XIXRaimon VI tient conseil.

Tandis que le comte de Montfort est du côté de Muret, Raimon de Toulouse réunit son conseil pour organiser la défense de la ville, en prévision d’une nouvelle attaque des croisés.

Tandis que le comte de Montfort est du côté de Muret, Raimon de Toulouse réunit son conseil pour organiser la défense de la ville, en prévision d’une nouvelle attaque des croisés.

C’est au Petit Saint-Sernin que se tient le conseil. Le comte fait taire le bruit, réfléchit, puis prend ainsi la parole : « Seigneurs, je me prosterne devant Jésus-Christ, et nous devons lui rendre grâces, car il nous a tirés de peine et de langueur en nous envoyant une grande splendeur qui nous a tous ranimés. Puisqu’il est saint, digne, et plein de bonté, qu’il entende ma plainte, considère mon droit, comme celui d’un pécheur qui s’est donné à lui, et qu’il nous accorde le pouvoir et le courage de défendre notre ville à notre honneur : nous avons un pressant besoin qu’il nous garde de la ruine ! Par sainte Marie et le saint Sauveur, il n’y a baron, comte, chevalier nicomtor[33], que je ne fasse brûler, pendre ou jeter en bas de la tour, si, par outrecuidance ou par cupidité, il fait du mal à une maison religieuse ou à des pèlerins. Et puisque Dieu m’a rendu la possession de ma terre, qu’il me prenne désormais, s’il le veut bien, comme serviteur. » — « Voici une résolution qui me plaît, dit le comte de Comminges ; Dieu et le monde vous en sauront gré. Et si la sainte Eglise et ses prédicateurs nous font quelque dommage, ne leur rendons pas la pareille, mais prions Jésus-Christ, le Père Rédempteur, de nous donner devant le pape un défenseur tel que nous vivions en paix et en amour avec la sainte Eglise. Nous ferons de Jésus-Christ le témoin et le juge du mal et du bien entre eux et nous ! »

[33]Celui qui, dans la hiérarchie seigneuriale, vient après le vicomte.

[33]Celui qui, dans la hiérarchie seigneuriale, vient après le vicomte.

Le comte de Foix prend la parole pour engager les Toulousains à faire confiance aux étrangers, dont ils ont besoin pour défendre la ville ; puis, Dalmatz de Creixell ayant donné l’assurance de son entier dévouement, Rogier Bernart conseille de pousser les travaux de défense.

Le comte de Foix prend la parole pour engager les Toulousains à faire confiance aux étrangers, dont ils ont besoin pour défendre la ville ; puis, Dalmatz de Creixell ayant donné l’assurance de son entier dévouement, Rogier Bernart conseille de pousser les travaux de défense.

Entre les vaillants comtes se leva un bon et savant homme de loi, docte et bien emparlé ; la plupart le nomment maître Bernart, et il est natif de Toulouse. Il répond avec douceur : « Seigneurs, grâces vous soient rendues pour le bien que vous avez dit de la ville. Nous nous plaignons à Dieu de l’évêque qu’il nous a donné pour pasteur, car il a mis ses ouailles en détresse et les a conduites, pour leur perte, en un lieu où, pour une brebis, il y avait mille ravisseurs. Et, puisque nous avons Jésus-Christ pour protecteur, tels pensent nous tuer et nous attaquent qui périront par notre glaive et mourront dans la douleur. Nous devons être vaillants et fermes, car nous avons une bonne ville et nous la rendrons meilleure encore. Soyons aux aguets le jour et la nuit, jusqu’à l’aube, dressons des pierrières et des calabres à l’entour, et un trébuchet qui mette en pièces le mur Sarrasin, le Château Narbonnais, la tourelle du guetteur et la tour. Au nom du conseil, dont je suis, en mon nom et au nom de tous les autres habitants, du plus grand au plus petit, je vous donne l’assurance que nous risquerons tout, chair et sang, forces et vigueur, richesses et puissance, intelligence et valeur, pour le comte mon seigneur, afin qu’il conserve Toulouse et tout le reste de sa terre ! Et nous vous prévenons en secret que nos compagnons se mettront en route à la Toussaint, pour louer des chevaliers, nous savons bien où. » Arnaut de Montégut ajouta : « Je vais avec eux et les mènerai en sûreté jusqu’à Rocamadour, puis Bernart de Cazenac les recevra à son tour. S’il plaît à Dieu, vous nous verrez venir à Pâques. Quant à vous, mettez la ville en état de défense, tant que vous en avez le loisir. »

Le conseil se sépare dans la joie et l’allégresse, et on le vit bien à l’œuvre et aux travaux [qui furent entrepris], car, au dedans et au dehors, nombre d’ouvriers fortifièrent la ville.


Back to IndexNext