III

Que deviendrons-nous dans tout cet inintelligible? Quitterons-nous le fini que nous habitons pour être engloutis dans l'un ou l'autre infini? En d'autres termes, finirons-nous par nous confondre avec l'infini que conçoit notre raison ou demeurerons-nous éternellement dans celui que voient nos yeux, c'est-à-dire en des mondes sans nombre, changeants et éphémères? Ne sortirons-nous jamais de ces mondes qui semblent devoir éternellement mourir et renaître, pour entrer enfin dans ce qui de toute éternité n'a pu naître ni mourir et existe sans avenir comme sans passé? Échapperons-nous quelque jour, avec tout ce qui nous environne, aux expériences malheureuses, pour pénétrer enfin dans la paix, la sagesse, la conscience immuable et sans limite, ou dans l'inconscience sans espoir? Aurons-nous le sort que prévoient nos sens ou celui qu'exige notre intelligence? Ou bien sens et intelligence ne sont-ils qu'illusions, petits outils, vaines armes d'une heure qui ne furent jamais destinés à scruter ou braver l'Univers? S'il y a vraiment contradiction, est-il sage de s'y arrêter et de juger impossible ce que nous ne comprenons point, vu que nous ne comprenons presque rien? La vérité n'est-elle pas à d'incommensurables distances de ces contrariétés qui nous paraissent énormes et irréductibles, et sans doute n'ont pas plus d'importance que la pluie qui tombe sur la mer?


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