Kotsuké ne se rendant pas à l'invitation qui lui était faite, Kuranosuké lui coupait la tête avec le petit sabre qui avait servi à son maître à s'ouvrir le ventre. Cela fait, les quarante-sept ronins s'acheminaient vers le temple où reposait Takumi, déposaient la tête de Kotsuké, demandaient aux bonzes de les ensevelir, et se rendaient au tribunal.
La sépulture des quarante-sept ronins, enterrés autour du corps de leur seigneur, devint bientôt un pèlerinage, et le premier qui s'y rendit fut l'insulteur, qui n'avait pas soupçonné la supercherie surhumaine de Kuranosuké. Il déclarait qu'il venait faire amende honorable à l'illustre martyr, et s'ouvrait le ventre sur le tombeau.
Les albums de théâtre, les plus nombreux de tous et les moins plaisants, à cause d'un certain hiératisme caricatural, qui vous fait passer et repasser sous les yeux un type uniforme aux gros yeux saillants, aux narines effroyablement ouvertes, à la bouche en tirelire, présentent cependant un certain intérêt par la belle ordonnance des draperies, la dignité des attitudes, les superbes enveloppements de dédain, la fierté des défis, les retroussis colères des bras prêts à frapper, les convulsions des agonies dans des linges sanglants, le grandiose de la mimique. Ces albums forment là-bas la bibliothèque des acteurs. La réunion la plus riche rapportée à Paris, et qui a fait les petites collections connues, a été achetée par MM. Sichel, à la vente de Tanoské, leTalma du Japon. Ces recueils sont pour les acteurs du pays, les manuels où ils étudient l'épique qui se dégage de l'exagération héroïque du drame japonais, étudient les lignes violentes des corps animés par la passion de la vengeance: tout le théâtre dramatique de l'Extrême-Orient.
L'amour qui ne peut se faufiler, et comiquement encore, qu'à la suite d'une prostituée, l'amour et ses tragédies n'ont pas de place sur les scènes du Japon. Car, sur l'amour, les Japonais ont une manière de sentir, des idées, des délicatesses tout à fait extraordinaires. Ils n'admettent pas qu'il puisse y avoir d'autre amour que l'amour entre mari et femme, et encore de l'amour qui n'a pris naissance que du jour du rapprochement charnel. Et au théâtre l'amour d'une jeune fille, et l'amour le plus purement et le plus chastement exprimé, révolterait les spectateurs de cette contrée paradoxale, où l'impudicité court la rue. Là nous touchons à un ordre de sentiments qui nous échappent. Je me rappelle, un soir, chez mon ami Burty, l'indignation d'un jeune Japonais à qui il était demandé ce qu'il trouvait de choquant de dire à une femme qu'on en était amoureux, et qui, après une sortie sur la grossièreté de notre langue, de nos expressions, de nos mots, s'écriait: «Chez nous, ce serait comme si on disait: Madame, je voudrais bien coucher avec vous.» Et il détaillait un certain nombre de formules poétiques et logogryphiques, au moyen desquelles seules une déclaration pouvait se faire jour, sans indécence,finissant enfin par cette phrase: «Tout ce que nous osons dire à la femme que nous aimons, c'est que nous envions près d'elle la place d'un canard mandarin; c'est notre oiseau d'amour, Messieurs!»
Les albums topographiques dans une succession de planches à vol d'oiseau qui couvriraient un pan de muraille, vous donnent la figuration des villes comme Ossaka, Yedo, etc., et les docks baignant dans l'eau, et les quartiers de négoce maritime, et les enfilades de comptoirs, et les intérieurs où des costumes européens se voient parmi des costumes japonais, et les grands terrains cultivés au milieu desquels se dresse le toit d'un temple, et la ville proprement dite avec sa rivière et ses canaux coupés de ponts courbes à monter avec les pieds et les mains, et ses perspectives de boutiques aux enseignes dans des guérites, semblables à une avenue de nos baraques de foire, et les rues remplies, selon l'expression d'un voyageur, d'une foule bleue et couleur chair bronzée, une foule qui ne fait pas de bruit avec ses chaussures de paille, et leSiroaux assises cyclopéennes et aux grands fossés, et l'esplanade où paradent des soldats japonais, puis encore les entrepôts dont les baies ouvertes découvrent d'immenses emmagasinements de riz et de thé, et qui finissent en des espèces de lagunes où continuent à se vendre des produits du pays sous des toits de nattes soutenus sur des piquets: tout l'immense déploiement colorié, surmonté çà et là de petites banderolescarminées donnant l'indication et le nom des bâtiments représentés.
Les albums d'ornementation demandent surtout leurs motifs à l'éblouissante flore du pays, en y associant l'oiseau.
Parmi ces albums, je veux donner un moment à la description de l'album qui a pour titre:les Oiseaux et les fleurs des quatre saisons, dessinés par Takéoka, une merveille de douce harmonie et de clair coloriage, qui n'a guère pour les fonds que le gris d'un ton de glaise. Des oiseaux grimpant le long des flancs de roseaux, des oiseaux volant au milieu de la déchiqueture de grands pavots, des oiseaux becquetant des grenades entr'ouvertes, des oiseaux blottis dans des rameaux couverts de neige, des cailles grises entrevues à travers les fleurettes des champs, des cigognes blanches à demi cachées par les iris violets, des canaris jaunes sur des rameaux feuillés de boutons de magnolias blancs lisérés de rose: c'est toute une suite de tableaux où se groupent dans des arrangements d'un goût exquis, d'une originalité singulière, la plante et l'oiseau. Dans ce recueil, il est une planche qui représente deux mésanges, posées sur une tige de bambou desséché, et se détachant de dessus l'orbe pâle de la lune dans un ciel crépusculaire: une image d'un effet à la fois réel et poétique auquel n'est jamais arrivée une composition ornementale de l'Occident. Ces fleurs et ces oiseaux sont peints, tout pénétrés de lumière, sans que leur éclat, leur vivacité, leurensoleillement, soient atténués par l'ombre des demi-teintes, et le dessin très savant, très technique, trèsbotaniste, tout en serrant de tout près la nature, a dans le contour une grandeur et des ressentiments pareils à ceux que nos grands maîtres ont cherchés dans leurs dessins, et surtout dans une suite de dessins héraldiques d'Albert Dürer vendus autrefois par «l'Alliance des Arts». Oui, il est incontestable que les Japonais, et les Japonais seuls, ont, dans l'interprétation de la fleur et de son feuillage, un style,—le style qui n'existe chez nous que pour la représentation du corps humain.
De petits albums à l'usage des fabricants, et de la grandeur de nos carnets de poche, contiennent de charmants modèles de toutes les industries d'art. Un album de brodeur, derrière sa première planche remplie par une brodeuse devant son métier, étale une série d'échantillons d'étoffes brodées, d'armoiries de princes, d'œils de queue de paon, de silhouettes noires de chauves-souris, de simples flots de la mer, et de cocottes pareilles à celles que nos petites filles d'Europe font dans un carré de papier. Un autre donne des patrons de robe, et, entre autres, une robe qui est comme un léger bouquet et une fusée d'herbettes et de fleurettes de graminées. A ces albums, comme contraste, il faut opposer les albums consacrés à l'habillement et à l'armure des guerriers, et qui vous représentent ses différents casques, ses cuirasses, son carquois et ses flèches, seshakama(pantalons en forme de jupes),ses sandales de bois appeléesghetta, ses selles, le harnachement de son cheval, enfin l'équipement pédestre et équestre du samourai;—albums se terminant souvent par des batailles, moitié sur terre, moitié dans l'eau, qui, par la furie des éléments déchaînés par le peintre, par la colère donnée au paysage, dont les feuilles se dressent comme des langues de flammes, par le surhumain des coups qu'on se porte, par l'exagération des blessures et du sang répandu, par une espèce de terrible fantasmagorie, ne semblent plus des batailles entre des hommes.
Ces batailles semblent se donner au son de ce chant d'extermination, composé par l'empereur Zinmou, dont un frère venait d'être tué par une flèche:
«Je suis attristé par la mort de mon général auquel je pense toujours: l'ennemi doit être haché en pièces, comme des oignons, avec ses femmes et ses enfants, au pied des palissades. Cela suffira et mettra fin à la guerre.«Je suis attristé par la mort de mon général auquel je pense sans cesse: ma colère est pénétrante comme le goût du gingembre. C'est en les exterminant tous qu'il faut mettre fin à la guerre.»
«Je suis attristé par la mort de mon général auquel je pense toujours: l'ennemi doit être haché en pièces, comme des oignons, avec ses femmes et ses enfants, au pied des palissades. Cela suffira et mettra fin à la guerre.
«Je suis attristé par la mort de mon général auquel je pense sans cesse: ma colère est pénétrante comme le goût du gingembre. C'est en les exterminant tous qu'il faut mettre fin à la guerre.»
Des albums sont consacrés aux objets de laque, et nous y relevons une série de ravissants peignes de luxe. D'autres albums apportent au travail du fer des modèles d'une imagination merveilleusement créatrice, et nous font passer, sous les yeux, des couvercles de boîtes, des gardes de sabre, des manches de couteaux qui sont de la vraie bijouterie.
Les albums qu'on pourrait appeler «Éléments de dessin» ne peuvent se compter. Je citerai, parmi ces albums, un petit cahier très curieux, dessiné d'après ce principe qui avait fait sculpter les joujoux exposés à la dernière exposition, et qui composaient une série d'animaux à l'état de premier dégrossissement d'une sculpture, et d'ébauche rudimentaire de la forme. L'album contient un méli-mélo d'hommes, d'animaux, cherchés dans le dessin extérieur, dans le contour spirituel, bizarre, caractéristique, excessif, de l'être représenté, avec un dedans rempli par une teinte plate. Cela donne des silhouettes très originales, et où l'œil n'est distrait par aucun détail secondaire. C'est, en plein jour, des choses à peu près dessinées comme des figurations d'ombres portées par une lumière sur un mur. Il existe ainsi des drapements de femmes dégingandées, contournés d'un gros trait écrasé d'un effet saisissant; et une planche de cigognes,—de vrais triangles volant dans l'air,—est tout simplement étonnante.
Mais vraiment l'on ne peut parler de croquis d'art, sans ouvrir une parenthèse en faveur d'O-kou-saï[55]et de ses quatorze petits cahiers classiques.Cet homme a le génie du dessin de premier jet, le talent unique d'enfermer, dans une ligne tracée en courant, la vie d'un mouvement humain ou animal, la physionomie d'une chose inanimée. Figurez-vous, au milieu de toutes ces images gardant un rien du hiératisme chinois, des dessins empreints à la fois de la modernité d'un Gavarni et d'un Decamps, et qui cependant n'ont rien d'occidental, mais sont le triomphe dud'après natureoriental. Ce sont des centaines de croquetons, où pêle-mêle, et au gré du motif tombé sous les yeux du dessinateur, défilent des hommes, des femmes, des quadrupèdes, des oiseaux, des poissons, des reptiles, des paysages, des objets bizarres et imprévus, comme la coupe intérieure d'un pistolet, et jusqu'à un pétale de fleur, un caillou, un brin d'herbe. En ces pages qui ne finissent jamais, O-kou-saï montre, grands commele pouce, ses compatriotes, dans les poses, la tenue, les habitudes de leurs corps, et aussi bien dans l'action de leurs muscles parmi les durs travaux des mines, que dans la détente heureuse de leurs membres en la fumerie des pipettes. Avec le dessinateur, nous voyons les Japonais galopant sur de petits chevaux ébouriffés, plongeant sous l'eau à la recherche des coquillages, se disloquant dans des tours de force ou d'adresse impossibles, et encore des Japonais sommeillant, s'éventant, lisant, jouant aux dames, se promenant, contemplant un pot de fleurs, faisantkow-tow, la révérence où l'on touche la terre du front. Partout sur les feuilles qui se succèdent, foisonne une humanité d'homuncules aux contours cahotés et ressautants, et dont la myologie est légèrement écrite sur la nudité. Il y a une série de planches de lutteurs et de bâtonnistes, où les ramassements, les retraites, les développements, les allongements des bras et des jambes forment une suite d'infiniment petites académies d'une science d'anatomie extraordinaire. Enfin, sous le crayon d'O-kou-saï, revit, saisie sur le vif, toute la mimique corporelle de ce peuple si expansif, si démonstratif. Et le tortillage de la femme dans son éternel accroupissement à terre le rend-il d'une manière assez divertissante! Dans la figuration rigoureuse, dans la copie fidèle de ses hommes et de ses femmes, O-kou-saï apporte un grossissement comique qui n'est pas, à proprement parler, caricatural, mais plutôt humoristique. L'artiste, si l'on peut dire, a la réalitéironique. Quelquefois même cette réalité, tout en restant humaine, prend chez l'artiste un caractère fantastique dans des vieillards raccornis et poilus qui ont l'air de satyres octogénaires, dans des femmes, sur les épaules desquelles il met la tête inanimée et cabossée des poupées de là-bas, et surtout dans des phtisiques, que le squelette transperce çà et là, et rend macabres.
Du reste, O-kou-saï est attiré par le fantastique, et y va quelquefois résolument. On rencontre parfois, dans son Œuvre, unefemme-revenant, une larve dressée dans le ciel, comme une longue chenille recourbée, et qu'enveloppe une tignasse de pendu. Et je ne sais guère d'apparition plus terrible que ce crâne chevelu, dans la tête de mort duquel regarde un seul œil vivant, grand ouvert.
Tournez la page, après l'image effrayante, ce sera peut-être une plaisanterie scatologique: une lucarne de privé que dépasse la tête d'un samourai plongeant entre les manches de ses deux sabres, tandis qu'au dehors les nez se bouchent jusqu'à la cantonade. Et toujours ainsi, l'imagination se mêlant à la réalité, une image inattendue mène à une autre. On passe de l'épure d'un dévidoir à cocons de vers à soie à la fantaisie de deux porteurs, dont les nez font le bâton auquel est suspendu le fardeau branlant; du tour d'un jongleur rendant le contenu d'une tasse dans une envolée de papillons qui lui sort de la bouche, à l'action d'une jeune fille qui, en se tordant de rire, éteint une chandelle avec un pet; de la méditationd'un lapin dans un clapier, à un bain de famille où un Japonais fait sa barbe, à côté de jeunes femmes vêtues seulement de leurs épingles à cheveux, au milieu de petits enfants jouant avec des tortues.
Mais où O-kou-saï est vraiment inimitable, c'est dans le crayonnage de l'oiseau, de l'insecte, du poisson, du reptile. C'est là incontestablement la vraie et la grande spécialité des Japonais, et voici, dans un album d'inconnu jeté sur la table, une crevette dessinée avec la grandeur d'un dessin de Michel-Ange. Mais nul n'a rendu aussi bien que O-kou-saï, le galbe, l'aspect, la tache de ces animaux dans le paysage, nul n'a surpris comme lui le rampement, la nage, le vol, et surtout l'immobilité frémissante et animée de l'animalité vêtue d'écailles ou de plumes, des habitants de l'eau ou de l'air.
Et toutes les habiles figurations de l'artiste sont plaisantes à l'œil par la coloration particulière de leurs impressions. Comme fusinées, elles se jouent dans trois teintes: le gris du papier de Chine pour le fond, une teinte bleutée pour les vêtements, les pelages; une teinte rosée pour les carnations, les fleurs, etc. Et le dessin et les couleurs semblent bues par la soie du papier.
L'œuvre de réalité humoristique de O-kou-saï nous mène aux albums absolument caricaturaux, en général de date assez récente. La caricature au Japon, chez ce peuple moqueur, a une verve, un entrain, unefuriaindicibles; il semble qu'elle soit leproduit de la fièvre d'une cervelle et d'une main, et parfois son étrangeté lui donne l'aspect d'une hallucination de fou. Elle est copieuse, exubérante, et les imaginations cocasses, et les bonshommes drôlatiques de toutes les couleurs jaillissent sur la page blanche de l'album à la façon de la poussée violente et de l'éparpillement multicolore, dans le ciel, d'un bouquet d'artifice. Le caricaturiste n'économise pas son comique, il couvre, il surcharge la feuille d'innombrables compositions, et le papier jusqu'en ses recoins grouille, fourmille de gens contorsionnés, de bousculades réjouissantes, de chutes montrant à cru des derrières à des idoles, qui s'indignent sous leur patine verte, de maux de cœur tournés au mal de mer, d'inénarrables natations de femmes obèses et ventripotentes. C'est tumultueux, diffus, enchevêtré, avec quelque chose du trouble remuant des morceaux de papier colorié d'un kaléidoscope qu'on secouerait. Ici, des enfants peignent en vermillon le ventre de Silène d'un dormeur; là, un vieux vétérinaire examine de tout près l'anus d'un cheval qui pétarade; plus loin, un borgne court après son œil emporté au bout d'un fil par une grosse mouche. Il s'y trouve, dans ces croquis, tous les contrastes amusants desgrasetmaigres, toutes les déformations d'un visage vu en long et en large dans une cuiller, tous les galbes de crânes d'imbéciles, et de cet imbécile particulier au Japon, qui a le type d'un Jocrisse kalmouck, enfin tous les ingénieux emprunts faits par notre Granville pour la construction de sonhumanité. Notons en passant que, chez les Japonais, la pieuvre devient la maquette d'après laquelle le caricaturiste façonne toute une série d'étranges têtes, aux protubérances, aux nodosités d'une calebasse, au profil creusé comme un quartier de lune. On y voit encore des femmes, emprisonnées dans leur parapluie fermé, qu'elles ne peuvent rouvrir,—le parapluie en papier jaune huilé couvert de grands caractères noirs joue un rôle important au Japon,—des goinfreries bestiales d'hommes aux longs cheveux rouges, des sortes d'Aïnos, autour de platées de nourritures gigantesques, des promenades ridicules de samourais dans la silhouette farouche de leur arsenal militaire en marche, des ascensions plaisantes de montagnes saintes par des pèlerins qui ont l'air de larves blanches sur un champignon pourri, et au milieu du délire général de l'illustration, des Bouddha, sortant de leur immobilité de bronze, pour faire la grimace et demander à boire.
Et toujours dans la grosse charge, par-ci par-là, un détail délicat: la jupe d'une femme renversée, les jambes en l'air, figurera la volute d'une coquille; l'hébêtement d'un ivrogné de saki tiendra, du bout des doigts d'une main, l'orteil de sa jambe allongée par un de ses serpentins mouvements d'un maître de notrexviesiècle. Nous trouverons même, parmi ces planches pour rire, la fine et distinguée observation du peintre de mœurs qui, sans l'outrance de la caricature, fait risibles de simples mouvements de l'âme: la colère de celui-ci, l'admiration amoureusede celui-là; fait risibles le vautrement congestionné de ce savant sur un rouleau d'écriture, la pipette de travers dans la bouche, et encore la joie dansante et disloquée du populaire, et les grâces de la Japonaise disgracieuse.
Les étrangers, les Hollandais, les Anglais, se trouvent volontiers sous le pinceau du caricaturiste japonais. Et voici une caricature très réussie de l'Occident par l'Orient. Un officier de marine anglais, l'air un peunigaudinos, et qui se tient les côtes de bonheur, est embrassé par une pudibonde lady, coiffée d'un chapeaubibi;—et devant l'amour bête de ces deux personnages farces, les êtres fantastiques peuplant la terre, le ciel et l'eau de l'Empire du Lever du Soleil se livrent à une formidable gaieté.
Bien souvent, en effet, dans l'Extrême-Orient, le fantastique se mêle à la caricature, ainsi que nous l'avons vu dans l'œuvre de O-kou-saï. Il n'a pas d'albums spéciaux, et se déverse un peu sur toutes les pages, mettant à côté du rire son surnaturel, sa terreur. C'est à droite et à gauche qu'il place ses effrayants vieillards, balayés de chevelures blanches, au visage rouge; cesdaïmiomystérieux, tenant entre leurs mains une tête de femme coupée, ressemblant à ces petites têtes de suppliciés en terre cuite, peintes en vert, une grosse larme sous l'œil droit, et qui pendent aux franges du manteau du diable punisseur des crimes dans l'enfer bouddhique; ces personnages à têtes d'oiseaux groupés dans des branches, ainsi qu'en un arbre de Jessé d'un conte defée; ces gros hommes aux lobes d'oreille leur balayant le ventre; ces femmes poursuivies par des jambes sans corps, et ces luttes de lutteurs sans têtes.
Ici, dans l'obscurité d'une chambre à demi éclairée par une lanterne, la fumée d'une pipe se transforme en un immense serpent se tordant au-dessus de la tête du fumeur épouvanté. Là, dans le noir de la nuit, est tendue à travers la campagne une toile qui tient le ciel, et où est blottie une formidable araignée-crabe dont les pinces sont partout. Les monstres enfantés et aimés par l'imagination nationale entrent bientôt en scène. Dans cette planche, où un guerrier galope parmi les flots obscurs, apparaît la légendaire tortue à la tête de chien, à la queue d'algues flottantes, à l'antique carapace, où se sont formés des rochers, où poussent des arbres. Dans cette autre planche, sort, des profondeurs des Océans, le dragon des typhons, dont la présence perturbatrice de l'atmosphère soulève la mer dans le ciel, et fait courir, autour du bateau en détresse, des vagues qui ont comme des griffes, des doigts crochus à leurs crêtes.
Souvent aussi à ces apparitions d'une animalité de rêve et de cauchemar, l'Orient associe la vision d'épouvante de l'Occident: le squelette,—qu'en leur qualité de coloristes, les Japonais aiment à colorier en lilas tendre. Et trouvez, dans notre fantastique à nous, une composition supérieure à celle-ci? Par une de ces nuits, où un nuage sinistre est jetéavec un art si admirable sur une lune livide, un samourai, les mains sur les gardes de ses deux sabres, regarde, dans le ciel noir, une bataille de squelettes menés par une Mort, chevauchant une carcasse de cheval, et brandissant au-dessus de son crâne, aux orbites vides, un long fauchard.
Un fantastique moins terrifiant, plus autochtone, presque entièrement personnel aux Japonais, et qui revient dans tous les albums: c'est l'allongement des nez qui deviennent des trapèzes autour desquels des équilibristes font de la voltige, l'allongement des jambes qui semblent avoir les rallonges de grandes échasses,—et en première ligne l'allongement de cous qui prennent le serpentement et la ténuité d'un ver de terre interminable. Longtemps j'ai pris ces allongements bizarres pour des visions de l'ivresse du hachisch, mais aujourd'hui après l'étude de «la Science politique», il faut abandonner cette interprétation de ces fantaisies physiologiques. Il s'agit de la figuration d'une superstition japonaise partagée par quelques tribus indigènes des îles Philippines. C'est lerok-ri-koubi(la tête à six lieues) ou la croyance que lorsque le corps est complètement endormi, le cou s'allonge, devient mince comme un fil, flexible comme un roseau. Et la tête de l'endormi peut ainsi s'éloigner à des distances infinies, et assister à des choses absconses et secrètes, qu'il n'est pas donné de voir à l'homme éveillé.
Une étude des albums japonais serait incomplète si l'on n'accordait pas un mot aux albums érotiques.L'Orient n'a pas notre pudeur, ou du moins il a une pudeur autre, ainsi que je l'ai indiqué à propos du théâtre. Le Japon est le pays où un homme tirant des quatre compartiments d'une boîte, du sable rouge, bleu, blanc et noir, ainsi qu'un paysan ensemençant son champ, sème sur le parquet, à la volée d'une main artiste, des dessins obscènes, qui mettent en joie un public d'honnêtes femmes et de jeunes filles. Donc ces sortes d'albums sont nombreux, très nombreux. Mais avant tout, il faut le déclarer, ces images n'ont rien de la polissonnerie froide de l'Occident et même de la Chine. Ce sont d'énormes gaietés, et comme le portefeuille d'un dieu des Jardins où l'indécence des choses est sauvée par une naïveté de temps primitifs, et, le dirai-je? par le michelangelesque du dessin. Il se révèle en ces impressions un amour physique, qui, dans les contractions des orteils des hommes, dans les pamoisons des femmes, a quelque chose de l'épilepsie, et apporte au dessinateur une tourmente de lignes superbes. Ces albums représentent en général desMaisons de thé, où, derrière le repliage de quelques pages figurant l'habitation au grand toit noir, aux boiseries laquées de rouge, au jardin rose, se dissimulent les scènes amoureuses.
Mais entrons dans une de ces maisons, à l'aide d'une chanson populaire[56]:
«Voyez donc sur cette fleur ces deux jolis papillons. Pourquoi voltigent-ils ainsi sans se séparer?
—C'est sans doute parce que le temps est beau et qu'ils se sont enivrés du parfum des fleurs.
—Nous aussi, allons, comme ces papillons, visiter les fleurs.
—Avez-vous étudié la science des fleurs?
—Je l'ai étudiée sous la direction d'un excellent maître de Yosiwara.
—Cette étude coûte-t-elle beaucoup d'argent?
—De l'ouverture de l'établissement jusqu'à l'aube du jour, on donne de trois à quatre taels.
—Voilà la grande porte.....
—Ne connaissez-vous aucun professeur?
—Je connais le professeur Komourasaki (Pourpre foncée).
—Veuillez attendre un peu, le professeur Ousougoumo (Nuages légers) va venir.
—Le professeur se fait attendre bien longtemps; je ne comprends absolument pas pourquoi?
—Les professeurs de Yosiwara perdent beaucoup de temps à cause des complications de leur toilette. D'abord ils aiment à employer pour l'arrangement de leur coiffure la pommade de Simomoura et les cordonnets de Tsyôzi. Il en est qui adoptent la mode de Katsouyama, d'autres préfèrent celle de Simada. Ils ne s'aperçoivent pas que leur peigne d'écaille, et leurs aiguilles de tête en corail, pour lesquels ils dépensent mille livres, augmentent leursdettes. Poudre de riz pour le visage, poudre de riz pour le cou, fard pour les lèvres, et jusqu'à du noir pour les dents, il n'y a rien chez eux qui ne décèle la prodigalité.
Un instant après le professeur se présente. En vérité, il est très joli, distingué, aimable. A ses sourcils se dessine la brume des montagnes lointaines; à ses yeux s'attachent les frémissements des vagues d'automne; son profil est élevé, sa bouche petite, la blancheur de ses dents fait honte à la neige du Fouzi-yama; les charmes de son corps rappellent le saule des champs durant l'été. Son vêtement de dessus est orné de dragons volants brodés en fils d'or sur du velours noir. Elle porte une ceinture en brocart d'or; en un mot, sa toilette est irréprochable.
—Je suis venu m'entretenir avec vous à l'effet d'entreprendre l'étude des fleurs.
—Mais avez-vous bien réfléchi combien est fatigante cette étude?
Veuillez venir dans ma chambre . . . . .
La description de ces chambres étant connue de tout le monde, il est inutile d'en parler en détail. Sur l'estrade disposée pour recevoir six nattes, on a suspendu trois stores du peintre Hôïtsou, représentant des fleurs et des oiseaux. On y a rangé le jeu de sougorokou (tric-trac), le jeu de go (jeu de dames très compliqué), des ustensiles pour faire chauffer le thé, une harpe, une guitare. A côté, dans unebibliothèque, on trouve depuis la célèbre histoire des Ghenzi de Mourasaki Sibikou jusqu'aux romans de Tamenaga Siounsoui.
Or donc, lorsque le professeur se présente pour la seconde fois, il est habillé de ses vêtements de lit, comprenant une casaque de crêpe rouge, surmontée d'une robe de nuit de satin violet ornée de pivoines et de lions brodés avec des fils d'or. Il laisse tomber en arrière ses noirs cheveux capables d'enchaîner le cœur de mille hommes, et permet d'apercevoir un corps dont la blancheur mortifierait la neige elle-même. Sa figure, au sourire de prunier, est semblable aux fleurs de poirier, émaillées de gouttes de pluie.
«La fleur est faible; de grâce, arrosez-la souvent.....»
Ici commence la libre interprétation populaire de l'Étude des fleurs a Yosiwara, par les albums.
Les images sont en couleur, mais le plus souvent elles sont précédées d'un texte entremêlé de petits dessins imprimés en noir, et ces petits dessins sont toujours supérieurs aux grands. Il y a là des copulations dont les raccourcis sont dignes d'un Jules Romain, et à côté de cela des imaginations spirituelles d'une fantaisie charmante. C'est ainsi qu'un de ces croquis montre le rêve d'une femme, dont le sommeil agité a rejeté loin d'elle ses couvertures, et qui voit une farandole de phallus, habillés à la japonaise, dansant et agitant de grands éventails. Cette dansede phallus s'éventant est, certes, une des compositions les plus excentriques sorties de la cervelle et du crayon d'un artiste en une heure de caprice libertin. Ce petit album, que n'a pas signé l'artiste, s'appelleU memigouçaouRêve amoureux.
Le nombre, l'abondance, la prodigalité de l'image, au Japon, dépasse tout ce qu'on peut imaginer. Ce n'est pas une feuille, c'est presque toujours trois feuilles qui donnent la représentation d'une scène quelconque. Il existe un passage de gué par une femme de daimio, escortée dans l'eau de ses neuf dames d'honneur portées sur de petits planchers, qui se développent sur six feuilles. Le voyage d'un bateau de plaisance sur une rivière en compte douze. Un catalogue de la chalcographie japonaise, je ne sais pas ce qu'il contiendrait de volumes, tant les enfants et les femmes des maisons de thé font une consommation effrayante de ces livres illustrés qui ne coûtent rien, et en ce pays, où la passion de l'image est telle, qu'au dire de M. Humbert, une bouteille d'absinthe ou de chartreuse décorée d'une belle étiquette, se vend le double.
Le curieux n'est-il pas que nous en sachions si peu sur ces impressions[57]? Il y a quelques années, tout ce qu'on savait d'elles, c'est qu'elles étaientimprimées avec des bois, à peu près comme le sont nos grossières indiennes, mais sans posséder aucun détail de la fabrication. Aujourd'hui, des conversations de Félix Régamey, des observations de Bracquemond, il résulte que l'impression se fait de la manière la plus primitive, et,—on ne s'en douterait guère,—sans l'aide d'une presse. L'imprimeur a un disque de bois, une feuille de bambou au dessous rugueux et côtelé; il replie sa feuille sur son rond de bois, la noue en haut avec un de ces inimitables nœuds qu'on trouve sur certaines boîtes de laque et qui lui sert de poignée. Cela fait, il prend une planche de bois entaillée des deux côtés, et dont le repérage est fait au moyen de quatre petites encoches; il encre le recto d'une couleur, place sa feuille dessus, et frotte sur les aplats, de la couleur à l'eau avec son rond de bois enveloppé de la feuille de bambou, absolument comme d'unfroton. Alors il nettoie son verso, encre le recto,—une planche fournissant deux impressions,—puis il passe à la seconde planche, et à une autre. C'est au fond absolument le procédé avec lequel, au moyen d'un brunissoir, nos graveurs sur bois tirent l'épreuve d'unfumé. Mais l'admirable, c'est le nombre d'impressions que par un procédé si élémentaire, subit le papier. J'ai compté dans une planche et qui n'est pas des plus compliquées: 3 verts, 2 gris, 1 noir, 2 roses, 1 brun rouge, 1 jaune, 3 bleus, en tout 12 tons, et cela sans les planches pour l'or, pour les divers métaux, pour le gaufrage. Et ces impressions si chères à obtenir en Europe, en chromo-lithographie,reviennent à quelquesitchibou, par la simplicité de l'installation et de l'outillage, et par l'association au travail de l'imprimeur du travail de la femme, des enfants, de toute la maisonnée.
Elles ont, ces impressions obtenues si facilement, une fleur de couleur, une égalité de teintes, une perfection de dégradations qui témoignent d'une habileté de main désespérante pour nos ouvriers. Et le goût de ces albums, et toutes les jolies additions et inventions autour de la composition principale, et toute la menue ornementation du papier. Des papiers jouent le basin, et le plumage des oiseaux y est rendu par un gaufrage dans le sens des plumes, un gaufrage qui n'a rien de l'ignoble gaufrage européen. Il y a des papiers, où les personnages se détachent sur des fonds striés en creux au milieu d'une pluie de petites macules jaunes et violettes,—une idée bien certainement empruntée par les Japonais à la contemplation de leurs grandes clématites blanches. Dans quelques-uns de ces albums, en haut de la page, un kakemono, à moitié déroulé, laisse voir un motif orné, un rien décoratif: un insecte posé sur un livre, une brindille fleurie qui pourrait faire un signet, et presque toujours la dernière page donne à voir l'essuyement riant des pinceaux de l'aquarelliste, qui est comme l'exposition, pour le regardeur, de sa tendre palette. Et ces impressions, dont nous n'avons en général que des épreuves très ordinaires, il faut les avoir comme il en est venu quelques-unes, il y a une dizaine d'années, à la Porte Chinoise, desépreuves d'artistes, où la fraîcheur du coloris sur le fort, l'épais, le blanc papier, est comme fondue dans une moelle de sureau, une bulbe de camelia.
Encore je n'ai parlé ici que des albums des trente dernières années, mais si l'on remonte à des albums plus anciens, à desalbumsdu siècle dernier, nous nous trouvons en présence de gravures coloriées, qui mériteraient une place dans les cabinets d'estampes de nos collections publiques. Là, ce qu'on peut reprocher à l'imagerie moderne japonaise, le voyant un peu brutal, n'existe absolument pas. C'est, dans le coloriage, un assoupissement du ton, un passé de la nuance, une harmonie délicieusement discrète. On dirait vraiment que l'art japonais de ce temps a pris ces couleurs aux émaux des porcelaines de la famille verte et qu'il a cherché la gamme de ses compositions dans l'accord d'un jaune œillet d'Inde, d'un vert éteint, d'un violet de manganèse,—des compositions presque toujours détachées d'un fond doucement rosé.
Dans ces impressions la femme développe une élégance qu'elle n'aura bientôt plus; son dessin profile les longueurs et les élancements des grandes époques du dessin occidental. Et même, une remarque qui n'est pas sans valeur, le type féminin y est presque différent, et comme fabriqué d'une pâte plus raffinée, plus aristocratique. La femme japonaise, les anciens albums la représentent le front remarquablement bombé, les sourcils semblables à un trait de pinceau, l'ouverture de l'œil tout étroite et extrêmement fendue avec une prunelle coulée dansun coin sous la mince paupière, un petit nez courbe d'une très grande finesse, une bouche toujours entr'ouverte dans le dessin du peintre, comme une bouche d'enfant, et l'ovale long, long, long, mais parfaitement régulier. On la voit ainsi sous des cheveux très noirs et bouffants, d'où s'échappe une petite mèche tortillarde serpentant le long de sa tempe, avec un visage pâle où l'entour seul des yeux est fardé, et une physionomie ingénument étonnée. A des yeux européens, cette femme doit paraître peu régulièrement belle, et cependant en elle est unbeau, fait d'une construction mignonne de traits aux fines arêtes, et en quelque sorte, de la délicatesse aiguë d'une longue statuette de porcelaine. Et je retrouve comme vulgarisé dans ce type de la femme des anciens albums, le type de la femme de Kioto, dont la beauté est proverbiale au Japon, et telle que nous la peint M. Bousquet, avec son nez aquilin, ses yeux bien fendus, son ovale maigre.
Quelquefois on rencontre des impressions exceptionnelles, ne venant pas d'ordinaire assemblées en albums, mais dont on trouve par hasard une ou deux collées au verso d'une couverture[58]. Ces impressions, en général d'un format restreint, sont tirées sur un papier de choix, qui est l'idéal dupapier par son glacé soyeux et sa blancheur crémeuse. Sur ce papier, où les légendes et les inscriptions prennent une netteté à prendre en pitié tous les imprimés de l'Occident, et où les rubriques sont du plus adorable carmin, les linéaments des figures, tracés d'une manière presque imperceptible, les donnent à voir dans une espèce d'effacement vaporeux, au milieu d'accessoires accusés, pour ainsi dire seulement, par l'ombre du creux de l'impression, et apparaissant comme des objets de pure lumière, où court ici un mince filet d'azur, où boutonne là le rose d'une fleur non encore ouverte.
Dans ces impressions, un gaufrage précieux soulève le relief des choses, des fleurs d'une robe, des sculptures d'une boîte de laque rouge, et l'or, l'argent et même les autres métaux introduits avec une économie exquise sur les saillies et les petits renflements du papier, vous amusent du trompe-l'œil presque matériel des ferrurres d'argent d'un cabinet, du bronze vert d'unchibatchi, du disque de fer poli d'un miroir. Un grand nombre de ces impressions ne sont que de surprenantes figurations d'objets de la vie intime et familière. Une feuille représente un sabre appuyé contre un coffret à armure, une autre une tasse de fer damasquinée en or avec trois pétales de fleurs, une autre tout simplement un bonnet de papier noir laqué de fonctionnaire. Cela est tout, et cette représentation d'art de si peu de chose suffit à l'artiste, comme suffisait à Chardin la peinture d'un verre d'eau à côté de deux prunes!
Au plafond, c'est un enroulement colère de lions de Corée, au milieu d'un champ de pivoines. Se détachant du fond de velours noir, parmi d'énormes fleurs de toutes couleurs, les deux monstres trapus, les yeux injectés de sang, et semblables à une animalité fabriquée dans une rocaille barbare, se contournent dans un ramassement puissant, et foulent la flore éclatante,—tout tissus et hérissés d'ors de tons divers. Ainsi clouée en l'air, elle apparaît comme le noir ciel d'un pays fantastique, cette robe de théâtre du tragédien japonais, dont MM. Sichel ont rapporté en France la terrible et farouche garde-robe[59].
Le cabinet n'est que livres. Sur les quatre murs, de haut en bas sont rangés des volumes, des volumes à la portée de la main, et qu'un doigt peut atteindre.
Tous ces livres sont des livres duxviiiesiècle, et je demande au libraire chargé de ma vente, après ma mort, de donner à cette réunion, ce titre, sur son catalogue:
Bibliothèque du xviiiesiècle.Livres, Manuscrits, Autographes, Affiches, Placards.
Ce titre seul peut donner l'idée de mon goût des livres. Il a fallu toujours qu'il s'y mêlât un peu de l'inédit épars dans le manuscrit et l'autographe. Et même dans l'imprimé, le morceau de papier qui n'était pas un livre, et dont je fabriquais un livre, au moins une plaquette, avait pour moi une attache supérieure à celle d'un bouquin vanté. Par exemple, le petit bulletin déposé chez les suisses des hôtels[60]pendant la maladie de Louis XV, dans le cartonnage que je lui ai fait faire, m'est plus précieux, m'est plus intime, m'est plus inspirateur, que quelque livreque ce soit du temps. Il en est ainsi pour l'immense lettre d'invitation de Grimod de la Reynière pour le souperdu cochon, avec son grandVsur larmes d'argent. Et il en est encore ainsi, pour la collection unique des placards, que le révolutionnaire Vincent faisait de la maison d'arrêt du Luxembourg afficher dans Paris, au mois de frimaire de l'an deuxième de la République française une et indivisible.
Dans ces livres couvrant les murs, la théologie est absente. La jurisprudence manque également, sauf quelques procès curieux pour l'histoire des mœurs, répartis dans les autres divisions, et un exemplaire duTribunal révolutionnaire, dont il ne manque que cinq ou six numéros. La philosophie n'est guère représentée que par un Helvetius, qui court après unePhilosophie de M. Nicolas, philosophie qui court, elle, après lesConfessions deMme(de Fourqueux). La science, avec toutes ses subdivisions, n'a sur mes planches qu'un seul et unique volume, leTraité de géométriede Sébastien Leclerc 1764, et encore doit-il sa place, là, aux amours qui montent dans les A B C des triangles, aux rustiques paysages de Chedel, aux petites scènes galantes de Cochin, égayant le bas des théorèmes, vrai livre de science à la Fontenelle, et dont tous les bibliophiles voudront, quand ils s'apercevront que c'est un des volumes les plus joliment illustrés duxviiiesiècle. Et la bibliothèque ne commence qu'avec l'art.
Ne voulant pas être interminable, je ne parlerai ni des ouvrages esthétiques et historiques de l'art français,ni de la collection des expositions et critiques de salons, etc., etc.; je me contenterai de donner un extrait d'un manuscrit inédit contenant le journal des séances de l'Académie de peinture et de sculpture pendant l'année 1748; une petite biographie des artistes, faite avec les plaquettes rares, les manuscrits, les lettres autographes qui se trouvent réunis, côte à côte, sur les planches de ma bibliothèque; enfin un travail raisonné sur les catalogues et les livres relatifs à la curiosité.
JOURNAL ABRÉGÉ DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE POUR L'ANNÉE MDCCXLVIII[61].Du vendredi 5 janvier.Conférence ouverte par le secrétaire, qui y lit unEssai de la vie de Jean Jouvenet, de sa composition, et ensuite uneDissertation sur le vrai de la peinturepar feu M. de Piles.M.de Favanne, adjoint à recteur, est nommé à son rang pour faire les fonctions de recteur, pendant le quartier courant, à la place de M. Coypel, qui a prié la compagnie de l'en dispenser, occupé comme il l'est d'ailleurs, pour d'autres affaires très pressantes qui l'intéressent.M.de Troy, directeur de l'Académie de Rome. Lettre de politesse à la compagnie sur le renouvellement de l'année, dont est fait lecture.M.Dandré-Bardonadjoint à professeur,idemd'Aix-en-Provence.M.l'abbé de Lowendal, associé libre,idemde son abbaye de la Cour-Dieu.Du samedi 27 janvier.Rapport de la députation faite à M.de Tournehemen conséquence de la délibération du 30 décembre dernier.M.Coypellui a dit au nom de la compagnie: «Monsieur, l'Académie vient vous rendre ses devoirs. Elle vous présente une copie de ce qu'elle a couché sur ses registres depuis un an. C'est, monsieur, une longue liste des bienfaits qu'elle a reçus de vous.»Réponse de M.de Tournehemtrès polie et très encourageante.Ensuite, la même députation s'étant rendue chez M.de Vandières, M.Coypellui a dit: «Monsieur, l'Académie vient vous rendre ses devoirs et vous assurer qu'elle ne négligera rien pour mériter la bienveillance que vous avés pour elle.»A quoi M.de Vandièresa répondu d'une façon très obligeante.Lettre écrite à l'Académie par les officiers composant le corps municipal de la ville de Reims, au sujet d'uneÉcole académiquequ'ils désireroient établir en ladite ville.Réponse ordonnée être faite à cette lettre contenant.....M.Restout, adjoint à professeur, nommé pour suppléer M. de Favanne, son collègue, hors d'état, par indisposition de satisfaire à l'arrêté de l'assemblée précédente.M.Vanloo, premier peintre du roi d'Espagne, écrit de Madrid une lettre de politesse sur le nouvel an.M.La Datte, adjoint à professeur, sculpteur du roi de Sardaigne,idemde Turin.Annonce qu'en l'assemblée prochaine M.le comte de Caylusdonnera laVie d'Antoine Watteau.Du samedi 3 février.Conférence où le secrétaire lit laVie d'Antoine Watteau,composée par le comte de Caylus, à qui M.Coypeladresse un discours en forme de réponse.Décès notifié dePierre d'Ullin, ancien professeur, arrivé le 28 janvier 1748, âgé de soixante-dix-huit ans.Le Maire, ancien huissier de l'Académie, étant décédé,Perronet, huissier actuel, est mis en possession des gages attachés à cette place, conformément à la délibération du 27 juillet 1743.Du samedi 24 février.M.Coypelse fait excuser de se trouver à l'assemblée pour cause d'indisposition.M.Jacques-Charles Oudry, fils de M. Oudry, se présente sur plusieurs tableaux d'animaux, fruits et fleurs, et est agréé par le scrutin (tout blanc) et chargé d'aller prendre son sujet de réception de M. le Directeur. Et comme fils d'officier, il a pris séance.Seconde lettre des officiers de la ville de Reims..... plus diffuse et moins claire.M.Moyreau, graveur et académicien, présente deux épreuves de la planche, par lui gravée d'après Wouvermans et intitulée:la Fontaine de Neptune; laquelle planche est approuvée et mise sous le privilège de l'Académie.Du samedi 2 mars.La capitation de 1748 ordonné être répartie et les comptes de 1747 réglés et arrêtés par MM. les Directeurs, Recteurs, Adjoints à Recteurs, Professeurs en exercice et par les autres officiers étant de tour, sçavoir:M.Le Clerc, ancien professeur;M.Parrocel, professeur;M.Nattier, adjoint à professeur;M.Du Change,conseillers;M.Toqué,M.Lépicié, secrétaire.M.Lobel, académicien;Jour fixé au samedi 30 mars.Conférence remplie par la lecture de quelques notes de feu M.Antoine Coypel, premier peintre du Roi.Décès modifié de M.Allégrain, peintre, académicien, arrivé le 24 février 1748, âge soixante-dix huit ans.Du samedi 30 mars.Relate (sic) des délibérations du quartier expirant.La capitation pour 1748 répartie le matin de ce jour, mais l'arrêt de compte de 1747 renvoyé à une autre séance.Le repas, que les commissaires nommés étaient dans l'usage de faire à cette occasion,supprimé, comme contraire à la dignité du corps, aux usages des autres académies, et tombant dans ceux de la maîtrise.M.Jacques Gay, natif de Marseille, graveur en pierres précieuses, agréé le 23 juin 1747, présente l'ouvrage à lui ordonné alors pour sa réception, ayant pour sujet:Apollon couronnant le génie de la peinture et de la sculpture, exécuté sur une cornaline montée en bague, est reçu, prête serment et prend séance.Ce fait, M. Coypel s'est adressé à la compagnie et a dit:«Messieurs,«L'ouvrage précieux que M. Gay vient de présenter à la compagnie, paraît avoir été fait pour consacrer à la postérité la grâce que Sa Majesté vient d'accorder à son Académie de peinture en la prenant sous sa protection immédiate. C'est, messieurs, au chef des arts que nous sommes redevables d'une faveur si longtemps désirée. Ne serait-ce pas faire un digne usage de cette pierre gravée que de la lui présenter comme un monument de notre éternelle reconnaissance.»Cette proposition ayant été agréée unanimement, il a été décidé que M. le Directeur, avec les officiers en exercice, setransporterait vers M.de Tournehempour l'effectuer au nom de l'Académie s'il vient à Paris; sinon, que M. Coypel et le secrétaire l'iront trouver aux mêmes fins à Versailles.M.Pesne, premier peintre du roi de Prusse et académicien, demande par lettre et obtient la faveur d'être mis au rang des anciens professeurs.En exécution de la délibération du 29 juillet 1747, les officiers sortant d'exercice, pour le quartier courant, déclarent avoir fait la visite des tableaux, figures et effets étant en l'Académie et d'avoir trouvé le tout en bonne conservation.Jugement pour les petits prix dudit quartier, fait par les mêmes officiers:Premierle S.Corrège P.Secondle S.Guiard S.Troisièmele S.Baudouin P.Du samedi 6 avril.Conférence où M.Hulst, associé libre, lit un mémoire pour pressentir le goût de l'Académie sur la place qu'il conviendra le mieux à donner au travail sur ce qui la concerne, ou celui duJournal, ou celui desAnnales, ou celui desGrandes Époquesdéterminées par les protectorats.M.Coypela répondu à ce mémoire par un compliment et la compagnie s'est décidée pour la forme desAnnales.Choix fait de huit élèves sur l'examen de leurs esquisses pour le concours au grand prix, sçavoir:Les S.Joullain,Peintres.Doyen,La Traverse,Mettay,Hutin,Du Mont,Sculpteurs.Caffieri,Perasche,Décès notifié de M.Christophe, recteur, arrivé le 29 mars 1748, âge quatre-vingt six ans.Et comme son exercice tombe sur le présent quartier, ordonné que M.de Favanne, adjoint à recteur, le suppléera, et que les remplacements à faire, en conséquence de ce décès, n'auront lieu qu'après l'expiration dudit quartier.Du samedi 27 avril.Lecture faite par le secrétaire de laVie de Pierre-Charles Trémolière, adjoint à professeur, composée par le comte de Caylus.M.Coypelrépond par un petit discours, où, par occasion, il propose la suppression desvisites de sollicitationqui se font lorsqu'il s'agit de remplir les charges vacantes.Décidé que les visites de sollicitation demeureront supprimées.Du samedi 4 mai.Assemblée générale et extraordinaire à l'occasion d'une lettre de M.de Tournehemen date du 6 courant, portant indiction d'uneExposition publiquedes ouvrages des académiciens au 25 août prochain, et établissement d'un comité pour examiner les ouvrages qu'on présentera à cette exposition et renvoyer ceux qui ne leur paraîtront pas dignes d'être mis sous les yeux du public.Résolu par l'Académie de se conformer par devoir, par justice et par reconnaissance, à ce qui est prescrit par cette lettre.Convenu que la dernière assemblée de ce mois, qui devait se tenir le samedi 25, sera remise au vendredi 31, d'autant que la première assemblée de juin ne pourra être tenue le premier samedi, à cause que ce sera la veille de la Pentecôte.Reddition du compte du SrReydelet,concierge et receveur de l'Académie:Recette7,009 8Dépense6,975 15Reliquat33 13L'arrêté de compte, fait le matin de ce jour par les commissaires nommés le 2 mars dernier, confirmé et validé par l'Académie.Règlementarrêté en cette séance pour cette gestion:Art.1er.Le sieurReydeletne pourra faire aucune dépense sans un ordre par écrit de M. le Directeur et de messieurs les officiers en exercice: lesquels ordres il représentera lors de la reddition de ses comptes.Art.2.Tous les mois, il fera voir, à la dernière assemblée, l'état de la dépense faite durant le mois: lequel état sera vérifié et approuvé par l'Académie.Art.3.Il aura soin de retirer des quittances de tous les marchands et ouvriers auxquels il fera des payements pendant le courant de l'année: et, à faute d'y satisfaire, lesdites dépenses ne lui seront pas allouées dans son compte.M.Disle, contrôleur général des bâtiments du Roi au département de Paris, est proposé par M. Coypel de la part de M. le Directeur général comme un sujet qui devoit être agréable à la compagnie pour remplir la huitième place d'associé libre, qui est demeurée en réserve, depuis l'institution de cette classe.Cette proposition reçue avec plaisir, M. Disle admis par acclamation, et M.Dumont le Romain, professeur en exercice, député avec M.Natoirepour aller lui notifier son élection.M.Noel Hallé, né à Paris, peintre d'histoire, fils de feu M. Claude Hallé, ancien directeur et recteur de l'Académie, et qui avoit été agréé le 25 juin 1746, présente le tableau qui lui avoit été ordonné pour sa réception représentantla Dispute de Neptune et de Minerve, est reçu en la manière accoutumée, prête serment, etc.M.Jacques-Charles Oudry, peintre de talent pour les animaux, fruits et fleurs, agréé le 24 février dernier, présente deux esquisses pour son morceau de réception; l'une desquelles est approuvée par le scrutin, et lui est donné six mois pour l'exécuter en grand.M.Louis Vassé, né à Paris, sculpteur, fils de feu M. Antoine Vassé, aussi sculpteur et agréé de l'Académie, se présente sur plusieurs modèles de sa façon, et entre autres celui d'un berger dormant appuyé sur son bâton, estagréé, et obtient la permission d'exécuter ce dernier modèle en marbre; terme d'un an pour satisfaire à ce devoir.Le sieurPresler, graveur, résidant à Copenhague, écrit de là, à l'Académie, en date du 23 avril dernier, une lettre par laquelle il lui présente, comme son élève, le portrait qu'il a gravé en pied du feu roi de Danemarck et le supplie de vouloir bien l'honorer de son sentiment.La compagnie, après avoir examiné ledit portrait, l'a trouvé très bien gravé et d'un très bon ouvrage et le burin conduit avec force et délicatesse: elle a chargé le secrétaire de lui mander ce jugement de sa part.M.Coypel, directeur, retire le tableau de réception de feu Noël Coypel, son aïeul et aussi directeur de l'Académie, dont le sujet étoit le moment oùDieu apparoît à Caïn, après qu'il eut commis son fratricide, et en substitue un autre sur le même sujet, de la même main et infiniment supérieur au premier: ce que la compagnie reçoit avec reconnaissance.Réglé que, les jours de conférence, on fera entrer les élèves dans la salle d'assemblée, pour entendre la lecture des discours et dissertations qui en sont l'objet, et que lesauteurs de ces ouvrages auront la liberté d'y pouvoir amener jusqu'au nombre de six personnes.Du samedi 8 juin.Assemblée par convocation générale.M.Disle, élu associé libre, le 31 du mois dernier, prend séance en cette qualité et fait un remerciement.M.de Silvestre, premier peintre du roi de Pologne et ancien professeur de l'Académie, est venu en l'assemblée de ce jour, et a témoigné à la compagnie le plaisir qu'il éprouvait de se retrouver au milieu d'elle, après une absence de tant d'années (32). L'Académie, pour lui prouver comme elle était pénétrée du même sentiment, l'a par acclamation fait passer au rang d'ancien recteuroù il a pris place sur l'heure.Lecture a été faite ensuite par le secrétaire d'une lettre de M.de Tournehem, adressée à la compagnie et écrite de Versailles le 4 juin 1748, par laquelle il lui fait part de la fondation faite par le Roi de six places d'élèves protégés, pour être logés, nourris et entretenus de tout, et formés dans les arts sous une éducation commune. Députation ordonnée pour remercier M. de Tournehem de ses attentions si généreuses et si utiles pour l'avancement des arts, et pour cette députation l'Académie nomme M.Coypelet les officiers en exercice.Les élèves sont mandés, réunis en l'assemblée. Le secrétaire fait une seconde lecture de ladite lettre. Ensuite M. Coypel fait un discours à cette occasion qu'il adresse directement à eux.M.Watelet, associé libre, a lu après cela la première partie d'une dissertation intitulée:De la Poésie dans l'Art de la peinture, précédée d'un avant-propos.M. Coypel y a répondu par un discours, que la compagnie a ordonné être transcrit à la suite de cette séance.Convenu que le dernier samedi du mois tombant sur lafête de Saint-Pierre et Saint-Paul, l'assemblée sera avancée d'un jour.Du samedi 22 juin.Assemblée publique et extraordinaire, convoquée pour célébrer l'Année séculaire de l'Établissement de l'Académie.M. le Directeur général s'y rend sur les six heures du soir.M. le Directeur et les officiers en exercice vont au-devant de lui pour le recevoir jusque dans le grand salon. Ils le conduisent par le corridor en la salle d'assemblée, et à la place d'honneur.M.Coypelse place à sa droite. Les autres officiers ainsi que les honoraires, siégeant chacun à leur rang, forment le cercle ordinaire de la séance.Au dehors de ce cercle, plusieurs personnes de considération, membres des autres académies, gens de lettres, ont occupé cette portion de la salle sur des sièges ordinaires avec les Académiciens. Les médaillistes qui devoient avoir part à la distribution des prix, derrière lesdits Académiciens et externes, debout.La séance prise, M. Coypel prononce un discours convenable au sujet de cette fête.Il lit ensuite une ode de M.Desportes, sur laProtection immédiate accordée par le Roi à son Académie.Après quoi, M. le Directeur général a fait, au nom du Roi, laDistribution des Prix, qui, par des circonstances particulières n'avoit point eu lieu depuis le 13 novembre 1744, et a été faite au nombre de XLII prix, tant grands que petits.GRANDS PRIX POUR L'ANNÉE 1745[62].Peinture.Second prixle sieurLesueur.Sculpture.Premier prixle sieurLarchevêque.Second ——Gillet.PETITS PRIX.1743.Quartier d'octobre.Premier prixle sieurDuguet S.Second ——Reen G.Troisième ——Coustou P.1744.Quartier de janvier.Premier prixle sieurBriard P.Second ——Seest S.Troisième ——Glain P.Quartier d'avril.Premier prixle sieurL'Épine S.Second ——Duvivier le JeG.Troisième ——Corrège P.Quartier de juillet.Premier prixle sieurClément P.Second ——Doyen P.Troisième ——Les Loys P.Quartier d'octobre.Premier prixle sieurSeest S.Second ——Corrège P.Troisième ——Aubert P.1745.Quartier de janvier.Premier prixle sieurGlain P.Second ——Dumont S.Troisième ——Drouais P.Quartier d'avril.Premier prixle sieurDoyen P.Second ——Fontaine S.Troisième ——Perronnet P.Quartier de juillet.Premier prixle sieurBeauvais P.Second ——Lechevalier P.Troisième ——Fournier S.Quartier d'octobre.Premier prixle sieurLechevalier P.Second ——La Traverse P.Troisième ——Deshayes P.1746.Quartier de janvier.Premier prixle sieurMelling P.Second ——Eisen P.Troisième ——Du Pré P.Quartier d'avril.Premier prixle sieurDuvivierle JeG.Second ——Drouais P.Troisième ——Michel S.Quartier de juillet.Premier prixle sieurSuzanne S.Second ——Pajou S.Troisième ——Jeaurat P.Quartier d'octobre.Premier prixle sieurDeshays P.Second ——Wilton S.Troisième ——Mettay P.Cela fait, la séance a été levée, et M. le Directeur général a été reconduit avec le même cérémonial qu'on a suivi à son arrivée.Du vendredi 28 juin.Assemblée par convocation générale.Le directorat de M.Coypelproposé, à sa réquisition, à la mutation autorisée par l'article IX des statuts de 1663. Décidé unanimement et par acclamation que M.Coypely sera continué.Le sieurReydeletfait vérifier et approuver l'état de dépense du mois prêt à expirer.Les officiers dudit quartier déclarent avoir fait leur visite et avoir trouvé les tableaux, figures et autres effets de l'Académie en bon état.Jugement fait par eux, des petits prix dudit quartier:Premier prixle sieurLagrénée P.Second ——Joullain P.Troisième ——Auvray S.Du samedi 6 juillet.Assemblée par convocation générale pour les élections indiquées, auxquelles il est procédé par le scrutin.M.de Favannea été élu recteur à la place de M. Christophe (décédé).M.Dumont le Romain, adjoint à recteur, à la place de M. de Favanne;M.Pierre, professeur, à la place de M. Dumont;M.Hallé, adjoint à professeur, à la place de M. Pierre.Ensuite M.le comte de Caylusa lu laVie de feu François Lemoine, premier peintre du Roi.Et M.Coypela prononcé un discours en forme de réponse à cetteVie.Du samedi 27 juillet.Lecture de quelques-unes des conférences de feu M.Antoine Coypel, premier peintre du Roi. M.de Pesne, premier peintre du roi de Prusse, remercie l'Académie, par lettre, de la faveur qu'elle lui a faite de lui accorder le titre et le rang d'Ancien Professeur.Du samedi 3 août.Conférence en laquelle M.Desportes, académicien, lit laVie de François Desportes, son père.M. Coypel répond à cetteViepar un discours qui y peut servir de supplément.Nomination, par la voie du scrutin, des officiers qui, avec M. le directeur, les anciens recteurs, les recteurs actuels et les adjoints à recteurs, doivent former le comité, requis par la lettre de M. de Tournehem, du 6 mai dernier, pour examiner et juger les tableaux de la prochaine exposition.M.Leclerc,ancien professeur.M.Vanloo,professeurs.M.Boucher,M.Natoire,M.Vermont,M.Oudry,M.Bouchardon,M.Pigalle,adjoints à professeurs.M.Nattier,M.Slodtz,M.Massé,conseillers.M.Chardin,Arrête aussi que l'Académie s'assemblera le vendredi 22 du courant, pour voir le Tableau et les bas-reliefs faits par les élèves pour les Grands Prix, et qui sont destinés à être exposés, suivant l'usage, à la fête de saint Louis.Du dimanche 18 août.Le comité s'étant assemblé en la galerie d'Apollon, où tous les tableaux d'exposition avoient été apportés, M. Coypel fait l'ouverture de cette espèce de tribunal par un discours convenable au sujet, et à la fin duquel il propose de faire un nouveau règlement, pour mieux assurer le bon choix de ceux qui, à l'avenir, aspireront au rang d'Académiciens, et dont il communique même le projet.Ce projet, goûté unanimement par le comité, est remis à la décision de l'assemblée du dernier samedi du mois.Après quoi on procède à l'examen ordonné.Du vendredi 23 août.Assemblée extraordinaire pour voir les tableaux et les bas-reliefs faits par les élèves de l'Académie, admis à concourir pour les Grands Prix.Résolu, après avoir vu lesdits ouvrages, qu'ils seront exposés, pour le public, le jour de la Saint-Louis et jugés par l'Académie en corps, le 31 du mois courant, et que les suffrages ne seront donnés que ledit jour, conformément aux délibérations du 20 août 1740 et 19 août 1741, ce qui sera porté sur les billets.M.Vanloo(Louis-Michel), premier peintre de Sa Majesté Catholique, fait part à l'Académie, par une lettre écrite de Madrid, de l'honneur que lui a fait le Roi de lui envoyer le cordon de Saint-Michel.M.Sue, adjoint à professeur pour l'anatomie, fait présent à l'Académie d'un traité qu'il a nouvellement mis au jour, ayant pour titre:Abrégé de l'anatomie du corps de l'homme.La compagnie lui a témoigné sa reconnaissance de ce présent.Du samedi 31 août.Assemblée par convocation générale pour juger lesGrands Prix.Lettre de M.Coypeladressée à la compagnie, pour s'excuser envers elle de ce que, appelé à Versailles par un devoir indispensable, il ne peut se trouver à cette assemblée, et pour la prier de vouloir bien se faire lire le projet de règlement au sujet des aspirants qu'il joint à cette lettre.Jugement pour les Grands Prix de 1748, par la voie ordinaire des boîtes.Peinture.Premier prixle sieurMettay.Second ——Doyen.Sculpture.Premier prixle sieurCaffieri.Second ——Dumont.Nouveau concours décidé ensuite, conformément à l'avis de M. Coypel.Le règlement au sujet des aspirants ayant été ensuite mis en délibération, l'assemblée a adopté unanimement le projet présenté par M. le directeur sans y faire aucun changement.M.Moyreau, graveur et académicien, présente deux épreuves d'une planche, par lui gravée d'après Wouwermans, ayant pour titre: laGrotte du maréchal, laquelle planche a été approuvée et mise sous le privilège de l'Académie.Du samedi 7 septembre.Conférence où M.le comte de Cayluslit une dissertation par lui composée, sous le titre de l'Amateur, à laquelle M.Coypelrépond par un discours.Choix de six, entre dix-sept élèves, pour le nouveau concours sur l'examen de leurs esquisses.Les sieurs:La Rue,Peintres.Hutin,La Traverse,Briard,Pérasche,Sculpteurs.Pajou,Jugement des petits prix du quartier expirant:Premier prixle sieurDrouais P.Second ——Thomire S.Troisième ——Larcher P.M.Duchange, graveur et conseiller, âgé de quatre-vingt-sept ans, présente deux épreuves d'une planche par lui gravée d'après M. Coypel (Charles-Antoine), dont le sujet est l'Enfant Jésus au berceau: laquelle planche est mise sous le privilège de l'Académie.M.Hallé, adjoint à professeur, nommé pour suppléer M.Parrocel, le mois d'octobre prochain, dans le service de professeur, où ce dernier a remontré ne pouvoir vaquer, à cause des ouvrages qu'il a à faire pour le Roi.Du samedi 5 octobre.Conférence que le secrétaire ouvre par la lecture de deux lettres en forme de mémoires pour servir à composer laVie de M. Robert le Lorrain, sculpteur, recteur de l'Académie; l'une de ces lettres, de M. l'abbé Le Lorrain, son fils, docteur de Sorbonne, accompagnée d'unÉtat des ouvragesfaits par feu M. Le Lorrain à Saverne et au palais épiscopal de Strasbourg, l'autre lettre, de M.Lemoinele fils, professeur, jadis élève du même maître.M. le directeur a complimenté en particulier M. Lemoine, et a ajouté «qu'il seroit à souhaiter que son exemplefûtimité de tous ceux qui sont en état de donner de pareilles anecdotes.Du samedi 26 octobre.M.Lépiciéa occupé la séance par la lecture du commencement de sonCatalogue raisonné des tableaux du Roi, qu'il entreprend par ordre de Sa Majesté.La compagnie a été si contente de cet essai, qu'elle a fortement exhorté M. Lépicié de continuer cet ouvrage avec le même zèle et le même goût. Et de plus, dans la vue de donner à ce même ouvrage toute la perfection dont il est susceptible, elle est convenue que M. le directeur général sera prié de donner des ordres pour faire apporter à l'Académie ceux des tableaux du Roi qui seront jugés transportables, afin de la mettre en état de conférer dessus et former des avis certains et bien approfondis sur le talent et le goût spécifique de chacun des grands maîtres...M.Pigalle, adjoint à professeur, nommé en son rang, pour suppléer, le mois prochain, le service de professeur pour M. Coustou, absent.Convenu que, le premier samedi du mois prochain se rencontrant avec la fête des Trépassés, l'assemblée seroit remise à huitaine.Du samedi 9 novembre.Conférence ouverte par M.Leclerc, professeur pour la perspective, par la lecture d'une dissertation sur l'Utilité de la perspectivedans la peinture, et même dans la sculpture et dans la gravure.Convenu que la dernière assemblée de ce mois sera avancée d'un jour, parce que le dernier samedi se trouvera être un jour de fête (celle de saint André).Du vendredi 29 novembre.Examen des tableaux et bas-reliefs.. . . . . L'Académie a jugé à propos, pour établir l'égalité et avoir du choix, de ne destiner qu'un prix à la sculpture et d'appliquer les trois autres à la peinture.De plus, elle a réglé que pour encourager les concurrents qui auront le plus de suffrages après ceux qui auront remporté le prix, il leur sera accordé un accessit.M.le comte de Caylusa ensuite lu laVie d'Eustache Lesueurbeaucoup plus intéressante et plus instructive que celles qui ont été données précédemment.Et M.Coypely a répondu par un petit discours.Le service pour le repos des âmes de MM. les officiers et académiciens décédés dans l'année courante et les précédentes, indiqué pour le samedi 7 du mois de décembre prochain, pour être célébré en l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, et ordonné que tous les membres du corps académique y seront invités par billets.Du samedi 7 décembre.Le service célébré en conséquence ledit jour, à dix heures du matin.Jugement pour les prix du second concours par la voie des boîtes, en la manière accoutumée.Peinture.Premier prixle sieurHutin.Second ——La Traverse.Autre second prix—La Rue.Accessit—Briard.Sculpture.Premier prixle sieurPajou.Accessit—Perasche.Comme le dernier samedi du mois se rencontre avec la fête des saints innocents, convenu que l'assemblée à la fin de l'année sera remise au mardi 31 courant.Du mardi 31 décembre.Jugement pour les petits prix du quartier expirant:Premier prixle sieurJollain P.Second ——Guibal P.Troisième ——Dupré S.M.Jacques-Charles Oudry, peintre à talent, agréé le 24 février dernier, présente son tableau de réception représentant sur le devant une daine (sic) morte, groupée avec un panier de gibier et autres accessoires, et est reçu par le scrutin, et prête serment.M.Coypel, après avoir exposé en peu de mots les avantages duNouvel Établissement de l'École royale, fait la lecture du règlement arrêté par M. de Tournehem pour déterminer et diriger les exercices de cette école.Notifié à l'assemblée, par le secrétaire, que M. de Tournehem a décidé que les sieursMettayetCaffieriiront incessamment à Rome, en qualité de pensionnaires du Roi, que le sieurHutins'y rendra de même au mois de septembre prochain, et qu'en attendant il entrera à l'École royale où seront reçus aussi les cinq autres élèves qui ont eu des prix dans les deux derniers concours, sçavoir: les sieurs Doyen, Dumont, Pajou, La Traverse et La Rue.M.Nattier, adjoint à professeur, est nommé à son rang pour suppléer, le mois prochain, le service de professeur pour M. Bouchardon, qui a prié d'en être dispensé à cause de l'occupation que lui donne la figure équestre du Roi.La députation qu'il est d'usage de faire au renouvellement de l'année vers M. le directeur général et vers M. de Vandières, son survivancier, réglée par l'assemblée, pour être composée de M.Coypel, directeur, et M.de Silvestre, ancien recteur, et de MM. les officiers en exercice.Les visites des tableaux, figures et effet étant en l'Académie, établies par la délibération du 20juillet1747, ayantété faites par les officiers en exercice, ils déclarent avoir trouvé le tout en bonne conservation.M.le marquis de Calvières, associé libre, ayant été promu au grade de lieutenant-général des armées du Roi, le secrétaire est chargé à ce sujet de lui écrire une lettre de félicitation au nom de la compagnie.M.Moyreau, graveur et académicien, présente deux épreuves d'après une planche par lui gravée d'après Wouwermans, et qui a pour titre:les Marchands forains. Cette planche, approuvée et mise sous le privilège accordé à l'Académie par l'arrêt du conseil du 28 juin 1714.Fin du journal des séances.Vu:Lépicié.
JOURNAL ABRÉGÉ DES SÉANCES DE L'ACADÉMIE POUR L'ANNÉE MDCCXLVIII[61].
Du vendredi 5 janvier.
Conférence ouverte par le secrétaire, qui y lit unEssai de la vie de Jean Jouvenet, de sa composition, et ensuite uneDissertation sur le vrai de la peinturepar feu M. de Piles.
M.de Favanne, adjoint à recteur, est nommé à son rang pour faire les fonctions de recteur, pendant le quartier courant, à la place de M. Coypel, qui a prié la compagnie de l'en dispenser, occupé comme il l'est d'ailleurs, pour d'autres affaires très pressantes qui l'intéressent.
M.de Troy, directeur de l'Académie de Rome. Lettre de politesse à la compagnie sur le renouvellement de l'année, dont est fait lecture.
M.Dandré-Bardonadjoint à professeur,idemd'Aix-en-Provence.
M.l'abbé de Lowendal, associé libre,idemde son abbaye de la Cour-Dieu.
Du samedi 27 janvier.
Rapport de la députation faite à M.de Tournehemen conséquence de la délibération du 30 décembre dernier.
M.Coypellui a dit au nom de la compagnie: «Monsieur, l'Académie vient vous rendre ses devoirs. Elle vous présente une copie de ce qu'elle a couché sur ses registres depuis un an. C'est, monsieur, une longue liste des bienfaits qu'elle a reçus de vous.»
Réponse de M.de Tournehemtrès polie et très encourageante.
Ensuite, la même députation s'étant rendue chez M.de Vandières, M.Coypellui a dit: «Monsieur, l'Académie vient vous rendre ses devoirs et vous assurer qu'elle ne négligera rien pour mériter la bienveillance que vous avés pour elle.»
A quoi M.de Vandièresa répondu d'une façon très obligeante.
Lettre écrite à l'Académie par les officiers composant le corps municipal de la ville de Reims, au sujet d'uneÉcole académiquequ'ils désireroient établir en ladite ville.
Réponse ordonnée être faite à cette lettre contenant.....
M.Restout, adjoint à professeur, nommé pour suppléer M. de Favanne, son collègue, hors d'état, par indisposition de satisfaire à l'arrêté de l'assemblée précédente.
M.Vanloo, premier peintre du roi d'Espagne, écrit de Madrid une lettre de politesse sur le nouvel an.
M.La Datte, adjoint à professeur, sculpteur du roi de Sardaigne,idemde Turin.
Annonce qu'en l'assemblée prochaine M.le comte de Caylusdonnera laVie d'Antoine Watteau.
Du samedi 3 février.
Conférence où le secrétaire lit laVie d'Antoine Watteau,composée par le comte de Caylus, à qui M.Coypeladresse un discours en forme de réponse.
Décès notifié dePierre d'Ullin, ancien professeur, arrivé le 28 janvier 1748, âgé de soixante-dix-huit ans.
Le Maire, ancien huissier de l'Académie, étant décédé,Perronet, huissier actuel, est mis en possession des gages attachés à cette place, conformément à la délibération du 27 juillet 1743.
Du samedi 24 février.
M.Coypelse fait excuser de se trouver à l'assemblée pour cause d'indisposition.
M.Jacques-Charles Oudry, fils de M. Oudry, se présente sur plusieurs tableaux d'animaux, fruits et fleurs, et est agréé par le scrutin (tout blanc) et chargé d'aller prendre son sujet de réception de M. le Directeur. Et comme fils d'officier, il a pris séance.
Seconde lettre des officiers de la ville de Reims..... plus diffuse et moins claire.
M.Moyreau, graveur et académicien, présente deux épreuves de la planche, par lui gravée d'après Wouvermans et intitulée:la Fontaine de Neptune; laquelle planche est approuvée et mise sous le privilège de l'Académie.
Du samedi 2 mars.
La capitation de 1748 ordonné être répartie et les comptes de 1747 réglés et arrêtés par MM. les Directeurs, Recteurs, Adjoints à Recteurs, Professeurs en exercice et par les autres officiers étant de tour, sçavoir:
Jour fixé au samedi 30 mars.
Conférence remplie par la lecture de quelques notes de feu M.Antoine Coypel, premier peintre du Roi.
Décès modifié de M.Allégrain, peintre, académicien, arrivé le 24 février 1748, âge soixante-dix huit ans.
Du samedi 30 mars.
Relate (sic) des délibérations du quartier expirant.
La capitation pour 1748 répartie le matin de ce jour, mais l'arrêt de compte de 1747 renvoyé à une autre séance.
Le repas, que les commissaires nommés étaient dans l'usage de faire à cette occasion,supprimé, comme contraire à la dignité du corps, aux usages des autres académies, et tombant dans ceux de la maîtrise.
M.Jacques Gay, natif de Marseille, graveur en pierres précieuses, agréé le 23 juin 1747, présente l'ouvrage à lui ordonné alors pour sa réception, ayant pour sujet:Apollon couronnant le génie de la peinture et de la sculpture, exécuté sur une cornaline montée en bague, est reçu, prête serment et prend séance.
Ce fait, M. Coypel s'est adressé à la compagnie et a dit:
«Messieurs,«L'ouvrage précieux que M. Gay vient de présenter à la compagnie, paraît avoir été fait pour consacrer à la postérité la grâce que Sa Majesté vient d'accorder à son Académie de peinture en la prenant sous sa protection immédiate. C'est, messieurs, au chef des arts que nous sommes redevables d'une faveur si longtemps désirée. Ne serait-ce pas faire un digne usage de cette pierre gravée que de la lui présenter comme un monument de notre éternelle reconnaissance.»
«Messieurs,
«L'ouvrage précieux que M. Gay vient de présenter à la compagnie, paraît avoir été fait pour consacrer à la postérité la grâce que Sa Majesté vient d'accorder à son Académie de peinture en la prenant sous sa protection immédiate. C'est, messieurs, au chef des arts que nous sommes redevables d'une faveur si longtemps désirée. Ne serait-ce pas faire un digne usage de cette pierre gravée que de la lui présenter comme un monument de notre éternelle reconnaissance.»
Cette proposition ayant été agréée unanimement, il a été décidé que M. le Directeur, avec les officiers en exercice, setransporterait vers M.de Tournehempour l'effectuer au nom de l'Académie s'il vient à Paris; sinon, que M. Coypel et le secrétaire l'iront trouver aux mêmes fins à Versailles.
M.Pesne, premier peintre du roi de Prusse et académicien, demande par lettre et obtient la faveur d'être mis au rang des anciens professeurs.
En exécution de la délibération du 29 juillet 1747, les officiers sortant d'exercice, pour le quartier courant, déclarent avoir fait la visite des tableaux, figures et effets étant en l'Académie et d'avoir trouvé le tout en bonne conservation.
Jugement pour les petits prix dudit quartier, fait par les mêmes officiers:
Du samedi 6 avril.
Conférence où M.Hulst, associé libre, lit un mémoire pour pressentir le goût de l'Académie sur la place qu'il conviendra le mieux à donner au travail sur ce qui la concerne, ou celui duJournal, ou celui desAnnales, ou celui desGrandes Époquesdéterminées par les protectorats.
M.Coypela répondu à ce mémoire par un compliment et la compagnie s'est décidée pour la forme desAnnales.
Choix fait de huit élèves sur l'examen de leurs esquisses pour le concours au grand prix, sçavoir:
Décès notifié de M.Christophe, recteur, arrivé le 29 mars 1748, âge quatre-vingt six ans.
Et comme son exercice tombe sur le présent quartier, ordonné que M.de Favanne, adjoint à recteur, le suppléera, et que les remplacements à faire, en conséquence de ce décès, n'auront lieu qu'après l'expiration dudit quartier.
Du samedi 27 avril.
Lecture faite par le secrétaire de laVie de Pierre-Charles Trémolière, adjoint à professeur, composée par le comte de Caylus.
M.Coypelrépond par un petit discours, où, par occasion, il propose la suppression desvisites de sollicitationqui se font lorsqu'il s'agit de remplir les charges vacantes.
Décidé que les visites de sollicitation demeureront supprimées.
Du samedi 4 mai.
Assemblée générale et extraordinaire à l'occasion d'une lettre de M.de Tournehemen date du 6 courant, portant indiction d'uneExposition publiquedes ouvrages des académiciens au 25 août prochain, et établissement d'un comité pour examiner les ouvrages qu'on présentera à cette exposition et renvoyer ceux qui ne leur paraîtront pas dignes d'être mis sous les yeux du public.
Résolu par l'Académie de se conformer par devoir, par justice et par reconnaissance, à ce qui est prescrit par cette lettre.
Convenu que la dernière assemblée de ce mois, qui devait se tenir le samedi 25, sera remise au vendredi 31, d'autant que la première assemblée de juin ne pourra être tenue le premier samedi, à cause que ce sera la veille de la Pentecôte.
Reddition du compte du SrReydelet,concierge et receveur de l'Académie:
L'arrêté de compte, fait le matin de ce jour par les commissaires nommés le 2 mars dernier, confirmé et validé par l'Académie.
Règlementarrêté en cette séance pour cette gestion:
Art.1er.Le sieurReydeletne pourra faire aucune dépense sans un ordre par écrit de M. le Directeur et de messieurs les officiers en exercice: lesquels ordres il représentera lors de la reddition de ses comptes.Art.2.Tous les mois, il fera voir, à la dernière assemblée, l'état de la dépense faite durant le mois: lequel état sera vérifié et approuvé par l'Académie.Art.3.Il aura soin de retirer des quittances de tous les marchands et ouvriers auxquels il fera des payements pendant le courant de l'année: et, à faute d'y satisfaire, lesdites dépenses ne lui seront pas allouées dans son compte.
Art.1er.
Le sieurReydeletne pourra faire aucune dépense sans un ordre par écrit de M. le Directeur et de messieurs les officiers en exercice: lesquels ordres il représentera lors de la reddition de ses comptes.
Art.2.
Tous les mois, il fera voir, à la dernière assemblée, l'état de la dépense faite durant le mois: lequel état sera vérifié et approuvé par l'Académie.
Art.3.
Il aura soin de retirer des quittances de tous les marchands et ouvriers auxquels il fera des payements pendant le courant de l'année: et, à faute d'y satisfaire, lesdites dépenses ne lui seront pas allouées dans son compte.
M.Disle, contrôleur général des bâtiments du Roi au département de Paris, est proposé par M. Coypel de la part de M. le Directeur général comme un sujet qui devoit être agréable à la compagnie pour remplir la huitième place d'associé libre, qui est demeurée en réserve, depuis l'institution de cette classe.
Cette proposition reçue avec plaisir, M. Disle admis par acclamation, et M.Dumont le Romain, professeur en exercice, député avec M.Natoirepour aller lui notifier son élection.
M.Noel Hallé, né à Paris, peintre d'histoire, fils de feu M. Claude Hallé, ancien directeur et recteur de l'Académie, et qui avoit été agréé le 25 juin 1746, présente le tableau qui lui avoit été ordonné pour sa réception représentantla Dispute de Neptune et de Minerve, est reçu en la manière accoutumée, prête serment, etc.
M.Jacques-Charles Oudry, peintre de talent pour les animaux, fruits et fleurs, agréé le 24 février dernier, présente deux esquisses pour son morceau de réception; l'une desquelles est approuvée par le scrutin, et lui est donné six mois pour l'exécuter en grand.
M.Louis Vassé, né à Paris, sculpteur, fils de feu M. Antoine Vassé, aussi sculpteur et agréé de l'Académie, se présente sur plusieurs modèles de sa façon, et entre autres celui d'un berger dormant appuyé sur son bâton, estagréé, et obtient la permission d'exécuter ce dernier modèle en marbre; terme d'un an pour satisfaire à ce devoir.
Le sieurPresler, graveur, résidant à Copenhague, écrit de là, à l'Académie, en date du 23 avril dernier, une lettre par laquelle il lui présente, comme son élève, le portrait qu'il a gravé en pied du feu roi de Danemarck et le supplie de vouloir bien l'honorer de son sentiment.
La compagnie, après avoir examiné ledit portrait, l'a trouvé très bien gravé et d'un très bon ouvrage et le burin conduit avec force et délicatesse: elle a chargé le secrétaire de lui mander ce jugement de sa part.
M.Coypel, directeur, retire le tableau de réception de feu Noël Coypel, son aïeul et aussi directeur de l'Académie, dont le sujet étoit le moment oùDieu apparoît à Caïn, après qu'il eut commis son fratricide, et en substitue un autre sur le même sujet, de la même main et infiniment supérieur au premier: ce que la compagnie reçoit avec reconnaissance.
Réglé que, les jours de conférence, on fera entrer les élèves dans la salle d'assemblée, pour entendre la lecture des discours et dissertations qui en sont l'objet, et que lesauteurs de ces ouvrages auront la liberté d'y pouvoir amener jusqu'au nombre de six personnes.
Du samedi 8 juin.
Assemblée par convocation générale.
M.Disle, élu associé libre, le 31 du mois dernier, prend séance en cette qualité et fait un remerciement.
M.de Silvestre, premier peintre du roi de Pologne et ancien professeur de l'Académie, est venu en l'assemblée de ce jour, et a témoigné à la compagnie le plaisir qu'il éprouvait de se retrouver au milieu d'elle, après une absence de tant d'années (32). L'Académie, pour lui prouver comme elle était pénétrée du même sentiment, l'a par acclamation fait passer au rang d'ancien recteuroù il a pris place sur l'heure.
Lecture a été faite ensuite par le secrétaire d'une lettre de M.de Tournehem, adressée à la compagnie et écrite de Versailles le 4 juin 1748, par laquelle il lui fait part de la fondation faite par le Roi de six places d'élèves protégés, pour être logés, nourris et entretenus de tout, et formés dans les arts sous une éducation commune. Députation ordonnée pour remercier M. de Tournehem de ses attentions si généreuses et si utiles pour l'avancement des arts, et pour cette députation l'Académie nomme M.Coypelet les officiers en exercice.
Les élèves sont mandés, réunis en l'assemblée. Le secrétaire fait une seconde lecture de ladite lettre. Ensuite M. Coypel fait un discours à cette occasion qu'il adresse directement à eux.
M.Watelet, associé libre, a lu après cela la première partie d'une dissertation intitulée:De la Poésie dans l'Art de la peinture, précédée d'un avant-propos.
M. Coypel y a répondu par un discours, que la compagnie a ordonné être transcrit à la suite de cette séance.
Convenu que le dernier samedi du mois tombant sur lafête de Saint-Pierre et Saint-Paul, l'assemblée sera avancée d'un jour.
Du samedi 22 juin.
Assemblée publique et extraordinaire, convoquée pour célébrer l'Année séculaire de l'Établissement de l'Académie.
M. le Directeur général s'y rend sur les six heures du soir.
M. le Directeur et les officiers en exercice vont au-devant de lui pour le recevoir jusque dans le grand salon. Ils le conduisent par le corridor en la salle d'assemblée, et à la place d'honneur.
M.Coypelse place à sa droite. Les autres officiers ainsi que les honoraires, siégeant chacun à leur rang, forment le cercle ordinaire de la séance.
Au dehors de ce cercle, plusieurs personnes de considération, membres des autres académies, gens de lettres, ont occupé cette portion de la salle sur des sièges ordinaires avec les Académiciens. Les médaillistes qui devoient avoir part à la distribution des prix, derrière lesdits Académiciens et externes, debout.
La séance prise, M. Coypel prononce un discours convenable au sujet de cette fête.
Il lit ensuite une ode de M.Desportes, sur laProtection immédiate accordée par le Roi à son Académie.
Après quoi, M. le Directeur général a fait, au nom du Roi, laDistribution des Prix, qui, par des circonstances particulières n'avoit point eu lieu depuis le 13 novembre 1744, et a été faite au nombre de XLII prix, tant grands que petits.
GRANDS PRIX POUR L'ANNÉE 1745[62].
PETITS PRIX.
1743.
1744.
1745.
1746.
Cela fait, la séance a été levée, et M. le Directeur général a été reconduit avec le même cérémonial qu'on a suivi à son arrivée.
Du vendredi 28 juin.
Assemblée par convocation générale.
Le directorat de M.Coypelproposé, à sa réquisition, à la mutation autorisée par l'article IX des statuts de 1663. Décidé unanimement et par acclamation que M.Coypely sera continué.
Le sieurReydeletfait vérifier et approuver l'état de dépense du mois prêt à expirer.
Les officiers dudit quartier déclarent avoir fait leur visite et avoir trouvé les tableaux, figures et autres effets de l'Académie en bon état.
Jugement fait par eux, des petits prix dudit quartier:
Du samedi 6 juillet.
Assemblée par convocation générale pour les élections indiquées, auxquelles il est procédé par le scrutin.
M.de Favannea été élu recteur à la place de M. Christophe (décédé).
M.Dumont le Romain, adjoint à recteur, à la place de M. de Favanne;
M.Pierre, professeur, à la place de M. Dumont;
M.Hallé, adjoint à professeur, à la place de M. Pierre.
Ensuite M.le comte de Caylusa lu laVie de feu François Lemoine, premier peintre du Roi.
Et M.Coypela prononcé un discours en forme de réponse à cetteVie.
Du samedi 27 juillet.
Lecture de quelques-unes des conférences de feu M.Antoine Coypel, premier peintre du Roi. M.de Pesne, premier peintre du roi de Prusse, remercie l'Académie, par lettre, de la faveur qu'elle lui a faite de lui accorder le titre et le rang d'Ancien Professeur.
Du samedi 3 août.
Conférence en laquelle M.Desportes, académicien, lit laVie de François Desportes, son père.
M. Coypel répond à cetteViepar un discours qui y peut servir de supplément.
Nomination, par la voie du scrutin, des officiers qui, avec M. le directeur, les anciens recteurs, les recteurs actuels et les adjoints à recteurs, doivent former le comité, requis par la lettre de M. de Tournehem, du 6 mai dernier, pour examiner et juger les tableaux de la prochaine exposition.
Arrête aussi que l'Académie s'assemblera le vendredi 22 du courant, pour voir le Tableau et les bas-reliefs faits par les élèves pour les Grands Prix, et qui sont destinés à être exposés, suivant l'usage, à la fête de saint Louis.
Du dimanche 18 août.
Le comité s'étant assemblé en la galerie d'Apollon, où tous les tableaux d'exposition avoient été apportés, M. Coypel fait l'ouverture de cette espèce de tribunal par un discours convenable au sujet, et à la fin duquel il propose de faire un nouveau règlement, pour mieux assurer le bon choix de ceux qui, à l'avenir, aspireront au rang d'Académiciens, et dont il communique même le projet.
Ce projet, goûté unanimement par le comité, est remis à la décision de l'assemblée du dernier samedi du mois.
Après quoi on procède à l'examen ordonné.
Du vendredi 23 août.
Assemblée extraordinaire pour voir les tableaux et les bas-reliefs faits par les élèves de l'Académie, admis à concourir pour les Grands Prix.
Résolu, après avoir vu lesdits ouvrages, qu'ils seront exposés, pour le public, le jour de la Saint-Louis et jugés par l'Académie en corps, le 31 du mois courant, et que les suffrages ne seront donnés que ledit jour, conformément aux délibérations du 20 août 1740 et 19 août 1741, ce qui sera porté sur les billets.
M.Vanloo(Louis-Michel), premier peintre de Sa Majesté Catholique, fait part à l'Académie, par une lettre écrite de Madrid, de l'honneur que lui a fait le Roi de lui envoyer le cordon de Saint-Michel.
M.Sue, adjoint à professeur pour l'anatomie, fait présent à l'Académie d'un traité qu'il a nouvellement mis au jour, ayant pour titre:Abrégé de l'anatomie du corps de l'homme.
La compagnie lui a témoigné sa reconnaissance de ce présent.
Du samedi 31 août.
Assemblée par convocation générale pour juger lesGrands Prix.
Lettre de M.Coypeladressée à la compagnie, pour s'excuser envers elle de ce que, appelé à Versailles par un devoir indispensable, il ne peut se trouver à cette assemblée, et pour la prier de vouloir bien se faire lire le projet de règlement au sujet des aspirants qu'il joint à cette lettre.
Jugement pour les Grands Prix de 1748, par la voie ordinaire des boîtes.
Peinture.
Sculpture.
Nouveau concours décidé ensuite, conformément à l'avis de M. Coypel.
Le règlement au sujet des aspirants ayant été ensuite mis en délibération, l'assemblée a adopté unanimement le projet présenté par M. le directeur sans y faire aucun changement.
M.Moyreau, graveur et académicien, présente deux épreuves d'une planche, par lui gravée d'après Wouwermans, ayant pour titre: laGrotte du maréchal, laquelle planche a été approuvée et mise sous le privilège de l'Académie.
Du samedi 7 septembre.
Conférence où M.le comte de Cayluslit une dissertation par lui composée, sous le titre de l'Amateur, à laquelle M.Coypelrépond par un discours.
Choix de six, entre dix-sept élèves, pour le nouveau concours sur l'examen de leurs esquisses.
Les sieurs:
Jugement des petits prix du quartier expirant:
M.Duchange, graveur et conseiller, âgé de quatre-vingt-sept ans, présente deux épreuves d'une planche par lui gravée d'après M. Coypel (Charles-Antoine), dont le sujet est l'Enfant Jésus au berceau: laquelle planche est mise sous le privilège de l'Académie.
M.Hallé, adjoint à professeur, nommé pour suppléer M.Parrocel, le mois d'octobre prochain, dans le service de professeur, où ce dernier a remontré ne pouvoir vaquer, à cause des ouvrages qu'il a à faire pour le Roi.
Du samedi 5 octobre.
Conférence que le secrétaire ouvre par la lecture de deux lettres en forme de mémoires pour servir à composer laVie de M. Robert le Lorrain, sculpteur, recteur de l'Académie; l'une de ces lettres, de M. l'abbé Le Lorrain, son fils, docteur de Sorbonne, accompagnée d'unÉtat des ouvragesfaits par feu M. Le Lorrain à Saverne et au palais épiscopal de Strasbourg, l'autre lettre, de M.Lemoinele fils, professeur, jadis élève du même maître.
M. le directeur a complimenté en particulier M. Lemoine, et a ajouté «qu'il seroit à souhaiter que son exemplefûtimité de tous ceux qui sont en état de donner de pareilles anecdotes.
Du samedi 26 octobre.
M.Lépiciéa occupé la séance par la lecture du commencement de sonCatalogue raisonné des tableaux du Roi, qu'il entreprend par ordre de Sa Majesté.
La compagnie a été si contente de cet essai, qu'elle a fortement exhorté M. Lépicié de continuer cet ouvrage avec le même zèle et le même goût. Et de plus, dans la vue de donner à ce même ouvrage toute la perfection dont il est susceptible, elle est convenue que M. le directeur général sera prié de donner des ordres pour faire apporter à l'Académie ceux des tableaux du Roi qui seront jugés transportables, afin de la mettre en état de conférer dessus et former des avis certains et bien approfondis sur le talent et le goût spécifique de chacun des grands maîtres...
M.Pigalle, adjoint à professeur, nommé en son rang, pour suppléer, le mois prochain, le service de professeur pour M. Coustou, absent.
Convenu que, le premier samedi du mois prochain se rencontrant avec la fête des Trépassés, l'assemblée seroit remise à huitaine.
Du samedi 9 novembre.
Conférence ouverte par M.Leclerc, professeur pour la perspective, par la lecture d'une dissertation sur l'Utilité de la perspectivedans la peinture, et même dans la sculpture et dans la gravure.
Convenu que la dernière assemblée de ce mois sera avancée d'un jour, parce que le dernier samedi se trouvera être un jour de fête (celle de saint André).
Du vendredi 29 novembre.
Examen des tableaux et bas-reliefs.
. . . . . L'Académie a jugé à propos, pour établir l'égalité et avoir du choix, de ne destiner qu'un prix à la sculpture et d'appliquer les trois autres à la peinture.
De plus, elle a réglé que pour encourager les concurrents qui auront le plus de suffrages après ceux qui auront remporté le prix, il leur sera accordé un accessit.
M.le comte de Caylusa ensuite lu laVie d'Eustache Lesueurbeaucoup plus intéressante et plus instructive que celles qui ont été données précédemment.
Et M.Coypely a répondu par un petit discours.
Le service pour le repos des âmes de MM. les officiers et académiciens décédés dans l'année courante et les précédentes, indiqué pour le samedi 7 du mois de décembre prochain, pour être célébré en l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois, et ordonné que tous les membres du corps académique y seront invités par billets.
Du samedi 7 décembre.
Le service célébré en conséquence ledit jour, à dix heures du matin.
Jugement pour les prix du second concours par la voie des boîtes, en la manière accoutumée.
Comme le dernier samedi du mois se rencontre avec la fête des saints innocents, convenu que l'assemblée à la fin de l'année sera remise au mardi 31 courant.
Du mardi 31 décembre.
Jugement pour les petits prix du quartier expirant:
M.Jacques-Charles Oudry, peintre à talent, agréé le 24 février dernier, présente son tableau de réception représentant sur le devant une daine (sic) morte, groupée avec un panier de gibier et autres accessoires, et est reçu par le scrutin, et prête serment.
M.Coypel, après avoir exposé en peu de mots les avantages duNouvel Établissement de l'École royale, fait la lecture du règlement arrêté par M. de Tournehem pour déterminer et diriger les exercices de cette école.
Notifié à l'assemblée, par le secrétaire, que M. de Tournehem a décidé que les sieursMettayetCaffieriiront incessamment à Rome, en qualité de pensionnaires du Roi, que le sieurHutins'y rendra de même au mois de septembre prochain, et qu'en attendant il entrera à l'École royale où seront reçus aussi les cinq autres élèves qui ont eu des prix dans les deux derniers concours, sçavoir: les sieurs Doyen, Dumont, Pajou, La Traverse et La Rue.
M.Nattier, adjoint à professeur, est nommé à son rang pour suppléer, le mois prochain, le service de professeur pour M. Bouchardon, qui a prié d'en être dispensé à cause de l'occupation que lui donne la figure équestre du Roi.
La députation qu'il est d'usage de faire au renouvellement de l'année vers M. le directeur général et vers M. de Vandières, son survivancier, réglée par l'assemblée, pour être composée de M.Coypel, directeur, et M.de Silvestre, ancien recteur, et de MM. les officiers en exercice.
Les visites des tableaux, figures et effet étant en l'Académie, établies par la délibération du 20juillet1747, ayantété faites par les officiers en exercice, ils déclarent avoir trouvé le tout en bonne conservation.
M.le marquis de Calvières, associé libre, ayant été promu au grade de lieutenant-général des armées du Roi, le secrétaire est chargé à ce sujet de lui écrire une lettre de félicitation au nom de la compagnie.
M.Moyreau, graveur et académicien, présente deux épreuves d'après une planche par lui gravée d'après Wouwermans, et qui a pour titre:les Marchands forains. Cette planche, approuvée et mise sous le privilège accordé à l'Académie par l'arrêt du conseil du 28 juin 1714.
Fin du journal des séances.
Vu:Lépicié.