II

Maintenant, il s'agit de savoir si cet esprit, à l'abri de toute douleur, demeurera lui-même, se sentira et se reconnaîtra au sein de l'infini et jusqu'à quel point il importe qu'il s'y reconnaisse. Nous voilà devant les problèmes de la survivance sans conscience ou de la survivance avec une conscience différente de celle d'aujourd'hui.

La survivance sans conscience semble d'abord la plus probable. Au point de vue des maux ou des biens qui nous attendent de l'autre côté de la tombe, elle équivaut à l'anéantissement. Il est donc loisible, à ceux qui préfèrent la solution la plus facile et la plus conforme à l'état présent de la pensée humaine, de borner là leur inquiétude. Ils n'ont rien à redouter; car toute crainte, s'il en restait quelqu'une, bien examinée, se fleurirait d'espoirs. Le corps se dissout et ne peut plus souffrir; la pensée, séparée de la source des joies et des peines, s'éteint, se disperse et se perd dans l'obscurité sans limites; et c'est le grand repos si souvent imploré, le sommeil sans mesure, sans réveil et sans rêve.

Mais ce n'est là qu'une solution qui berce la paresse. Ceux qui parlent de survivance sans conscience, si on les pousse, on s'aperçoit qu'ils n'entendent que leur conscience actuelle; car l'homme n'en conçoit point d'autre, et nous venons de voir qu'il est à peu près impossible qu'une telle conscience se maintienne dans l'infini.

A moins qu'ils ne veuillent nier toute espèce de conscience, même celle de l'Univers dans laquelle tombera la leur. Mais c'est trancher bien promptement et bien aveuglément, d'un coup d'épée dans la nuit, la question la plus haute et la plus mystérieuse qui se puisse dresser dans le cerveau d'un homme.


Back to IndexNext