Chapter 63

[p. 112]PL. VIII,nos63 et 64.Pl 8 63 64Voici le duc Guillaume.Eustache de Boulogne.Pl 8 63 64 imUn échec, même partiel, atteint toujours le moral des troupes. Les pessimistes en profitent pour semer de fausses nouvelles, qui engendrent les paniques. Ainsi se répandit le bruit de la mort de Guillaume. Pour le démentir et ramener ses hommes au combat, le duc enlève son casque et montre son visage découvert, en criant, nous dit la chronique: « Regardez et constatez que je suis vivant et avec l'aide de Dieu, j'aurai la victoire95. Quelle est donc cette folie qui vous pousse à fuir?Me, inquit, circumspicite, vivo et vincam auxiliante Deo. Quæ vos dementia fugam suaclet?»Près de lui, un chevalier le désigne aux fuyards, comme pour attester la vérité de ses paroles et la nécessité de continuer la lutte. Il porte le gonfanon orné de la croix. Son nom, en partie effacé, se lisait dans la bordure. Les lettres qui restent E... TIVS font penser, avec raison, à Eustache, comte de Boulogne. Nous avons vu, en effet (Pl. VI, n° 56), que c'est à lui que fut confié l'étendard béni par le pape96.[p. 113]Il faut constater qu'ici Guillaume ne porte pas d'armes offensives; ce qu'il tient à la main, c'est le bâton de commandement que nous lui avons vu (Pl. VI, n° 59) quand il exhortait ses soldats à bien se battre, bâton semblable à celui que nous venons de voir entre les mains de l'évêque Odon. Pourtant, quand Guillaume (Pl. VI, n° 55) monta à cheval avant le combat, il avait sa lance et son épée; d'autre part, tous les chroniqueurs célèbrent à l'envi ses hauts faits. Guillaume de Poitiers et surtout Guy d'Amiens nous le montrent frappant ses ennemis de sa redoutable épée.Comment se fait-il qu'il soit représenté ici avec ce bâton, qui n'est pas une arme véritable? C'est qu'il a momentanément cessé de se battre; il est à une certaine distance de l'armée anglaise, au milieu de ses Normands; il veut se faire reconnaître, les rallier, les ramener au combat. Le bâton est l'insigne du chef; c'est, comme nous dirions aujourd'hui, une sorte de fanion qui le distingue. Son épée, sa lance, semblables à celles des autres combattants, n'attireraient pas l'attention; mais son bâton est un véritable signe de ralliement. En ôtant son heaume et découvrant son visage, Guillaume montre qu'il est vivant et qu'on doit le suivre.En 1864, on a trouvé en Suède dans les ruines de l'ancienne Konungahella, à Kostellgarden, entre Gottenburg et Kongilf, un bâton analogue; n'en peut-on pas conclure que Guillaume, en le portant, se conformait à une tradition Scandinave, importée en Normandie97.

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PL. VIII,nos63 et 64.

Voici le duc Guillaume.Eustache de Boulogne.

Un échec, même partiel, atteint toujours le moral des troupes. Les pessimistes en profitent pour semer de fausses nouvelles, qui engendrent les paniques. Ainsi se répandit le bruit de la mort de Guillaume. Pour le démentir et ramener ses hommes au combat, le duc enlève son casque et montre son visage découvert, en criant, nous dit la chronique: « Regardez et constatez que je suis vivant et avec l'aide de Dieu, j'aurai la victoire95. Quelle est donc cette folie qui vous pousse à fuir?Me, inquit, circumspicite, vivo et vincam auxiliante Deo. Quæ vos dementia fugam suaclet?»

Près de lui, un chevalier le désigne aux fuyards, comme pour attester la vérité de ses paroles et la nécessité de continuer la lutte. Il porte le gonfanon orné de la croix. Son nom, en partie effacé, se lisait dans la bordure. Les lettres qui restent E... TIVS font penser, avec raison, à Eustache, comte de Boulogne. Nous avons vu, en effet (Pl. VI, n° 56), que c'est à lui que fut confié l'étendard béni par le pape96.

[p. 113]Il faut constater qu'ici Guillaume ne porte pas d'armes offensives; ce qu'il tient à la main, c'est le bâton de commandement que nous lui avons vu (Pl. VI, n° 59) quand il exhortait ses soldats à bien se battre, bâton semblable à celui que nous venons de voir entre les mains de l'évêque Odon. Pourtant, quand Guillaume (Pl. VI, n° 55) monta à cheval avant le combat, il avait sa lance et son épée; d'autre part, tous les chroniqueurs célèbrent à l'envi ses hauts faits. Guillaume de Poitiers et surtout Guy d'Amiens nous le montrent frappant ses ennemis de sa redoutable épée.

Comment se fait-il qu'il soit représenté ici avec ce bâton, qui n'est pas une arme véritable? C'est qu'il a momentanément cessé de se battre; il est à une certaine distance de l'armée anglaise, au milieu de ses Normands; il veut se faire reconnaître, les rallier, les ramener au combat. Le bâton est l'insigne du chef; c'est, comme nous dirions aujourd'hui, une sorte de fanion qui le distingue. Son épée, sa lance, semblables à celles des autres combattants, n'attireraient pas l'attention; mais son bâton est un véritable signe de ralliement. En ôtant son heaume et découvrant son visage, Guillaume montre qu'il est vivant et qu'on doit le suivre.

En 1864, on a trouvé en Suède dans les ruines de l'ancienne Konungahella, à Kostellgarden, entre Gottenburg et Kongilf, un bâton analogue; n'en peut-on pas conclure que Guillaume, en le portant, se conformait à une tradition Scandinave, importée en Normandie97.


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