Depuis les expériences dont nous parlons, il semble que la mort elle-même ait voulu répondre à l'objection; en effet, Myers, le docteur Hodgson et le professeur William James qui, si souvent et durant de longues heures passionnées, interrogèrent les médiums Piper et Thompson et obligèrent ceux qui ne sont plus à parler par leur bouche, les voici, à leur tour, parmi les ombres, de l'autre côté du rideau de ténèbres. Eux du moins savent exactement ce qu'il faut faire pour venir jusqu'à nous, ce qu'il faut révéler pour apaiser l'inquiétude et la curiosité des hommes. Myers notamment, le plus ardent, le plus convaincu, le plus impatient du voile qui le séparait des réalités éternelles, a formellement promis à ceux qui continuent son œuvre de faire là-bas, dans l'inconnu, tous les efforts imaginables afin de leur prêter une aide décisive. Il tient parole. Un mois après sa mort, Sir Oliver Lodge, interrogeant Mme Thompson «entrancée», Nelly, l'esprit familier de celle-ci, déclare tout à coup qu'elle a vu Myers, qu'il n'est pas encore bien éveillé, mais qu'il compte venir, vers neuf heures du soir, «communiquer» avec son vieil ami de la Société Psychique. On suspend la séance, on la reprend à huit heures et demie, et l'on obtient enfin la «communication» Myers. On le reconnaît, dès les premiers mots, c'est bien lui; il n'a pas changé. Fidèle à sa manie terrestre, il insiste tout de suite sur la nécessité de prendre des notes. Mais il semble ahuri. On lui parle de la Société des Recherches Psychiques, unique souci de sa vie. Il ne s'en souvient plus. Puis la mémoire renaît peu à peu; et ce sont de véritables «potins» d'outre-tombe, au sujet de la présidence de la société, de l'article nécrologique duTimes, de lettres qu'on devait publier, etc. Il se plaint qu'on ne lui laisse pas de repos, de tous les coins de l'Angleterre, on l'interpelle, on veut communiquer avec lui. «Appelez Myers, amenez Myers!» Il lui faudrait le temps de se ressaisir, de réfléchir. Il se plaint aussi de la difficulté à faire passer sa pensée à travers les médiums: «ils la traduisent comme un écolier qui fait sa première version de Virgile». Quant à sa situation présente, «il a cherché son chemin comme à travers des ruelles, avant de savoir qu'il était mort. Il lui semblait qu'il s'égarait dans une ville inconnue; et quand il apercevait des gens qu'il savait décédés, il croyait n'avoir que des visions.»
C'est, parmi bien d'autres bavardages qui ne sont pas plus significatifs, à peu près tout ce que donna le «contrôle» ou la «personnification» Myers, dont on avait espéré mieux. Cette «communication» et plusieurs autres qui ressuscitent, d'une façon frappante, paraît-il, les habitudes, la manière de penser, de parler et le caractère de Myers, auraient quelque valeur si aucun de ceux par qui et à qui elles furent faites n'avait connu celui-ci quand il était encore au nombre des vivants. Telles qu'elles se présentent, elles ne sont fort probablement que des réminiscences d'une personnalité secondaire du médium ou d'inconscientes suggestions de l'interrogateur ou des assistants.