Chapter 10

«Pour être divine et humaine,»«Il faut, en jeunesse, sentir»«Les plaisirs de la Madeleine»«Et puis, vieille, s'en repentir...»

«Pour être divine et humaine,»«Il faut, en jeunesse, sentir»«Les plaisirs de la Madeleine»«Et puis, vieille, s'en repentir...»

«Pour être divine et humaine,»

«Il faut, en jeunesse, sentir»

«Les plaisirs de la Madeleine»

«Et puis, vieille, s'en repentir...»

—«Il y a une très malpropre anecdote qui signifie à peu près la même chose,» fit-il, en riant. «C'est celle de l'ivrogne en train d'imiter les Romains de Pétrone, et de transformer le coin de la rue envomitorium. Et il dit:—Ce petit bordeaux! il est bon, même en repassant.—Il ya du souvenir dans tous les remords, et du regret. C'est mon opinion de mécréant, et nous revoici à Desportes. Mais patience encore, et retournons à Melton. L'existence que nous y menions était délicieuse. Il n'y a qu'en Angleterre où l'on jouisse ainsi de la campagne. Nous chassions tout le jour, avec les gens les plus agréables. Le soir, nous n'avions qu'à choisir entre deux ou trois invitations à dîner, soit dans la ville voisine, soit dans les châteaux ou leshunting boxesdu voisinage. Je constatai vite que parmi ces invitations qui nous étaient prodiguées, aucune n'était plus volontiers acceptée par Georges que celles qui lui venaient de sir John et de lady Overstone, lesquels avaient chez eux, à demeure, à Overstone-Lodge, le colonel et lady Julia Wadham. Elle est encore charmante aujourd'hui. Mais alors!...»

—«Je l'ai rencontrée, alors ou à peu près», interrompis-je, «chez son père, le duc de Killarney, à mon voyage en Irlande. Je ne pense jamais à ces beaux lacs, sans la revoir parmi les ruines de Muncross-Abbey, avec ses cheveux bruns à reflets roux, ses yeux d'un bleu foncé, son teint de fleur, le mot est banal, mais il n'y en a pas d'autre, sa haute et souple taille, et l'air audacieux de ces grandes dames anglaises qui semblent porter en elles, et jusque dans leurs caprices les plus extravagants, toute l'autorité de la pairie. Elle m'a fait une telle impression à cette époque-là, que je souffre presque de la rencontrer à présent, quoiqu'ellesoit encore admirable. Mais dix-sept années, c'est un bail!...»

—«Vous comprendrez donc,» fit Casal, «que nous en fussions tous un peu amoureux, y compris votre serviteur. Quant à elle, à peine paraissait-elle y prendre garde. Elle était familière et indifférente avec nous tous, comme avec Georges. Il était déjà son amant. Voici comment je le devinai. Nous approchions de la fin de la saison des chasses. L'on organisa ce que l'on appelle, en termes de sport anglais, lePoint to Point. C'est la traditionnelle course au clocher. Un parcours de six milles à travers le pays était tracé en forme de triangle. Trois drapeaux en marquaient les extrémités, qu'il fallait laisser à sa droite. Georges montait son cheval favori, un Irlandais bai. Ah! quel sauteur que ce cheval! Il avait toutes les chances de gagner, en dépit d'une quinzaine de concurrents, tous de durs cavaliers. Quand on vous dira d'un Anglais qu'il monte dur, très dur,he rides very hard, soyez sûr qu'il s'agit d'un fier casse-cou. Nous étions un lot de spectateurs à suivre la course, les uns sur deshacks, les autres sur desponeys. Je vous fais grâce des péripéties. A un moment, comme si j'y étais, je revois le tableau: la course débouchait sur un plateau tout découpé en carrés par de petites haies. Les chevaux étaient encore bien ensemble. Georges se tenait bon troisième. Il se ménageait pour la fin. Son cheval allait à son aise, galopait et sautait sans se fatiguer, quand, au milieu d'un champ,les sabots lui manquèrent tout à coup. Il roula, puis se releva, et repartit à vide, laissant son cavalier étendu. Je me trouvais, par hasard, près de lady Julia. Elle se retourna vers moi, pour me dire, d'une voix que l'émotion rendait rauque: «Il a du mal.» Et elle mit son cheval au galop, dans la direction de l'endroit où s'était produit l'accident. Je la suivis. Après avoir franchi deux haies, nous arrivâmes à une barrière refermée. Je m'élançai à bas de mon cheval, pour l'ouvrir. Comme je m'effaçais et laissais passer ma compagne, je vis des larmes couler sur ses joues. Elle voulut m'expliquer son trouble. «S'il lui arrivait malheur,» dit-elle, «je ne me le pardonnerais pas. C'est moi qui l'ai poussé à courir. J'étais si sûre qu'il gagnerait...» Je remontai à cheval, tandis qu'elle balbutiait cette maladroite excuse. Nous repartîmes au galop. Encore quelques foulées, et nous approchions de l'endroit où l'habit rouge de Georges, toujours immobile, mort peut-être, faisait une tache sinistre sur le gazon. De tous côtés, des cavaliers accouraient, parmi lesquels le colonel Wadham. A l'instant où je me retournais vers ma compagne, pour l'avertir que son mari était là, je m'aperçus que ses larmes de tout à l'heure avaient fait déteindre par place sa voilette. Ce signe de l'émotion qu'elle avait éprouvée pouvait la perdre. «Une branche a déchiré votre voilette,» lui dis-je; «ôtez-la.» Elle me regarda de ses grands yeux, encore humides. Tout son sang lui monta au visage. Elleavait compris que j'avais compris, et que je l'avertissais pour que d'autres ne comprissent pas. Quelques minutes plus tard, je la regardai de nouveau à mon tour. Elle avait ôté son voile, et allait à visage découvert.»

—«Et elle ne vous en a pas voulu de ce secret ainsi surpris?» m'enquis-je.

—«Un peu,» répondit-il. «Ce secret d'ailleurs cessa bien vite d'en être un, précisément à cause de cet accident. Georges s'était réellement fait beaucoup de mal. Il fut transporté àOverstone-Lodge, par les soins de lady Julia qui mit à le soigner, pendant les jours qui suivirent, cette ardeur dont vous parliez. A partir de cette époque, elle commença de négliger les précautions dont le début de leur liaison avait été entouré. Les bavardages de quelques rivaux évincés firent le reste. Et mon ex-ami, car lui aussi eut la petitesse de me battre froid, à cause de ma perspicacité, devint lefancy-manen titre de la belle lady. Cette aventure trop affichée lui a valu une renommée de Don Juan peu méritée. Il en a été, de lui, comme de ces femmes qu'une liaison très notoire compromet plus que cinquante secrètes. Celle-ci dura, je vous l'ai dit, six années entières. Que se passa-t-il à la fin de ces six années? Je n'en sais rien. Un beau jour, Georges, qui était devenu premier secrétaire puis conseiller d'ambassade sur place, fut envoyé en Perse. Sur sa demande, ou non? Je l'ignore. De Perse, il est allé à Washington. Il s'est marié, et le voilà.»

—«Et nous voilà, nous, bien loin de Desportes et de ses romans,» insinuai-je.

—«J'y arrive,» reprit Casal. «En même temps que Georges quittait l'Angleterre, le colonel Wadham quittait lesguardset se présentait au Parlement. J'ai toujours vu un rapport entre ces deux faits, en apparence très étrangers l'un à l'autre. Lady Julia voulait se consoler. Elle avait eu l'idée de lancer son mari dans la politique, pour y trouver une distraction au chagrin d'une rupture dont je n'ai jamais pénétré les détails. Le colonel fut nommé. Il dut son élection à sa femme. Il a couru sur elle et sur son rôle dans cette campagne, toutes sortes d'anecdotes, à l'époque. Je ne vous en dirai qu'une. Lady Julia était dans un taudis du Shropshire,—le comté où se présentait le colonel,—à demander, pour lui, la voix d'un électeur. Celui-ci se faisait prier, objectant que le colonel était un richard, un paresseux.—«Détrompez-vous,» dit Lady Julia. «Le colonel ne cesse de penser à vous tous. Il se lève à six heures, tous les matins, pour étudier vos réclamations.»—«A six heures?» s'écria le rustre. «Alors, s'il vous quitte d'aussi bonne heure, madame, belle comme vous êtes, c'est un imbécile.»

—«Ce qui prouve,» fis-je, «que, par tous pays, Jacques Bonhomme est Jacques faux-Bonhomme.»

—«Lady Julia ne fut pas de votre avis. Du moins il faut le croire. Cette campagne électorale,au lieu de la dégoûter du peuple, fit d'elle une socialiste convaincue. Elle n'a pas cessé, depuis lors, de s'associer au mouvement de ce parti du travail, qui va grandissant Outre-Manche...»

—«Et d'une manière,» interrompis-je, «que je jugerais inintelligible, si je ne savais pas que l'homme est un animal déraisonnable. Être né Anglais, et vouloir toucher à l'Angleterre, ce chef-d'œuvre de la nature politique! Et la fille d'un duc!...»

—«Ne l'en blâmons pas,» reprit Casal en hochant la tête avec une indulgente philosophie. «Si lady Julia n'avait pas eu la toquade du socialisme, cefad, comme disent ses compatriotes, elle n'aurait pas connu Lucien Desportes. C'est par la communauté des idées que ces deux pseudo-anarchistes, le romancier élégant et la grande dame, ont été rapprochés. Tant et si bien que Desportes, quand il va à Londres, descend chez les Wadham, qu'il passe des semaines entières dans leur château du Shropshire, et qu'il est devenu l'amant d'une des jolies cousines de lady Julia. Pour lady Julia elle-même, elle n'a jamais aimé et n'aura jamais aimé, dans sa vie, que Georges. Seulement, cela, moi, je le sais, et Georges ne le sait pas. Pourquoi? Parce qu'il n'a pas cessé, lui non plus, d'être amoureux de lady Julia, ce qu'il ne sait pas davantage. Il a beau s'être marié avec une femme qu'il croit chérir, être devenu ambitieux, et s'écraser de besogne pour arriver plus haut encore, dévot et craindre l'enfer, chaque fois qu'ilpense à son ancienne maîtresse. Il ne fait que penser à elle. Comme il arrive quand l'imagination travaille autour de quelqu'un, il se construit des romans à son sujet d'autant moins vérifiés qu'il ne prononce jamais son nom. Lucien Desportes est un de ces romans. Voilà tout...»

—«Alors il croit qu'entre lady Julia et Lucien...»

—«... Il y a une liaison? Oui. Avez-vous observé comme le hasard semble, quelquefois, vouloir nous mêler à la vie de certaines personnes? Il était écrit que j'assisterais comme témoin aux divers épisodes de cette histoire-là. Pas à tous, puisque je ne connais rien du plus intéressant: la rupture. Mais j'ai vu naître l'incident Desportes. L'automne dernier, j'allai aux Granges, chez Candale, pour tirer quelques faisans, et passer deux jours. Georges s'y trouvait avec sa femme. Le premier jour, la chasse fut très belle, et la Ministresse chassa avec nous. Le soir, arrivèrent pour dîner, par le même train, lady Julia Wadham et Desportes. A dîner, le ministre et sa femme furent placés, naturellement, à droite, lui, de notre hôtesse, elle, de notre hôte. Lady Julia était à gauche de celui-ci, en sorte qu'elle se trouvait en face de Georges. Desportes, qui lui avait donné le bras pour la conduire à table, était assis à côté d'elle. De ma place, je les apercevais tous les quatre, et les souvenirs que je viens de vous raconter me remontaient à la pensée. Je revoyais le paysage de chasse des environs de Melton, et lesdeux jeunes gens d'alors devenus les personnages mûrs d'aujourd'hui. Elle avait beaucoup changé. Elle était plus forte, plus haute en couleur, le buste plus opulent, les cheveux plusauburnencore. Heureusement elle ne s'était rien mis dans les yeux. Ils étaient bien demeurés les mêmes, avec ce regard hardi et candide, profond et enfantin, que je lui avais toujours connu. Chez lui, au contraire, le regard s'était le plus modifié. Il était à peine vieilli, un peu maigri, mais ses prunelles avaient pris une expression réfléchie qu'elles n'avaient pas jadis. L'homme de Sport avait cédé la place à l'homme d'État. Sachant ce que ces deux êtres avaient été l'un pour l'autre, je me demandais ce qu'ils ressentaient à figurer ainsi, vis-à-vis l'un de l'autre, à ce dîner d'apparat. Et je fus tout près de conclure qu'ils ne ressentaient rien du tout. A maintes reprises leurs yeux se rencontrèrent sans que je pusse y saisir la trace d'une gêne. Vers la fin du repas, cependant, je crus remarquer que le diplomate causait bien distraitement avec Mme de Candale, et que son attention se concentrait sur lady Julia et son voisin Desportes, lesquels bavardaient, en effet, avec une extrême familiarité. Quand une Anglaise se met à êtreinformal, elle est trèsinformal. Et vous ne vous offenserez pas si je vous dis que les artistes ne sont jamais tout à fait des hommes du monde.»

—«Je ne prendrai pas cela pour une critique,» fis-je, en riant.

—«Ce n'est pas une critique non plus que j'ai entendu formuler,» dit Casal. «Je voulais vous faire comprendre comment l'éveil fut donné à Georges. Un ministre d'une grande cour étrangère n'a pas eu beaucoup d'occasions d'être renseigné sur ces grands enfants gâtés que sont, à Paris, les écrivains à la mode. Il était donc trop naturel qu'il interprétât l'attitude de Desportes auprès de lady Julia, dans un sens parfaitement faux. Je vis nettement une teinte de tristesse se répandre sur son visage. Jusqu'ici, rien que de très simple. Ce qui m'étonna, ce fut de le voir, après le dîner, qui s'approchait de Desportes, avec une expression de bienveillance dont je pensais d'abord qu'elle était jouée. «Il a fait des progrès dans son métier,» me dis-je. Mais non. Je dus me convaincre bientôt que cette expression était sincère. Dès ce soir-là, j'acquis ces deux évidences: Georges était absolument persuadé que Desportes était son successeur dans les bonnes grâces de la belle lady, et, au lieu d'en vouloir à ce rival posthume, il éprouvait pour lui une irrésistible et profonde sympathie.Le nouvel amant lui représentait cette femme à laquelle il n'avait jamais cessé de rêver.J'aurais mille preuves à vous donner de cette anomalie sentimentale. Quand vous rencontrerez ces deux hommes, dans le monde, observez-les. L'ancien amant manœuvre toujours pour arriver à causer avec celui qu'il croit l'amant actuel. Vous l'avez entendu défendre, à table, des livres qui devraient lui faire horreur. Vous le verrezserrer la main de leur auteur, et vous appréciez le comique de cette étreinte. C'est comme s'il voulait lui dire: «N'est-ce pas qu'elle est charmante?» Je m'attends qu'un de ces jours, il fasse donner, à Desportes, un des ordres de son pays. Est-ce curieux, avouez?»

—«J'avoue surtout que c'est une amusante construction,» fis-je, malicieusement.

Je connais Casal. J'étais sûr qu'en ayant l'air de douter de son diagnostic, je le piquerais au vif de son amour-propre, et qu'il s'ingénierait à me donner une preuve indiscutable de sa perspicacité. Et puis, s'il disait vrai, il y avait là, réellement, un petit problème de nature humaine à regarder de plus près. Pourquoi l'ancien amant de lady Julia réagissait-il, devant celui qu'il croyait son successeur, d'une manière si paradoxale? L'écrivain était un animal moral, social et même physique d'une tout autre espèce que le diplomate. Cette radicale différence expliquait-elle cette absence de jalousie? Peut-être le ministre eût-il détesté un successeur qui lui eût ressemblé en quelque point. N'y a-t-il pas aussi des hommes totalement réfractaires à la jalousie, et que le partage ne bouleverse pas de ce frisson qui jette Othello dans une crise d'hystéro-épilepsie? Le Ministre était-il du nombre? Mais d'abord Casal ne se trompait-il pas?

—«Oui,» insistai-je, «êtes-vous très sûr, en premier lieu, qu'il n'y a rien entre lady Julia et Desportes?»

—«Sûr comme nous sommes place de la Concorde,» répondit-il.

—«Êtes-vous sûr, bien sûr que le Ministre croit qu'il y a quelque chose?»

—«Tout aussi sûr. Il en a parlé à une de mes amies, pour la faire causer. Elle n'était pas renseignée, et elle l'a laissé dans le vague. Mais,» ajouta-t-il, en regardant sa montre, «je dois monter au cercle. Je n'ai pas le temps de discuter le cas plus longtemps avec vous. D'ailleurs les phrases sont les phrases, et je suis pour les faits. Pouvez-vous dîner avec moi, un des soirs de la semaine qui vient? Oui? Hé bien! je vous écrirai le jour. Il y aura le Ministre. Vous serez à côté de lui. Vous lui parlerez de Desportes. Vous me le promettez?...»

Je promis. Et dix jours plus tard, je dînais en effet au Petit Club avec l'ancien amant de lady Julia et quelques autres seigneurs sans importance, priés par Casal. Il m'avait placé à côté de son ancien compagnon des chasses de Melton, auquel je ne manquai pas, sur un clignement d'yeux de notre amphitryon, de poser, à ce moment, la question convenue. Je le fis, j'ai honte d'en convenir, de la façon la plus gauche. Et mon interlocuteur m'aurait professionnellement méprisé, à fort juste titre, s'il avait pu soupçonner la vérité.

—«Je viens de lirele Justicierde Lucien Desportes,» lui dis-je, à brûle-pourpoint. «Croiriez-vous,monsieur le Ministre, que je ne connaissais pas ce roman?»

—«Vous n'y perdiez guère,» me répondit-il. «C'est une drôle de coïncidence. Je l'ai, moi aussi, non pas lu, mais relu, cette semaine. J'avais trouvé cela bien, une première fois. Je m'étais trompé. Décidément, c'est très médiocre, et, vraiment, le sujet a quelque chose de répugnant.»

Je regardai Casal, qui me regardait. A travers la table, il n'avait pas perdu un mot de notre conversation, et il souriait à son verre de champagne sec, qu'il leva en signe de triomphe, pour le vider d'un trait, en esquissant un geste imperceptible, qui me disait: «A votre santé!»

—«Était-ce une construction, cette fois?» me souffla-t-il à l'oreille, comme nous nous levions pour passer au salon où l'on fume. Il m'avait pris le bras, en me retenant, une minute en arrière. «J'ai trouvé le moyen de causer de lady Julia Wadham avec lui.» Et il me montrait le dos du diplomate qui nous précédait. «J'ai fait la bête, et tout en me laissant questionner, je lui ai démontré qu'il n'y avait jamais rien eu, entre elle et Desportes, que de la simple camaraderie. C'est le mot propre pour deux anarchistes. Et vous avez vu ce qu'est devenue sa sympathie pour votre confrère?»

—«C'est Desportes qui sera étonné, quand ils se rencontreront, et que la poignée de main aura changé!»

—«Il y aurait quelqu'un de bien plus étonné,» conclut Casal, en montrant le Ministre, de la pointe du cigare qu'il venait de tirer de sa poche. «Ce serait lui, si on lui racontait pourquoi il a aimé les romans de ce Monsieur, et pourquoi il ne les aime déjà plus. Demain, il les exécrera... Et c'est heureux qu'il ne sache le secret ni de sa sympathie passée ni de son aversion présente. Il serait capable d'aller se confesser des deux comme d'un péché.»

—«Aurait-il si tort? Rappelez-vous l'anecdote que vous m'avez contée sur le petit bordeaux...»

—«Juste!» dit-il, et pour me rendre ma politesse, il murmura le dernier vers de l'épigramme sur la Madeleine:

«Et puis vieille, s'en repentir...»

en tirant une longue bouffée de son havane...


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