisgelin.)

«Maman dit qu'elle ne comprend pas comment vous pouvez l'engager à écrire par le froid qu'il fait, qu'elle a les mains gelées. Elle dit aussi qu'elle compte s'amuser plus souvent dans sa chambre qu'ailleurs, parce qu'elle a un gros rhume et que je ne veux pas qu'elle sorte. Elle n'ira de longtemps à Fléville à cause de l'absence du tapis, qui ne ferait qu'augmenter son rhume et son mal aux yeux. Mme Durival est déterminée à y aller dans le mois de février.

«Son argent est arrivé; ainsi vous pouvez en disposer et être sûr que vous lui ferez grand plaisir.

«Ne m'oubliez pas et ne me laissez pas oublier par Marianne, parce que je l'aime de tout mon cœur.»

«16 mars 1779.

«Je vous vois toujours environné de tristesse et cela m'attriste aussi. Mais que faire, attendre que l'éponge du temps emporte tout cela...

«Nous avons dîné dimanche chez le petit abbé, toujours plus aimable. Le salon ne sera pas beau, et le reste n'avance pas.

«Vous a-t-on mandé: Que M. Necker a mis sa démission avec ses motifs sur la table du Roi, et que le Roi et M. de Maurepas n'ont pas voulu la recevoir; que la mort du cardinal de Rohan n'a point affligé le cardinal neveu[141]; que Mlle d'Éon est exilée à Tonnerre[142].

«Le neveu de l'abbé Porquet est enfin placé comme chirurgien-major du régiment de M. de Pouilly.

«Adieu, mon bon ami.»

«On dit que le Roi a donné une pension considérable à Linguet, qui est actuellement à Paris[143], et qui était à Paris le jour de la réception de Ducis[144].

Au mois de juin, la marquise, qui vient d'être assez souffrante, se décide à aller passer quelques jours à Fléville, mais elle est à peine convalescente. Va-t-on appeler un médecin? Point du tout. La duchesse, bien inspirée, s'empresse de convoquer Panpan, persuadée que la présence du Veau sera pour son amie le meilleur remède.

«Mardi.

«M. de Vaux aura su sans doute que Mme de Boufflers a été incommodée plusieurs jours. Elle est mieux et pour achever de se rétablir elle vient passer quelques jours à Fléville. Comme je ne doute pas que M. de Vaux ne soit empressé de contribuer au rétablissement de ses amis, je lui envoie ce soir mon carrosse. Il aura le temps de faire ses paquets et ses adieux cette nuit. Il n'oubliera pas sa tête à perruque parce qu'il n'y en a point ici. Il y a douze feuilles nouvelles qui l'attendent, sans compter les journaux et demain pour son dîner il aura une carpe superbe avec du vin de Bourgogne, de Barsac, de Catilion, de Viviselpe, de Lunel, de Cerise, etc., etc., etc.[145].»

Mais Panpan se fait prier; il trouve qu'on ne manifeste pas un assez grand désir de le posséder.

Mme de Boufflers le morigène gentiment:

«Nancy, 4 juin.

«Et moi je vous dis que je n'ai pas été une seule fois à Fléville que la duchesse ne m'ait marqué beaucoup d'envie de vous voir, quelquefois, à la vérité, avec un peu d'humeur, comme soupçonnant que vous y viendriez le plus tard et le moins possible. J'ai toujours coulé du miel sur les paroles, et je puis vous assurer qu'elle a l'air de vous aimer beaucoup. Est-ce que, sans cela, le Cerutti vous aimerait tant? C'est peut-être, au contraire, l'amour de celui-ci qui est la cause et la preuve de l'amour de celle-là.»

Bien qu'il ne soit pas toujours aisé d'obtenir la visite du Veau à Fléville, Mme de Brancas a pour lui mille amabilités. Un jour, elle fait confectionner à son intention de délicieux macarons, et elle charge Mme de Lenoncourt de les lui faire parvenir. Mais hélas, elle avait compté sans les amies de la marquise. Quelques jours après, celle-ci, toute honteuse, doit avouer au Veau la «flibusterie exécrable» dont il est la victime; elle lui demande le secret, car la duchesse serait indignée et ne pardonnerait pas aisément.

«Je devais vous envoyer par le carrosse une boîte de biscuits et de macarons que la bonne dame vous avait fait faire avec le plus grand soin. Cette boîte attendait sur mon bureau. On m'a demandé ce que c'était: imprudemment je l'ai dit: «Ah! voyons! goûtons...»—«Ah! non! c'est à mon Veau.»—«Cinq ou six gueules fraîches se sont jetées dessus, on me l'aarrachée. Quand j'ai vu le pillage, j'en ai pris ma part. Bref il n'en est pas resté un seul!»

Cependant Panpan éprouve bien des préoccupations; M. Necker accomplit dans les finances de grandes réformes et le pauvre Veau se demande avec anxiété ce qui restera de son maigre revenu. Aussi quand Mme de Boufflers s'aventure à vanter les mérites du ministre, le Veau répond-il fort aigrement:

Que m'importe tout son mérite,S'il ne me laisse pas de pain?Parce que Colbert ressuscite,Me faut-il donc mourir de faim?

Que m'importe tout son mérite,S'il ne me laisse pas de pain?Parce que Colbert ressuscite,Me faut-il donc mourir de faim?

Que m'importe tout son mérite,

S'il ne me laisse pas de pain?

Parce que Colbert ressuscite,

Me faut-il donc mourir de faim?

Pour obvier au coup qui le menace, Panpan sollicite une nouvelle pension du Roi; en même temps, il cherche à obtenir quelques faveurs pour un neveu malheureux. C'est naturellement Mme de Boufflers qui est chargée de plaider la cause de son ami et elle doit mettre en jeu toutes les influences dont elle dispose pour obtenir une issue favorable.

La marquise se conforme docilement aux désirs du Veau; sa famille, ses relations, tout le monde est mis en réquisition: le prince de Beauvau, Mme de Grammont, le comte d'Estaing, Mmes de Poix et d'Hénin, qui sont à la Reine, etc., etc.

«Nancy, 27 juin 1779.

«Mais, mon petit Veau, je te défie de dire que je ne vous ai pas encore écrit par le dernier ordinaire, c'est-à-dire mercredi 24. Notre aimable Marcel ne m'a ditni fait dire qu'il s'en allait, car je vous aurais envoyé par lui un éloge de M. Haller, manuscrit, et la lettre de M. d'Éon à M. de Maurepas. Voyez comme je mets bien les accents sur les à depuis que notre Petitdemange m'apprend l'orthographe.

«Je pense, comme je vous l'ai dit d'abord, que la duchesse de Grammont ne vous répondra pas; mais que ce que vous lui demandez est inutile. On demande vos titres, ce n'est pas pour les trouver bons ou mauvais, je vous en réponds, et il n'y a que vous qui ayez pris l'alarme, à ce que j'entends dire.

«L'énigme est charmante. Est-ce portrait? Si je l'avais eue hier entre ma Durival et l'évêque de Saint-Dié, j'aurais deviné tout de suite.

«Mais si le printemps vous attriste, avec quoi vous réjouira-t-on? Heureusement que vous n'en êtes pas moins gai.

«Ma pauvre Manon vient encore de cracher le sang, mais peu, et sans avoir mal à la poitrine. J'espère que Thérèse ne prendra pas ce temps-là (car cela n'est pas fini) pour lui donner les cent coups de pied dans le ventre qu'elle lui a annoncés souvent. Je crois l'avoir adoucie en engageant la battue à payer l'amende, c'est-à-dire qu'elle lui a proposé de monter son bonnet, ce que l'autre a refusé, mais honnêtement. Voilà la seule manière de venir à bout de la férocité.

«Je voudrais quelquefois que tu fusses un tigre frotté de manne, comme ton amitié, pour que je puisse me passer de toi.»

«Je ne verrai pas la princesse, par un autre arrangement fait hier avec le comte d'Estaing; Mmes Dessolles et de Lenoncourt en usent de même. Mais je vais tâcher d'engager le comte à remettre une petite note à la princesse pour la Reine. Ne faut-il pas encore que je compose cette note? et puis qui l'écrira? Le pauvre Saunier est bien malade. Enfin nous chercherons. Je pense que ce sera M. de L. si le malheur le conduit ici aujourd'hui. C'est qu'il a une belle écriture et que mon Dumast écrit comme un chat, car il aurait la préférence. Heureusement que j'ai le placet pour le garde des sceaux qui me mettra au fait du nom et de la chose. Je vous réponds que la Reine aura la note, en dépit même du comte, s'il ne voulait pas la donner.

«Je ne connais de sacré que le bonheur de mon Veau, c'est la loi la plus sainte, le devoir le plus chéri, etc., etc.

«Après cela je pense que vous ne refuserez pas de trouver jolis les vers à Mme de Poix en lui envoyant les synonymes: finir, cesser, discontinuer.

«Les voici:

Vous continuerez de charmerEt l'on ne cessera jamais de vous aimer.Je ne finis pas de le dire,Mais je n'aime point à l'écrire.

Vous continuerez de charmerEt l'on ne cessera jamais de vous aimer.Je ne finis pas de le dire,Mais je n'aime point à l'écrire.

Vous continuerez de charmer

Et l'on ne cessera jamais de vous aimer.

Je ne finis pas de le dire,

Mais je n'aime point à l'écrire.

«Toutes tes paroles sont enveloppées de faussetés, tes promesses frelatées, tes sentiments falsifiés, tes actions mixtionnées, et cependant je t'aime.

«Pourquoi ne pas dire simplement: j'irai vous voirdans un tel temps. Qu'est-ce que ces lys, cette muraille? tout cela sent la mauvaise foi.

«Je vais le 26 à Fléville; les Villes y sont.»

Panpan ne se contente pas de faire solliciter par Mme de Boufflers et ses amis, il suppose qu'une démarche directe pourra avoir quelque heureuse influence, et lui-même écrit au prince de Beauvau. Mais une supplique passe souvent inaperçue, peut-être la remarquera-t-on davantage, s'il emploie la langue des dieux:

Panpan au prince de Beauvau.C'est encore un de ses placetsQue le vieux Veau vous recommande.Si le succès d'une demandeFait tenter un autre succès,C'est à vous qu'il faut vous en prendre,Quand par ses importunités,Prince, abusant de vos bontés,Il ose de vous tout attendre.Un jeune et malheureux neveuNe me revient du bout du mondeQue pour y retourner dans peu,Malgré l'inclémence de l'onde,Qui ne lui paraît plus qu'un jeu.On lui fit revoir sa patriePour y renouveler sa vie,Qui s'épuisait sous l'Équateur.Depuis sa santé rétablieCes Anglais lui tiennent au cœur,Et plus encor sainte Lucie.Il n'aspire plus qu'à l'honneurD'y chercher la mort qui l'a fui.Mais pour aller même à la mortQuelquefois trop cher il en coûte;Il n'a pas dans son triste sortPour faire les frais de la route.Dans cette dure extrémitéIl me revient à la mémoireCe placet, avec son mémoire,Qui fut l'an dernier présenté;Mais je ne dois pas vous le taire,De Madame il fut rebuté;Cependant encor j'en espère;S'il ne put plaire un certain jour,Un certain jour il pourra plaire;Tout le succès dépend du tourQu'on fait prendre dans une affaire.La pièce qui tombe le soirLe lendemain remonte aux nues,Nos raisons seront bienvenuesLorsque vous les ferez valoir.Madame a craint la concurrence,Mais j'appartins à son aïeul,Mon neveu plus qu'un autre a seulQuelques droits à sa bienfaisance.Est-il des concurrents nombreux,Rien n'autorise leur attenteCar ils ne sont point mes neveux;Ils n'ont point de muse pour tanteQui vienne intercéder pour eux.Elle a cru qu'il voulait d'avanceJouir de ce qu'elle a promis;Du quart au tout la différenceFondait l'espoir qu'il s'est permis.Prenez Barême, ouvrez ses livres,Faites voir que de cinq cents francsLe quart n'est que cent vingt-cinq livres,Que ces cinq louis tous les ans,Jusqu'à ce qu'il faudra les rendre,Lui pourraient faire en paix attendreLa fin de tant de survivants.C'est là qu'il borne sa demande,Et cette princesse moins grandePar son rang que par ses bienfaits,Sans que pas un autre y prétendePeut l'en combler à peu de frais.Il faut pourtant qu'on l'en avise,Quoique souvent, sans qu'on lui dise,A son cœur il n'échappe rien.Mon prince, c'est là votre affaire,Vous aimez qu'on fasse le bien,Vous qui savez si bien le faire.

Panpan au prince de Beauvau.

Panpan au prince de Beauvau.

C'est encore un de ses placetsQue le vieux Veau vous recommande.Si le succès d'une demandeFait tenter un autre succès,C'est à vous qu'il faut vous en prendre,Quand par ses importunités,Prince, abusant de vos bontés,Il ose de vous tout attendre.

C'est encore un de ses placets

Que le vieux Veau vous recommande.

Si le succès d'une demande

Fait tenter un autre succès,

C'est à vous qu'il faut vous en prendre,

Quand par ses importunités,

Prince, abusant de vos bontés,

Il ose de vous tout attendre.

Un jeune et malheureux neveuNe me revient du bout du mondeQue pour y retourner dans peu,Malgré l'inclémence de l'onde,Qui ne lui paraît plus qu'un jeu.On lui fit revoir sa patriePour y renouveler sa vie,Qui s'épuisait sous l'Équateur.Depuis sa santé rétablieCes Anglais lui tiennent au cœur,Et plus encor sainte Lucie.Il n'aspire plus qu'à l'honneurD'y chercher la mort qui l'a fui.Mais pour aller même à la mortQuelquefois trop cher il en coûte;Il n'a pas dans son triste sortPour faire les frais de la route.Dans cette dure extrémitéIl me revient à la mémoireCe placet, avec son mémoire,Qui fut l'an dernier présenté;Mais je ne dois pas vous le taire,De Madame il fut rebuté;Cependant encor j'en espère;S'il ne put plaire un certain jour,Un certain jour il pourra plaire;Tout le succès dépend du tourQu'on fait prendre dans une affaire.La pièce qui tombe le soirLe lendemain remonte aux nues,Nos raisons seront bienvenuesLorsque vous les ferez valoir.Madame a craint la concurrence,Mais j'appartins à son aïeul,Mon neveu plus qu'un autre a seulQuelques droits à sa bienfaisance.Est-il des concurrents nombreux,Rien n'autorise leur attenteCar ils ne sont point mes neveux;Ils n'ont point de muse pour tanteQui vienne intercéder pour eux.Elle a cru qu'il voulait d'avanceJouir de ce qu'elle a promis;Du quart au tout la différenceFondait l'espoir qu'il s'est permis.Prenez Barême, ouvrez ses livres,Faites voir que de cinq cents francsLe quart n'est que cent vingt-cinq livres,Que ces cinq louis tous les ans,Jusqu'à ce qu'il faudra les rendre,Lui pourraient faire en paix attendreLa fin de tant de survivants.C'est là qu'il borne sa demande,Et cette princesse moins grandePar son rang que par ses bienfaits,Sans que pas un autre y prétendePeut l'en combler à peu de frais.Il faut pourtant qu'on l'en avise,Quoique souvent, sans qu'on lui dise,A son cœur il n'échappe rien.Mon prince, c'est là votre affaire,Vous aimez qu'on fasse le bien,Vous qui savez si bien le faire.

Un jeune et malheureux neveu

Ne me revient du bout du monde

Que pour y retourner dans peu,

Malgré l'inclémence de l'onde,

Qui ne lui paraît plus qu'un jeu.

On lui fit revoir sa patrie

Pour y renouveler sa vie,

Qui s'épuisait sous l'Équateur.

Depuis sa santé rétablie

Ces Anglais lui tiennent au cœur,

Et plus encor sainte Lucie.

Il n'aspire plus qu'à l'honneur

D'y chercher la mort qui l'a fui.

Mais pour aller même à la mort

Quelquefois trop cher il en coûte;

Il n'a pas dans son triste sort

Pour faire les frais de la route.

Dans cette dure extrémité

Il me revient à la mémoire

Ce placet, avec son mémoire,

Qui fut l'an dernier présenté;

Mais je ne dois pas vous le taire,

De Madame il fut rebuté;

Cependant encor j'en espère;

S'il ne put plaire un certain jour,

Un certain jour il pourra plaire;

Tout le succès dépend du tour

Qu'on fait prendre dans une affaire.

La pièce qui tombe le soir

Le lendemain remonte aux nues,

Nos raisons seront bienvenues

Lorsque vous les ferez valoir.

Madame a craint la concurrence,

Mais j'appartins à son aïeul,

Mon neveu plus qu'un autre a seul

Quelques droits à sa bienfaisance.

Est-il des concurrents nombreux,

Rien n'autorise leur attente

Car ils ne sont point mes neveux;

Ils n'ont point de muse pour tante

Qui vienne intercéder pour eux.

Elle a cru qu'il voulait d'avance

Jouir de ce qu'elle a promis;

Du quart au tout la différence

Fondait l'espoir qu'il s'est permis.

Prenez Barême, ouvrez ses livres,

Faites voir que de cinq cents francs

Le quart n'est que cent vingt-cinq livres,

Que ces cinq louis tous les ans,

Jusqu'à ce qu'il faudra les rendre,

Lui pourraient faire en paix attendre

La fin de tant de survivants.

C'est là qu'il borne sa demande,

Et cette princesse moins grande

Par son rang que par ses bienfaits,

Sans que pas un autre y prétende

Peut l'en combler à peu de frais.

Il faut pourtant qu'on l'en avise,

Quoique souvent, sans qu'on lui dise,

A son cœur il n'échappe rien.

Mon prince, c'est là votre affaire,

Vous aimez qu'on fasse le bien,

Vous qui savez si bien le faire.

Mme de Boufflers et Panpan n'ont pas sollicité en vain. L'heureux lecteur du Roi obtient ce qu'il désirait, et pour lui et pour son neveu. Dans sa reconnaissance il envoie au prince de Beauvau un vase en porcelaine de Vincennes, et il le prie de l'offrir en son nom à la chère marquise.

Au vase étaient joints ces vers:

A Madame la marquise de Boufflers.Dès longtemps mon cœur vous destineCe chef-d'œuvre de l'art, ce vase précieuxOù notre France efface et la Grèce et la Chine.Je cherchais le moment de l'offrir à vos yeux.De l'or et de l'azur brille l'éclat suprêmeSur cet émail de lait à Vincennes empâté,Mais c'est la main du héros qui vous aimeQui fera toute sa beauté.Ce héros, qu'autrefois couronna la victoireSur les rives de l'Éridan,Semble aujourd'hui ne connaître de gloireQue celle de vous plaire et de gâter Panpan.Je vois vos bontés dans les siennesEt je n'en suis que plus charmé.Mon cœur de ses bienfaits ne peut être alarmé,Les bienfaits ne sont pas des chaînes.Quand il protège, on croit en être aimé.De tous ses dons, cette coupe brillanteDevient pour moi le plus cher en ce jour,Quand l'amitié vous la présenteComme un hommage embelli par l'amour[146].

A Madame la marquise de Boufflers.

Dès longtemps mon cœur vous destineCe chef-d'œuvre de l'art, ce vase précieuxOù notre France efface et la Grèce et la Chine.Je cherchais le moment de l'offrir à vos yeux.De l'or et de l'azur brille l'éclat suprêmeSur cet émail de lait à Vincennes empâté,Mais c'est la main du héros qui vous aimeQui fera toute sa beauté.Ce héros, qu'autrefois couronna la victoireSur les rives de l'Éridan,Semble aujourd'hui ne connaître de gloireQue celle de vous plaire et de gâter Panpan.Je vois vos bontés dans les siennesEt je n'en suis que plus charmé.Mon cœur de ses bienfaits ne peut être alarmé,Les bienfaits ne sont pas des chaînes.Quand il protège, on croit en être aimé.De tous ses dons, cette coupe brillanteDevient pour moi le plus cher en ce jour,Quand l'amitié vous la présenteComme un hommage embelli par l'amour[146].

Dès longtemps mon cœur vous destine

Ce chef-d'œuvre de l'art, ce vase précieux

Où notre France efface et la Grèce et la Chine.

Je cherchais le moment de l'offrir à vos yeux.

De l'or et de l'azur brille l'éclat suprême

Sur cet émail de lait à Vincennes empâté,

Mais c'est la main du héros qui vous aime

Qui fera toute sa beauté.

Ce héros, qu'autrefois couronna la victoire

Sur les rives de l'Éridan,

Semble aujourd'hui ne connaître de gloire

Que celle de vous plaire et de gâter Panpan.

Je vois vos bontés dans les siennes

Et je n'en suis que plus charmé.

Mon cœur de ses bienfaits ne peut être alarmé,

Les bienfaits ne sont pas des chaînes.

Quand il protège, on croit en être aimé.

De tous ses dons, cette coupe brillante

Devient pour moi le plus cher en ce jour,

Quand l'amitié vous la présente

Comme un hommage embelli par l'amour[146].


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