IV

Nous voici donc devant le mystère de la conscience universelle. Bien que nous soyons incapables de comprendre l'acte d'un infini qui se replierait sur soi pour se sentir, par conséquent se définir et se séparer d'autre chose, ce n'est pas une raison suffisante pour le déclarer impossible; car, si nous rejetions toutes les réalités et impossibilités que nous ne comprenons point, il ne nous resterait plus de quoi vivre. Si cette conscience existe sous cette forme dont nous avons l'idée, il est évident que nous nous y trouverons et y prendrons part. S'il y a conscience en quelque lieu, ou quelque chose qui remplace la conscience, nous serons dans cette conscience ou cette chose, puisque nous ne pouvons être ailleurs. Et cette conscience ou cette chose où nous nous trouverons, ne pouvant être malheureuse, puisqu'il est impossible que l'infini n'existe que pour son malheur, nous n'y serons pas malheureux non plus. Enfin, si l'infini où nous serons lancés n'a aucune espèce de conscience ni rien qui en tienne lieu, c'est que la conscience ou ce qui la pourrait remplacer, n'est pas indispensable au bonheur éternel.


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