Afin de garder de tout ceci une image plus vive et un souvenir plus précis, embrassons d'un dernier coup d'œil le chemin parcouru. Nous avons écarté, pour les motifs que nous avons dits, les solutions religieuses et l'anéantissement total. L'anéantissement est matériellement impossible; les solutions religieuses occupent une citadelle sans portes ni fenêtres où la raison humaine ne pénètre point. Vient ensuite l'hypothèse de la survivance de notre moi, délivré de son corps, mais gardant pleine et intacte conscience de son identité. Nous avons vu que cette hypothèse, en ses strictes limites, n'est que fort peu probable et médiocrement désirable, bien que, par l'abandon du corps, source de tous nos maux, elle semble moins redoutable que notre existence actuelle. D'autre part, dès qu'on essaye de l'étendre ou de l'élever, afin qu'elle paraisse moins barbare ou moins naïve, on rejoint l'hypothèse de la conscience universelle ou de la conscience modifiée, qui, avec celle de la survivance sans aucune espèce de conscience, ferme le champ à toutes les suppositions et épuise ce que l'imagination peut prévoir.
La survivance sans aucune espèce de conscience équivaudrait pour nous à l'anéantissement pur et simple et, par conséquent, ne serait pas plus redoutable que celui-ci, c'est-à-dire qu'un sommeil sans rêve et sans réveil. L'hypothèse est, sans contredit, plus acceptable que celle de l'anéantissement, mais préjuge de façon très téméraire les questions de la conscience universelle et de la conscience modifiée.