[p. 155]CHAPITRE IVCOSTUME CIVILDans la Tapisserie, les rois portent une longue robe, insigne de leur dignité et dessus un manteau fixé au col par une agrafe, semblable à ceux que revêtent tous les personnages de quelque importance. Ils ont de plus la couronne ornée de fleurons grossiers125.Les autres hommes de tout rang ont unbliaud, sorte de blouse à manches ajustées, serré à la taille par une ceinture et descendant jusqu'au genou en s'élargissant en cloche comme un large jupon. Celui de Harold et de ses compagnons semble un peu plus développé, peut-être pour attester une mode anglaise.Les cavaliers avaient adopté un bliaud plus court, dont le jupon rentrait dans lesbraies, sorte de large culotte, analogue à celles que portent encore quelques paysans bretons. C'est sur ce bliaud qu'au moment du combat, on passait labroigneque nous étudierons bientôt.Comme les chemises actuelles, comme les blouses de[p. 156]nos paysans, ces bliauds avaient sur la poitrine une ouverture qui permettait de passer la tête.Or, l'évêque de Laon, Adalbéron, dans son poème adressé au roi Robert le Pieux, et Raoul Glaber126se plaignent justement, quelque temps avant la conquête, de la manie qu'on avait de raccourcir ainsi les vêtements. Et quelque temps après, sous le règne de Guillaume le Roux, fils du Conquérant, Ordéric Vital accusera les mœurs efféminées, qui amenaient alors les hommes à porter des longues robes. Ces textes sont des plus importants pour la date de notre Tapisserie; car, évidemment, elle a été faite avant l'adoption des robes longues.Guillaume de Malmesbury127nous donne une autre indication précieuse, quand il nous dit la surprise des espions que Harold avait envoyés au camp de Hastings, à la vue des Normands qui, comme des prêtres, se rasaient la lèvre supérieure, au lieu de laisser pousser leurs moustaches comme les Anglo-Saxons. Le dessinateur de la Tapisserie a fait une observation analogue et il en tient le plus grand compte. (Comp. Pl. IV, 29 et 33.)Les différents visiteurs de la Tapisserie n'apprécient pas de la même façon la coiffure adoptée généralement par les hommes en dehors du combat. Les uns pensent qu'ils sont nu-tête, les autres qu'ils portent un bonnet.Au premier abord, en voyant sur chaque tête cette plaque de teinte bizarre, délimitée par un fil d'une autre couleur, on peut hésiter; mais l'examen attentif prouve que, si quelques personnages ont un bonnet, ce sont bien les cheveux que l'artiste a représentés de si singulière[p. 157]façon. D'abord, mettons hors de cause certains cas qui ne peuvent permettre le doute. Ce sont bien des cheveux rebroussés par le vent et la rapidité de leur course que portent les envoyés de Guillaume, se rendant au galop chez Guy de Ponthieu (Pl. II, n° 11). Et, comme pour marquer son intention, l'artiste, au moment de leur audience, a eu soin de leur rabattre les cheveux sur le front (Pl. II, n° 10). Un des archers de la bataille, et l'archevêque Stigand sont également significatifs (Pl. IV, n° 33).D'autre part, le personnage à gauche de Guillaume, arrivant au Mont Saint-Michel, porte certainement un bonnet, couvrant complètement ses cheveux (Pl. II, n° 18). Enfin, on reconnaît très nettement que Harold, conduisant son vaisseau (Pl. I, n° 5), Odon arrivant au Mont Saint-Michel (Pl. II, n° 18) et le personnage s'échappant de Dol (Pl. III, n° 21) ont des cheveux sous leur coiffure.Remarquons encore que les prêtres n'ont pas de bonnet, et que ce sont bien leurs cheveux qui sont représentés puisqu'on voit leur tonsure. D'autre part, si le dessinateur avait voulu représenter des hommes coiffés d'un bonnet, il n'aurait pas manqué de nous indiquer par une ligne jusqu'où descendaient les cheveux, comme il fait pour représenter la barbe. Les vieux charpentiers qui construisent les vaisseaux de la flotte de Guillaume, sont à cet égard particulièrement intéressants à étudier (Pl. V, n° 41). Enfin, lorsque le roi Edouard reçoit Harold à son retour de Normandie, il porte une longue barbe, à mèches épaisses (Pl. III, n° 28), qu'on ne peut naturellement confondre avec un bonnet ou autre élément de costume; or, elle est représentée par une teinte grise entourée d'un fil rouge. Ainsi sont les cheveux: une teinte unie, le plus souvent grise ou rouge, sertie d'un fil d'un ton tranchant.[p. 158]En France, alors, on avait l'habitude de se raser la nuque et de ne conserver de cheveux que sur le sommet de la tête. Mais, dira-t-on, comment les hommes de Guy de Ponthieu et les Normands ont-ils adopté si généralement cette mode bizarre qui demeure le meilleur indice pour distinguer dans la Tapisserie les Normands des Anglais?Déjà, sous les Mérovingiens, les Francs avaient adopté cette coupe de cheveux; elle était abandonnée depuis longtemps, lorsqu'on la remit en vigueur sous Robert II. Ce roi avait épousé une princesse provençale et pour lui plaire, les courtisans, adoptant l'usage de son pays d'origine, se rasèrent le sommet de la tête, au scandale des vrais Français qui, pour manifester leur opposition, adoptèrent la mode dont la Tapisserie nous atteste le succès; mais, alors, elle devait être près de sa fin; car vers 1090, Ordéric Vital, se plaignant de la corruption générale, reproche à ses compatriotes de laisser pousser leurs cheveux comme les femmes128.On s'étonnera peut-être de rencontrer tant de personnes nu-tête, même dans la bataille; de voir le duc Guillaume, lui-même, diriger les travaux du camp de Hastings alors que le vent souffle violemment dans ses cheveux. C'est qu'à cette époque, on conservait encore les traditions de l'antiquité grecque et romaine,[p. 159]conformes d'ailleurs aux habitudes Scandinaves, et c'est seulement à la fin du XIesiècle qu'on commença à se couvrir habituellement la tête. Ordéric Vital, vers 1089, s'indigne de cette nouveauté:Vix aliquis militum procedit in publicum capite discoperto legitimeque tonso129; c'est à peine, s'écrie-t-il, si un homme de guerre ose se présenter en public la tête découverte et les cheveux raisonnablement coupés: détail à retenir, pour déterminer la date de la Tapisserie.Tous les personnages portent des bandes molletières qui, après des siècles d'abandon, sont actuellement reprises par nos armées modernes. Parfois elles recouvrent complètement la jambe. Parfois elles ne font que le nombre de tours nécessaires pour fixer et maintenir les chausses qui sont prises dans des souliers, bien ajustés au pied, et ne montant pas au-dessus de la cheville. Les cavaliers ont de plus l'éperon, qui a la forme d'un petit fer de lance. C'est le plus ancien type connu.Cette conformité du costume et de tous les autres détails avec les modes, les usages, les habitudes du XIesiècle, a frappé la plupart des critiques qui ont étudié la Tapisserie. L'abbé de la Rue, qui ne la date que du XIIesiècle, a surtout remarqué la coupe des cheveux des Normands, et le port des moustaches par les Anglais, qui, dit-il, sont bien de cette époque; mais il ajoute que cela prouve « seulement que les dessinateurs se sont sous ce rapport et avec raison, conformés à l'usage suivi dans les deux pays à l'époque de la Conquête, et non parce que la Tapisserie date de cette époque ».[p. 160]C'est là une erreur capitale.Au moyen âge, sans se préoccuper de la couleur locale et de la vérité archéologique, les artistes, chargés de représenter les scènes historiques, donnaient toujours à leurs personnages le costume habituel, ou de théâtre, en usage de leur temps. Cette règle est très générale; elle s'applique aux représentations des arts du dessin, comme aussi aux récits des écrivains, et on ne trouverait pas une œuvre authentique, reproduisant un fait ancien, où on se soit préoccupé de donner à tous les personnages représentés le costume de leur temps.Les rares artistes, qui ont senti le besoin de montrer que la scène qu'ils représentaient se passait au loin, à une époque reculée, se sont bornés à introduire dans la scène, un personnage pour caractériser le temps et le lieu. Ainsi au XIIIesiècle, au portail de Notre-Dame de Paris, nous trouvons représentée l'histoire de saint Etienne. Nous voyons successivement le saint argumentant avec les docteurs Juifs, prêchant en public, comparaissant devant le proconsul romain, puis lapidé et mis au tombeau. Pour montrer que tout cela se passe en Orient, au temps de la puissance romaine, l'artiste s'est borné à introduire dans la scène du jugement, un soldat nègre revêtu d'une cuirasse romaine130. Les autres personnages ont le costume du XIIIesiècle.De même les poètes et les chroniqueurs empruntent les détails de leurs récits à ce qu'ils ont sous les yeux, sans tenir compte du progrès du temps et des modifications qu'il amène dans son évolution. Ainsi Wace, qui écrivait au XIIesiècle, nous parle dans son récit de la bataille de Hastings, de chevaux couverts de fer, qu'il a[p. 161]pu voir, mais qui étaient inconnus au moment de la conquête. De son côté Freeman131nous signale le récit très caractéristique de la victoire remportée par Harold sur les Danois à Stamford Bridge, quelques jours avant la bataille de Hastings. Avec les détails que donne Snorro, qui écrivait au XIIIesiècle, on croirait qu'il s'agit d'une bataille de ce temps.Ce n'est pas sans raison que l'éminent historien, qui connaît bien le haut moyen âge, frappé des détails précieux que nous donne la Tapisserie, y trouve la preuve de son exécution aussitôt après la Conquête, et se demande si une œuvre postérieure de trente ou quarante ans, nous aurait montré les Anglais luttant à pied avec la hache, auprès des paysans accourus avec leurs masses pour repousser l'envahisseur, ainsi que le dragon qui était alors le drapeau et le symbole de leur patrie.
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COSTUME CIVIL
Dans la Tapisserie, les rois portent une longue robe, insigne de leur dignité et dessus un manteau fixé au col par une agrafe, semblable à ceux que revêtent tous les personnages de quelque importance. Ils ont de plus la couronne ornée de fleurons grossiers125.
Les autres hommes de tout rang ont unbliaud, sorte de blouse à manches ajustées, serré à la taille par une ceinture et descendant jusqu'au genou en s'élargissant en cloche comme un large jupon. Celui de Harold et de ses compagnons semble un peu plus développé, peut-être pour attester une mode anglaise.
Les cavaliers avaient adopté un bliaud plus court, dont le jupon rentrait dans lesbraies, sorte de large culotte, analogue à celles que portent encore quelques paysans bretons. C'est sur ce bliaud qu'au moment du combat, on passait labroigneque nous étudierons bientôt.
Comme les chemises actuelles, comme les blouses de[p. 156]nos paysans, ces bliauds avaient sur la poitrine une ouverture qui permettait de passer la tête.
Or, l'évêque de Laon, Adalbéron, dans son poème adressé au roi Robert le Pieux, et Raoul Glaber126se plaignent justement, quelque temps avant la conquête, de la manie qu'on avait de raccourcir ainsi les vêtements. Et quelque temps après, sous le règne de Guillaume le Roux, fils du Conquérant, Ordéric Vital accusera les mœurs efféminées, qui amenaient alors les hommes à porter des longues robes. Ces textes sont des plus importants pour la date de notre Tapisserie; car, évidemment, elle a été faite avant l'adoption des robes longues.
Guillaume de Malmesbury127nous donne une autre indication précieuse, quand il nous dit la surprise des espions que Harold avait envoyés au camp de Hastings, à la vue des Normands qui, comme des prêtres, se rasaient la lèvre supérieure, au lieu de laisser pousser leurs moustaches comme les Anglo-Saxons. Le dessinateur de la Tapisserie a fait une observation analogue et il en tient le plus grand compte. (Comp. Pl. IV, 29 et 33.)
Les différents visiteurs de la Tapisserie n'apprécient pas de la même façon la coiffure adoptée généralement par les hommes en dehors du combat. Les uns pensent qu'ils sont nu-tête, les autres qu'ils portent un bonnet.
Au premier abord, en voyant sur chaque tête cette plaque de teinte bizarre, délimitée par un fil d'une autre couleur, on peut hésiter; mais l'examen attentif prouve que, si quelques personnages ont un bonnet, ce sont bien les cheveux que l'artiste a représentés de si singulière[p. 157]façon. D'abord, mettons hors de cause certains cas qui ne peuvent permettre le doute. Ce sont bien des cheveux rebroussés par le vent et la rapidité de leur course que portent les envoyés de Guillaume, se rendant au galop chez Guy de Ponthieu (Pl. II, n° 11). Et, comme pour marquer son intention, l'artiste, au moment de leur audience, a eu soin de leur rabattre les cheveux sur le front (Pl. II, n° 10). Un des archers de la bataille, et l'archevêque Stigand sont également significatifs (Pl. IV, n° 33).
D'autre part, le personnage à gauche de Guillaume, arrivant au Mont Saint-Michel, porte certainement un bonnet, couvrant complètement ses cheveux (Pl. II, n° 18). Enfin, on reconnaît très nettement que Harold, conduisant son vaisseau (Pl. I, n° 5), Odon arrivant au Mont Saint-Michel (Pl. II, n° 18) et le personnage s'échappant de Dol (Pl. III, n° 21) ont des cheveux sous leur coiffure.
Remarquons encore que les prêtres n'ont pas de bonnet, et que ce sont bien leurs cheveux qui sont représentés puisqu'on voit leur tonsure. D'autre part, si le dessinateur avait voulu représenter des hommes coiffés d'un bonnet, il n'aurait pas manqué de nous indiquer par une ligne jusqu'où descendaient les cheveux, comme il fait pour représenter la barbe. Les vieux charpentiers qui construisent les vaisseaux de la flotte de Guillaume, sont à cet égard particulièrement intéressants à étudier (Pl. V, n° 41). Enfin, lorsque le roi Edouard reçoit Harold à son retour de Normandie, il porte une longue barbe, à mèches épaisses (Pl. III, n° 28), qu'on ne peut naturellement confondre avec un bonnet ou autre élément de costume; or, elle est représentée par une teinte grise entourée d'un fil rouge. Ainsi sont les cheveux: une teinte unie, le plus souvent grise ou rouge, sertie d'un fil d'un ton tranchant.
[p. 158]En France, alors, on avait l'habitude de se raser la nuque et de ne conserver de cheveux que sur le sommet de la tête. Mais, dira-t-on, comment les hommes de Guy de Ponthieu et les Normands ont-ils adopté si généralement cette mode bizarre qui demeure le meilleur indice pour distinguer dans la Tapisserie les Normands des Anglais?
Déjà, sous les Mérovingiens, les Francs avaient adopté cette coupe de cheveux; elle était abandonnée depuis longtemps, lorsqu'on la remit en vigueur sous Robert II. Ce roi avait épousé une princesse provençale et pour lui plaire, les courtisans, adoptant l'usage de son pays d'origine, se rasèrent le sommet de la tête, au scandale des vrais Français qui, pour manifester leur opposition, adoptèrent la mode dont la Tapisserie nous atteste le succès; mais, alors, elle devait être près de sa fin; car vers 1090, Ordéric Vital, se plaignant de la corruption générale, reproche à ses compatriotes de laisser pousser leurs cheveux comme les femmes128.
On s'étonnera peut-être de rencontrer tant de personnes nu-tête, même dans la bataille; de voir le duc Guillaume, lui-même, diriger les travaux du camp de Hastings alors que le vent souffle violemment dans ses cheveux. C'est qu'à cette époque, on conservait encore les traditions de l'antiquité grecque et romaine,[p. 159]conformes d'ailleurs aux habitudes Scandinaves, et c'est seulement à la fin du XIesiècle qu'on commença à se couvrir habituellement la tête. Ordéric Vital, vers 1089, s'indigne de cette nouveauté:Vix aliquis militum procedit in publicum capite discoperto legitimeque tonso129; c'est à peine, s'écrie-t-il, si un homme de guerre ose se présenter en public la tête découverte et les cheveux raisonnablement coupés: détail à retenir, pour déterminer la date de la Tapisserie.
Tous les personnages portent des bandes molletières qui, après des siècles d'abandon, sont actuellement reprises par nos armées modernes. Parfois elles recouvrent complètement la jambe. Parfois elles ne font que le nombre de tours nécessaires pour fixer et maintenir les chausses qui sont prises dans des souliers, bien ajustés au pied, et ne montant pas au-dessus de la cheville. Les cavaliers ont de plus l'éperon, qui a la forme d'un petit fer de lance. C'est le plus ancien type connu.
Cette conformité du costume et de tous les autres détails avec les modes, les usages, les habitudes du XIesiècle, a frappé la plupart des critiques qui ont étudié la Tapisserie. L'abbé de la Rue, qui ne la date que du XIIesiècle, a surtout remarqué la coupe des cheveux des Normands, et le port des moustaches par les Anglais, qui, dit-il, sont bien de cette époque; mais il ajoute que cela prouve « seulement que les dessinateurs se sont sous ce rapport et avec raison, conformés à l'usage suivi dans les deux pays à l'époque de la Conquête, et non parce que la Tapisserie date de cette époque ».
[p. 160]C'est là une erreur capitale.
Au moyen âge, sans se préoccuper de la couleur locale et de la vérité archéologique, les artistes, chargés de représenter les scènes historiques, donnaient toujours à leurs personnages le costume habituel, ou de théâtre, en usage de leur temps. Cette règle est très générale; elle s'applique aux représentations des arts du dessin, comme aussi aux récits des écrivains, et on ne trouverait pas une œuvre authentique, reproduisant un fait ancien, où on se soit préoccupé de donner à tous les personnages représentés le costume de leur temps.
Les rares artistes, qui ont senti le besoin de montrer que la scène qu'ils représentaient se passait au loin, à une époque reculée, se sont bornés à introduire dans la scène, un personnage pour caractériser le temps et le lieu. Ainsi au XIIIesiècle, au portail de Notre-Dame de Paris, nous trouvons représentée l'histoire de saint Etienne. Nous voyons successivement le saint argumentant avec les docteurs Juifs, prêchant en public, comparaissant devant le proconsul romain, puis lapidé et mis au tombeau. Pour montrer que tout cela se passe en Orient, au temps de la puissance romaine, l'artiste s'est borné à introduire dans la scène du jugement, un soldat nègre revêtu d'une cuirasse romaine130. Les autres personnages ont le costume du XIIIesiècle.
De même les poètes et les chroniqueurs empruntent les détails de leurs récits à ce qu'ils ont sous les yeux, sans tenir compte du progrès du temps et des modifications qu'il amène dans son évolution. Ainsi Wace, qui écrivait au XIIesiècle, nous parle dans son récit de la bataille de Hastings, de chevaux couverts de fer, qu'il a[p. 161]pu voir, mais qui étaient inconnus au moment de la conquête. De son côté Freeman131nous signale le récit très caractéristique de la victoire remportée par Harold sur les Danois à Stamford Bridge, quelques jours avant la bataille de Hastings. Avec les détails que donne Snorro, qui écrivait au XIIIesiècle, on croirait qu'il s'agit d'une bataille de ce temps.
Ce n'est pas sans raison que l'éminent historien, qui connaît bien le haut moyen âge, frappé des détails précieux que nous donne la Tapisserie, y trouve la preuve de son exécution aussitôt après la Conquête, et se demande si une œuvre postérieure de trente ou quarante ans, nous aurait montré les Anglais luttant à pied avec la hache, auprès des paysans accourus avec leurs masses pour repousser l'envahisseur, ainsi que le dragon qui était alors le drapeau et le symbole de leur patrie.