V

Il est vrai que les spirites scientifiques ne se hasardent pas jusqu'à ce Dieu; mais alors, étroitement serrés entre les deux grandes énigmes de l'origine et de la fin, ils n'ont presque rien à nous dire. Ils suivent nos morts durant quelques instants, dans un monde où les instants ne comptent plus; et puis les abandonnent dans les ténèbres. Je ne le leur reproche point, puisqu'il s'agit ici de choses que probablement nous ne saurons pas encore lorsque nous croirons tout savoir. Je ne leur demande pas de me révéler le secret de l'Univers, car je ne crois pas, comme un enfant, que ce secret puisse tenir en trois mots, ni pénétrer dans mon cerveau sans le faire éclater. Je suis même persuadé que des êtres qui seraient plusieurs millions de fois plus intelligents que le plus intelligent d'entre nous, ne le posséderaient pas encore; ce secret devant être aussi infini, aussi insondable, aussi inépuisable que l'Univers même. Il n'en reste pas moins que cette impuissance à dépasser de quelques années la vie d'outre-tombe, enlève beaucoup à l'intérêt de leurs expériences et de leurs révélations; ce n'est, au mieux, qu'un peu de temps gagné, et nullement dans ces jeux sur le seuil que se fixe notre sort. Je passe volontiers sur ce qui m'adviendra dans le petit intervalle que ces révélations occupent, comme je passe déjà sur ce qui m'advint dans la vie; là n'est point mon destin ni mon port. Je ne doute pas que les faits rapportés ne soient vrais et prouvés; mais ce qui est encore bien plus indubitable, c'est que les morts, s'ils survivent, n'ont pas grand'chose à nous apprendre, soit qu'au moment où ils peuvent nous parler, ils n'aient encore rien à nous dire; soit qu'au moment où ils auraient quelque chose à nous révéler, ils ne le puissent plus faire, s'éloignent à jamais et nous perdent de vue dans l'immensité qu'ils explorent.


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